2003
Critiques internationales
Libéralisation économique et crise politique en Côte d’Ivoire
Bruno Losch
économiste au CIRAD. Il est l’auteur de nombreux travaux sur l’économie politique ivoirienne et a récemment coordonné une étude pour la DGCID du ministère français des Affaires étrangères sur l’impact de la libéralisation de l’économie ivoirienne. E-mail : losch@cirad.fr
Pouvez-vous nous restituer les principales orientations de la réforme de libéralisation du secteur agricole au cours des années 1990 en vous centrant sur la filière cacao ?
Avant de parler de la libéralisation, il est important de rappeler l’organisation antérieure du dispositif de gestion de la filière cacao. Âgé de près de cinquanteans, celui-ci avait été mis en place avant l’indépendance; il articulait une caisse de stabilisation,
qui gérait l’offre nationale ivoirienne, et des opérateurs privés, à l’origine essentiellement étrangers, mais qui se sont progressivement « ivoirisés ». La commercialisation intérieure était entièrement administrée par l’État, qui fixait les prix, et
les exportations étaient soumises à des quotas définis par la Caisse – c’est-à-dire par
le pouvoir politique– qui permettaient de répartir la manne cacaoyère entre les différents acteurs économiques, eux-mêmes parties prenantes du jeu politique. La grande
particularité du système ivoirien tenait à cet emboîtement complet de l’économique et du politique avec, en son centre, ce que j’ai appelé le « complexe cafécacao »
[1]. L’alliance passée peu avant l’indépendance entre Houphouët-Boigny,
père de la Nation et président omnipotent, et des entrepreneurs privés d’origine étrangère a reposé sur un arrangement : l’octroi aux firmes de certains avantages, notamment fiscaux, en échange de leur « compréhension » à l’égard de la cooptation, à
leurs côtés, de personnalités ivoiriennes (d’abord par le biais des conseils d’administration puis par l’entrée progressive dans l’actionnariat des sociétés, notamment
celles d’exportation du café et du cacao). Aumilieu des années 1980, juste avant que
la Côte d’Ivoire ne soit emportée par la crise de la dette et la chute des marchés internationaux, contrainte à l’ajustement structurel et à la libéralisation, ce système était
donc totalement verrouillé et le pouvoir politique pouvait jouer sur les quotas
d’exportation pour favoriser l’un ou l’autre des acteurs de la place.
Dès le début des réformes, les bailleurs de fonds ont eu dans leur ligne de mire
les jeux de pouvoir et les transactions financières autour de la manne café-cacao.
Lors de la première phase, celle de l’ajustement structurel
strictosensu et de l’assainissement financier, les privatisations et le désengagement de l’État n’ont pas
dépassé le stade de l’incantation, car le rapport de forces entre le national et l’international, et la posture d’Houphouët, permettaient de résister et d’opérer des
contournements permanents : parexemple en changeant le statut des entreprises
(passage de sociétés d’État à des sociétés d’économie mixte) ou en supprimant
certaines d’entre elles pour en créer immédiatement d’autres. L’épisode catastrophique de la « guerre du cacao »
[2], à la fin des années 1980, mit le pays financièrement à genoux et changea le rapport de forces : le gouvernement Ouattara eut
pour mission de passer au cran supérieur dans le processus de libéralisation, et notamment de s’attaquer, enfin, à la filière cacao. Les années1990 seront celles d’une lutte
pied à pied du pouvoir politique et des opérateurs privés ivoiriens pour résister au
démantèlement de la Caisse. Les choses se font petit à petit : on a d’abord la
remise en cause des quotas d’exportation, puis la libéralisation progressive de la
commercialisation intérieure (suppression du barème des prix puis du prix officiel
garanti aux producteurs) et, enfin, le rétrécissement des interventions de la Caisse
à l’exportation, ses autorisations de vente étant remplacées par un pseudo système
d’enchères. À chaque fois que l’État bénéficiera d’un ballon d’oxygène (dévaluation, reprise des cours), il y aura des retours en arrière. Mais, en 1999, la
suppression de la Caisse de stabilisation est inéluctable.
Ce bouleversement du jeu intérieur s’est trouvé démultiplié par la recomposition
simultanée du marché international du cacao, avec des synergies et des interférences
permanentes entre le jeu intérieur et le jeu international : on assiste ainsi à la lutte
acharnée des Ivoiriens pour tenter de conserver les rentes antérieures, mais aussi
à l’élaboration d’une stratégie offensive, avec le renforcement du secteur industriel
(du broyage de cacao) et de l’intégration verticale, grâce à l’alliance avec de grandes
firmes étrangères, qu’illustre parfaitement la trajectoire d’une société comme
SIFCA qui devient le fleuron du secteur.
Néanmoins, après avoir épuisé toutes les astuces pour freiner le processus, la libéralisation de la filière cacao est totale en août 1999, venant après celle du café en
1997. Et… clind’œil de l’histoire, le coup d’État survient au mois de décembre de
la même année.
