2004
Critiques internationales
Jumelages institutionnels : les limites d’un apprentissage collectif
François Bafoil
sociologue, directeur de recherche au CNRS. E-mail : bafoil@ceri-sciences-po.org
Fabienne Beaumelou
actuellement expert FSE en Slovénie. E-mail : fabienne.beaumelou@ess.gov.si
Rachel Guyet
chargée des relations internationales au 1er cycle est-européen de Sciences Po à Dijon. E-mail : rachel.guyet@sciences-po.fr
Gilles Lepesant
géographe, chargé de recherches au CNRS, TIDE (Territorialité et identité dans le domaine européen, Bordeaux). E-mail : Gilles. Lepesant@free.fr
Édith Lhomel
rédactrice au Courrier des Pays de l’Est (la Documentation française). E-mail : edith.lhomel@df.gouv.fr
Catherine Perron
politologue, actuellement en post-doc. au CNRS et rattachée au CERI ; elleest également co-rédactrice en chef de Critique internationale. E-mail : perron@ceri-sciences-po.org
L’assistance communautaire aux pays d’Europe centrale et
orientale se déroule principalement dans le cadre du programme PHARE
[1]. Loin
d’adopter une posture statique, les promoteurs de ce programme ont constamment cherché, depuis son lancement en 1989, à ajuster ses orientations aux nouvelles
réalités de la région, tout en poursuivant une réflexion sur ses objectifs. L’analyse
critique des jumelages participe de cette démarche. Elle est d’autant plus importante
que cette pratique instaurée dès 1998 est vouée à se poursuivre au-delà de l’adhésion des nouveaux États membres à travers les mesures de la « facilité de transition »
[2].
En effet, le programme PHARE a été repensé à la suite de l’ouverture, fin 1997,
des négociations d’adhésion avec cinq pays candidats
[3]. Dans sa nouvelle architecture orientée vers la pré-adhésion
[4] et mise au point en 1998, la notion de
« renforcement institutionnel » occupe une place centrale, non seulement parce que
30% des fonds du programme PHARE sont consacrés à cette activité, mais surtout
parce que c’est tout un pan de la « méthode communautaire » qui doit être transféré
par son intermédiaire. Pour anticiper sur les difficultés des anciens pays communistes,
tant à participer aux processus décisionnels communautaires qu’à utiliser les fonds
mis à leur disposition, la Commission a décidé de cibler son aide sur la création et
la réforme des institutions nécessaires au rapprochement entre l’UE et les pays en
voie d’accession
[5]. Celui-ci est censé s’opérer par le biais d’une coopération entre administrations ou organisations semi-publiques des États membres et des États candidats dans le cadre de projets relatifs aux priorités de l’acquis communautaire, notamment dans les domaines de l’environnement, des finances publiques, de la politique
régionale, de la justice et des affaires intérieures, et de l’agriculture
[6]. Ces priorités
sont définies par la Commission au terme d’une analyse périodique des progrès
effectués par les pays candidats, dans le cadre du Partenariat pour l’Adhésion(PpA).
La Commission européenne joue par conséquent un rôle important en amont
du jumelage. Outre l’élaboration du cadre légal, financier et procédural dans lequel
s’inscrit le programme, elle définit les priorités et objectifs de celui-ci en collaboration
avec les pays candidats. En aval, elle se cantonne à un rôle de coordination et de
conseil. Une fois les besoins identifiés, elle fait se rencontrer dans les Points de
contact nationaux(PNC) les offres des pays membres et les demandes des pays candidats. Il appartient alors à ces derniers de choisir – sur concours– leurs partenaires.
C’est à partir de la présentation d’un programme d’intervention s’inscrivant dans
un appel d’offres public qu’est établi un contrat de jumelage (
Twinning)
[7] au titre
duquel les deux partenaires s’engagent à atteindre l’objectif qu’ils ont défini
ensemble. Les jumelages s’articulent autour de projets spécifiques (mise en œuvre
d’un système de taxe sur la valeur ajoutée, alignement des services de contrôle
vétérinaire sur ceux des États membres… ) dont il revient aux pays candidats de faciliter l’aboutissement en réunissant un certain nombre de conditions, telles que l’introduction de modifications dans les dispositions législatives, la formation et la préparation du personnel, ou encore la création d’agences de surveillance ou d’exécution.
L’épine dorsale des projets de jumelage demeure cependant le détachement sur
une longue durée (douze à dix-huit mois) d’un expert de l’État membre – le
Conseiller pré-adhésion (CPA)– entouré d’une équipe de spécialistes dont les prestations diverses se déroulent dans le cadre de missions de courte durée
[8]. Les jumelages étant considérés comme les outils de l’européanisation – envisagée comme une
entreprise de convergence, d’harmonisation et d’adaptation aux normes de l’UE–
des pays d’Europe centrale et orientale candidats à l’intégration, ce sont ces experts
qui vont permettre aux administrations publiques des pays candidats de faire
l’apprentissage des « bonnes pratiques » des États membres. Cet apprentissage est
perçu comme un processus d’accompagnement, d’imitation, de correction et, en fin
de compte, d’adaptation. Un jumelage implique trois partenaires : le pays candidat,
le pays membre – ou leurs régions respectives quand l’opération porte sur la région–
et la Commission européenne qui,
via sa délégation dans le pays candidat, intervient
périodiquement pour s’assurer du bon déroulement de la procédure.
