2002
Critiques internationales
Mai 68 a-t-il changé la prison française ?
Grégory Salle
doctorant en science politique à l’Institut d’études politiques de Paris.
Au milieu des années soixante-dix, la France connaît une période de changements notables sur le plan carcéral, qui représente l’une des deux vagues majeures de réformes de la seconde moitié du vingtième siècle dans
ce domaine, après celle de l’immédiat après-guerre. Or les conditions qui ont présidé à ces modifications, limpides au premier abord, sont en réalité plus complexes et tortueuses qu’il n’y paraît, et que ce ne fut le cas pour la vague précédente.
Certes, la plupart des réformes de l’après-guerre suivent des principes directeurs
qui, telle la dialectique liant intimement prévention et répression, ont des soubassements historiques anciens, aussi vieux que la prison pénale elle-même. Mais
elles découlent clairement de la guerre et de ses problématiques (au premier rang
desquelles, naturellement, l’axe collaboration/épuration) et s’inscrivent directement
dans l’événement de la Libération.
A priori, le même type de relation causale semble régir la période qui nous intéresse ici, et qui concerne en particulier le nouveau dispositif législatif de 1975 : d’une
part, reprise et prolongement de problématiques de longue durée (questions de
« l’humanisation » du régime carcéral, de l’amendement du détenu...); d’autre part,
présence d’un événement fondateur – ou mieux : déclencheur– et aisément repérable : Mai 68. Mais une telle conclusion, mettant en rapport direct un événement
politique et ses prétendues conséquences sur le plan pénitentiaire, est à la fois
juste et erronée. En d’autres termes, si les réformes ne peuvent se comprendre qu’à
la lumière de Mai 68, Mai 68 ne suffit pas à expliquer les réformes : c’est ce lien
paradoxal qu’on voudrait ici contribuer à démêler.
Le premier paradoxeest que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, Mai 68
passe largement, pour ainsi dire, « à côté » des prisons. De ce mouvement, de ces
mouvements, de critique institutionnelle tous azimuts, d’invitation à la subversion
et à la remise en cause sociale généralisée (quelle que soit, par la suite, leur postérité), les prisons sont pour l’essentiel exclues. Félix Guattari, compagnon d’armes
de Gilles Deleuze, explique ainsi que « la mise en question de la prison [...] n’a été
que très partielle en 1968 »
[1]. Ce que confirme dix ans plus tard l’historienne
Michelle Perrot, pour laquelle « 1968 avait ignoré les prisons où, pourtant, son écho
avait fortement pénétré »
[2].
Le second paradoxeest que les évolutions issues de 68 apparaissent doubles, et même
contradictoires. D’une part, le mouvement de Mai est le foyer principal d’un processus
de « libéralisation » autour de certaines questions, ouverture dont la prison va
bénéficier. D’autre part, à la fois à plus court et à plus long terme, Mai 68 est le prétexte,
et dans une certaine mesure la raison, d’une réponse sécuritaire de l’État français,
réaction qui est la cause directe de la découverte de la situation carcérale par des acteurs
– et par l’« esprit » – de Mai. Le nœud qui lie ces différents fils nous paraît être le
Groupe d’information sur les prisons (GIP), créé à l’instigation de Michel Foucault
et Daniel Defert en février 1971 et dont on voudrait ici analyser le rôle de « passeur »
historique. Or les rapports qu’entretient le GIP lui-même avec Mai 68 ne sont pas
exempts de paradoxes. Les conditions de naissance de ce groupe montrent comment
il s’inscrit pleinement dans la nouvelle configuration discursive issue du processus
de contestation, tout en présentant une certaine singularité.
Le 8 février 1971, lors d’une conférence de presse à la chapelle Saint-Bernard, le
philosophe Michel Foucault annonce la création du GIP, qu’il motive ainsi : « Nul
de nous n’est sûr d’échapper à la prison. Aujourd’hui moins que jamais [...]. Peu
d’informations se publient sur les prisons; c’est une des régions cachées de notre
système social, une des cases noires de notre vie. Nous avons le droit de savoir. Nous
voulons savoir. C’est pourquoi, avec des magistrats, des avocats, des journalistes,
des médecins, des psychologues, nous avons formé un Groupe d’information sur
lesprisons »
[3].
Il faut ici échapper à une double illusion : celle d’un événement envisagé comme
reflet direct des conditions socio-historiques de l’époque – le GIP faisant alors figure
de manifestation « normale », allant de soi, de Mai 68; mais aussi celle qui ferait
de l’émergence du groupe un « surgissement inspiré »
[4] absolument autonome et
décontextualisé. À l’évidence, le mouvement militant lancé par Foucault ne se
comprend pas sans Mai. Lui-même le dira par la suite : « Il est certain que, sans
Mai 68, je n’aurais jamais fait ce que j’ai fait, à propos de la prison, de la délinquance,
de la sexualité. Dans le climat d’avant, ce n’était pas possible »
[5]. À de nombreux
égards, le GIP est bien un fruit de la dynamique contestataire multiforme qui
prend sa source en Mai, et dont les effets se prolongent par diverses voies au cours
des années suivantes. Il est en effet à la jonction de thématiques à travers lesquelles se déploie ce militantisme foisonnant, et dont on peut présenter deux traits
particulièrement saillants.
