2003
Critiques internationales
La transformation politique du Mexique : fin de l’ancien régime et apparition du nouveau ?
Ilán Bizberg
chercheur au Centre d’études internationales du Colegio de México. Il a dernièrement dirigé (avec Marcin Frybes) Transiciones a la democracia, México, Cal y Arena, 2000.
Pendant un peu plus de soixante-dix ans, le régime autoritaire mexicain a joui d’une extraordinaire stabilité qui le distinguait des autres pays d’Amérique latine. Ce régime était basé sur l’inclusion
des différents secteurs sociaux, par la voie du contrôle corporatiste des organisations
paysannes, des syndicats ouvriers ainsi que des fédérations patronales et, sauf pour
ces dernières, de leur incorporation dans le parti contrôlant l’État, à savoir les
ancêtres du Parti révolutionnaire institutionnel(PRI) fondé en 1946 et, depuis cette
date, le PRI lui-même. Néanmoins, à partir de la fin des années1960, l’apparition
d’acteurs qui se trouvaient exclus de ce pacte corporatiste ou qui n’en acceptaient
plus les conditions a commencé à affaiblir les bases du régime. Avec la crise de la
dette, en 1982, et les mesures prises par l’élite gouvernante pour réformer l’État,
les soutiens politiques ont commencé à s’éroder. Pourtant, le régime ne s’est pas
effondré, contrairement à ce qui s’est passé dans les pays d’Europe de l’Est et dans
l’ancienne Union soviétique ; les dirigeants gouvernementaux ont partiellement
réussi à mettre en place de nouveaux dispositifs de soutien au régime, de caractère
clientéliste plus que corporatiste. Le but de cet article est de décrire cette évolution
afin d’essayer d’appréhender les conditions dans lesquelles le Mexique expérimente sa sortie du régime autoritaire.
À la différence des autres pays qui ont tenté d’instaurer un régime nationalpopulaire (notamment le Brésil et l’Argentine), l’une des principales caractéristiques
de l’ancien régime politique mexicain tient à sa pérennité. À partir de 1934, l’élite
dirigeante issue de la révolution est parvenue à établir un système d’alliances entre
les secteurs populaires et l’État, dans lequel ce dernier a joué le rôle d’agent
principal de développement et d’intégration économique et sociale – un rôle qu’il
a conservé jusqu’en 1982. Contrairement au gouvernement de Vargas au Brésil et
à tant de dictatures, le gouvernement de Cárdenas ( 1934-1940) a réussi à s’imposer
durablement en donnant à l’État une base sociale organisée et subordonnée au parti
d’État. En Argentine, par exemple, le péronisme n’est pas parvenu à dominer
totalement les organisations syndicales qui existaient auparavant, et il s’est enoutre
heurté à la résistance continue de l’oligarchie terrienne.
Au Mexique, en revanche, la révolution et la réforme agraire qui s’en est suivie
ont permis de se débarrasser de l’oligarchie terrienne, tant en termes politiques
qu’économiques. Enfait, l’État mexicain a rempli presque totalement le vide politique engendré par la révolution. Le nouvel État n’a pas eu besoin de choisir entre
différentes oligarchies, comme au Brésil, ni de s’affronter à elles, comme l’a fait
le péronisme argentin, puisqu’il est parvenu à créer ses propres bases sociales.
Durant la période du gouvernement Cárdenas, l’État mexicain a réussi à mettre
les paysans totalement sous sa dépendance grâce à la réforme agraire. Dans le
même temps, sa base urbaine s’est centrée sur les travailleurs des entreprises de l’État
et sur l’appareil de l’administration gouvernementale.
Le contrôle des organisations populaires, fondé sur une alliance nationalepopulaire, a perduré au-delà de cette période. En charge du développement du
pays et de la distribution des fruits de la croissance, l’État avait, à l’origine, une action
essentiellement redistributive, à travers la répartition des terres, l’allocation de
ressources économiques à l’agriculture ainsi que l’appui aux syndicats dans leur
lutte pour la signature de contrats collectifs en vue d’obtenir des augmentations de
salaires et de meilleures conditions de travail. À partir des années1940, diverses institutions de sécurité sociale ont été mises en place sur un modèle universaliste de type
« bévéridgien ». Ce système s’est progressivement segmenté, conformément à la
logique corporatiste du régime, pour devenir de plus en plus « bismarkien »
[1]. Avec
le temps, la population non couverte par l’un de ces régimes est devenue de plus
en plus importante; elle a cependant bénéficié des services de santé du ministère
de la Santé et de l’Assistance sociale, avec des ressources il est vrai limitées
[2].
Ces moyens macro-sociaux de contrôle ont été complétés par des dispositifs
micro-sociaux. Le contrôle syndical était garanti par une forme très radicale de
closed shop, c’est-à-dire l’obligation d’appartenir à l’unique organisation syndicale existant dans chaque entreprise. La loi fédérale du travail contenait une clause qui stipulait que seuls pouvaient être embauchés des travailleurs appartenant à un syndicat
et que l’exclusion de ce syndicat entraînait la perte de l’emploi. En outre, il ne
pouvait exister qu’un seul syndicat par entreprise. Dans la majorité des grandes et
moyennes entreprises du pays, il existait des contrats collectifs très détaillés qui
octroyaient à l’appareil syndical un contrôle important sur la distribution de certains
bénéfices, notamment les promotions, et sur l’organisation quotidienne du travail.
Dans le cas des paysans, les répartitions de terres, la distribution des produits
subventionnés (fertilisants, grains) ainsi que les prêts étaient canalisés par les organisations paysannes officielles. Même si chaque lopin de terre pouvait être cultivé
de manière individuelle, la propriété de la terre restait collective : elle appartenait
à l’
ejido
[3]. La loi prévoyait la suspension des droits des paysans sur la terre s’ils ne
la cultivaient pas pendant une année (une menace qui ne se concrétisait presque
jamais). Parailleurs, les pouvoirs de l’assemblée
ejidale, qui était à l’origine l’autorité la plus élevée de l’
ejido, furent progressivement transférés au commissaire de
l’
ejido. La loi agraire de 1934 ne mentionnait même pas cette assemblée et transformait le commissaire en une sorte de fonctionnaire gouvernemental que les
autorités politiques avaient la possibilité de destituer
[4]. Le fait que les organisations
populaires aient été intégrées organiquement au parti d’État permettait de récompenser la capacité de contrôle de leurs dirigeants par l’attribution de postes politiques ou par des avantages financiers. Ce dispositif corporatiste servait non seulement à contrôler les demandes émanant des différents secteurs sociaux, et ainsi à
assurer la paix sociale, mais aussi à mobiliser ces derniers à des fins politiques, en
particulier le soutien au parti d’État lors des élections.