L’étude des jumelages permet d’examiner la capacité de l’UE à adapter ses outils
d’assistance au terrain concerné
[9]. Son
Manuel de référence à ce sujet s’emploie ainsi
à tirer les leçons des critiques faites au programme PHARE : imprécision des
objectifs, difficultés à évaluer les progrès accomplis, recours à des consultants
privés extérieurs qui interviennent sur de courtes périodes mais se font payer très
cher, etc. Cependant, il importe également de s’interroger sur la place faite aux pays
candidats dans le dispositif d’assistance de l’Union. Un des principaux griefs
formulés par ces pays est en effet le caractère très directif du programme, qui
opère une véritable « mise sous tutelle » des gouvernements, les privant de tout
pouvoir de décision autonome
[10]. Plus généralement, l’analyse des modalités d’interaction entre les différents protagonistes, mais aussi le bilan des résultats obtenus
conduisent à s’interroger sur la méthode d’élargissement de l’Union – et ses
limites– ainsi que sur les conditions de transfert de son acquis (règles, expériences
et savoir-faire) à des pays que quarante années de pratiques communistes, notamment dans le domaine de l’administration, ont éloigné des standards occidentaux.
En effet, le système d’action des jumelages fait apparaître toute une série de dysfonctionnements qui rappellent ceux que James March et Herbert Simon ont mis
au jour dans leur analyse des phénomènes de disjonctions entre les attentes et les
résultats et, plus généralement, entre les questions posées et les réponses obtenues
[11].
Parmi les déterminants principaux de ces disjonctions, le sociologue et l’économiste
américains soulignent l’importance de la variable temporelle, et la fréquence du
cas de figure qui voit l’attention portée à une question décliner à mesure que la
réponse se fait attendre. En effet, d’autres problèmes viennent à se poser qui
réclament une solution encore plus urgente et provoquent le report, parfois
sinedie,
de la première solution attendue. Ainsi l’analyse des processus décisionnels conduit-elle à la définition du modèle dit « de la poubelle » (
garbage can model), selon
lequel, à mesure que le temps passe, les choix s’orientent au plus pressé, dans un
constant rejet (« à la poubelle ») des réponses devenues entre-temps obsolètes. Le
garbage can model érige ainsi en pivot de l’analyse la temporalité des occasions
d’entrée et de sortie (ou, si l’on préfère, de questions et de réponses) dans un
système d’action marqué par des combinaisons variées où les solutions trouvées le
sont en fonction du moment de l’intervention, et non suivant un raisonnement
logique mettant en jeu des attributions de causalité.
Cette référence au garbage can model ne signifie pas qu’aucun apprentissage
n’aurait lieu au cours de ces jumelages et que leur efficacité serait nulle. Mais elle
permet de souligner deux points essentiels. D’une part, les jumelages constituent
un système d’action local dans lequel les intérêts des trois partenaires mentionnés
plus haut sont parfois déconnectés les uns des autres, parce que ces derniers ne se
sont pas entendus au préalable sur les conditions d’une collaboration efficace.
D’autre part, du fait des différences – et parfois des incompatibilités – entre les
traditions d’intervention des institutions partenaires, du trop peu d’attention
accordée aux paramètres locaux, du rythme auquel se succèdent les problèmes à
résoudre, enfin, du décalage temporel entre les réponses et les questions évoqué
plus haut, l’efficacité des jumelages demeure bel et bien limitée. Parce qu’ils révèlent l’absence et d’une culture du résultat et de critères de performance clairement
identifiés, les jumelages soulèvent, infine, des problèmes relatifs à la nature même
des administrations publiques et conduisent à envisager la possibilité de leur préférer des agences plus innovantes. Le défi de l’innovation organisationnelle apparaît ainsi au sein d’un nouveau jeu d’incitations entre acteurs publics et privés.
Inventaire des dysfonctionnements
Dans un rapport rédigé en 2001 à la demande de la Commission, le consortium
OMAS, chargé du suivi et de l’évaluation des services au niveau européen, a relevé
plusieurs difficultés susceptibles de compromettre la réussite des jumelages
[12].
Certains traits caractéristiques du postcommunisme (États centralisés faibles,
administrations déstructurées, peu compétentes et fortement politisées) sont identifiés comme étant à l’origine des dysfonctionnements les plus évidents. C’est le
cas notamment pour ce qui est de l’appropriation des expériences et des expertises
délivrées dans le cadre des jumelages. Soulignant les difficultés rencontrées à ce
sujet par les administrations des pays candidats d’Europe centrale et orientale
dans le cadre de la politique de décentralisation mise en œuvre à partir de 1998,
les évaluateurs dénoncent en effet le manque de continuité dans l’action administrative, en raison notamment de la pratique répandue du
spoils system lors de chaque
renouvellement des équipes. Ce reproche est bel et bien fondé
[13], mais il est difficile de prétendre imposer aux États candidats l’obligation de maintenir en poste
les agents qu’ils souhaitent renvoyer, même s’ils ont été formés par la Commission
sur des budgets publics. On touche ici à ce que l’État considère comme relevant
exclusivement de sa souveraineté. Par ailleurs, l’UE est incapable, en l’occurrence,
de montrer l’exemple en matière de « bonne administration », alors même qu’elle
exige de ses partenaires candidats qu’ils mettent en place les « bons outils » de gestion
et de contrôle. Dans ces conditions, on peut comprendre que les instances politiques des pays concernés continuent de tenir leurs administrations sous tutelle,
contribuant ainsi à perpétuer les liens de clientélisme au lieu de s’engager dans la
voie du respect de la règle et de la non-politisation de l’administration
[14].
