Critique internationale
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.9782724630572
220 pages

p. 189 à 196
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 33 2006/4

2006 Critiques internationales

Lectures I

Ruwen Ogien Ruwen Ogien est directeur de recherches au CNRS. Il s’occupe principalement de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales. Il a publié récemment Penser la pornographie (PUF, 2003), La panique morale (Grasset, 2004) et La morale a-t-elle un avenir ? (Plein Feux, 2006).
 
LUC BOLTANSKI La condition fœtale : une sociologie de l’engendrement et de l’avortement Paris, Gallimard, 2004, 420 pages.
 
 
l livre de Luc Boltanski a reçu un accueil orsqu’il est paru il y a deux ans, le plutôt positif, même si certains se sont interrogés sur la signification exacte de ses conclusions quant au droit d’avorter ou à la liberté de procréer. On l’a jugé très novateur dans son contenu, du fait, entre autres, qu’il mettait en relation intime l’engendrement et l’avortement [1].
À ma connaissance, la critique s’est plus intéressée à l’idée principale du livre qu’aux détails de sa construction épistémologique et méthodologique. Il est vrai que Luc Boltanski l’a un peu orientée en ce sens en confessant ironiquement qu’il acceptait une certaine dose d’« amateurisme » dans ses références à différents domaines des sciences sociales et qu’il laissait aux jeunes générations les soucis de rigueur qui viennent avec la « professionnalisation de nos disciplines » (p. 18).
Ces confessions (plutôt sympathiques) ne signifient absolument pas que Luc Boltanski ait renoncé ici à faire œuvre scientifique. Ce qu’il propose est même un livre de sciences sociales assez classique en ce sens tout simple qu’il s’intéresse à un ensemble de phénomènes empiriques dont il propose une explication informée par une théorie générale. C’est pourquoi une analyse épistémologique et méthodologique minimale ne serait pas, je crois, superflue. Quels sont ces phénomènes ? Quelle est cette explication ? Ce que Luc Boltanski veut expliquer, c’est une série de paradoxes liés à la place de l’avortement dans nos sociétés : la difficulté à légitimer l’avortement en dépit de sa dépénalisation ; la difficulté à le représenter en dépit du fait que toutes les sociétés le pratiquent et que certaines, comme la nôtre, en ont fait un objet de débat public ; l’expérience douloureuse des femmes, même les plus convaincues du droit de disposer librement de leur corps.
Ce qui peut expliquer ces phénomènes, selon lui, c’est une sorte de « constante anthropologique » : il existerait, dans toute société humaine, une contradiction inhérente au processus par lequel un « être de chair », biologique, devient un être humain, un « être de parole », membre d’une communauté sociale, politique et morale. Quel que soit notre rapport à l’avortement, celui-ci ne pourra jamais être rien d’autre, rien de plus, qu’un « arrangement » instable, susceptible d’atténuer la force de la contradiction sans l’éliminer.
En quoi consiste cette contradiction exactement ? Il n’est pas facile de le comprendre, même si elle constitue la pièce maîtresse du raisonnement de Luc Boltanski.
En effet, pour voir où se situe la « contradiction », il ne suffit pas d’avoir compris les deux propositions principales de sa thèse, que je reconstruis ainsi (sans être sûr que Luc Boltanski les reconnaîtra comme siennes) :
  1. Toute société se réserve le droit de choisir ses membres dans l’ensemble de ceux qui sont à naître ou qui naissent effectivement. Aucun n’est irremplaçable (p. 71 ; p. 75).
  2. Ceux qui sont introduits dans la communauté morale ou sociale par la parole deviennent des êtres singuliers qui sont tous irremplaçables (p. 75).
  3. Ces propositions contiennent des expressions apparemment contradictoires (aucun n’est irremplaçable ; tous sont irremplaçables), mais qui, dans le fond, ne le sont pas. Que, dans l’ensemble des êtres remplaçables, certains seulement deviennent singuliers et irremplaçables par une sélection sociale n’a, en effet, rien de logiquement contradictoire, quelles que soient nos opinions morales ou politiques sur ce processus.
