2006
Critiques internationales
Lectures I
Ruwen Ogien
Ruwen Ogien est directeur de recherches au CNRS. Il s’occupe principalement de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales. Il a publié récemment Penser la pornographie (PUF, 2003), La panique morale (Grasset, 2004) et La morale a-t-elle un avenir ? (Plein Feux, 2006).
LUC BOLTANSKI
La condition fœtale :
une sociologie de l’engendrement
et de l’avortement
Paris, Gallimard, 2004,
420 pages.
l livre de Luc Boltanski a reçu un accueil
orsqu’il est paru il y a deux ans, le
plutôt positif, même si certains se sont
interrogés sur la signification exacte de ses conclusions quant au droit
d’avorter ou à la liberté de procréer. On l’a jugé très novateur dans son contenu, du fait, entre autres, qu’il mettait en relation intime l’engendrement et
l’avortement
[1].
À ma connaissance, la critique s’est plus intéressée à l’idée principale du livre
qu’aux détails de sa construction épistémologique et méthodologique. Il est
vrai que Luc Boltanski l’a un peu orientée en ce sens en confessant ironiquement qu’il acceptait une certaine dose d’« amateurisme » dans ses références
à différents domaines des sciences sociales et qu’il laissait aux jeunes générations les soucis de rigueur qui viennent avec la « professionnalisation de nos
disciplines » (p. 18).
Ces confessions (plutôt sympathiques) ne signifient absolument pas que Luc
Boltanski ait renoncé ici à faire œuvre scientifique. Ce qu’il propose est même
un livre de sciences sociales assez classique en ce sens tout simple qu’il s’intéresse à un ensemble de phénomènes empiriques dont il propose une explication informée par une théorie générale. C’est pourquoi une analyse
épistémologique et méthodologique minimale ne serait pas, je crois, superflue.
Quels sont ces phénomènes ? Quelle est cette explication ? Ce que Luc
Boltanski veut expliquer, c’est une série de paradoxes liés à la place de
l’avortement dans nos sociétés : la difficulté à légitimer l’avortement en dépit
de sa dépénalisation ; la difficulté à le représenter en dépit du fait que toutes
les sociétés le pratiquent et que certaines, comme la nôtre, en ont fait un objet
de débat public ; l’expérience douloureuse des femmes, même les plus convaincues du droit de disposer librement de leur corps.
Ce qui peut expliquer ces phénomènes, selon lui, c’est une sorte de
« constante anthropologique » : il existerait, dans toute société humaine, une
contradiction inhérente au processus par lequel un « être de chair », biologique, devient un être humain, un « être de parole », membre d’une communauté sociale, politique et morale. Quel que soit notre rapport à l’avortement,
celui-ci ne pourra jamais être rien d’autre, rien de plus, qu’un
« arrangement » instable, susceptible d’atténuer la force de la contradiction
sans l’éliminer.
En quoi consiste cette contradiction exactement ? Il n’est pas facile de le
comprendre, même si elle constitue la pièce maîtresse du raisonnement de
Luc Boltanski.
En effet, pour voir où se situe la « contradiction », il ne suffit pas d’avoir
compris les deux propositions principales de sa thèse, que je reconstruis ainsi
(sans être sûr que Luc Boltanski les reconnaîtra comme siennes) :
- Toute société se réserve le droit de choisir ses membres dans l’ensemble de
ceux qui sont à naître ou qui naissent effectivement. Aucun n’est irremplaçable (p. 71 ; p. 75).
- Ceux qui sont introduits dans la communauté morale ou sociale par la
parole deviennent des êtres singuliers qui sont tous irremplaçables (p. 75).
- Ces propositions contiennent des expressions apparemment contradictoires
(aucun n’est irremplaçable ; tous sont irremplaçables), mais qui, dans le fond,
ne le sont pas. Que, dans l’ensemble des êtres remplaçables, certains seulement deviennent singuliers et irremplaçables par une sélection sociale n’a, en
effet, rien de logiquement contradictoire, quelles que soient nos opinions
morales ou politiques sur ce processus.