Le deuxième problème, lui, est plus facile à résoudre. Il tient au formalisme dont
font preuve les élites politiques des pays candidats dans leur façon de mener à
bien la reprise de l’acquis communautaire. Trop souvent, les réformes législatives
que cette dernière aurait dû entraîner n’ont pas eu lieu. Les lois et règlements se
sont ainsi superposés, accentuant d’autant l’impression de désordre et d’incertitude.
Le troisième problème résulte de l’impréparation des administrations régionales
en matière d’énonciation des programmes de politique publiques. Il n’est guère
besoin de s’étendre ici sur ce point, qui renvoie à un aspect des transitions post-communistes largement commenté par ailleurs. C’est à partir de ce constat que la
Commission européenne a décidé en 2001 de confier la programmation des Fonds
structurels aux échelons centraux des ministères et non aux régions
[15]. Rappelons
seulement que ces programmes, établis au niveau central et non à l’échelle d’une
seule région, sont souvent imprécis, trop généraux et par conséquent trop ambitieux parce que ne prenant en compte ni la réalité du contexte local ni les ressources
disponibles ni la capacité d’apprentissage et d’intervention du partenaire. Dans la
mesure où elle entend faire valoir sa singularité, chaque région a alors beau jeu de
dénoncer l’inadéquation des priorités d’intervention établies pour l’ensemble du
territoire et qu’il lui est demandé d’appliquer à son échelon, compte tenu de ses
besoins réels.
Enfin, le dernier problème provient de l’incapacité des États membres à fournir
des ressources humaines suffisamment qualifiées et adaptées aux défis de la reprise
de l’acquis et partant du jumelage. Au-delà des défaillances constatées du côté des
États postcommunistes se pose donc également la question des capacités d’intervention de l’UE et de ses États membres (statut de l’expertise et profil du spécialiste envoyé) et des usages qui en sont faits (savoirs mobilisés, types de transferts
effectués et possibilité de capitalisation du savoir-faire). Selon le consortium
OMAS, ce n’est qu’en s’appuyant sur les expériences passées que les États membres
pourront accroître l’efficacité de leur soutien aux pays candidats. C’est précisément
sur ce point que l’on voudrait s’attarder quelque peu en insistant sur la capacité
potentielle des nouveaux États membres à innover en matière institutionnelle et
donc à dépasser la simple problématique de l’apprentissage, appréhendé sous
l’angle de la reproduction, quand bien même celle-ci se révèlerait adaptée. En
effet, les pays candidats ne sont pas les seuls responsables des désajustements
observés. Le profil des experts envoyés par les États membres ainsi que le fonctionnement de la Commission doivent également être remis en cause
[16]. C’est précisément dans la conjonction de ces différents facteurs que réside, selon nous, le
principal obstacle à la réussite des jumelages.
Indentifier les responsabilités
L’étape de la conception d’un projet de jumelage mérite d’être examinée séquence
par séquence. En effet, cette phase préliminaire fait apparaître toute une série de
dysfonctionnements symptomatiques, qui sont autant de facteurs explicatifs des insatisfactions ultérieures. Or, s’il est utile de relever en amont les désajustements afin
d’y remédier par la suite, il est tout aussi important de définir le type d’ajustements
nécessaires entre les différents acteurs qui seraient en mesure, à l’avenir, d’assurer
aux jumelages une plus grande efficacité. L’objectif est ici d’identifier ce qui relève
de l’inadéquation entre méthodes communautaires, le profil des experts et les réalités locales centre-européennes, et de cerner la nature et l’origine des blocages du
côté des pays candidats. En particulier, on observe fréquemment un décalage
considérable entre les objectifs affichés par le candidat et les besoins qui sont les
siens à la lecture des fiches projet préliminaires que chaque État candidat est tenu
de remettre à la Commission pour bénéficier de l’assistance attendue. Par manque
de savoir-faire, les demandes formulées par les pays candidats sont souvent exorbitantes. Or ce sont pourtant elles que l’État membre de l’UE, partenaire du jumelage, s’engage théoriquement à satisfaire.
Certes, la déconnexion entre les administrations centrales et les représentants
locaux a sa part de responsabilité dans la difficulté à établir un diagnostic pertinent,
mais d’autres éléments entrent aussi en ligne de compte, notamment ceux relatifs
à l’apprentissage et à l’appropriation dans un contexte économique et social inédit
(celui de la sortie du communisme) de cadres d’analyse prédéfinis par l’UE dans
un contexte tout à fait différent, et qui ne renvoient pas nécessairement à une
réalité saisissable sur le terrain. Ainsi certains leitmotive européens – la formation
tout au long de la vie mise en avant au titre de l’Agenda de Lisbonne, par exemple–
apparaissent-ils totalement dépourvus de sens aux yeux des administrations ministérielles ou régionales du fait d’une connaissance insuffisante des réalités sociales
de leur propre pays. Les systèmes communistes étaient, on le sait, des systèmes
opaques à eux-mêmes ; les dirigeants, mais aussi l’ensemble des représentants de
l’État, avaient perdu la faculté de jauger l’état réel de l’économie et de la société,
faute de catégories d’analyse et de débat public
[17]. On peut citer, à titre d’exemple,
la définition imprécise et le dénombrement largement aléatoire des handicapés, qui
a conduit à des mesures inadaptées. Il en va de même pour le principe d’égal accès
de tous aux biens publics ou pour la nécessité de croiser les interventions liées à
la compétitivité et à la création d’emploi. Ainsi, outre la question de l’apprentissage, conçu comme appropriation d’instruments en même temps que d’un cadre
d’action, se pose celle, beaucoup plus délicate, de la communication elle-même,
dans des contextes où les vécus historiques et sociaux diffèrent radicalement.
