2004
Critiques internationales
Irlande du Nord : le radicalisme comme rançon de la paix ?
Élise Féron
chargée de recherches au Centre interdisciplinaire de recherche comparative en sciences sociales (CIR) et chargée d’enseignement à l’Institut d’études politiques de Lille. Ses recherches portent sur le processus de paix en Irlande du Nord, les conflits communautaires, les questions identitaires et les mouvements de désobéissance civile. Elle a notamment dirigé avec Michel Hastings L’imaginaire des conflits communautaires (Paris, L’Harmattan, 2002).
L’année 2003 est considérée en Irlande du Nord comme l’une des moins violentes de ces dernières décennies, le bilan humain du
conflit qui oppose les communautés catholique et protestante depuis la fin des
années1960 étant de 10 morts « seulement » contre une moyenne annuelle d’au
moins une centaine jusqu’au début des années1990. Les résultats des élections qui
se sont déroulées en novembre 2003 n’en paraissent que plus paradoxaux. Avec un
total de 33 sièges sur 108 pour le parti protestant ultra (DUP) et de 24 sièges
pour le Sinn Féin, la branche politique de l’IRA, les formations les plus radicales
de chaque communauté sont sorties gagnantes de ce scrutin organisé au niveau local.
Le parti protestant modéré(UUP) et son homologue catholique(SDLP), principaux artisans des accords de paix d’avril 1998 et pièces maîtresses de leur mise en
œuvre depuis, ont été relégués au second plan avec respectivement 24 et 18 sièges
[1].
C’est donc tout le processus de paix qui est remis en cause par la victoire des partis
radicaux dans les deux communautés, puisque le DUP a affirmé maintes fois son
refus de former un gouvernement comprenant des représentants du SinnFéin, ainsi
que le prévoyaient pourtant les accords.
Posant le principe d’un partage du pouvoir entre représentants politiques des
deux communautés, avec la mise en place d’une assemblée locale et d’un exécutif
bicéphale
[2], l’application de ces accords a buté, depuis leur signature, sur de nombreux obstacles, notamment la question du désarmement des différents groupes paramilitaires de la province. Face au refus de l’IRA de rendre et/ou de détruire dans
l’immédiat l’ensemble de son arsenal – malgré plusieurs opérations ponctuelles de
désarmement et différents communiqués assurant que son cessez-le-feu était
« définitif » – le gouvernement britannique a été contraint, à plusieurs reprises,
de suspendre l’assemblée locale, sous la pression des protestants unionistes qui
refusaient de continuer à collaborer avec le SinnFéin. Ce fut notamment le cas en
octobre 2002, à la suite d’affaires d’espionnage qui auraient été orchestrées par l’IRA.
Depuis, faute d’accord entre les partis protestant et catholique, les élections, qui
auraient pu relancer le processus de partage du pouvoir, ont été repoussées par deux
fois. La décision du gouvernement britannique d’organiser des élections locales le
26 novembre, alors qu’aucun accord préalable n’avait été obtenu sur les modalités
d’une collaboration future entre partis, reposait donc sur le pari que les formations
gagnantes accepteraient de travailler ensemble en siégeant au sein du même gouvernement. Un calcul similaire sous-tendait déjà les accords de 1998, dont l’application
et le bon fonctionnement ne pouvaient être garantis que par une volonté de coopération égale et majoritaire au sein des groupes modérés de chaque communauté.
En posant ces préalables, les artisans du compromis de 1998 avaient compté sur
la pérennité de l’ancien système partisan nord-irlandais, caractérisé par la domination des unionistes modérés de la communauté protestante et des nationalistes
constitutionnels de la communauté catholique. Or les résultats des élections de
novembre 2003 ont invalidé ces présupposés.
L’apparition de nouvelles lignes de clivage
Ce que les résultats des élections de novembre 2003 mettent bien en évidence, ce
sont les difficultés qu’éprouve une société déchirée par plusieurs décennies de
conflit à passer de l’hyperpolitisation à la modération nécessaire à l’instauration
d’un débat démocratique. Pour que la paix soit durable, il faut que ses partisans parviennent à mobiliser les énergies et à susciter un minimum d’enthousiasme de la
part des populations concernées. Or les compromis sont toujours un peu décevants
par nature. Chaque communauté doit abandonner ses idéaux au profit d’une solution qui lui donne le sentiment d’avoir renoncé à la lutte de ses ancêtres, d’être celle
qui a fait le plus de concessions et, finalement, d’être la grande perdante. La mise
en œuvre des accords de paix pose le problème fondamental de la participation de
l’électorat, habitué à des clivages nets et tranchés et qui se trouve soudain devant
une scène politique où la volonté de compromis semble régner, en tout cas entre
formations modérées. Il y a là un risque important de rupture entre la « culture
politique populaire » et les stratégies des formations politiques impliquées dans le
partage du pouvoir. Les partis qui ont fait de la paix leur objectif principal ont non
seulement pris le risque de décevoir une partie de leur électorat, qui se sent trahi
ou floué, mais aussi de provoquer l’essoufflement de leurs projets politiques dans
la phase de mise en œuvre qui a suivi la signature des accords.
