Critique internationale
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629728
188 pages

p. 79 à 91
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 21 2003/4

2003 Critiques internationales

Le café et l’ashram

Gandhi, la société civile et l’espace public

Susanne Hoeber Rudolph Susanne Hoeber Rudolph et Lloyd I. Rudolph sont professeurs de science politique émérites à l’Université de Chicago. Ils ont récemment publié ensemble Reversing the Gaze : Amar Singh’s Diary, A Colonial Subject’s Narrative of Imperial India, Boulder, Westview Press, 2002. Lloyd I. Rudolph Susanne Hoeber Rudolph et Lloyd I. Rudolph sont professeurs de science politique émérites à l’Université de Chicago. Ils ont récemment publié ensemble Reversing the Gaze : Amar Singh’s Diary, A Colonial Subject’s Narrative of Imperial India, Boulder, Westview Press, 2002.
On cherchera dans cet article à déterminer en quoi les formes associatives créées par Gandhi éclairent le débat théorique sur la société civil et l’espace public. Comme le dit John Keane, « les organisations non gouvernementales, autonomes et animées d’une pensée propre que certains subsument sous le concept de société civile peuvent parfaitement exister sous d’autres noms dans des contextes linguistiques et culturels différents » [1]. La variante « indienne » que constituent les créations gandhiennes s’inscrit-elle, et comment, dans les concepts de société civile et d’espace public tels qu’ils se sont développés dans l’histoire, la pensée et la pratique européennes ?
 