Or, sur ce point essentiel, alors même que le succès des mesures préconisées
dépend dans une large mesure de la qualité du diagnostic initial, la Commission
européenne se révèle incapable de proposer une méthode appropriée. Àl’heure des
évaluations finales, le rappel de ces attentes liminaires non satisfaites, parce que
conçues sans tenir compte de la réalité des situations régionales, alimente donc
ressentiments et frustrations diverses. Tout se passe comme si les indicateurs de
performance n’avaient d’autre valeur que déclaratoire, sans jamais accéder au rang
de véritables critères de gestion et d’évaluation des interventions.
Pourtant, l’expertise des États membres est largement dévolue à la mise au
point de ces indicateurs, dont les candidats sont tenus de faire état dans les différents
documents de programmation soumis à la Commission. Un programme opérationnel établi dans le cadre des Fonds structurels doit ainsi comporter plusieurs éléments : d’abord, un diagnostic de la situation et une définition de la stratégie
adoptée ; ensuite, la mention des priorités qui feront l’objet de mesures d’application, cofinancées sur une base pluriannuelle ; enfin, une liste des bénéficiaires
des fonds. Faute d’avoir identifié correctement les objectifs et les ressources locales,
mais aussi faute d’avoir défini des critères de performance, les responsables du
jumelage se condamnent à ne pas pouvoir coopérer avec les partenaires locaux
appelés à être les porteurs de projets. Contraints de mettre en œuvre des mesures
à la conception desquelles ils n’auront pas été associés, ces derniers – qui peuvent
être des collectivités locales ou des acteurs privés– ne font évidemment rien pour
fournir l’information manquante. On observe alors de nombreux dysfonctionnements qui tiennent à l’écart entre les propositions formulées dans les programmes
et les aspirations locales. Dans ces conditions, on comprend que le Conseiller préadhésion et son équipe puissent être sous-utilisés, d’autant que les États candidats
et la délégation de l’UE chargée de contrôler le programme se préoccupent d’abord
et avant tout de ce que celui-ci soit réalisé selon les termes initialement définis et
dans les délais impartis. On comprend aussi que la priorité soit accordée à la
consommation des fonds du jumelage plutôt qu’à la qualité des interventions.
Faute d’accord sur un programme correctement établi entre les partenaires centraux
et les régions appelées à mettre en œuvre les mesures proposées et faute de critères
d’évaluation communément tenus pour pertinents, les résultats ne font pas l’objet
d’une évaluation adéquate, ce qui mécontente à la fois les bénéficiaires locaux et
le Conseiller pré-adhésion, qui se retrouve souvent en porte-à-faux.
La question de la coordination
Ce décalage entre les attentes locales et les programmes établis au niveau central
met en lumière l’importance des facteurs temporels et communicationnels. En
effet, il arrive souvent que les experts soient invités à intervenir alors même que
les partenaires locaux ne sont pas prêts pour l’intervention proposée. Or la durée
de la mission doit impérativement être définie à l’avance avec les partenaires, sans
quoi cette mission risque de se révéler à la fois dispendieuse et inutile. Quant à la
demande à laquelle l’expert est censé répondre, elle doit, d’une part, avoir été
identifiée au préalable, d’autre part, avoir une consistance réelle indépendamment
du programme. En un mot, la définition de la mission et des méthodes d’intervention
de l’expert doit être élaborée en commun.
Loin d’aller de soi, ces préalables réclament un engagement ferme de la part de
l’ensemble des parties. Dans le même ordre d’idées, afin d’éviter la répétition
d’interventions similaires, il importe de coordonner et d’évaluer systématiquement
les missions menées par les experts des différentes composantes d’un projet. Autant
de prescriptions apparemment triviales mais très fréquemment mises à mal dans
la pratique. Et si la coordination est souvent défaillante dans le cadre d’un seul et
même projet, que dire de l’ajustement des projets participant d’un même programme ! L’aide aux régions fournie dans le cadre du programme PHARE repose
en effet sur les mêmes principes, en dépit des spécificités locales. En Pologne, par
exemple, du fait de la division administrative du pays en seize régions, seize programmes (ou peu s’en faut) ont vu le jour, chacun doté d’un Conseiller préadhésion
[18]. La responsabilité du suivi de ces jumelages a été répartie entre différentes équipes. On aurait donc pu s’attendre à ce qu’une réelle concertation
s’instaure entre ces dernières. Or ce qui est exigé des États candidats n’est que trop
rarement appliqué par les commanditaires eux-mêmes. Dans le cas de la Pologne,
les experts des différents États membres ne se sont rencontrés qu’une seule fois,
sans que cette rencontre ouvre la voie à aucune coordination ultérieure. Dans ces
conditions, il n’est guère étonnant que les actions entreprises au titre des différents
jumelages se soient continuellement chevauchées et qu’à l’inverse aucune solution
à certains problèmes locaux n’ait pu être dégagée.