Premier trait : sans que cela soit vécu comme un renoncement à l’idée de révolution, c’est-à-dire d’un renversement de l’État, mais plutôt comme une voie différente et non moins efficace pour y parvenir (« Trois ans après Mai, la jeunesse
en révolte espère toujours le retour de “l’événement”», écrit Jean-Pierre LeGoff
[6]),
certaines théories et pratiques optent pour un déplacement de leur angle d’attaque politique vers des objectifs plus ciblés : l’école, la médecine, les asiles... la
prison. L’objectif est toujours de s’en prendre au système global, mais par des
luttes locales, à travers la subversion de l’une de ses institutions, et en misant sur
une sorte d’effet sismique destiné à ébranler l’ensemble des structures étatiques (ou,
c’est selon, capitalistes). Foucault louera plus tard à ce sujet « l’efficacité des offensives dispersées et discontinues »
[7]. Il s’agit d’un infléchissement de taille, puisqu’en
France le « marxisme » et ses dérivés ont longtemps dominé le terrain de la « révolution ». Or ici, il n’y a pas de lieu déterminé pour celle-ci (c’est-à-dire que tous
sont potentiellement efficaces), et il n’y a pas non plus de forme obligée ni de
moyens nécessaires et infaillibles pour qu’elle advienne : tous les possibles sont exploitables. C’est un véritable retournement des postulats léninistes, et donc une opposition frontale avec la doctrine du Parti communiste français.
Second trait : cette nouvelle optique se double d’un processus qu’on pourrait
qualifier de « politisation du quotidien ». Pour remédier au caractère par trop
métaphysique des grands débats théoriques, on s’efforce de penser ce qui touche
aux conditions de vie concrètes des individus (ou d’une catégorie d’individus, en
l’occurrence les prisonniers), à l’environnement immédiat, qui se donne comme
« évident »
[8]. Cet effort se caractérise notamment par une attention accrue portée
au corps comme enjeu éminemment politique. Le travail de Foucault, on le sait,
s’est largement nourri de cette matière.
Si le GIP se situe dans un rapport de continuité vis-à-vis de ces deux flux historiques, il exprime quelque chose de nouveau sur un troisième point, ou tout au moins
le systématise de façon originale. Il s’agit d’une conception qui fit certainement partie
de l’imaginaire global de l’extrême gauche de l’époque, mais de façon diffuse et éparpillée, à laquelle le GIP va donner une cohérence : l’idée que la lutte contre
l’oppression passe aussi par le fait de donner une voix aux sans-voix, de créer un
espace des possibles pour la parole des exclus de toute condition, parole considérée
comme détournée, voire purement et simplement étouffée, par les relais traditionnels
(partis, syndicats, mais aussi intellectuels) chargés de la transmettre. Ce point est
à plusieurs reprises affiché comme la priorité absolue du groupe : « Le GIP ne se
propose pas de parler pour les détenus des différentes prisons : il se propose au
contraire de leur donner la possibilité de parler
eux-mêmes, et de dire ce qui se passe
dans les prisons »
[9], sans médiation parasitaire. En faisant de ce mot d’ordre un enjeu
politique, le GIP marque une certaine rupture par rapport à de nombreux référents
de Mai
[10], où le modèle de l’« avant-garde éclairée » conservait une certaine prégnance – d’autant que les détenus étaient généralement envisagés par les marxistes
comme un sous-prolétariat incapable d’être un agent de transformation sociale parce
que dénué de conscience de classe
[11]. Le GIP cherche quant à lui à ouvrir une
brèche pour des énoncés n’ayant jusque-là pas droit de cité, en mettant en lumière,
selon la belle formule de Gilles Deleuze, « l’indignité de parler pour les autres »
[12].
Conjointement, le rôle de l’intellectuel « spécifique » n’est ni celui d’un prophète
ni même celui d’un pédagogue, mais celui d’un relais, d’une courroie de transmission
pour cette parole proscrite. Une volonté qui s’est matérialisée dans la série
d’enquêtes intitulées
Intolérable, dont la quasi-intégralité des textes est à mettre à
l’actif des prisonniers, et qu’on peut à ce titre situer dans la filiation de ces enquêtes
ouvrières du XIX
e siècle où les enquêteurs étaient eux-mêmes ouvriers
[13].
Il nous semble utile ici d’esquisser à grands traits la chaîne chronologique qui
relie le GIP à Mai 68, afin de mieux faire apparaître les différents fils évoqués
plus haut. Maillon principal : la Gauche prolétarienne, principal groupuscule du
maoïsme français, fondé en 1969 par des anciens de l’Union des jeunes communistes marxistes-léninistes (UJCML), dont les dirigeants historiques furent Robert
Linhart et Benny Lévy
[14]. L’événement déclencheur de la naissance du GIP est en
effet étroitement lié à l’action des maoïstes et aux modalités de la réaction étatique.