- Pour que la contradiction apparaisse, il faut ajouter une troisième proposition, comme Luc Boltanski le précise lui-même :
- Il n’y a aucune différence essentielle entre les remplaçables et les irremplaçables. On devrait donc les traiter de la même manière. En portant atteinte
aux uns et pas aux autres, on est en pleine contradiction.
Telle est donc, en réalité, la contradiction supposée : le traitement inégal
d’êtres essentiellement identiques (p. 80).
Elle pourrait faire le miel des anti-abortionnistes, puisqu’elle repose sur
l’idée qu’il n’y a aucune différence essentielle entre les fœtus dont le développement a été interrompu et ceux qui ont accédé à l’existence sociale, ce
qui est exactement ce qu’affirment les opposants au droit d’avorter et ce que
contestent les défenseurs de ce droit.
Luc Boltanski ajoute que cette injustice est atténuée lorsque la sélection est
arbitraire, faite sous un « voile d’ignorance » (p. 74 et 81) et non, par
exemple, en vertu de propriétés découvertes au moment de l’échographie.
Pourquoi ? D’après lui, si la sélection se fait sur la base de propriétés connues
et non de façon arbitraire, une différence de valeur est introduite entre les
« êtres de chair » et les « êtres de parole », ce qui est injuste parce qu’il n’y en
a précisément pas (p. 74-75).
L’enchaînement des raisons n’est pas évident. Un traitement inégal, non
arbitraire, pratiqué sur la base de certaines propriétés connues, est-il nécessairement injuste ? Pensons à la « discrimination positive ». C’est un traitement inégal, non arbitraire, décidé sur la base de certaines propriétés
connues, et l’on peut avoir des raisons de le trouver juste. La question du
« voile d’ignorance » est celle de savoir quelles propriétés exactement doivent être ignorées dans une perspective de justice. Ce n’est pas une injonction
de les ignorer toutes. On peut avoir des raisons de penser qu’il y a quelque
chose d’injuste, vis-à-vis des parents et de l’enfant à naître, dans le fait
d’interdire aux parents l’accès à toutes les informations utiles concernant les
handicaps que l’enfant pourrait avoir à la naissance, ou de stigmatiser ceux
qui prendraient la décision de ne pas le mettre au monde à partir du moment
où ils auraient eu connaissance de ces handicaps.
En réalité, cette clause ressemble fort à un argument ad hoc dirigé contre ceux
qui sont supposés défendre une forme d’« eugénisme libéral », (p. 328),
expression polémique qui sert à désigner une conception normative dont la
visée est de laisser les parents plus informés et plus libres de prendre une décision par eux-mêmes, sans intervention extérieure (étatique, médicale),
lorsqu’ils savent que le fœtus est « défectueux ». J’y reviendrai.
Restons-en pour le moment à l’analyse de ces propositions.
À première vue, la deuxième ne va pas de soi. « Être singulier » et « être
irremplaçable » sont donnés comme équivalents. Mais, dans le langage courant, être « singulier » ne signifie pas être « irremplaçable ». On peut remplacer un être singulier (Salieri) par un autre plus doué pour la même tâche
(Mozart).
La première n’est pas très claire non plus. L’idée selon laquelle toute
« société » sélectionne, dans l’ensemble des « êtres de chair », ceux qui vont
être pris pour des humains singuliers et irremplaçables peut être entendue
dans deux sens très différents : non intentionnel (ce n’est évidemment pas le
choix conscient et personnel d’un individu nommé « société » !) et intentionnel (comme lorsque l’on parle de « projet parental »).
Mais Luc Boltanski est très conscient de ces ambiguïtés et il s’efforce d’y
remédier (p. 75-77 ; p. 135-137), ce qu’il faut mettre à son crédit bien sûr.
Je ferai comme si ces ambiguïtés étaient éliminables, comme si les
« contraintes de l’engendrement » étaient vraiment des contraintes et
qu’elles étaient vraiment contradictoires, bien que je n’en sois pas du tout
persuadé.