La complexité des procédures européennes exige en effet une étroite collaboration
entre tous les acteurs du jumelage pour permettre la diffusion de l’information et
la formation des administrateurs de l’État candidat. Pourtant, dans la pratique, la
mise en commun des expériences s’est révélée trop limitée pour que l’on puisse en
extraire des indications pertinentes susceptibles de donner lieu à des réajustements
opportuns. En l’absence de toute synergie entre les différents projets et de toute
coordination avec les interlocuteurs locaux – collectivités locales ou acteurs privés–,
une telle déperdition d’énergie, d’information et de moyens ne peut que retarder
encore l’appropriation d’outils complexes. Ces projets visant avant tout la diffusion
des « bonnes pratiques » de l’UE, les lacunes patentes de la coordination entre représentants des États membres revêtent un caractère particulièrement problématique.
Elles entament la crédibilité et la légitimité de leurs interventions et alimentent les
préjugés déjà largement répandus dans les pays candidats au sujet de la « bureaucratie bruxelloise » et de ses travers. Ce qui est d’autant plus dommageable que, jusqu’à
présent, l’harmonisation entre pays membres et pays candidats a très largement fonctionné par mimétisme, l’UE exerçant en général son influence moins à travers sa
capacité à imposer des règles que par le caractère attractif de ses pratiques.
En un mot, reprocher à longueur de temps aux États candidats de ne pas arriver
à faire ce que les experts des États membres sont eux-mêmes incapables de faire
ne rime pas à grand-chose. C’est pourtant un cas de figure tout à fait répandu, dans
la mesure où l’une des critiques les plus fréquemment formulées à l’encontre des
programmes des Fonds structurels concerne précisément l’absence de coordination entre les différentes mesures adoptées au niveau central, d’une part; entre
ces mesures et celles mises en œuvre à l’échelle régionale, d’autre part (notamment
pour ce qui a trait à l’identification des priorités censément valides pour l’ensemble
des régions). Or une telle coordination est bel et bien nécessaire si l’on entend
concentrer les crédits sur des mesures de soutien à la compétitivité et à l’emploi
exigeant des coopérations locales, qu’il s’agisse de l’aide aux PME ou de la restructuration des exploitations agricoles. Encore faudrait-il que les conseillers eux-mêmes donnent l’exemple sur ce point
[19].
Un idéal-type improbable
Revenons donc au Conseiller pré-adhésion dont dépend pour l’essentiel la réussite
ou l’échec d’un jumelage. À quelles exigences doit-il satisfaire ? Les attributs
(notamment formels) requis pour pouvoir exercer cette fonction sont-ils en adéquation avec les réalités de la mission sur le terrain ? L’intervention d’un tel acteur
dans un contexte étranger auquel sa formation ne l’a guère préparé invite à reconsidérer l’importance qu’il convient d’attribuer aux « qualifications » formelles des
uns et des autres par rapport à des éléments moins aisément objectivables comme
l’intelligence de la situation et les qualités de communication et d’adaptation.
L’adéquation du profil du CPA à la nature réelle de sa mission est ici d’autant plus
importante que la légitimité même des jumelages dépend largement du fait que les
acteurs communautaires soient reconnus comme compétents par les acteurs des
pays candidats.
Le CPA, est-il précisé dans le
Manuel de référence pour les projets de jumelage,
doit être issu d’une administration d’un État membre, posséder une compétence
dans le domaine considéré tant au niveau théorique que pratique, maîtriser parfaitement l’anglais, voire la langue du pays d’accueil, avoir déjà fait l’expérience de
l’expatriation et pouvoir s’adapter très rapidement aux exigences d’une tâche
complexe. Il a pour mission de coordonner le projet sur place, d’organiser les
interventions et les formations nécessaires à sa réalisation et de gérer le budget. En
pratique, la seule condition
sine qua non est le statut de fonctionnaire, qui, à lui seul,
n’est pas un gage de qualité. En effet, ni sa culture ni ses états de service ne prédisposent généralement un fonctionnaire à faire face efficacement aux exigences
spécifiques aux régions de l’Objectif 1
[20].
La résolution des problèmes propres aux administrations des États candidats
n’exige pas tant de fidèles serviteurs de la règle dans toute sa généralité que des individus dynamiques, investis auprès des collectivités locales et réellement présents sur
le terrain. Comme l’explique ce CPA français : « Tout est affaire de conviction. Les
administrations devraient expliquer davantage les enjeux stratégiques de la coopération. C’est un devoir national de partir mais notre système ne nous y prépare pas,
notamment au niveau des langues. Il faudrait en faire quasiment un enjeu de carrière,
voire une obligation. Être expert, c’est une mission, non une profession ».
Or il n’existe aucune méthode d’évaluation des compétences dans les administrations pourvoyeuses de conseillers. Pour prendre un exemple particulièrement
frappant, rares sont les CPA réellement à l’aise en anglais. Quant à leur maîtrise
de la langue locale, elle est le plus souvent inexistante. Il en va de même pour ce
qui est de la connaissance de l’histoire, de la culture et surtout des pratiques administratives du pays dans lequel ils sont appelés à intervenir. Cette méconnaissance
est souvent à l’origine d’incompréhensions réciproques et rédhibitoires : le représentant de l’État membre tient ses partenaires locaux pour des incompétents, et ceux-ci lui reprochent en retour son arrogance. Le jumelage qui en résulte, s’il existe
sur le papier, n’a guère de chance de produire les effets attendus.
