2002
Critiques internationales
La fin de l’« Atlantique Nord »
William Hopkinson
ancien haut fonctionnaire britannique de la Défense, est chercheur associé au Royal Institute of International Affairs (Chatham House), Londres.
Les attentats terroristes de septembre 2001 ont eu une influence considérable sur la manière de voir des Américains, et en tout cas sur leurs stratégies à court terme. Peut-être se révéleront-ils le point de départ d’une coopération
durable entre les plus grandes puissances mondiales, ou encore le coup d’envoi
d’une lutte violente entre le Sud démuni et le Nord opulent, mais aucune de ces deux
éventualités n’apparaît très plausible. Les deux conséquences durables les plus
importantes des attentats sont sans doute le choix stratégique fait par la Russie de
collaborer avec l’Occident, achevant un processus entamé immédiatement après la
guerre froide, et la prise de conscience, par les Américains en général, de leur vulnérabilité. Pour le reste, la plupart des problèmes qui se posaient auparavant demeurent, et l’on aurait tort de penser que toute la vie internationale en a été bouleversée.
Àl’origine, c’est pour des raisons de sécurité que les États-Unis se sont engagés
en Europe et, jusqu’en 1992, cet engagement a joué un rôle vital. Une grande
partie du continent était occupée par une puissance hostile et fortement armée à
laquelle les Européens de l’Ouest, affaiblis par la Seconde Guerre mondiale, ne pouvaient résister seuls. C’est sous la protection américaine que la CEE a pu se développer puis devenir l’Union européenne. Le leadership militaire et politique des
États-Unis, indispensable, était acceptable par presque tous. Maintenant que la fin
de la guerre froide a complètement changé la donne en matière de sécurité, on est
en droit de supposer que les relations transatlantiques vont également s’en trouver
transformées.
De manière générale, la défense de l’intégrité territoriale contre les entreprises
d’autres pays n’est plus au cœur de la sécurité en Europe. La plupart des opérations
militaires y sont devenues en quelque sorte « facultatives » : les États peuvent
désormais choisir jusqu’où et selon quelles modalités ils s’y engagent. La puissance
hostile de naguère a disparu, et il n’y a pas de raisons de penser qu’elle-même, ou
une autre, reviendra sur la scène. Il n’existe pas de menace militaire importante en
Europe, et les Européens sont en mesure de venir à bout tout seuls de celles qui existent : n’oublions pas que la France et le Royaume-Uni sont respectivement la troisième et la deuxième puissances militaires mondiales. La sécurité européenne est
plutôt aux prises avec des phénomènes comme la criminalité, les trafics en tous
genres et le terrorisme, qui affectent au moins autant les États-Unis, mais dont ces
derniers ne détiennent pas seuls les solutions. Avec le temps, chacun de ces problèmes
de sécurité peut devenir vraiment grave, mais il en est peu qui menacent les intérêts
vitaux à court terme. Cela n’a pas changé avec les attentats du 11 septembre, qui
ont montré la capacité des terroristes à frapper l’Occident, mais sans innovations
technologiques ni politiques. En dépit de leur horreur, ils ont causé peu de dommages concrets. Et des actes similaires auraient pu être commis à n’importe quel
moment des dix dernières années : leurs auteurs potentiels existaient déjà.
On a encore très certainement besoin de la puissance militaire pour résoudre
certains problèmes, et les Européens ne développent pas suffisamment la leur,
mais l’engagement des États-Unis tel qu’il était durant la guerre froide non seulement n’est plus nécessaire mais devient parfois contre-productif. Certains pays
de l’Union européenne en prennent argument pour éviter de fournir l’effort nécessaire, tandis que les États-Unis eux-mêmes ne sont pas toujours disposés à prendre
part à la gestion des crises selon les modalités jugées appropriées par les Européens.
Tout simplement, les États-Unis ne sont pas une puissance européenne. Leurs
intérêts sont parfois différents; et, même en cas d’intérêts communs, il y a trop de
divergences sur la manière de les défendre pour que les Européens comme un
tout (voire les plus petits pays, qui pourraient être tentés d’accepter la domination
américaine dans le seul but d’éviter celle de leurs grands voisins) acceptent tout bonnement de suivre. Les États-Unis ont bien sûr intérêt à affirmer qu’on a toujours
besoin d’eux, et selon les mêmes modalités que naguère. Ce serait un recul pour
leur diplomatie s’ils n’étaient pas engagés en Europe, car l’engagement amène
l’influence, sinon la domination
[1].
Avant d’examiner de près quelques-uns des dossiers (l’OTAN, les Balkans et la
défense antimissile) sur lesquels les divergences récentes sont les plus criantes
entre les deux rives de l’Atlantique, tentons un tableau plus général des différences
d’approche, souvent déjà anciennes, qui en constituent l’arrière-plan.