Je ferai aussi comme si les phénomènes à expliquer étaient clairement établis,
ce dont je doute également. L’idée, en particulier, selon laquelle l’expérience
de l’avortement est toujours douloureuse est très contestable et Luc Boltanski
ne nie d’ailleurs pas qu’un biais méthodologique dans la sélection des répondants aux entretiens approfondis puisse être à l’origine de ce résultat (p. 348,
note 8). Je me contenterai de poser une question épistémologique banale.
L’explication des phénomènes qui nous est proposée est-elle la meilleure
parmi celles qui sont disponibles ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi faudrait-il
l’endosser ?
À la fin de son travail, Luc Boltanski évoque très indirectement une hypothèse rivale. Il rappelle que, pour certains acteurs de la vie publique, ce qui
pourrait expliquer la difficulté à légitimer l’avortement en dépit de sa dépénalisation, la difficulté à le représenter et l’expérience douloureuse des
femmes, même les plus convaincues du droit de disposer librement de leur
corps, c’est, tout simplement, que la volonté de contrôle de la part des médecins est toujours aussi puissante, que les pressions des opposants à l’avortement n’ont pas cessé de s’exercer et que l’État n’a pas renoncé à son
paternalisme traditionnel pour tout ce qui concerne la famille et la procréation (p. 321).
Le résultat, c’est qu’en dépit de tous les aménagements de la loi du 4 juillet
2001, qui visait précisément à l’atténuer (p. 322), la culpabilisation des
femmes est très loin d’avoir disparu.
On pourrait même supposer, dans cet esprit, que le plus douloureux dans
l’expérience des femmes qui ont fait le choix d’avorter, ce n’est pas la difficulté à se séparer d’un être supposé « vivre en elles » mais l’humiliation
d’avoir à rendre des comptes à des médecins condescendants ou à des assistantes sociales grossièrement paternalistes.
Je ne vois pas très bien pourquoi cette explication serait insatisfaisante, ou,
plus exactement, en quoi elle serait moins satisfaisante que la construction de
Luc Boltanski.
Autant l’hypothèse de la culpabilisation des femmes par les manœuvres paternalistes des médecins et des assistantes sociales me paraît précise, observable,
susceptible d’être confirmée ou réfutée empiriquement, autant l’hypothèse
d’une contradiction inhérente au processus par lequel un « être de chair »,
biologique, devient un être humain, un « être de parole », membre d’une
communauté sociale, politique et morale, me semble ambiguë, éloignée des
faits, à l’abri de toute possibilité de confirmation ou de réfutation empirique.
Autant la première me paraît claire, autant la seconde me paraît difficile à
comprendre. C’est pourquoi, personnellement, je préfère la première. Mais,
en l’avouant, je ne fais peut-être rien d’autre qu’afficher mes propres limites
intellectuelles, j’en suis bien conscient.
Après ces remarques descriptives, je me permettrai de passer à des considérations à caractère normatif, terrain sur lequel je serai, je crois, un peu plus à
l’aise.
Dans le débat relatif à l’avortement, il y a, en philosophie morale, deux points
de départ différents, une opposition récurrente entre deux visions du problème. Mais je ne crois pas qu’il s’agisse, comme Luc Boltanski semble le suggérer, d’un conflit entre des libéraux dits « contractualistes » (et
« individualistes », « rationalistes », etc.) et des féministes qui « sortent du
cadre libéral » en se montrant sensibles à l’expérience émotionnelle personnelle (p. 261-262).
Il y a plutôt, d’un côté, des philosophes qui se placent dans la perspective où
le fœtus pourrait être considéré comme une personne complètement indépendante de la mère, de l’autre, des philosophes qui partent de l’idée que le
fœtus fait partie intégrante de la mère, comme un organe interne ou comme
une « tumeur », (pour ceux qui veulent donner au droit d’avorter un
maximum de légitimité)
[2].
L’important, du point de vue de la compréhension générale du débat, c’est
que cette division ne recoupe pas l’opposition entre contractualistes et féministes. Il n’y a pas, d’un côté, les contractualistes, pour qui le fœtus est une
personne indépendante, de l’autre, les féministes, pour qui le fœtus est une
partie de la mère. On peut très bien être contractualiste et considérer le fœtus
comme une partie de la mère, et l’on peut très bien être féministe et le considérer comme une personne indépendante.
