2004
Critiques internationales
Que reste-t-il des Subaltern Studies ?
Jacques Pouchepadass
directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre d’Études de l’Inde et de l’Asie du Sud de l’EHESS. Ses recherches portent sur l’histoire sociale et l’historiographie de l’Inde coloniale. Il a notamment publié (en collaboration) Society and Circulation : Mobile People and Itinerant Cultures in South Asia, 1750-1950 (New Delhi, Permanent Black, 2002)
Les onze volumes qui composent la série des
Subaltern Studies
[1] sont des ouvrages collectifs relatifs à l’histoire de l’Inde moderne
[2]. L’initiateur de
ce projet éditorial a été l’historien indien Ranajit Guha, qui a signé le manifeste
en forme de programme intellectuel placé en ouverture du recueil inaugural. Seuls
les volumes I à VI ont été publiés sous sa direction. Il a ensuite passé la main au
collectif d’intellectuels, en majorité des historiens, qui travaillait avec lui depuis le
début, mais il est resté le véritable inspirateur de l’ensemble de la série. La composition du groupe a quelque peu évolué au fil des années et plusieurs de ses membres
sont devenus des vedettes de la scène internationale des sciences sociales (Dipesh
Chakrabarty, Partha Chatterjee, Gyan Prakash, Gayatri Spivak).
Le collectif des
Subaltern Studies s’est constitué à une époque où l’historiographie de l’Inde coloniale se divisait encore pour l’essentiel en deux grands courants : d’un côté, l’histoire « impérialiste »
[3] ou du moins ses derniers avatars, de
l’autre, l’histoire nationaliste, souvent à forte coloration marxiste. La plupart des
jeunes historiens rassemblés autour de Guha avaient été fascinés par le maoïsme,
et renvoyaient dos à dos ces deux historiographies, critiquées l’une et l’autre pour
leur caractère foncièrement élitiste. L’historiographie nationaliste, en particulier,
était accusée de reproduire le discours hégémonique du nationalisme bourgeois,
qui avait noyé les oppositions de classe de la société indienne dans l’unanimisme
du combat pour l’indépendance nationale, et avait porté au pouvoir une élite indigène exploiteuse et oublieuse des promesses qu’elle avait faites au peuple quand il
s’était agi de le mobiliser contre les Britanniques. L’objectif des
Subaltern Studies
était de produire une histoire qui restaure la parole du peuple des « subalternes »
et témoigne de sa culture politique autonome, non « prépolitique » ou arriérée mais
différente de celle de l’élite. Certes, il y avait là des traces de romantisme populiste, mais aussi, dès le départ, l’esquisse d’une critique des théories unilinéaires du
progrès et de l’État-nation comme incarnation d’une modernité bourgeoise répressive, culturellement homogénéisante et sourde aux aspirations du peuple
[4]. En dix
ans, cette posture intellectuelle a conduit bon nombre d’historiens subalternistes,
partis d’un marxisme critique d’inspiration gramscienne, dans les parages du post-modernisme, et au premier rang du courant intellectuel inspiré par Edward Saïd
(et, à travers lui, par Michel Foucault) qu’on appelle la pensée postcoloniale.
L’objet premier du discours critique des subalternistes indiens, c’est le grand récit
normatif de la trajectoire historique de l’Europe de l’Ancien Régime au capitalisme
industriel et à la modernité, récit qui constitue partout dans le monde, selon eux,
le paradigme dominant des sciences sociales, et notamment le modèle de référence
implicite de l’historiographie universitaire
[5]. L’histoire des sociétés non européennes, expliquent-ils, est toujours analysée à partir de ce type idéal et caractérisée par les différences qui l’en distinguent. Àl’époque des conquêtes coloniales,
l’Europe a constamment justifié son expansionnisme en affichant sa volonté
d’étendre aux sociétés non européennes prétendument moins avancées son modèle
culturel de la modernité, dont elle leur refusait le bénéfice dans la pratique. Les
nationalismes du Tiers Monde, dont la plupart étaient intrinsèquement des idéologies modernistes, ont souvent repris à leur compte, à destination de leurs propres
classes populaires, cette téléologie de l’évolution historique nécessaire vers l’individualisme bourgeois, la loi moderne et l’État-nation, posant en principe que les
droits de l’individu et l’idée abstraite de l’égalité étaient des conceptions applicables
à toute l’humanité dans les mêmes termes qu’en Occident. Le fondement de ce credo
est l’humanisme rationnel, séculier et universaliste de la philosophie des Lumières,
dont le libéralisme et le marxisme, avec sa téléologie de l’émancipation du genre
humain, sont les rejetons. Les historiographies socialistes ou nationalistes des pays
du Sud sont aujourd’hui encore imprégnées de ce paradigme d’une histoire dont
le sujet théorique est une Europe modélisée. Certes, il est indéniable que l’égalitarisme bourgeois et l’accès à la citoyenneté dans le cadre d’un État-nation souverain ont rendu maîtres de leur destin partout dans le monde des groupes jusqu’alors
opprimés et marginalisés. Mais ce que l’on reconnaît moins facilement, c’est que
cet idéalisme de la liberté, de la civilisation, du progrès, et plus récemment du développement, a été et reste encore et partout associé, sous une forme ou sous une autre,
à la répression et à la violence.