De fait, l’approche délibérément consensuelle a mis en danger la survie même
des partis politiques nord-irlandais investis dans le processus, au profit de formations
habituellement désignées comme plus radicales. Le SinnFéin et leDUP sont depuis
longtemps en mesure de rallier les mécontents, les inévitables « déçus de la paix »
et tous ceux qui se sentent trahis par les représentants de leur famille politique.
Pourtant, les ressorts de ce déclin des « modérés » sont différents selon les camps.
Du côté nationaliste, le SinnFéin affiche désormais sans scrupules sonsoutien aux
accords de 1998 et ses positions en faveur de la réunification de l’Irlande, perçue
dans la communauté catholique comme de plus en plus probable à moyen terme
[3].
Servi par une campagne électorale dynamique et par l’omniprésence médiatique
de son leader Gerry Adams, le parti profite pleinement de la mise en œuvre des
accords de paix et du succès des idées défendues par son rival politique le plus proche,
le SDLP. Celui-ci, en revanche, a souffert du départ de son leader historique
John Hume et de l’épuisement de son projet politique après la signature des
accords de 1998. Face aux discours de plus en plus modérés du SinnFéin
[4], il peine
à retrouver sa place sur l’échiquier politique nord-irlandais. Dans la communauté
protestante, la situation est tout à fait différente. L’ascendant des ultras sur les
modérés traduit plutôt une volonté de remettre en cause les accords de 1998. Les
loyalistes duDUP, arc-boutés sur leur refus de tout partage du pouvoir et de toute
concession en faveur des « terroristes du SinnFéin et de l’IRA », se présentent comme
le bastion des traditions et des idéologies protestantes face à la menace d’une Irlande
réunifiée, à large majorité catholique. Ils gardent ainsi le bénéfice de leur position
d’opposants de toujours aux accords de 1998, contrairement à l’UUP, dont le leader
David Trimble doit faire face, depuis plusieurs années, à une forte contestation
interne qui l’accuse de faire preuve de trop de modération à l’égard des nationalistes
et du SinnFéin en particulier. Avec cette forte baisse de popularité de l’UUP, principal parti unioniste depuis la partition de l’île en 1921, c’est tout le système partisan
nord-irlandais, sur lequel se fondaient les accords de paix, qui semble s’effondrer.
Telle qu’elle a été conçue dans les accords d’avril 1998, la paix nécessite un
consensus presque constant entre les représentants politiques de chaque communauté. Dans ces conditions, comment défendre des stratégies politiques et des
programmes réellement différents et mobiliser par là même l’électorat ? Les
accords d’avril 1998 ont obligé ceux qui leur étaient favorables à faire taire leurs
dissensions, alors que c’étaient ces divergences qui avaient traditionnellement
constitué le cœur de l’affrontement politique en Irlande du Nord. Il n’est donc guère
surprenant que la participation aux élections de novembre ait été particulièrement
faible, 60% environ, soit 8 à 9% de moins que la participation habituelle dans la
province. En outre, la procédure de vote des lois à l’assemblée locale, dite de
« consensus parallèle », a constamment renforcé l’interdépendance entre l’UUP
et leSDLP, en prévoyant que toute décision importante ne pourrait être adoptée
qu’à la condition de réunir la majorité des voix à la fois chez les unionistes et chez
les nationalistes. Compte tenu des équilibres politiques existant avant les élections
de 2003, il fallait donc le plus souvent un accord entre l’UUP et leSDLP pour arrêter
une décision. Cette procédure, qui garantit le consentement de la majorité des représentants de chaque communauté, a mis en danger l’identité de ces deux partis en
favorisant le renforcement du DUP et du Sinn Féin, qui apparaissent
a contrario
plus combatifs. La collaboration du SDLP et de l’UUP en faveur de la paix leur
a donc fait perdre des électeurs au profit de leurs concurrents directs, avantagés
par leur intransigeance ou leur position de retrait.
