Critique internationale
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629426
196 pages

p. 70 à 76
doi: en cours

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no 16 2002/3

2002 Critiques internationales

Ahmadou Kourouma, de l’Afrique à la « totalité-monde »

Patrick Michel chercheur au CERI.
Aussi lettré qu’artiste, Naïr connaissait l’écriture ponukéléienne.
Raymond Roussel [1]
Vous ne nous connaissez pas, nous vous connaissons. Nous n’avons pas la force de vous dire que vous êtes des analphabètes, n’étant pas au courant de notre culture.
Henri Lopes [2]
« Celui qui s’engage à tisser un coutil pour couvrir la nudité des fesses de l’éléphant s’est obligé à réussir une œuvre exceptionnelle » [3]. La formule s’applique assurément à son auteur, Ahmadou Kourouma. En quelque trente ans et seulement quatre romans, celui qui est salué comme l’une des plus grandes voix du continent noir a composé une fresque flamboyante qui explore sans complaisance l’histoire africaine contemporaine. De la colonisation aux indépendances et des dictatures aux génocides, cette histoire s’est située sous le double signe de la violence et de la souffrance. Et, si Kourouma a pris la plume, c’est, dit-il, « parce que les larmes des déshérités et des désespérés ne peuvent être assez abondantes pour créer un fleuve ni leurs cris de douleur assez perçants pour éteindre des incendies » [4]. Pour autant, il serait tout aussi réducteur de rapporter son œuvre au seul continent africain que d’y voir seulement une satire, féroce et souvent drôle, des mœurs, notamment politiques, de l’Afrique d’aujourd’hui. Restituer la séquence colonisationdécolonisation le conduit en permanence à composer avec la présence-absence de cet Autre, anamorphose révélée au miroir africain : la France, l’Europe, l’Occident. Et, en constituant l’Afrique en « continent total » [5], c’est sur la condition humaine elle-même que Kourouma livre sa vérité.
L’Afrique, l’Occident, le monde : une identité tout aussi indéfiniment morcelée que tenacement recomposée, la dissection fine du rapport à l’Autre et au pouvoir (au pouvoir de l’Autre et à l’Autre du pouvoir), l’emprise d’un mouvement qui, en cassant toutes les stabilités, met à jour leur fiction et contraint à repenser la totalité. En 1968 était paru, au Canada, LesSoleils des indépendances, considéré par beaucoup comme le livre fondateur de la littérature africaine de langue française [6].
L’ouvrage n’avait pas pu être édité en France (sans doute en raison de son manque d’égards vis-à-vis d’un français gaiement accouplé aux rythmes du malinké [7] et de sa relecture au vitriol de l’histoire africaine des années soixante) [8]. Trois autres romans allaient suivre : à la figure du héros des Soleils, Fama, prince malinké auquel l’indépendance ne laisse plus guère que la carte d’identité nationale et celle de membre du parti unique, allaient s’adjoindre, dans Monnè, outrages et défis( 1990), celle de Djigui Keita, roi de Soba qui, croyant pouvoir composer et ruser avec le colonisateur, se trouve pris au piège de compromissions aussi multiples que difficilement gérables; puis, dans En attendant le vote des bêtes sauvages( 1998), celle du maître-chasseur-président-dictateur Koyaga, souverain de la République du Golfe, se soumettant à une cérémonie purificatoire au cours de laquelle un griot et son répondeur lui racontent sa propre vie ; enfin, avec Allah n’est pas obligé ( 2000), celle de Birahima, un orphelin de dix ou douze ans qui, ayant tout perdu, n’a d’autre recours, malgré son jeune âge, que de devenir un mercenaire dans les « guerres tribales » qui déchirent des pays comme le Liberia ou la Sierra Leone :
un enfant-soldat qui se trouve, comme tel, confronté aux pires horreurs. « Mais Allah n’est pas obligé d’être juste avec toutes les choses qu’il a créées ici-bas »...