Entre intérêts bien compris et effets pervers
Dans ces conditions, on pourrait s’attendre à ce que les différents partenaires
remettent en question le jumelage et en dénoncent les travers maintes fois constatés dans la pratique. Sans doute est-ce à ce prix qu’un réajustement pourrait
intervenir. Or rien de tel ne se produit. Tout se passe comme si chacun trouvait
avantage à ne pas mentionner les difficultés rencontrées pour mieux convaincre tous
les observateurs du succès de l’entreprise.
Le problème de l’évaluation des interventions des acteurs externes se pose alors
avec d’autant plus d’acuité, et ce aussi bien quant au contrôle de l’utilisation des fonds
engagés que quant aux effets de l’intervention proprement dits (apprentissage ou
non, diffusion des « bonnes pratiques », infine, harmonisation structurelle). Mais
les indicateurs retenus sont-ils valides ? Les critères formels ne prédominent-ils pas
pour la seule raison qu’ils sont plus faciles à manier ? Un contrôle exclusivement
centré sur l’application des règles est-il en mesure d’apprécier l’instabilité du
contexte très particulier – celui de la transition postcommuniste– dans lequel les
jumelages sont appelés à se dérouler ? Pour ne prendre qu’un exemple, la délégation
locale de la Commission examine soigneusement la conformité des interventions
aux prescriptions inscrites dans le contrat de jumelage. Mais ce contrôle est purement bureaucratique et ne concerne pas la performance sur le terrain. Les formations
sont énumérées, les individus formés recensés, mais la qualité de la formation
importe peu. Ce travers affecte d’autant plus la délégation qu’elle vit, depuis la chute
de la Commission Santer, dans la hantise de nouvelles affaires de corruption ou de
mauvais usage des fonds communautaires Placée directement sous le contrôle de
Bruxelles, elle fait preuve d’un zèle bureaucratique accru qu’elle impose alors aux
différents partenaires.
Le Conseiller – comme du reste tous les experts– est par conséquent obligé de
consacrer une bonne part de son temps à répondre aux demandes de rapports qui
s’accumulent. Il est à prévoir que cette paperasserie ne sera lue que par la personne
qui, à Bruxelles, sera chargée d’écrire un rapport de contrôle dont les conclusions,
du seul fait du temps écoulé, seront très probablement déconnectées des besoins
initiaux. Mais le Conseiller peut aussi décider de considérer cette paperasse pour
ce qu’elle est, c’est-à-dire bien peu de choses au regard des urgences du terrain et
de la nécessité de l’apprentissage. Fort de cette conviction, il peut toujours tenter
de convaincre son partenaire local de faire la sourde oreille aux exigences bruxelloises et de se soucier avant tout de l’efficacité de l’intervention. Toujours est-il que
des fonctionnaires habitués au respect de la hiérarchie – qui tire son pouvoir de la
chose écrite– et rompus à la rédaction des rapports administratifs ne seront guère
prédisposés à faire ce choix. En définitive, ils seront jugés – et savent qu’ils seront
jugés– selon ce qu’ils auront dit avoir fait conformément aux prescriptions initiales,
et non en fonction des satisfactions ou des déceptions exprimées sur le terrain. Le
pendant de cette absence de critères d’évaluation qualitatifs et de la conception particulièrement étroite de la « performance » qui lui est associée est que ces fonctionnaires, en France notamment, se voient rarement récompensés dans leur carrière
pour leur activité à l’étranger. Rien ne les incite donc à essayer d’accroître la puissance ou le prestige de leur pays d’origine, ou du moins de leurs administrations
de rattachement. L’effet pervers tient sans doute au statut même des fonctionnaires, qui les protège des aléas auxquels les acteurs locaux, eux, se trouvent exposés,
et parfois de leur fait.
Quant au partenaire local, il a tout intérêt, dans un premier temps, à afficher sa
satisfaction car il tient en la personne du Conseiller la victime expiatoire des échecs
qui ne manqueront pas de se déclarer tôt ou tard. Qu’un département voisin vienne
à se plaindre d’être mal conseillé ou de recevoir une aide insuffisante, il en sera tenu
pour responsable. Dans l’hypothèse où l’impréparation des administrations à la
gestion du projet de jumelage serait avérée, il apparaît comme le bouc émissaire
idéal. Si les acteurs des collectivités locales se plaignent de ne pas le rencontrer assez
souvent, les instances de contrôle de la Commission avoueront elles-mêmes qu’il
passe le plus clair de son temps à rédiger des rapports. Quant aux porteurs de
projets, ils peuvent toujours critiquer l’excessive complexité des cadres imposés par
la Commission, le Conseiller n’a aucun pouvoir en la matière.
