Critique internationale
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629159
176 pages

p. 61 à 67
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 13 2001/4

2001 Critiques internationales

Populisme du peuple ou populisme des élites ?

Alfio Mastropaolo professeur de science politique à l’Université de Turin. E-mail: mastro@cisi.unito.it
 
GUY HERMET Les populismes dans le monde. Une histoire sociologique (XIXe-XXe siècles) Paris, Fayard, 2001,479 pages.
 
 
La connaissance humaine part de simplifications. Même les sciences sociales n’échappent pas à cette fatalité, et sont obligées de simplifier. Ce qui peut conduire à de graves erreurs : il suffit de quelque vague ressemblance, ou de la récurrence d’un terme, et voilà que l’on saisit l’occasion d’un fait social singulier pour fabriquer une classe entière de phénomènes. Quand ce n’est pas l’autodéfinition d’un mouvement qui est ensuite appliquée avec désinvolture à d’autres, aussi éloignés soient-ils de l’original. Le cas du populisme est à ce titre exemplaire. Le terme a été inventé dans la Russie tsariste de la seconde moitié du XIXe siècle par une poignée d’intellectuels. Ceux-ci avaient fondé et animé un mouvement révolutionnaire se disant « populiste » (telle fut du moins la traduction qu’on donna en Occident du mot narodnik), qui idéalisait les paysans et l’antique « âme russe ». Ils aspiraient à un socialisme rural romantique et communautaire, en opposition à la modernité en provenance d’Occident. À ce premier populisme s’en est ajouté un second, né au-delà de l’Atlantique, qui s’est lui aussi défini comme telavec la fondation aux États-Unis, en 1892, du People’s Party. Ce parti prenait également la défense des paysans – en particulier des farmersdu Midwest– mais, à la différence du populisme russe, les intellectuels n’y jouaient pratiquement aucun rôle. Il se distinguait par une violente rhétorique contre l’establishment et disposait d’un important soutien populaire auprès des fermiers menacés par la modernisation et la paupérisation.
Sauf qu’ils en appellent tous les deux au peuple et à ses vertus « naturelles » – de manière beaucoup plus romantique dans le premier cas que dans le second–, qu’y a-t-il de commun entre ces deux mouvements, si ce n’est qu’ils ont choisi le même terme pour se désigner ? Et qu’y a-t-il de commun entre eux et les mobilisations ou les régimes nés en Amérique latine autour des années vingt du siècle passé, que les observateurs cultivés ont rangés dans la catégorie de « populisme » à partir des années soixante ? Ces mouvements ont imité les techniques de mobilisation des masses déshéritées pratiquées par les fascismes européens. Mais, à la différence de ces derniers qui méprisaient ces masses, ils ont préféré les flatter en les dressant contre l’immobilisme des vieilles oligarchies terriennes, au nom d’un « peuple » qui prenait corps lors d’immenses rassemblements ou à travers les rites plébiscitaires d’acclamation directe du caudillo de l’heure.
C’est peut-être cet aspect spécifique, à la fois protestataire et plébiscitaire, combiné au mythe d’un peuple vertueux opposé à un establishment corrompu – à une époque où les catégories décisives de l’analyse étaient encore les classes et la lutte des classes – qui a façonné l’image la plus répandue du populisme. Cette image a servi par la suite à classer une grande diversité de phénomènes dont le principal point commun était précisément, et paradoxalement, qu’ils étaient difficiles à classer. Dans cette période, le populisme n’est pas encore une qualification trop infamante. Certes, le péronisme n’offre pas un spectacle très élégant pour qui est habitué aux débats de Westminster et pour qui voudrait oublier les masses exaltées de Berlin ou de Rome. Mais ce n’est pas non plus le fascisme ; pas non plus, Dieu soit loué, le communisme. Comme d’autres phénomènes, on peut au surplus le comprendre et l’excuser au nom du contexte d’arriération qui l’a vu naître.
La notion de populisme a eu du mal à se faire admettre parmi les catégories des sciences sociales : la monumentale International Encyclopedia of the Social Sciences publiée en 1968 [1] ne comporte pas d’article « populisme ». Vingt-sept ans plus tard, dans The Encyclopedia of Democracy dirigée par Seymour Martin Lipset [2], l’article « populisme », écrit par Torquato DiTella, est prudemment centré sur ses variétés traditionnelles, en particulier celles de l’Amérique latine et du Tiers monde. La première tentative de synthèse remonte pourtant à la fin des années soixante, avec l’ouvrage collectif dirigé par Gellner et Ionescu [3], qui ne peuvent cependant que prendre acte du caractère problématique du concept. L’ouvrage se proposait de définir les régimes apparus dans le Tiers monde (de l’Égypte à l’Inde, de l’Indonésie à la Tanzanie) dans les années cinquante et soixante et qui étaient irréductibles tant à la démocratie libérale qu’au fascisme et au communisme. Les auteurs s’efforçaient, si ce n’est d’élaborer une théorie du populisme, au moins de reconstruire les traits communs aux mouvements et aux régimes définis comme « populistes ».
Ce livre commençait à dessiner, il est vrai avec discrétion, un arbre généalogique du populisme plus ramifié que celui qui se limitait aux précédents russe et américain. Dès lors, la glace était rompue et le concept a commencé à évoluer. Il faut dire que le terrain s’y prêtait. Depuis longtemps, en Europe, en particulier dans la littérature, le terme évoquait une attitude velléitaire et mal définie d’amour pour le peuple et d’intérêt pour la question sociale ; une démagogie intellectualiste à laquelle ne correspondait aucun engagement concret pour résoudre les problèmes des classes inférieures, au-delà de leur seule mythification. Ce qui était jusque-là un phénomène typique des pays sous-développés, certes fort éloigné de la démocratie mais que l’on pouvait excuser parce que, fruit de l’arriération, il était aussi une tentative pour en sortir, s’est aisément transformé, dès lors qu’on lui reconnaissait des ancêtres en Europe (bonapartisme, boulangisme), de concept scientifiquement douteux et d’application limitée en étiquette infamante. Cette première extension de la notion est sans doute attribuable au langage journalistique, plus désinvolte et métaphorique que le langage scientifique. Mais l’important dans l’affaire est qu’en étendant le concept du Tiers monde à l’Europe, on en a fait nécessairement un terme polémique : le populisme, d’anticipation possible, certes grossière et approximative, de la démocratie (ou d’alternative somme toute excusable à celle-ci) en devient une dégénérescence insidieuse et vulgaire.
Plus encore : toute forme de protestation velléitaire, ou toute propension à la démagogie, tend à être assimilée au populisme, pour peu qu’elle soit conduite au nom du peuple. Et d’autant plus si la démagogie et la protestation (qui évoquent les spectres de l’Amérique du Sud) sont bruyantes, associées à un leadership personnel ou à des ingrédients aussi indigestes, pour des estomacs démocratiques, que l’intolérance, la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme. C’est ainsi que l’on a retrouvé sous l’étiquette de populisme, en vrac, des phénomènes allant de la fureur anticommuniste du sénateur McCarthy à l’infatigable et bruyante défense du « peuple des boutiques » par Pierre Poujade.
La tentative la plus approfondie et la plus élaborée pour mettre de l’ordre dans le fatras des populismes, qui est encore surtout affaire de langage journalistique, est le livre très sérieux, très apprécié et très souvent cité de Margaret Canovan [4]. L’auteur y distingue deux grandes familles : les « populismes agraires » classiques et les « populismes politiques », eux-mêmes divisés en quatre types(le péronisme, le populisme raciste à la George Wallace mais aussi, curieusement, celui du système politique suisse et celui de leaders conservateurs comme Margaret Thatcher). En cela, le livre de Canovan, qui refuse pourtant de proposer une véritable théorie, anticipe l’utilisation étendue (et à vrai dire encore plus indistincte) qui sera faite de la notion dans le monde savant à partir des années quatre-vingt-dix.
En effet, après la chute des régimes socialistes de l’Europe de l’Est, le concept de populisme s’avérera de nouveau précieux. Quoi de plus facile que d’y ranger pêlemêle des figures inclassables comme Walesa, Eltsine ou Milosevic ? Et comment nier que ce concept, si évocateur des régimes fragiles de l’Amérique du Sud, soit bien utile pour stigmatiser une vaste constellation de nouveaux acteurs politiques « non conventionnels » apparus en Europe dans le dernier quart du XXe siècle, porteurs d’un virulent discours antipolitique et qui, certes situés à droite, ne pouvaient être ramenés ni à la droite conservatrice classique ni à la droite fasciste ? Des partis antifiscaux qui ont fleuri en Scandinavie au national-populisme de Jean-Marie Le Pen ou à celui de Jörg Haider, des régionalismes sécessionnistes de la Ligue du Nord en Italie ou du Vlaams Blok dans les Flandres au populisme médiatique de Silvio Berlusconi, en Italie encore (où les anciens fascistes de l’Alliance nationale oscillent, eux, entre le national-populisme et la tendance gaulliste au rassemblement), on a en somme regroupé une foule d’acteurs « antipolitiques » d’idéologie incertaine : d’un côté, ils ne peuvent être qualifiés de fascistes, parce qu’après tout ils respectent les règles de la démocratie formelle ; de l’autre, ils affirment des valeurs et des principes pour le moins discutables d’un point de vue démocratique. Même quand ils cherchent à le dissimuler, beaucoup de ces mouvements partagent avec le fascisme une tendance à l’intolérance et au racisme; en même temps, ils se livrent à une sorte de surenchère démocratique fondée sur une rhétorique du peuple et des techniques plébiscitaires. Dans ces conditions, la tentation est forte d’employer pour les désigner – et pour les critiquer– le terme de populisme.
On peut pardonner aux journalistes et aux adversaires politiques de ces mouvements le recours à un concept aussi vague, mais son irruption dans le langage des sciences sociales est plus discutable. Est-il pertinent de rapprocher les formations politiques dont il vient d’être question, malgré leur démagogie et leur rhétorique du peuple (et malgré leur rapport ambigu avec la démocratie), des mouvements et des régimes qui se sont développés en Amérique latine il y a un demi-siècle ? Malheureusement, des confusions de ce genre sont foison et, une fois consolidées, il est impossible de les défaire : on est obligé de jouer le jeu, et l’on doit se contenter d’affiner le concept. C’est ce qui se passe avec la floraison de termes comme « néo-populisme », « national-populisme », « populisme alpin », « télé-populisme », « populisme régional », « techno-populisme », et j’en passe [5].
Depuis quelques années on ne compte plus les colloques, séminaires, rencontres académiques, numéros de revues [6] et ouvrages [7] consacrés au concept. Une contribution stimulante vient de s’y ajouter : celle de Guy Hermet, un chercheur qui a beaucoup travaillé sur les régimes autoritaires, notamment le caudillisme ibérique et latino-américain. Mû précisément par l’insatisfaction que suscite le caractère problématique du concept, il y propose une enquête prudente et honnête qui accepte de relever le défi en offrant un inventaire de tout ce qui – rhétorique comprise – soit s’est défini comme « populisme », soit s’est vu, à tort ou à raison, appliquer cette étiquette.
Ce qui transparaît en premier lieu dans cette entreprise, c’est la solidité de la culture et des valeurs de l’auteur, en particulier son austère passion civique. Méfiant vis-à-vis de toute forme de démagogie ou de démocratisme stérile, Hermet donne une fois de plus la preuve de son attachement au modèle « républicain » : non pas au sens anglo-américain du terme (qui sévit aujourd’hui en philosophie politique) mais dans son acception française, laquelle implique, sur le plan pratique, une composante élitiste (en ceci qu’elle insiste sur la responsabilité des élites) ainsi qu’une forte attention au principe de l’égalité concrète entre tous les citoyens (qui est au contraire étrangère au républicanisme anglo-américain). C’est sur ces bases que l’auteur construit un chemin problématique tortueux mais riche, qui se divise en deux grandes parties : cinq chapitres s’attachent aux difficiles problèmes lexicaux et conceptuels; six autres décrivent avec précision les cas de populisme (proclamés tels ou qualifiés ainsi de l’extérieur). Le tout à travers une structure rigoureuse, qui culmine avec les inquiétants « populismes » européens actuels, affichés ou (le cas est fréquent) masqués.
En deux cents ans d’histoire, la liste des cas est naturellement très longue. Hermet les passe quand même tous en revue. Mais ses pages les plus suggestives sont celles qui concernent le populisme des « modernes » (voire des « post-modernes » ?): un populisme avant tout rhétorique, dont un trait fondamental est de s’adresser non plus aux faibles et aux déshérités (comme les paysans russes ou américains, ou les masses récemment urbanisées d’Amérique du Sud), mais aux sociétés développées dans leur ensemble, et même à ceux qui en constituent le cœur : classes moyennes ou groupes ouvriers les plus protégés. En excitant le ressentiment et les peurs de catégories sociales inquiètes mais encore prospères – ces catégories menacées par la globalisation, dernier avatar de la modernisation, mais qui ont largement bénéficié de l’essor de la consommation et de l’État-providence, et dont le problème principal n’est pas la pénurie mais la satiété –, ce populisme les invite à s’en prendre non pas tant aux élites (cible principale des populismes sudaméricains) qu’aux plus pauvres et aux plus faibles.
C’est à ces catégories sociales que s’adresse un discours antipolitique très schématique, qui agite la bannière du peuple souverain, mais qui se manifeste en réalité, selon Hermet, d’au moins trois manières différentes. La première est celle de nouveaux entrepreneurs politiques qui, voulant coûte que coûte pénétrer un marché politique bloqué, utilisent à cette fin une virulente protestation contre l’impôt, contre l’État en général et contre l’Europe, ainsi que la revendication d’une restriction aux seuls nationaux des bénéfices de l’État-providence, qui va jusqu’à la xénophobie et au racisme. La seconde manière se manifeste par de nouvelles formes de revendication : on pense ici aux protestations (qui ne sont pas infondées mais trop facilement mythifiées) du « peuple de Seattle », ou à une sorte de fondamentalisme des droits de l’homme qui les dissout dans un dangereux droit à la « différence » et au particularisme. La troisième manière est celle d’une popularité obtenue à peu de frais en critiquant l’obscur jargon des hommes politiques, leur inefficacité et les lenteurs de l’administration, ainsi que, parfois, en proclamant la volonté de « rendre » la politique aux « gens ordinaires ».
L’inventaire de Guy Hermet est minutieux. Ses réflexions sur les rapports complexes du populisme avec la démocratie sont tout aussi intéressantes. Bien qu’il soit démocratique dans son apparence (et même « ultra-démocratique »), le populisme met en question l’expérience démocratique des pays occidentaux, faite de principes constitutionnels, d’institutions représentatives et de corps intermédiaires, de règles qui protègent les minorités, ainsi que de médiations lentes, de compromis difficiles, de conquêtes nécessairement partielles. Un trait commun des nouvelles formes de populisme antipolitique réside précisément, Hermet le souligne, dans le fait de promettre tout et tout de suite, d’annihiler la temporalité propre de la politique, de l’exaspérer et de la dramatiser. Le néo-populisme est au fond une forme d’agitation. Cela le rend assurément inquiétant et justifie la vigilance à son égard.
Reste qu’il est sage de ne pas le dramatiser. Après tout, même s’il alimente des sentiments incompatibles avec la démocratie, les mouvements qui en relèvent ont jusqu’à présent respecté les règles de celle-ci, fût-ce en les orientant dans un sens plébiscitaire. En outre, aux importantes exceptions de l’Italie et de l’Autriche, leurs succès ont été partiels. Le néo-populisme ne s’est pas imposé dans tous les pays européens (et, cette fois, il n’est pas un phénomène des seules démocraties traditionnellement considérées comme les plus faibles); il est quantitativement peu significatif sur le plan électoral, et de surcroît éphémère parce qu’il est généralement lié à la présence d’un leader charismatique capable de jouer un rôle de catalyse et d’unification. En même temps, toutefois, on aurait tort de sous-estimer ce populisme antipolitique, en le considérant comme une éruption passagère, une sorte de réaction « physiologique » inévitable, ou une simple bizarrerie, qui résulteraient des bouleversements sociaux et politiques de l’heure. Si les démocraties ont indiscutablement besoin d’imagination et de changement, le populisme n’est pas une innovation salutaire et vertueuse. Au contraire.
Àcet égard, Hermet, qui souligne avec raison l’originalité et la spécificité du néo-populisme occidental en y voyant bien plus que la manifestation d’une tentation commune à toutes les démocraties (au contraire de ceux qui se contentent d’une définition vague du phénomène), aurait peut-être pu aller plus loin. Certes, une grande fresque comme celle qu’il propose ici vise plus à l’effet d’ensemble qu’à la précision du détail. Mais il est peut-être insuffisant d’avancer l’hypothèse que les grands changements économiques et sociaux contemporains, en déstabilisant les sociétés occidentales prospères, sont la cause essentielle du phénomène : celui-ci résulterait de ruptures internes aux espaces nationaux et de l’affaissement de la sécurité minimale offerte dans ce cadre par les États, de sorte qu’on pourrait le supposer voué à devenir une maladie chronique, fût-elle parfois repliée dans des foyers localisés. En fait, Hermet ébauche aussi d’autres hypothèses, qu’il serait intéressant d’approfondir. L’une d’elles est que les raisons du succès actuel du « populisme » pourraient ressortir également de l’évolution de la technique politique, dans laquelle il n’y a plus de place (ni de goût) pour les programmes complexes, les fascinations idéologiques, les allégeances stables et les engagements militants trop exigeants. Mais il faudrait aussi se demander quelle a été, outre l’influence du populisme des « contre-élites », celle du populisme des élites (mais oui, on peut également l’appeler ainsi) par lequel ces dernières ont réagi à l’obsolescence des techniques et des discours politiques traditionnels ; se demander en outre si, une fois disparus les adversaires crédibles (intérieurs et extérieurs) de ces élites, la démocratie n’est pas devenue pour l’establishment un luxe superflu. Ou du moins auquel on pourrait substituer la mise en scène de la vie privée des dirigeants, des formes inédites de personnalisation du pouvoir afin d’« humaniser » la vie politique, des modes d’investiture populaire des leaders, le contournement des circuits habituels de la représentation et de la discussion démocratiques, des procédures référendaires expéditives, tout cela sous prétexte d’instaurer une démocratie qui ne serait pas polluée ni alourdie par les intrigues des hommes politiques professionnels. Hermet le souligne lui aussi : l’appel au peuple, à ses « vertus », à la souveraineté qui lui échoit, mais aussi les dénonciations démagogiques du peu de moralité de la politique sont des recettes auxquelles n’ont pas seulement fait appel, sans scrupules, de nouveaux entrepreneurs désireux d’investir le marché politique, mais aussi des membres installés de l’establishment, désormais à court d’arguments permettant de mobiliser les citoyens ou en quête d’une popularité facile auprès d’un « peuple » envers lequel ils nourrissent un mépris hautain – si l’on en croit le « populiste » de gauche Christopher Lasch, auteur du passionnant La révolte des élites et la trahison de la démocratie [8]. Comment alors ne pas soupçonner que ce populisme « d’en haut », plus éduqué et plus élégant que l’autre et apparemment plus inoffensif, contribue lui aussi à perturber et à étouffer la vie démocratique ?
Traduit de l’italien par Jean-Louis Briquet
 
NOTES
 
[1] David L. Sills (ed.), International Encyclopedia of the Social Sciences, NewYork, MacmillanCo. & FreePress, 1968.
[2] Londres, Routledge, 1995.
[3] Ernest Gellner et Ghita Ionescu, Populism : Its Meaning and National Characteristics, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1969.
[4] Margaret Canovan, Populism, New York, Harcourt Brace, 1981.
[5] L’étiquette peut même devenir une sorte de lettre de noblesse. Dans sa revue théorique Ideazione(n°2/2000), la nouvelle droite italienne a publié un ensemble d’articles sous le titre « Les vertus du populisme », où elle revendique celui-ci comme un enracinement populaire inconnu des partis traditionnels.
[6] Notamment Vingtième siècle 1997, n° 2.
[7] Notamment Hans-Georg Betz et Stefan Immerfall (eds.), The New Politics of the Right. Neo-Populist Parties and Movements in Established Democraties, New York, St Martin’s Press, 1998; Yves Mény et Yves Surel, Par le peuple, pour le peuple. Le populisme et les démocraties, Paris, Le Seuil, 2000; Paul Taggart, Populism, Philadephie, Open Press, 2000.
[8] Castelnau-le-Lez, Climats, 1996.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
David L. Sills (ed.), International Encyclopedia of the Soc...
[suite] Suite de la note...
[2]
Londres, Routledge, 1995. Suite de la note...
[3]
Ernest Gellner et Ghita Ionescu, Populism : Its Meaning and...
[suite] Suite de la note...
[4]
Margaret Canovan, Populism, New York, Harcourt Brace, 1981. Suite de la note...
[5]
L’étiquette peut même devenir une sorte de lettre de nobles...
[suite] Suite de la note...
[6]
Notamment Vingtième siècle 1997, n° 2. Suite de la note...
[7]
Notamment Hans-Georg Betz et Stefan Immerfall (eds.), The N...
[suite] Suite de la note...
[8]
Castelnau-le-Lez, Climats, 1996. Suite de la note...