Le 27 mai 1970, Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur, dissout la Gauche
prolétarienne. Le climat est à la répression : à peine un mois plus tôt a été votée
la fameuse loi dite « anti-casseurs »
[15], outil de son intensification contre les gauchistes. Le même jour se déroule le procès de Michel Le Bris et Jean-Pierre
Le Dantec, directeurs de la revue
La Cause du Peuple, pour publication interdite
et reconstitution de ligue dissoute. Ils sont rejoints par Alain Geismar, figure de
proue du mouvement de Mai, très actif, arrêté le 25 juin. À l’origine, ce n’est donc
pas par volonté politique mais involontairement, par la contrainte, que la jonction
entre gauchistes et prison s’établit, ceux-ci faisant pour la première fois l’expérience
d’un univers pénitentiaire resté secret, très peu médiatisé, et affaire de spécialistes. Confrontés aux difficultés des conditions de détention, ils vont alors s’atteler
à subvertir de l’intérieur le lieu de leur enfermement en le transformant en espace
de lutte politique, notamment par deux grèves de la faim, en septembre 1970 puis
en février 1971.
La première est lancée par vingt-neuf personnes détenues à Fresnes, à la Petite-Roquette et à la Santé. Leur objectif est d’obtenir, alors qu’elles sont emprisonnées
au titre du « droit commun », un régime « politique ». La finalité de cette revendication est double : d’une part, faire avouer à l’État qu’il enferme des opposants;
de l’autre, parvenir, grâce au droit à la réunion et à l’information que suppose ce
régime, à rester en contact avec leur organisation, l’ex-Gauche prolétarienne
[16].
Un bras de fer avec le ministre de la Justice René Pleven s’amorce alors, ce
dernier essayant de déconsidérer les grévistes en montrant qu’ils ne cherchent
qu’à « attirer sur eux l’attention de l’opinion publique » et qu’ils réclament des
faveurs indues
[17]. Il est vrai que leur position fait problème, car pour des militants
qui, selon la formule de Mao, veulent évoluer au sein du peuple comme des
poissons dans l’eau, il paraît incohérent de demander un régime singulier : c’est
donner l’impression de se considérer comme une élite, de profiter des avantages
que leur confère la position avantageuse de leur savoir... De fait, pour ne pas être
accusés de mener une bataille corporatiste, les grévistes s’étaient d’emblée efforcés
de donner à leur combat un sens explicitement collectif, par la dénonciation des
conditions de détention en général : « Nous ne revendiquons pas [...] des privilèges
par rapport aux autres détenus de droit commun : à nos yeux, ils sont des victimes
d’un système social qui, après les avoir produits, se refuse à les rééduquer et se
contente de les avilir et de les rejeter. Bien plus, nous voulons que notre combat,
dénonçant le scandaleux régime actuel des prisons, serve à tous les prisonniers »
[18].
S’opère ici une inversion radicale de perspective : il ne s’agit pas de dissocier,
comme le fait la tradition du mouvement ouvrier, prisonniers de droit commun et
prisonniers politiques, il n’est même plus seulement question de chercher à étendre
aux premiers les conditions de détention réservées aux seconds, mais bien de
brouiller la ligne de partage entre les deux.
C’est là l’origine du discours ultérieur d’une grande partie des militants du GIP,
qui fait des détenus les victimes d’une société et d’une justice de classe. La loi, dans
cette acception fortement teintée de marxisme, n’est que le produit de la domination
d’une couche sociale généralement qualifiée de « bourgeoisie » ; elle ne vise, sous
le masque trompeur de l’intérêt général, qu’à protéger au mieux les intérêts spécifiques de cette dernière. Corrélativement, les infractions ne sont nullement envisagées sous l’angle atomisant de la responsabilité individuelle : elles sont la résultante logique, systémique, d’une position dominée au sein des rapports de classe,
qui contraint à l’illégalité formelle. La délinquance, en définitive, n’est qu’une
forme parmi d’autres de la violence des rapports sociaux. La catégorie de « prisonnier
politique » est alors élargie jusqu’à contenir, à la limite, tous les prisonniers. Une
vision qui, contrairement à ce qu’on a pu penser, ne fut en aucun cas l’apanage de
la seule frange gauchiste du GIP, comme l’atteste un texte de Jean-Marie Domenach
stigmatisant la prison comme « produit d’une justice de classe »
[19].
Quoi qu’il en soit, le problème est que le « régime politique » revendiqué est
inconnu du droit français. Seul existe un « régime spécial » que le Garde des
Sceaux, dans un premier temps, refuse d’accorder : sans doute craignait-on que plier
devant les grévistes ne fût perçu comme un aveu de faiblesse de la part du gouvernement, susceptible d’encourager d’autres actions de la mouvance gauchiste. Rappelons qu’un des chefs de file de cet élan d’insoumission, Alain Geismar, est le récent
co-auteur d’un livre intitulé Vers la guerre civile, qui proclame que « [s]ans vouloir
jouer aux prophètes, l’horizon 1970 ou 1972 de la France, c’est la révolution ».