  4. Pour que la contradiction apparaisse, il faut ajouter une troisième proposition, comme Luc Boltanski le précise lui-même :
  5. Il n’y a aucune différence essentielle entre les remplaçables et les irremplaçables. On devrait donc les traiter de la même manière. En portant atteinte aux uns et pas aux autres, on est en pleine contradiction.
Telle est donc, en réalité, la contradiction supposée : le traitement inégal d’êtres essentiellement identiques (p. 80).
Elle pourrait faire le miel des anti-abortionnistes, puisqu’elle repose sur l’idée qu’il n’y a aucune différence essentielle entre les fœtus dont le développement a été interrompu et ceux qui ont accédé à l’existence sociale, ce qui est exactement ce qu’affirment les opposants au droit d’avorter et ce que contestent les défenseurs de ce droit.
Luc Boltanski ajoute que cette injustice est atténuée lorsque la sélection est arbitraire, faite sous un « voile d’ignorance » (p. 74 et 81) et non, par exemple, en vertu de propriétés découvertes au moment de l’échographie. Pourquoi ? D’après lui, si la sélection se fait sur la base de propriétés connues et non de façon arbitraire, une différence de valeur est introduite entre les « êtres de chair » et les « êtres de parole », ce qui est injuste parce qu’il n’y en a précisément pas (p. 74-75).
L’enchaînement des raisons n’est pas évident. Un traitement inégal, non arbitraire, pratiqué sur la base de certaines propriétés connues, est-il nécessairement injuste ? Pensons à la « discrimination positive ». C’est un traitement inégal, non arbitraire, décidé sur la base de certaines propriétés connues, et l’on peut avoir des raisons de le trouver juste. La question du « voile d’ignorance » est celle de savoir quelles propriétés exactement doivent être ignorées dans une perspective de justice. Ce n’est pas une injonction de les ignorer toutes. On peut avoir des raisons de penser qu’il y a quelque chose d’injuste, vis-à-vis des parents et de l’enfant à naître, dans le fait d’interdire aux parents l’accès à toutes les informations utiles concernant les handicaps que l’enfant pourrait avoir à la naissance, ou de stigmatiser ceux qui prendraient la décision de ne pas le mettre au monde à partir du moment où ils auraient eu connaissance de ces handicaps.
En réalité, cette clause ressemble fort à un argument ad hoc dirigé contre ceux qui sont supposés défendre une forme d’« eugénisme libéral », (p. 328), expression polémique qui sert à désigner une conception normative dont la visée est de laisser les parents plus informés et plus libres de prendre une décision par eux-mêmes, sans intervention extérieure (étatique, médicale), lorsqu’ils savent que le fœtus est « défectueux ». J’y reviendrai.
Restons-en pour le moment à l’analyse de ces propositions.
À première vue, la deuxième ne va pas de soi. « Être singulier » et « être irremplaçable » sont donnés comme équivalents. Mais, dans le langage courant, être « singulier » ne signifie pas être « irremplaçable ». On peut remplacer un être singulier (Salieri) par un autre plus doué pour la même tâche (Mozart).
La première n’est pas très claire non plus. L’idée selon laquelle toute « société » sélectionne, dans l’ensemble des « êtres de chair », ceux qui vont être pris pour des humains singuliers et irremplaçables peut être entendue dans deux sens très différents : non intentionnel (ce n’est évidemment pas le choix conscient et personnel d’un individu nommé « société » !) et intentionnel (comme lorsque l’on parle de « projet parental »).
Mais Luc Boltanski est très conscient de ces ambiguïtés et il s’efforce d’y remédier (p. 75-77 ; p. 135-137), ce qu’il faut mettre à son crédit bien sûr. Je ferai comme si ces ambiguïtés étaient éliminables, comme si les « contraintes de l’engendrement » étaient vraiment des contraintes et qu’elles étaient vraiment contradictoires, bien que je n’en sois pas du tout persuadé.
Je ferai aussi comme si les phénomènes à expliquer étaient clairement établis, ce dont je doute également. L’idée, en particulier, selon laquelle l’expérience de l’avortement est toujours douloureuse est très contestable et Luc Boltanski ne nie d’ailleurs pas qu’un biais méthodologique dans la sélection des répondants aux entretiens approfondis puisse être à l’origine de ce résultat (p. 348, note 8). Je me contenterai de poser une question épistémologique banale.