Les sociétés d’Amérique du Nord et de la plupart des pays européens sont libérales
au sens lockéen. Elles croient, chez elles, à la force du droit. Ce sont des démocraties et, jusqu’à un certain point, des économies de marché. Elles ont plus de points
communs que chacune d’entre elles n’en a avec d’autres parties du monde (sauf là
où des Européens se sont établis, comme en Australie). Des différences dont il est
facile d’exagérer l’importance – par exemple sur la peine capitale, la réglementation
des armes à feu ou le mode de vie– existent et peuvent même s’approfondir et envenimer les rapports. Mais ce ne sont pas elles qui pèsent sur les relations en matière
de sécurité et de défense, ce sont des divergences croissantes d’intérêts (réels ou
perçus) et de méthode.
Européens et Américains ayant indubitablement intérêt à la stabilité, à la démocratie, à l’ouverture des marchés et à la bonne gouvernance, leur collaboration est
hautement souhaitable. Mais l’Europe manque pour l’instant à la fois de politique
commune et des moyens militaires indispensables pour jouer, dans les questions
de défense et de sécurité, un rôle qui soit à la mesure de sa richesse et de sa population. Le gouvernement de l’Union européenne et son mode de décision doivent
d’abord être considérablement améliorés; la façon incohérente dont elle détermine
sa politique, qui sera encore aggravée par l’élargissement, constitue un handicap
pour la construction d’un véritable partenariat et facilite grandement la domination américaine. Le lancement d’une guerre totale contre le terrorisme peut exacerber les difficultés si cette référence à la guerre est plus qu’une métaphore, c’est-à-dire si les États-Unis voient dans l’action militaire l’outil principal contre cette
durable menace. S’attaquer au terrorisme requiert une collaboration active dans
des domaines où ils ne sont pas exceptionnellement forts, et parfois carrément faibles.
Pour être couronnée de succès, elle demandera un minimum d’échanges, tant sur
les objectifs que sur les moyens. On peut toujours imaginer que les États-Unis reconnaîtront en temps utile le besoin d’un partenariat réel qui implique quelque restriction à leur liberté d’action, dans l’intérêt de la lutte contre cet ennemi commun.
Mais l’unilatéralisme est si enraciné dans la politique américaine, les institutions
et les hommes qui le tiennent pour la seule bonne politique pèsent si lourd, que
tout compromis raisonnable pourrait en être rendu impossible. Dans ce cas, les autres
pays seront tout simplement invités à s’imposer des dispositifs de surveillance dont
les États-Unis ne voudront pas s’encombrer eux-mêmes, et à fournir du renseignement sans en recevoir en échange.
L’unilatéralisme américain
Les tendances isolationnistes ont toujours existé dans l’opinion américaine mais
elles n’ont pas empêché un engagement massif aux côtés de pays étrangers. En
revanche, le refus des contraintes extérieures – autrement dit, l’unilatéralisme– l’a
toujours emporté. Washington recommandait déjà à ses compatriotes de ne se
lier par des alliances permanentes avec aucune partie du monde extérieur; Jefferson
a préconisé la paix, le commerce et des relations amicales avec toutes les nations,
mais l’alliance avec aucune. Cette règle de conduite a généralement prévalu, aux
exceptions de taille que représentent les traités militaires de l’après-Seconde
Guerre mondiale, et tout spécialement celui de l’Atlantique Nord. Mais même dans
ce cas, la liberté d’action des États-Unis a été peu limitée, en partie en raison de
leur suprématie économique et militaire, en partie parce que, en dépit de tous les
discours sur les garanties offertes par l’OTAN, le libellé de l’article 5
[2], conçu pour
être accepté par le Sénat, ne les engage à rien de plus, en cas d’attaque, qu’à faire
ce qu’ils « jugent nécessaire ».
Pendant plus de quarante ans, les États-Unis, qui étaient l’une des deux grandes
puissances mondiales, ont presque toujours eu l’initiative en matière de sécurité,
qu’il s’agisse du diplomatique ou du militaire, de l’Europe ou d’autres régions du
monde. Ils ont remporté quelques succès notables, principalement Berlin et la
réunification allemande. Aujourd’hui, la possibilité d’en remporter d’autres est
réduite. Ni la Chine, ni l’Inde, ni l’Iran ou d’autres pays musulmans ne sont bien
disposés à l’égard de leurs efforts pour s’assurer un leadership mondial unilatéral.
La construction d’une coalition pour répondre aux attentats terroristes peut constituer un nouveau départ des relations avec ces pays, leur rendre acceptable une certaine directivité, mais pour que cela dure il faudra pratiquer quelque réciprocité,
reconnaître les problèmes des autres États et certaines causes du terrorisme, et renoncer aux prétentions hégémoniques.
Le particularisme des États-Unis revêt de multiples formes. Il se manifeste dans
le rejet chez les autres de ce qu’ils pratiquent eux-mêmes, à savoir imposer leurs
conditions à autrui; dans la conviction qu’ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent
dans presque toutes les circonstances; et dans cette autre conviction que le sol américain est sacré. Ce dernier aspect a été un facteur décisif dans la volonté de bâtir
une défense antimissile, et dans le refus des contrôles « intrusifs » sur les armes
chimiques et bactériologiques. On pourrait penser que, ayant pris conscience le
11 septembre qu’ils sont aussi vulnérables que les autres pays, ils vont se défaire
quelque peu de ce particularisme, mais en réalité, ce sera sans doute le contraire.