La société civile et l’espace public comme rationalité bourgeoise
 
 
Le discours et la pratique de la société civile ont connu une décennie fort agitée avec les années quatre-vingt-dix, où leurs nombreux avatars et représentations ont parcouru tout l’éventail possible entre révolution (en Europe de l’Est) et collaboration. La société civile, nous dit Charles Taylor, renvoie à un espace qui existe « par opposition à l’État et, en partie au moins, indépendamment de lui. Elle englobe toutes les dimensions de la vie sociale qui ne peuvent être confondues avec l’État et qu’il ne peut assimiler » [2]. Taylor insiste surtout sur l’aspect turbulent, rebelle, de la société civile, celui qui caractérise la mobilisation contre le barrage sur la Narmada ou le mouvement Chipko en Inde, les manifestations contre l’OMC aux États-Unis, la contestation de la corruption électorale en Corée. Mais il existe aussi d’autres conceptions.
La définition du dictionnaire d’Oxford est moins tapageuse. Elle met plutôt l’accent sur les idées de réciprocité et d’aménité : « avoir un ordre social satisfaisant », entretenir « une certaine justice civile et des rapports amicaux les uns avec les autres » (Hooker, 1600) ; elle renvoie aussi à une citation de Shakespeare : « réformés, civils, pleins de bons sentiments » ( 1591, dans Les deux gentilshommes de Vérone) [3]. Une telle définition penche plutôt du côté de l’idée de capital social chez Robert Putnam ou James Coleman : capacité de confiance et habitudes de coopération [4]. C’est une vision qui s’exprime dans les Rotary clubs, les clubs sportifs, les associations de parents d’élèves, de sans-logis ou d’aide aux exclus, les Lok Sevak Sangh (associations de volontaires au service du peuple), les amicales de toutes sortes.
La société civile joue un grand rôle dans l’appréciation des transitions démocratiques dans les États autoritaires du Sud : on se demandera ainsi si tel ou tel pays a bien un espace social autonome de l’État, des associations réunissant des personnes qui œuvrent ensemble, en citoyens, à des projets à caractère politique et où s’expriment des revendications démocratiques. C’est dans ce cadre qu’il est pertinent de s’interroger sur le rapport entre l’action de Gandhi et la société civile indienne. Avant de transplanter des concepts nés dans l’environnement libéral angloaméricain, tels que société civile ou espace public, dans un contexte historique et social tout différent, il convient de les « recalibrer ». Dans le cas de l’Inde, on pourrait être tenté de s’affranchir de cette tâche en invoquant la forte dose de tradition libérale qui y a été injectée par le discours et la pratique nationalistes du XIXe siècle, puis dans la Constitution de 1950, et qui rendrait ce pays particulièrement accueillant aux notions qui nous intéressent ici. Mais les définitions des catégories politiques restent souvent captives de leur point d’apparition dans le contexte historique de l’Europe [5]. En s’éloignant, dans l’espace et dans le temps, de son lieu de naissance qui est le XVIIIe siècle européen, le concept de société civile va s’exprimer au travers de formes culturelles différentes et prendre des significations nouvelles. De fait, ce sera l’un des talents exceptionnels de Gandhi que de remodeler selon ses besoins les formes d’organisation libérales et démocratiques et le sens dont elles sont investies.
L’espace public de Habermas fait partie de la même famille théorique que la société civile. La version qu’il en donne dans son Strukturwandel der Öffentlichkeit me servira de tremplin théorique à partir duquel rebondir sur l’étude des formes associatives inventées par Gandhi. De même que le café ( coffee house) [6] est un marqueur heuristique pour Habermas, l’ashram en sera un pour Gandhi. Avec son Strukturwandel, Habermas se pose en défenseur d’un projet de modernité fondé sur les Lumières, par opposition à ceux qui, comme Gandhi d’ailleurs, critiquent les modernes. Son livre a le mérite de créer des catégories et des représentations qui éclairent le contraste entre les variantes gandhienne et européenne de société civile [7]. À partir de l’examen des cas anglais, français et allemand, Habermas établit que l’espace public, fondement de la participation démocratique, est venu au monde en Europe au XVIIIe siècle [8]. Il s’incarnait dans les coffee houses, les clubs politiques et les revues littéraires :
« C’est ainsi que naquit, au sein même de la sphère privée, un réseau relativement dense de communication publique. Non seulement il y avait de plus en plus de lecteurs [...] mais aussi de plus en plus de livres, de journaux et de revues.[...] Les sociétés d’amis des Lumières, les associations culturelles, les loges maçonniques étaient autant d’associations qui devaient l’existence à des décisions prises librement par leurs fondateurs, autrement dit des décisions privées; elles reposaient sur le principe du volontariat et se caractérisaient, dans leur fonctionnement intérieur, par une pratique égalitaire de la sociabilité, la libre discussion, la prise des décisions à la majorité, etc. » [9]