Selon les théoriciens postcoloniaux, ce méta-récit européocentrique de la modernisation est le produit d’une dégénérescence idéologique de la pensée des Lumières,
apparue au XIX
e siècle avec les théories historicistes du progrès. Même si elle se
défend de toute affinité avec les philosophies de l’histoire, la discipline historique
véhicule le postulat implicite que la modernité – c’est-à-dire le capitalisme – est
née en Europe à un moment donné de l’histoire, qu’elle s’est progressivement
mondialisée en s’imposant aux différentes cultures qu’elle rencontrait, et que tous
les peuples de l’humanité sont voués à connaître la même évolution, en passant par
les mêmes étapes; certains d’entre eux, en particulier les peuples colonisés, étant
seulement condamnés à parvenir à l’étape finale de l’évolution plus tard que les
autres. Cette vision formatée implique que les peuples, les lieux et les objets, quels
que soient la culture et le mode d’historicité de chaque société, sont emportés
dans le cours naturel et continu de l’histoire, ce temps « homogène et vide » que
WalterBenjamin a dénoncé comme une conception dogmatique et artificielle
[6]. En
rejetant résolument ce catéchisme, les subalternistes rejoignent la tradition bien
établie de la critique antimoderne de l’historicisme, nourrie de Nietzsche et pour
une part de Freud, et largement popularisée par l’École de Francfort, Heidegger,
et plus récemment Foucault. Cette critique trouve aujourd’hui, son expression
dans le postmodernisme, à travers une combinaison d’ultragauche et de néolibéralisme.
Les historiens postcoloniaux indiens renforcent ce complexe de pensée critique
d’un puissant complément d’arguments organisés autour du thème de la subalternité.
Ils dénoncent l’intransigeance doctrinale de l’historicisme qui précipite l’infinie diversité de l’expérience humaine dans un moule historique unique. Ils montrent comment ce méta-récit de la modernisation et de la transition infériorise les modes
d’historicité non modernes en les décrétant irrationnels, considère ce qu’il appelle
superstition comme synonyme d’arriération, et refuse de reconnaître au discours
du sujet non moderne le statut de « théorie »
[7]. Ces auteurs s’indignent en outre
que les historiens qui jouissent d’une notoriété internationale soient, sauf rares exceptions, des historiens des pays développés qui ignorent tout, ou presque tout, de
l’histoire du monde non occidental (dès lors reléguée dans le domaine des « spécialistes »). Cette asymétrie, effectivement choquante, révèle, par-delà toute considération relative à la géopolitique de la production scientifique mondiale, l’européocentrisme indéracinable de la discipline historique.
Dans ses grandes lignes, cette critique recueille aujourd’hui un assez large
consensus de par le monde, y compris en Occident. Mais certains penseurs post-coloniaux vont beaucoup plus loin, et passent de la critique de l’histoire comme
discipline intrinsèquement compromise avec l’historicisme et l’européocentrisme
à la critique pure et simple de la science. Pour ceux qui franchissent ce pas théorique, tout effort de généralisation en histoire est un acte d’oppression intellectuelle.
Les procédures d’objectivation qui conditionnent l’existence même d’une science
du social sont dénoncées comme réifiantes, par opposition à l’approche subjectiviste de celui qui prétend parler au nom et du point de vue de l’acteur individuel.
Ilya plus ici que le problème bien connu de l’opposition entre structures (objectives) et représentations (subjectives) dans les sciences sociales. Bourdieu, parmi
d’autres, a montré que poser cette alternative revenait à dissocier artificiellement
deux moments nécessaires et dialectiquement reliés de la genèse du savoir socio-logique
[8]. Pour nos historiens, ce qu’il y a de spécifique dans l’expérience historique
des subalternes résiste, voire échappe à la prise de l’historien professionnel, alors
même que l’impérialisme du discours historiciste prétend tout assimiler. Ce qui est
bel et bien en question ici, c’est la légitimité même du principe de rationalité sous-jacent à la constitution des sciences sociales, désormais assimilées à un mode
culturel particulier de raisonnement, qualifié de « libéral-séculier ». L’historien qui
opère dans ce cadre épistémologique se situe incontestablement dans une relation
de sujet à objet vis-à-vis du matériau humain qu’il analyse. Il l’« anthropologise »,
disent avec réprobation les théoriciens de la postcolonialité. S’il veut écrire de la
« bonne » histoire, conforme aux canons de scientificité universitaires, il doit
réifier le passé, le traiter comme un objet mort, traduire l’infinie diversité des
univers de sens et des façons d’être humain dans les catégories rationalisantes de
la pensée européenne des Lumières. C’est ce code de procédure intellectuelle qui
rend possible l’existence d’un langage universel des sciences sociales. Selon le
discours historiciste de la modernité, toujours imprégné d’un idéal implicite
d’émancipation de l’homme esclave de la superstition et de la coutume, toutes les
cultures sont vouées à rejoindre tôt ou tard la marche inéluctable de l’humanité vers
le modèle libéral et rationnel de société aujourd’hui réalisé en Occident. Il faut combattre ce discours ethnocentrique, destructeur et abstrait, écrit Dipesh Chakrabarty,
et « tenter de dire une autre histoire de la raison », c’est-à-dire déconstruire la prétention de la raison moderne au monopole de l’universalité, et lui opposer l’évidence que la raison est plurielle et incarnée dans la diversité concrète des identités
culturelles, qui sont toutes d’égale dignité
[9].