L’État assurait le contrôle des entrepreneurs par des moyens analogues. À partir
de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’État adopta le modèle de développement
économique d’import-substitution : il commença à investir dans les infrastructures, chercha à assurer la production de biens primaires à bas prix et finança les
investissements des entrepreneurs privés. En 1982, les dépenses publiques au
Mexique étaient d’environ 25% du PIB
[5]. La politique commerciale était un autre
moyen de venir en aide aux entrepreneurs et de les subordonner au pouvoir politique. Les diverses mesures de protection de l’économie mexicaine – accès au
crédit, contrôle « qualitatif » des licences à l’importation ou encore règlements,
lois et codes divers régissant les secteurs productifs
[6] – étaient l’enjeu de constantes
négociations entre les entrepreneurs et les autorités. Les représentants des grands
secteurs économiques et des entreprises les plus importantes traitaient directement
avec le président ou ses ministres ; les autres devaient le faire par l’intermédiaire
de leur organisation. La création de ces organisations patronales, centralisées mais
différenciées par secteurs, avait été suscitée par le gouvernement dans le but de
disposer d’interlocuteurs homogènes. L’affiliation des entrepreneurs à l’une d’entre
elles était obligatoire. Même si elles ne furent jamais structurellement liées au
PRI et si le gouvernement n’avait pas la possibilité d’intervenir dans leurs affaires
internes (comme il le faisait dans le cas des syndicats ouvriers ou paysans), les
autorités politiques ne manquaient pas de moyens efficaces pour agir sur ces organisations. On aboutissait ainsi à une forme indirecte de subordination des entrepreneurs au régime : le contrôle que celui-ci exerçait sur les classes populaires, et
surtout sur les travailleurs, assurait la paix sociale en même temps que des conditions
de salaire et de travail favorables aux entreprises.
Ce corporatisme était à la base d’un système politique autoritaire qui se distinguait des régimes similaires par une économie de la contrainte et de la violence
fondée sur l’inclusion politique plus que sur l’exclusion
[7]. Les organisations corporatistes constituaient l’un des éléments centraux de cette inclusion. Un autre de ces
éléments résidait dans la préservation d’un dispositif politique articulé sur des
élections périodiques, reposant sur un processus continu d’ajustement des règles
électorales de sorte que les partis politiques qui jouaient le jeu de la compétition
électorale n’avaient aucune chance d’en sortir gagnants. Ainsi, dès1963, le régime
introduisit une dose de représentation proportionnelle dans un système qui était
jusqu’alors totalement majoritaire
[8]. Aux élections présidentielles de 1976, le Parti
d’action nationale (PAN)
[9] refusa de présenter un candidat, considérant que participer à ce scrutin dans un contexte d’hégémonie du PRI revenait tout simplement
à légitimer le régime autoritaire. Pour contourner cette tactique, le gouvernement
de López Portillo ( 1976-1982) établit un système mixte de représentation, dans
lequel cent députés étaient élus à la proportionnelle et les trois cents restants au
scrutin majoritaire.
Ce système corporatiste a eu pour effet latéral une conception particulière de la
politique économique. D’une part, l’État était contraint d’assurer un certain niveau
de croissance pour assurer l’inclusion des secteurs sociaux qui le soutenaient. D’autre
part, l’échange corporatiste sur lequel était fondé le régime exigeait que la croissance
soit redistribuée en faveur des secteurs dont on « achetait » en quelque sorte
l’acquiescement. De cette manière, le régime se légitimait par la croissance économique, la distribution et la performance plus que par la légalité des élections – qui
étaient très douteuses. Dans la distribution des fruits de la croissance, le régime ne
pouvait se permettre – comme l’ont fait, par exemple, des régimes plus « exclusifs »
tel celui des militaires au Brésil – de ne s’appuyer que sur les entrepreneurs et les
classes moyennes et d’ignorer les secteurs populaires. Son caractère inclusif le
contraignait également à maintenir la stabilité des prix et la parité peso-dollar, en
appliquant une politique économique monétariste. En cela, le Mexique se distinguait nettement des autres pays latino-américains, plus « structuralistes », qui
acceptaient des taux d’inflation plus importants en échange d’une plus forte croissance et d’une modernisation de certains pans des secteurs productifs
[10].
Ces caractéristiques de l’économie du politique et de la politique économique
du régime mexicain en expliquent l’un des traits centraux : la subordination de l’État
au régime. Parce que la révolution avait effectivement détruit les structures sociales
sur lesquelles s’appuyait l’État d’ancien régime, le nouvel État fut contraint de
construire ses propres soutiens. Il s’est ainsi constitué une relation de dépendance
mutuelle entre l’État et le régime, qui réduisait l’autonomie du premier et le
forçait à être en quelque sorte le « garant » du second. Cela rendit par ailleurs les
politiques économiques particulièrement dépendantes des logiques politiques de
fonctionnement à la source de la stabilité et de la pérennité du régime.
Jusqu’au mouvement de contestation étudiante de 1968, qui déboucha sur le massacre de Tlatelolco, le régime a dans l’ensemble réussi à s’adapter aux changements
économiques et sociaux auxquels il était confronté. Les premières failles surgirent
à la suite d’une crise « classique » de croissance. Le succès de la modernisation du
pays entraîna un accroissement important des classes moyennes, qui n’étaient pas
incluses dans le système corporatiste. Les années1960 furent agitées par de nombreux mouvements de protestation de la part des enseignants, des médecins des
hôpitaux gérés par la sécurité sociale, ou encore de mouvements étudiants,
notamment à la fin de la décennie. Non seulement ces classes moyennes étaient
en grande partie extérieures au dispositif corporatiste, mais elles adressaient au
gouvernement des demandes auxquelles il n’était pas habitué et, surtout, auxquelles
il n’avait pas la capacité de répondre. En effet, elles ne réclamaient pas un meilleur
partage des richesses dégagées par le développement économique ni une plus
grande participation au système de prébendes politiques contrôlé par le PRI,
comme cela avait été le cas auparavant, lors de conflits sociaux traditionnels impliquant les organisations populaires; elles revendiquaient tout simplement l’ouverture du régime, sa démocratisation
[11]. La réponse violente du gouvernement de
DiazOrdáz ( 1964-1970) montra clairement les limites du régime : considérant leurs
revendications comme un défi à l’hégémonie du PRI, il fut incapable d’intégrer ces
nouvelles classes.
Le gouvernement suivant, celui d’Echeverría ( 1970-1976), répondit à cette
demande de démocratisation par une tentative de rénovation du corporatisme
qui, à la différence des ajustements antérieurs, commença à le défaire. Pendant la
première moitié des années 1970, on a assisté à un large mouvement de démocratisation syndicale. Ce mouvement est apparu dans les industries de pointe (automobile, électricité et électronique, métallurgie) qui, dans la décennie précédente,
s’étaient transformées en industries intensives en capital, avec une forte concentration de travailleurs et une nouvelle génération d’ouvriers au niveau d’éducation
plus élevé
[12]. Ses leaders étaient de jeunes travailleurs dotés d’une forte culture
syndicale et professionnelle qui ne se sentaient plus représentés par les vieux dirigeants corporatistes. Ils réclamaient une présence syndicale plus active à l’intérieur
des entreprises, afin de répondre aux nouveaux conflits sociaux et de mieux participer à l’activité collective. Certains venaient des entreprises d’État et étaient très
proches de la tradition du « nationalisme économique » mise en œuvre par
Cárdenas. Ce mouvement reçut l’appui des secteurs de la gauche (mouvements étudiants, organisations des habitants de la périphérie de Mexico) non représentés politiquement, puisque seuls les satellites du PRI étaient légalisés. Et le gouvernement
l’appuya, soucieux de rénover le syndicalisme corporatiste et d’éviter une explosion
sociale comparable à celle de 1968.