Enfin, ils ont un fort penchant à chercher des solutions militaires aux problèmes
politiques et des solutions techniques aux problèmes militaires.
Jusqu’ici, ils ont montré une grande réticence à être liés par le droit international,
et une plus grande encore à l’égard des organisations multilatérales. Leur incapacité à rejoindre la Société des Nations, leurs difficultés récurrentes avec l’ONU,
le fait qu’ils pensent pouvoir, si le besoin s’en fait sentir, agir de manière unilatérale sans l’aval du Conseil de sécurité, sont bien connus. Le refus du Sénat de
ratifier le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires ; l’édulcoration des
dispositifs de vérification de la Convention sur les armes chimiques; le torpillage
de ceux de la Convention sur les armes bactériologiques; les menaces contre le traité
ABM; le rejet de l’accord de Kyoto sur l’effet de serre, etc. témoignent de leur refus
de toute contrainte extérieure. Certains choix de la défense antimissile, ainsi que
divers écrits récents appelant à une utilisation de l’espace extra-atmosphérique à
des fins militaires, ne font que confirmer cette attitude. Tout cela laisse présager
des tensions considérables dans les relations transatlantiques, à la fois sur le fond
et les procédures.
Le rôle de la force militaire
Les conceptions des États-Unis sur le rôle de la force militaire sont paradoxales.
D’un côté, ils dépensent pour leur défense plus que l’Europe, la Russie, la Chine
et le Japon réunis
[3]. Ils tiennent à détenir la supériorité militaire en toutes circonstances, et à entretenir leurs forces armées dans un état d’esprit combatif. Mais
en même temps, ils sont extraordinairement réticents à risquer des pertes et cherchent à les éviter par le recours à des solutions techniques et par l’éloignement du
champ de bataille. Bref, ils considèrent la puissance militaire comme un investissement essentiel, mais face à une crise réelle, ils répugnent à risquer leurs troupes,
ou le font sous des formes moins efficaces qu’ils ne le pourraient
[4]. Ils s’efforcent
de réserver l’usage de leur force armée aux situations de conflit les plus difficiles
mais en même temps les moins probables. Les attentats terroristes ont certainement suscité la volonté d’utiliser l’armée pour des missions dangereuses, mais il est
trop tôt pour savoir si cela va durer.
Au contraire, les pays d’Europe, en faisant usage de leurs armées pour soutenir
les pouvoirs civils ou pour des opérations de maintien de la paix, ont beaucoup appris
dans le domaine de la gestion des crises par la reconstruction et l’intégration des
sociétés civiles. Mais ils sont encore trop souvent réticents à reconnaître la nécessité du recours à la force, et disposés à appeler les Américains au secours. Débarrassés du risque grave d’une guerre sur leur continent, ils sont généralement trop
heureux de ne pas développer leurs moyens d’intervention militaire pour des opérations d’envergure. Sans avoir besoin d’égaler le niveau technique auquel les
États-Unis aspirent, correspondant à leurs engagements mondiaux et à leur propre
conception de la guerre, l’Europe doit cependant prendre la défense plus au sérieux
et investir davantage dans certaines capacités essentielles.
Il y a quelques années, une étude de la Rand estimait que les Européens consacraient à leur défense environ les deux tiers de ce que dépensaient les États-Unis,
pour ne pouvoir effectivement déployer qu’un dixième des forces américaines.
Depuis, leur efficacité s’est améliorée, mais ils ont aussi réduit leurs budgets militaires. Ils ont trop de forces et d’installations inadaptées, une capacité logistique
et des services de renseignement insuffisants, et pas assez d’armes intelligentes. Ils
ne peuvent déployer, entretenir et commander que des forces très modestes loin
de leur pays d’origine. La marche vers le
headline goal
[5] n’améliorera que médiocrement cet état de choses. Le problème n’est pas celui des effectifs ou même du
nombre de chars ou d’avions rapides, c’est la capacité politique et pratique de
déployer l’infanterie et de lui fournir le soutien nécessaire, de localiser les cibles
de frappes aériennes et de les atteindre dans n’importe quelles conditions, de planifier et de diriger une campagne. Àjuste titre, les États-Unis ne considéreront pas
les Européens comme des acteurs militaires sérieux tant que ces derniers ne se seront
pas donné les moyens d’être beaucoup plus efficaces.