Dans son principe, cette attitude critique n’est pas nouvelle. La réaction romantique à l’universalisme des Lumières, annoncée par Herder qui défendait l’originalité de l’identité culturelle allemande contre ce qu’il percevait comme une
menace d’uniformisation par l’humanisme abstrait de la raison moderne
[10], exprimait un refus comparable. Mais ce qui mérite toute notre attention, c’est le fait que
les intellectuels postcoloniaux, en dépit de leur détermination à penser en termes
de singularités, ne se reconnaissent pas pour autant comme relativistes. Certes,
Herder admettait pleinement la pluralité des cultures, toutes ayant selon lui un droit
égal à l’existence, et il signifiait par là son adhésion implicite à l’idéologie moderne
des droits de l’individu, seulement transférée au plan des cultures vues comme des
individus collectifs
[11]. Mais il gardait en vue un horizon d’universalisme qui l’empêchait de concevoir les cultures comme des monades, et il n’abandonnait pas l’espoir de préserver à la fois ce qu’on appellerait aujourd’hui le droit à la différence
et les chances d’une communication interculturelle. On retrouve cette tension
entre deux fidélités profondément enracinées chez beaucoup de postcolonialistes,
et c’est là ce qui fait à la fois la difficulté et l’intérêt de leur position.
En effet, on serait parfois tenté de dire que l’historiographie subalterniste est
néomoderne au moins autant que postmoderne, le moment théorique qu’elle
représente impliquant autant la fidélité au marxisme que la reconnaissance de la
« différence »
[12]. S’ils se réclament de Heidegger et de la tradition herméneutique
lorsqu’ils critiquent l’universel abstrait de l’humanisme moderne, les subalternistes ne renient pas le lien qui les rattache à Marx, inspirateur originel de leur projet
de réhabilitation de la parole du peuple. Ils le peuvent d’autant moins que la
dénonciation postmoderniste du nihilisme de la modernité et des potentialités
totalitaires des grands récits d’émancipation de l’humanité, si elle constitue pour
les penseurs postcoloniaux un apport théorique providentiel dont ils nourrissent
leur propre critique du discours occidental, n’en débouche pas moins sur une
impasse politique. Ils savent bien en effet que les luttes d’inspiration progressiste
du siècle écoulé pour la justice sociale et la démocratie « bourgeoise » figurent toujours au premier rang des priorités politiques des peuples anciennement colonisés. Le flot incessant des migrants du Sud qui affluent vers les pays du Nord en
bravant tous les risques n’est-il pas fait de pauvres ou d’opprimés qui votent avec
leurs pieds, si l’on peut dire, en faveur du modèle de société (imaginé peut-être)
de l’Occident moderne ? Et les propagandes antimodernistes déversées par les
intégrismes sur des populations indigentes ne vont-elles pas souvent de pair avec
des stratégies de pouvoir à visée despotique ? Lorsqu’ils pratiquent le scepticisme
postmoderniste qui a cours dans les pays nantis où beaucoup d’entre eux se sont
établis, les postcolonialistes indiens s’exposent à la critique qui leur reproche de
faire bon marché des besoins réels des peuples auxquels ils appartiennent et dont
ils font profession de protéger l’identité culturelle menacée. C’est pourquoi, lorsqu’il parle de « provincialiser l’Europe », Dipesh Chakrabarty se défend avec
véhémence de vouloir rejeter les valeurs libérales des Lumières et de la modernité
européenne et admet que toute prétention à l’universalisme n’est pas nécessairement une forme camouflée d’impérialisme. L’on sait bien que l’État-nation moderne,
pourtant né sous les auspices des idéologies historicistes du progrès, a frustré le
peuple des avancées de la justice et de la démocratie que les leaders nationalistes
lui avaient fait miroiter. Mais les peuples subalternes ont besoin des travaux
d’histoire pour pouvoir nourrir leurs luttes sociales de références établies dans le
respect des canons de scientificité modernes de la discipline. L’historien ne saurait
donc jeter aux orties les règles rationnelles d’objectivité sans lesquelles il n’est pas
de savoir positif. Il faut, selon Chakrabarty, critiquer l’historicisme et inventer des
stratégies pour penser la différence, mais sans abandonner pour autant toute prétention à tenir un discours théorique scientifiquement recevable.