Justement, ce qui est frappant, ce sont ces deux chronologies. Quelle articulation faitesvous entre la chronologie économique, avec le processus de libéralisation qui s’étend sur plus
d’une dizaine d’années, marquant l’essoufflement de l’économie rentière d’origine coloniale dès la fin des années 1970, et la chronologie politique, avec le coup d’État de 1999
sanctionnant un long processus de pourrissement, d’exacerbation des luttes factionnelles,
et de tensions agraires dans le Sud-Ouest ?
On ne peut pas dire, bien évidemment, que la fin de la Caisse explique le coup d’État.
Non
[3]. Il faut faire une relecture des années1990 à la lumière des choix des décennies
antérieures. Pour moi, ce qui est déterminant dans l’histoire économique et
politique de la Côte d’Ivoire indépendante, ce sont justement les options qui ont
été retenues avant, dans les années 1950, et qui sont remises en cause dans les
années1980. Ce qui débouche sur ce que j’appelle le « double déclassement » de
la Côte d’Ivoire.
Déclassement économique, tout d’abord, avec l’épuisement de la stratégie économique initiale, caractérisée, on l’a vu, par l’alliance avec les firmes étrangères mais
aussi par la poursuite des choix coloniaux, c’est-à-dire la spécialisation dans l’exportation de produits agricoles de base, qui retire toute marge de manœuvre au pays.
Ce positionnement a été longtemps payant puisqu’il a bénéficié de près de cinquante ans de protection relative, grâce aux garanties de rémunération qu’ont
offertes successivement le cadre douanier colonial (dès les années 1930), puis les
accords internationaux sur les produits de base ou encore les privilèges obtenus de
la Communauté européenne.
Mais, à partir des années 1980, à la suite des programmes de libéralisation et du
désengagement des États, les caisses de stabilisation et les offices de commercialisation sont partout démantelés. Parallèlement, les firmes du négoce et de l’industrie
entament des restructurations de grande ampleur qui donnent naissance à des
« géants » mondiaux. L’oligopole d’États-nations est remplacé par un oligopole de
firmes. Et la Côte d’Ivoire et sa Caisse se retrouvent face à des acteurs d’une autre
nature. Engluée dans son complexe café-cacao, otage des compromis économicopolitiques rentiers et paralysée par un pouvoir présidentiel vieillissant, la Côte
d’Ivoire perd des occasions de s’adapter à la nouvelle donne. La « guerre du cacao »,
de 1987 à 1989 (avec l’arrêt des exportations par Houphouët-Boigny), en est un symbole : elle a été perdue à cause de la sous-estimation du nouveau rapport de forces.
Le second déclassement est géopolitique. La Côte d’Ivoire avait bénéficié, du
fait de ses options libérales et pro-occidentales et de son rôle de vitrine et de relais
de la France au sud du Sahara, d’un statut privilégié. La fin des années 1980 sonne
aussi, avec la fin de la guerre froide, la remise en cause de cet ordre géopolitique
antérieur dans lequel la Côte d’Ivoire avait été maintenue dans une bulle (économique, financière, institutionnelle, politique). Mais il y avait aussi la stature
d’Houphouët : il suffit de rappeler que la dévaluation du franc CFA, qui symbolise ce déclassement, n’a eu lieu qu’après le décès du « Vieux », qui lui était fondamentalement opposé.
La conséquence de ce double déclassement est l’érosion des marges de manœuvre
du pouvoir politique, la perte de ses différents leviers de régulation économique
et sociale. Elle se traduit par la remise en cause des compromis fondateurs de
l’État national ivoirien entre le pouvoir politique et, d’une part les planteurs, de
l’autre les entreprises étrangères. Ce double compromis comptait des arrangements connexes qui, eux aussi, ont été malmenés : avec les travailleurs migrants
(possibilités d’accès à la terre, aux soins, au vote), avec les autochtones du Sud
(acceptation des migrants, accès au foncier facilité par les perspectives d’ascension
sociale, par l’école et l’emploi salarié, dans la fonction publique et le secteur privé),
avec une petite bourgeoisie émergente issue de la fonction publique (qui bénéficiait
d’avantages divers, tels que des indemnités et des logements).
La réduction des marges de manœuvre dans les années 1980, qui s’aggrave drastiquement au début des années1990, va se traduire par des ruptures et une série de
revendications : des revendications catégorielles, liées à la suppression des avantages
acquis par les enseignants, les médecins, les fonctionnaires en général et les « corps
habillés » (militaires, douaniers… ); mais aussi des revendications à caractère régional
consécutives à l’assèchement des politiques de rééquilibrage; et, enfin, des revendications politiques marquées par la contestation, au sein du parti unique, des
jeunes générations face à un pouvoir présidentiel vieillissant. Tout cela cause le
mécontentement d’une grande partie de la population : les « gens du Nord » se
sentent délaissés, les « autochtones du Sud » ont le sentiment d’être les dupes d’un
projet d’ascension sociale qui ne fonctionne plus. Il faut bien garder à l’esprit que
le revenu moyen par tête est divisé par plus de deux entre 1980 et 2000 !