Cela menace d’instaurer une division de fait (mais inacceptable) des responsabilités de part et d’autre de l’Atlantique, les Européens s’engageant seuls dans la
gestion des crises locales (ce qui peut se révéler une nécessité fréquente) et encourant seuls des pertes, tandis que les États-Unis revendiquent la direction des opérations ou interviennent politiquement, mettant les Européens dans une position
difficile et contrecarrant leurs objectifs politiques. En pratique, les Européens
sont même souvent réticents à entreprendre des actions qui entrent dans leur
domaine de compétence, à seule fin d’obliger les États-Unis à s’engager, limitant
ainsi le risque de les voir adopter une ligne contraire aux intérêts des forces impliquées dans l’opération. En même temps, du fait qu’ils sont la seule puissance
capable d’agir loin de leurs bases, les États-Unis jouent le rôle du gendarme dans
les autres régions du monde. Ils y défendent, militairement au besoin, les intérêts
communs au Moyen-Orient ou en Asie, en menant des opérations conformes à leur
propre appréciation de la situation. La faiblesse militaire des Européens interdit
toute autre possibilité. La menace terroriste peut amener un changement dans
les conceptions des États-Unis sur le rôle et la nature de la force militaire ; la
coopération en matière de renseignement et de police peut faire des Européens des
partenaires plus crédibles sur le plan de la sécurité. Mais les capacités conventionnelles sont encore disproportionnées, ce qui alimente les tensions politiques.
Le droit international et les organisations multilatérales
Doit-on combattre unilatéralement ou multilatéralement les évolutions indésirables et leurs auteurs, et faut-il le faire principalement par des moyens techniques
et militaires ou par des moyens politiques et diplomatiques ? L’appréciation sur
l’apport du droit international et des organisations multilatérales à la sécurité étant
très différente de part et d’autre de l’Atlantique, les réponses le sont également.
Les États-Unis ne peuvent pas faire grand-chose, seuls, contre la prolifération
des armes de destruction massive. Une initiative comme la défense antimissile
semble postuler que le phénomène ne peut être enrayé et qu’il faut prendre ses dispositions en conséquence. Les Européens sont plus enclins à s’interroger sur ses
causes et à se demander s’il ne serait pas plus rentable de s’attaquer à celles-ci qui,
à quelques exceptions près, procèdent de vraies préoccupations de sécurité. En tout
cas, ils souhaiteraient pouvoir effectuer des contrôles effectifs grâce à des traités
comportant des clauses de vérification aussi bonnes que possible, contrairement
aux États-Unis.
Tout le monde est d’accord pour dire que le terrorisme doit être combattu.
Certains pays européens ont accumulé une expérience plus utile que les États-Unis,
dont les services de renseignement sont mal préparés à cette lutte. Les Européens
sont beaucoup plus enclins à se demander ce qui motive les terroristes. Nombreux
sont les Américains incapables de faire le lien entre ce que les États-Unis ont fait
ou n’ont pas fait et les menaces auxquelles ils sont maintenant confrontés ; ou
même qui ne voient pas que des risques sérieux demeureront tant que de larges
secteurs de l’humanité ne connaîtront que les privations et la misère. De manière
générale, les Américains ont du mal à comprendre les effets du développement – pour
lequel ils dépensent peu
[6], et de manière très particulière– sur la sécurité.
La différence de stratégie reflète bien sûr celle des forces militaires : dépourvus
de supériorité incontestable en ce domaine, les Européens doivent chercher d’autres
moyens pour atteindre leurs fins. Mais elle a aussi des raisons plus profondes.
L’existence même et le fonctionnement de l’Union européenne ont été une
formation au partage de la souveraineté – même si la diplomatie classique ne s’en
est trouvée affectée que depuis peu –, que les États-Unis n’ont jamais vécue. La
tradition diplomatique plus ancienne, au moins dans certains pays européens, en
est une autre. Au XIXe siècle et durant les quarante premières années du XXe, les
puissances mondiales étaient européennes. Or leurs succès et leur influence n’étaient
généralement pas la conséquence d’une supériorité écrasante de leurs forces
armées : le Concert européen reposait sur la limitation des ambitions et des actions
de chaque nation et, au moins entre 1815 et 1914, l’hégémonie n’était pas à l’ordre
du jour. Voilà pourquoi les Européens ont des vues différentes sur les relations internationales et sur les moyens de faire régner la sécurité.
Divergences d’intérêts réelles et perçues
Les divergences d’intérêts de sécurité ne proviennent pas seulement du souci des
États-Unis d’exercer pouvoir et influence mais aussi des obligations de défense dont
ils se sont chargés en Asie et au Moyen-Orient. Il faut aussi relever des conceptions différentes sur la prolifération, le terrorisme et les États « inquiétants » : paradoxalement en effet, les États-Unis qui se sentaient (jusqu’au 11 septembre) en sécurité, protégés par les océans de presque toutes les menaces, faisaient à ce sujet
bien plus grand tapage que l’Europe, pourtant proche de la plupart des proliférateurs
éventuels, d’un accès plus facile à partir des pays d’émigration, et qui a davantage
souffert d’attaques terroristes.