Faut-il comprendre cette posture conciliante à l’égard du « modèle européen »
de la théorie des sciences sociales comme un moment intellectuel provisoire, une
concession aux priorités immédiates du peuple dictée par l’opportunité politique ?
C’est tout le problème du rapport entre la « théorie » postcoloniale, posture antimoderne volontiers provocatrice, et la « politique » postcoloniale, nécessairement
moins radicale parce qu’un rejet intransigeant de la modernité, qui les couperait
des masses populaires, serait politiquement suicidaire pour les intellectuels des
pays concernés. Le problème n’est pas tranché, et plusieurs attitudes coexistent.
Certains intellectuels, comme Ashis Nandy, vont jusqu’au bout de leur critique. Ils
récusent les prétentions à l’universalité d’un discours de la raison qu’ils considèrent comme ethnocentrique et historiquement singulier et posent qu’une doctrine
culturellement située comme celle des droits de l’homme doit être modulée selon
les dispositions culturelles et l’expérience propres à chaque communauté humaine.
La corporation historienne étant de toute façon et irrémédiablement compromise avec le pouvoir et l’État-nation, ils récusent le principe d’une histoire alternative qui ferait leur place aux groupes sociaux et aux modes de vie et de pensée
habituellement marginalisés ou exclus par l’historiographie européocentrique qui
prévaut partout. Ce qu’ils recherchent, c’est plutôt une alternative à l’histoire, et
d’abord d’une revalorisation du mythe comme expression authentique de l’univers
de sens et du rapport au temps propres au peuple indigène
[13]. Divers auteurs issus
de l’École de Francfort, comme Karl Popper ou Jürgen Habermas (rejoints récemment par Alain Touraine)
[14], ont tenté de penser une modernité non historiciste,
en condamnant le modernisme positiviste agressif et intolérant sans renoncer pour
autant ni à la raison ni au cœur libéral des Lumières. Mais penser avec eux reviendrait une fois encore à se chercher des modèles en Europe. Certains intellectuels
comme Chakrabarty postulent à la façon des postmodernistes qu’il n’ya pas de réalité
identifiable mais seulement une pluralité de discours sur les faits, ce qui leur permet de s’en tenir à la critique du discours de la modernité, à la subversion de
l’historiographie, à la célébration esthétique de la singularité des mondes de significations indigènes. Il leur suffit de s’autoproclamer interprètes de la culture des
subalternes qui n’ont jamais eu droit à la parole. S’ils restent en théorie solidaires
des luttes concrètes d’inspiration moderniste et progressiste que ces peuples mènent
pour faire respecter leurs droits élémentaires, leur ralliement s’opère à distance,
à titre provisoire, et au titre d’exigences purement stratégiques. Peut-être, dans ce
cas, faut-il tout simplement suivre Achille Mbembe lorsqu’il relève la « pauvreté
philosophique » de la pensée postcoloniale
[15]. Enfin, il y a ceux qui, comme Shahid
Amin, évitent ces apories en cherchant seulement à pluraliser la raison historienne
sans la renier, en s’attachant notamment à analyser la relation entre le type d’histoire
qu’on écrit avec les archives et les visions du passé que véhiculent la tradition
populaire et la mémoire collective
[16].
Alors, que reste-t-il des
Subaltern Studies
? Il faut d’abord reconnaître que cette
entreprise intellectuelle est à l’origine d’une production talentueuse qui a profondément ébranlé depuis vingt ans, à travers l’étude du cas de l’Inde, les perspectives
dominantes dans le champ de l’histoire des mondes coloniaux depuis l’époque des
indépendances, ouvert des problématiques inédites, et exploré de nouvelles façons
d’aborder le discours des sources coloniales. L’apport essentiel est d’ordre critique. Les
Subaltern Studiesont fourni sans conteste une des expressions les plus
percutantes du procès de l’ethnocentrisme dans les sciences sociales, de l’élitisme
des approches « par le haut », et de la « version standard » de l’histoire
[17], dont le
cadre de référence est l’histoire nationale. Le type de trajectoire, qui a mené ce
groupe d’intellectuels du marxisme à une théorie critique profondément marquée
par le « tournant » linguistique et culturel de la fin du XX
e siècle, n’a rien d’exceptionnel dans la mouvance de la pensée postmoderniste (c’est notamment le parcours
des
Cultural Studies anglo-américaines). Mais l’originalité des subalternistes, c’est
d’avoir formulé cette critique générale des cadres de pensée traditionnels de
l’histoire et des sciences sociales à partir de l’expérience des peuples déshérités qui
ont subi le traumatisme de la sujétion coloniale puis le poids écrasant des déséquilibres Nord-Sud, et qui demeurent soumis, dans le champ académique, à ce qu’ils
nomment la « violence épistémologique » de la pensée occidentale. La thématique
générale qu’ils développent prolonge la théorie élaborée par Foucault, et vulgarisée par Edward Saïd dans le domaine des études orientalistes, du rapport consubstantiel entre savoir et pouvoir.