Même si le gouvernement d’Echeverría finit par trancher en faveur des organisations « officielles », la protestation syndicale (qui toucha également les mouvements paysans) et la contestation étudiante eurent des conséquences politiques
importantes. Elles aboutirent à la réforme électorale de 1977; celle-ci n’avait pas
pour seule finalité d’adapter le système électoral aux demandes des autres partis,
notamment celles du PAN, c’était aussi une façon, pour le régime, de répondre aux
désirs d’ouverture politique exprimés par ces nouveaux groupes sociaux tout en se
préservant lui-même. Une des motivations principales de cette réforme – qui a donné
lieu à la légalisation du Parti communiste et à une amnistie des prisonniers politiques, dont le nombre s’était multiplié avec la répression de la contestation étudiante et de la guérilla– résidait dans le constat, établi par une partie de l’élite politique, que la dissidence à l’intérieur des organisations populaires corporatistes
ainsi que la montée de la contestation étaient liées à la fermeture du système politique. Il s’agissait de faire sortir la gauche protestataire de l’illégalité et d’affaiblir
le mouvement de démocratisation syndicale qui avait menacé l’hégémonie du PRI
au sein même des organisations corporatistes officielles. Cette réforme justifia par
ailleurs un traitement policier et militaire de ce qu’il restait encore de la guérilla;
elle permit aussi de réintégrer, parfois par la répression, les syndicats qui s’étaient
séparés des fédérations officielles. Si, à court terme, elle ne mit pas en cause la suprématie du PRI, qui conserva la totalité des députés et des sénateurs élus au scrutin
majoritaire
[13], on peut considérer qu’à plus long terme elle contribua au renforcement
des partis d’opposition et qu’elle ouvrit la voie à un accès des concurrents du PRI
à la majorité parlementaire et à la présidence.
Le rapport entre les entrepreneurs et l’État commença lui aussi à se transformer
à partir des années1960. De manière assez semblable à ce qui s’était passé avec les
classes moyennes, le développement du Mexique aboutit au renforcement du poids
économique et social des entrepreneurs. Ces derniers commencèrent à considérer
que l’intervention de l’État dans l’économie pouvait se révéler une menace pour
la propriété privée
[14]. Cette perception s’accrut considérablement par la suite,
notamment durant la présidence d’Echeverría, lorsque l’État, dans un contexte de
récession, augmenta de façon significative ses investissements et son rôle dans la
régulation économique. Durant cette période, le gouvernement tenta également
d’imposer une réforme fiscale. Celle-ci n’aboutit pas, mais elle contribua à la
dégradation du climat et des relations entre les autorités et les entrepreneurs. En
outre, ce même gouvernement montra des signes de faiblesse dans sa capacité à
assurer la paix sociale. D’une part, la stratégie utilisée pour réaffirmer les bases populaires du régime conduisait le gouvernement à s’attaquer, au moins de manière rhétorique, aux entrepreneurs. D’autre part, son incapacité à contenir les actes de
guérilla urbaine affectait directement cette paix sociale et la sécurité des
entrepreneurs
[15]. À l’instar des travailleurs et des paysans, ces derniers ont donc tenté
de réformer leurs organisations représentatives de façon à les rendre plus indépendantes du régime et à leur permettre de mieux défendre leurs intérêts. En 1975,
la création du Conseil coordinateur des entrepreneurs(CCE) contrecarra la division
en organisations sectorielles imposée par l’État
[16]. Le gouvernement de José López
Portillo mit en œuvre toute une série de mesures pour tenter de retrouver la
confiance des entrepreneurs : il démantela la plupart des syndicats indépendants,
freina les occupations de terres et indemnisa généreusement les propriétaires
expropriés par le gouvernement précédent
[17]. Néanmoins, la crise financière poussa
le gouvernement à modifier sa stratégie en 1982. Cette crise était la conséquence
de la baisse du prix du pétrole et de la très forte augmentation des taux d’intérêt,
dans un contexte de fort acrroissement de la dette publique. Il en résulta une
formidable fuite de capitaux, que le gouvernement tenta de combattre en expropriant la totalité des banques et leurs avoirs commerciaux et industriels
[18]. Cette
décision convainquit beaucoup d’entrepreneurs du caractère « structurellement »
problématique de l’autoritarisme du régime : les relations difficiles entre leurs
organisations et le gouvernement ne dépendaient décidément pas de seuls problèmes
« conjoncturels ». L’expropriation du système bancaire amena certains d’entre
d’eux à considérer le caractère éminemment politique de leur vulnérabilité. C’est
ainsi qu’une partie du patronat fut « poussée » à participer directement à la vie politique, principalement à travers le PAN
[19].
Ces entrepreneurs créèrent alors leur propre courant à l’intérieur du PAN, celui
des « nouveaux
panistas». Par cet intermédiaire, ils contribuèrent à faire du PAN
un parti moins idéologique et plus pragmatique, à le faire sortir de la marginalité
[20].
Il s’agissait surtout de petits et de moyens entrepreneurs, appartenant aux secteurs
du commerce et de l’agriculture plutôt qu’à ceux de la grande industrie et de la
construction, et donc moins dépendants des investissements étatiques. Beaucoup
étaient implantés dans certaines localités du nord du Mexique
[21], loin des grands
centres urbains comme Mexico, Monterrey et Guadalajara. C’est en partie ce qui
explique qu’ils privilégièrent tout d’abord l’accès au pouvoir local dans l’intention
de promouvoir une « transition » qui se diffusa ensuite aux gouvernements des
États fédérés et, vingtans plus tard, à l’État central lui-même.
Transformation du régime et fin du système corporatiste
À partir de 1982, le déclin du système corporatif et du régime autoritaire s’est
accéléré. Certains analystes considèrent cette évolution comme un simple sous-produit de décisions financières et économiques indépendantes des choix politiques. Ils l’interprètent comme un effet de la crise financière de l’État et de la fin
du modèle d’import-substitution, paralysant le modèle redistributif sur lequel était
basé le corporatisme. Néanmoins, cette évolution était loin d’être inéluctable.
Elle fut étroitement liée à l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle élite dirigeante,
formée dans les universités d’économie ou les écoles d’ingénieur (plutôt que dans
les facultés de droit), parfois aux États-Unis, le plus souvent dans des universités
privées (plutôt que dans l’université nationale du Mexique
[22]). Ce phénomène vaut
autant pour les dirigeants les plus influents que pour les cadres intermédiaires; il
est au principe de l’évolution « technocratique » du régime, une évolution destinée,
selon toute probabilité, à se poursuivre et à se renforcer.
D’autres analystes expliquent les transformations politiques du Mexique dans les
deux dernières décennies par le changement de paradigme idéologique : imprégnée
d’une idéologie néo-libérale largement étrangère au projet national-révolutionnaire
des anciennes classes dirigeantes, la nouvelle élite politique, soutenue par les institutions internationales, aurait appliqué des « recettes » économiques toutes faites.