L’adoption par les partis modérés d’un nouveau discours axé sur la tolérance, le
respect de l’autre, la modération et le partage du pouvoir, a laissé le champ libre
aux autres formations politiques pour réactiver les anciens discours d’opposition,
qui faisaient la part belle à des images et à des symboles communautaires fortement
mobilisateurs. C’est ainsi que le leader duDUP, IanPaisley, a pu profiter du glissement de l’unionisme officiel vers plus de modération pour occuper le terrain de
l’unionisme et du loyalisme historiques. Dans la communauté catholique, le glissement du SinnFéin vers des thèses modérées, opposées à la violence et plus conciliantes à l’égard des protestants, a repoussé l’expression de cette intransigeance en
dehors du champ institutionnel, vers des formations paramilitaires telles que l’IRA
véritable ou l’IRA de la continuité, qui continuent de rejeter l’idée d’un compromis,
mais ne possèdent pas de relais partisan. Il convient donc de ne pas assimiler systématiquement les succès du SinnFéin et du DUP à une montée des extrêmes dans
les deux communautés et à un rejet grandissant du processus de paix par la population : si l’ascendant pris par le DUP sur l’UUP traduit bien le scepticisme et l’hostilité croissants d’une partie de la communauté protestante à l’encontre des accords
de 1998, le succès du Sinn Féin s’explique, au contraire, par le soutien d’une
grande partie des électeurs catholiques à ces mêmes accords
[5].
La perte de confiance dans les accords de paix
Parallèlement à cette érosion des principales formations politiques nord-irlandaises,
on constate une nette perte de confiance dans le processus de paix, qui se traduit
principalement par deux phénomènes concomitants : la démobilisation de l’électorat modéré, d’une part, et la radicalisation de la communauté protestante, d’autre
part. Perceptible dans le faible taux de participation lors des dernières élections,
la lassitude des électeurs les plus modérés peut tout d’abord s’expliquer par les
nombreux ratés du processus de paix. Malgré les efforts répétés des gouvernements
de Londres et de Dublin, celui-ci a été interrompu à plusieurs reprises, jalonné de
multiples incidents, et il semble devoir achopper irrémédiablement sur la question
non résolue du désarmement des différents groupes paramilitaires, ainsi que sur
une multitude de points de procédure encore litigieux. L’imposition, à maintes
reprises, d’un régime d’administration directe de la province par Londres, alors
même que les principes d’un gouvernement et d’une assemblée locale sont acquis
depuis longtemps, sont perçus par une grande partie de la population comme la
preuve que de tels accords sont voués à l’échec. Mais le facteur principal qui
explique cette lassitude et ce découragement est sans aucun doute le fait que le processus politique s’est révélé jusqu’à maintenant impuissant à éradiquer les formes
sociales du conflit et à résoudre les problèmes concrets dont souffre quotidiennement
la population. Le nombre élevé d’incidents intercommunautaires – qui se comptent
encore par dizaines chaque semaine–, le renforcement de la ségrégation spatiale,
l’augmentation de la pratique religieuse de part et d’autre, la faiblesse des relations
sociales intercommunautaires ou encore l’échec relatif de la plupart des initiatives
dites « intégrées » sont autant d’indices qui témoignent d’une routinisation du
conflit. Il est troublant de constater à quel point l’imbrication géographique des
communautés – même tempérée par l’extension des quartiers monoconfessionnels,
en particulier dans les grandes villes, et par la proportion croissante de catholiques que l’on observe lorsque l’on parcourt la province d’Est en Ouest– est niée
par leur séparation de plus en plus radicale dans la plupart des instances de la vie
courante. Tout se passe comme si l’inévitable partage de l’espace, à l’échelle de la
province, devait être compensé par une surenchère de différences marquées et
réaffirmées à travers l’aménagement de niches où l’on puisse vivre « entre soi ».
Le fait que les accords de paix n’aient pas marqué l’amorce d’un processus de
réconciliation sociale accroît le scepticisme et le découragement d’une partie de
l’électorat modéré, lassé de devoir attendre les « dividendes de la paix ». Elle
donne, en revanche, aux extrémistes de nouvelles raisons de se mobiliser.