Les résultats de ce premier mouvement restent donc modestes. Certes, un relatif assouplissement est accordé (doublement du nombre de visites hebdomadaires,
possibilité d’être deux par cellule, de détenir un poste de radio, meilleur accès aux
quotidiens d’information), mais il concerne exclusivement ceux dont l’action est
considérée comme strictement politique, et qui seront en conséquence jugés par
la Cour de sûreté de l’État – instance au nom évocateur née en 1962. La grève de
la faim s’achève au bout de trois semaines.
Mais le mouvement reprend le 14 février 1971, avec pour dessein d’arracher le
régime spécial pour tous ceux qui se trouvent sous les verrous pour des motifs politiques, ycompris les prévenus et les nouveaux condamnés. Il englobe cette fois, outre
des détenus, des militants libres qui s’installent à la chapelle Saint-Bernard, sous
la gare Montparnasse ; d’autres foyers éclosent à la Sorbonne, à la Faculté des
Sciences, à Saint-Lazare. La donne a changé : l’appel a été entendu et reçoit de nombreuses marques de soutien, ce qui lui confère une tout autre envergure face à l’État,
qu’il cherche à atteindre. Une pétition est signée par plus de trois cents personnalités
[20]. Maurice Clavel, Vladimir Jankélévitch, le couple Montand-Signoret
viennent apporter leur appui, ainsi que diverses associations comme le Secours
Rouge. La protestation est même relayée dans l’enceinte de l’Assemblée nationale
par François Mitterrand, qui interpelle le ministre de la Justice sur la nature idéologique des actes reprochés aux individus concernés et le caractère inadmissible de
leur enfermement. Le 8 février, les grévistes obtiennent la suppression de l’isolement
et le regroupement des « politiques », le droit à une heure de culture physique par
jour, un meilleur accès aux livres (sauf les éditions étrangères), la fin de la censure
du courrier
[21].
Daniel Defert sert, dans ce contexte, d’interface entre les « maos » de la Gauche
prolétarienne et Foucault. Compagnon de ce dernier, il milite à la Gauche prolétarienne depuis son interdiction : c’est lui qui propose le nom de Foucault à son
organisation alors qu’elle veut s’attaquer au problème carcéral. Comme il participe
au groupe chargé de préparer le procès des maoïstes incarcérés, il suggère au philosophe d’animer une commission d’enquête sur les prisons qui s’inspirerait de celle
qui avait travaillé sur la santé des mineurs pour le « tribunal populaire » de Lens,
dont Sartre avait été le procureur. Foucault décide de transformer la « commission d’enquête » – le terme est trop judiciaire à son goût– en un « groupe d’information »
[22]. Le GIP se prépare effectivement depuis le mois de décembre
[23], pour
naître officiellement trois mois plus tard. Si l’attention se porte toujours sur
Foucault, de nombreux témoignages insistent sur le rôle fondamental joué par
Defert dans la mise sur pied du Groupe. Dans un entretien en anglais, Gilles
Deleuze parle du GIP comme d’une
joint venture entre les deux hommes
[24].
La création du GIP conserve en somme un caractère de relative autonomie vis-à-vis de Mai : le chemin qui les lie est assez sinueux. Au chapitre des paradoxes,
rappelons que Foucault lui-même n’a pas participé aux événements fondateurs de
la contestation en France, qui font pourtant figure de passage obligé pour tous ceux
qui prétendent s’en réclamer. Mieux : il n’a alors en France qu’un statut purement
universitaire – il vient de prononcer sa leçon inaugurale au Collège de France le
2 décembre 1970 – et non celui d’« intellectuel engagé », encore moins de militant...
Ainsi, si Mai 68 n’a pas eu un effet direct et immédiat sur le champ carcéral, il
a en revanche créé les conditions d’un changement dans les rapports de forces, d’une
mobilisation autour et à l’intérieur des prisons, et plus largement d’une politisation de la question carcérale, au sens où celle-ci sort du champ social pour
prendre sa place dans le champ politique. Conditions qui se déclinent selon deux
formes essentielles : l’élargissement des terrains d’intervention légitimes chez les
militants de gauche, et la « disponibilité militante »
[25], élevée en cette époque de
« hautes eaux idéologiques », et favorisée par le contexte socio-économique. Un
combat qui s’inscrit aussi dans un contexte international : selon des logiques
propres, des mobilisations autour des prisons ont en effet lieu ailleurs en Europe,
notamment en Italie (Lotta Continua), en Espagne (ETA) et en Suède (KRUM),
mais aussi aux États-Unis avec les Black Panthers.
En définitive, le GIP, loin de récupérer un enjeu de 68, contribue plutôt à le faire
émerger trois ans après, en posant la question de la prison face à l’opinion publique
et face à l’État. Éclate alors une question pénitentiaire d’autant plus préoccupante
que se révèle au grand jour le fossé grandissant qui sépare, d’un côté, une société
en voie de transformation et de modernisation accélérées, qui ne sait pas encore
que le cycle des Trente Glorieuses est sur le point de finir sa course, et, de l’autre,
un système carcéral frappé d’inertie, clos sur lui-même, resté à l’écart de ces
bouleversements.