Dans cet espace se retrouvent des personnes qui menaient jusque-là des vies séparées, dans des sphères privées distinctes. En dépassant leurs préoccupations privées pour se saisir de thèmes communs, elles deviennent un public : le processus de communication sur des questions communes crée en effet un public unifié. En communiquant les uns avec les autres, les acteurs sociaux apprennent à partager des idées. Leur communication est marquée par certains traits tels que la rationalité, le désintéressement, la non-pertinence des identités héritées dans la délibération, et la séparation rigoureuse de la sphère publique et de la sphère privée. Commençons par la rationalité. À suivre Habermas, l’intérêt général ne saurait être servi que par des raisonnements conformes à la rationalité formelle et aux règles de la logique déductive. Son imagination lui présente des intellectuelsengagés dans un commerce intellectuel. Comme le dit Eley, « la faculté de constituer un public commence avec la lecture, la réflexion et la discussion, qui est un échange raisonnable entre égaux, et c’est cet idéal qui intéresse en réalité Habermas » [10]. La foi de Habermas dans le pouvoir de l’acte de communication en fait un enfant de cette tradition allemande remontant à Hegel, pour laquelle le philosophe peut, par le discours, l’action et la raison, briser la réification opérée par des forces sociales telles que le capitalisme ou la culture de masse.
Les délibérations qui ont lieu dans l’espace public ne sont pas fondées sur le sens commun des gens ordinaires. Habermas disqualifie explicitement ce qui n’est que « simple » opinion, par opposition à « opinion publique ». Alors que cette dernière est le résultat de la réflexion délibérée de personnes d’éducation bourgeoise, l’opinion au sens courant consiste en « éléments considérés comme allant de soi, convictions normatives » et « préjugés collectifs » [11]. Ce distinguo rappelle un usage du débat politique britannique du XVIIIe siècle, lieu de naissance du « café » : ce qu’on appelait alors « opinion du dehors » ( opinion out of doors), c’est-à-dire hors du cercle de délibération du Parlement, était considéré non seulement comme quelque chose d’inférieur mais d’illégitime.
Habermas trace dans son livre une trajectoire historique descendante, l’espace public ne cessant de se dégrader à partir de son point culminant situé au XVIIIe siècle. Il exprime là un pessimisme répandu chez les sociologues conservateurs américains des années soixante et chez les membres de l’école de Francfort, qui s’attendaient à être submergés par le raz-de-marée de la culture de masse, le fétichisme de la marchandise et les intérêts les plus vulgaires. Selon lui, les associations caractérisées par « un commerce social convivial et un niveau d’éducation relativement élevé » ne se seraient consacrées à l’examen rationnel des sujets d’intérêt public qu’à un certain moment historique, bref et transitoire : « Elles ne se sont développées que dans une phase particulière de la société bourgeoise, et ce n’est que par suite d’une configuration singulière des intérêts qu’elles ont pu être incorporées dans l’ordre de l’État constitutionnel bourgeois. » [12]
Alors commence le déclin. L’espace public disparaît lorsque la bourgeoisie perd son monopole de l’opinion et se trouve soumise à la pression d’une démocratisation croissante. Les forces qui entravent l’action de communication sont la culture de masse, le consumérisme, le capitalisme, la prolifération des intérêts privés. Les cafés et les clubs politiques sont balayés par les processus concurrents – et supposés non rationnels– de la « pression de la rue » et autres formes crues de la confrontation des intérêts.
Le tableau pessimiste que donne Habermas de cette évolution vers la démocratisation découle de la primauté qu’il accorde au « rationnel » sur le démocratique. La rationalité du véritable « espace public » sera vaincue par l’irrationalité envahissante de la mobilisation démocratique. La délibération sur le bien commun sera balayée par les intérêts étroits des groupes de pression organisés. L’espace public et l’intérêt rationnel qu’il porte au bien commun sont mis en péril par la démocratisation et la politique de masse [13].
La nature désintéressée et rationaliste du débat qui a pour cadre le café est fondée sur la séparation stricte qu’opère Habermas entre le privé et le public. L’intérêt est un produit de la sphère privée, destructeur du bien public [14]. En cela Habermas est proche des tendances théoriques dominantes en Europe. Pour Aristote, la famille était privée et pré-politique, tandis que la cité, elle, est publique et politique. Le politique évolue dans un espace distinct, où la rationalité demeure impolluée par les préoccupations de la personne privée.
Les associations de la société civile décrites dans L’espace publicprésentent ainsi un certain nombre d’attributs qui vont maintenant servir de points d’ancrage à l’examen de leurs variantes gandhiennes. Résumons-les : elles sont volontaires, il n’existe aucune obligation d’adhésion ; elles siègent dans des lieux publics (les cafés), explicitement séparés de la sphère (privée) de la maison ; elles se caractérisent par une dichotomie privé/public qui récuse le privé comme domaine des intérêts personnels, destructeurs de l’intérêt public ; elles sont le fait de l’intelligentsia et non de la plèbe, car elles supposent des capacités de lecture, sinon littéraires ; elles reposent sur des formes rationalistes de délibération qui excluent implicitement la force des identités héritées – ethnie ou religion – considérées comme relevant du domaine de l’intérêt privé.
L’ashram ne remplit presque aucune de ces conditions. Seule la première s’applique à lui : on ne fréquentel’ashram, comme le café, que si on le veut et aussi longtemps qu’on le veut. L’ashram accueille des plébéiens analphabètes autant que des intellectuels lettrés, suppose la pertinence d’identités héritées comme l’ethnie ou la religion non seulement dans l’espace privé mais dans l’espace public, et opère la fusion entre le foyer et la scène politique, le privé et le public.
 