En outre, la question du désarmement de l’IRA et des milices protestantes,
comme celle, plus générale, de l’abandon de la violence, masque depuis longtemps
une autre difficulté : le fait qu’une importante proportion de la population de la province refuse tout compromis et n’est prête à aucune concession. Les élections de mai
et juin 1998 avaient déjà révélé que la moitié des unionistes environ étaient opposés
aux accords d’avril, puisqu’ils avaient voté « non » au référendum de ratification de
mai et/ou voté pour des candidats opposés à ces accords aux élections législatives
de juin. Ainsi, même si les accords avaient été adoptés par la majorité de la population de la province – en particulier grâce aux voix nationalistes –, près de 30 %
des électeurs les avaient rejetés, une minorité que beaucoup ont alors été tentés
d’ignorer. Les accords de paix n’ont donc pas réussi à créer un compromis entre les
principaux courants politiques en présence et ont même exacerbé les difficultés en
tenant à l’écart une grande partie de la communauté protestante, pourtant traditionnellement attachée à la participation au pouvoir dans le cadre de la province.
Si le conflit n’a jamais réellement touché les classes les plus aisées de la communauté protestante, ses franges les plus populaires ont de plus en plus le sentiment
que leurs revendications ne sont pas entendues et que leurs intérêts sont systématiquement ignorés au profit de ceux de la communauté catholique. Incarnation
de l’unionisme historique, défenseur de symboles identitaires puissants aux yeux
d’une communauté déboussolée qui se sent assiégée et menacée de disparition, le
parti de Ian Paisley a profité du fait qu’en acceptant le partage du pouvoir l’UUP
avait abdiqué l’un des principes historiques de l’unionisme : ne jamais céder « d’un
pouce » devant les catholiques. Or, loin d’apporter des changements significatifs
pour la communauté protestante, cette concession a plutôt profité aux catholiques,
si bien qu’en dépit d’un certain durcissement des discours de son leader, David
Trimble, dans les mois qui précédèrent les élections, l’UUP n’a pas réussi à rallier
la frange la plus dure de son électorat. La tendance est la même en ce qui concerne
les organisations paramilitaires loyalistes qui se sont rendues responsables, depuis
la signature des accords, de la plupart des actes de violence commis dans la province, sans manifester, contrairement à l’IRA, la moindre intention de désarmer.
Enfin, l’évolution actuelle des équilibres démographiques et le basculement de
majorité électorale prévu en faveur des catholiques ne peuvent qu’aggraver les
inquiétudes de la communauté protestante de plus en plus convaincue de la forte
probabilité de réunification de l’île et de la menace qu’elle signifierait pour le
principe d’un partage du pouvoir sur lequel se fondaient les accords de 1998.
Du côté des catholiques, le mécontentement et la lassitude sont moins manifestes
et sans doute beaucoup moins importants. La mise en œuvre des accords de paix
semble répondre en partie à leurs attentes, même si leurs revendications les plus
chères ne sont pas satisfaites. Cependant, la persistance d’une certaine discrimination,
que révèlent notamment les taux de chômage, presque deux fois plus élevés pour
les catholiques que pour les protestants
[6], prouve, d’une part, à quel point les structures et les comportements évoluent lentement, d’autre part, que le terreau social
qui avait donné naissance aux « troubles » des années 1960 est encore fertile. Or
les catégories sociales les plus touchées par le chômage sont aussi celles qui sont
les moins susceptibles d’être séduites par les sirènes de la paix, alors qu’elles
constituent depuis toujours un vivier pour les paramilitaires. Ces difficultés sociales
sont susceptibles d’être instrumentalisées, surtout en cas de dysfonctionnement
durable des institutions issues des accords de 1998. Le fait que l’IRA soit concurrencée, depuis la signature des accords de paix, par des organisations dissidentes
comme l’IRA véritable ou l’IRA de la continuité, qui poursuivent leurs activités paramilitaires, montre aussi qu’il est difficile, pour les leaders nationalistes, de discipliner leurs bases militantes, dont une partie demeure convaincue que le processus
de paix trahit leurs idéaux. Si elles restent globalement limitées, leurs activités
n’en témoignent pas moins de la persistance de certains répertoires d’action
violente au sein de la communauté catholique, que même la direction de l’IRA
« traditionnelle » est impuissante à faire disparaître.
Quel avenir pour la paix ?
Les changements fondamentaux que les élections de novembre 2003 ont entérinés
ne signifient pas pour autant la disparition du conflit. L’apparente incapacité des
uns et des autres à trouver une réponse satisfaisante à la question de la reconversion
des paramilitaires pose problème, car si la plupart des anciens « terroristes » ont
bel et bien abandonné les attentats à la bombe ou les assassinats des membres de
la confession opposée, certains se reconvertissent actuellement dans d’autres types
de violence, comme le trafic de drogue et les meurtres racistes ou homophobes
[7].