Donc, les années 1990 inversent ces processus et érodent les mécanismes permettant les
compromis sociopolitiques. Quelles stratégies les Ivoiriens vont-ils alors déployer face à
cette crise multiforme ? Comment les opérateurs nationaux, notamment, qui avaient engagé
une stratégie d’industrialisation et d’intégration, réagissent-ils ?
La libéralisation progressive de la filière cacao et la remise en cause des quotas
d’exportation font disparaître ce que l’on appelait les « quotataires politiques », poussant à une concentration au profit des groupes industriels déjà installés, des
étrangers mais aussi de quelques Ivoiriens qui se sont imposés dans le jeu économique local. Ces recompositions sont accélérées par les privatisations, qui donnent
des opportunités sans précédent aux firmes nationales proches du pouvoir, les
mieux placées pour se partager les dépouilles de l’État. Mais ces firmes nationales
font aussi le choix, contraint par le nouveau rapport de forces international, des
alliances avec les grandes firmes étrangères. En effet, à partir du moment où l’accès
à la rente cacaoyère n’est plus garanti par les quotas de la Caisse, où le système de
caution et de garantie du financement de la commercialisation par l’État n’existe
plus, les firmes ivoiriennes ont un besoin crucial de liquidités, faute de pouvoir
s’appuyer sur un système bancaire solide et prêt à prendre des risques. Inversement,
les firmes étrangères (broyeurs et négociants), qui n’ont plus de garantie d’accès
à la production ivoirienne en raison de la disparition des quotas et du démantèlement progressif de la Caisse, ont – elles aussi– intérêt à s’allier avec des firmes locales.
Cet intérêt réciproque repose sur l’échange de l’accès aux financements internationaux (grâce à l’adossement aux grands groupes mondiaux) en contrepartie de
l’accès au cacao ivoirien qui, il faut le rappeler, constitue désormais 45% de l’offre
mondiale. Parallèlement, les firmes ivoiriennes élaborent une véritable stratégie
industrielle pour gagner des marges de manœuvre sur des marchés internationaux
de plus en plus compétitifs, s’appuyant sur un effort d’intégration verticale et de
réponse plus adaptée aux nouvelles exigences de qualité des chocolatiers. On
assiste, d’une part, à une stratégie de développement du broyage en Côte d’Ivoire
(il s’agit d’exporter non pas des fèves mais du beurre de cacao) et, d’autre part, à
une stratégie de développement en aval visant à bénéficier d’un meilleur positionnement sur le marché. L’entreprise la plus performante à cet égard est SIFCA,
qui se structure en holding – SIFCOM – à l’occasion des privatisations et devient
un groupe complètement ivoirien au tournant des années1990. Fondée en 1957-1958 par des capitaux français (Tardivat), SIFCAa été progressivement grignotée
de l’intérieur par des capitaux ivoiriens, au terme d’un jeu complexe d’actionnariat
croisé et de manœuvres politiques. En 1992, elle passe ainsi entièrement sous
contrôle local, avec Bédié (qui n’est pas encore président) et quelques ténors politiques comme principaux actionnaires. SIFCA investit alors en aval, créant une unité
de production de beurre de cacao liquide en France, à Dunkerque (Nord Cacao),
et rachetant une fabrique de poudre de cacao espagnole (Incresa). On a là une stratégie industrielle effective, exceptionnelle en Afrique, de la part d’une entreprise
devenue totalement ivoirienne, qui va jusqu’à des investissements en Europe.
SIFCOM profite simultanément de sa position économico-politique particulière
(surtout après l’accession de Bédié au pouvoir) pour « rafler » de nombreuses
opportunités offertes par la privatisation de l’économie ivoirienne, dont elle rachète
plusieurs fleurons agro-industriels, ou pour récupérer les dépouilles de certains de
ses concurrents locaux comme JAG, deuxième exportateur ivoirien, détenu par l’un
des golden boysdes années 1990, François Bakou. Le groupe se constitue alors un
empire conséquent, au point qu’en 1999 SIFCAétait devenue le premier groupe
agro-industriel africain (hors Afrique duSud). SIFCOMassure aussi sa croissance
par la diversification (à travers sa filiale Comafrique) vers d’autres secteurs, comme
l’import-export, la pharmacie ou le rachat d’entreprises privatisées, notamment les
télécommunications ivoiriennes en partenariat avec France Telecom.
Pour revenir à votre question initiale, on peut dire que la disparition annoncée
de la Caisse, en signifiant la perte, pour le pouvoir politique, de la possibilité de
faire de « gros coups » (par les quotas et le déblocage des ventes aux favoris du
régime), a conduit la classe politique à se repositionner, de l’appareil d’État vers
le nouveau secteur privé libéralisé. Jusqu’à sa fin, la Caisse interviendra dans le jeu
politique local, mais désormais en synergie avec les grosses firmes ivoiriennes qui
contribuent au financement des campagnes électorales, ainsi que des mouvements
bédiéistes comme LeJardin Réveil.
