2001
Critiques internationales
Acteurs et enjeux d’un processus équivoque
La naissance d’une « internationale civile »
Béatrice Pouligny
chercheur à la FNSP (CERI).
Après les grandes mobilisations de Seattle, Washington, Prague..., la ville de Porto Alegre a accueilli, en janvier dernier, ce que les médias désignent couramment comme les prémices d’une « internationale civile », mêlant
organisations non gouvernementales (ONG), syndicats et autres regroupements
opposés aux politiques néolibérales. C’est en des termes similaires qu’a souvent été
analysé le rôle des ONG dans d’autres domaines comme la défense de l’environnement ou des droits de l’homme. L’expression « société civile internationale »,
couramment utilisée pour en rendre compte, fait cependant problème. Elle est
employée de façon très essentialiste alors qu’on oublie volontiers les multiples
significations dont le concept de société civile a été dépositaire depuis ses origines
[1]. Au surplus, le champ qu’elle couvre implicitement est très variable : ainsi,
en France, une équivalence est le plus souvent établie entre « société civile » et ONG,
alors qu’aux États-Unis ou au Canada les syndicats, les entreprises, des cabinets de
conseil font eux aussi partie de la « société civile ». Du reste, au niveau international,
on tend de plus en plus à parler de
stakeholders(dépositaires d’enjeux) pour évoquer l’ensemble de ces partenaires qui, auprès des gouvernements, sont parties prenantes des modes de gouvernance ou de régulation à l’œuvre dans le monde.
Moins que l’inclusion des syndicats, des groupes religieux et des organisations
communautaires, c’est celle du secteur privé marchand qui est la plus inacceptable aux yeux de nombre d’ONG, pour lesquelles la référence à l’idée de « société
civile » vise précisément à s’en distinguer en désignant un « tiers secteur »
[2].
L’extrapolation de la notion vers la scène internationale est encore plus problématique. Même les auteurs qui ont le plus réfléchi sur ce point ne disent rien
des transformations que suppose le transfert de la notion à l’échelle mondiale.
Certains laissent entendre que la « société civile internationale » résulterait purement et simplement de l’addition des sociétés civiles nationales, sans toutefois en
expliquer le processus ni en tirer les conséquences
[3]. Nombreux sont ceux qui y voient
un « potentiel de forces contre-hégémoniques et progressistes permettant la
construction d’un monde plus multilatéral et plus juste », une « force travaillant
à la démocratisation des processus de décision », voire la préfiguration d’un « nouveau multilatéralisme englobant la “communauté des hommes”»
[4]. Pour en juger,
encore faudrait-il pouvoir répondre à des questions précises : qui fait quoi, au
nom de qui, comment, où, quand, avec quels objectifs, quels résultats, comment
s’organisent concrètement les interactions entre différents réseaux d’actions ? Or
ces questions sont très souvent éludées, ou alors envisagées sous un angle idéologique. Cet article propose quelques réponses en analysant les principales formes
qu’a revêtues l’action transnationale menée par des organisations non gouvernementales, au cours des dix dernières années, dans différents domaines de la vie internationale
[5]. Il projette trois types d’éclairage sur des acteurs et des processus couramment présentés comme l’expression d’une « société civile internationale » : sur
les modalités concrètes de ces actions et la réalité de la mobilisation transnationale;
sur le degré d’indépendance d’action et de pensée de ces mouvements par rapport
aux appartenances nationales, aux États mais aussi au secteur marchand; enfin, sur
les défis politiques que ces évolutions posent en termes de représentativité, de
légitimité et de responsabilité.
Modes d’action de l’« internationale civile »
Selon une perception commune, « de plus en plus de groupes et de particuliers établissent des relations transfrontalières auxquelles les États ne sont pas associés »
[6].
Ce « transnationalisme » supposerait que lesdits individus et groupes, opérant à
différents niveaux d’autorité, sont reliés entre eux par des valeurs et un discours
communs et échangent de manière intense informations et services. La preuve en
serait le nombre croissant d’ONG et de
transnational advocacy networks
[7]. Elle est
peu satisfaisante, notamment parce qu’elle s’appuie sur des statistiques très incomplètes et néglige le plus souvent la variété des trajectoires historiques des organisations. En revanche, l’observation concrète de ce qui se passe dans différents
réseaux d’action permet de mieux comprendre la manière dont s’organisent et
s’expriment ces groupes à l’échelle transnationale.
Inégalités et hiérarchies dans l’action transnationale
Les inégalités entre acteurs sociaux sont très fortes dans l’accès à la scène internationale. Produire des documents, les distribuer avant les réunions, envoyer des
délégations comportant suffisamment d’individus pour suivre différentes négociations en même temps, avoir accès aux médias... sont autant d’activités très coûteuses et tout simplement inaccessibles à l’immense majorité des organisations. Au
Sommet de la Terre, en 1992, seules les plus grosses ONG, occidentales pour
l’essentiel, disposaient de ces moyens. Cela leur a permis d’œuvrer sur le lieu
même de la conférence intergouvernementale et de participer à des réunions avec
ses délégations. Les ONG du Sud, majoritairement latino-américaines, étaient, elles,
cantonnées à la conférence non gouvernementale et, sauf exception, non consultées par leurs collègues occidentaux. Au-delà de quelques événements médiatiques
pour lesquels on avait besoin des gens de la « base » pour témoigner ou pour faire
masse, l’action se discutait et s’organisait au sein de petits comités très restreints.