Je tenterai d’expliquer comment, au moins dans le moment crucial des transformations
politiques au Mexique, c’est-à-dire durant les gouvernements de Miguel de laMadrid
( 1982-1988) et de Salinas de Gortari ( 1988-1994), les élites étatiques n’ont agi ni
par idéologie ni selon une logique purement économique. Malgré leur volonté
affichée de « dépolitiser » l’État et l’économie, elles étaient en réalité guidées par
une logique principalement politique. Leur but premier était de rétablir la capacité
d’autonomie de l’État, mais d’un État indépendant du régime – ce qui contrastait
nettement avec le système autoritaire de l’ancien régime mexicain. Pour ce faire, il
leur fallait désengager l’État des compromis corporatistes noués avec les différents
secteurs sociaux, soit directement avec les organisations représentatives de ces
secteurs, soit indirectement à travers les politiques publiques
[23]. Ce qui, en fin de
compte, signifiait une nette séparation de l’État et du PRI.
La plupart des analystes prennent pour argent comptant le discours des dirigeants
à partir de la présidence de la Madrid, discours selon lequel la politique des
« technocrates » aurait eu pour principal objectif la réduction du poids de l’État.
Mais d’autres propos de ces mêmes dirigeants laissent apparaître leurs véritables
intentions. Dès 1983, le président déclarait par exemple que son objectif était de
« renforcer la capacité de l’État et de focaliser les efforts vers le développement intégral de la nation »
[24]
; un fonctionnaire chargé des privatisations durant la présidence de Salinas ajoutait, quelques années plus tard, qu’il fallait transformer l’État
propriétaire en « État recteur »
[25]. Il s’agissait donc clairement de renforcer l’État
plutôt que d’en réduire le poids.
On peut interpréter les privatisations comme une volonté de restaurer une relation moins antagoniste avec les entrepreneurs : montrer que les nouvelles politiques
économiques s’opposaient à l’interventionnisme des gouvernements précédents.
Les premières entreprises à être privatisées furent celles où le coût du travail était
trop élevé
[26]
et où les syndicats se montraient particulièrement combatifs
[27]. Par la
suite, la politique de privatisation a servi d’« épée de Damoclès » contre les syndicats d’autres entreprises publiques que le gouvernement ne pouvait, ou ne voulait pas encore privatiser, ainsi que des syndicats du secteur privé. Cette option s’est
traduite par un assouplissement généralisé des conventions collectives. La plupart
des contrats collectifs ont été modifiés : élimination des attributions des syndicats
et réduction de leurs possibilités d’intervention à l’intérieur des entreprises. Le syndicalisme en a été considérablement affaibli ; dans la plupart des entreprises, les
conditions de travail se sont détériorées et les salaires ont été réduits. Malgré
l’affaiblissement effectif des bases du corporatisme, le gouvernement a pu empêcher l’apparition d’acteurs sociaux véritablement indépendants susceptibles de
contester ou de retarder la mise en place des réformes. Il a ainsi conservé la loi fédérale du travail qui sanctionnait les différents mécanismes corporatistes (
closedshop,
capacité d’intervention du gouvernement dans les affaires internes des syndicats),
mais en l’utilisant pour imposer un nouveau modèle économique. Les dispositifs
qui, auparavant, avaient permis aux syndicats de contrôler le système corporatiste
ont été utilisés pour imposer la flexibilité et la désyndicalisation
[28]. Ces modalités
de réforme ont eu des effets majeurs sur la manière dont le régime s’est transformé :
les secteurs corporatistes se sont maintenus comme éléments centraux du PRI, ce
qui a empêché la modernisation du parti dominant. Ce dernier n’est pas parvenu
à réformer en profondeur le régime ni à prendre complètement en charge le projet
de mutation du système politique.
Dans le cas du secteur agricole, il ne s’agissait pas de privatiser, mais avant tout
de tarir les sources qui alimentaient le corporatisme, à savoir la répartition des terres
et la réduction considérable des crédits en faveur de l’agriculture. Le gouvernement
a fortement diminué les aides directes ainsi que les subventions indirectes à l’agriculture. L’agence étatique de régulation des prix agricoles (la Conasupo) a été
démantelée. En 1990, elle n’intervenait plus que pour le maïs et les haricots. Même
pour ces produits, son rôle a été depuis lors limité : alors qu’en 1993-1994 la
Conasupo achetait encore 23 % de la production de maïs, elle n’en achetait plus
que 12 % en 1998, et ce chiffre n’a cessé de décroître depuis
[29]. En outre, une
privatisation de taille fut réalisée en 1992, celle de l’entreprise qui produisait les
engrais à des prix subventionnés, dans un contexte où ce marché s’ouvrait à la
concurrence étrangère
[30]. La réforme de l’article 27 de la Constitution, entreprise
en 1992, a été l’une des mesures à l’origine de l’affaiblissement du corporatisme
agraire. Cet article réglementait en effet la répartition agraire ainsi que la forme
d’organisation des
ejidosune fois la terre repartie. Avec la réforme, les paysans ont
désormais la possibilité de vendre leurs terres (avec l’autorisation de l’assemblée
de l’
ejido). À moyen terme, cette réforme devrait donc faire disparaître le commissaire
de l’
ejido, clé de voûte historique du contrôle politique des paysans
[31].
La décentralisation a elle aussi été utilisée pour lutter contre le corporatisme,
bien qu’elle ait eu des finalités plus larges, comme la recherche d’une plus grande
efficacité des services sociaux dans l’éducation ou la santé, gérés au niveau local.
Au Mexique, la faiblesse traditionnelle des acteurs politiques locaux face au centre
étatique a fait dire à certains analystes que la décentralisation avait été mise en œuvre
pour maintenir le régime autoritaire. Il s’agissait d’adapter les structures locales et
régionales à la modernisation, ainsi que de contrôler le processus « naturel » de
décentralisation, envisagé comme une conséquence inéluctable de la globalisation
des États-nations
[32]. Mais l’un des buts non avoués de la réforme était de contrer
le syndicalisme corporatif de l’appareil administratif central, impossible à privatiser.
Avec la déconcentration des services éducatifs engagée pendant la deuxième moitié
des années1970, l’un des piliers du contrôle corporatif, le syndicat des enseignants,
a été atteint
[33]. Ce syndicat menaçait le régime en s’opposant aux réformes éducatives ; en outre, un important mouvement de dissidence émergeant en son sein
risquait de prendre le contrôle du syndicat et de devenir une force d’opposition au
gouvernement
[34].
L’affaiblissement du système corporatiste, les privatisations et la décentralisation ont eu pour conséquence de modifier le contexte politique et social qui
avait fait de la réforme électorale de 1977 un moyen de consolidation du régime
et du PRI. À partir de 1982, et plus précisément de la présidence de laMadrid, les
élections sont devenues véritablement compétitives; la nouvelle loi électorale n’a
plus servi à légitimer le régime ni à contenir la contestation. Les élites gouvernantes
pensaient pouvoir compenser le déclin du corporatisme et leur prise de distance
vis-à-vis du PRI en ralliant les classes moyennes et les entrepreneurs, susceptibles
d’adhérer à la nouvelle gestion de la crise économique. Mais, à la suite de la
nationalisation du système bancaire, une partie de ces groupes socio-économiques
qui avaient jusque-là soutenu le régime se sont ralliés au PAN, principal parti
d’opposition. Bien entendu, ce ralliement n’a pas été total ; mais il a été suffisant
pour faire la différence lors d’élections locales dans certaines communes ou dans
certains États fédérés. Le PAN a tiré profit de plusieurs caractéristiques de ces
régions : le sentiment d’avoir été exploité par le pouvoir central, identifié au PRI;
la faiblesse traditionnelle du corporatisme, du fait d’une population majoritairement urbaine et, dans les zones rurales, composée pour l’essentiel de petits propriétaires; une culture politique plus « civique », liée à l’importance de l’émigration
vers les États-Unis et à une tradition catholique militante ; une implantation
ancienne du PAN, même sous la forme de groupes très minoritaires
[35]. C’est ce qui
explique qu’à partir de 1982 ce soit surtout dans les États frontaliers des États-Unis,
ainsi que dans certains États du Centre-Ouest, que le PAN a commencé à gagner
des élections locales
[36].