Le milieu de la décennie soixante-dix est, nous l’avons dit, une ère de changements
institutionnels d’envergure, d’autant plus notable qu’un immobilisme fondamental
régissait la vie pénitentiaire. Avant d’en déterminer plus avant la généalogie et les
causes, dressons un inventaire des principales décisions.
Quelques mesures sont prises par Pleven dès la rentrée 1972. En septembre
d’abord, un décret instaure la création d’une commission d’application des peines
dans chaque établissement, réduit la durée maximale de mise en cellule disciplinaire de 90 à 45 jours, facilite l’attribution de permissions de sortie et de semi-liberté.
Des modifications sensibles au régime d’exécution des peines sont apportées :
elles concernent 134 des 522 articles de la partie réglementaire du Code de procédure pénale
[26], soit plus du quart. Une loi de décembre 1972 élargit l’accès à la libération conditionnelle et institue des réductions de peine; elle modifie en outre le
statut du juge d’application des peines en étendant ses prérogatives. Dans l’ensemble,
des champs jusque-là négligés font l’objet d’une attention nouvelle : relations des
détenus avec leurs familles, accès à des activités socioculturelles... Le référent n’est
pas exclusivement national : ces mesures sont aussi l’occasion de se conformer
aux règles supranationales édictées par le Conseil de l’Europe.
Dans un deuxième temps, suite à l’élection à la présidence de Valéry Giscard
d’Estaing, un secrétariat d’État à la Condition pénitentiaire est instauré en 1974;
c’est lui qui, malgré une existence très éphémère, à l’image de l’intérêt des autorités publiques pour le problème, prépare la réforme de 1975. Celle-ci, conduite
sous l’égide du nouveau Garde des Sceaux Jean Lecanuet, marque l’aboutissement
de la période d’effervescence que connaît la prison depuis plusieurs années. Sans
surprise – comme pour la plupart de ses devancières, pourrait-on dire –, son dispositif législatif entreprend de libéraliser le régime général de détention
[27]
: sont
ainsi octroyés le droit de recevoir du courrier et d’y répondre sans restriction, un
droit étendu concernant l’accès à la presse et à la radio. Les possibilités de sortie
sont élargies, et surtout la couverture des risques sociaux renforcée. De plus, et c’est
assurément le chapitre le plus novateur, est officiellement intégrée l’idée de peines
de substitution à la privation de liberté. Le directeur de l’Administration pénitentiaire
dégage trois axes de travail : adaptation à la société moderne, mission de resocialisation, formation du personnel
[28].
La logique qui sous-tend cet ensemble de mesures est double : d’un côté, il faut
toujours, pour maintenir la cohésion sociale, mettre l’individu hors d’état de nuire;
de l’autre, l’accent est placé sur la mise à profit du temps de la détention à des fins
de réinsertion sociale. « Logiques très différentes, pour ne pas dire contradictoires »
[29]
? Sur le plan des pratiques, c’est probable. Quoi qu’il en soit, les principes
directeurs restent très classiques, puisque cette tension récurrente est depuis toujours au centre des débats concernant le fonctionnement de la prison moderne, et
consubstantiellement des modalités de sa réforme
[30]. Ces nouvelles dispositions législatives font de surcroît disparaître tout ce qui peut passer pour une stigmatisation
morale du délinquant. L’amendement doit venir de ce dernier et non plus lui être
inculqué par l’institution, et l’idée d’un abandon nécessaire de la personnalité
(tout au moins de son caractère « déviant ») est répudiée : en théorie, il n’est
désormais plus question d’attenter à l’apparence du détenu en ce qu’elle a de socialisé. Corrélativement, la peine est clairement réaffirmée comme ne devant être
qu’une privation de liberté. Plus tard, quelques mesures ponctuelles suivront, telle
l’introduction, en 1977, d’un suivi de l’exécution de la peine par le juge
[31].
A contrario, c’est aussi en 1975, à l’occasion de la requalification des établissements pour peines en plusieurs catégories, que naissent les Quartiers à sécurité renforcée (QSR), destinés à contrôler plus sévèrement les éléments jugés les plus
dangereux. On peut y voir à bon droit ce fil, déjà évoqué, qui traverse la politique
à l’égard des prisons, à savoir la dialectique liant prévention et répression. C’est
en effet dans la difficile mais indispensable conciliation de ces deux aspects, dans
leur dosage respectif, dans l’idée qu’on se fait de leur nature et de leurs rapports,
que s’articulent en grande partie les enjeux des politiques d’emprisonnement.