L’une des préoccupations majeures des lobbyistes professionnels était que de nouvelles ONG viennent remettre en cause leurs propres efforts, voire les concurrencer
sur leur terrain
[8]. Ceci a pu conduire à de véritables processus d’exclusion : à Rio,
« les Africains regardaient, les Asiatiques écoutaient, les Latino-Américains parlaient,
alors que les Nord-Américains et les Européens faisaient dubusiness »
[9]. Les organisations qui avaient l’habitude d’avoir accès aux conférences et aux institutions internationales, parce qu’elles disposaient du statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies (Ecosoc)
[10]
ou parce qu’elles étaient les
premières à avoir été admises dans des discussions internationales, ont résisté à
l’arrivée de nouveaux partenaires et protégé leur prétention à représenter tout le
monde. Ce processus s’est reproduit dans les premières étapes de la campagne
contre l’Accord multilatéral sur les investissements (AMI), en 1995 : le Fonds
mondial pour la nature (WWF) et Les Amis de la Terre ont tenu le rôle le plus actif
tout simplement parce qu’ils occupaient déjà l’espace. Ils ont essayé de conserver
le plus longtemps possible la charge de coordination et de médiation avec les
représentants de l’OCDE, au nom d’une représentativité autoproclamée. Quiconque est habitué aux sessions annuelles de la sous-commission et de la commission
des droits de l’homme de l’ONU, ou aux réunions du comité des ONG de la
Banque mondiale, a eu maintes occasions d’observer ce type de phénomène. Les
longues discussions qui ont conduit à la révision du statut consultatif auprès de
l’Ecosoc, en 1996, ont été très révélatrices de la volonté de certains de maintenir un
privilège acquis
[11]. Si l’on parle de « société civile internationale », il faut admettre
que cette appellation renvoie à des interactions fort inégales entre des acteurs aux
ressources, et donc aux pouvoirs, différents. De ce point de vue, la distinction la
plus importante aujourd’hui est sans doute beaucoup moins entre acteurs étatiques et non étatiques qu’entre ceux qui ont les moyens d’accéder aux forums internationaux et de peser sur les ordres du jour et les décisions, et les autres.
La façon dont circule l’information mérite ici une attention particulière. Un poncif particulièrement répandu veut que les nouvelles technologies de communication favorisent la création de mouvements de mobilisation transnationaux. Deux
facteurs sont généralement cités à l’appui : Internet augmente considérablement
la vitesse de communication de grandes quantités d’information à un coût relativement bas; et, en permettant une réelle interactivité – les utilisateurs peuvent être
à la fois producteurs et consommateurs d’information–, cette technologie remettrait en cause toutes les hiérarchies
[12]. Mais l’accès à Internet reste très inégal pour
de nombreuses raisons, techniques et économiques. En dehors des pays riches, il
concerne surtout une petite élite déjà largement « transnationalisée ». Dans certains cas, le passage au support électronique peut même priver concrètement des
acteurs locaux d’accès à une information naguère diffusée sur papier. Nombre de
petites organisations paysannes, de comités de quartiers ou autres groupes de
jeunes, dans des pays en développement, étaient habitués à recevoir, par différents canaux, lettres d’information, dépliants ou autres livrets diffusés par des
organisations intergouvernementales ou non gouvernementales sur des sujets aussi
divers que les techniques de protection des sols ou les droits de l’homme. Fût-elle
limitée, cette information était souvent la seule à laquelle ils avaient accès. À ce titre,
elle était précieuse. Les petites brochures passaient de main en main, étaient utilisées lors de réunions d’information, jusqu’à épuisement. L’abandon de nombreuses publications au profit du support électronique marque, pour ces organisations, un véritable retour en arrière. Comme le soulignait le dernier rapport du
PNUD sur le développement humain, « les réseaux mondiaux relient ceux qui en
ont les moyens et, silencieusement, presque imperceptiblement, excluent tous les
autres »
[13]... Enfin, à suivre de très près la production de l’information transmise
par des réseaux d’ONG
via Internet, il se révèle que ce processus est étroitement
contrôlé par un nombre limité d’individus placés à la tête des organisations, et très
hiérarchisé, avec une faible interactivité réelle, comme le révèle l’étude menée
par Peter Smith et Elizabeth Smythe sur la campagne contre l’AMI, entre 1995
et 1998
[14]. Il en a été de même lors des récentes mobilisations antimondialisation.
De plus, Internet semble avoir un impact assez limité sur l’organisation de l’action
des ONG : s’il permet de diffuser très rapidement des données entre des individus
qui ont déjà accès à un volume important d’information, il ne remplace pas les modes
traditionnels de coordination, de mobilisation et de
lobbying, reposant sur des relations interpersonnelles au sein de petits groupes.
Des valeurs communes ?
La « société civile internationale » est supposée porteuse de valeurs communes.