Cette percée de l’opposition au niveau local a été considérée comme un échec
pour le gouvernement de laMadrid. Elle affectait la position des anciens leaders,
qui comptaient sur leur appartenance au PRI pour s’assurer le contrôle des postes
politiques
[37]. Ceux-ci ont dénoncé les intentions des nouvelles élites, notamment
le transfert de légitimité du dispositif corporatiste au système électif
[38]. Il en a
résulté des tensions au sein du PRI : pour éviter un effondrement de celui-ci,
susceptible de compromettre les réformes économiques, le gouvernement a été
amené à infléchir sa politique et à remettre en cause le processus de libéralisation
politique. Mais ces tensions ne se sont pas pour autant apaisées. Quelques années
plus tard, en 1990, elles ont en partie empêché le gouvernement Salinas d’éliminer les secteurs corporatistes de la structure du pouvoir territorial. Et, lors de
la présidence de Zedillo ( 1994-2000), elles ont même permis d’affermir l’influence,
au sein du PRI, des « politiques » sur les « technocrates » : les premiers ont réussi
à imposer aux seconds la nécessité d’une certaine ancienneté au sein du PRI pour
être investi comme candidat par ce parti.
La remise en cause de l’hégémonie électorale du PRI a atteint un niveau national
lors des élections présidentielles de 1988. Un an auparavant, le parti s’était scindé,
ce qui avait donné lieu à un affrontement entre le PRI, emmené par Salinas de
Gortari, et le PRD (Parti de la révolution démocratique), créé en 1989 par
Cuauhtémoc Cárdenas, fils de l’ancien président. Salinas deGortari ne doit en réalité
son élection qu’à de graves irrégularités. Moyen entrepreneur agricole de Sinaloa,
dirigeant de l’une des organisations patronales les plus radicales, la Coparmex, il
avait été l’un des principaux responsables de l’application des réformes économiques dans le gouvernement de laMadrid. Son concurrent, Cuauhtémoc Cárdenas,
était en fait le candidat le plus proche de la « famille » révolutionnaire. À la tête
d’une alliance de divers partis de gauche, il attirait de façon contradictoire les
secteurs corporatistes traditionnels demeurés au sein du PRI qui contestaient,
subrepticement, les politiques gouvernementales, une partie des ouvriers, des
paysans et des classes moyennes qui réclamaient un changement de politiques
économiques ainsi qu’une partie de l’électorat hostile au PRI. Cárdenas représentait
donc aussi bien des groupes qui souhaitaient le maintien des anciens équilibres politiques et sociaux que des groupes qui aspiraient à une rupture avec le système
antérieur. Cette combinaison de forces aurait logiquement dû lui faire remporter
l’élection présidentielle si celle-ci avait été transparente et régulière.
Ce scrutin a montré aux « technocrates » que, dans le cadre d’un système de légitimité électorale, ils n’avaient pas de base sociale suffisante pour se maintenir au
pouvoir. Aussi le gouvernement Salinas a-t-il décidé de changer de tactique. D’une
part, il a tenté de marginaliser le PRD, qui contestait au PRI le contrôle des
secteurs corporatistes, en se rapprochant du PAN. D’autre part, il a cherché à
remplacer le corporatisme par une nouvelle stratégie de contrôle de la base sociale
et électorale du régime fondée sur le clientélisme. Le programme « Solidarité »
a été au cœur de cette stratégie. Avec ce programme de lutte contre la pauvreté,
l’objectif était de contrecarrer le pouvoir des organismes corporatistes, des
bureaucraties qui leur étaient liées ainsi que des responsables locaux du PRI (les
gouverneurs et les présidents des communes) qui avaient acquis un pouvoir de
décision notable grâce aux précédentes politiques de décentralisation
[39]. Ainsi,
quand il a essayé de réduire le poids des corporations au sein du PRI, le gouvernement Salina s’est heurté à la résistance des acteurs corporatistes régionaux
[40]. Mais
« Solidarité » était également une tentative de restreindre l’influence des groupes
de l’opposition locale, en réduisant les ressources fédérales qui leur étaient allouées
par la décentralisation. À l’inverse de cette dernière, qui offrait un important
pouvoir de décision aux autorités locales, ce programme établissait une relation
directe entre les communautés locales et l’exécutif fédéral qui le gérait
[41].
« Solidarité » coïncidait avec la volonté d’orienter les politiques sociales dans
un sens néo-libéral : il s’agissait de remplacer les subventions globales et permanentes par des aides ciblées sur certains groupes de la population, afin d’éviter le
détournement des ressources par les dirigeants locaux et la corruption. Si, en
théorie, il devait profiter aux populations les plus pauvres, il a de fait bénéficié aux
groupes les plus structurés et les mieux informés, plus à même de s’organiser pour
capter les aides publiques
[42]. Mais ce « détournement » de finalité n’a pas été une
limite de ce programme, comme l’avancent certains analystes; il en a été l’un des
buts non avoués. Le dispositif visait en effet des populations en mesure de soutenir
activement l’opposition. Il a permis d’identifier et de coopter des leaders et des
groupes avec lesquels il était possible d’établir un nouveau système clientéliste.
Afin de combler le vide de représentation qu’allait inévitablement entraîner
l’affaiblissement à moyen terme du corporatisme syndical, l’un des objectifs du
gouvernement a été de remplacer le corporatisme politique, basé sur des organisations nationales, par un néo-corporatisme implanté au niveau micro-social
[43].
Le gouvernement Salinas s’est rapproché des syndicats les plus autonomes afin
d’essayer de nouer avec eux une relation moins marquée par la subordination que
celle qui prévalait avec les organisations officielles. Il a ainsi cherché à tisser des
liens avec des partenaires susceptibles d’appuyer sa politique de modernisation
économique, de contribuer à réduire l’influence des syndicats dans les entreprises
d’État et de s’opposer aux tendances contestataires, jamais exprimées ouvertement, des syndicats officiels. De même, dans le secteur agricole, le gouvernement
Salinas a réussi à sceller une alliance avec l’Union des organisations régionales des
paysans (UNORCA)
[44], le plus important des groupements indépendants des
années1980. Ce dernier réunissait des organisations locales qui avaient participé
à la redistribution des terres dans les années1970 et avaient lutté pour obtenir des
subventions, des aides à la production, de meilleures conditions de commercialisation et des prix plus élevés pour leurs produits.