Pourtant, il y a bel et bien un apprentissage, ne serait-ce qu’à travers la reprise
de l’acquis communautaire, qui est loin de se réduire à une formalité. Si certains
pans de la législation antérieure demeurent, la majorité des lois et règlements ont
été remplacés par un ensemble de normes que les acteurs doivent s’approprier
d’une manière ou d’une autre. Àcet égard, l’apprentissage se définit autant par la
remise en cause des postures héritées de l’ancien régime que par l’adoption de
nouveaux cadres d’action publique. Peu à peu, les comportements s’ajustent et
cet ajustement se généralise, comme le veut la « méthode communautaire ». Et il
ne s’agit pas que de surmonter les obstacles qui ne manqueront pas de surgir à mesure
que le processus se déroule. La notion de « transfert » qui renvoie à un « transvasement » des savoirs et des expériences du plus vers le moins est également
impropre ici
[21]. Dans le cas des jumelages, c’est davantage d’une ouverture et d’une
acceptation de la complexité qu’il s’agit, qualités qu’il conviendrait d’encourager
de part et d’autre. Dans cette perspective, l’apprentissage apparaît alors comme un
ajustement collectif à des séries de phénomènes disjoints débouchant sur des
réseaux de « réponses » non nécessairement reliées entre elles.
Reste à savoir si les administrations publiques sont en mesure de jouer le rôle
que cette nouvelle configuration exige d’elles. Certes, l’inexistence d’une fonction
publique est préjudiciable au respect de la règle et laisse libre cours aux allégeances
partisanes et aux rapports de patronage, voire à la corruption pure et simple. La
réforme du service public demeure donc un enjeu crucial pour l’ensemble des
pays postcommunistes. Cette réforme devrait déboucher sur l’élaboration d’un
statut de fonctionnaire et la définition d’un mode de recrutement approprié, seul
moyen de garantir la continuité de l’action publique et de limiter les effets du
spoils system. Il est vrai également que l’adoption de l’acquis communautaire et la
mise en place des Fonds structurels exige le recrutement d’un personnel plus nombreux, mieux formé et mieux rémunéré. Mais ces préconditions ne suffiront pas.
Il importe également que se diffuse dans l’administration publique une culture de
la responsabilité ( accountability). Cela passe par la généralisation de l’usage de
critères de performance adéquats tant dans les pays candidats que dans les États
membres, suivant un processus cumulatif qui verrait l’« apprentissage » produire
également des effets de rétroaction bénéfiques au sein de ces derniers.
Compte tenu du caractère inédit du défi que constitue la gestion des Fonds
structurels en Europe centrale et orientale et du fait de la présence à la tête des administrations de ces pays d’individus formés pour la plupart sous l’ancien régime, il
n’est pas certain que cette bureaucratie soit à la hauteur de la tâche. Notre conclusion rejoint donc celle des autres études rassemblées dans le présent dossier : c’est
peut-être dans la constitution d’agences qui disposeraient d’une délégation de
service public garantissant leur autonomie et la clarté de leur fonctionnement
interne que réside le secret de la « bonne » gestion attendue. C’est en tout cas de
ce sujet que devraient débattre les différents protagonistes. De telles agences
seraient en mesure de leur fournir les incitations nécessaires à l’utilisation optimale
des ressources – trop souvent gaspillées– de la Commission. Plutôt que d’essayer
simplement de réformer les administrations existantes, dont la lourdeur et l’immuabilité sont dénoncées à longueur de rapports, ne conviendrait-il pas d’œuvrer à la
mise en place d’institutions efficaces selon un modèle différent de celui qui verrait
le renforcement de la dépendance de l’administration à l’égard du pouvoir politique ? Il serait alors opportun de se pencher sur les expériences effectuées en
Irlande et en Écosse, et exportées avec un certain succès en Grèce et au Portugal.
Sans vouloir y voir un modèle uniformément applicable, le surcroît de flexibilité
ainsi obtenu serait sans doute à même de promouvoir une culture de la coopération
en réseaux. Certes, le risque est que ces agences opèrent dans l’attribution des
fonds des choix arbitraires qui entraîneraient de nouvelles inégalités. Mais leur statut
semi-public et l’imposition d’un cahier des charges devraient pouvoir limiter la
tendance au ciblage des bénéficiaires qu’une privatisation pure et simple ne manquerait pas de provoquer. De telles agences seraient mieux armées pour instaurer
entre l’Union et les citoyens de nouveaux rapports fondés sur davantage d’efficacité,
de clarté, et, somme toute, de responsabilité.
[1]
PHARE signifie Pologne Hongrie Aide à la reconstruction économique. Le programme s’est étendu à d’autres pays en
gardant la même appellation. Pour plus de détails, voir Florence Deloche-Gaudez, « Le processus d’élargissement »,
Cahiers
français, La Documentation française, 298, dossier
L’Europe en perspective, septembre-octobre 2000.
[2]
Les nouveaux projets de jumelage seront alors gérés dans le cadre du « Système étendu de mise en œuvre décentralisée »
(Extended Decentralisation Implementation System-EDIS).
[3]
L’Estonie, la Pologne, la République tchèque, la Hongrie et la Slovénie.
[4]
Nouvelle dans la mesure où PHARE était au départ un programme traditionnel d’aide au développement – au sens le plus
large du terme –, appuyant à la fois des réformes politiques visant à établir un État de droit et des réformes économiques
destinées à instaurer une économie de marché.