De ce point de vue, les conférences mondiales thématiques qui se sont multipliées
depuis le début des années quatre-vingt-dix ont facilité la constitution de réseaux
thématiques transnationaux ainsi que l’apparition et le développement de notions
qui ressemblent parfois à des signes de reconnaissance mutuelle. C’est particulièrement net dans les cercles de défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement.
Ce processus n’est toutefois ni aussi transnational ni aussi démocratique qu’on
l’imagine. La hiérarchie évoquée plus haut a pour conséquence directe des mécanismes contrôlés pour l’essentiel par des groupes étroits d’« entrepreneurs de
normes », qui en ont la capacité parce qu’ils sont les plus proches des réseaux de
pouvoir et en connaissent les codes. Le rôle des experts devient de plus en plus décisif, compte tenu du niveau de technicité que peuvent atteindre les discussions
dans les différents domaines. Juristes, économistes ou spécialistes de tel ou tel
problème d’environnement deviennent des points de passage obligés, alimentant
l’argumentation de tous les autres acteurs. Le plus souvent, l’avancée effective des
projets dépend beaucoup moins de mobilisations collectives que de dynamiques individuelles, les réseaux d’experts, très restreints, facilitant la circulation des individus entre les sphères gouvernementales et non gouvernementales.
Il est vrai que, au-delà de décalages réels entre discours « universels » et intérêts « locaux », il n’est pas rare que, sur place, les militants récupèrent les discours
de ceux qui prétendent parler en leur nom, les investissent d’autres significations,
et s’en servent dans leurs négociations ou leurs conflits avec les autorités du pays :
c’est courant dans le domaine des droits de l’homme. Mais il existe aussi des cas
où intérêts, pratiques, règles et représentations peuvent être plus clairement antagoniques, comme le montre le délicat sujet du travail des enfants. Presque tous les
pays disposent, aujourd’hui, d’une législation l’interdisant. Pourtant, plus de cent
millions d’enfants âgés de moins de quinze ans travaillent à un moment ou à un
autre de l’année. Dans leur immense majorité, ils sont employés sans rémunération dans les fermes familiales. Mais d’autres – les plus visibles – travaillent dans
des zones urbaines. Aux Philippines et en Thaïlande, les associations qui œuvrent
localement auprès d’enfants dans les villes se heurtent régulièrement au discours
universaliste et abolitionniste des ONG de défense des droits de l’enfant. Pour ceux
qu’elles aident, gagner sa vie ou contribuer à l’économie de la famille est indispensable. Fermer de force des ateliers de fabrication ou y interdire purement et
simplement le travail d’enfants revient à les condamner à s’employer dans des
activités plus dangereuses (comme la plongée en eau profonde dans certaines
régions des Philippines) ou à se prostituer. Les associations locales cherchent, au
contraire, à permettre le passage progressif à d’autres activités rémunératrices
moins risquées, et à dégager du temps pour une éducation minimale. Dans les
faits, ces associations aident concrètement des enfants à trouver du travail, voire
les emploient directement; leur activité est donc condamnable au regard des textes
internationaux – et des fameuses valeurs « universelles »...
Les exemples sont également nombreux dans le domaine de l’environnement,
contrairement au cliché qui voudrait que la défense des arbres, de la faune ou de
l’eau relève clairement de l’intérêt commun de toute l’humanité
[15]. Les cas de
déplacements forcés de populations pour créer des réserves d’animaux en partie
gérées par des ONG rappellent qu’il arrive aussi à la défense des « biens communs »
d’entrer en concurrence avec celle des populations locales
[16].
Trois leçons peuvent être tirées de ce rapide survol. Premièrement, alors que l’on
tend très souvent à considérer la « société civile internationale » dans sa globalité,
ce mouvement est constitué, par essence, d’une pluralité de situations et d’acteurs
entre lesquels existent des liens complexes, mouvants et, surtout, très asymétriques.
Deuxièmement, cette diversité se retrouve également dans la multiplicité des paramètres qui façonnent les projets politiques des uns et des autres, au travers de
« bricolages » dont la réalité sociale a le secret. Toutefois, il n’est pas sûr que cette
ingéniosité enrichisse le débat international. Il se pourrait que les revendications,
valeurs, discours qui ont une chance de passer à l’international, de peser sur les décisions, et finalement de s’imposer, soient ceux qui correspondent à un certain « catéchisme ». De ce point de vue, il faut se méfier de la référence désormais omniprésente
aux common goodsou « biens communs » de l’humanité : loin d’être quelque chose
de transcendant, ceux-ci sont issus d’une construction sociale. Troisièmement,
tout cela vient nous rappeler que l’engagement des acteurs non gouvernementaux
se situe à l’intersection des différents espaces dans lesquels ils évoluent (local,
national, transnational). Ceci est crucial pour comprendre ce qui est effectivement en train de changer dans la politique contemporaine. À se focaliser sur une
« société civile mondiale » et à interpréter le moindre incident comme la preuve
qu’elle est en train de se faire, on risque de passer à côté des motivations réelles
de l’affrontement transnational qui sont, pour une large part, d’ordre national et
local et de nature très concrète.