À travers ces quatre figures se décline le thème, auquel renvoie centralement l’œuvre de Kourouma, de l’identité de l’homme africain [9], pris entre colonisation et décolonisation, tradition et modernité, ethnicité et nationalisme, humanisme et barbarie, sous-développement et mondialisation. Le problème étant peut-être qu’il « nous a toujours manqué de savoir haïr et de comprendre que des malédictions des autres pouvait naître notre bonheur ; c’est peut-être pourquoi nous n’avons jamais pu nous en sortir en dépit de toutes les révolutions qu’on nous a fait vivre : le socialisme, le libéralisme, le parti unique, la lutte contre le sous-déve-loppement et la corruption et les autres slogans que nous ne comprenons pas et que nous disons à satiété au fil des années » [10].
C’est un évident détour par le politique qui nourrit la virtuosité avec laquelle est appréhendée cette identité irréductible à quelque définition stable que ce soit.
Kourouma ne dissimule pas sa fascination pour le pouvoir, ses stratégies d’adaptation, ses recompositions, ses ruses [11]. « Le pouvoir, écrit-il, est une femme qui ne se partage pas » [12]. Très sévère avec Djigui Keita, le roi de Soba dans Monnè (« un guerrier qui a cru qu’il y avait des possibilités de mieux s’en sortir que les hommes nus en collaborant avec les Blancs » [13]) ou encore avec le prince malinké des Soleils, il manifeste une certaine indulgence pour Koyaga ( En attendant le vote des bêtes sauvages): « J’avoue qu’au fond de mon cœur j’admire sa brutalité. Koyaga est certainement le pire des dictateurs, mais il y a une certaine logique dans sa façon d’agir. Quand il arrive dans mon histoire, on n’a pas voulu le prendre comme militaire. Si on l’avait engagé comme tirailleur, finalement comme tout le monde, il se serait contenté de ça. C’est alors qu’il a commencé à lutter, et quand il a pris le pouvoir, le pouvoir étant le pouvoir, eh bien il s’est défendu par tous les moyens pour le garder » [14].
La goût de la dérision n’altère pas, chez Kourouma, la rigueur (et la vigueur) de la description de la dictature. Il n’est, pour s’en convaincre, que de parcourir la galerie des dictateurs mis en scène dans En attendant le vote des bêtes sauvages: Tiékoroni (totem caïman), président de la République des Ebènes, Bossouma (totem hyène), l’empereur du Pays aux Deux Fleuves, le président (totem léopard) de la République du Grand Fleuve (dit encore Président-soleil, Génie du Grand Fleuve, le Stratège, le Sauveur, le Père de la Nation, l’Unificateur, le Pacificateur [15]), ou encore le dictateur (totem chacal) du Pays des Djebels et des Sables, « aussi moyenâgeux, barbare, cruel, menteur et criminel que tous les autres pères de la nation africaine de la guerre froide » [16]. Pour Bossouma (où l’on reconnaît sans peine Bokassa), « la principale institution, dans tout gouvernement avec un parti unique, est la prison » [17]. Aussi le dictateur consciencieux s’y attarde-t-il. N’aimant déjà « pas mettre fin aux affres des prisonniers de droit commun en les achevant », il se refuse a fortiori à accorder cette faveur au prisonnier politique qui, torturé, supplie qu’on l’achève : « C’était un grand ami de l’Empereur, son premier compagnon... Il était donc humain qu’il le torturât et le condamnât à mort » [18].