Comment se présente donc le débat une fois ôtées ces étiquettes assez
inutiles ? Lorsque le fœtus est considéré comme une personne indépendante,
l’avortement semble plus difficile à défendre.
En effet, si le fœtus est considéré comme une partie intégrante de la mère, le
droit d’avorter peut être justifié sans complications normatives excessives au
nom du droit des personnes à disposer d’elles-mêmes. Mais si le fœtus est
considéré comme une personne indépendante de la mère, avorter revient à
faire mourir quelqu’un d’autre que soi ou à le laisser mourir en cessant de lui
donner ce dont il a besoin pour survivre, ce qui pose évidemment un problème à tous ceux – ils sont nombreux – qui reconnaissent comme un principe moral central le principe de non-nuisance à autrui (selon la version de
John Stuart Mill ou toute autre version).
Dans sa classique « Défense de l’avortement », c’est pourtant dans cette
seconde hypothèse que se place, de façon assez provocante, Judith Jarvis
Thomson
[3]. Ce qu’elle veut nous prouver, c’est que, même dans ce cas, il n’y
a pas d’argument décisif contre le droit d’avorter, car, à moins d’être des
saints ou des supers bons samaritains, nous n’avons d’obligations morales à
l’égard des autres que dans la mesure où le respect de ces obligations ne nous
cause pas à nous-mêmes des torts considérables.
Quoi qu’on pense de cette justification du droit d’avorter dans le contexte le
plus défavorable à sa défense (lorsque le fœtus est considéré comme une personne indépendante), elle n’a rien de particulièrement « contractualiste ».
Elle ne repose pas sur une idéologie libérale « sauvage » mais sur la reconnaissance d’un principe moral de base qui nous autorise à limiter le sacrifice de soi.
Quant à la justification du droit d’avorter dans un contexte moins défavorable
(lorsque le fœtus n’est pas considéré comme une personne indépendante), elle
ne repose pas sur une sortie du « cadre libéral » et sur une expérience émotionnelle personnelle, mais sur un autre principe moral de base que les libéraux ont tous endossé : nous sommes libres de faire ce que nous voulons de
nous-mêmes ou d’une partie de nous-mêmes tant que nous ne causons pas
directement et intentionnellement de tort à autrui.
La première conclusion générale de ce débat, c’est qu’il n’y a pas d’argument
décisif contre le droit d’avorter, une fois exclus les arguments religieux ou
métaphysiques sur le prétendu caractère « sacré » de la vie (qui ne l’est jamais
en réalité, les adversaires de l’avortement étant aussi souvent les défenseurs de
la peine de mort ou des « guerres justes »). La seconde, c’est qu’il vaut mieux,
dans ces conditions, laisser chacun libre de prendre les décisions qu’il juge
appropriées dans son propre cas, et ce en dehors de toute intervention répressive de l’État
[4].
Il me semble que Luc Boltanski ne restitue pas tout à fait le débat philosophique relatif à l’avortement lorsqu’il le présente comme une confrontation
entre libéraux et féministes autour de la question politique du contrat, et non
comme une opposition morale autour de ces deux principes : « Il est permis
de limiter le sacrifice de soi » et « Nous avons la liberté de disposer de nous-mêmes du moment que nous ne causons pas de tort à autrui ».
De façon générale, le rejet de toute la « philosophie morale anglo-saxonne »
tire le livre de Luc Boltanski dans un sens assez peu favorable à la défense de
certaines libertés individuelles, ce qui, personnellement, m’inquiète un peu.
Il ne faudrait pas, c’est du moins mon sentiment, que l’idée de « condition
fœtale » joue contre la liberté de disposer de soi le rôle que l’idée d’« ordre
symbolique » a joué contre le mariage gay ou le droit pour les personnes de
même sexe d’adopter ou d’élever ensemble des enfants.