La « société civile », les États et le marché
Favorisée par l’existence de structures et de règles qui ont encouragé la participation des ONG au sein des institutions internationales, incarnée par des acteurs
sociaux qui ont pris l’habitude, depuis le sommet sur l’alimentation, en 1967,
d’organiser des forums parallèles aux grands rendez-vous internationaux, la « société
civile internationale » se structure notamment dans l’interaction avec les institutions internationales. L’analyse de situations concrètes montre toutefois, d’une
part, que les interactions avec l’État national demeurent souvent fortes, d’autre part,
que les règles se négocient parfois, dans certains domaines, directement entre
acteurs privés.
La prégnance des contextes nationaux
La mobilisation transnationale n’est souvent qu’un appui pour une action dont l’enjeu
essentiel se situe dans l’espace national ou local. L’extension de l’action hors des
frontières vise alors à procurer des ressources supplémentaires. Celles-ci sont
d’abord symboliques : une visibilité, voire une reconnaissance au niveau international, la référence à des valeurs « universelles » confèrent un surcroît de légitimité dans la sphère nationale. Être reçu par un ambassadeur ou un responsable
étranger de passage permet à tel responsable d’association d’accéder au statut de
« représentant de la société civile » ; qu’il puisse ou non se prévaloir d’une base
sociale devient alors secondaire. Mais la transnationalisation de l’action donne
aussi accès à des ressources matérielles : financements, accès à une tribune et à des
informations utiles, etc. Les intérêts économiques déjà acquis lorsqu’on utilise le
label d’ONG dans la sphère nationale (par exemple sur le plan fiscal) sont démultipliés et viennent grossir la rente. De telles stratégies, qui relèvent souvent de choix
individuels, peuvent conduire des personnes ou des groupes à chercher à l’extérieur
une légitimation qu’ils n’ont pas été capables de construire localement, y compris
auprès de ceux qui constitueraient leur « base » naturelle. En matière de droits de
l’homme, de promotion de la démocratie ou de développement, il n’est pas rare
que le visiteur de passage dans un pays du Sud découvre que des responsables
d’ONG qui passent à l’extérieur pour des leaders incontournables sont perçus
localement comme des sortes d’entrepreneurs, voire comme des usurpateurs.
Lorsqu’ils ne sont pas, tout simplement, d’illustres inconnus.
Reste qu’en général, même lorsque les acteurs sont présents sur la scène internationale – au cours de conférences ou auprès d’institutions–, une part importante
de l’action concrète se déroule dans l’espace national. Ce contexte renvoie non seulement à des enjeux sociaux et politiques conjoncturels mais aussi, structurellement,
à la façon dont les acteurs conçoivent la vie sociale et les formes de leur action, dans
une trajectoire historique précise. Dans les manifestations antimondialisation qui
se succèdent depuis Seattle, on ne peut comprendre les formes que revêtent ces événements et,
afortiori, ce qui est en train de se jouer entre les différents réseaux, sans
tenir compte du paysage politique national dans lequel évoluent les différents
groupes. Dans plusieurs pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni en
particulier), les associations qui y participent sont très liées à l’émergence de nouvelles organisations syndicales (comme le syndicat SUD en France) mais aussi à
des groupes anarchistes, à des mouvements d’Églises et à des partis d’extrême
gauche, dont les militants actifs sont souvent les mêmes, et qui les financent largement. Ce sont des enjeux tout autres qui expliquent que telle ou telle organisation
nord-américaine, indienne, sénégalaise ou brésilienne ait participé à certains des
rassemblements antimondialisation des deux dernières années. Dans bien des cas,
la réelle signification de la bataille transnationale et son utilité sont très largement
déterminées par ce qui se passe dans les luttes politiques nationales
[17].
Acontrario,
des mouvements internationaux se sont souvent trouvés affaiblis par des clivages
nationaux très classiques, loin de l’idéal qu’ils essayaient de promouvoir. Des ONG
comme Médecins sans frontières sont bien placées pour savoir que, face à des
crises comme celles des Grands Lacs ou de l’ex-Yougoslavie, les différences d’appréciation entre les sections nationales peuvent être si profondes qu’elles conduisent,
sur le terrain, à des décisions divergentes et à des schismes douloureux
[18]. Du reste,
le label national pèse souvent très lourd. Sur les lieux de négociations internationales – il en a été ainsi, par exemple, à propos de la Convention sur les mines
antipersonnel ou de la création de la Cour pénale internationale –, chaque délégation nationale travaille ouvertement en étroite collaboration avec « ses » ONG,
quand elle ne les intègre pas d’emblée. D’ailleurs, chaque ambassade a aussi « ses »
ONG, sous-entendu celles de son pays – oubliant souvent, au passage, qu’il existe
aussi, sur place, une société civile avec laquelle dialoguer. Il en est de même dans
les situations de conflit,
afortiori lorsque des opérations de paix sont en cours. Le
drapeau national, là aussi, n’est jamais bien loin, y compris de façon très concrète,
comme le montrent les images des journaux télévisés : militaires, journalistes et
employés d’ONG y apparaissent d’abord comme les représentants d’un pays, voire
d’une politique étrangère.