Son exploration du pouvoir, Kourouma la poursuit après l’effondrement des dictatures, lorsque, sur fond de chute du Mur de Berlin, se recréent les conditions d’une remise en cause des frontières issues de la colonisation. Et que s’ouvre une période de remous, allant jusqu’à l’extrême violence, dans laquelle Kourouma voit doublement la conséquence directe de la Conférence de Berlin de 1884 et une étape obligée vers la démocratie. Il manifeste à l’égard des « oppositions » qui entrent en scène alors une sévérité à peine moindre que vis-à-vis des dictateurs déchus : « Parce que tous croyaient encore à un mirage : tout est dans le pouvoir, le pouvoir est tout ». Les opposants qui revenaient d’un très long exil étaient « des personnes extrinsèques aux hommes et aux mœurs de leur pays, et donc incapables d’en saisir les réalités ». Ils voulaient d’abord, précise-t-il, « se venger et s’enrichir » [19]. Kourouma, tout au long de son œuvre, a méticuleusement rendu compte des états successifs du passage d’un monde ancien, où « chacun croyait comprendre, savoir attribuer un nom à chaque chose, croyait donc posséder le monde, le maîtriser » [20], à celui du small soldier Birahima qui avoue « ne rien comprendre à ce foutu univers [...], ne rien piger à ce bordel de monde. [Ne] rien saisir à cette saloperie de société humaine » [21]. C’est d’ailleurs cette incompréhension qui explique le recours permanent de l’enfant-soldat aux quatre dictionnaires qu’il emporte toujours avec lui : le Larousse et le Petit Robert parce que le français est la langue nationale de son pays ; l’Inventaire des particularités lexicales du français d’Afrique, qui recense les mots inventés en Afrique pour exprimer les réalités locales; et le Harraps, puisque l’anglais est la langue officielle du Liberia. Les événements auxquels Birahima se voit confronté sont autant d’occasions, pour lui, de figer en signification une réalité en lui accolant un mot au sens arrêté, vérifié et certifié. L’enfant n’accomplit pas, en nommant, l’office holderlinien du poète. Il se borne, si l’on peut dire, à recréer les conditions d’une intelligibilité qui, sans ce travail de vérification permanente de l’adéquation entre le mot et la chose, s’avérerait, dans la situation africaine, proprement impossible.
Que la parole soit le vecteur de ce travail – et la parole sous sa forme écrite, qui encadre et discipline l’oralité – est la condition indispensable pour que s’effectue un nécessaire processus de rationalisation. C’est dans l’innommé que réside, s’épanouit et prospère la toute-puissance. Briser, par la parole, cet innommé, c’est faire disparaître la part magique de son pouvoir qui constituait le chef en surhomme.
Évolution d’autant plus importante que « pouvoir et magie sont indissociables dans la tête de la plupart des Africains. Le dictateur a non seulement le pouvoir et l’argent, mais aussi les meilleurs féticheurs et ensorceleurs. Et c’est parce qu’ils sont les meilleurs que le dictateur est invulnérable et que, du coup, son pouvoir est sans limites. Dans les esprits de l’entourage du dictateur comme dans ceux du peuple, pouvoir et magie ne font qu’un » [22].
Si la colonisation « a causé beaucoup de tort à l’Afrique, tout comme l’esclavage d’ailleurs », elle lui a également, écrit Kourouma, « apporté quelque chose. Elle [en] a changé radicalement le visage. Elle a permis le contact des peuples. Elle a en quelque sorte ouvert l’Afrique au monde occidental. Il faut dire que la colonisation était presque inévitable. Ce qui est sûr, c’est que les Africains ont aussi leur part de responsabilité pour ce qui leur est arrivé, dans l’esclavage, dans la colonisation ainsi que dans la guerre froide » [23].
En fait, Kourouma sera l’un des premiers Africains à rompre avec le discours convenu constituant la colonisation en explication unique du sort de l’Afrique.
Les Soleils des indépendancesa été le premier ouvrage à souligner que l’Afrique avait une responsabilité dans son malheur [24], anticipant assez largement sur les recherches les plus récentes qui, écrit Jean-François Bayart, renvoyant entre autres à Thornton [25], soulignent « combien les Africains ont été parties prenantes des processus qui ont conduit à l’insertion dépendante de leurs sociétés dans l’économie mondiale et infine à leur colonisation » [26].