L’explication des phénomènes qui nous est proposée est-elle la meilleure parmi celles qui sont disponibles ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi faudrait-il l’endosser ?
À la fin de son travail, Luc Boltanski évoque très indirectement une hypothèse rivale. Il rappelle que, pour certains acteurs de la vie publique, ce qui pourrait expliquer la difficulté à légitimer l’avortement en dépit de sa dépénalisation, la difficulté à le représenter et l’expérience douloureuse des femmes, même les plus convaincues du droit de disposer librement de leur corps, c’est, tout simplement, que la volonté de contrôle de la part des médecins est toujours aussi puissante, que les pressions des opposants à l’avortement n’ont pas cessé de s’exercer et que l’État n’a pas renoncé à son paternalisme traditionnel pour tout ce qui concerne la famille et la procréation (p. 321).
Le résultat, c’est qu’en dépit de tous les aménagements de la loi du 4 juillet 2001, qui visait précisément à l’atténuer (p. 322), la culpabilisation des femmes est très loin d’avoir disparu.
On pourrait même supposer, dans cet esprit, que le plus douloureux dans l’expérience des femmes qui ont fait le choix d’avorter, ce n’est pas la difficulté à se séparer d’un être supposé « vivre en elles » mais l’humiliation d’avoir à rendre des comptes à des médecins condescendants ou à des assistantes sociales grossièrement paternalistes.
Je ne vois pas très bien pourquoi cette explication serait insatisfaisante, ou, plus exactement, en quoi elle serait moins satisfaisante que la construction de Luc Boltanski.
Autant l’hypothèse de la culpabilisation des femmes par les manœuvres paternalistes des médecins et des assistantes sociales me paraît précise, observable, susceptible d’être confirmée ou réfutée empiriquement, autant l’hypothèse d’une contradiction inhérente au processus par lequel un « être de chair », biologique, devient un être humain, un « être de parole », membre d’une communauté sociale, politique et morale, me semble ambiguë, éloignée des faits, à l’abri de toute possibilité de confirmation ou de réfutation empirique. Autant la première me paraît claire, autant la seconde me paraît difficile à comprendre. C’est pourquoi, personnellement, je préfère la première. Mais, en l’avouant, je ne fais peut-être rien d’autre qu’afficher mes propres limites intellectuelles, j’en suis bien conscient.
Après ces remarques descriptives, je me permettrai de passer à des considérations à caractère normatif, terrain sur lequel je serai, je crois, un peu plus à l’aise.
Dans le débat relatif à l’avortement, il y a, en philosophie morale, deux points de départ différents, une opposition récurrente entre deux visions du problème. Mais je ne crois pas qu’il s’agisse, comme Luc Boltanski semble le suggérer, d’un conflit entre des libéraux dits « contractualistes » (et « individualistes », « rationalistes », etc.) et des féministes qui « sortent du cadre libéral » en se montrant sensibles à l’expérience émotionnelle personnelle (p. 261-262).
Il y a plutôt, d’un côté, des philosophes qui se placent dans la perspective où le fœtus pourrait être considéré comme une personne complètement indépendante de la mère, de l’autre, des philosophes qui partent de l’idée que le fœtus fait partie intégrante de la mère, comme un organe interne ou comme une « tumeur », (pour ceux qui veulent donner au droit d’avorter un maximum de légitimité) [2].
L’important, du point de vue de la compréhension générale du débat, c’est que cette division ne recoupe pas l’opposition entre contractualistes et féministes. Il n’y a pas, d’un côté, les contractualistes, pour qui le fœtus est une personne indépendante, de l’autre, les féministes, pour qui le fœtus est une partie de la mère. On peut très bien être contractualiste et considérer le fœtus comme une partie de la mère, et l’on peut très bien être féministe et le considérer comme une personne indépendante.
Comment se présente donc le débat une fois ôtées ces étiquettes assez inutiles ? Lorsque le fœtus est considéré comme une personne indépendante, l’avortement semble plus difficile à défendre.