Les variantes indiennes de l’espace public et de la société civile
 
 
Que devient la théorie de l’espace public dans le contexte indien et gandhien ? En Inde, Partha Chatterjee aimerait restreindre le concept à « ces institutions de la vie associative moderne mises en place par les élites nationalistes à l’ère de la modernité coloniale [...], souvent dans le cadre de leur lutte contre le colonialisme » [15]. Il le limiterait donc aux cousins indiens du coffee house habermasien. Et de fait, les exemples d’associations volontaires du XIXe siècle – Deccan Educational Society, Brahmo Samaj, Indian Association, Prarthana Samaj, Poona Sarvajanik Sabha – correspondent bien à l’espace public au XVIIIe siècle tel que le propose Habermas : rationaliste, librement choisi, bourgeois.
Le problème de ces organisations nationalistes clairement libérales est qu’elles se limitaient à une élite urbaine et anglophone absolument minuscule. Le mouvement nationaliste ne commença à toucher un public significatif que lorsqu’il se mua en agitation populaire, d’abord avec la résistance de masse à la partition du Bengale en 1905, puis avec Gandhi. Il se mit alors à multiplier des actions collectives qui ne coïncidaient plus aussi heureusement avec les définitions distanciées et rationalistes de l’espace public. Il y avait loin de libéraux comme Ranade et Gokhale aux réformateurs à couleur religieuse et plébéienne tels que J.G. Phule, Shri Narayana Guru et Gandhi lui-même. Les mouvements sociaux étaient profondément imprégnés des symboles, relations et pratiques d’une société qui était rurale, religieuse, organisée en communautés et majoritairement analphabète. C.A.Bayly, qui soutient la thèse historique de l’existence d’un espace de société civile dans l’Inde du XVIIIe siècle, montre que le lieu de ce type d’activité était le discours religieux, site principal de la réflexion éthique et de la pratique normative [16]. À l’heure du nationalisme, la vie associative indienne ne pouvait que refléter la société dans laquelle ce modèle se voyait introduit, une société où les domaines privé/public, religieux/profane, choisi/hérité n’étaient pas radicalement différenciés. La société civile en prenait une coloration particulière.
Un problème qui surgit lorsqu’on s’interroge sur la société civile ou l’espace public en Inde, c’est que l’on a tendance, pour des raisons tenant à l’histoire européenne du XVIIIe siècle, à étudier les milieux urbains ; les campagnes n’intéressent pas, où très marginalement. Imagine-t-on un café au milieu d’un champ de blé ? Lorsque Marx affirme que les paysans ne sont pas « unis les uns aux autres par des rapports variés » mais sont des unités homologues incapables de cohésion, « à peu près de la même façon qu’un sac rempli de pommes de terre forme un sac de pommes de terre » [17], il est tout à fait représentatif d’une attitude théorique très générale chez les modernistes : en somme, les paysans n’auraient pas de société civile.
 
L’ashram comme espace public ?
 
 
Partout où Gandhi a introduit la politique de masse, que ce soit en Afrique du Sud ou en Inde, il a commencé par fonder un centre, un ashram – bien qu’il ne lui ait donné ce nom qu’après sa venue en Inde. Il en a créé sept en tout : deux en Afrique du Sud, cinq en Inde. Là pouvaient vivre ensemble ceux qui constituaient l’avantgarde de son mouvement, les professionnels de la résistance, dévoués et entraînés, qui étaient la clé de voûte de ses entreprises de mobilisation de masse : manifestations politiques d’Afrique du Sud, Satyagraha, marche du Sel [18]. Les ashrams sont normalement des lieux de retraite pour ceux qui souhaitent rejoindre une communauté généralement vouée à une vie régulée ou spirituelle ; dans le cas de Gandhi, la communauté se consacrait également à des intérêts politiques plus larges et à des œuvres sociales, projets qui chez lui sont de même nature [19].
Gandhi a inventé ces lieux pour toucher, au-delà des élites, l’Inde rurale, les masses illettrées. La délibération dans l’espace public exige-t-elle qu’on sache lire ? Qu’en est-il des systèmes de communication, essentiels à la formation d’une société civile, lorsque les citoyens potentiels sont analphabètes et avant que les moyens audiovisuels de masse ne fournissent un substitut à la communication écrite ? Telles étaient les conditions de travail de Gandhi au début du siècle en Afrique du Sud et dans les années vingt en Inde.
J’ai mentionné plus haut que le café habermasien ne repose pas sur une opinion publique qui serait définie comme sens commun, mais que celle-ci est au contraire le fruit d’un rationalisme de haute culture. Gandhi, lui, lorsqu’il construit un public de masse, définit l’opinion publique comme sens commun et affirme que celui-ci est largement partagé.
Gandhi ne posait pas la capacité de lire comme condition nécessaire de l’existence d’un espace public. Il était conscient que les délibérations publiques, ainsi que diverses autres sortes de communication orale formalisée, peuvent atteindre des niveaux élevés de complexité dans des conditions de quasi-analphabétisme. En Inde, le Drama (théâtre ambulant) [20], les compositions orales domestiques (contes de grand-mères) [21], l’éloquence publique déployée à l’occasion des délibérations juridiques des conseils ( panchayat) de caste ou de village impliquent fréquemment des illettrés dans une production et une communication culturelles très élaborées [22]. Créer un « public » intéressé par les questions d’intérêt général dans un milieu illettré exige des formes d’organisation différentes du café et du journal littéraire, dans lesquelles l’exemple et la dramaturgie jouent un rôle prépondérant. Les Satyagraha étaient extrêmement chorégraphiés, quoiqu’à partir d’éléments simples.
L’ashram gandhien étendit le concept d’espace public, au-delà de l’idée des échanges discursifs entre hommes éduqués, à des mises en scène exemplaires susceptibles d’apporter une éducation politique et de déclencher des discussions de masse. Les Satyagraha n’étaient pas que des manifestations massives de résistance non violente. Ils étaient du théâtre politique, de la dramaturgie pédagogique visant à politiser des millions de gens, à alerter le peuple analphabète des villes et des campagnes sur les questions à l’ordre du jour, à le faire entrer dans le débat public.
 