Avec le recul du temps, Kourouma estime que « sa génération s’est d’abord trompée et a ensuite failli ». Le concept de négritude de Léopold Sedar Senghor avait certes « reconnu au Nègre ses attributs d’homme », mais il s’agissait d’un homme « inachevé ». Et, souligne-t-il, « nous avons naïvement cru que seule la colonisation empêchait les Africains de devenir des hommes accomplis comme tous les hommes. Par exemple, si des Africains volaient, c’était à cause du colonialisme.
Qu’il cesse, et ils se mettraient tous à la tâche. Tout le monde allait se sacrifier pour l’Afrique. Mais nous n’avions pas tenu compte de sa réalité, de sa psychologie » [27]. Dire cela ne signifie toutefois pas exonérer l’Europe. Parler de l’Afrique conduit (ou contraint), de fait, indéfiniment, à revenir à celle-ci : la littérature africaine est une littérature « de la mauvaise conscience de l’Occident et de la France ». Les occidentaux, écrit Kourouma, « sont anti-esclavagistes et sans cesse nous leur murmurons à l’oreille qu’ils ont été d’impénitents esclavagistes. Ils sont anti-colonialistes et sans cesse nous leur murmurons à l’oreille qu’ils ont été d’abominables colonialistes. Ils sont des démocrates et sans cesse nous leur murmurons à l’oreille qu’ils ont installé et soigné chez nous, pendant la guerre froide, des dictatures sanguinaires. Ils sont antiracistes et sans cesse nous leur murmurons à l’oreille que nos frères qui vivent chez eux sont soumis à des exclusions vexatoires » [28].
Cette fonction, assignée par Kourouma à l’« écrivain africain » – être « celui qui murmure à l’oreille » – débouche sur une inévitable question : à qui s’adresse vraiment cet écrivain ? Pour qui écrit-il ? Les conditions mêmes de production d’une littérature africainesont autant d’évidentes limites : analphabétisme ( 57% en Côte d’Ivoire, par exemple), et donc faiblesse du lectorat, indépendamment même des aspects économiques du problème (en fait, l’Afrique subsaharienne publie par habitant vingt-cinq fois moins de titres que la moyenne des pays développés). « Ilya deux façons d’écrire en Afrique, dit Kourouma. En premier lieu, on peut écrire sur l’Afrique et pour les Africains. L’écrivain dénonce alors une situation plus ou moins connue d’eux, et prend le risque de dire à haute voix la vérité. Il ne peut pas alors espérer vendre beaucoup. [...] Mais on peut aussi écrire pour un public plus vaste en traitant de sujets qui intéressent aussi les non-Africains. Des auteurs africains résidant en France écrivent par exemple pour un lectorat exclusivement européen. Dans ce cas, même nés en Afrique, ils sont des écrivains européens. D’autres, plus rares, arrivent à publier des best-sellers en France et à être lus en Afrique » [29]. Ce qui suppose bien évidemment, en premier lieu, de s’approprier le français, de s’inscrire dans le cadre d’une littérature africaine d’expression française [30]; et également de s’adresser à tous, en présentant les problèmes de l’Afrique comme des problèmes humains, susceptibles dès lors de faire sens pour tous les hommes. Il n’est, de ce point de vue, pas anodin que Kourouma constitue la littérature latino-américaine en exemple à suivre [31].
Plus qu’à Dos Passos, auquel il s’est parfois référé, c’est Faulkner qu’évoque Kourouma, au sens où l’on a pu dire du romancier américain qu’il « s’enferme dans le lieu et le confronte » [32]. Kourouma se saisit de fait des sociétés africaines pour les construire en sociétés « vertigineusement exemplaires » [33], selon la formule d’Abdourahman A. Waberi. Ces sociétés deviennent dès lors autant de mondes frontières, de ces mondes qui « se multiplient de nos jours, mettant en opposition évolutive un nombre fini-infini de réalités culturelles, traditionnelles ou brutalement surgies, suggérées aux uns ou imposées à d’autres » [34]. Ce qui fait dire à Dany Laferrière, romancier d’origine haïtienne, publiant en français à Montréal et vivant à Miami, qu’il est un « écrivain japonais » [35]. Et ce qui constitue l’écrivain africain, en prototype de ce « sans identité fixe » dont l’émergence constitue tant le signe que le vecteur de cette réarticulation du rapport entre particulier et universel qui est au cœur même des recompositions du monde contemporain. La littérature se hisse là à son plus haut objectif : la « totalité-monde » [36].