Bien entendu, le discours qui associe l’anticolonialisme à la critique de l’élitisme, de l’historicisme et de l’européocentrisme en histoire et dans les sciences
sociales ne date pas d’aujourd’hui, mais ce n’était il y a quarante ou cinquante ans
qu’une parole militante isolée
[18]. Dans la conjoncture contemporaine de déclin
radical des paradigmes dominants dans laquelle s’est épanoui le postcolonialisme,
ce discours a fini par se banaliser, et ses idées forces sont maintenant très généralement admises, sauf dans leurs versions postmodernistes les plus radicales. L’écho
considérable dont ont bénéficié les travaux des auteurs subalternistes et postcolonialistes au cours de ces vingt dernières années dans le monde universitaire anglosaxon yest assurément pour quelque chose. Toutefois, quand on se reporte aux vastes
débats historiques en cours sur la
world history, sur les interactions entre le local
et le global, sur les incidences de la variation des échelles d’observation sur les régimes
de causalité, sur le pluralisme historiographique et la concurrence entre histoires
« standard » et mémoires alternatives, on constate que la réflexion des historiens
sur leur pratique scientifique, tout en intégrant ces critiques comme allant de soi,
les englobe dans des questionnements plus amples, plus imaginatifs, plus prospectifs
que ceux des subalternistes et des postcolonialistes, qui semblent par contraste
quelque peu ankylosés dans leur posture militante et figés dans un discours du ressentiment
[19].
Ainsi, alors qu’ils sont tous d’accord pour critiquer l’élitisme des approches
traditionnelles, les praticiens des sciences sociales n’en sont pas moins devenus
conscients des limites épistémologiques difficilement surmontables de l’histoire par
le bas (
cf. les discussions en cours sur la micro-histoire
[20]), sans parler des problèmes théoriques plus généraux que posent les approches « populistes » dans les
sciences sociales
[21]. De même, s’il est clair que les théories historicistes et totalisantes de l’histoire ne sont plus de saison, les historiens n’ont heureusement nullement renoncé à toute ambition d’interprétation générale du devenir historique,
même s’ils écartent désormais tout postulat mécaniste et toute idée de récit linéaire.
Il en est ainsi lorsqu’ils reconstituent les chaînes de circulations, de connexions, de
parentés, de métissages dont la trame de l’histoire mondiale est tissée depuis toujours,
[22] ou lorsqu’ils appliquent à de grands ensembles spatiaux non européens le
modèle d’analyse d’une dynamique régionale de longue durée élaboré par Braudel
pour la seule Méditerranée, réfutant d’ailleurs du même coup l’illusion si profondément enracinée de la singularité de l’expérience européenne et de sa centralité
dans la construction du monde moderne
[23]. Enfin, on peut critiquer l’européocentrisme sans s’enfermer dans un schéma stérile de pensée binaire qui essentialise l’Europe comme l’antithèse radicale de toutes les sociétés colonisées de l’âge
moderne. On peut, par exemple, relire son histoire comme un long processus de
colonialismes internes – ce qu’elle a été aussi–, ou montrer à quel point les métropoles européennes au temps du colonialisme ont été des créations de leurs empires
respectifs
[24]. C’est à travers le travail d’auteurs non occidentaux comme
RoyBinWong pour la Chine ou AchilleMbembe pour l’Afrique, qui ont à la fois
intégré et transcendé avec lucidité et créativité l’apport critique du subalternisme
et du postcolonialisme, qu’on entrevoit pour ce courant de pensée la possibilité d’une
postérité scientifiquement prometteuse
[25].
Dans le contexte contemporain de la mondialisation, qui fait de l’ethnicité un
facteur essentiel de segmentation de la vie sociale et favorise l’émergence de savoirs
« insurgés » de tous bords, la critique subalterniste et postcoloniale de la modernité occidentale répond évidemment à des attentes largement partagées. Les
Subaltern Studiesconstituent aujourd’hui pour beaucoup d’intellectuels des pays du
Sud une référence et un modèle. Mais un tel « effet d’aubaine » risque d’encourager dans ce courant de pensée la tendance au dogmatisme, voire une certaine
immaturité épistémologique, s’il ne se laisse pas questionner en profondeur par ce
qu’il y a de plus novateur aujourd’hui dans le travail des historiens et des sociologues
de la culture.
·
Pour une appréciation d’ensemble de l’apport historiographique de la série, on peut
consulter les deux anthologies composées par son initiateur :
·
RANAJIT GUHA, GAYATRI C. SPIVAK (eds), Selected Subaltern Studies, Delhi, New York, Oxford
University Press, 1988.
·
RANAJIT GUHA (ed.), A Subaltern Studies Reader, 1986-1995, Delhi, Oxford University Press,
1997, et Minneapolis, University of Minnesota Press, 1998.