Les États-Unis sont profondément engagés en Asie, où ils se veulent prêts à mener
une guerre majeure. Les Européens, eux, y ont principalement des intérêts économiques; la Corée, Taiwan, le Japon ne leur posent guère de problèmes de sécurité (sauf la Corée du Nord, dont le programme de missiles inquiète tout le monde,
mais surtout les États-Unis). Étant donné le poids de l’Union européenne
[7] sur la
scène internationale et son intérêt pour un monde stable, elle devrait repenser ses
relations avec la Chine. Les États-Unis ont eu des difficultés à clarifier les leurs;
les attentats du 11 septembre les ont rapprochés de ce pays mais des fluctuations
sont très vraisemblables dans l’avenir.
L’Amérique et l’Union européenne ont de nombreux intérêts communs au
Moyen-Orient, y compris en ce qui concerne l’Iran et l’Irak, mais ne les défendent
bien ni l’une ni l’autre. De puissants courants politiques cherchant à rétablir des
relations internationales normales sont à l’œuvre en Iran. Cette normalisation
devrait être un objectif commun, mais les États-Unis, obsédés par les blessures que
leur a infligées la République islamique, ne paraissent pas capables de percevoir les
impérieuses raisons qui poussent et pousseront tout gouvernement iranien, quel
qu’il soit, à vouloir se procurer des armes de destruction massive et jouer un rôle
de premier plan dans la région. Les efforts de l’Union européenne pour enrôler
les Iraniens dans la coalition contre le terrorisme peuvent marquer le début d’une
amélioration, mais on est encore bien loin de la normalisation. Quant à l’Irak,
l’objectif à long terme doit être sa réintégration dans la communauté internationale. Il faut ou bien se débarrasser du régime actuel ou bien « faire avec », si
odieux soit-il. Les Européens perçoivent mal à quel point il est dangereux, et les
Américains ne se rendent pas compte que ce qu’ils font va à l’encontre de leurs objectifs à long terme et fournissent des arguments au terrorisme, sans contribuer aucunement à une amélioration à court terme.
Depuis longtemps, les États-Unis sont incapables de comprendre que leurs
intérêts ne coïncident pas avec ceux d’Israël (ce n’était peut-être déjà pas le cas pendant la guerre froide, mais aujourd’hui c’est l’évidence). Dans l’ensemble, les Européens ont une vision plus claire des problèmes et des intérêts de l’Occident, mais
ce n’est que récemment qu’ils ont été capables d’apporter une contribution appréciable à la solution du problème palestinien ; même maintenant, leur marge de
manœuvre est étroite. L’Administration Bush, qui a besoin d’inclure des États
musulmans dans sa coalition, pourrait vouloir agir de manière plus sensée mais le
regain des hostilités entre Israël et les Palestiniens n’est pas de nature à faire
avancer ce dossier, qui reste un obstacle considérable dans la lutte contre la prolifération et le terrorisme.
En somme, malgré un certain provincialisme, les États-Unis ont une vision
mondiale, dont la plupart des États européens sont dépourvus, occupés qu’ils sont
par la construction communautaire, c’est-à-dire par la foule de problèmes liés à l’élargissement, à la monnaie unique et à la mise sur pied d’une politique étrangère et
de sécurité commune et d’une politique européenne commune de sécurité et de
défense, qui consomment une grande partie de leur énergie diplomatique. Les
différences objectivesd’intérêts sont peu de chose et relèvent surtout du commerce
et de l’influence. Pourtant, les préoccupations diffèrent souvent.
L’OTAN et la politique européenne commune de sécurité et de défense
Au moment où la mondialisation rend l’indépendance au sens ancien du terme inadéquate pour affronter les défis de l’heure (comme l’ont montré les attentats du
11 septembre) et où les Européens progressent dans la voie du partage de la souveraineté, les États-Unis semblent plus que jamais vouloir se soustraire aux
contraintes du droit international et des organisations multilatérales. Dans un tel
contexte, l’expression même de leur volonté de leadership crée des difficultés
majeures dans la relation transatlantique; lesquelles ne peuvent qu’empirer lorsque
ce discours s’accompagne de tentatives répétées pour contrecarrer le développement
d’une réelle politique européenne dans différents domaines. Les États-Unis ne
s’opposent plus aussi brutalement à l’émergence d’une défense européenne, mais
ils y posent des conditions qui montrent leur manque d’enthousiasme : tout d’abord
les Européens devraient donner une première option à l’OTAN et n’intervenir seuls
que si celle-ci refuse; ensuite, ils devraient néanmoins agir dans le cadre des structures de planification de l’OTAN, ce qui indiquerait que les États-Unis (et aussi
la Turquie) ne sont pas tenus à l’écart et peuvent, dans une certaine mesure,
bloquer l’opération même s’ils n’y participent pas physiquement.
L’OTAN est l’organisation internationale au sein de laquelle les États-Unis se
sentent le plus à l’aise. Elle a perdu sa fonction originelle qui était de les lier étroitement à l’Europe pour résister à une agression soviétique ; aujourd’hui, chacun
de ses membres lui assigne des buts différents. Le Concept stratégique révisé de
1999
[8] s’efforce de formaliser ses nouvelles attributions et de satisfaire tout le
monde en stipulant que l’OTAN a pour fonction de stabiliser l’aire euro-atlantique,
d’être un forum de dialogue tout en confortant le sentiment de chacun d’être également en sécurité, et d’incarner le lien transatlantique grâce auquel la sécurité de
l’Amérique du Nord est associée de manière permanente à celle de l’Europe.