Ces distinctions nationales sont souvent renforcées par des facteurs structurels
tenant, notamment, à des conceptions très différentes de la vie associative. Même
dans deux pays européens voisins comme l’Allemagne et la France, la logique
associative (
Verein ou association) n’est pas identique. Les histoires, modes d’organisation et profils sont encore plus contrastés entre les réseaux français et nord-américains qui participent aux mouvements antimondialisation, par exemple. Après
Seattle, des représentants français d’Attac
[19], pourtant habitués des conférences
internationales, racontaient comment ils avaient eu l’impression d’évoluer sur « une
planète différente » de celle de leurs collègues américains : au militantisme et à l’amateurisme désargentés qui continuent, à quelques exceptions près, à prévaloir dans
les réseaux français correspondent, outre-Atlantique, des lobbyistes professionnels,
aux moyens financiers et matériels considérables.
Le poids de l’intergouvernemental et du secteur privé marchand
L’impact de la « société civile internationale » sur la transformation des termes et
de la nature du débat international est difficile à évaluer. Lorsque l’on étudie la
généalogie de projets concrets, couramment présentés ensuite comme des victoires
arrachées aux gouvernements par la « société civile », on s’aperçoit que, lorsque
les associations ont joué un rôle, c’est dans les phases préliminaires : publicisation
de certains enjeux et leur mise à l’ordre du jour. En revanche, dans le processus décisionnel, non seulement les facteurs les plus importants sont souvent beaucoup
plus contingents que ne le laissent entendre les reconstructions
a posteriori, mais
surtout le poids des processus intergouvernementaux reste décisif. Les représentants d’ONG du Nord sont couramment utilisés par les délégués gouvernementaux
de leur pays et, parfois, par des fonctionnaires des institutions internationales,
pour pousser un projet. La réciproque est également vraie. L’histoire de la création aux Nations unies d’un poste de Haut Commissaire aux droits de l’homme est
révélatrice. En 1992, la proposition en est faite par Amnesty International. Mais
on oublie souvent qu’il existait déjà un tel projet, lancé en 1947 et poussé, pendant
des années, à la fois par certains hauts fonctionnaires onusiens en poste au Centre
des droits de l’homme (qui dépend du Secrétariat de l’Organisation) et par certains
États, en particulier parmi les non-alignés. Dans les années quatre-vingt-dix, la Commission internationale des juristes (qui concurrençait alors Amnesty International
dans son rôle de leader sur le sujet) s’est trouvé une alliée dans la délégation du Costa
Rica, qui accepta de porter officiellement le projet (dont elle reçut alors la paternité). Parallèlement, certains gouvernements hostiles à cette proposition ont constitué des alliances avec des ONG afin d’en affaiblir la substance. Cela fut particulièrement clair dans les débats de la Conférence mondiale sur les droits de l’homme,
à Vienne, en juin 1993, et ceux de la session suivante de l’Assemblée générale, au
cours de laquelle a été adoptée la résolution créant ce poste
[20]. Le parcours sinueux
des projets, sur plusieurs années, est souvent lié à la circulation d’individus qui peuvent, selon les circonstances, les choix stratégiques ou plus simplement les opportunités de carrière, se déplacer entre les sphères gouvernementales, non gouvernementales et intergouvernementales. Aux États-Unis mais aussi en Europe
désormais, passer par une organisation de défense des droits de l’homme représente un « capital social ». Dans tous les cas, une telle expérience facilite l’entrée
ultérieure dans une organisation internationale et permet d’accéder ou de retourner
à la politique dans de nombreuses régions du monde. Dans cette perspective, les
réseaux d’experts offrent un champ d’observation particulièrement fertile. En
matière de droits de l’homme, le rôle des juristes a été décisif dans l’avancée d’une
justice internationale, bien au-delà des intentions premières des États (qu’il s’agisse
de la Cour pénale internationale ou du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie). Dans le domaine de l’environnement, comme dans le cas de la
Convention contre les mines antipersonnel, les experts des ONG ont parfois su
s’imposer parce qu’ils avaient proposé, au bon moment, des solutions de compromis. En matière économique, ceux qui alimentent la réflexion sont, en réalité,
fort peu nombreux
[21]. Dans certains secteurs comme l’environnement, ou en
matière de finance et de commerce dits « éthiques », les normes, codes ou autres
indicateurs sont discutés directement entre ONG, cabinets de conseil et acteurs
du secteur privé marchand, qu’il s’agisse de fonds de pension, de multinationales
de production ou encore de sociétés de grande distribution. La régulation internationale est alors entièrement privatisée et échappe à tout arbitrage politique.
Les défis politiques : représentativité, légitimité, responsabilité
Tout ceci pose la question des critères de désignation de l’intérêt public (ou commun) et d’arbitrage, des processus par lesquels sont adoptées les décisions, des
bases sur lesquelles certains acteurs sont jugés représentatifs et légitimes et d’autres
pas. La « chose publique » ne relevant plus exclusivement de l’État, on doit s’interroger sur le rôle du politique dans cette nouvelle configuration et sur les procédures mises en œuvre. Les questions cruciales sont ici celles de représentativité,
de légitimité, de responsabilité et d’efficacité.