·
Il existe en français un choix de textes théoriques importants d’auteurs subalternistes
dans Mamadou Diouf (dir.), L’historiographie indienne en débat. Colonialisme, nationalisme et sociétés postcoloniales, Paris-Amsterdam, Karthala-Sephis, 1999.
·
L’historiographie subalterniste ne se limite pas aux onze volumes des Subaltern
Studies. Outre les ouvrages de Shahid Amin et Dipesh Chakrabarty déjà cités en
note de bas de pages de cet article, on peut également consulter les autres ouvrages
des membres du collectif :
·
PARTHA CHATTERJEE, Nationalist Thought and the Colonial World : A Derivative Discourse ?,
Delhi, Oxford University Press, et Londres, Zed Books, 1986.
·
PARTHA CHATTERJEE, The Nation and its Fragments : Colonial and Postcolonial Histories,
Princeton, Princeton University Press, et Delhi, Oxford University Press, 1993.
·
RANAJIT GUHA, Elementary Aspects of Peasant Insurgency in Colonial India, Delhi, Oxford
University Press, 1983.
·
RANAJIT GUHA, Dominance without Hegemony : History and Power in Colonial India,
Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1997.
·
DAVID HARDIMAN, Feeding the Baniya : Peasants and Usurers in Western India, Delhi, Oxford
University Press, 1996.
·
DAVID HARDIMAN, The Coming of the Devi : Adivasi Assertion in Western India, Delhi, Oxford
University Press, 1987.
·
GYANENDRA PANDEY, The Construction of Communalism in Colonial North India, Delhi,
Oxford University Press, 1990.
·
GYAN PRAKASH, Bonded Histories : Genealogies of Labor Servitude in Colonial India,
Cambridge, Cambridge University Press, 1990.
·
Les travaux des subalternistes ont suscité un vaste débat critique, principalement en
Inde dans les années 1980, et plus récemment à l’échelle internationale. On dispose
de deux recueils de contributions notoires à ce débat, présentées par de substantielles
introductions :
·
VINAYAK CHATURVEDI, (ed.), Mapping Subaltern Studies and the Postcolonial. Londres, Verso,
2000.
·
DAVID LUDDEN, (ed.), Reading Subaltern Studies : Critical History, Contested Meaning and the
Globalisation of South Asia, New Delhi, Permanent Black, 2001.
·
On peut y ajouter deux critiques qui ne figurent pas dans ces recueils :
·
MRIDULA MUKHERJEE, « Peasant Resistance and Peasant Consciousness in Colonial India : “Subalterns” and Beyond », Economic and Political Weekly, 23 ( 41 et 42), 8 et
15 octobre 1988.
·
TIRTHANKAR ROY, « Subaltern Studies : Questioning the Basics », Economic and Political
Weekly, 37 ( 23), 8 juin 2002.
·
Les Subaltern Studies ont rencontré des échos plus ou moins favorables dans
différents pays du Sud.
·
En Amérique latine :
·
FLORENCIA E. MALLON, « The Promise and Dilemma of Subaltern Studies : Perspectives from
Latin American History », American History Review, 99 ( 5), 1994.
·
JOHN BEVERLEY, Subalternity and Representation : Arguments in Cultural Theory, Durham,
N.C., Duke University Press, 1999.
·
ILEANA RODRIGUEZ (ed.), The Latin American Subaltern Studies Reader, Durham, N.C., Duke
University Press, 2001.
·
En Afrique sub-saharienne, outre l’ouvrage d’Achille Mbembe et l’introduction de
M. Diouf à son recueil de textes, tous deux déjà cités :
·
FREDERICK COOPER, « Conflict and Connection : Rethinking Colonial African History »,
American Historical Review, 99 ( 5), 1994.
·
La bibliographie (essentiellement anglo-saxonne) relative au courant de pensée
postcolonial avec lequel les Subaltern Studies se confondent aujourd’huiest très vaste
et ne cesse d’augmenter, notamment aux États-Unis. Pour une première approche,
voir les manuels et anthologies suivants :
·
PATRICK WILLIAMS, & LAURA CHRISMAN (eds), Colonial Discourse and Post-Colonial Theory : A
Reader, New York, Columbia University Press, 1994.
·
BILL ASHCROFT, GARETH GRIFFITHS & HELEN TIFFIN (eds), The Post-Colonial Studies Reader,
Londres, Routledge, 1995.
·
PADMINI MONGIA (ed.), Contemporary Postcolonial Theory : A Reader, Londres, Edward
Arnold, 1996, et Delhi, Oxford University Press, 1997.
·
BILL ASHCROFT, GARETH GRIFFITHS & HELEN TIFFIN, Key Concepts in Post-Colonial Studies, Londres,
Routledge, 1998.
·
LEELA GANDHI, Postcolonial Theory : A Critical Introduction, New York, Columbia University
Press, et Delhi, Oxford University Press, 1998.
·
ANITA LOOMBA, Colonialism/Postcolonialism, Londres, Routledge, 1998.