Il serait trop facile, après coup, de créditer en bloc le GIP de toute cette évolution de la politique pénitentiaire. La dynamique des événements est bien plus complexe. Mais au préalable, la nature du GIP soulève une question importante :
quelle était, sur le sujet des prisons, la position d’un groupe certes critique et relativement atypique au sein de l’extrême gauche, mais très classiquement traversé par
la problématique « réforme ou révolution » ? Le GIP a toujours proclamé que son
objectif n’était pas de proposer des réformes, travail qu’il laissait au législateur. Toutefois, dans l’ensemble, son attitude n’était pas celle d’un refus radical de toute
réforme, en n’y voyant par essence qu’un subterfuge ayant pour effet, voire pour
fonction, de maintenir l’institution prison en détournant du changement véritable : pour lui, toutes les améliorations concernant la vie des prisonniers, si
minimes fussent-elles, étaient toujours bonnes à prendre, même si elles restaient
très insuffisantes et ne touchaient pas l’essentiel
[32].
Il ne s’agit pas, alors, de minimiser le rôle du mouvement impulsé par Foucault
et Defert : il ne fait aucun doute que son poids fut considérable, en ce qu’il a été
l’initiateur et le réceptacle de tout un bouillonnement autour d’une thématique
carcérale grandement délaissée par les autres acteurs. Bien sûr, la panoplie de
réformes gouvernementales n’a pas repris l’intégralité des exigences qu’il affichait :
c’est ainsi que le mitard est maintenu, malgré la lutte pour sa suppression ; de
même que le casier judiciaire, dont l’abolition avait été une revendication prioritaire du mouvement. L’un et l’autre subsistent du reste aujourd’hui
[33]. À l’inverse,
il saute aux yeux que les réformes (peut-être vaudrait-il mieux parler de retouches)
s’inspirent largement des revendications du groupe : sous une forme ou une autre,
on n’y retrouve que ce que le GIP demandait déjà quelques années plus tôt. Naturellement, cette influence n’est nulle part reconnue : on voit mal le gouvernement
admettre qu’il a repris des propositions énoncées par ceux qu’il dénonçait naguère
comme de dangereux extrémistes. Mais les dispositions elles-mêmes sont suffisamment éloquentes.
Cela dit, la ligne qui conduit du GIP à la réforme de 1975, comme celle qui
conduit de Mai 68 au GIP, n’est pas directe. Car il faut ici introduire un groupe
d’acteurs sans lequel le GIP serait resté un pétard mouillé : les prisonniers eux-mêmes. Ils sont en effet pour beaucoup dans cette intervention du législateur, à
travers les multiples mouvements de révolte qui ont marqué l’actualité depuis le
début de la décennie. D’ailleurs, la création du secrétariat d’État à la Condition pénitentiaire et les lois qui ont suivi ont pour origine directe une vague d’émeutes de
détenus qui a déferlé en 1973-1974, alors que le GIP n’existait plus
[34]. Nous nous
trouvons hors des schémas binaires classiques, dans lesquels un groupe détermine
une cause à défendre ou, à l’inverse, l’émergence d’une cause pousse des individus
à se regrouper. Schématiquement, le processus est ici ternaire : un groupe extérieur
(le GIP) définit une cause (la prison) qui mobilise alors les principaux concernés
(les détenus). La situation littéralement hors du commun de ces derniers, surveillés, isolés, privés de moyens logistiques, rend presque impossible une mobilisation spontanée et endogène – la violence étant souvent le seul moyen de se faire
entendre. À cet égard, le GIP peut être qualifié de détonateur, autant que de catalyseur, vis-à-vis des nombreux mouvements de révolte qui eurent lieu en 1971-1972,
puis en 1974.
Si l’agitation et les débats qu’elle a fait naître, notamment dans la presse, incitent le gouvernement à inscrire la question pénitentiaire sur l’agenda politique, ce
sont les mouvements de rébellion qui engagent réellement le processus. À cet
égard, la mobilisation de Toul en décembre 1971 est un jalon décisif, voire le véritable acte de naissance du mouvement des prisons comme force politique des
détenus, par son caractère collectif et organisé, ses souhaits clairement exprimés
et sa volonté d’établir un dialogue. Mais la négociation n’a pas lieu et la répression
est féroce. Des commissions sont alors mandatées pour dresser un état des lieux
de la situation pénitentiaire, dont l’aboutissement est le rapport Schmelck, rendu
public le 8 janvier 1972. C’est ce document qui sert de base aux réformes
[35].
Ces dernières, sans être négligeables, restent en définitive modestes et peu originales. Elles font surtout figure de « réplique »
[36]
aux mouvements de rébellion
des prisonniers et au mécontentement des surveillants. Du reste, quelques années
plus tard, elles ne sont toujours pas devenues la référence des personnels, qui
restent davantage imprégnés par celles de 1945
[37]. Gilles Deleuze rapporte dans un
entretien que Foucault, bien après l’autodissolution du GIP, déplorait une situation pénitentiaire similaire à ce qu’elle était auparavant, d’où l’impression que
tout cet élan, en fin de compte, n’avait servi à rien
[38]. Un désarroi intimement lié
au contexte de la fin des années soixante-dix, où d’une part la lutte collective des
prisonniers a fait long feu (le Comité d’action des prisonniers, créé par Serge
Livrozet à la suite du GIP et dont l’objectif était de ne regrouper que des membres
ayant fait l’expérience de la prison, s’étiolera rapidement), où d’autre part pointe
la résurgence du discours et des pratiques sécuritaires, concrétisées dans la loi du
22 novembre 1978 (instauration des peines de sûreté et restriction des prérogatives
des juges d’application des peines) et dans la célèbre loi « Sécurité et Liberté » du
2 février 1981, qui rend plus difficiles les permissions de sortie et l’obtention de
la liberté conditionnelle.