On se trouve donc, avec SIFCA-SIFCOM, en présence d’un Goliath, premier
exportateur de cacao du monde. Mais un Goliath aux pieds d’argile car, en termes
de capacité de trésorerie, le groupe dépend de financements extérieurs qui sont facilités par ses alliances externes, notamment avec le broyeur hollandais De Zaan
contrôlé par l’américain Grace Cocoa. On pourrait expliquer l’effondrement du
capitalisme industriel ivoirien par l’absence de capitalisme bancaire local. SIFCA
bute tout simplement sur des problèmes de financement. Tant que Bédié, en tant
qu’actionnaire, et la Caisse servaient de caution sur les marchés internationaux, tout
allait bien. Mais, avec la disparition de la Caisse et, surtout, avec le coup d’État de
décembre 1999, SIFCA perd ses appuis structurels. Dès 2000, SIFCA, qui a par
ailleurs opéré de mauvais positionnements sur le marché, se trouve en porte-à-faux,
d’autant plus que le jeu des stratégies industrielles mondiales l’ont entre-temps desservie. GraceCocoa, qui avait renforcé sa participation au tour de table en 1996,
est en effet passé à la même époque dans l’escarcelle d’une autre société américaine
(ADM), devenue rapidement le premier broyeur mondial. Pour sortir de son
étranglement financier, SIFCA doit alors se désengager et vendre ses actifs industriels dans le cacao. Et c’est ADM, principal actionnaire minoritaire, qui rafle la
mise. La plupart des autres grandes firmes ivoiriennes ont subi un sort identique :
surendettement et rachat. Aujourd’hui, les trois plus grands broyeurs mondiaux sont
installés en Côte d’Ivoire et contrôlent les exportations ivoiriennes.
Il y a donc remplacement du régime néo-mercantiliste, au centre duquel on trouvait la Caisse
de stabilisation, par un oligopole privé étranger. Quel est le lien entre le déclin du capitalisme
ivoirien et l’exacerbation du nationalisme économique qui s’exprime à travers des attaques
contre Bouygues ou Bolloré, et va de pair avec un certain nationalisme politique qu’incarnent
un courant du parti de Gbagbo et les « jeunes patriotes » ?
Curieusement, ces réactions nationalistes s’expriment surtout vis-à-vis des firmes
françaises, alors même que les grands exportateurs de cacao sont américains ou européens (franco-alémano-suisse dans le cas de Barry-Callebaut). La prise de conscience,
dans le secteur cacaoyer, du pouvoir considérable de ces grands exportateurs s’est
traduite par la volonté des autorités politiques de mettre en place des institutions
de « gouvernance » privée pour tenter de leur faire contrepoids. Mais, paradoxalement, ce ne sont jamais ces firmes qui sont montrées du doigt quand on veut mettre
en avant la domination étrangère : ce sont systématiquement les entreprises françaises, et principalement Bouygues et Bolloré. Je manque d’éléments pour affirmer
que cette dénonciation s’explique par le fait que ces deux entreprises ont bénéficié
de privatisations quand Ouattara était Premier ministre. Mais le constat est troublant. À l’époque, déjà, une grande campagne avait été orchestrée contre la libéralisation à outrance (instrumentalisée par Bédié) et la privatisation au pas de
charge de l’eau et de l’électricité au profit de Bouygues. Cette entreprise était
alors devenue l’épouvantail, symbole à la fois d’une perte de contrôle national sur
les services de base et d’un bradage par quelqu’un de clairement identifié sur
l’échiquier politique. De même, Bolloré avait largement accru son contrôle dans
le domaine des transports, puis dans les plantations industrielles. Ce sont les
premières privatisations, très visibles ; on en a beaucoup parlé, car c’était un
phénomène nouveau en Côte d’Ivoire à l’époque. Les recompositions du secteur
du cacao, en revanche, ont été d’une telle complexité qu’elles ont été plus difficiles
à saisir. La presse locale n’a jamais sérieusement investi ce sujet. Enoutre, dans les
années 1990, tout ce qui s’est joué autour de Bakou et de SIFCA était tellement
politique que, finalement, on en parlait relativement peu. Il était très facile pour
Bédié de faire parler sur Bouygues, car « Bouygues, c’était Ouattara ». La crispation
nationaliste utilise aujourd’hui le bradage de l’économie nationale, mais, curieusement, on ne cite pas le secteur stratégique de l’économie ivoirienne : celui du cacao.
Comment cet oligopole d’opérateurs privés fonctionne-t-il aujourd’hui en liaison avec les
opérateurs politiques ?
Pour être honnête, il m’est difficile de répondre étant donné l’extrême instabilité
dans laquelle on est depuis2000. Il y a d’abord eu une période de transition, pendant laquelle les réformes institutionnelles se sont théoriquement mises en place.