·
Parmi les textes ou recueils théoriques issus d’auteurs indiens ou indianistes (lesquels
constituent l’aile marchante du courant postcolonial), on peut retenir notamment,
outre les ouvrages déjà cités de A. Nandy :
·
HOMI K. BHABHA (ed.), Nation and Narration, Londres, Routledge, 1990.
·
HOMI K. BHABHA, The Location of Culture, Londres, Routledge, 1994.
·
CAROL A. BRECKENRIDGE & P. VAN DER VEER (eds), Orientalism and the Postcolonial Predicament :
Perspectives on South Asia, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 1993.
·
NICHOLAS B. DIRKS, « History as a Sign of the Modern », Public Culture, 2 ( 2), 1990.
·
NICHOLAS B. DIRKS (ed.), Colonialism and Culture, Ann Arbor, Mi., University of Michigan
PRESS, 1992.
·
NICHOLAS B. DIRKS, « Postcolonialism and its Discontents : History, Anthropology, and
Postcolonial Critique », dans Scott, J.W., Keates, D. (eds), Schools of Thought :
·
Twenty-Five Years of Social Science and Social Change, Princeton, Princeton
University Press, 1999.
·
NICHOLAS B. DIRKS, Castes of Mind : Colonialism and the Making of Modern India, New Delhi,
Permanent Black, 2001.
·
ASHIS NANDY, The Intimate Enemy : Loss and Recovery of Self under Colonialism, Delhi,
Oxford University Press, 1983.
·
ASHIS NANDY, The Illegitimacy of Nationalism : Rabindranath Tagore and the Politics of Self,
Delhi, Oxford University Press, 1994.
·
GYAN PRAKASH, Another Reason : Science and the Imagination of Modern India, Princeton,
N.J., Princeton University Press, 1999, et Delhi, Oxford University Press, 2000.
·
GYAN PRAKASH (ed.), After Colonialism : Imperial Histories and Postcolonial Displacements,
Princeton, N.J., Princeton University Press, 2001.
·
GAYATRI C. SPIVAK, A Critique of Postcolonial Reason : Toward a History of the Vanishing
Present, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1999.
·
Parmi les innombrables travaux critiques suscités, dans le champ des sciences sociales
comme dans celui des études littéraires, par la pensée postcoloniale, on peut citer :
·
AIJAZ AHMAD, In Theory : Classes, Nations, Literatures, Oxford, Oxford University Press, 1992.
·
VINAY BAHL, « What Went Wrong with “History from Below” », Economic and Political
Weekly, 38 ( 2), 11 janvier 2003, p. 135-146.
·
ARIF DIRLIK, « The Postcolonial Aura : Third World Criticism in the Age of Global
Capitalism », Critical Inquiry, 20 ( 2), 1994.
·
ARIF DIRLIK,, VINAY BAHL, ET PETER GRAN (eds), History After the Three Worlds : Post-Eurocentric
Historiographies, Lanham, Ma., Rowman & Littlefield, 2000.
·
RICHARD M. EATON, « (Re)imag(in)ing Otherness : A Postmortem for the Postmodern in
India », Journal of World History, 11 ( 1), 2000.
·
RICHARD KING, Orientalism and Religion : Post-Colonial Theory, India and « the Mystic East »,
Londres, Routledge, 1999.
·
BART MOORE-GILBERT, Postcolonial Theory : Contexts, Practices, Politics, Londres, Verso, 1997.
·
SUMIT SARKAR, « Postmodernism and the Writing of History », Studies in History, 15 ( 2),
1999.
[1]
Subaltern Studies : Writings on South Asian History and Society. Les dix premiers volumes ont été publiés par Oxford University Press à Delhi, le onzième par Permanent Black/Ravi Dayal à New Delhi. Ils ont été coordonnés par différents
membres du collectif responsable de la série : Ranajit Guha (vol. I àVI- 1982-1989); Partha Chatterjee et Gyanendra Pandey
(vol. VII- 1993); David Arnold et David Hardiman (vol. VIII- 1994); Shahid Amin et Dipesh Chakrabarty (vol. IX- 1996);
Gautam Bhadra, Gyan Prakash et Susie Tharu (vol. X - 1999); Partha Chatterjee et Pradeep Jeganathan (vol. XI- 2000).
[2]
L’Inde précoloniale est également traitée dans un petit nombre de contributions.
[3]
L’histoire écrite du point de vue du colonisateur.
[4]
Pour une présentation plus approfondie du projet subalterniste à ses débuts, voir Jacques Pouchepadass, « Les
Subaltern
Studies ou la critique postcoloniale de la modernité »,
L’Homme, 156,2000, p. 161-185.
Cf., également, l’analyse rétrospective
du parcours intellectuel de la série proposée par l’un des membres les plus importants du collectif, D. Chakrabarty : « A Small
History of
Subaltern Studies», dans
Habitations of Modernity : Essays in the Wake of Subaltern Studies, NewDelhi, Permanent
Black, 2002, p. 3-19.