 
NOTES
 
[1] Raymond Roussel, Impressions d’Afrique, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1963, p. 199.
[2] Intervention lors de la table ronde organisée par Gallimard, Maison de l’Amérique latine, Paris, 11 février 2002.
[3] Monnè, outrages et défis, Paris, Le Seuil, 1990, p. 72.
[4] Ibid., p. 27. Quelques éléments biographiques : Ahmadou Kourouma est né en 1927 à Boundiali, dans le nord de la Côte d’Ivoire. Son père, infirmier, faisait partie de l’élite des colonisés (il avait ainsi le droit de disposer des services d’indigènes soumis aux travaux forcés). Mais c’est auprès de son oncle, « émérite maître chasseur » (et bien sûr féticheur !) qu’il grandit. Étudiant au Mali, à l’École technique supérieure de Bamako, il s’engage comme combattant volontaire dans l’armée française en Indochine (Bernard Dadié, alors l’écrivain le plus célèbre du pays, l’avait incité à aller y acquérir une formation militaire lui permettant de se préparer à une guerre d’indépendance jugée inévitable). Il y restera de 1950 à 1954. À son retour, il lui est proposé d’aller étudier en France, à Nantes, puis à Lyon. Et c’est en technicien des assurances qu’il regagnera la Côte d’Ivoire au lendemain de son indépendance. Face à la prise de pouvoir de Félix Houphouët-Boigny, refusant de « céder à la magie du parti unique » qui se voulait la seule forme de pouvoir pour développer le pays, il est jeté quelques mois en prison et prend finalement le chemin de l’exil. Son deuxième retour au pays, en 1970, sera presque aussi bref. Sa pièce de théâtre, Le diseur de vérité, publiée en 1974, étant jugée « révolutionnaire », il repart dix ans au Cameroun, puis s’installe au Togo, travaillant dans des entreprises privées d’assurances. Il ne retournera à Abidjan qu’en 1996.
[5] « Ahmadou Kourouma face aux internautes », réponse lors d’un débat sur Internet organisé par Radio France internationale, www. rfi. fr, le 5 septembre 2001.
[6] Tous ne sont pas de cet avis. Pour Bernard Mouralis, ce statut reviendrait plutôt à Mongo Beti, même s’il reconnaît que « Kourouma apporte évidemment un élément nouveau sur le plan de la thématique, puisqu’il va créer une tradition[...] qui va faire de l’indépendance le thème principal de la littérature africaine. Et, sur le plan de l’expression, il va user d’un mode qui tente de simuler, au niveau de la narration, le discours oral, le discours que produit le conteur face à un public » (« L’Europe, l’Afrique et la folie », dans Boniface Mongo-Mboussa (dir.), Désir d’Afrique, Paris, Gallimard, 2002, p. 263).
[7] D’aucuns diront même plutôt « cocufié par ». Ce à quoi Kourouma répond : « Quoi que les gens disent, je ne cherche pas à changer le français. [...] Mes personnages sont des Malinkés. Et lorsque qu’un Malinké parle, il suit sa logique, sa façon d’aborder la réalité. Or cette démarche ne colle pas au français : la succession des mots et des idées, en malinké, est différente. [...] Mon objectif n’est pas formel, ou linguistique. Ce qui m’intéresse, c’est la réalité. Mes personnages doivent être crédibles et, pour l’être, ils doivent parler dans le texte comme ils parlent dans leur propre langue ». « Ahmadou Kourouma, ou la dénonciation de l’intérieur », entretien avec René Lefort et Mauro Rosi publié sur le site de l’Unesco, www. unesco. org
[8] Il sera finalement publié par Le Seuil en 1970, connaîtra un immense succès et se verra inscrire au programme de nombreuses universités africaines, américaines et européennes.