Le privé comme public et comme politique
 
 
Chez Habermas, l’un des éléments essentiels garantissant la rationalité désintéressée de l’espace public est l’étanchéité de la frontière entre sphère publique et sphère privée, celle-ci étant conçue comme le domaine de l’intérêt personnel, des « opinions normatives » et des « préjugés collectifs ». Chez Gandhi, ce sont à la fois la stratégie déployée pour atteindre de plus larges audiences et la conviction intime de l’unité du soi public et du soi privé qui concourent à transcender cette dichotomie. Il faut interpréter ce dépassement dans le cadre des significations très complexes du public et du privé au sein de la société indienne – opération à laquelle l’usage européen classique des deux termes ne prépare guère. L’« intimité de la vie privée » ( privacy) n’a pas du tout le même sens en Inde, du fait de la structure de la famille et de l’habitat rural. Dans la famille multigénérationnelle, dotée de fortes normes collectives, elle en a même très peu : la surveillance des actes les plus triviaux ou intimes était (est toujours) habituelle [23]. Les frontières de ce qui constitue l’intimité privée deviennent problématiques dès lors que la famille s’étend au-delà du noyau parents-enfants et qu’elle constitue une petite communauté, un commencement de public. En outre, dans les villages et les hameaux, la plus grande part de l’activité domestique se déroule dans la véranda ou dans la cour, au vu des voisins, en « public ». L’intimité de la vie privée est un phénomène plus urbain que rural, le luxe d’une classe moyenne protégée par ses quatre murs. Les pauvres, eux, vivent dehors.
En Inde, beaucoup de pratiques personnelles – le voile de tête tiré sur le visage de la femme en signe de pudeur ; la façon de nouer le dhoti, qui signale la caste ; le choix d’un vêtement national ( deshi) ou européen ( angrezi) ou la façon de les combiner; la participation à un repas pris en public; le mariage de deux personnes de castes théoriquement incompatibles –, tout en étant des actes individuels qui commencent dans la sphère privée, s’affichent en public afin soit de recueillir l’approbation sociale, soit au contraire de défier certains aspects des « bonnes mœurs ». Une conception étroite de ce qui est ou n’est pas politique classerait de tels actes dans la sphère privée.
Or les transformations sociales les plus profondes que les réformateurs indiens cherchent depuis un siècle à accomplir s’inscrivent aussi bien dans la sphère privée que dans la sphère publique. Les grandes personnalités qui, dans la tourmente des revendications contradictoires engendrées par la situation coloniale, ont voulu l’avènement de pratiques sociales plus justes et plus porteuses de sens ont souvent eu plus d’influence sur la société par la publicité d’un acte déviant d’ordre privé : épouser une veuve, traverser l’océan, ignorer les interdits alimentaires traditionnels au sein de la famille. Comme le disent les féministes, les « affaires personnelles », c’est de la politique. Lorsque ces transgressions individuelles se multiplièrent et que les réformateurs voulurent voir le droit infléchir les pratiques familiales oppressives – loi sur l’âge de consentement, loi sur le remariage des veuves– ils invoquèrent le respect de la vie privée, l’idée que l’intimité du foyer doit échapper à la curiosité publique, ou du moins à celle de l’État colonial [24]. Gandhi, lui, professait exactement le contraire : toutes les questions privées, ou la plupart d’entre elles, étaient à ciel ouvert.
La « ferme Tolstoï » en Afrique du Sud, premier ashram de Gandhi, fut construite comme un modèle de l’Inde imaginée, une Inde très diverse. La façon dont furent négociées, dans la sphère privée, ces diversités, était rendue publique dans les innombrables publications de Gandhi. Public Opinion était l’une d’entre elles [25]. Navajivan et Young India atteignirent des tirages de 40000 exemplaires. Les articles de ces journaux regorgent de menus détails sur la négociation de l’intégration de la différence privée dans l’espace public. Par exemple, en matière d’alimentation : faut-il autoriser chaque famille à faire sa propre cuisine, comme le dicterait la diversité des religions, des castes et des cultures ? Les habitants de l’ashram venaient d’une société dans laquelle la prise de repas en commun entre castes différentes était interdite par les idées de pureté et d’impureté. Et, s’ils devaient manger dans une cuisine commune, ce qui était déjà une transgression sociale, comment concilier végétariens et non-végétariens ? Ce point semble avoir été tranché par la méthode gandhienne habituelle de la concession négociée et librement consentie – et, on ne s’en étonnera pas, en faveur des végétariens. Les dispositions régissant la vaisselle étaient en partie destinées à lever les dernières réserves sur la pureté et l’impureté : personne n’était exempté de laver les plats communs [26].
L’ashram comme dispositif d’affichage du privé en public devint une espèce de spectacle ambulant, donnant ses représentations dans toute l’Inde et recréant ses formes de vie en chacun des lieux importants de réforme et de résistance : à Champaran en 1917, à Kheda en 1918, au cours de la marche du Sel en 1930. Une partie du spectacle était constituée par la modestie ostensible du mode de vie : effectuer de vils travaux, porter des vêtements simples, vivre sans meubles, faire tout soi-même, travailler avec des camarades de religions et d’ethnies différentes. Ces pratiques incarnaient une multiplicité de valeurs : l’ascétisme de la personne en quête spirituelle, le renoncement aux plaisirs privés en faveur de l’intérêt public, l’identification avec les humbles, la mise en accusation du caractère hiérarchisé et exclusiviste de la civilisation indienne.
Les membres éduqués de la classe moyenne qui rejoignaient la cause nationaliste arrivaient le plus souvent avec des présupposés habermasiens sur l’étanchéité de la frontière entre public et privé. Ce qu’ils auraient voulu, c’est participer aux affaires publiques tout en protégeant précieusement le domaine de leurs pratiques de secte, de classe et de caste au nom du principe du droit à l’intimité de la vie privée. Le démantèlement de la muraille séparant le public du privé plaçait dans une position très exposée toutes les habitudes de caractère privé qui constituent la substance même des différences de caste et de religion.
La simplicité exemplaire qui s’exhibait à Champaran, au Bihar, durant la campagne de Gandhi en faveur des travailleurs de l’indigo en 1918 en offre un exemple célèbre. Les volontaires que Gandhi avait recrutés pour sa campagne étaient des avocats prospères de caste supérieure, capables de se battre devant les tribunaux contre des dispositions hostiles aux travailleurs et de recueillir leurs témoignages pour nourrir leurs dossiers. Ils s’imaginaient pouvoir servir le mouvement tout en préservant leur mode de vie de haute caste. Gandhi sut, par la taquinerie, leur faire honte et les obliger à adopter les pratiques égalitaires de l’ashram. Voici ce qu’il écrit : « Les curieuses façons de mes compagnons, dans les premiers jours, étaient un sujet constant de raillerie à leurs dépens. Chacun des vakil (avocats) avait un serviteur et un cuisinier, donc une cuisine séparée, et ils prenaient souvent leur dîner à minuit. Bien sûr, ils payaient leurs propres dépenses, mais je n’aimais guère ces entorses à la règle commune. Néanmoins, c’étaient devenus des amis, et [...] ils prenaient mes moqueries du bon côté. On se mit finalement d’accord pour se passer de serviteurs, pour mettre ensemble toutes les cuisines et pour observer des heures de repas normales.[...] Il fut également jugé nécessaire de s’en tenir à des repas simples. » [27]
Le Dr Rajendra Prasad, qui deviendra le premier Président de l’Inde indépendante, était l’un de ces avocats. Il se souviendra longtemps avec quelque embarras de cette expérience, et du mal qu’il a eu à faire descendre dans le puits du village un pot de terre au bout d’une corde, au grand amusement des gens du cru [28].
Ces pratiques exigeaient le partage de certains principes sociaux : mener une vie simple, se passer de serviteurs, ne pas dépenser inutilement, honorer les travailleurs, respecter les tâches accomplies par les humbles. Les avocats qui s’engagèrent aux côtés de Gandhi n’avaient pas imaginé qu’il leur faudrait nettoyer leur pot de chambre ! Cet espace public-là était plus exigeant que le café, en montrant au grand jour, très politiquement, comment les modes de vie privés constituaient le substrat des profondes inégalités et des mœurs oppressives de la société indienne. La mise en œuvre concrète de la multi-ethnicité (par la réunion dans le même ashram de membres appartenant à plusieurs sous-cultures linguistiques et régionales de l’Inde), d’un œcuménisme qui s’enracinait non dans la privatisation de la religion mais dans une éthique de respect mutuel pour la religiosité pratiquée en public, et de la convivialité inter-caste, fit de l’ashram comme théâtre le modèle d’une société imaginée exemplaire.
 