[5]
Voir en particulier D. Chakrabarty,
Provincializing Europe : Postcolonial Thought and Historical Difference, Princeton, N.J.,
Princeton University Press, 2000.
[6]
Walter Benjamin, « Sur le concept d’histoire » (1942), dans
Œuvres, Paris, Gallimard, 2000, tomeIII, notammentp. 439-443.
[7]
Cf. D. Chakrabarty,
Provincializing Europe,
op. cit., notamment l’épilogue « Reason and the Critique of Historicism »,
p. 237-255.
[8]
Voir, par exemple, Pierre Bourdieu, « Espace social et pouvoir symbolique », dans
Choses dites, Paris, Éditions de Minuit,
1987, p. 147-166.
[9]
D. Chakrabarty,
Provincializing Europe,
op. cit., p. 235-236.
[10]
Cf. Une autre philosophie de l’histoire(
Auch eine Philosophie der Geschichte, 1774), réédité dans Johann Gottfried Herder,
Histoire
et cultures, Paris, Flammarion, 2000, avec une présentation d’Alain Renaut.
[11]
Louis Dumont,
Essais sur l’individualisme, Paris, LeSeuil, 1983, chap. 3, et « Identités collectives et idéologie universaliste : leur interaction de fait »,
Critique, 41 ( 546), 1985, p. 506-518.
[12]
« Subaltern Studies can only situate itself theoretically at the juncture where we give up neither Marx nor “difference”. » (la posture théorique des
Subaltern Studiescombine nécessairement l’adhésion à Marx et le respect de la différence)
(
Cf. D. Chakrabarty,
Provincializing Europe,
op. cit., p. 95).
[13]
Voir Ashis Nandy, « History’s Forgotten Doubles »,
History and Theory, 34 ( 2), 1995, p. 44-66, et
Time Warps : Studies
in the politics of Silent and Evasive Pasts, Londres, Hurst, 2001.
[14]
Alain Touraine,
Critique de la modernité, Paris, Fayard, 1992.
[15]
Réponse d’Achille Mbembe à une tribune de critiques de son livre (
De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans
l’Afrique contemporaine, Paris, Karthala, 2000),
Politique africaine, 91, octobre 2003, p. 190.
[16]
Shahid Amin,
Event, Metaphor, Memory : Chauri Chaura 1922-1992, Delhi, Oxford University Press, 1995; « Revisiting
the Turkish Conquest of North India, or the Recalcitrant Lives of Mahmud of Ghazni’s Sister’s Son », à paraître en version
française dans les
AnnalesHSS, 1,2005.
[17]
Expression d’Eric Hobsbawm citée par Herman Lebovics dans « Une “nouvelle histoire culturelle” ? La politique de
la différence chez les historiens américains »,
Genèses, 20,1995, p. 120.
[18]
Voir, par exemple, les écrits de Frantz Fanon parus dans les années 1950 et 1960, et Jean Chesneaux,
Du passé faisons table
rase ? À propos de l’histoire et des historiens, Paris, Maspéro, 1976.
[19]
Pour s’en tenir au domaine français, voir, par exemple, le dossier paru dans les
Annales HSS, 56 ( 1), 2001, « Une histoire à l’échelle globale »; Jacques Revel (dir.),
Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Hautes Études-Gallimard-LeSeuil, 1996; Bernard Lepetit (dir.),
Les formes de l’expérience. Une autre histoire sociale, Paris, Albin Michel, 1995.
[20]
Voir, par exemple, BradS. Gregory, « IsSmall Beautiful ? Microhistory and the History of Everyday Life »,
History and
Theory, 38 (1), 1999, p. 106-110.
[21]
Cf. Claude Grignon, Jean-Claude Passeron,
Le savant et le populaire. Misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Paris, Hautes Études-Gallimard-LeSeuil, 1989.
[22]
Voir dans « Une histoire à l’échelle globale », dossier cité, les contributions de Sanjay Subrahmanyam (« Du Tage au
Gange au XVI
e siècle : une conjoncture millénariste à l’échelle eurasiatique », p. 51-84) et Serge Gruzinski (« Les mondes
mêlés de la monarchie catholique et autres “connected histories”», p. 85-117).
[23]
Roy Bin Wong, « Between Nation and World : Braudelian Regions in Asia »,
Review – AJournal of the Fernand Braudel
Center, 26 ( 1), 2003.
[24]
Cf. Jean-Frédéric Schaub, « Les dangers d’une histoire “douce” de l’Europe »,
Étudeseuropéennes, 2003, disponible sur
le site de la revue
www. cees-europe. fr/ fr/ etudes/ revue; Antoinette Burton (ed.),
After the Imperial Turn : Thinking with and
through the Nation, Durham, N.C., Duke University Press, 2003.
[25]
R. BinWong,
China Transformed : Historical Change and the Limits of the European Experience, Ithaca, Cornell University
Press, 1997; A. Mbembe,
De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine,
op. cit.