Du fait du caractère stratégique de la filière, les Ivoiriens ont réussi à obtenir des
bailleurs de fonds la mise en place d’un dispositif de « gouvernance » privé, avec
la création de plusieurs institutions : une autorité de régulation, société d’État qui
ne dispose d’aucun pouvoir d’intervention direct mais vérifie le respect des règles
de concurrence et supervise les agréments des exportateurs; une « bourse du cafécacao » qui est en réalité une autorité de régulation des exportations ivoiriennes;
un fonds de régulation et de contrôle censé mettre en place un système de stabilisation intra-annuel qui permette d’offrir un prix de campagne indicatif et de
sécuriser l’environnement des producteurs ; un fonds de promotion de développement de la caféiculture et de la cacaoculture; et, enfin, un fonds de garantie pour
les coopératives. Tous ces nouveaux organismes, créés dans des conditions politiques
difficiles, ont une gestion privée, avec un conseil d’administration.
Justement, par qui sont nommés ces conseils d’administration ?
On est, là, dans le clair-obscur le plus total ! Il y a bien quelques représentants de
l’État, mais les membres sont dans l’ensemble nommés par les opérateurs privés.
Dans chacune de ces instances, on trouve des représentants des banques, des
exportateurs et des « planteurs ». Ce qui pose biensûr la question du « comment
on représente les planteurs » ! Au terme d’un jeu subtil, l’année 2000-2001 a vu
l’apparition providentielle de l’ANAPROCI (Association nationale des producteurs
de café-cacao de Côte d’Ivoire, dont les membres ont été, de fait, cooptés par
l’État sur une base régionale), auto-promue par le ministère de l’Agriculture
comme l’interlocutrice représentative des planteurs. C’est donc l’ANAPROCI
qui a désigné des représentants dans les conseils d’administration, souvent (mais
non exclusivement) d’anciens fonctionnaires reconvertis : bel exemple de l’adaptation de la « société civile » à la libéralisation !
Qui a le pouvoir dans ces organismes ? Y retrouve-t-on la domination des intérêts étrangers ?
Non. Dans tous ces organismes, ce sont toujours les « planteurs » qui ont le
pouvoir. Les autres sont minoritaires : les banques et les exportateurs, autrement
dit les grandes firmes internationales, sont plutôt en position de devoir subir, en
soupirant, les turpitudes et ce qu’ils doivent considérer comme du folklore local.
Ils sont un peu les otages de ces institutions qui marchent très mal. Tous ces organismes sont alimentés par des prélèvements autoritaires sur la filière : en plus des
droits d’enregistrement et de sortie, qui restent très importants ( 220 FCFA/kg),
une contribution automatique est versée aux différents fonds gérés officiellement
par ces conseils d’administration, donc de façon totalement privée. Les sommes
en jeu sont « significatives » : sur la campagne 2001-2002 et les trois premiers mois
de la campagne suivante, l’ensemble de ces ponctions s’est élevé à 580 milliards de
francsCFA ( 884 millions d’euros), dont 400 pour l’État et 180 pour ces organismes
de gestion, soit un montant équivalent à l’ensemble des concours extérieurs attendus
par le gouvernement dans le budget 2002 ! On est dans un clair-obscur… plutôt
obscur, car tout cela se passe dans un contexte politique d’une mouvance totale.
Ces organismes fonctionnent très mal : ils n’ont pas de comptes, pas de budget.
On ne sait pas grand-chose sur eux, mais ce dont on est certain, c’est que le prix
des jetons de présence aux conseils d’administration est élevé : 500000 francsCFA
par séance et 800000 francsCFA hors Abidjan… On comprend que la plupart des
réunions aient lieu à Bassam ! S’il y a vraiment des planteurs d’origine, en quelques
séances, ils ont complètement changé d’univers ! Autre exemple : le fonds de régulation et de contrôle n’a jamais vraiment été mis en place; mais, comme on voulait
tout de même prélever pour la stabilisation, une réserve prudentielle, avec un
compte séquestre ouvert à la BCEAO, a été instituée pour recevoir les prélèvements.
Or, il a été révélé que des transferts de ce compte-séquestre vers la Caisse autonome d’amortissement lui avaient notamment permis de rembourser une partie de
la dette extérieure de la Côte d’Ivoire. Sans vouloir être médisant, on peut sans doute
trouver là l’explication du mutisme de certains bailleurs de fonds face aux malversations évidentes et à l’échec de la gouvernance privée.
Donc le syphonage continue, mais désormais sur un mode privé…
Privé et beaucoup plus anarchique, car cela part dans tous les sens. Le Fonds de
promotion de la caféiculture et de la cacaoculture prélève 35 francs CFA/kg sur
1 250 000 tonnes annuelles, ce qui représente des sommes considérables. Ce
pactole tout à fait significatif a servi à beaucoup de choses. Par exemple, les
membres du conseil d’administration de l’ANAPROCI ont décidé de créer une
société, l’ANAPROCI-SA ! Ce n’est pas l’association qui en est actionnaire, mais
les membres de son conseil d’administration en tant que personnes physiques.