Le café et l’ashram : contrastes et congruences
 
 
Parmi les traits qui distinguent l’ashram du club politique du XVIIIe siècle, il y a bien sûr la grammaire religieuse, qui forme le substrat de l’ashram, par opposition au rationalisme des Lumières qui caractérise le club. Mais il ne faut pas exagérer cette différence : ce qui cimente l’ashram gandhien, c’est la volonté de vertu civique, de service de l’intérêt général et de création d’une société juste. Gandhi aurait été d’accord avec le constat habermasien d’un déclin de l’espace public dû à la prolifération et à l’institutionnalisation de l’« intérêt » privé. L’idée de servir, qui est au cœur de l’ashram et repose sur l’obligation religieuse et l’ascétisme oublieux de soi, n’est pas vraiment à son aise avec le rationalisme. Mais elle pointe dans une direction similaire, vers le côté « vertu civique » de l’espace public.
Le caractère volontaire de l’adhésion, la liberté d’entrer dans le groupe et de le quitter, sont au contraire, eux, des traits communs. Les ashrams, écrit Richard Taylor, « sont peut-être la seule forme d’association traditionnelle indienne[...] qui s’écarte[...] du principe des appartenances prescrites – du moins en théorie, si pas toujours en pratique » [29]. Les volontaires, attirés par la renommée des actions de Gandhi, « se portaient candidats » à l’entrée dans l’ashram. Certains y apportaient une mentalité de novices rejoignant un ordre religieux, d’autres venaient dans un esprit plus proche de celui, aujourd’hui, des volontaires de l’aide au développement. Ni l’ethnie ni la caste ni la religion ni la nationalité ne constituaient des facteurs qualifiants ou disqualifiants. Ceux qui, à l’usage, trouvaient l’ashram trop exigeant, ou pas assez, s’en allaient. On entrait par son mérite, on sortait par choix. Pour ce qui est d’améliorer le sort des hommes, les projets de l’ashram étaient (sont) fondés sur une vision plus holiste que ceux du café. Dans le monde de ce dernier, le politique est séparable des autres sphères, de la vocation personnelle, de la religion, des solidarités ethniques ou « primordiales ». L’espace public est focalisé sur le politique. L’ashram incarne la conviction, plus propre à l’adepte religieux qu’au militant politique, que le changement social advient par la transformation éthique et morale des personnes plutôt que par le biais d’institutions publiques et politiques. Gandhi créa son premier ashram sous l’emprise du « ravissement » suscité en lui par la profession de foi de Ruskin en faveur de cette vision holiste [30]. Ayant lu Unto This Last, recueil de quatre essais d’économie politique attaquant sans merci le capitalisme de marché et la société moderne [31], il se fit à lui-même une promesse qui était bien plus qu’un programme politique : « Je décidai de changer ma vie conformément aux idéaux de ce livre. » [32]
L’ashram fut créé en partie pour permettre à ses habitants de pratiquer une communauté de vertu : ils partageraient le dévouement au bien commun, la conviction que tout travail comporte le même degré de dignité et que la vie du paysan et de l’ouvrier est digne d’être vécue [33].
Dans la vision gandhienne, l’État est trop fragile, voire impuissant, pour être le foyer par excellence de l’intérêt général. Le véritable pouvoir résidant dans la société civile, dont en dernière analyse l’État dépend, c’est elle qui est en réalité l’arène du changement. La délibération dans l’espace public suppose un État qui exécutera les dispositions d’intérêt général que ce débat aura dégagées. Pour l’ashram de Gandhi, c’est la transformation intérieure des personnes, des volontés et intentions des acteurs humains, qui est le chemin du changement social ; les conceptions du monde et les comportements qui fondent les pratiques injustes – par exemple la croyance à l’intouchabilité ou certains usages en matière de dot qui s’ap-parentent à de l’extorsion – sont hors d’atteinte du faible bras de la loi ; ils ne peuvent être changés que par la persuasion et la mise en pratique quotidienne de la justice au sein des associations engagées. Le changement est plus qu’un acte politique que cafés ou clubs politiques pourraient contribuer à susciter, par leur influence sur la législation et les institutions : pour Gandhi, il s’agit d’un acte sociétal engageant les subjectivités aussi bien que les structures politiques. Un processus de cette ampleur doit être porté par des forces bien autrement puissantes que les formes limitées et rationalistes du club ou de la société littéraire du XVIIIe siècle [34].
Traduit de l’anglais par Rachel Bouyssou
 