Si tel était le cas, on risquerait, en souscrivant à cette idée de « condition
fœtale », de rallier le camp de tous ceux qui, aujourd’hui, veulent restaurer un
certain ordre moral, lequel exclut les « morales du consentement », et nient
que nous soyons libres de faire ce que nous voulons de nous-mêmes, même
lorsque nos actions ne causent pas directement et intentionnellement de tort
à autrui. Cette spéculation normative va-t-elle au-delà de tout ce que l’on
peut tirer d’un livre à vocation descriptive et explicative ? Je ne le crois pas.
En limitant les possibilités humaines au nom de prétendus « impératifs
anthropologiques », Luc Boltanski exclut a priori, sans soutien empirique,
tous les programmes de « banalisation » ou de « dédramatisation » de l’avortement. Cela revient à affirmer qu’il serait absurde d’essayer de dédramatiser
l’avortement, conclusion quasi normative avec laquelle je suis personnellement en désaccord.
Conclure, comme le fait Luc Boltanski, que la « condition fœtale », c’est la
« condition humaine » (p. 332) revient à dire que nous n’avons aucune marge
de manœuvre dans ce domaine, à moins de cesser d’être humain (rien que
ça !). C’est une façon assez typique de promouvoir la « panique morale »,
cette vision catastrophiste de tous les changements, qui, dans nos sociétés,
concernent la procréation, la famille ou la sexualité.
Il ne faut pas oublier non plus que la contradiction « anthropologique » que
Luc Boltanski met au cœur de sa construction intellectuelle est dérivée de
l’idée selon laquelle, d’une part, il n’y a aucune différence essentielle entre les
fœtus dont le développement a été interrompu et ceux qui ont accédé à l’existence sociale, d’autre part, toute sélection non arbitraire est injuste.
Or c’est une façon de contester le point de vue de ceux qui voudraient donner
aux parents encore plus de liberté dans leurs choix individuels, notamment en
refusant de les stigmatiser, si, par suite d’une décision personnelle (et non
étatique) et sur la base d’informations données par échographie, ils souhaitent
interrompre « autant de fois qu’il est nécessaire » le développement d’un fœtus
« défectueux » (p. 328). Si ce n’est pas là une position « normative », restrictive
des libertés individuelles, quelle autre position pourrait bien l’être ?
[1]
Michaël Fœssel, « La chair et le social. À propos de
La condition fœtale de Luc Boltanski »,
Esprit, janvier 2005,
p. 76-85 ; Bruno Karsenti, « Arrangements avec l’irréversible »,
Critique, 695, avril 2005, p. 321-336. Mais il y a eu
aussi des réactions moins positives, voire franchement critiques.
Cf. en particulier Simone Bateman, « De la neutralité axiologique face à une pratique moralement controversée »,
Travail, Genre et Sociétés, 15, avril 2006, p. 176-179.
[2]
Il y a aussi toutes sortes de positions « mixtes » (indépendance relative du fœtus ou indépendance sous certains
aspects seulement, etc.), mais elles n’ont jamais permis de trouver un compromis quelconque entre les deux positions
de base.
[3]
Judith Jarvis Thomson, « A Defense of Abortion »,
Philosophy and Public Affairs, 1,1971, p. 47-66.
[4]
Cf. Ronald Dworkin, « Playing God : Genes, Clones and Luck », dans
Sovereign Virtue : The Theory and Practice of
Equality, Cambridge, Harvard University Press, 2000, p. 427-452. Dworkin semble limiter cet espace de libertés en
excluant les pratiques discriminatoires comme l’avortement systématique ou bien des filles ou bien des garçons.
Mais, en termes « conséquentialistes », une intervention répressive de l’État devrait faire face aux questions les plus
traditionnelles liées à l’avortement : quelles sanctions seraient vraiment dissuasives ? La peine de mort ? Quelle serait
leur légitimité ? En l’absence de reconnaissance officielle, l’avortement systématique des filles ou des garçons ne se
fera-t-il pas dans la clandestinité avec des risques importants pour la santé des mères ? De plus, l’avortement pratiqué
selon le critère sexuel ne fait souvent que se substituer à l’infanticide pratiqué selon le même critère. Qu’est-ce qui
est alors préférable ? Pour mettre fin à ces pratiques, une intervention de l’État incitative plutôt que répressive ne
serait-elle pas de toute façon plus appropriée ?