L’invocation de l’article 5 après les attentats terroristes a permis à l’Alliance de
manifester une solidarité politique. Pratiquement elle ne pouvait pas faire beaucoup plus; ses structures, ses équipements et son personnel ne sont pas faits pour
combattre le terrorisme et, parmi ses membres, seuls les États-Unis et, à un
moindre degré, le Royaume-Uni et la France sont capables d’engager à l’extérieur des forces importantes. En fait, l’organisation paraît de moins en moins utile
à la sécurité de l’Atlantique Nord. Elle ne fait pas elle-même de la haute politique;
la fonction décrite dans l’article 5 n’est plus pertinente, et le refus des États-Unis
d’accepter l’aide des Européens au titre de cet article montre que l’OTAN n’est
pas la réponse à leurs préoccupations actuelles de sécurité : ni pour la campagne
aérienne au Kosovo, ni pour les opérations récentes en Afghanistan, les États-Unis n’ont utilisé la machinerie de l’OTAN, dont les procédures de planification
et l’état-major ne sont pas adaptés aux problèmes actuels. Militairement, l’importance de l’OTAN tient à l’existence de procédures communes, ce qui n’est certainement pas négligeable lorsqu’il s’agit de construire une coalition, y compris avec
des pays tiers. Politiquement, sa principale qualité est de favoriser la participation
des différents pays, et cela peut devenir encore plus important dans une perspective paneuropéenne, surtout – si l’organisation est capable de s’ouvrir davantage–
en ce qui concerne la Russie
[9].
Cependant, les États-Unis se sont efforcés d’empêcher l’élaboration d’une politique européenne commune de sécurité et de défense véritablement autonome en
insistant sur la primauté de l’OTAN et contre la création par l’Union européenne
de sa propre structure de planification. Ils tentent de la convaincre de ne pas acquérir
certaines techniques ou compétences, tout en évitant de s’engager totalement à les
mettre à sa disposition. Certains responsables américains vont même jusqu’à dire
qu’une opération européenne ne peut être considérée comme indépendante de
l’OTAN si elle utilise des forces qui sont affectées à celle-ci de quelque manière que
ce soit. Comme c’est le cas de presque toutes les forces européennes, à l’exception
des françaises, une telle position, si elle s’imposait, serait un véritable torpillage.
La politique européenne commune de sécurité et de défense étant maintenant
formellement acceptée comme élément de l’architecture sécuritaire européenne,
les objections américaines se sont faites plus discrètes. D’autant plus qu’on n’en est
encore qu’au stade initial de son développement et que les Européens n’envisagent
guère d’engagements militaires indépendants importants. Mais la réticence des États-Unis à s’engager à long terme en Macédoine, et peut-être ailleurs dans les Balkans,
peut réactualiser le problème. Si les Européens doivent gérer les crises balkaniques
par eux-mêmes, ils devront être sûrs de disposer de tout le nécessaire, y compris l’autonomie de décision. Cela mettra les questions de la transparence, de la planification
et du renseignement aux premiers rangs de l’ordre du jour politique. Et, si les
États-Unis doivent être impliqués dans de telles crises, cet ordre du jour sera
dominé par le problème du poids égal dans la prise de décision et dans la conduite
des opérations militaires. Bref, ils devront soit accepter les Européens comme de
véritables partenaires, soit consentir à ce qu’ils soient des acteurs autonomes.
Paradoxalement, c’est de Washington que sont venues des rumeurs sur un désengagement partiel des États-Unis en Europe. Des pressions s’y exercent pour diminuer le niveau de la présence militaire – stationnement de troupes et leur usage dans
la gestion des crises– ce qui se comprend d’un point de vue stratégique. Mais personne ne suggère pour autant que l’influence des États-Unis ou l’importance relative de l’OTAN doivent diminuer. En Europe, des voix se font entendre contre tout
désengagement de ce type. On pourra donc voir dans les mois qui viennent les
Européens s’efforcer d’être militairement plus actifs, par exemple en matière de planification militaire, tout en plaidant pour le maintien de l’engagement des États-Unis, tandis que ceux-ci chercheront à les en empêcher, tout en réduisant leur
engagement et en réaffirmant leur rôle dirigeant par le biais de l’OTAN...
Les Balkans
L’événement du 11 septembre a quelque peu détourné l’attention des Balkans,
mais cette région a été, et sera sûrement encore, une pomme de discorde dans les
relations transatlantiques. Les problèmes des pays balkaniques sont à la mesure des
Européens car il s’agit non de guerre mais de patiente reconstruction de l’État. Les
États-Unis ne veulent pas s’en occuper et il n’y a pas lieu de le regretter, mais en
même temps ils sont extrêmement réticents à voir les Européens – qui sont parfois eux-mêmes divisés– se donner les moyens de les régler, ycompris de concevoir et de mettre en œuvre des politiques de sécurité. Les États-Unis soit freinent
soit bloquent toute action, jusqu’au moment, comme au Kosovo, où ils décident
d’agir. Et ils le font alors à leur idée, en dépit du fait que les Européens sont plus
impliqués et n’ont pas la même conception de ce qui est prudent, voire légal.