Treize ans après 68, et alors que la droite est aux affaires depuis plusieurs
décennies, un parti de gauche arrive au pouvoir lors de l’alternance de 1981, ce qui
n’est pas sans effets sur le plan pénal. Le 9 octobre est abolie la peine de mort, vestige qui apparaît archaïque au regard des autres pays européens
[39]. La volonté de
changement dans ce domaine est incarnée par le nouveau Garde des Sceaux Robert
Badinter, et des mesures sont rapidement prises
[40]
: suppression de la Cour de
sûreté de l’État en août 1981, abrogation de la loi « anti-casseurs » en décembre,
assouplissement, en 1983, de la loi « Sécurité et Liberté » dont certains dispositifs
sont jugés incompatibles avec les principes du droit pénal français. On peut y
ajouter la fin des QSR, des mesures touchant à la famille ou à la santé – celle des
prisonniers est placée sous l’autorité du ministère de la Santé par un décret de janvier
1984. En outre sont instaurées en 1983 les peines dites « de substitution », dont
le but est d’éviter de faire entrer dans l’engrenage carcéral des condamnés à de
courtes peines. Une politique qui, à sa manière, fait figure de prolongement différé
des débats de la décennie précédente.
En conclusion, pourtant, on ne peut que s’interroger devant la récurrence – pour
ne pas dire la sclérose– historique des mêmes dysfonctionnements et des mêmes
dénonciations, illustrée par les débats qui ont fait suite au livre-témoignage du
DrVasseur
[41]. Les réformes de la Libération visaient déjà, entre autres, à « humaniser » le régime de détention. Et, déjà encore, on était amené à juger que les moyens
mis en œuvre n’étaient pas à la hauteur de l’enjeu
[42]. Tout se passe en effet comme
si la prison était vouée à ne manœuvrer que par soubresauts, par des réformes à
courte vue qui ne sont que des réactions précipitées à des moments de crise, avec
une alternance de politiques libérales cherchant à éviter le pire, et de politiques
répressives permettant à l’institution de se maintenir dans ses grandes lignes. Peut-être est-ce parce que, malgré ses inconvénients, la prison se révèle un outil de
gouvernement singulièrement commode
[43].
[1]
« Antipsychiatrie, antipsychanalyse », entretien avec Félix Guattari,
Le Magazine littéraire n° 112-113, mai 1976, p. 28.
[2]
Michelle Perrot, « La leçon des ténèbres. Michel Foucault et la prison »,
Actes. Cahiers d’action juridique n° 54, été
1986, p. 75.
[3]
Extraits du Manifeste fondateur du GIP, fonds d’archives IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine). Le texte
fut d’abord publié dans
La Cause du peuple (n° 35 daté du 17 février 1971), puis repris dans le numéro de mars de la revue
Esprit. Deux signatures s’ajoutent à celle de Foucault : celle de Jean-Marie Domenach, directeur d’
Esprit, et celle de
l’historien Pierre Vidal-Naquet.
[4]
Nous empruntons l’expression à Gérard Mauger, « Un nouveau militantisme », dans
Sociétés et Représentations n° 3,
novembre 1996 (
Michel Foucault, Surveiller et Punir
: la prison vingt ans après), p. 54.
[5]
« Entretien avec Michel Foucault »,
Dits et Écrits, Paris, Gallimard, tome 4 (1980-1988), n° 281, p. 81.
[6]
Jean-Pierre Le Goff,
Mai 68, l’héritage impossible, Paris, La Découverte, 1998, p. 166.
[7]
Michel Foucault,
« Il faut défendre la société », cours au Collège de France, 1975-1976, Paris, Gallimard et Le Seuil,
1997, p. 6.
[8]
Citons à nouveau
« Il faut défendre la société » : « [...] depuis dix ou quinze ans, l’immense et proliférante criticabilité des
choses, des institutions, des pratiques, des discours; une sorte de friabilité générale des sols, même et peut-être surtout les
plus familiers, les plus solides et les plus [proches] de nous, de notre corps, de nos gestes de tous les jours; c’est cela qui apparaît » (p. 7).
[9]
Extrait de l’enquête
Intolérable consacrée à Fleury-Mérogis, fonds IMEC. Nous soulignons. Cet objectif a souvent été
réaffirmé, comme le martèle Foucault lui-même : « L’unique mot d’ordre du GIP, c’est “la parole aux détenus”» (« Le grand
enfermement »,
Dits et Écrits, tome 2, n° 105, p. 304).