Les problèmes de représentativité et de légitimité
Dans les faits, des décisions peuvent être prises sous la pression d’individus qui ne
sont ni élus ni dûment mandatés par qui que ce soit pour représenter une vision,
et donc des intérêts, dans des négociations internationales
[22]. Or il arrive qu’ils se
trouvent face à des gouvernants qui ont, eux, été démocratiquement élus. Bien plus,
là où des processus de démocratisation sont en cours, les politiques de promotion
de la « société civile » peuvent venir se substituer à une représentation démocratique locale. Quelle est alors la représentativité des porte-parole des associations
qui s’expriment sur la scène internationale ? Qui représentent-ils ? Sur quelles bases ?
Qui les financent ? La plupart des intéressés refusent ce type de discussion au
motif qu’ils ne défendent pas un intérêt particulier mais ceux de l’humanité dans
son ensemble et qu’à ce titre, la question de la représentativité ne saurait leur être
opposée. Ce discours pose trois types de problèmes. Premièrement, il prétend
homogénéiser une « société civile » qui, par essence, est un lieu d’expression de
la diversité. Deuxièmement, il considère comme allant de soi la définition de
l’intérêt général – et les arbitrages que cela suppose – sans en donner les procédures concrètes, alors qu’il refuse la voie de la représentation. Troisièmement, il
tend à conférer aux intéressés une autorité fondée sur la légitimité de leur action,
comme si celle-ci renvoyait à un donné et non pas à des processus sociaux et
politiques concrets.
Le discours sur la légitimité repose essentiellement, pour sa part, sur la défense
de valeurs communes, au nom d’une « conscience mondiale » ou « conscience de
l’humanité ». Il sert principalement aux intéressés à se distinguer du secteur marchand qui, lui, défendrait des intérêts particuliers (une distinction qui apparaît
plus floue dans la notion de stakeholdersutilisée outre-Atlantique). Le risque est grand
de n’y trouver qu’une forme d’auto-légitimation. Si la mondialisation donne une
impression de connexions ( connectedness) universelles, elle ne produit pas la perception
équivalente d’une communauté qui serait fondée sur des valeurs et croyances partagées. Même en Europe, une telle communauté ne va pas de soi. Il est clair, par
exemple, qu’il existe des clivages très concrets entre des militants de terrain et
ceux qui font du lobbying international, et dont le discours « mondialisé » peut sembler aux premiers en complet porte-à-faux avec leur situation concrète.
L’argumentation sur la légitimité comporte plusieurs variantes. L’une d’elles
s’appuie sur une proximité supposée avec la « base » ou le « terrain », le fameux
grassroot level. La notion de proximité tend ici à se substituer à celle de représentativité (on ne s’exprime peut-être pas « au nom de » mais on en est plus proche
et, de ce fait, plus légitime). La sous-traitance généralisée (de l’aide au développement, de l’éducation, de la santé publique, etc.) aux ONG, maintenant largement
pratiquée tant par les institutions internationales que par les gouvernements, nourrit cette logique et s’en nourrit à son tour. À l’autre bout du spectre, on trouve le
discours tautologique d’une légitimité conférée par la transnationalisation. Cette
fois, ce n’est plus une supposée « base » mais bien au contraire l’envergure internationale, la hauteur de vue, les arguments de « sérieux » et de « réputation » qui
priment : autrement dit, la proximité, cette fois, avec les technocrates. Le discernement dont les représentants d’ONG demandent si souvent aux gouvernants de
faire preuve en faisant le tri parmi leurs interlocuteurs relève de ce type de raisonnement
[23], de même que la demande des hommes politiques qui aimeraient
bien avoir à leur disposition des listes d’ONG sérieuses et légitimes sur tous les sujets,
dans tous les espaces, à tout moment, pour traiter avec elles
[24]... La contestation de
l’ordre établi constitue une autre source de justification : les associations sont alors
légitimées parce qu’elles exercent une fonction tribunitienne ou d’alerte. Enfin, la
légitimité technique ou scientifique est très souvent invoquée. Le discours technique (et son jargon, qui est également important dans des processus de reconnaissance réciproque et de fermeture sur un petit nombre d’initiés, comme on le
voit très clairement sur les questions de droits de l’homme et d’environnement)
peut tendre à se substituer à la légitimité politique, posant de sérieuses questions
quant aux critères sur lesquels se fait l’arbitrage entre différents intérêts.
Rendre des comptes : à qui ?
On doit alors s’interroger sur la façon dont la responsabilité des mouvements qui
se réclament de la « société civile internationale » est définie et interpellée. Elle
s’exerce d’abord à l’égard des bailleurs de fonds puisque, à défaut de véritables mandataires pour nombre d’entre elles, les associations sont principalement responsables devant leurs financiers, autrement dit – pour la majorité de celles qui
déploient une action transnationale– devant des gouvernements ou des organisations internationales. Or, jusqu’à présent, cet exercice s’est essentiellement cantonné
à des paramètres financiers et technocratiques. Surtout, il n’est pas public. Quant
aux ONG qui fonctionnent avec une majorité de fonds privés, plusieurs scandales
financiers les ont obligées à fournir des efforts d’explication, mais sans conduire
à une réflexion en profondeur sur le financement du secteur associatif. Enfin, pour
les associations financées largement par des partis politiques comme pour celles
qui reçoivent un pourcentage croissant de fonds du secteur privé marchand, ces liens
sont le plus souvent cachés aux militants eux-mêmes, alors qu’ils influencent directement les priorités et les actions.