Cette stratégie a porté ses fruits : aux élections de 1991, le PRI a obtenu la
majorité à la Chambre des députés. Elle a permis au gouvernement Salinas – allié,
dans ces circonstances, au PAN – de mettre en place les réformes constitutionnelles
qui allaient de pair avec le nouveau modèle de politique économique. Mais elle n’est
pas parvenue à relégitimer le régime ; au contraire, elle a contribué à l’affaiblir,
comme en témoigne la rébellion zapatiste qui s’est développée dans l’une des
régions ayant le plus bénéficié du programme « Solidarité ». En effet, outre son
caractère identitaire, cette rébellion est apparue comme une conséquence du vide
institutionnel créé par l’affaiblissement des anciens acteurs corporatistes. La contestation paysanne s’est radicalisée parce que les principales organisations corporatistes légales ont été incapables de gérer le déclin des politiques de réforme agraire
[45].
Les tentatives du gouvernement Salinas de transformer le PRI, tant dans ses
rapports avec les secteurs corporatistes qu’avec les pouvoirs locaux, a été à l’origine de tensions considérables. La violence politique s’est accentuée, comme en
témoigne l’assassinat du dauphin de Salinas, candidat du PRI à l’élection présidentielle de 1994. Cet événement inédit au Mexique depuis la consolidation du
régime, dans les années 1930, a révélé l’ampleur de la crise politique mexicaine.
Enoutre, alors que les groupes de guérilla avaient été éliminés dans les années1970,
la présence d’une nouvelle guérilla active a convaincu les différents partis politiques,
ainsi que des segments de la société civile réunis dans un réseau d’ONG nommé
« Alliance civique », que le pays, désormais, ne pouvait plus tolérer des élections
aussi opaques que celles de 1988. La question de la fiabilité et de la transparence
du scrutin a été placée au centre du débat public. Le Congrès, dominé par le PRI,
a voté une nouvelle réforme électorale instaurant une commission indépendante
chargée d’organiser et de superviser les élections : l’Institut fédéral électoral(IFE).
Même si son président n’est autre que le ministre de l’Intérieur, il préside un
conseil constitué de citoyens indépendants dans lequel le poids des partis traditionnels, et notamment du PRI, a été considérablement diminué
[46]. Cela n’a
pourtant pas empêché le PRI de remporter largement les élections de 1994, dans
un contexte marqué par la peur et par une forte déstabilisation du pays.
Fin de l’ancien régime et débutdu nouveau ?
Le gouvernement issu de ces élections, dirigé par Ernesto Zedillo, a abandonné
le projet de mutation du régime politique mexicain
[47]. Le programme « Solidarité »
a été remplacé par un autre (« Progresa »), plus conforme aux préceptes néo-libéraux : il vise en effet uniquement les individus et leurs familles et retire aux organisations communautaires le peu de pouvoir qui leur avait été « transféré » auparavant
[48]. Aujourd’hui, sous la présidence de VicenteFox, ce programme continue
à s’appliquer de manière presque analogue. Une seule évolution d’importance : pour
éviter les risques de détournement clientéliste des aides aux familles les plus
pauvres, on délivre désormais directement aux mères une carte bancaire, qu’elles
peuvent utiliser si elles fournissent la preuve que leurs enfants se rendent régulièrement à l’école et sont suivis par les services locaux de santé.
Le gouvernement Zedillo a renoncé à la volonté de renouer des alliances avec
les organisations syndicales et paysannes ; il est en grande partie revenu au type
de rapports qui existaient entre ces secteurs et le PRI à l’époque de la présidence
de la Madrid. Si bien que, en 1996, lors d’une convention du parti, les « politiques » ont gagné une nouvelle bataille contre les « technocrates ». Comme je l’ai
évoqué plus haut, les premiers ont réussi à imposer que le candidat aux élections
présidentielles ait au moins dix années de militantisme au sein du parti, qu’il ait
occupé un poste de direction et qu’il ait remporté au moins une fois une élection
populaire
[49]. Ces conditions retiraient au président sortant l’une de ses prérogatives
les plus importantes : celle de pouvoir désigner son successeur, puisque aucun des
ministres du cabinet Zedillo ne remplissait l’une de ces conditions. La décision de
la convention profitait ainsi avant tout aux hauts cadres du parti et aux gouverneurs
des États fédérés.
La crise économique et politique qui a accompagné les premiers moments du
gouvernement Zedillo a poussé ce dernier à nouer un pacte avec les trois partis les
plus importants. Son intention était peut-être d’aboutir à une transition de régime
négociée, mais il s’est heurté à des résistances au sein même de son propre parti :
le PRI n’a pas accepté certaines des exigences du PRD, qui réclamait notamment
l’éviction de son président, lequel avait été élu gouverneur du Tabasco dans des conditions très contestées. Un peu plus tard, le PAN s’est donc retiré quand le gouverneur du Yucatàn a été élu dans des conditions elles aussi douteuses. Néanmoins, ce
pacte a permis, en 1996, de transformer l’IFE en un organisme électoral totalement
indépendant du gouvernement, avec l’accord de tous les partis politiques et l’appui
décisif de l’Alliance civique. C’est l’une des raisons pour lesquelles, en 1997, pour
la première fois dans l’histoire récente du pays, le PRI a perdu la majorité à la
Chambre des députés et que, la même année, la ville de Mexico est passée sous le
contrôle du PRD. Plus encore, aux élections présidentielles de 2000, l’existence d’un
IFE indépendant, mais aussi la volonté de Zedillo de respecter le verdict des urnes
ont été des facteurs de la défaite du PRI et de la victoire de l’opposition.
On le voit, la transformation du système politique mexicain a plus été le fait de
la décomposition de l’ancien régime que d’une vision claire et d’une volonté explicite des nouvelles élites dirigeantes. Celles-ci ont plutôt essayé de résister aux
transformations et de gérer la crise, en cherchant à préserver le régime et l’hégémonie du PRI. Par ailleurs, la société mexicaine a été incapable d’effectuer un
travail sur elle-même : les transformations sociales n’ont pas été menées par des
acteurs sociaux autonomes, comme ce fut le cas au Brésil ou en Pologne. Certes,
le Mexique a connu des mouvements de contestation, comme l’Alliance civique ou
le zapatisme; mais ces mouvements n’ont pas joué de rôle décisif dans la chute du
régime. Les courants dissidents des mouvements ouvriers et paysans ont toujours
cherché l’appui du gouvernement. Ne remettant pas en cause le caractère corporatiste du régime, mais voulant au contraire s’y insérer, ils n’ont pas été en mesure
de se transformer en mouvements anti-système.
Le seul acteur social autonome qui se soit affirmé est le groupe des entrepreneurs. Ce groupe a joué un rôle décisif dans la victoire du PAN et l’élection de
VicenteFox à la présidence. Ce dernier a été élu sur un programme de revitalisation
du marché intérieur et d’aide aux petits et moyens entrepreneurs, ainsi qu’aux
petits propriétaires agricoles, qui avaient constitué une partie essentielle de ses soutiens. Mais le nouveau président n’a, jusqu’à présent, pas réussi à mettre en œuvre
les projets qu’il avait annoncés durant sa campagne électorale, ni à répondre aux
attentes de changement qu’il avait suscitées chez ses électeurs. En effet, le PAN n’a
pas la majorité à la Chambre des députés ni au Sénat. Pour accéder à la présidence,
Vicente Fox a donc dû s’appuyer sur les grands entrepreneurs, qui sont les principaux bénéficiaires de la politique économique engagée depuis une quinzaine
d’années, centrée sur l’ouverture vers les marchés extérieurs. Enoutre, le courant
sorti victorieux des élections présidentielles de 2000 ne représente qu’une partie
du PAN. Le président a donc besoin du PRI pour faire accepter sa politique par
le Congrès, alors même qu’il a été élu sur un programme de lutte contre la
corruption, à laquelle le PRI est largement identifié.