[10]
Voir Philippe Artières, « L’ombre des prisonniers sur le toit. Les héritages du GIP », dans
L’infréquentable Michel
Foucault. Renouveaux de la pensée critique, Paris, Epel, 2001, pp. 101-111.
[11]
Cela créa d’ailleurs des débats entre Defert et la Gauche prolétarienne. Voir Jim Miller,
La passion Foucault, Paris, Plon,
1997, p. 217.
[12]
Gilles Deleuze, dans « Les intellectuels et le pouvoir »,
Dits et Écrits, tome 2, n° 106, p. 309.
[13]
Voir
Intolérable, « Enquête dans vingt prisons », Champ libre, mai 1971.
[14]
Sur l’épopée du maoïsme français, dans le genre épistémologiquement périlleux mais riche d’informations du « roman
vrai », on lira avec profit Hervé Hamon, Patrick Rotman,
Génération. Les années de poudre, Paris, LeSeuil, 1988.
[15]
Cette loi rend les organisateurs collectivement responsables des actes de violence ou de vandalisme susceptibles de se
produire dans les rues lors des manifestations.
[16]
Daniel Defert et Jacques Donzelot, « La charnière des prisons »,
Le Magazine littéraire n° 112-113, mai 1976, p. 33.
[17]
Voir
Le Monde du 3 septembre 1970.
[18]
Texte « écrit dans les prisons de France » du 1
er septembre 1970, fonds IMEC.
[19]
Jean-Marie Domenach, « En finir avec les prisons »,
Esprit n° 7-8, juillet-août 1972, pp. 48-49.
[20]
Voir
Le Monde, « La révision du régime pénitentiaire », 3 mars 1972, p. 8.
[21]
Voir les documents titrés « activités du GIP », fonds IMEC.
[22]
Sur ce point, lire l’en-tête du Manifeste du GIP,
Dits et Écrits, tome 2, n° 186, p. 174, et G. Mauger, article cité, p. 60.
[23]
Entretien avec Daniel Defert.
[24]
G. Deleuze, « Foucault and the prison »,
History of the present n°2,1986; repris dans
Michel Foucault. Critical Assessments,
tomeIII (édition établie par Barry Smart), 1994, p. 266.
[25]
L’expression est de Danièle Rancière, « Brève histoire du Groupe d’information sur les prisons »,
Mana n° 5, second
semestre 1998, p. 225.
[26]
Claude Faugeron, « Les prisons de la V
e République : à la recherche d’une politique »,
Histoire des galères, bagnes et prisons
(XIIIe-XXe siècles), Toulouse, Privat, 1991, p. 331.
[27]
Sur cette réforme, de nombreuses informations, ainsi que les textes législatifs eux-mêmes, nous sont donnés par un document
daté d’avril 1978 du Centre national d’études et de recherches pénitentiaires portant sur « L’application de la réforme pénitentiaire de 1975 », dont le rapporteur est Monique Seyler (fonds IMEC).
[28]
Lettre aux chefs d’établissements du 26 mai 1975.
[29]
Christophe Soulié, « Années 70. Contestation de la prison : l’information est une arme »,
Raison présente n° 130,2
e trimestre 1999, p. 23.
[30]
L’idée que la réforme de la prison est née avec la prison pénale elle-même est un argument fort de
Surveiller et Punir.
[31]
Voir Jean-Claude Monod,
Foucault, la police des conduites, Paris, Michalon, 1997, p. 90.
[32]
Voir J.-M. Domenach, article cité, p. 54.
[33]
Le mitard est, aujourd’hui encore, d’un emploi totalement discrétionnaire : il n’existe « aucune définition ni échelle des
peines qui y conduisent » (J.-C. Monod,
op. cit., p. 90).
[34]
L’autodissolution du GIP date de décembre 1972.
[35]
Bien accueilli par ailleurs, ce rapport sera violemment critiqué par le GIP.
[36]
Claude Faugeron, « Prisons, peines de prison et ordre public »,
Revue française de sociologie n° XXXIII, 1992, pp. 3-32.
[37]
Voir Monique Seyler, « La banalisation pénitentiaire ou le vœu d’une réforme impossible »,
Déviance et sociétévol. 4, n°2,
1980, pp. 131-150.
[38]
G. Deleuze, « Foucault and the prison »,
History of the present n°2,1986; repris dans
Michel Foucault. Critical Assessments,
op. cit., p. 266.
[39]
On renvoie au livre de Robert Badinter
L’abolition, Paris, Fayard, 2000.
[40]
Voir, entre autres, Jacques Léauté,
Les prisons, Paris, PUF, 1990.
[41]
Véronique Vasseur,
Médecin-chef à la Santé, Paris, Cherche-Midi, 2000.
[42]
Voir Christophe Soulié, article cité, p. 23.
[43]
Je remercie ici John Crowley et Philippe Artières pour leur relecture et leurs conseils judicieux, tout en restant naturellement le seul responsable de mes manquements.