Or, ANAPROCI-SA a bénéficié d’une dotation du Fonds de promotion pour
racheter, sans intérêt commercial ou industriel, certains actifs de… SIFCA qui
n’avaient pas été repris par ADM. Pour cette opération, une nouvelle société a vu
le jour (SIFCA-Coop), qui a racheté des usines dont personne ne voulait. Ce qui
permet en fait de redonner de la trésorerie et de la marge de manœuvre aux actionnaires historiques de SIFCOM. Il y a donc bien toujours une utilisation de la
manne cacaoyère, mais les jeux sont encore plus opaques qu’auparavant, lorsqu’on
se trouvait dans un univers relativement bordé. En référence à l’alliance braudélienne du prince, du marchand et du malfrat à la base de l’émergence du capitalisme, on peut dire qu’aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, le prince est bien affaibli
alors que le malfrat prospère !
Est-ce que le prince, ou ce qui en tient lieu, c’est-à-dire Laurent Gbagbo, est arrivé à prendre
pied dans la filière ? Et, question subsidiaire, Bédié est-il totalement sorti de ce qui reste de
l’empire SIFCOM ?
Certes, SIFCOM a perdu ses fleurons (SIFCA et Unicao), mais tout le reste est
là, et les actionnaires aussi. Il est très difficile d’obtenir des informations de ce genre,
mais je n’ai eu aucun écho selon lequel Bédié aurait été expulsé du tour de table.
Il n’y a aucune raison à cela.
Mais peut-on voir l’ANAPROCI comme une émanation du pouvoir de Gbagbo ?
Non, c’est beaucoup plus complexe et chaotique. Il y a certes eu une volonté du
pouvoir politique, qui a pris conscience que, avec la disparition de la Caisse, la filière
stratégique passait complètement sous contrôle étranger.
Qui en « a pris conscience », concrètement ?
Plus que la tête du pouvoir politique, je pense que c’est la superstructure – c’est-à-dire des responsables des ministères, des directeurs techniques, ainsi que les patrons
de PME exportatrices liées à ces fonctionnaires. Ils se sont dit qu’il fallait absolument un contre-pouvoir à ces gros opérateurs privés étrangers. Or, le contre-pouvoir, ce sont des organisations professionnelles et des structures de « gouvernance » privée qui permettent d’agir. La Côte d’Ivoire paie la facture de ses choix
précédents et de sa négligence permanente envers la représentation professionnelle. On peut même aller plus loin : Houphouët a toujours tout fait pour qu’il n’y
ait aucune représentation professionnelle. Et, pendant les dixannées de libéralisation,
rien n’a été entrepris en la matière. Quand tout s’est effondré, en 2000, on s’est
retrouvé, avec les trois géants mondiaux du broyage, face à des organisations professionnelles qui n’en ont que le nom. La volonté de la superstructure s’est donc traduite par la création de cette ANAPROCI, montée de toutes pièces et dotée de tous
les pouvoirs. De son côté, l’ANAPROCI joue un jeu autonome; elle n’a pas de relation directe avec le pouvoir politique actuel. D’autant que Gbagbo est totalement
étranger à cette histoire et à ses intrigues. Gbagbo est « tout neuf » dans cet univers.
Mais il y a un paradoxe, il vient tout de même d’une région cacaoyère ?
Oui, mais il a pleinement bénéficié du compromis historique et du système
Houphouët. Il est issu de ce milieu qui, au lieu d’investir dans l’agriculture, a clairement opté pour la scolarisation, et son ascension sociale a été fulgurante : il est
devenu professeur d’Université et président de la République ! Mais, du coup, il est
étranger au jeu d’intrigues qui s’est tissé lentement, sur une quarantaine d’années,
en Côte d’Ivoire : c’est l’outsider qui gagne par militantisme et par l’incapacité de
ceux qui étaient au cœur du complexe à se repositionner dans ce contexte de déclassement et de recompositions internationales. Gbagbo a driblé tout le monde en 2000.
Personne ne pariait sur lui au moment du coup d’État de 1999.
On aurait donc un FPI populiste, nationaliste, enraciné dans le Sud-Ouest cacaoyer, mais qui
ne serait pas un parti agraire ?