Il semblerait également qu’ils s’adonnent à un factionnalisme relativement nouveau
en Irlande du Nord et particulièrement marqué au sein de la communauté protestante. Celui-ci les conduit à s’engager dans des querelles intestines interminables
et meurtrières, qui ne font qu’entretenir la rancune et le besoin de surenchère, aussi
bien en discours qu’en actes. À cet égard, il est significatif que plus de la moitié des
morts de 2003 soient les victimes de luttes entre factions paramilitaires rivales au
sein de chaque communauté
[8]. Les risques d’un retour à une intense militarisation
du conflit et à un haut degré de violence demeurent donc relativement faibles,
d’autant que la population nord-irlandaise fait, depuis plusieurs années, l’expérience
d’un retour à la vie « normale » dont le démantèlement des installations militaires britanniques constitue un indice encourageant.
Certes, l’impasse dans laquelle se trouve actuellement le processus de paix, avec
le refus du DUP de former un gouvernement avec le SinnFéin, est susceptible de
créer une impression de vacance du pouvoir propice au renforcement de tous les
extrémismes. Elle risque aussi de conduire à l’abandon des accords eux-mêmes ou,
tout au moins, à leur renégociation partielle, comme le réclame le DUP. Mais
d’autres scénarios sont envisageables, par exemple un arrangement permettant à une
coalition « modérée » de gouverner, en excluant soit le DUP, soit le SinnFéin, mais
aussi un maintien prolongé de l’administration directe de Londres, avec le risque,
à court et moyen termes, d’une radicalisation plus importante de la population.
[1]
À la suite des élections, trois élus de l’UUP ont décidé de rejoindre les rangs du DUP, portant ainsi le nombre de ses élus
à 33 (contre 30 au moment du comptage des voix) et diminuant d’autant le nombre des élus de l’UUP (qui passe de 27 à 24).
[2]
Associant jusqu’en octobre 2002 deux personnalités issues des formations politiques principales de chaque communauté :
David Trimble, leader de l’UUP, comme Premier ministre et Seamus Mallon, du SDLP, comme « Second ministre ».
[3]
Cet optimisme s’appuie notamment sur l’idée, confirmée par différentes études démographiques, que la communauté catholique sera majoritaire dans la province d’ici une à deux décennies, en raison d’un taux de fécondité plus élevé que dans la
communauté protestante et d’un taux d’émigration plus faible.
[4]
Le discours prononcé par Gerry Adams à Belfast le 21 octobre 2003, à la suite de l’annonce par Tony Blair de la tenue
des élections, peut être considéré comme le plus modéré qui ait jamais été prononcé par l’un des représentants de ce parti
– en particulier en ce qui concerne la question de la violence– et a été salué comme tel dans la plupart des milieux politiques
et médiatiques, aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Irlande. Il est accessible dans son intégralité sur
http:// cain. ulst. ac. uk/ issues/ politics/ docs/ sf/ ga211003. htm
[5]
Ce qui n’exclut pas qu’une proportion non négligeable de nationalistes demeure suffisamment opposée à ces accords pour
continuer à s’investir dans des groupes paramilitaires tels que l’IRA véritable ou l’INLA (Irish National Liberation Army);
mais, pour l’heure, cette opposition ne génère aucun écho sur la scène politique nationaliste.
[6]
Selon la Northern Ireland Statistics and Research Agency, le taux de chômage des catholiques s’élevait, début 2003, à 8,3%
et celui des protestants à 4,3% (
Irish News, 20 février 2003).
[7]
L’influence d’organisations britanniques néonazies ou fascistes, telles que Combat 18 (qui possède des antennes à Belfast),
la British Ulster Alliance ou le National Front, est renforcée par les activités de groupuscules extrémistes agissant directement
au niveau local, comme le White Nationalist Party. Si le nombre de leurs militants est difficile à quantifier avec précision,
leurs actions sont, elles, bien visibles : des campagnes contre la construction d’une mosquée à Portadown à l’attaque de maisons
occupées par des Asiatiques, des Africains ou même des Portugais ou des Italiens, en passant par des lettres de menace. En
ce qui concerne les attaques visant des homosexuels, la police d’Irlande du Nord a répertorié ces deux dernières années plus
de 100 incidents graves, alors que ce type d’actes était rarissime auparavant. Cette homophobie croissante a même abouti
début décembre 2002 au meurtre d’un homme à Belfast.
[8]
Selon le
Irish Timesdu 30 décembre 2003, « Loyalists linked to most 2003 killings ».