NOTES
 
[1] John Keane, Civil Society : Old Images, New Visions, Stanford, Stanford University Press, 1998, p. 55.
[2] Charles Taylor, « Modes of civil society », Public Culture, III( 1), 1990, pp. 59-118 (p. 95).
[3] The Compact Edition of the Oxford English Dictionary, Oxford, Oxford University Press, 1982. Les deux gentilshommes de Vérone, acteV, scèneIV (traduction de François-VictorHugo).
[4] Robert Putnam, Making Democracy Work : Civic Traditions in Modern Italy, Princeton, Princeton University Press, 1993; James Coleman, Foundations of Social Theory, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1990.
[5] Voir par exemple mon plaidoyer pour que les mouvements religieux transnationaux soient traités comme un aspect de la société civile transnationale : Susanne Hoeber Rudolph, Transnational Religion and Fading States, Boulder, Westview, 1997.
[6] Habermas utilise sans le traduire le terme anglais coffee house. L’édition française traduit par « café » : Jürgen Habermas, L’espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, 1997 (1re éd. 1978)(NdT).
[7] À l’origine, en 1962, Habermas avait une vision très restrictive de la société civile, faite uniquement d’associations strictement politiques, dotée d’une forte dimension rationaliste et orientée sur le discours construit. Lorsqu’il participera en 1989 à un groupe de travail sur son œuvre, il aura élargi cet horizon pour y inclure les associations poursuivant un certain nombre d’objectifs sociaux. « Le noyau institutionnel d’une “société civile” est constitué d’unions volontaires situées hors du domaine de l’État et de l’économie et allant[...] des Églises, des associations culturelles et des universités aux médias indépendants, aux clubs de sport et de loisirs, aux sociétés de discussion, aux groupes de citoyens et aux mouvements de pétition partis de la base, et incluant associations professionnelles, partis politiques, syndicats et institutions “alternatives”». Craig Calhoun (ed.), Habermas and the Public Sphere, Cambridge (Mass.), 1996, p. 253.
[8] Pour un récit et une analyse de l’émergence de l’opinion et de la montée des partis, voir Lloyd I. Rudolph, The Origin of Party : From the Politics of Status to the Politics of Opinion in Eighteenth Century England and America, thèse, Université Harvard (Dept of Government), 1956.
[9] Habermas, « Further reflections on the public sphere », dans Calhoun (ed.), op. cit., p. 422.
[10] Geoff Eley, « Nations, publics and political cultures : Placing Habermas in the nineteenth century », dans Calhoun (ed.), op. cit., p. 293.
[11] Steven Seidman, Jürgen Habermas on Society and Politics : A Reader, Boston, Beacon Press, 1989, p. 232.
[12] Ibid.
[13] Habermas parle d’un « affaiblissement de l’espace public » ; celui-ci devient « un champ de concurrence entre différents intérêts sous la forme crue de la confrontation des forces » ; « les lois qui trouvent clairement leur origine dans la “pression de la rue” ne peuvent plus être interprétées comme l’aboutissement consensuel d’un débat public entre personnes privées ». Déplorant la « reféodalisation » de l’espace public, il relève qu’il est aujourd’hui « enrôlé au bénéfice des politiques secrètes des groupes d’intérêt » ( Jürgen Habermas... AReader, op. cit., p. 236). Tout cela rappelle l’agacement provoqué chez Max Weber par le marchandage politique, qui fonde son peu de goût pour l’activité politique en démocratie.
[14] Il existe dans la tradition occidentale un courant déviant qui soutient une autre thèse : voir Johannes Althusius, Politica, traduit par Frederick S. Carney, Indianapolis, Liberty Fund, 1995. Sa vision pluraliste de la société politique, qui serait constituée d’un ensemble hiérarchisé d’unités sociopolitiques, inclut la famille, qui en est même l’unité de base. « Ce n’est que par la politique que naît la sagesse nécessaire au gouvernement et à l’administration de la famille », p. 32.
[15] Partha Chatterjee, « Beyond the Nation ? Or within ?», Economic and Political Weekly, 4-11 janvier 1997, pp. 30-34 (p. 32). L’auteur reconnaît la distinction entre la définition traditionnelle de la société civile et de l’espace public et la variante gandhienne de cette définition que nous cherchons à construire ici. Mais il préfère, apparemment dans l’intérêt de la rigueur heuristique, « réserver le terme de société civile aux institutions caractéristiques de la vie associative moderne, dont le lieu de naissance est l’Occident et qui sont fondées sur l’égalité, l’autonomie, la liberté d’adhérer et de quitter, le contrat, les procédures délibératives de la prise de décision, les droits et devoirs explicites des membres... », même si les pays non occidentaux fournissent « de nombreux exemples de l’émergence de ce que l’on pourrait appeler des institutions civiles/sociales qui ne se conforment pas toujours à ces principes ». C’est une position qui nie (pour des raisons historiques ? ou normatives ?) la fluidité et l’adaptabilité des institutions. C’est une voie théorique différente de celle que nous avons adoptée lors d’un précédent travail, dans lequel nous soutenons que les « associations de caste » représentent une forme hybride de société civile qui surmonte la dichotomie entre groupes d’appartenance volontaire et groupes prescrits par la naissance ( The Modernity of Tradition : Political Development in India, Chicago, University of Chicago Press, réimpression 1996).
[16] C.A. Bayly, « The Indian ecumene : An indigenous public sphere », dans Empire and Information : Intelligence Gathering and Social Communication in India, 1780-1870, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, pp. 180-211.
[17] Karl Marx, Le Dix-Huit Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, Éditions sociales, 1969, chapitreVII.
[18] Les Satyagraha (littéralement « étreinte de la vérité ») sont des mouvements de protestation non violente. La marche du Sel, mouvement de désobéissance civile lancé par Gandhi en 1930 pour protester contre le monopole britannique, conduisit les manifestants de l’ashram, situé dans le Gujarat, jusqu’à la mer : là, Gandhi prit simplement une poignée de sel.
[19] L’Inde a vu proliférer, aux XIXe et XXe siècles, les ashrams où se mêlaient modèles classiques et formes institutionnelles ou besoins spirituels plus récents. Ce type de structure a aussi migré vers d’autres religions (certaines Églises chrétiennes, New Age). Pour une introduction à ces formes et une description des exemples historiques, voir Richard Taylor, « Modern Indian ashrams », Religion and Society, XXXIII( 3), septembre 1986.
[20] Voir Susan Seizer, Dramatic License : Negotiating Stigma On and Off the Tamil Popular Stage, thèse, Université de Chicago (Département d’anthropologie), 1997.