Oui, le FPI est essentiellement un parti de villes, même s’il s’est développé rapidement dans certaines zones rurales à la faveur de la crise, principalement dans les
anciennes zones cacaoyères. Toutes les recompositions des deux dernières années
se font avec de nouveaux protagonistes politiques qui n’ont pas la culture des
intrigues cacaoyères, même si leur apprentissage est rapide. L’ANAPROCI, on l’a
vu, est née de la volonté du ministère de l’Agriculture de créer des contre-pouvoirs
et de la « gouvernance » privée qui soient contrôlés par les producteurs. En pratique, on a utilisé l’appareil d’État, c’est-à-dire que l’on a demandé aux préfets et
aux coopératives de donner le nom de deux personnes par département, et le tour
était joué. Il n’y a pas eu d’élections. Ses membres devaient, théoriquement, être
renouvelés lors d’élections générales, mais celles-ci n’ont jamais eu lieu. L’un des
principaux protagonistes m’a donné une image suggestive du processus : « Le
gouvernement a frotté sur la lampe d’Aladin et en a fait sortir l’ANAPROCI. Mais,
maintenant que l’ANAPROCI existe, il n’arrive pas à l’y faire rentrer. » Les membres
de l’ANAPROCI, quelques vieux planteurs mais aussi des cadres reconvertis, jouent
de fait un jeu autonome; ce qui n’exclut pas, bien évidemment, des alliances et des
relais. Par exemple, le Fonds de promotion a été utilisé pour soutenir l’effort de
guerre : un chèque de 10 milliards de francsCFA a été remis en grande pompe devant
la presse au président Gbagbo par son président, Henri Amouzou, ancien membre
d’un syndicat d’opposition qui était lié au FPI. Là, effectivement, il y a une
connexion. De même, l’absence de réaction de l’ANAPROCI dans l’histoire du
transfert de la réserve prudentielle à partir du compte-séquestre à la BCEAO
montre bien ses liens avec certains hauts dignitaires du régime. Mais la structure
de contrôle n’est plus la même qu’auparavant ; il y a désormais des connexions
d’opportunité, du bricolage – un bricolage qui rapporte.
Cela dit, la rente cacaoyère n’est-elle pas compromise par la guerre civile et par la crise, qui
conduit à une baisse de la qualité ?
Pour l’instant, la « Côte d’Ivoire utile », celle du cacao, est peu affectée. Le cacao
« sort » du pays et, du coup, la situation macro-économique, qui bénéficie de la
hausse des cours induite par le conflit, est plutôt bonne – à court terme– pour un
pays en guerre. Quant à la baisse de la qualité, il n’y a là rien de significatif et, à la
limite, les principaux acheteurs s’en moquent. Actuellement, on assiste à une certaine normalisation des standards de qualité au niveau international. L’important,
pour les broyeurs, est d’avoir une garantie d’approvisionnement qui leur assure une
quantité homogène et une régularité dans les assemblages et la fourniture des
chocolatiers. Et leur objectif est de ne pas payer plus cher que leurs concurrents.
Le problème de la qualité est secondaire, sauf pour certains chocolatiers « haut de
gamme » qui ont des filières d’approvisionnement spécifiques.
Mais la guerre civile traduit une exacerbation du conflit politique et social. Comment le
conflit politique s’est-il articulé avec le conflit social ? La crise économique a entraîné la
rurbanisation du Sud-Ouest et le retour des jeunes dans les villages, des jeunes qui ont
alimenté ces tensions sociales...
Pour l’anecdote, certains ont essayé d’établir un lien direct entre la rébellion et le
cacao en affirmant que les grandes firmes de cacao avaient financé les opérations
de déstabilisation; c’est l’affaireAmajaro. Je n’y crois guère, même si une opération
spéculative comme celle-là a effectivement pu servir à mobiliser des fonds… En
revanche, plus structurellement, je ne pense pas qu’il y ait de lien direct avec le
déclenchement de la rébellion. Aujourd’hui, celle-ci est cantonnée dans le Nord
et dans l’Ouest. Elle n’affecte pas la zone cacaoyère à proprement parler; elle est
concentrée dans la région de Man, qui est l’une des rares régions à dominante
caféière, et aux abords de la frontière libérienne, où il y a certes du cacao, mais rien
de stratégique par rapport aux grands volumes des récoltes ivoiriennes. Il y a bien
eu une poussée de fièvre lorsque les rebelles ont pris Daloa, mais elle a été de
courte durée. Le risque serait qu’ils prennent le port de San Pedro, qui écoule 40%
de la production ivoirienne.
Il y a néanmoins un lien indirect. Car ce qui se passe aujourd’hui ne peut se comprendre qu’au regard des délitements successifs, de l’érosion des anciennes régulations politiques et de la rupture d’un certain nombre de compromis historiques.
Notamment la disparition de certaines contreparties à caractère régional et catégoriel, par exemple dans l’armée. Les populations du Nord ont exprimé leur raslebol : elles sont, depuis la fin des années fastes et la disparition d’Houphouët, marginalisées par rapport à un activisme de Bédié directement impliqué dans l’affairisme
cacaoyer et industriel. De même, les « corps habillés » ont vu leurs conditions de
rémunération se dégrader. Là où il y a concomitance, c’est entre le déclassement
international du pays, qui se traduit par une rupture des compromis essentiels, et
l’essoufflement du modèle de croissance basé sur l’exportation de produits de base.