[9] De l’hommesans doute plus que de la femme africaine, malgré quelques beaux personnages féminins, comme celui de Salimata dans LesSoleils.
[10] Monnè, outrages et défis, p. 263.
[11] Il envisage ainsi de consacrer un prochain roman au personnage de Sékou Touré : « Je voudrais faire quelque chose sur [lui]. Il me fascine, il a commis beaucoup de crimes. Il s’est trouvé encerclé par les agents secrets français, puis il a presque perdu la tête. C’est un personnage fascinant » ; dans « Ahmadou Kourouma face aux internautes », op. cit.
[12] En attendant le vote des bêtes sauvages, Paris, Le Seuil, 1998, p. 103.
[13] « Kourouma le colossal », entretien accordé à Marc Fenoli le 18 janvier 1999, http:// www. culture-developpement. asso. fr/J_arch/archives/kourouma.html
[14] Ibid.
[15] En attendant le vote des bêtes sauvages, p. 243.
[16] Ibid., p. 257.
[17] Ibid., p. 218.
[18] Ibid., p. 217.
[19] « Ahmadou Kourouma, ou la dénonciation de l’intérieur », op. cit.
[20] Monnè, outrages et défis, p. 20.
[21] Allah n’est pas obligé, Paris, Le Seuil, 2000, p. 124.
[22] « Ahmadou Kourouma, ou la dénonciation de l’intérieur », op. cit.
[23] Ahmadou Kourouma, « Entre le soleil et les bêtes », dans Désir d’Afrique, op. cit., p. 82.
[24] « L’attrait de la richesse et du pouvoir avait été le plus fort. Et les intellectuels, comme les autres, n’ont voulu que s’en mettre plein les poches » (« Ahmadou Kourouma ou la dénonciation de l’intérieur », op. cit.) Kourouma ajoute : « Si je n’ai pas cédé à la tentation, c’est peut-être seulement parce que je n’en ai pas eu la possibilité ! ». Ce thème a souvent été repris par lui, notamment dans Monnè : « Nous, Noirs, nous ne sommes ni bons ni humains, mais toujours menteurs et pécheurs bien que nous connaissions les paroles du Coran que vous nazaréens ignorez » (p. 219).
[25] John Thornton, Africa and Africans in the Making of the Atlantic World, 1400-1800, Cambridge, Cambridge University Press, 1998.
[26] Jean-François Bayart, « L’Afrique dans le monde : une histoire d’extraversion », Critique internationale n° 5,1999, pp. 97-120 (p. 99).
[27] « Ahmadou Kourouma, ou la dénonciation de l’intérieur », op. cit.
[28] Ahmadou Kourouma, préface à Désir d’Afrique, op. cit., p. 9.
[29] « Ahmadou Kourouma face aux internautes », op. cit.
[30] À la question d’un lecteur (« Pourquoi parlez-vous de littérature africaine alors que vous n’écrivez dans aucune langue africaine ? »), Kourouma répond simplement que « la littérature, ce n’est pas la langue, ce sont les problèmes, les idées, la Culture... Je dis que c’est de la littérature africaine parce que je parle de l’Afrique, des mythes africains. Ce n’est pas une question de langue » ( ibid. ).
[31] « Ahmadou Kourouma face aux internautes », op. cit. Monnè, outrages et défisest de fait parfois considéré comme l’équivalent africain du Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez.
[32] Édouard Glissant, Faulkner, Mississipi, Paris, Gallimard, 1998, p. 310.
[33] Intervention lors de la table ronde organisée par Gallimard, Maison de l’Amérique latine, Paris, 11 février 2002.
[34] Édouard Glissant, op. cit., p. 310.
[35] Dans « Laferrière, romans fauves », Le Monde des livres, 17 mai 2002. Laferrière promet « de casser la gueule à ceux qui lui parlent créolité, métissage, francophonie, style tropical, écrivain caribéen ».
[36] La formule est d’Édouard Glissant.
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