Le fait que la « transition » mexicaine ait surtout une origine électorale constitue
sa plus grande faiblesse. La transition n’a pas été concertée, comme ce fut le cas
dans des pays où il existait des forces sociales organisées en relation conflictuelle,
par exemple en Pologne ou, auparavant, en Espagne. Certes, l’alternance s’est
faite sans heurts. Mais cette absence de violence n’est pas due à l’existence de
négociations ; elle provient de ce que le système électoral a été accepté par tous
les partis, y compris lePRI. Si le changement de régime s’est opéré de manière pacifique, il n’a pas poussé les forces politiques en présence à négocier et à coopérer
pour gérer la « transition ». L’opposition attend aujourd’hui un échec du gouvernement de Fox pour reprendre le pouvoir. Celui-ci ne dispose pas d’une base
sociale solide et ne bénéficie même pas du soutien total de son propre parti.
Plusieurs réformes ont échoué du fait du blocage actuel entre la présidence et le
Congrès. Tel a été le sort d’une loi favorable aux communautés indiennes qui
aurait peut-être pu résoudre le conflit zapatiste au Chiapas, de la réforme fiscale
ou de l’ouverture de l’industrie électrique aux capitaux privés. Aucune de ces
réformes n’a abouti, ce qui a accentué l’impression d’impuissance politique du
gouvernementFox.
Une autre conséquence des formes prises par la « transition » au Mexique est
l’affaiblissement de la présidence, qui avait été la clé de voûte de l’ancien régime.
Le pouvoir politique s’est atomisé ; l’influence des caciques locaux ou régionaux
s’est renforcée, ce qui a donné lieu à une sorte de « féodalisation » du pouvoir politique
[50]. Si l’on ajoute à cela l’apparition, à la fin des années 1980, de groupes
criminels (trafiquants de drogue et « mafias » diverses), on peut craindre que la
situation mexicaine ne s’apparente, dans l’avenir, à celle de pays comme la Colombie
ou la Russie : celle de pays où, même s’il existe des règles démocratiques, les
conditions pour agir conformément à ces règles et pour imposer l’État de droit ne
sont plus réunies. La « part d’ombre » du pays ne cesserait alors de grandir.
Il existe cependant un scénario plus positif. Dans un pays historiquement dirigé
et contrôlé par le sommet de l’État, l’affaiblissement du pouvoir présidentiel et
l’importance croissante acquise par les pouvoirs législatif et judiciaire sont des
signes encourageants. Depuis1995, la Cour suprême peut fonctionner comme un
tribunal constitutionnel, ce qui lui a récemment permis de contester certaines
décisions de l’exécutif ou du Parlement. Ce pouvoir, pratiquement inexistant
pendant toute la période dominée par le PRI, pourrait devenir le moteur d’un
assainissement de l’appareil judiciaire, ce qui est, avec la pauvreté, le principal
problème auquel doit faire face le Mexique. De même, les médias ont acquis une
importance jusqu’alors inégalée ; certaines forces poussent les syndicats et les
organisations paysannes encore liés au PRI à une plus grande démocratisation
interne. Le gouvernement a adopté une loi créant une commission indépendante
de transparence de l’information. Il a également instauré une commission judiciaire
enquêtant sur les actes commis contre les étudiants en 1968 et contre la guérilla
durant les années 1970, qui pourrait faire la lumière sur les responsabilités de
certains hauts responsables du PRI, dont l’ancien président Echeverría. Une procédure est actuellement en cours contre des dirigeants du syndicat pétrolier, le plus
puissant du pays, visant à lever leur immunité parlementaire et à permettre un procès.
Tout cela pourrait aider à réduire l’emprise de la corruption, à défaire les liens entre
hommes politiques et mafieux, à limiter la délinquance et la criminalité ; bref, à
instaurer, au Mexique, l’État de droit
[51].
[1]
Les termes « bévéridgien » et « bismarkien » se réfèrent à deux types idéaux d’État providence. Le type « bévéridgien »
est basé sur le prélèvement général par l’impôt et vise à offrir une couverture universelle ; le type « bismarkien » est basé
sur des contributions déterminées à partir des statuts occupationnels et donne lieu à un système de couverture sociale
fragmenté par secteur social.
[2]
S. Gordon, « Del universalismo estratificado a los programas focalizados », dans M. Schteingart,
Políticas sociales para los
pobres en América Latina, Mexico, Miguel Angel Porrua, 1999.
[3]
L’
ejido est le nom donné au groupement qui gère les terres réparties à la suite de la réforme agraire. Comme la demande
de terre était collective (elle était formulée par un groupe de paysans), la propriété restait collective une fois acquis le droit
de ces paysans sur la terre. Même si la majorité des
ejidosétaient composés de lopins individuels, ceux-ci ne pouvaient être
vendus, mais seulement transférés par héritage.
[4]
Mendivil Ibarra,
Propiedad agraria y sistema político en México, Mexique, El Colegio de Sonora, 1989.
[5]
M. Gollás, « El gobierno en el desarrollo económico de México : 1980-1996 », Mexico,
Foro Internacional, n° 159,
janvier-mars 2000.
[6]
J.L. Mendez, « La política industrial », dans I. Bizberg et L. Meyer,
Historia contemporánea de México, Mexico, Océano
(àparaître).
[7]
J.L.Reyna, « Control político, estabilidad y desarrollo en México »,
Cuadernos del CES, n°3, Mexico, ElColegio de México, 1974.
[8]
A. Aziz et J. Alonso, « Votos, reglas y partidos », dans A. Aziz
etal.,
México al inicio del Siglo XXI : Democracia, ciudadanía
y desarrollo, Mexico, CIESAS-Porrua, 2003.
[9]
Ce parti a été crée en 1939, en opposition au gouvernement Cárdenas. Il contestait son caractère populaire et corporatiste et sa politique économique interventionniste.
[10]
J. Marques-Pereira et B. Théret, « Regímenes políticos, mediaciones sociales y trayectorias económicas. Algunas
enseñanzas regulacionistas de la divergencia entre las economías brasileña y mexicana desde los años setenta »,
Estudios Sociológicos,
nº50, Mexico, ElColegio de México, mai-août 1999.
[11]
S. Zermeño,
México, una democracia utópica. El movimiento estudiantil del 68, Mexico, SigloXXI, 1978.
[12]
M. Camacho Solís, « La huelga de Saltillo : un intento de regeneración obrera »,
Foro Internacional, 15 ( 3), 1975,
pp. 414-451, et K.J. Middlebrook, « Union Democratization in the Mexican automobile industry : a reappraisal »,
Latin
AmericanResearch Review, 24 ( 2), 1989, pp. 69-94.