[21] Voir l’Introduction de A.K. Ramanujan, A Flowering Tree and Other Oral Tales from India, Berkeley, University of California Press, 1997.
[22] Pour un remarquable exemple de rhétorique juridique villageoise, voir le documentaire Courts and Councilsréalisé par l’Université du Wisconsin et disponible à son Centre d’études sur l’Asie du Sud.
[23] Pour une discussion développée sur la signification interculturelle de la notion d’intimité privée ( privacy), voir Susanne Hoeber Rudolph et Lloyd I. Rudolph, Reversing the Gaze. The Amar Singh Diary, a Native Subject’s Narrative of Imperial India, New Delhi, Oxford University Press, 2000 et Boulder, Westview, 2001 : Introduction à la Ve partie, « Private lives in patriarchal space ».
[24] M.G. Ranade ( 1842-1901), qui était favorable à l’idée de faire de la réforme sociale un thème de mobilisation du Congrès national indien, dut reconnaître que ce thème, à la différence de celui des libertés politiques, était de nature à diviser profondément le Congrès et renonça à ce projet.
[25] Gandhi, Satyagraha in South Africa, Ahmedabad, Navajivan Press, 1928, p. 134. Voir aussi p. 286, sur les répercussions en Inde des violences commises contre les grévistes sud-africains en 1913, notamment l’étonnante condamnation des autorités sud-africaines par le Vice-Roi Lord Harding, et l’écho donné par G.K. Gokhale aux nouvelles qu’il recevait d’Afrique du Sud.
[26] « Il n’y avait qu’une cuisine, et tous devaient dîner en même temps. Chacun devait veiller au nettoyage de son assiette et autres objets. Les plats de cuisson communs devaient être lavés par différentes équipes à tour de rôle ». Gandhi, Satyagraha..., op. cit., p. 216.
[27] Mohhandas K. Gandhi, An Autobiography : The Story of my Experiments with Truth, Boston, Beacon Press, 1957, p. 417. Nous n’entendons pas ici analyser la rhétorique de Gandhi, mais relevons tout de même que lorsqu’il raconte des cas de concessions librement consenties telles qu’elles se négociaient dans les ashrams, il ne mentionne pas d’agents : « Il fut décidé », « Il fut convenu »... Les diverses décisions concernant la création d’une cuisine végétarienne à la ferme Tolstoï semblent advenir sans l’intervention active de quelque acteur que ce soit qui eût plaidé et su convaincre, mais comme le résultat fortuit et satisfaisant d’un consensus spontané des âmes de l’ashram.
[28] Rajendra Prasad, « Gandhi in Bihar », dans Homer Jack (ed.), The Gandhi Reader, Bloomington, University of Indiana Press, 1957, pp. 149-159.
[29] Richard W. Taylor, « Modern Indian ashrams », Religion and Society, XXXIII( 3), septembre 1986, p. 20.
[30] « L’un des grands livres prophétiques du XIXe siècle », qui « perce à jour l’écran de fumée de la science économique classique et révèle les véritables réalités humaines » (Kenneth Clark, Ruskin Today, Harmondsworth, Penguin, 1982, p. 265).
[31] Voir la lecture de six livres de Ruskin par Clive Wilmer, qui salue le « retour » de cette figure tour à tour glorifiée et occultée : « Go to nature », Times Literary Supplement, 7 avril 2000, pp. 3-4.
[32] M.K. Gandhi, An Autobiography, op. cit., p. 298.
[33] M.K. Gandhi, An Autobiography, op. cit., p. 299.
[34] Ce texte a été présenté par Susanne Hoeber Rudolph en introduction à la 17e Conférence européenne sur l’Asie du Sud, Heidelberg, 9-14 septembre 2002. Il tire sa substance d’un travail à paraître dans Carolyn Elliott (ed.), Civil Society and Democracy : A Reader, Delhi, Oxford University Press, 2003.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
John Keane, Civil Society : Old Images, New Visions, Stanfo...
[suite] Suite de la note...
[2]
Charles Taylor, « Modes of civil society », Public Culture,...
[suite] Suite de la note...
[3]
The Compact Edition of the Oxford English Dictionary, Oxfor...
[suite] Suite de la note...
[4]
Robert Putnam, Making Democracy Work : Civic Traditions in ...
[suite] Suite de la note...
[5]
Voir par exemple mon plaidoyer pour que les mouvements reli...
[suite] Suite de la note...
[6]
Habermas utilise sans le traduire le terme anglais coffee h...
[suite] Suite de la note...
[7]
À l’origine, en 1962, Habermas avait une vision très restri...
[suite] Suite de la note...
[8]
Pour un récit et une analyse de l’émergence de l’opinion et...
[suite] Suite de la note...
[9]
Habermas, « Further reflections on the public sphere », dan...
[suite] Suite de la note...
[10]
Geoff Eley, « Nations, publics and political cultures : Pla...
[suite] Suite de la note...
[11]
Steven Seidman, Jürgen Habermas on Society and Politics : A...
[suite] Suite de la note...
[12]
Ibid. Suite de la note...
[13]
Habermas parle d’un « affaiblissement de l’espace public » ...
[suite] Suite de la note...
[14]
Il existe dans la tradition occidentale un courant déviant ...
[suite] Suite de la note...
[15]
Partha Chatterjee, « Beyond the Nation ? Or within ?», Econ...
[suite] Suite de la note...
[16]
C.A. Bayly, « The Indian ecumene : An indigenous public sph...
[suite] Suite de la note...
[17]
Karl Marx, Le Dix-Huit Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, ...
[suite] Suite de la note...
[18]
Les Satyagraha (littéralement « étreinte de la vérité ») so...
[suite] Suite de la note...
[19]
L’Inde a vu proliférer, aux XIXe et XXe siècles, les ashram...
[suite] Suite de la note...
[20]
Voir Susan Seizer, Dramatic License : Negotiating Stigma On...
[suite] Suite de la note...
[21]
Voir l’Introduction de A.K. Ramanujan, A Flowering Tree and...
[suite] Suite de la note...
[22]
Pour un remarquable exemple de rhétorique juridique village...
[suite] Suite de la note...
[23]
Pour une discussion développée sur la signification intercu...
[suite] Suite de la note...
[24]
M.G. Ranade ( 1842-1901), qui était favorable à l’idée de f...
[suite] Suite de la note...
[25]
Gandhi, Satyagraha in South Africa, Ahmedabad, Navajivan Pr...
[suite] Suite de la note...
[26]
« Il n’y avait qu’une cuisine, et tous devaient dîner en mê...
[suite] Suite de la note...
[27]
Mohhandas K. Gandhi, An Autobiography : The Story of my Exp...
[suite] Suite de la note...
[28]
Rajendra Prasad, « Gandhi in Bihar », dans Homer Jack (ed.)...
[suite] Suite de la note...
[29]
Richard W. Taylor, « Modern Indian ashrams », Religion and ...
[suite] Suite de la note...
[30]
« L’un des grands livres prophétiques du XIXe siècle », qui...
[suite] Suite de la note...
[31]
Voir la lecture de six livres de Ruskin par Clive Wilmer, q...
[suite] Suite de la note...
[32]
M.K. Gandhi, An Autobiography, op. cit., p. 298. Suite de la note...
[33]
M.K. Gandhi, An Autobiography, op. cit., p. 299. Suite de la note...
[34]
Ce texte a été présenté par Susanne Hoeber Rudolph en intro...
[suite] Suite de la note...