En effet, si le fœtus est considéré comme une partie intégrante de la mère, le droit d’avorter peut être justifié sans complications normatives excessives au nom du droit des personnes à disposer d’elles-mêmes. Mais si le fœtus est considéré comme une personne indépendante de la mère, avorter revient à faire mourir quelqu’un d’autre que soi ou à le laisser mourir en cessant de lui donner ce dont il a besoin pour survivre, ce qui pose évidemment un problème à tous ceux – ils sont nombreux – qui reconnaissent comme un principe moral central le principe de non-nuisance à autrui (selon la version de John Stuart Mill ou toute autre version).
Dans sa classique « Défense de l’avortement », c’est pourtant dans cette seconde hypothèse que se place, de façon assez provocante, Judith Jarvis Thomson [3]. Ce qu’elle veut nous prouver, c’est que, même dans ce cas, il n’y a pas d’argument décisif contre le droit d’avorter, car, à moins d’être des saints ou des supers bons samaritains, nous n’avons d’obligations morales à l’égard des autres que dans la mesure où le respect de ces obligations ne nous cause pas à nous-mêmes des torts considérables.
Quoi qu’on pense de cette justification du droit d’avorter dans le contexte le plus défavorable à sa défense (lorsque le fœtus est considéré comme une personne indépendante), elle n’a rien de particulièrement « contractualiste ». Elle ne repose pas sur une idéologie libérale « sauvage » mais sur la reconnaissance d’un principe moral de base qui nous autorise à limiter le sacrifice de soi. Quant à la justification du droit d’avorter dans un contexte moins défavorable (lorsque le fœtus n’est pas considéré comme une personne indépendante), elle ne repose pas sur une sortie du « cadre libéral » et sur une expérience émotionnelle personnelle, mais sur un autre principe moral de base que les libéraux ont tous endossé : nous sommes libres de faire ce que nous voulons de nous-mêmes ou d’une partie de nous-mêmes tant que nous ne causons pas directement et intentionnellement de tort à autrui.
La première conclusion générale de ce débat, c’est qu’il n’y a pas d’argument décisif contre le droit d’avorter, une fois exclus les arguments religieux ou métaphysiques sur le prétendu caractère « sacré » de la vie (qui ne l’est jamais en réalité, les adversaires de l’avortement étant aussi souvent les défenseurs de la peine de mort ou des « guerres justes »). La seconde, c’est qu’il vaut mieux, dans ces conditions, laisser chacun libre de prendre les décisions qu’il juge appropriées dans son propre cas, et ce en dehors de toute intervention répressive de l’État [4].
Il me semble que Luc Boltanski ne restitue pas tout à fait le débat philosophique relatif à l’avortement lorsqu’il le présente comme une confrontation entre libéraux et féministes autour de la question politique du contrat, et non comme une opposition morale autour de ces deux principes : « Il est permis de limiter le sacrifice de soi » et « Nous avons la liberté de disposer de nous-mêmes du moment que nous ne causons pas de tort à autrui ».
De façon générale, le rejet de toute la « philosophie morale anglo-saxonne » tire le livre de Luc Boltanski dans un sens assez peu favorable à la défense de certaines libertés individuelles, ce qui, personnellement, m’inquiète un peu. Il ne faudrait pas, c’est du moins mon sentiment, que l’idée de « condition fœtale » joue contre la liberté de disposer de soi le rôle que l’idée d’« ordre symbolique » a joué contre le mariage gay ou le droit pour les personnes de même sexe d’adopter ou d’élever ensemble des enfants.
Si tel était le cas, on risquerait, en souscrivant à cette idée de « condition fœtale », de rallier le camp de tous ceux qui, aujourd’hui, veulent restaurer un certain ordre moral, lequel exclut les « morales du consentement », et nient que nous soyons libres de faire ce que nous voulons de nous-mêmes, même lorsque nos actions ne causent pas directement et intentionnellement de tort à autrui. Cette spéculation normative va-t-elle au-delà de tout ce que l’on peut tirer d’un livre à vocation descriptive et explicative ? Je ne le crois pas. En limitant les possibilités humaines au nom de prétendus « impératifs anthropologiques », Luc Boltanski exclut a priori, sans soutien empirique, tous les programmes de « banalisation » ou de « dédramatisation » de l’avortement. Cela revient à affirmer qu’il serait absurde d’essayer de dédramatiser l’avortement, conclusion quasi normative avec laquelle je suis personnellement en désaccord.