[13]
C. Cansino,
La transición mexicana, 1977-2000, Mexico, Centro de Estudios de Política Comparada, 2000.
[14]
C. Alba, « Los empresarios en la transición política mexicana », dans R. Yunuen Ortega,
Caminos a la Democracia,
Mexico, El Colegio de México, 2001.
[15]
Eugenio Garza Sada, l’un des principaux entrepreneurs du pays, a été assassiné par la guérilla en 1973.
[16]
R. Tirado et M. Luna, « El Consejo Coordinador Empresarial de México. De la unidad contra el reformismo a la
unidad para el TLC ( 1975-1993)»,
Revista mexicana de sociología, LVII( 4), Mexico, UNAM, 1995.
[17]
R. Hernández Rodriguez,
Empresarios, banca y Estado. El conflicto durante el gobierno de José López Portillo : 1976-1982, Mexico,
FLCASO-Porrúa, 1988.
[18]
Le gouvernement suivant a presque aussitôt réintégré les avoirs non bancaires expropriés, mais les banques sont restées
entre les mains de l’État jusqu’aux privatisations du gouvernement Salinas( 1988-1994).
[19]
C. Alba Vega, art. cité.
[20]
L. Barraza et I. Bizberg, « El Partido Acción Nacional y el régimen político mexicano », dans J. Alonso, A. Asís et
J. Tamayo(dirs),
El nuevo estado mexicanoII : Estado y política, Mexico, Nueva Imagen, 1992.
[21]
Y. Misrahi, « La nueva oposición conservadora en México : de la radicalización política de los empresarios norteños »,
Foro Internacional, n° 130, Mexico, El Colegio de México, octobre-décembre 1992.
[22]
I. Rousseau
, Mexique : une révolution silencieuse ? Élites gouvernementales et projet de modernisation, Paris, L’Harmattan, 1999,
pp. 178-179.
[23]
B. Théret, « La mondialisation : phénomène subi ou stratégie d’État ?», dans
La mondialisation comme concept opératoire,
M.-C. Naves et C. Patou(dir.), Paris, L’Harmattan, Cahiers politiques, 2001.
[24]
De la Madrid,
Plan national de développement, cité par I. Rousseau,
op. cit.
[25]
J. Rogozinski,
La privatización en México. Razones e impactos, Mexico, Trillas, 1997, p. 120.
[27]
B. Ross Schneider, « La política de privatización en Brazil y México : variaciones sobre un tema estatal »,
Foro Internacional, Mexico, El Colegio de México, n° 121, juillet-septembre 1990.
[28]
I. Bizberg, « Le syndicalisme mexicain face à la mondialisation et à la recomposition du régime politique »,
La Revue de
L’IRES, n° 29, Paris, Institut de recherches économiques et sociales, hiver 1998-1999.
[29]
K. Appendini, « The challenges of rural México in an open economy », dans J.S.Tulchin et A. Selee,
Mexico at the Millenium,
BoulderCo. et Londres, Lynne Rienner, 2002.
[30]
J.Y. de la Fuente Hernández et J. Morales Valderrama, « Crisis rural y respuesta campesina : la comercializadora agropecuario de occidente », dans H.C. deGrammont,
Neoliberalismo y organización social en el campo mexicano, Mexico, Plaza y
Valdes, 1996, pp. 288-290.
[31]
A. Alvarado, « Entre la Reforma y la Rebelión »,
Foro Internacional, n° 143-144, Mexico, El Colegio de México, 1996.
[32]
E. Cabrero Mendoza, « La ola descentralizadora. Un análisis de tendencias y obstáculos de las políticas descentralizadoras en el ámbito internacional », dans E. Cabrero Mendoza,
Las políticas descentralizadoras en México ( 1983-1993). Logros
y desencantos, Mexico, Porrúa, 1998, pp. 44-47.
[33]
C’est actuellement le syndicat le plus important du pays, avec environ 1 400 000 membres (enseignants du primaire et
du secondaire).
[34]
A. Arnaut, « Le federalización educativa y el sindicato nacional de trabajadores de la educación », dans M. del Carmen
Pardo(dir.),
Federalización e inovación educativa en Mexico, Mexico, El Colegio de México, 1999.
[35]
M. Luna, R. Tirado et F. Valdes, « Los empresarios y la política en México », dans R. Pozas et M. Luna (dirs),
Las empresas
y los empresarios en el México Contemporáneo, Mexico, Grijalbo, 1989, pp. 21-88 ; A. Aziz Nassif,
Chihuahua : historia de una
alternativa, Mexico, CIESAS-La Jornada, 1994; et Y. Misrahi,
op. cit.
[36]
A. Lujambio,
El poder compartido, un ensayo sobre la democratización mexicana, Mexico, Océano, 2000, pp. 87-89.
[37]
J. Molinar Horcasitas,
El tiempo de la legitimidad. Elecciones, autoritarismo y democracia en México, Mexico, Cal y Arena, 1991,
p. 221.
[38]
C. Cansino,
op. cit., p. 146.
[39]
E. Cabrero Mendoza, « Las políticas descentralizadoras desde el ámbito regional », dans E. Cabrero Mendoza,
op. cit.,
pp. 111-115 et 167.
[40]
R. Hernández, « La historia moderna del PRI. Entre la autonomía y el sometimiento »,
Foro Internacional, n°160, Mexico,
ElColegio de México, avril-juin 2000.
[41]
E. Cabrero Mendoza,
op. cit., p. 164.
[42]
M. Geindreau, « El Progresa en el debate actual en torno a la política social », dans E. Valencia Lomelí, M. Geindreau
et A.M. Tepichín (dirs),
Los dilemas de la política social. Cómo combatir la pobreza, Guadalajara, Universidad de Guadalajara-Universidad Iberoamericana-ITESO, 2000, p. 421.
[43]
On éliminait, par exemple, le contrôle sur le vote des travailleurs, qui devenait de toute manière de moins en moins possible
avec l’accroissement de la concurrence électorale et la surveillance accrue.
[44]
N. Harvey, « Nuevas formas de representación en el campo mexicano : la Unión Nacional de Organizaciones Regionales
Campesinas », dans H.C. deGrammont(dir.),
op. cit.
[45]
Y. Le Bot et le sous-commandant Marcos,
Le rêve zapatiste, Paris, LeSeuil, 1977.
[46]
A. Aziz et J. Alonso,
op. cit.
[47]
RamirezSaíz, « Pobreza y participación ciudadana. Los planteamientos programaticos de Pronasol y Progresa », dans
E. Valencia Lomelí, M. Geindreau et A.M. Tepichín(dirs),
op. cit.
[48]
M. Geindreau,
op. cit., pp. 425-426.
[49]
J.A. Crespo, « La institución presidencial como eje de la transición política mexicana », dans R. Espinoza Toledo(dir.),
Presidencialismo, Mexico, UAM-IFE, 1996.
[50]
I. Bizberg, « Les transformations du pouvoir politique au Mexique »,
Cahiers internationaux de sociologie, vol. CVII,
Paris, 1999, pp. 429-455
.
[51]
Je tiens à remercier Jean-Louis Briquet et Bruno Théret, ainsi que les lecteurs anonymes de la première version de cet
article, pour leurs très utiles commentaires, qui m’ont permis de l’améliorer considérablement.