L’économie de plantation s’est construite sur un processus d’exploitation extensive
de la forêt, en allant toujours plus loin vers l’Ouest. Or, dans les régions les plus
anciennes, le vieillissement des vergers nécessitait de replanter. La replantation est
aléatoire, coûteuse, demande de la main-d’œuvre et se traduit par une période de
perte de revenus extrêmement importante. Cet essoufflement du modèle a été
plus sensible dans des zones comme le Centre-Ouest, où la stratégie « urbaine »
qui avait été adoptée ne fonctionne plus, où les jeunes n’ont plus de perspectives
d’ascension sociale alors que l’accès à la terre leur est désormais difficile. Les
jeunes déscolarisés qui retournent au village n’ont aucune marge de manœuvre :
les terres ont été attribuées à des « étrangers », les vieux planteurs ne veulent pas
céder la place. Il y a un vrai problème de générations en Côte d’Ivoire. Il faudrait
réfléchir à la question du transfert inter-générationnel du patrimoine, dans le
secteur agricole et cacaoyer en particulier. Or, cette question n’a jamais été abordée.
Ce blocage des jeunes générations est un terreau tout à fait favorable au développement de la problématique xénophobe.
La libéralisation ne s’est pas forcément traduite par des résultats négatifs, mais
par un contexte d’instabilité qui alimente un sentiment d’insécurité aussi bien sur
le plan politique (le délitement de l’État, le développement de l’impunité, une
police qui fonctionne mal… ) que sur le plan économique (on ne sait pas quel sera
le prix du cacao demain, combien de tonnes vont être enlevées, et, de plus en plus,
si les cargaisons ne vont pas être attaquées). Il y a une perte des repères. La population ivoirienne, et notamment les jeunes, a le sentiment d’être dans une impasse,
de s’être fait duper par les politiques. Tout cela se traduit par un repli sur des
logiques identitaires, c’est-à-dire par une défiance générale vis-à-vis du politique
national et par un repli sur des logiques de proximité où, souvent, les rhétoriques
d’exclusion servent de référentiel et d’argumentaire.
Y a-t-il une différence régionale dans la gestion de ces tensions sociales ?
Oui. Dans le Sud-Est, les instances de régulation sociale ont dans l’ensemble
mieux fonctionné et encadré les populations, alors que le choc était comparable.
Les chefferies akan sont de vraies chefferies, avec une structuration solide. Les
Baoulé, poussés par Houphouët à la conquête de la forêt à cacao, n’ont pas pu aller
en pays agni; ils se sont installés là où c’était le plus facile, c’est-à-dire en pays bété,
par exemple, où l’organisation traditionnelle n’était pas aussi structurée. En fait,
Houphouët a poussé les Baoulé dans le ventre mou de la Côte d’Ivoire. La différence, aujourd’hui, tient au fait que, dans le grand pays agni, la structuration
sociale est restée beaucoup plus cohérente et solide qu’ailleurs.
Et que se passe-t-il en pays baoulé même ?
C’est difficile à dire, car le pays baoulé est aujourd’hui essentiellement situé en zone
rebelle. On manque de recul. Ce que l’on peut constater, toutefois, c’est qu’en moins
de deux ans de nouvelle présidence, cette région, qui était intimement liée aux deux
premiers présidents, s’est retrouvée en zone rebelle. Il est très probable que le
problème des « étrangers » cache aujourd’hui la question baoulé. Tout est en place
pour que cette question se pose aussi.
Il y aurait en fait une double question baoulé, celle des planteurs migrants et celle du
contrôle d’intérêts baoulé sur certains lambeaux de la filière cacao ?
Sur l’économie de plantation, cela ne fait aucun doute à terme. Sur les intrigues
économico-politiques, je ne pense pas. Je dirais qu’en Côte d’Ivoire le capitalisme
est davantage un capitalisme de grands commis de l’État, ou un capitalisme politique, qu’un capitalisme baoulé. Dans l’actionnariat des firmes, on trouve plutôt
des individus qui s’inscrivent dans la logique de répartition de la rente entre les différentes catégories socio-professionnelles et régionales, que cela soit les quotataires
politiques des années1970 ou les actionnaires des années 1980-1990. Il n’y a pas
de capitalisme baoulé strictosensu, au sens ethnique du terme.
Propos recueillis le 1er mars 2003 par Jean-François Bayart et Béatrice Hibou
[1]
B. Losch,
Le complexe café-cacao de la Côte d’Ivoire. Une relecture de la trajectoire ivoirienne, thèse d’économie, Université de
Montpellier, 1999.
[2]
Pour un récit romancé mais néanmoins précis, voir J.-L. Gombeaud, C. Moutout et S. Smith,
La guerre du cacao. Histoire
secrète d’un embargo, Paris, Calmann-Lévy, 1990.
[3]
Voir sur ce point B. Losch, « Coup de cacao en Côte d’Ivoire. Économie politique d’une crise structurelle »,
Critique internationale, n° 9, octobre 2000, pp. 6-14.