Conclure, comme le fait Luc Boltanski, que la « condition fœtale », c’est la « condition humaine » (p. 332) revient à dire que nous n’avons aucune marge de manœuvre dans ce domaine, à moins de cesser d’être humain (rien que ça !). C’est une façon assez typique de promouvoir la « panique morale », cette vision catastrophiste de tous les changements, qui, dans nos sociétés, concernent la procréation, la famille ou la sexualité.
Il ne faut pas oublier non plus que la contradiction « anthropologique » que Luc Boltanski met au cœur de sa construction intellectuelle est dérivée de l’idée selon laquelle, d’une part, il n’y a aucune différence essentielle entre les fœtus dont le développement a été interrompu et ceux qui ont accédé à l’existence sociale, d’autre part, toute sélection non arbitraire est injuste.
Or c’est une façon de contester le point de vue de ceux qui voudraient donner aux parents encore plus de liberté dans leurs choix individuels, notamment en refusant de les stigmatiser, si, par suite d’une décision personnelle (et non étatique) et sur la base d’informations données par échographie, ils souhaitent interrompre « autant de fois qu’il est nécessaire » le développement d’un fœtus « défectueux » (p. 328). Si ce n’est pas là une position « normative », restrictive des libertés individuelles, quelle autre position pourrait bien l’être ?
 
NOTES
 
[1]Michaël Fœssel, « La chair et le social. À propos de La condition fœtale de Luc Boltanski », Esprit, janvier 2005, p. 76-85 ; Bruno Karsenti, « Arrangements avec l’irréversible », Critique, 695, avril 2005, p. 321-336. Mais il y a eu aussi des réactions moins positives, voire franchement critiques. Cf. en particulier Simone Bateman, « De la neutralité axiologique face à une pratique moralement controversée », Travail, Genre et Sociétés, 15, avril 2006, p. 176-179.
[2]Il y a aussi toutes sortes de positions « mixtes » (indépendance relative du fœtus ou indépendance sous certains aspects seulement, etc.), mais elles n’ont jamais permis de trouver un compromis quelconque entre les deux positions de base.
[3]Judith Jarvis Thomson, « A Defense of Abortion », Philosophy and Public Affairs, 1,1971, p. 47-66.
[4]Cf. Ronald Dworkin, « Playing God : Genes, Clones and Luck », dans Sovereign Virtue : The Theory and Practice of Equality, Cambridge, Harvard University Press, 2000, p. 427-452. Dworkin semble limiter cet espace de libertés en excluant les pratiques discriminatoires comme l’avortement systématique ou bien des filles ou bien des garçons. Mais, en termes « conséquentialistes », une intervention répressive de l’État devrait faire face aux questions les plus traditionnelles liées à l’avortement : quelles sanctions seraient vraiment dissuasives ? La peine de mort ? Quelle serait leur légitimité ? En l’absence de reconnaissance officielle, l’avortement systématique des filles ou des garçons ne se fera-t-il pas dans la clandestinité avec des risques importants pour la santé des mères ? De plus, l’avortement pratiqué selon le critère sexuel ne fait souvent que se substituer à l’infanticide pratiqué selon le même critère. Qu’est-ce qui est alors préférable ? Pour mettre fin à ces pratiques, une intervention de l’État incitative plutôt que répressive ne serait-elle pas de toute façon plus appropriée ?
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Michaël Fœssel, « La chair et le social. À propos de La con...
[suite] Suite de la note...
[2]
Il y a aussi toutes sortes de positions « mixtes » (indépen...
[suite] Suite de la note...
[3]
Judith Jarvis Thomson, « A Defense of Abortion », Philosoph...
[suite] Suite de la note...
[4]
Cf. Ronald Dworkin, « Playing God : Genes, Clones and Luck ...
[suite] Suite de la note...