Une autre manière de demander des comptes aux associations est de le faire sur
les résultats de leur action. Ainsi, les mouvements antimondialisation sont de
farouches opposants à l’OMC. Mais à qui profite un commerce international
dépourvu de règles minimales et d’arbitre ? Qui paie le plus cher cette situation
infine ? Ce type de questions est notamment posé par les militants originaires du
Sud mais il est le plus souvent occulté par les responsables d’associations du Nord.
C’est en des termes très concrets que doit être examinée l’articulation entre intérêts privés et publics, individuels et collectifs, entre efficacité et équité. Le poids
croissant de mouvements se réclamant de la « société civile internationale » remet
en cause la prétention de gouvernements et d’élus à procéder seuls à des arbitrages qui ont des implications internationales, mais aussi nationales et locales. À ce
jour, la seule solution proposée pourrait bien être la loi du plus fort, dans les couloirs des négociations ou dans la rue...
S’il existe aujourd’hui une « société civile internationale », ce terme désigne alors
une arène de luttes, un espace extrêmement fragmenté et contesté où « la politique
concerne essentiellement la façon dont certains groupes émergent et sont légitimés
(par les gouvernements, les institutions ou d’autres groupes)»
[25]. Dans ce processus, le rôle des médias est crucial et joue dans le sens d’une sympathie et d’une
confiance – sinon d’une légitimité – plus fortes octroyées à des acteurs privés sur
tel ou tel sujet. Contrairement à certains pronostics, ces évolutions ne marquent
pas la fin de la politique mais invitent à en imaginer de nouvelles modalités,
plurielles, mouvantes, à l’image de cette diversité des formes par lesquelles les
individus expérimentent leur citoyenneté, à travers différents territoires réels et
idéels
[26]. Cette hétérogénéité constitue sans doute le plus grand défi du monde de
la « société civile » lui-même, plus encore dans sa dimension internationale que
nationale. Elle peut décontenancer ceux qui rêvent d’une communauté politique
répondant à l’existence d’une réalité désormais « globalisée », comme David Held
avec l’idée de « démocratie cosmopolite »
[27]. Il en va de même du souci de nombreux gouvernements de pouvoir s’entretenir avec un nombre limité d’acteurs,
clairement identifiables, considérés comme représentatifs et légitimes une fois
pour toutes et dans tous les espaces, ou encore de la prétention de certaines associations qui se transnationalisent à représenter le « bien commun » et à fédérer toutes
les initiatives. Toutes ces réactions, pour compréhensibles qu’elles soient, reviennent,
infine, à vouloir borner ce qui est peut-être la plus grande richesse des mouvements sociaux en question : leur diversité et leur dynamisme, révélateurs de la
vraie nature de ce que l’on a coutume d’appeler la « mondialisation ».
[1]
Voir l’analyse historique proposée par Sunil Khilnani, « La “société civile”, une résurgence »,
Critique internationale,
n° 10, janvier 2001, pp. 38-50.
[2]
Ann M. Florini (ed.),
The Third Force. The Rise of Transnational Civil Society, Washington, Carnegie, 2000 (il est rendu compte
de ce livre dans la rubrique « lectures » de ce même numéro de
Critique internationale).
[3]
Voir Lester M. Salamon
et al.,
Global Civil Society. Dimensions of the Nonprofit Sector, Baltimore, The Johns Hopkins
Center for Civil Society Studies, 1999.
[4]
Voir Paul Wapner, « The normative promise of nonstate actors : Atheoretical account of global civil society », dans Paul
Wapner, Lester Edwin J.Ruiz,
Principled World Politics, Lanham, Rowman & Littlefied, 2000; Ronnie D. Lipschutz, « Reconstructing world politics : The emergence of global civil society »,
ibid. Cette perspective marque également les travaux de
ceux qui font autorité sur ces questions, parmi lesquels Robert Cox et Stephen Gill.
[5]
Notamment droits de l’homme, environnement, campagne internationale contre les mines antipersonnel, mobilisations
antimondialisation.
[6]
Rapport du Millénaire du Secrétaire général des Nations unies, résumé, p. 1. Voir aussi Thomas Rise-Kappen, « Introduction », dans Thomas Rise-Kappen (ed.),
Bringing Transnational Relations Back In : Non-State Actors, Domestic Structures
and International Institutions, Cambridge, Cambridge University Press, 1995, p. 3.
[7]
Margaret E. Keck, Kathryn Sikkink,
Activists Beyond Borders. Advocacy Networks in International Politics, Londres et Ithaca,
Cornell University Press, 1998.