Presque tous les pays européens sont menacés par une contagion possible de
l’instabilité balkanique, que ce soit sous la forme d’un afflux de réfugiés, de trafics
de personnes et de drogues ou autres activités criminelles organisées. Les États-Unis ont peu à craindre mais l’histoire des années récentes leur a donné de fait un
rôle à jouer et, de par leur position au sein de l’OTAN, un poids décisif sur ce que
peut entreprendre la communauté internationale. Au début des années quatre-vingt-dix, les Français et les Anglais étaient présents en Bosnie, pas les Américains. Cela
n’a pas empêché ces derniers d’adopter une politique opposée à celle qu’avaient
choisie les Européens, les mettant même en danger. Du fait des conditions de
l’intervention de l’OTAN au Kosovo, les Albanais du Kosovo et de Macédoine sont
convaincus que les États-Unis penchent en leur faveur et ont donc tendance à ne
pas prendre au sérieux les propositions internationales dont ces derniers seraient
absents. Ainsi, sans même avoir engagé de soldats en Macédoine, les États-Unis
sont en mesure, comme en Bosnie, de pratiquer une politique nuisible à l’action
des Européens.
La défense antimissile
Le président Bush et son équipe sont profondément attachés à la défense antimissile,
qui rencontre des échos favorables au sein de la société américaine, et pas seulement parmi les Républicains. On retrouve là le sentiment que le sol national doit
être protégé de tout risque, et la tendance à avoir davantage confiance dans la
technologie que dans la politique, au point de sacrifier les traités de limitation des
armements, avec les très graves difficultés diplomatiques que cela implique. Dans
ce dossier se trouvent réunis le particularisme américain, le peu de considération
pour le droit international et la préférence pour les solutions techniques et les
dépenses militaires ; tous points sur lesquels les vues européennes sont généralement opposées.
En raison de la proximité des troupes soviétiques pendant la guerre froide, les
Européens sont habitués à vivre en état de grande vulnérabilité. Ils croient beaucoup plus en l’importance du droit et des traités internationaux et beaucoup moins
à l’efficacité de la technologie, car ils pensent que les menaces de prolifération seront
mieux déjouées par une action politique prenant en compte ce qui les nourrit.
Étant proches voisins de la Russie, qui est très hostile à la défense antimissile, ils
sont conscients de la nécessité de traiter ce pays avec plus d’égards que l’Administration Bush ne l’a fait au début. Enfin, étant donné son coût énorme, les Européens manifestent des réserves vis-à-vis de la défense antimissile parce qu’ils ont
des besoins plus urgents pour leur défense qu’une technologie qui ne fonctionnera
peut-être pas et qui, même si elle le fait, ne répondrait pas, de leur point de vue,
à la question fondamentale et pourrait même se révéler déstabilisante.
C’est pour une large part le changement de majorité au Sénat qui a conduit les
États-Unis à traiter ce problème d’une manière plus responsable à partir du milieu
de l’année 2001, en en discutant avec leurs alliés et avec les Russes. Après le 11 septembre, à plus forte raison, le besoin de s’assurer la coopération de la Russie dans
la lutte contre le terrorisme a beaucoup rapproché les deux pays, et a même amélioré les relations avec la Chine. La question de la défense antimissile passe désormais plus par le dialogue que par le diktat, mais les États-Unis n’y ont pas renoncé.
Les attentats terroristes pourraient donner à penser que l’argent serait plus utile
ailleurs mais au contraire, comme on l’a dit plus haut, ils ont plutôt renforcé le désir
des Américains de rendre invulnérable le sol national. Ceux-ci l’ont d’ailleurs
signifié clairement à leurs alliés et à la Russie.
Le paradigme du leadership américain et de la dépendance des Européens, qui
remonte à 1945
[10], appartient à un passé révolu. Certains Européens peuvent
hésiter à le reconnaître ouvertement, et les États-Unis n’épargneront aucun effort
pour tenter de conserver à la fois leur suprématie et leur liberté d’agir unilatéralement. Cela n’empêchera pas les uns et les autres de finir par s’apercevoir qu’une
page est tournée : le rôle de l’OTAN a changé et c’en est fini de la vieille relation
transatlantique.
Il est tout à fait possible que les États-Unis ne soient pas capables de s’adapter
à un rôle moins unilatéral. Ce sera en particulier le cas si la classe politique n’essaie
pas d’y préparer la population. Or une telle éducation est très difficile dans le système américain et l’est devenue plus encore depuis que la vulnérabilité du pays a
éclaté au grand jour. Dans ce cas, l’action conjointe des Américains et des Européens sur de nombreux problèmes se révélera impossible et la sécurité mondiale
en souffrira, en particulier dans le domaine de la prolifération ou des menaces
terroristes à long terme.