[5]
Nous utiliserons le terme « pays en voie d’accession » ou « pays candidats » pour désigner les pays qui, au moment des
jumelages étudiés ici, n’étaient pas encore membres de l’UE. Pour un bilan des activités du programme PHARE, voir
Myriam Goinard, « Le programme communautaire PHARE : d’une assistance classique à un système d’apprentissage des
mécanismes de l’UE »,
Allemagne d’aujourd’hui, 166, octobre-décembre 2003, p. 39-53.
[6]
Cf. Direction générale élargissement de la Commission européenne,
La pratique du jumelage (entre administrations publiques),
octobre 2001, (document Pdf à télécharger sur le site
www. europa. eu. int/ comm/ enlargment. pas/ twinning sous le titre
« Twinning in Action »).
[7]
« Les partenaires élaborent un programme de développement détaillé avant le début du projet. Il peut être adapté au fil
de sa mise en œuvre, mais il doit prévoir des normes claires permettant de superviser étroitement sa progression vers le résultat
final. »
Cf. Direction générale élargissement de la Commission européenne,
Renforcement de la capacité institutionnelle dans
le cadre des politiques del’UE. Un manuel de référence pour les projets de jumelage, version révisée 2004, p. 3.
[8]
Ibid., p. 3.
[9]
Les auteurs de cet article se fondent sur leurs expériences de Conseiller pré-adhésion ou d’experts pour des missions de
court et moyen terme, durant la période 2001-2004, dans les pays aujourd’hui membres de l’UE comme la Pologne, la République tchèque, la Hongrie et la Slovénie – ou appelés à le devenir comme la Roumanie.
[10]
Voir M. Goinard, « Le programme communautaire PHARE : d’une assistance classique à un système d’apprentissage
des mécanismes de l’UE », art. cité, p. 48-49.
[11]
James G. March, Herbert A. Simon,
Les organisations : problèmes psychosociologiques ( 1958), traduit de l’anglais par
J.-C. Rouchyet G. Prunier, Paris, Dunod, 1999.
[12]
Consortium OMAS,
Assessment of the European Union Phare Programmes, Ad Hoc Report on the Twinning Instrument,
24 octobre 2001.
[13]
Cf. François Bafoil, Édith Lhomel, « La préparation aux Fonds structurels de l’UE : les exemples de la Pologne et de
la Roumanie »,
Le Courrier des Pays de l’Est, 1033, mars 2003, p. 28-38.
[14]
Cf. Antoaneta Dimitrova, « Enlargement, Institution-Building and the EU’s Administrative Capacity Requirement »,
West European Politics, 25 (4), octobre 2002, p. 171-190.
[15]
Cf. François Bafoil, Béatrice Hibou, « Les administrations publiques et les modes de gouvernement à l’épreuve de
l’européanisation. Une comparaison Europe du Sud, Europe de l’Est »,
LesÉtudes du CERI, 102, décembre 2003.
[16]
Voir le dossier
Les réformes de la coopération à l’Est : quel impact ?, coordonné par Elsa Tulmets,
Revue d’études comparatives Est-Ouest, 34 ( 3), septembre 2003 et, plus particulièrement, Dimitris Papadimitriou, David Phinnemore, « Mettre en
œuvre les jumelages institutionnels : les leçons du cas roumain », p. 37-64.
[17]
Claus Offe parle ainsi d’« incapacité du système socialiste à l’auto-observation » (
Unfähigkeit des realsozialistischen Systems
zur Selbstbeobachtung) et de l’opacité des règles relatives aux interactions entre l’administration et ses clients.
Cf. C. Offe,
Der
Tunnel am Ende des Lichts, Erkundungen der politischen Transformationen im neuen Osten, Francfort-sur-le-Main, Campus Verlag,
1994, p. 11-12.
[18]
En réalité, seules onze régions ont bénéficié d’un jumelage, puisque les cinq autres – principalement les Voïvodies de
l’Est ainsi que la Silésie– en avaient déjà bénéficié dans le cadre des programmes précédents. Sur les onze contrats de jumelage, la France en a gagné deux (dont celui de la région de Varsovie), l’Espagne, trois, l’Allemagne, trois et la Grande-Bretagne,
trois. On constate la même dissémination des bénéficiaires en Roumanie en 2002 et en 2003.
[19]
Ce reproche vaut également pour la discipline budgétaire et le taux de consommation des fonds. Sur ce point, la France
ne constitue pas un exemple, puisque, encore en 2002, elle se situait aux toutes dernières places de l’UE 15 avec un taux de
consommation avoisinant les 15%. Devant la menace bien réelle de perdre près d’un milliard à compter de 2003, les autorités gouvernementales sont parvenues à redresser la barre dans les régions classées Objectif 1 (Territoires d’outre-mer, Corse
et Hainaut) et Objectif 2. Dans ces deux cas, le cap des 50% a été franchi et les prévisions pour la période 2000-2006 tablent
sur un taux global de 55% (Objectif 1 +Objectif 2).
[20]
Même si plusieurs régions françaises sont ou ont été placées en Objectif 1.
[21]
Même dans le cas de la RDA, qui offre sans doute l’exemple le plus net d’un « transfert institutionnel » quasi intégral
de la RFA vers les nouveaux Länder, les processus d’hybridation et autres dynamiques d’appropriation n’ont pas manqué.
Voir Roland Czada, Gerhard Lehmbruch,
Transformationspfade in Ostdeutschalnd, Beiträge zur sektoralen Vereinigungspolitik,
Francfort-sur-le-Main, Campus Verlag, 1998.