[8]
Terra Viva, 15 juin 1992, dans
Earth Summit : The NGO Archives, CD-ROM, Montevideo, Ngonet, 1995, p. 14; Ann Marie
Clark, Elisabeth J.Friedman, Kathryn Hochstetler, « The sovereign limits of global civil society. Acomparison of NGO participation in UN World Conferences on the environment, human rights, and women »,
World Politics, n°51, octobre 1998, p. 12.
[10]
Le Conseil économique et social est l’organe de coordination des activités économiques et sociales de l’ONU. Les
ONG se voyant octroyer un statut consultatif en vertu de l’article 71 de la Charte des Nations unies (plus de 2000 à ce jour)
peuvent envoyer des observateurs aux séances publiques du Conseil, de ses commissions et sous-commissions ainsi que dans
les Conférences internationales. Certaines procédures, par exemple en matière de droits de l’homme, leur permettent également de transmettre à l’ONU directement, et de façon très officielle, des informations. La plupart des institutions internationales ont des procédures d’accréditation ou des comités de discussion occupés, de fait, par les plus puissantes ONG et
qui fonctionnent sur la base de la cooptation.
[11]
La résolution 1996/31 a remplacé la résolution 1296 qui, depuis 1968, régissait le statut consultatif des ONG à l’ONU.
[12]
David Holmes,
Virtual Politics : Identity and Community in Cyberspace, Londres, Sage, 1997
, p. 13 ; Wade Rowland,
The
Spirit of the Web : The Wage of Information from Telegraph to the Internet, Toronto, Somerville House, 1997, p. 340.
[13]
UNDP, Human Development Report 2001,
Making New Technologies Work for Human Development, New York, Executive
Summary, p. 1.
[14]
Peter (Jay) Smith et Elizabeth Smythe, « Citizenship and technology : The MAI meets the Internet », ISA Annual Convention,
Los Angeles, mars 2000, pp. 24-27 et échanges avec les auteurs. La répartition par pays est déjà assez significative : États-Unis :
31,9% du total; Canada : 17,6%; Australie : 8,9 %; Allemagne : 7,9 %; France : 0,5 % (avec seulement deux sites).
[15]
Voir le dossier coordonné par Marie-Claude Smouts, « Politiques de la biosphère »,
Critique internationale, n° 9,
octobre 2000, pp. 114-175.
[16]
Voir Paul Wapner, « Environmental ethics and global governance : Engaging the international liberal tradition »,
Global Governance, vol. 3, n° 2, mai-août 1997, pp. 213-231.
[17]
Sidney Tarrow,
Power in Movement. Social Movements and Contentious Politics, Cambridge, Cambridge University Press,
2
e éd. 1998, pp. 176-195.
[18]
Entre MSF-France et MSF-Grèce, par exemple, ou, dans une moindre mesure, entre MSF-France et MSF-Belgique.
[19]
Association pour une taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens.
[20]
UNGA/RES/48/141 du 20 décembre 1993. Sources : observations personnelles et entretiens. Voir également H. Tolley,
The UN Commission on Human Rights, Boulder, Westview, 1987, p. 564.
[21]
Les travaux d’Yves Dezalay et Brian Garth sur ce qu’ils ont appelé les « multinationales de la vertu civique » soulignent
la symbiose entre des réseaux fondamentalement élitistes qui imposent les formes de la contestation comme celles de la domination. Voir notamment Yves Dezalay, Brian Garth,
Dealing in Virtue, Chicago, University of Chicago Press, 1996; « Droits
de l’homme et philanthropie hégémonique »,
Actes de la recherche en sciences sociales, mars 1998. Voir également David
Hulme, Michael Edwards (eds.),
NGOs, States and Donors : Too Close for Comfort ?, NewYork, StMartin’sPress, 1997.
[22]
Comme ont eu à le souligner un certain nombre d’analystes, les élections sont, en moyenne, bien moins fréquentes dans
le monde associatif que dans le monde politique. Voir Thomas G. Weiss, Leon Gordenker (eds.),
NGOs, The United Nations
and Global Governance, Londres et Boulder, Lynne Rienner, 1996, p. 219.
[23]
Les représentants des plus grosses ONG françaises réclament ainsi, dans des débats publics, un « droit d’inventaire »
sur les organisations choisies comme interlocuteurs par les différents ministères.
[24]
Des consultants auprès de différents ministères s’entendent régulièrement demander de constituer de telles listes.
[25]
Andrew Hugrell, Ngaire Woods, « Globalisation and inequality »,
Millenium, vol. 24, n° 3,1995, p. 468.
[26]
Voir à ce propos Denis-Constant Martin (dir.),
Cartes d’identité. Comment dit-on « nous » en politique ?, Paris, Presses de
la FNSP, 1994; Catherine Neveu, « Anthropologie de la citoyenneté », dans Marc Abélès, Henri-Pierre Jeudi,
Anthropologie
du politique, Paris, Armand Colin, 1997, pp. 85-88.
[27]
David Held,
Democracy and the Global Order : From the Modern State to Cosmopolitan Governance, Cambridge, Polity
Press, 1995; Daniele Archibugi, David Held, Martin Köhler(eds.),
Re-Imagining Political Community : Studies in Cosmopolitan
Democracy, Cambridge, Polity Press, 1998.