La réduction des divergences transatlantiques sur la défense et la sécurité passe
par la réponse positive à deux questions étroitement liées : les États-Unis renon-ceront-ils à imposer leur leadership à l’Europe et aux Européens dans le monde ?
Et l’Union européenne sera-t-elle capable de mettre sur pied, directement ou au
moyen de « directoires »
[11], de véritables politiques étrangère, de sécurité et de
défense communes ? L’Union européenne aura beaucoup à faire pour améliorer
sa capacité militaire, sa prise de décision et la formulation de sa politique, surtout
après l’élargissement. Si elle y parvient, cela n’empêchera pas des divergences de
subsister, mais un meilleur équilibre s’établirait au niveau mondial.
Les États-Unis ont beaucoup à gagner à fonder leurs relations internationales
sur des règles et sur le droit. Les attentats de septembre l’ont montré : toute leur
force militaire est insuffisante pour empêcher des évolutions contraires à leurs
intérêts. Une coopération internationale efficace, fondée sur l’échange et sur des
règles désormais formulées dans un cadre libéral, servirait mieux leurs intérêts
qu’une version modernisée de la raison du plus fort. Elle fournirait aussi une base
pour combattre la plupart des causes profondes du terrorisme. Et si les Européens
sont seuls à le comprendre, ils ne doivent pas sacrifier la solution durable de leurs
problèmes au confort provisoire d’une relation transatlantique sans nuages.
Traduit de l’anglais par Jean Bouyssou
[1]
Voir par exemple Kenneth N. Waltz, « Nato expansion, a realist’s view »,
Contemporary Security Policy 21 (2), août 2000,
p. 29 : « Les réalistes, remarquant que l’OTAN, en tant qu’alliance, a perdu son rôle essentiel, la considèrent simplement comme
un moyen de maintenir la mainmise de l’Amérique sur les affaires étrangères et la politique militaire des États européens ».
[2]
L’article 5 stipule qu’une attaque armée contre une ou plusieurs parties au traité sera considérée comme une attaque dirigée
contre toutes les parties, et que chacune d’elles « assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt [...] telle
action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de
l’Atlantique Nord ».
[3]
Dépenses de défense (millions de dollars, valeur de 1998) des États-Unis : 280620 ; de l’Union européenne : 173 319 ;
du Japon, de la Chine et de la Russie ensemble : 104736 (Base de données du SIPRI, 2001).
[4]
Les combats de 2001 en Afghanistan, qui ont occupé le tout premier rang de leurs priorités, illustrent le type de guerre
qui a leur faveur : au sol, une poignée de forces spéciales et plus tard quelques unités d’infanterie d’élite, mais l’engagement
avec l’ennemi est délégué aux forces locales, auxquelles est fourni un intense soutien aérien; faible désir de s’engager dans
des opérations de maintien de la paix ou de reconstruction de l’État, si essentielles soient-elles pour la stabilité à long terme.
[5]
C’est l’objectif fixé lors du Conseil européen d’Helsinki en juin 2001 : les États membres, coopérant volontairement dans
le cadre d’opérations dirigées par l’Union européenne, devront être en mesure, d’ici 2003, de déployer dans un délai de
soixantejours et de soutenir pendant au moins une année des forces militaires pouvant atteindre 50000 à 60000 personnes,
capables d’assumer l’ensemble des missions de Petersberg telles que définies dans le traité d’Amsterdam.
[6]
L’aide publique au développement de l’Union européenne a été, en 2000, de 9,6 milliards d’euros ; celle des États-Unis
(année budgétaire 2000), de 5,5 milliards de dollars. Les pays membres de l’Union européenne ont en plus des programmes
d’aide bilatérale dont la somme s’est élevée, en 1997, à 23,7 milliards de dollars. En pourcentage du PIB : Union européenne 0,33, États-Unis 0,10.
[7]
PIB en 2000 (milliards de dollars 2001): États-Unis 9896, Union européenne 7836.
[8]
http :// www. nato. int/ docu/ pr/ 1999/ p99-065f. htm
[9]
À ce sujet, des divisions existent aux États-Unis comme en Europe.
[10]
Même pendant la Seconde Guerre mondiale, la domination des États-Unis n’était pas si écrasante qu’elle n’allait l’être
par la suite. Il y eut plus de soldats anglais et canadiens qu’américains engagés dans le Débarquement. Encore dix ans plus
tard, les États-Unis n’étaient pas la principale puissance au Moyen-Orient. Une réduction de leur domination ne serait donc
pas un bouleversement aussi considérable qu’on ne le croit. Pas plus qu’elle ne serait nécessairement un signe de mauvaises
relations transatlantiques.
[11]
C’est-à-dire de coordinations entre les États les plus importants (France, Allemagne, Grande-Bretagne) sur le modèle
du Concert européen, par opposition à des politiques communes au niveau de l’Union (l’expression remonte à la proposition de De Gaulle d’un « directoire atlantique », en 1959, entre les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne).