Critique internationale 2009/1
Critique internationale
2009/1 (n° 42)
204 pages
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Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

I.S.B.N. 9782724631562
DOI 10.3917/crii.042.0119
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Vous consultezUn Consulat de Chine dans la France d’outre-mer

AuteurAnne-Christine Trémon du même auteur

agrégée-préparatrice en anthropologie à l’École normale supérieureUlm, département de sciences sociales, équipe « Enquête, terrain, théories » (ETT) du Centre Maurice Halbwachs. Docteur en anthropologie (EHESS, 2005) et agrégée d’histoire, elle a été en post-doc à l’Institut d’ethnologie de l’Academia Sinica, Taiwan (2005-2006) puis ATER à l’EHESS (2006-2008). Ses recherches portent sur la Polynésie française et sur Taiwan. Elle a publié « Fils illégitimes, affiliations conflictuelles : métissage et identité “demie” en Polynésie française », L’Homme, revue française d’anthropologie (181, janvier-mars 2007, p. 75-101) ; « Mémoire d'immigrés et malemort : controverses autour du passé coolie chez les Chinois de Tahiti », Les Cahiers de Framespa (2, avril 2007, http ://w3.framespa.univ-tlse2.fr/ revue/articles_fiche.php ?id=263) ; « From “Voluntary” to “Truly Voluntary” Associations : The Structure of the Chinese Community in French Polynesia, 1865-2005 », Journal of Chinese Overseas (3 (1), mai 2007, p. 1-33) et « Les liens transnationaux en diaspora : le cas des Chinois de Polynésie française », Diasporas (10,2007, p. 217-227). actremon@ens.fr

«l'ambassadeur Zhao Jinjun a inauguré le 12 septembre 2007 à Papeete le Consulat de Chine. La cérémonie s'est déroulée dans une grande convivialité en présence de 300 personnalités dont Madame Anne Boquet, haut-commissaire de la République française en Polynésie, Monsieur Gaston Tong sang, Président de la Polynésie française, Monsieur Chang Dongyue, consul chinois à Papeete ainsi que des représentants de la communauté chinoise locale. » C’est en ces termes que l’ambassade de la République populaire de Chine (RPC) en France annonça sur son site Internet la création du « premier Consulat chinois aux DOM-TOM français [1] [1] Voir http :/ / w www. amb-chine. fr/ fra/ / zfzj/ t367042. ...
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. » Le fait qu’un Consul de la République de Chine (ROC [2] [2] Nous employons l’acronyme ROC, correspondant à la dénomination...
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 ) ait été en fonction à Tahiti de 1945 à 1965 était complètement passé sous silence.

2 Jusqu’à présent, la RPC n’est pas parvenue à récupérer le terrain qui avait été occupé par le Consul de la ROC. Le nouveau Consul [3] [3] L’exequatur accordé par le ministère des Affaires étrangères...
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s’est installé dans sa résidence privée, en attendant qu’aboutissent les démarches entreprises par la RPC pour la « restitution » de ce qu’elle considère comme une parcelle de souveraineté chinoise. Depuis une trentaine d’années, la République populaire de Chine clame ses droits de propriété sur ce terrain avec une vigueur croissante dont témoignent les visites, nombreuses et de plus en plus fréquentes, d’officiels de la RPC à Tahiti : des représentants de l’ambassade à Paris (janvier 1973) ; des conseillers à l’ambassade à Suva (Fidji) (décembre 1977) ; le premier secrétaire de cette même ambassade (juillet 1985) ; l’ambassadeur à Suva (janvier 1991) ; deux émissaires (décembre 1997) ; Zhao Jinjun, ministre plénipotentiaire à l’ambassade à Paris (mars 2000) ; le Président Jiang Zemin (avril 2001) ; Chang Dongyue, numéro deux de l’ambassade à Paris (mai 2002) ; Wu Jianmin, ambassadeur à Paris (août 2002) ; Zhao Jinjun, ambassadeur à Paris (juillet 2003). Cette visite a été suivie d’une rencontre à Paris avec Gaston Flosse, Président de la Polynésie française (novembre 2004), d’une nouvelle visite de Zhao Jinjun à Tahiti (décembre 2005) et d’une autre rencontre à Paris entre celui-ci et le nouveau Président de la Polynésie française, Gaston Tong sang (janvier 2007).

3 L’ouverture de ce Consulat s’inscrit dans un contexte d’affirmation de la puissance chinoise dans le Pacifique, laquelle fait l’objet d’interprétations divergentes, plus ou moins positives selon les intentions prêtées aux dirigeants de la RPC : stratégie délibérée visant à supplanter les États-Unis dans le Pacifique [4] [4] John Henderson, Benjamin Reilly, « Dragon in Paradise :...
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, conséquence d’une instabilité croissante dans la région [5] [5] Susan Windybank, « The China Syndrome », Policy, 21...
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ou encore affirmation par défaut résultant d’un vide du pouvoir [6] [6] Tamara Renee Shie, « China Woos the South Pacific »,...
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. Pour certains commentateurs, les nouveaux flux migratoires en direction du Pacifique sud ainsi que le développement du tourisme et l’extension du commerce chinois dans la région constitueraient des tentatives de développement d’un levier économique, susceptible, à terme, d’être traduit en influence significative [7] [7] Jim Rolfe, « Oceania Today : The Region, Regional Powers...
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. D’autres avancent qu’il n’existe pas de preuves tangibles d’une stratégie chinoise coordonnée et clairement définie visant à remplir un vide du pouvoir, dans la mesure où le comportement de la RPC dans le Pacifique ne diffère en rien de son approche diplomatique en Afrique, en Amérique latine ou en Asie du Sud-Est. Son arrivée sur la scène régionale signifierait simplement de nouvelles opportunités de développement économique pour les pays insulaires du Pacifique [8] [8] Zhang Yongjin, « China and the Emerging Regional Order...
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.

4 En revanche, tous s’accordent sur un point : le Pacifique est l’un des champs de bataille les plus violents de la lutte livrée par la RPC pour mettre la ROC à Taiwan hors jeu [9] [9] Thomas V. Biddick, « Diplomatic Rivalry in the South Pacific :...
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. En effet, parmi les vingt-trois États qui reconnaissent Taipei, six se trouvent dans le Pacifique : les îles Marshall, les îles Salomon, Kiribati, Palau, Nauru et Tuvalu. Or, du fait de leur faiblesse démographique et économique, les États insulaires du Pacifique sont particulièrement vulnérables à la « diplomatie du carnet de chèques » que pratique chacune des deux parties [10] [10] Ian Taylor « Taiwan’s Foreign Policy and Africa : The...
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, diplomatie qui est par ailleurs un facteur de déstabilisation pour ces États comme en témoigne le chaos politique, accompagné d’émeutes antichinoises, dans lequel ont sombré les îles Salomon en 2006 [11] [11] G. Dobell, « China and Taiwan in the South Pacific :...
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. Dans cette configuration, la Polynésie française constitue un cas à part dans la mesure où, n’étant pas une entité politique souveraine, elle ne saurait mettre aux enchères sa reconnaissance diplomatique, en s’adonnant à cette forme de « business de souveraineté » courante dans la région où abondent les centres financiers offshore [12] [12] Anthony Van Fossen, « The Struggle for Recognition :...
suite
. Le fait de retrouver la « question des deux Chine » en Polynésie française prouve que l’affirmation chinoise dans le Pacifique ne se résume pas à la recherche d’une supériorité numérique dans le décompte des reconnaissances. La RPC réclame ce qu’elle estime être son dû – l’ancien terrain consulaire – en vertu du droit international, en même temps qu’elle cherche à s’assurer des leviers de puissance par l’intermédiaire du Consulat, ouvert avant même le règlement de la question du terrain.

5 La présence d’une communauté chinoise implantée de longue date en Polynésie française est un élément déterminant pour comprendre ce qui se joue dans « l’affaire du terrain consulaire ». Les États et territoires insulaires [13] [13] Ce terme recouvre les pays et collectivités ultramarins...
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du Pacifique accueillent environ 80 000 Chinois de la diaspora sur les quelque 30 millions de Chinois d’outre-mer [14] [14] Ron Crocombe, « The Growing Chinese Presence in the Region »,...
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. Les populations les plus importantes en volume se trouvent en Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) et à Fidji. En revanche, en termes de pourcentage de la population totale, la Polynésie française se situe au premier rang (entre 4 % et 10 % selon les critères retenus). Nous proposons ici d’envisager la montée en puissance chinoise dans le Pacifique sous une perspective qui constitue la plupart du temps un angle mort des analyses consacrées à ce type de questions. Celles qui traitent de la lutte Chine/Taiwan dans le cadre du découpage en États-nations (le « nationalisme méthodologique ») passent en effet sous silence le rôle joué par les acteurs transnationaux [15] [15] Le qualificatif « transnational » s’applique aux acteurs...
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, en l’occurrence les Chinois d’outre-mer. À l’inverse, les études transnationales tendent à placer la focale sur la relation au pays d’origine et délaissent les facteurs expliquant le maintien d’une ethnicité distincte [16] [16] L’ethnicité a été définie par Max Weber comme l’unité...
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dans les pays d’accueil, naturalisant ainsi la catégorie « diaspora chinoise » [17] [17] Rogers Brubaker, « The “Diaspora” Diaspora », Ethnic...
suite
. Le cas des Chinois de Polynésie française est d’autant plus intéressant de ce point de vue qu’on assiste, via cette question de l’ancien Consulat, à une tentative visant à renouer des liens qui avaient été rompus au cours des décennies qui ont suivi l’avènement de la RPC. Nous insisterons donc sur la nécessité d’explorer autant la relation au pays d’accueil que la relation au pays d’origine, et montrerons la conjonction de politiques ethnicisantes favorables au maintien des Chinois de Polynésie française dans la catégorie « diaspora », alors même que la question du devenir de l’ancien Consulat, posée en termes géopolitiques, n’est considérée comme pertinente que par une petite minorité de citoyens français d’origine chinoise.

6 Notre perspective méthodologique s’inspire de l’étude de cas élargie et de la situational analysis, qui impliquent la collecte détaillée de données ethnographiques et une analyse de ces données qui rende compte des conflits. La fécondité de cette méthode pour une anthropologie des mondes coloniaux et postcoloniaux et des liens entre le local, le national et le global a été soulignée par Michael Burawoy [18] [18] Jaap Van Velsen, « The Extended Case Method and Situational...
suite
. Si nous entendons analyser la manière dont la lutte entre la Chine et la ROC à Taiwan est menée au niveau local, nous n’appréhenderons l’articulation entre le local et le global ni simplement en termes « d’impact » du global sur le local ni comme une montée en généralité à partir d’un cas local. La variation des échelles analytiques ne constitue pas une fin en soi, mais elle est rendue nécessaire par le jeu d’échelles que déploient les acteurs eux-mêmes [19] [19] Cf. F. Barth (ed. ), Scale and Social Organization, Oslo-Bergen,...
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. Il apparaîtra en effet dans le cours de l’analyse que, dans la mesure où la formulation de la question du terrain en termes locaux ou globaux constitue un des enjeux du conflit, les parties sont amenées à faire varier l’échelle de leur action.

7 Par ailleurs, plutôt que de partir d’une opposition entre, d’une part, l’État et son organisation verticale et hiérarchique, d’autre part, les acteurs transnationaux ou diasporiques et leur horizontalité, dichotomie qui conduit à interpréter les phénomènes diasporiques comme entraînant l’affaiblissement, voire la remise en cause des États dans leur existence [20] [20] Cf. James Clifford, « Diasporas », Cultural Anthropology,...
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, nous observerons les processus conduisant à catégoriser ces acteurs comme transnationaux. Cette catégorisation implique une ethnicisation, entendue comme la prévalence accordée à une origine commune réelle ou supposée, dans la mesure où ce critère de l’origine l’emporte sur d’autres critères de classification possibles (stratification sociale, appartenance politique, affiliation juridique). Dans le cas qui nous intéresse, l’importance accordée au critère de l’origine par la migration en provenance de Chine sous-tend un processus d’ethnicisation mené par un État et un « aspirant État ». Ce processus conduit, selon une dialectique de l’inclusion et de l’exclusion, à la production d’« acteurs transnationaux ». L’affaire de l’ancien terrain consulaire met ainsi en lumière, à l’échelle locale, les facteurs d’entretien des frontières ethniques en Polynésie française et, à l’échelle globale, les facteurs de maintien d’une « diaspora chinoise ».

8 Nous montrerons dans quelle mesure le débat mené autour du terrain consulaire relève de la problématique des deux Chine et jusqu’à quel point le champ associatif chinois de Polynésie française est structuré en fonction de considérations politiques « à longue distance » [21] [21] Expression empruntée à Nina Glick-Schiller et Georges...
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. Nous examinerons ensuite comment, dans un contexte de transition hégémonique, les stratégies déployées par les acteurs dont l’un, étatique, s’affirme sur la scène régionale, et l’autre, « aspirant étatique », recherche son affranchissement de la tutelle métropolitaine, entrent en conjonction.

L’apparition du conflit

9 Situé sur un terrain de 4 000 m2, sur le front de mer de Papeete, face à la base de la marine nationale, l’ancien Consulat de Chine à Tahiti est aujourd’hui à l’abandon. Le terrain, quadrangulaire à l’origine, a été amputé d’un petit lopin pour la construction d’un hôtel adjacent, ce qui lui a conféré la forme d’une hache. Il n’est donc guère étonnant, disent certains en référence au fengshui, qu’il soit devenu le « terrain de la discorde ». De fait, la destinée de ce terrain divise la communauté chinoise de Polynésie française depuis trente ans.

10 Malgré l’attribution en 1973 de la nationalité française aux Chinois résidant en Polynésie française, le terme de « communauté » est toujours en usage aujourd’hui. Il désigne, dans le langage courant, les descendants des immigrés venus s’installer dans la colonie des Établissements français de l’Océanie (EFO) à la fin du XIXe siècle et durant les premières décennies du XXe. Le séquençage des migrations chinoises est commun à l’ensemble du Pacifique et, au-delà, à l’Asie du Sud-Est : aux vagues pluriséculaires de réseaux commerçants a succédé, dans les années 1860, l’importation de travailleurs sous contrat, imposée par les colonisateurs occidentaux dans le cadre des Traités inégaux [22] [22] Ensemble de traités imposant l’« ouverture » de la...
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, puis, dès les années 1880-1890, une immigration dite libre, qui s’organisa suivant des filières maîtrisées par les Chinois eux-mêmes. Cette immigration était conçue comme temporaire, tant par les immigrés, qui avaient pour objectif de rentrer au pays une fois fortune faite, que par l’administration coloniale. Le jus soli ne s’appliquait pas dans la colonie (les enfants d’immigrés avaient la nationalité chinoise) et le système des congrégations, une forme d’indirect rule, rendait obligatoire l’appartenance à l’une des associations chinoises reconnues par l’administration : l’Association philanthropique, ainsi qu’une, puis trois associations Kuomintang (KMT) [23] [23] Nous les présenterons plus loin. ...
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. Les « chefs de congrégations » représentaient leurs membres auprès du gouverneur et avaient la responsabilité de la levée des taxes spécifiques aux commerçants de « race asiatique » [24] [24] Le décret du 7 janvier 1931 astreignait « les immigrants...
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.

11 Ces associations perdurèrent après l’abolition du système des congrégations, lorsque la représentation des nationaux chinois dans la colonie revint à un Consul de la République de Chine. En effet, après l’engagement de cette dernière aux côtés des Alliés et la levée des Traités inégaux, le représentant de la France libre à Chongqing autorisa le gouvernement chinois à envoyer un Consul à Tahiti. Le 24 mai 1945, Yao Ting-Chen devint le premier Consul général de Chine à Papeete. L’année suivante, le gouvernement de la ROC faisait l’acquisition d’une parcelle de terrain destinée à la construction d’un bâtiment consulaire. Le Consul de la ROC fut maintenu dans ses fonctions après l’avènement de la RPC (en 1949) et l’exil du gouvernement Kuomintang sur l’île de Taiwan. Ce n’est que lorsque le Général de Gaulle eut décidé de transférer les infrastructures nucléaires françaises en Polynésie, décision suivie de près par l’établissement de relations diplomatiques avec la RPC [25] [25] La déclaration du 27 janvier 1964 n’était pas assortie...
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, qu’il devint urgent, aux yeux des autorités métropolitaines, de régler la question du statut juridique des Chinois.

12 Après la reconnaissance de la RPC comme gouvernement légitime de la Chine, le gouvernement français décida, en septembre 1965, de fermer le Consulat de la ROC. Il facilita dès lors les procédures de naturalisation individuelle des Chinois de Polynésie, et la question fut définitivement tranchée, par la loi du 9 janvier 1973, avec l’extension aux territoires ultramarins du droit de la nationalité française, et donc du jus soli. Entre-temps, le Consul de la ROC avait mis sur pied un « Comité de sauvegarde des biens, meubles et immeubles, du Consulat général de la République de Chine ». La possibilité que la propriété du terrain revienne à la RPC fut écartée le 19 avril 1978, lorsque le Comité de sauvegarde obtint du tribunal civil de Papeete une reconnaissance de propriété du terrain et du bâtiment.

13 La RPC ne renonça pas pour autant à ce qu’elle estimait lui revenir de droit. Dans une lettre adressée le 16 octobre 1996 aux membres de l’Association philanthropique, l’ambassade de RPC à Paris écrivit : « Le gouvernement chinois n’a jamais reconnu et n’acceptera jamais le simulacre de jugement sur ce problème prononcé par le tribunal de Tahiti en 1978, ni le soi-disant Comité de sauvegarde monté illégalement ». L’argument de la RPC est, en substance, le suivant : « Avant l’établissement des relations diplomatiques avec la France, ce terrain était celui du Consulat général de l’ancien gouvernement du Kuomintang. Conformément à la loi internationale, il doit donc être restitué à la RPC. C’est l’usage international, il n’y a pas d’ambiguïté » [26] [26] Les Nouvelles de Tahiti, « Le Consulat général de Chine...
suite
. L’autorisation donnée en 2007 par le gouvernement français d’ouvrir un Consulat chinois à Tahiti paraît procéder d’une volonté de trouver une solution de compromis. Car sur la question de la propriété du terrain, les autorités françaises se sont montrées inflexibles. Le haut-commissariat, relayant la position du ministère des Affaires étrangères français, indiqua en 2002 : « L’État français ne peut se substituer à la Chine dans une démarche contentieuse. (…) En aucun cas, la cession à la Chine du terrain de l’ancien Consulat ne peut faire l’objet d’une négociation d’État à État, la justice ayant tranché » [27] [27] Ibid. . ...
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. Ainsi la France mettait-elle en avant la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice. Il appartenait à la Chine de contester le jugement de 1978 soit auprès du tribunal civil de Papeete, soit auprès du tribunal international de La Haye.

14 La RPC opta pour la première solution. En février 2003, l’ambassadeur de la RPC en France, M. Wu Jianmin, déposa une tierce opposition au jugement du 19 avril 1978 auprès du Tribunal civil de première instance de Papeete. Le 20 octobre 2004, celui-ci rétracta le jugement de 1978 et ordonna la reconnaissance de propriété au bénéfice de la RPC [28] [28] L’argument étant qu’en 1978, la ROC ne représentait...
suite
. Cependant, le déroulement de la procédure portait tellement à caution qu'une première demande de renvoi pour cause de suspicion légitime fut déposée par l'avocat du Comité de sauvegarde en mars 2006 [29] [29] La requête dénonçait les délais très courts imposés...
suite
. Il semble que la Cour de cassation de Paris n'ait pas été saisie de cette demande. Une seconde requête en suspicion légitime fut donc déposée en avril et transmise cette fois au président de la Cour de cassation qui décida, « en raison de la nature de l’affaire et dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice », de la renvoyer devant la cour d’appel de Paris [30] [30] Arrêt rendu le 28 avril 2006. ...
suite
.

15 Le procès du 16 octobre 2008 a opposé la RPC et l’Association philanthropique aux appelants, la ROC, le Comité de sauvegarde et les trois associations KMT. La cour d’appel a invalidé le jugement du 20 octobre 2004, déclarant irrecevable la tierce opposition de la RPC pour « défaut d’intérêt à agir ». Elle a considéré que « la République populaire de Chine n’a aucun intérêt légitime, juridiquement protégé, à attaquer un jugement qui a tranché un litige relatif à un terrain dépourvu de tout statut consulaire sur lequel elle ne pouvait prétendre à aucun droit au jour du prononcé de cette décision en 1978, les principes d’unicité et de continuité de l’État chinois reconnus par la France dont elle se prévaut étant inopérants du fait de la coexistence des deux États chinois reconnus par la France qui s’est perpétuée jusqu’en 1994 » [31] [31] Cf. note 25. ...
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. Au moment où nous écrivons cet article, la RPC vient d’annoncer son intention de se pourvoir en cassation.

16 Telle que nous l’avons exposée jusqu’à présent, l’affaire du terrain consulaire apparaît comme une transposition au niveau local de la question géopolitique globale des deux Chine. Il apparaît, de prime abord, que c’est bien cette question qui oppose les associations chinoises de Polynésie française et qui les a empêchées de parvenir à un consensus sur l’utilisation du terrain consulaire. En effet, après le jugement de 1978, les divers projets d’affectation du terrain de l’ex-Consulat, « Maison de Confucius » consacrée à la culture chinoise en 1980, clinique utilisant la médecine traditionnelle chinoise et la médecine occidentale en 1982, ont été abandonnés. La proposition de transférer le terrain consulaire à la Si Ni Tong, association fédérant l’ensemble des associations chinoises de Polynésie, déjà propriétaire et gérante du cimetière et du temple, n’a pas abouti non plus.

17 Première association chinoise fondée à Tahiti, en 1872, la Si Ni Tong chapeaute l’ensemble des associations apparues par segmentation interne. Au cours de la période troublée qui suivit l’insurrection du 10 octobre 1911 et la proclamation de la République de Chine, des différends étaient apparus entre les dirigeants de la Si Ni Tong, grands marchands et négociants installés de longue date, et les nouveaux immigrants, qui souhaitaient utiliser les revenus de l’association pour soutenir Sun Yat-sen [32] [32] Cette différence socioéconomique est souvent évoquée...
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. Ce clivage conduisit à la création de deux associations séparées : l’Association philanthropique (Chungfa Fuikon) fondée en 1921, et l’Union nationaliste chinoise de Tahiti (Zhonghua Aiguo Lianhehui) devenue l’association Kuomintang en 1921 [33] [33] Nous reprenons ici la transcription utilisée en Polynésie...
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. Les adhérents du Kuomintang, trois fois plus nombreux que les membres de l’Association philanthropique, étaient en majorité des travailleurs fraîchement recrutés dans les plantations et les établissements commerciaux des Chinois installés depuis plus longtemps [34] [34] Au sein de chacune de ces associations, on retrouve des...
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. Le Kuomintang de Tahiti se scinda par la suite en trois associations dénommées KMT 1,2 et 3.

18 Alors qu’elles s’étaient apaisées durant la guerre, les tensions entre les différentes associations chinoises de Tahiti se ravivèrent au moment de la guerre civile entre le Kuomintang et le Parti communiste chinois, puis après la proclamation de la RPC sur le continent et l’exil à Taiwan de la ROC. Après la fermeture des écoles chinoises et l’obtention de la nationalité française, les associations chinoises de Polynésie française connurent une forte baisse du nombre de leurs adhérents. Au début des années 1990, elle se reconvertirent en associations loi 1901 et affichent aujourd’hui une vocation principalement culturelle, offrant des cours d’arts martiaux et de danse tahitienne, et assurant l’organisation des festivités du Nouvel An.

19 Ces quatre associations, l’Association philanthropique et les trois KMT, composaient à l’origine le « Comité de sauvegarde des biens, meubles et immeubles, du Consulat général de la République de Chine ». Celui-ci comprenait sept personnes : deux représentants de chacune des grandes associations, KMT 1, KMT 2 et Association philanthropique, et un représentant du KMT 3. Les représentants de l’Association philanthropique, ralliés au camp de la RPC, s’en sont retirés, tandis que les dirigeants des trois KMT s’opposent à la « restitution » du terrain consulaire à la RPC.

Les interprétations locales de l’affaire

20 Il s’avère pourtant, si l’on approfondit les motifs qui poussent chacun à camper sur ses positions, que les thèses défendues d’un côté comme de l’autre ne recoupent pas exactement la question géopolitique des deux Chine. En réalité, les partisans de la RPC et leurs adversaires ne situent pas leurs argumentations sur le même plan. Revenons sur le jugement rendu le 19 avril 1978 : « En droit, la demande en reconnaissance de propriété peut dès lors être comprise comme se fondant soit sur le redressement d’une vente simulée (c’est la thèse des demandeurs qui soutiennent que le Gouvernement chinois a servi de prête-nom à leur communauté), soit sur la révocation d’une donation pour survenance de la condition résolutoire (la fermeture du Consulat constituant une telle condition). Quoi qu’il en soit de cette analyse juridique, le défendeur [le Comité de sauvegarde] reconnaissant expressément que l’acquisition et la construction n’ont pas été payées par lui mais par les associations chinoises de Polynésie et que la demande répond à l’équité, il échet de faire droit à celle-ci » [35] [35] Citation extraite du jugement rendu le 19 avril 1978 par...
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.

21 Le jugement constitue une reconnaissance de propriété du Comité de sauvegarde et contourne l’épineuse question de la continuité de la représentation consulaire en s’abstenant de trancher entre les arguments pouvant soutenir cette demande en reconnaissance, le redressement d’une vente simulée à la ROC comme prête-nom, ou la survenance de la condition résolutoire à la donation faite à la ROC. Il s’appuie sur le simple fait qu’en 1944 ce furent les membres des associations composant la communauté chinoise des EFO qui réunirent les fonds nécessaires à l’achat du terrain et à la construction du Consulat, par l’intermédiaire du « Comité préparatoire des Chinois d’outremer de Tahiti pour la mise en installation du Consulat général en l’honneur de la République de Chine ».

22 Il paraît néanmoins plausible que, dans l’esprit des Chinois de l’époque, le terrain ait été acquis au nom de la République de Chine, plutôt que donné à la République de Chine, dans la mesure où les étrangers n’avaient pas le droit d’acheter des biens fonciers dans la colonie des EFO, y compris après sa transformation en Territoire d’outre-mer en 1946. Pour contourner cette interdiction, mais aussi pour échapper aux taxes levées sur les commerçants « de race asiatique », les immigrés enregistraient fréquemment leurs biens au nom de leur épouse polynésienne ou de leurs filles non reconnues (cette non-reconnaissance leur conférant de facto la nationalité française). De même, les sociétés commerciales étaient très souvent enregistrées au nom de partenaires commerciaux métropolitains ou polynésiens. Cet usage très répandu des prête-noms et la fréquence des conflits résultant de ce type d’arrangements en sous-main ont d’ailleurs été l’un des motifs qui ont poussé les Chinois de Polynésie à demander « la nationalité » [36] [36] Le fait qu’ils ne spécifient pas « française » révèle...
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.

23 Il faut également rappeler que, dans les années 1950, les Chinois de Polynésie française avaient renoncé à retourner en RPC en raison de l’hostilité du régime à leur égard et des confiscations dont étaient victimes ceux d’entre eux qui s’étaient risqués à rentrer. Ils furent donc ensuite d’autant plus hostiles à la « restitution » du terrain que celle-ci leur paraissait être une spoliation du même type que celles qu’avait pratiquées le régime communiste. Leur ressentiment vis-à-vis du régime communiste est d’ailleurs accru par l’indifférence dont ils estiment qu’il a fait preuve à l’égard des Chinois d’outre-mer après sa prise de pouvoir en 1949. En effet, l’inexpérience du Parti communiste chinois contrastait avec la longue histoire des relations entre le Kuomintang et les communautés d’outre-mer [37] [37] Stephen Fitzgerald, China and the Overseas Chinese : A...
suite
. (Le Kuomintang était intervenu à plusieurs reprises auprès du Quai d’Orsay pour demander que soient levées les discriminations dont ses nationaux faisaient l’objet dans les colonies françaises [38] [38] Elles furent supprimées en 1948 à Madagascar, à la Réunion...
suite
.) Après son retrait à Taiwan, il mit la cause des Chinois d'outre-mer au premier rang de sa politique extérieure, tandis que le PCC se concentrait sur les problèmes intérieurs. Les organes administratifs concernant les Chinois d'outre-mer étaient presque tous centralisés sur le territoire de la RPC et consacrés aux Chinois rentrés au pays, alors qu’ils étaient complétés, du côté de la ROC, par un réseau extraterritorial d’organisations dans les pays de résidence [39] [39] S. Fitzgerald, China and the Overseas Chinese : A Study...
suite
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24 Plus fondamentalement, le fait pour les Chinois de Polynésie de concevoir la République de Chine comme un simple prête-nom n’est pas anodin : il résume la condition de « Chinois d’outre-mer », dans la mesure où il souligne la déconnexion entre cette condition et toute instance étatique, que celle-ci s’incarne dans la RPC ou dans la République de Chine. Dans l’esprit des Chinois de l’époque, le Consulat semble n’avoir été qu’une instance, qui, à la suite de la Si Ni Tong, puis des diverses associations, leur permettait d’être représentés auprès du gouvernement de la colonie. Il s’inscrivait dans la suite logique du système des congrégations par lequel, pendant plusieurs décennies, les Chinois implantés en Polynésie s’étaient autoreprésentés, sans intervention de l’État chinois. Certes, l’attachement à la ROC d’une majorité des Chinois de Tahiti après 1949 se situe dans la continuité du soutien rencontré au sein de la diaspora chinoise au tournant des XIXe et XXe siècles par les mouvements révolutionnaires et antidynastiques dont le Kuomintang est l’héritier. Mais la fragilité de la ROC, entité politique en exil, rend également compte du sentiment, très largement partagé à cette époque par les Chinois d’outre-mer, de se trouver dans une condition d’« apatrides » (au moins jusqu’à l’obtention de la nationalité française en 1973). Nous l’avons dit, durant les années 1950 et 1960, seule la ROC à Taiwan fut en mesure d’assurer leur protection, tandis que la RPC renonçait à toute juridiction sur eux, non seulement par idéologie (la méfiance vis-à-vis de ces émigrés associés au capitalisme occidental), mais aussi pour assurer sa légitimité internationale et contrer la thèse de la « cinquième colonne » (notamment auprès des États décolonisés d’Asie du Sud-Est) [40] [40] En effet, la prétention du gouvernement de la ROC à représenter...
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. C’est la raison pour laquelle, outre les facteurs purement économiques, l’obtention de la nationalité française fut vécue comme l’aboutissement logique d’une implantation désormais admise comme définitive dans un territoire ultramarin français.

25 Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que la ROC ait été perçue et utilisée comme prête-nom. Aussi n’était-il pas véritablement question, pour les membres KMT du Comité de sauvegarde, de défendre l’appartenance du terrain à la ROC. Or les développements récents de l’affaire les ont conduits à porter l’affaire à l’échelle globale, c’est-à-dire sur le plan du conflit entre la Chine et Taiwan. Cette démarche a été entreprise après le jugement du 20 octobre 2004 invalidant celui de 1978 et ordonnant la reconnaissance de propriété au bénéfice de la RPC. L’avocat du Comité de sauvegarde et des trois associations KMT leur proposa alors de solliciter la participation de la ROC au procès en appel. Il contacta le directeur du Bureau de représentation de Taipei en France (BRTF), lequel, après une visite en Polynésie française en mars 2005, décida de faire appel : « Le Comité de sauvegarde va faire appel, non sans avoir obtenu que la ROC, puisque la RPC soulève à nouveau cette affaire déjà classée, fasse aussi appel et s’oppose à la revendication de la RPC, quitte à ce que la ROC soit reconnue propriétaire » [41] [41] « Revendication foncière du mépris et manipulations...
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26 Ces propos tenus par le dirigeant du KMT 1, vice-président du Comité de sauvegarde, soulignent que la stratégie consistant à appeler Taiwan à la rescousse ne constitue qu’un pis-aller. Cela ressort clairement de l’argumentaire présenté par le Comité de sauvegarde et les trois KMT lors du procès en appel. Appelants à titre principal aux côtés de la ROC, l es trois KMT et le Comité de sauvegarde ont demandé que la ROC soit reconnue comme propriétaire du terrain si le Comité de sauvegarde ne l’était pas [42] [42] « Plus subsidiairement encore, si le jugement du 19 avril...
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. Afin de pouvoir peser contre la RPC, les représentants KMT de la communauté chinoise de Polynésie française ont porté à l’échelle globale une affaire qu’ils considèrent comme locale.

27 Nous sommes donc en présence de deux thèses, qui en apparence s’opposent sur la question des deux Chine, et en réalité se greffent sur les divisions locales de la communauté.

28 D’un côté, on trouve des dirigeants et membres d’associations qui ne comprennent pas pourquoi la RPC s’approprierait ce terrain pour l’achat duquel leurs pères ou leurs grands-pères apportèrent leur cotisation. Leur opposition est d’autant plus forte qu’ils n’ont pas oublié les confiscations de biens et de terres dont furent victimes leurs parents demeurés ou retournés en Chine. Comme le rappelle fermement le titre d’un article publié par le président du KMT 1 : « Cette terre est polynésienne et restera polynésienne » [43] [43] Les Nouvelles de Tahiti, 13 juin 2002. ...
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. Bref, le terrain leur appartient. La grande majorité des descendants d’immigrés chinois ne sont pas membres d’une association et ne prennent pas ouvertement position sur la question du terrain consulaire à laquelle ils sont, à vrai dire, totalement indifférents. Ils se perçoivent comme des « Polynésiens d’origine chinoise » : « l’origine chinoise » demeure un marqueur dont le caractère discriminant tend néanmoins à être minimisé par une forte revendication d’appartenance locale (tandis que les entrepreneurs identitaires font de cette origine un élément primordial de leur identification). Cette majorité silencieuse adhère de préférence à la position défendue par les dirigeants du KMT, sans en faire pour autant un cheval de bataille.

29 De l’autre côté, on trouve ceux qui reprennent à leur compte les termes du débat tels que le gouvernement de Pékin les définit : le terrain consulaire doit revenir à la Chine populaire parce qu’il n’y a qu’une seule Chine. Parmi ces pro-RPC, on trouve des membres de familles influentes au sein de l’Association philanthropique et, plus largement, tous ceux qui trouvent dans la défense de cette argumentation un intérêt économique et politique. L’évolution géopolitique de ces deux dernières décennies a donné l’ascendant, parmi les dirigeants d’associations, à ceux qui jouent la carte RPC.

30 Il convient à présent d’analyser la stratégie mise en place par la RPC parallèlement à son action en justice. Cette stratégie consiste à utiliser la logique d’affranchissement vis-à-vis de sa métropole d’un territoire ultramarin français dont les autorités cherchent à mettre en place une politique de développement autonome.

Montée en puissance chinoise et autonomisation du territoire ultramarin

31 Depuis les années 1970, le Pacifique est entré dans un processus de transition hégémonique qui se manifeste simultanément par le retrait des puissances occidentales et par l’entrée en scène d’une puissance non occidentale, la Chine.

32 La présence navale américaine dans le Pacifique a été réduite de moitié depuis la fin de la guerre froide [44] [44] J. Henderson, B. Reilly, « Dragon in Paradise : China’s...
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. Washington a fermé des ambassades aux îles Salomon et à Samoa, et supprimé des postes d’aides à Fidji et en PNG. La présence française, qui remonte dans le Pacifique sud à la première moitié du XIXe siècle, a été maintenue, quant à elle, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna. Cependant, face aux contestations croissantes des ces territoires ultramarins en raison des essais nucléaires pratiqués entre 1966 et 1996, le discours de la métropole a évolué : la France ne se présente plus désormais comme une puissance du Pacifique sud mais comme une puissance dans le Pacifique sud. On est donc passé à une autre modalité de présence, indirecte, caractérisée par la mise en place de statuts offrant de plus en plus d'autonomie à ces territoires et par la mise en avant de l’appartenance régionale de ces derniers, à l’encontre de la tradition coloniale de « l’exclusive ». L’objectif est également de fournir à un territoire situé à plus de 15 000 kilomètres de Paris des outils pouvant lui permettre de rendre son économie moins dépendante des transferts métropolitains [45] [45] Depuis 1996, l’État français versait une somme annuelle...
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. L’accroissement de la marge d'action diplomatique des territoires ultramarins français s’inscrit dans ce processus d’autonomisation amorcé par la métropole depuis la fin des années 1970 sur la base de statuts successifs impliquant le transfert de compétences croissantes. Rappelons que cette autonomisation a suivi une logique qui échappait en partie à la tutelle métropolitaine en ce qu’elle reposait sur le chantage à l’indépendance. Face à la montée du mouvement indépendantiste, un nouveau statut dit d’« autonomie de gestion » fut établi en 1977. En 1980, le Tahoeraa Huiraatira [46] [46] « Rassemblement populaire », parti créé par Gaston...
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réussit à remporter les élections territoriales grâce au revirement de son leader, le gaulliste Gaston Flosse, qui se prononça soudain en faveur de l'autonomie. Au cours des deux décennies suivantes, le parti réussit à se maintenir au pouvoir en se présentant comme le seul rempart contre la menace indépendantiste et en réclamant sans cesse de nouvelles compétences de façon à désamorcer les revendications de son rival, le Tavini Huiraatira [47] [47] « Au service du peuple », parti fondé par Oscar Temaru...
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d’Oscar Temaru. Après le deuxième statut dit d’« autonomie interne » de 1983, un troisième statut reconnut la « personnalité propre » de la Polynésie française au sein de la République en 1996. Le Territoire disposait désormais du contrôle de son budget, des investissements étrangers et de ses ressources marines et souterraines.

33 Dans ce contexte d’autonomisation du territoire ultramarin, l’ouverture du Consulat est en grande partie le résultat de l’habileté avec laquelle la RPC a su exploiter les ambitions économico-diplomatiques du Président Gaston Flosse, puisqu’elle a conditionné l’octroi d’avantages commerciaux au Territoire et à certains de ses acteurs économiques à la résolution de la question du terrain consulaire.

34 En octobre 2002, une délégation polynésienne, composée de quatre ministres, d’élus du Territoire et de chefs d’entreprises pour la plupart d’origine chinoise, se rendit à Pékin, puis à Xian, Shanghai, Fuzhou et Hong Kong. Les photos de la poignée de mains entre Jiang Zemin, Président de la RPC, et Gaston Flosse firent alors la « une » des journaux polynésiens [48] [48] « Un accueil de chef d’État avant l’entretien au...
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, et le Président du gouvernement de Polynésie française signa le livre d’or du musée de Xi’an sous le nom de Peretiteni no Tahiti-Nui (Président du Grand Tahiti) [49] [49] Te Fenua, journal d’information du gouvernement de Polynésie...
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. Quant au but économique de ce voyage, il était triple : négocier une baisse des droits d’entrée en Chine pour la perle noire polynésienne, taxée à 48 % [50] [50] Le Territoire est intervenu de manière croissante dans...
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 ; obtenir le statut de « destination touristique agréée » en vue de pouvoir accueillir des touristes chinois en Polynésie et d’assurer la desserte de l’aéroport de Pékin par la compagnie Air Tahiti Nui (dont le Territoire détient 66 % du capital) ; enfin, « arracher » un rabais de 12 % sur le prix des vingt thoniers en construction dans le chantier naval de Fuzhou, dans la province du Fujian.

35 Dans la mesure où, d’une part, le Territoire détient des intérêts dans ces trois principaux secteurs économiques (la perle noire, le tourisme et la pêche), d’autre part, la législation chinoise joue un rôle déterminant dans la régulation de ces marchés (droits de douane pour la perle, statut de destination touristique agréée pour le tourisme, contrats pour l’achat de lots de thoniers), les relations commerciales entre la RPC et Tahiti ont eu tendance à s’établir par le biais de relations quasi diplomatiques, ou d’État à quasi-État [51] [51] Cf. Yow Cheun Hoe, « Weakening Ties with the Ancestral...
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. Le Territoire a agi comme s’il détenait le pouvoir d’établir ce type de relations et en affirmant vis-à-vis de l’État français sa prétention à pouvoir les établir. Gaston Flosse déclara en effet lors de ce voyage que pour obtenir gain de cause, il fallait que Papeete puisse signer directement des accords avec Pékin, « sans que Paris lui tienne le stylo » [52] [52] Cf. l’hebdomadaire indépendantiste Toere, 17-23 octobre...
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. Cette déclaration ne manqua pas d’irriter le Quai d’Orsay : « La politique de la France exige une cohérence globale de son action diplomatique. La loi (…) ne permet pas à la Polynésie française de signer des accords internationaux » [53] [53] Tahiti-Pacifique Magazine, 139, novembre 2002. ...
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. Depuis ce rappel à l’ordre, il y a eu la loi organique du 27 février 2004, qui a transformé le « Territoire » en « Pays d'outre-mer » [54] [54] Nous maintenons l’emploi du terme Territoire d’outre-mer...
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. Le cadre institutionnel est demeuré pour l’essentiel celui de 1996, mais l’une des nouveautés, et non des moindres, fut la possibilité pour le gouvernement polynésien de signer des accords internationaux [55] [55] Et pour le « Président du gouvernement de Polynésie...
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lorsqu’il s’agit de la zone Pacifique (article 38).

36 Les autorités de la RPC ont donc joué sur l’autonomisation du territoire ultramarin vis-à-vis de sa métropole : elles ont multiplié les contacts directs avec la Polynésie française tout en prenant garde de ne pas froisser les autorités françaises. Ainsi, le 4 avril 2001, le Président Jiang Zemin, alors en route vers le Chili, première étape d’une tournée destinée à développer les rapports bilatéraux avec les pays d’Amérique du Sud, fit une escale de quelques heures à Tahiti. Au cours de cette visite (pourtant) non officielle, il fut accueilli en grande pompe par Gaston Flosse, qui l’éleva à la dignité de Grand-Croix de l’Ordre de Tahiti Nui. « Une fois le plein du Boeing terminé, M. Jiang Zemin s’envola vers de vraies visites officielles en Amérique du Sud », ironisa le Tahiti-Pacifique Magazine[56] [56] « Un arrêt pour faire le plein », Tahiti-Pacifique...
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. L’année suivante, en septembre 2002, lors d’une étape du premier tour du monde effectué par la marine chinoise, activité diplomaticomilitaire la plus importante des dernières décennies (et des derniers siècles) en termes de durée et de nombre de pays visités, deux navires de la marine chinoise, la frégate Qingdao et le pétrolier ravitailleur Taicang, firent également escale à Tahiti [57] [57] « Visite des Chinois de Pékin », Tahiti-Pacifique Magazine,...
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37 Ces « escales » tahitiennes font partie des multiples manifestations de la « montée en puissance pacifique » [58] [58] Ce concept a été avancé par les dirigeants de la RPC. ...
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de la Chine dans la région. Ailleurs, la démonstration de force est moins discrète. Au cours des cinq dernières années, la RPC a financé la construction de bâtiments publics (Parlement du Vanuatu, bâtiments publics à Samoa, ministère des Affaires étrangères de PNG), de complexes sportifs destinés à la tenue des Jeux du Pacifique (Fidji, Samoa, Kiribati) et offert des flottes de voitures officielles fabriquées en Chine [59] [59] G. Dobell, « China and Taiwan in the South Pacific :...
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. On estime aujourd’hui que la RPC a plus d’officiels dans le Pacifique sud que tout autre pays (même si l’Australie a pour l’instant davantage de missions diplomatiques). L’arrivée des diplomates chinois va de pair avec celle d’une nouvelle diaspora commerçante, puisque plus de 3 000 entreprises chinoises publiques et privées ont été enregistrées dans la région Pacifique. La seule condition émise à son aide au développement et à la signature de contrats est la rupture des liens avec Taiwan [60] [60] « Descente chinoise dans le Pacifique sud », Futuribles,...
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. Le cas du terrain consulaire en Polynésie française montre comment la RPC est parvenue à s’imposer sans verser un centime, en faisant miroiter des avantages dont le Territoire attend toujours la concrétisation [61] [61] Même dans le milieu des gros producteurs, les échos recueillis...
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La conjonction de politiques ethnicisantes

38 Pour les autorités de la RPC, le fait de chercher un autre terrain sur lequel établir le Consulat reviendrait non seulement à perdre la face, mais aussi à céder sur le principe de l’unité de la Chine. Cette politique passe par l’établissement de contacts directs avec la communauté chinoise. Au cours de son escale à Tahiti en avril 2001, le Président Jiang Zemin a reçu une délégation d’une trentaine de membres des associations chinoises, et il a conclu son discours en déclarant : « Les ressortissants chinois sont liés les uns aux autres » [62] [62] La Dépêche de Tahiti, 5 avril 2001. La traduction est...
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. L’expression employée en mandarin était haiwai huaren, qui peut être traduite par « Chinois d’outre-mer » ou « diaspora chinoise ». En effet, elle inclut autant les huaqiao, chinois émigrés et leurs descendants ayant conservé la nationalité chinoise, que les huayi, émigrés ou descendants d’émigrés ayant adopté la nationalité du pays de résidence. À la racine de ces trois termes, huaqiao, huayi et huaren, on trouve le morphème hua qui constitue une référence à l’ethnicité chinoise. L’expression haiwai huaren est englobante, huaren revêtant une signification plus large que huaqio et huayi (ren signifie personne, être humain). Son occurrence dans le discours de Jiang Zemin lors de son passage à Tahiti n’est pas isolée ; c’est une constante du discours des dirigeants de la RPC.

39 On assiste aujourd’hui à une forme de retour à la configuration du tournant du XIXe siècle et du XXe, lorsque se forgea le nationalisme chinois en même temps qu’apparaissait la notion d’une diaspora chinoise [63] [63] Adam McKeown, « Conceptualizing Chinese Diasporas, 1842...
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. Après la levée du ban sur l’immigration, en 1893, le terme huaqiao, Chinois résidant à l’étranger, avait été forgé par les mandarins de la Cour des Qing pour désigner les émigrés. Ce néologisme valorisait le statut des émigrés en soulignant le maintien de leur loyauté envers l’Empereur. Apparut ainsi une nouvelle approche normative du phénomène de l’émigration, suivant laquelle les migrants devaient garder en vue le retour au pays natal et s’assurer que leurs enfants demeurent chinois [64] [64] Wang Gungwu, The Chinese Overseas : From Earthbound China...
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. Alors que le principe du droit du sol avait prévalu dans la pratique durant la guerre froide, son inscription dans le droit de la nationalité de la RPC en 1980 coïncide paradoxalement avec l’émergence de ce que l’historien Wang Gungwu a appelé la politique de la « Chine extérieure ». Celle-ci a été initiée par la création, à partir de 1978, de zones économiques spéciales situées dans les régions d’émigration (Guangdong et Fujian) ; elle fait suite à la restauration en 1977 des institutions destinées à faire le lien avec les huaqiao[65] [65] G. Wang, « External China as a New Policy Area », Pacific...
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. La politique de la « Chine extérieure » se prolonge aujourd’hui en incluant les huaqiao comme les huayi. Elle traduit une volonté de réincorporer les Chinois qui étaient auparavant sous sa juridiction ou sous celle de la République de Chine, ainsi que leurs descendants. Cette incorporation se fait dans le cadre d’une notion élargie de la « sinité », qui déborde les frontières du territoire chinois.

40 L’ethnicisation par la RPC de ses relations extérieures entre ainsi en conjonction avec l’ethnicisation du Territoire en cours d’autonomisation. Cette dernière opère à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du Territoire. Pour se maintenir au pouvoir et en écarter les indépendantistes, le gouvernement autonomiste a largement mobilisé l’argument d’une Polynésie multi-ethnique contre l’argument d’autochtonie des indépendantistes. Les manifestations culturelles de la communauté chinoise sont toujours un support important de cet argument multi-ethnique. Le Nouvel An, célébré publiquement à partir des années 1970, a pris une importance grandissante, les membres du gouvernement polynésien assistant à chacune des manifestations qui se tiennent à cette occasion. De plus, pendant les deux décennies où le Tahoeraa a été au pouvoir, l’existence de partis politiques ethniques a été fortement encouragée, Gaston Flosse conditionnant l’obtention de positions éligibles à l’obtention par les chefs de « partis chinois » des votes de la communauté chinoise [66] [66] Tung Yuan-Chao, « The Political Participation of the Chinese...
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. Dans ses relations extérieures et dans sa quête de reconnaissance en tant qu’acteur quasi étatique, le pouvoir en place à Papeete s’est également appuyé sur cette notion d’une Polynésie multi-ethnique [67] [67] La Si Ni Tong a été sollicitée pour organiser une « nuit...
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 ; l'audience accordée sur la scène publique polynésienne aux manifestations culturelles chinoises sert donc les objectifs diplomatiques du Territoire [68] [68] Cette « diplomatie ethnique » avait été clairement...
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41 Cette conjonction de stratégies ethnicisantes entre un État qui cherche à affirmer sa puissance au-delà de ses frontières et un Territoire qui cherche à s’affranchir de la tutelle de sa métropole est particulièrement visible dans l’affaire de l’ex-Consulat. Poursuivant leur objectif de récupération du terrain, les autorités de la RPC ont mis en œuvre une stratégie consistant à court-circuiter les instances traditionnelles de représentation de la communauté chinoise tout en faisant jouer une logique d’ethnicité dans l’établissement de relations pseudo-diplomatiques avec un acteur non étatique mais cherchant à s’affirmer comme tel. En mai 2002, la RPC établit donc un mémorandum, dont le but était de se voir reconnaître la propriété sur le terrain de l’ex-Consulat. Après un déjeuner organisé à la Présidence de la Polynésie française en présence du numéro deux de l’ambassade de la RPC à Paris et des dirigeants de la quasi-totalité des associations chinoises de Tahiti (les plus réfractaires n’avaient pas été invités), le mémorandum fut soumis à la signature des convives. Il se voulait consensuel, puisqu’il n’y était pas fait allusion à la République populaire de Chine mais à « la Chine ». Sa signature devait permettre, selon les représentants de la RPC, de réserver « un accueil des plus amicaux à Gaston Flosse » dont le voyage officiel en Chine était annoncé pour octobre 2002 [69] [69] Les Nouvelles de Tahiti, 18 mai 2002. ...
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. Or la validité de ce document a été contestée par les membres des associations exclues du déjeuner et par les associations dont les membres ont signé sans consulter leur bureau.

42 Le mémorandum prévoyait la création d’un Centre culturel chinois, financé à hauteur de 350 millions Fcfp par la RPC et de 150 millions Fcfp par le Territoire. En échange, le premier étage du bâtiment serait donné à la RPC pour l’installation d’un Consulat [70] [70] Tahiti-Pacifique Magazine, 134, juin 2002. ...
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. Un comité chargé de suivre l’élaboration du projet fut nommé ; il était composé de deux membres d’associations partisans de la « restitution » du terrain et de « deux hommes d’affaires incontournables de la communauté », dont l’un, surnommé localement « l’empereur de la perle noire » devait présider le comité. Transparaissait ainsi clairement la volonté de court-circuiter les associations représentées au sein de la Si Ni Tong, auxquelles ces deux hommes d’affaires n’appartenaient pas. Il s’agissait, dans les deux cas, d’entrepreneurs proches du pouvoir en place à l’époque (mis en cause, par la suite, aux côtés de Gaston Flosse dans plusieurs affaires de prises illégales d’intérêts) et qui avaient des projets d’investissement en RPC.

43 L’ affaire du terrain consulaire de Papeete témoigne de la manière dont les Chinois de Tahiti constituent à la fois l’enjeu et le relais de rapports de force globaux, alors qu’une forte majorité d’entre eux considèrent ce terrain comme étant polynésien. Depuis les années 1990, la Chine déploie une nouvelle politique, dite de la « Chine extérieure ». Particulièrement marquée dans le Pacifique, celle-ci se traduit aujourd’hui par l’établissement de contacts avec les communautés de Chinois d’outre-mer, y compris celles qui sont exclusivement composées de huayi. La plupart des descendants d’immigrés chinois en Polynésie française n’ont que faire de la présence d’un Consulat chinois. Pourtant, contrairement à l’ancienne tendance à la localisation d’un groupe longtemps maintenu dans l’altérité, cette dynamique nouvelle renoue avec les catégorisations antérieures. Marquée par la conjonction d’une affirmation de la puissance chinoise dans la région Pacifique et d’un affranchissement du territoire ultramarin vis-à-vis de sa métropole, elle œuvre dans le sens de l’entretien des frontières ethniques, tant au niveau local, à l’intérieur même de la société polynésienne, qu’au niveau global, dans cette zone de souveraineté contestée que constitue la région Pacifique. Tout phénomène diasporique réside dans la perpétuation sur la longue durée de frontières ethniques dans les pays d’accueil et de liens transnationaux avec le pays d’origine. La conjoncture actuelle permet la perpétuation d’une diaspora chinoise, non seulement parce qu’elle alimente de nouveaux flux migratoires, mais aussi parce qu’elle tend à réactiver des liens anciens. Du point de vue de ces processus de catégorisation, il convient de souligner une similitude entre le tournant des XIXe et XXe siècles et la transition hégémonique actuelle. Celle-ci trouve son expression dans le coup de force que constitue l’ouverture du « premier Consulat chinois dans la France d’outre-mer ».

 

Notes

[ 1] Voir http :// w www.amb-chine. fr/ fra// zfzj/ t367042. htm (consulté le 27septembre 2007).Retour

[ 2] Nous employons l’acronyme ROC, correspondant à la dénomination anglaise Republic of China, afin d’éviter toute confusion avec la RPC.Retour

[ 3] L’exequatur accordé par le ministère des Affaires étrangères à Chang Dongyue conférait à ce dernier la qualité de Consul général de la République populaire de Chine avec juridiction sur le Territoire d'outre-mer de Polynésie française (Journal officiel 59 du 10 mars 2007). Un consul ne peut exercer ses fonctions avant d’avoir reçu l’exequatur du pays de séjour y autorisant l’exécution d’une décision rendue par une juridiction étrangère. Retour

[ 4] John Henderson, Benjamin Reilly, « Dragon in Paradise : China’s Rising Star in Oceania », The National Interest, été 2003, p. 94-104.Retour

[ 5] Susan Windybank, « The China Syndrome », Policy, 21 (2), 2005, p. 28-33, et « China’s Pacific Strategy : The Changing Geopolitics of Australia’s “Special Patch” », Executive Highlights, 393,2006 (http :// w www.cis. org. au/ exechhigh/ Eh2006/ EH39306. htm) (consulté le 15 septembre 2008).Retour

[ 6] Tamara Renee Shie, « China Woos the South Pacific », PacNet, 10A, 17 mars 2006 (hhttp :// w www.csis. org/ media/ csis/pubs/pac0610a.pdf) (consulté le 24 octobre 2008).Retour

[ 7] Jim Rolfe, « Oceania Today : The Region, Regional Powers and Regional Cooperation », dans Peter Couzens (ed.), Engaging Oceania with Pacific Asia, Centre for Strategic Studies, New Zealand, 2004, p. 24.Retour

[ 8] Zhang Yongjin, « China and the Emerging Regional Order in the South Pacific », Australian Journal of International Affairs, 61 (9), 2007, p. 367-381.Retour

 [ 9] Thomas V. Biddick, « Diplomatic Rivalry in the South Pacific : The PRC and Taiwan », Asian Survey, 29 (80), 1989, p. 800-815 ; Graeme Dobell, « China and Taiwan in the South Pacific : Diplomatic Chess versus Pacific Political Rugby », Policy Brief, janvier 2007, Lowy Institute for International Policy, Sydney (un think thank australien) ((http :// w www.lowyinstitute. org/ Publication. asp ? pid=533)(consulté le 15 septembre 2008).Retour

[ 10] Ian Taylor « Taiwan’s Foreign Policy and Africa : The Limitations of Dollar Diplomacy », Journal of Contemporary China, 11 (30), 2002, p. 125-140.Retour

[ 11] G. Dobell, « China and Taiwan in the South Pacific : Diplomatic Chess versus Pacific Political Rugby », art. cité. Retour

[ 12] Anthony Van Fossen, « The Struggle for Recognition : Diplomatic Competition between China and Taiwan in Oceania », Journal of Chinese Political Science, 12 (7), août 2007, p. 125-146.Retour

[ 13] Ce terme recouvre les pays et collectivités ultramarins français, les territoires non incorporés américains et les territoires autonomes rattachés à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande.Retour

[ 14] Ron Crocombe, « The Growing Chinese Presence in the Region », Islands Business, Suva, janvier 2005 (http :// ww www.islandsbusiness. com/ islands_business/ index_dynamic/ containerNameToReplace=MiddleMiddle/ focusModuleID=3869/overideSkinName=issueArticle-full.tpl).Retour

[ 15] Le qualificatif « transnational » s’applique aux acteurs non étatiques qui franchissent les frontières des Étatsnations. Cf. Robert O. Keohane, Joseph N. Nye Jr. (eds), Transnational Relations and World Politics, Cambridge, Harvard University Press, 1972, p. xii ; Alejandro Portes, « The Study of Transnationalism », Ethnic and Racial Studies, 22 (2), 1999, p. 217-237.Retour

[ 16] L’ethnicité a été définie par Max Weber comme l’unité perçue au sein d’une population, notamment immigrée, en raison d’une origine commune. Depuis les travaux de Leach et Barth, l’accent est mis en anthropologie sur les frontières des groupes ethniques – l’organisation sociale de la différence culturelle – plutôt que sur un quelconque « contenu » en termes de traits culturels. Edmund Leach, Les systèmes politiques des hautes terres de Birmanie, Paris, Maspero, 1972 ; Fredrik Barth (ed.), Ethnic Groups and Boundaries : The Social Organization of Culture Difference, Prospect Heights, Illinois, Waveland Press, 1969.Retour

[ 17] Rogers Brubaker, « The “Diaspora” Diaspora », Ethnic and Racial Studies, 28 (1), 2005, p. 1-19.Retour

[ 18] Jaap Van Velsen, « The Extended Case Method and Situational Analysis », dans Arnold Leonard Epstein (ed.), The Craft of Social Anthropology, Londres, Tavistock, 1967 ; Michael Burawoy, « L’étude de cas élargie. Une approche réflexive, historique et comparée de l’enquête de terrain », dans Daniel Cefaï, L’enquête de terrain, Paris, La Découverte, 2003.Retour

[ 19] Cf. F. Barth (ed.), Scale and Social Organization, Oslo-Bergen, Universitetsforlaget, 1978 ; David Delaney, Helga Leitner, « The Political Construction of Scale », Political Geography, 16 (2), 1997, p. 93-97 ; Anna Lowenhaupt Tsing, « The Global Situation », Cultural Anthropology, 15 (3), 2000, p. 327-360. Retour

[ 20] Cf. James Clifford, « Diasporas », Cultural Anthropology, 9 (3), 1994, p. 302-338 ; Paul Gilroy, « Diasporas », Paragraph, 17 (1), 1994, p. 207-212.Retour

[ 21] Expression empruntée à Nina Glick-Schiller et Georges Fouron, Georges Woke up Laughing : Long-distance Nationalism and the Search for Home, Durham, Duke University Press, 2001.Retour

[ 22] Ensemble de traités imposant l’« ouverture » de la Chine, du Japon et de la Corée aux puissances coloniales (Royaume-Uni, puis France, Pays-Bas, Allemagne, Russie, États-Unis). Retour

[ 23] Nous les présenterons plus loin.Retour

[ 24] Le décret du 7 janvier 1931 astreignait « les immigrants de race asiatique, sujets français ou étrangers, à faire partie de congrégations ». L’article 2 les soumettait à des taxes spécifiques. Les associations étaient des sociétés civiles immobilières, propriétaires de terrains commerciaux qu’elles louaient à leurs membres. Elles assuraient également la scolarisation des enfants chinois nés dans la colonie. Retour

[ 25] La déclaration du 27 janvier 1964 n’était pas assortie de conditions relatives au statut de Taiwan. Par la déclaration conjointe du 12 janvier 1994, la France a officiellement reconnu « la République populaire de Chine comme l’unique gouvernement légal de la Chine et Taiwan comme partie intégrante du territoire chinois ». Cf. Françoise Mengin, « La politique chinoise de la France. Du mythe de la relation privilégiée au syndrome de la normalisation », Critique internationale, 12, juillet 2001, p. 89-110.Retour

[ 26] Les Nouvelles de Tahiti, « Le Consulat général de Chine de 1943 à 2002 », 18 mai 2002.Retour

[ 27] Ibid..Retour

[ 28] L’argument étant qu’en 1978, la ROC ne représentait plus la Chine ; c’était donc la RPC, et non la ROC, qui aurait dû être appelée au procès de 1978.Retour

[ 29] La requête dénonçait les délais très courts imposés aux plaignants (huit jours) sans possibilité de renvoi, alors que la RPC avait pu disposer de plusieurs mois, et se fondait sur la découverte au greffe de la cour d'appel d’une lettre dans laquelle il apparaissait que les avocats de la RPC avaient été reçus par le premier président de la cour d'appel pour un entretien hors la présence de la partie adverse.Retour

[ 30] Arrêt rendu le 28 avril 2006.Retour

[ 31] Cf. note 25.Retour

[ 32] Cette différence socioéconomique est souvent évoquée lors des entretiens ; elle existe encore en partie aujourd’hui : « L’association philanthropique a été fondée par des gens qui font du business et ne veulent pas se mêler de politique, la plupart avaient des magasins » (Extrait d’un entretien). Nous avons mené une centaine d’entretiens dans le cadre de quatre séjours sur le terrain pour notre thèse en anthropologie portant sur les Chinois en Polynésie française, EHESS, 2005.Retour

[ 33] Nous reprenons ici la transcription utilisée en Polynésie française. Sur l’affiliation des Chinois d’outre-mer au Kuomintang, cf. Marie-Claude Bergère, Sun Yat-sen, Paris, Fayard, 1994, p. 296 et 316.Retour

[ 34] Au sein de chacune de ces associations, on retrouve des membres des deux groupes ethnolinguistiques, les Hakka et les Cantonais, qui ont immigré en Polynésie à partir de la région située autour de Hong Kong. La supériorité numérique des Hakka, surreprésentés parmi les mouvements rebelles et révolutionnaires en Chine aux XIXe et XXe siècles, n’est pas étrangère à la prédominance de la mouvance Kuomintang en Polynésie.Retour

[ 35] Citation extraite du jugement rendu le 19 avril 1978 par la Chambre des terres du Tribunal de première instance de Papeete. Retour

[ 36] Le fait qu’ils ne spécifient pas « française » révèle à quel point cette procédure était envisagée comme une simple normalisation juridique. Cf. Anne-Christine Trémon, « Les liens transnationaux en diaspora. Le cas des Chinois en Polynésie française », Diasporas, histoire et sociétés, 10,2007, p. 217-227.Retour

[ 37] Stephen Fitzgerald, China and the Overseas Chinese : A Study of Peking’s Changing Policy, 1949-1970, Cambridge, Cambridge University Press, 1972, p. 10.Retour

[ 38] Elles furent supprimées en 1948 à Madagascar, à la Réunion et dans les EFO.Retour

[ 39] S. Fitzgerald, China and the Overseas Chinese : A Study of Peking’s Changing Policy, 1949-1970, op. cit., p. 26. Maintenue en 1949, la Commission des affaires des Chinois d’outre-mer (CACO) fut supprimée pendant la Révolution culturelle.Retour

[ 40] En effet, la prétention du gouvernement de la ROC à représenter les Chinois d’outre-mer avait poussé dans un premier temps la RPC à suivre la même ligne, afin d’éviter la reconnaissance de facto d’une possibilité de choisir entre la nationalité de la RPC et celle de la ROC. Ainsi, la loi sur la nationalité promulguée en 1929, reprenant le principe du jus sanguinis instauré en 1909, demeura en vigueur en RPC après 1949. Cependant, à partir de 1958, les dirigeants de la RPC affirmèrent clairement leur souhait de voir les Chinois d'outre-mer prendre la nationalité de leurs pays de résidence. La loi promulguée le 10 septembre 1980 supprima le jus sanguinis et exclut la possibilité d’une double nationalité pour tout national chinois.Retour

[ 41] « Revendication foncière du mépris et manipulations judiciaires de la République populaire de Chine », dossier rédigé par le président du KMT 1, communication personnelle, octobre 2007. Il ajoutait plus loin : « La République de Chine à Taiwan est un État de droit légitimé par l’histoire et ses institutions économiques ». De tels propos étaient impensables jusqu’à l’abandon par Taipei du principe d’« une seule Chine » en 1989. Sur l’ambiguïté du statut juridique de la ROC à Taiwan, voir F. Mengin, « Taiwanese Politics and the Chinese Market : Bussiness's Part in the Formation of a State, or the Border as a Stake of Negotiations », dans Françoise Mengin, Jean-Louis Rocca (dir.), Politics in China : Moving Frontiers, New York, Palgrave, 2002.Retour

[ 42] « Plus subsidiairement encore, si le jugement du 19 avril 1978 était mis à néant ou si le Comité de sauvegarde des biens, meubles et immeubles, du Consulat général de la République de Chine n’était pas reconnu propriétaire (…) pour une raison quelconque, dire que la République de Chine est toujours propriétaire. » Cour d’appel de Paris, 2e chambre, arrêt du 16 octobre 2008, RG n˚ 2007/2974- 6e page.Retour

[ 43] Les Nouvelles de Tahiti, 13 juin 2002.Retour

[ 44] J. Henderson, B. Reilly, « Dragon in Paradise : China’s Rising Star in Oceania », art. cité. Bien avant la montée en puissance de la Chine, les cartes ont été rebattues dans le Pacifique par l’émergence des puissances régionales que sont l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Cf. Nathalie Mrgudovic, La France dans le Pacifique sud, les enjeux de la puissance, Paris, L'Harmattan, 2008, p. 190-195.Retour

[ 45] Depuis 1996, l’État français versait une somme annuelle de 151 millions d’euros dans le cadre du « fonds de reconversion » postnucléaire. Ce fonds a été pérennisé sous forme d’une « dotation globale de développement », qui s’élevait à 188 millions d’euros en 2008. Retour

[ 46] « Rassemblement populaire », parti créé par Gaston Flosse en 1977, affilié à l’UMP jusqu’en 2007. Retour

[ 47] « Au service du peuple », parti fondé par Oscar Temaru en 1978. Retour

[ 48] « Un accueil de chef d’État avant l’entretien au sommet », La Dépêche de Tahiti, 8 octobre 2002.Retour

[ 49] Te Fenua, journal d’information du gouvernement de Polynésie française, numéro « spécial Chine », p. 10.Retour

[ 50] Le Territoire est intervenu de manière croissante dans le commerce de la perle noire, en crise après le boom des années 1990. Le plus gros producteur de perles, surnommé « l’empereur de la perle noire », est très endetté auprès de la banque territoriale, la Socredo.Retour

[ 51] Cf. Yow Cheun Hoe, « Weakening Ties with the Ancestral Homeland in China : The Case Studies of Contemporary Singapore and Malaysian Chinese », Modern Asian Studies, 39 (3), 2005, p. 559-597.Retour

[ 52] Cf. l’hebdomadaire indépendantiste Toere, 17-23 octobre 2002.Retour

[ 53] Tahiti-Pacifique Magazine, 139, novembre 2002.Retour

[ 54] Nous maintenons l’emploi du terme Territoire d’outre-mer par souci de simplicité.Retour

[ 55] Et pour le « Président du gouvernement de Polynésie française » de devenir officiellement le « Président de la Polynésie française ». Rappelons que Gaston Flosse fut l’un des principaux protagonistes du tournant de la politique française dans le Pacifique après l’affaire du Rainbow Warrior en 1985, puisqu’il a été de 1986 à 1988 secrétaire d'État auprès du ministère des DOM-TOM chargé des problèmes du Pacifique sud.Retour

[ 56] « Un arrêt pour faire le plein », Tahiti-Pacifique Magazine, 121, mai 2001.Retour

[ 57] « Visite des Chinois de Pékin », Tahiti-Pacifique Magazine, 138, octobre 2002.Retour

[ 58] Ce concept a été avancé par les dirigeants de la RPC. Cf. La Chine à l’horizon 2020, Paris, Futuribles/L’Harmattan, 2006, chap. 2. Le renforcement de l’armée chinoise laisse certains sceptiques quant au caractère « pacifique » de cette montée en puissance. Voir Le Monde, 27 mai 2007.Retour

[ 59] G. Dobell, « China and Taiwan in the South Pacific : Diplomatic Chess versus Pacific Political Rugby », art. cité.Retour

[ 60] « Descente chinoise dans le Pacifique sud », Futuribles, 323, octobre 2006.Retour

[ 61] Même dans le milieu des gros producteurs, les échos recueillis après le voyage de la délégation en 2002 étaient tout sauf triomphants et préfiguraient déjà le coup de force réussi par la RPC : la mise en place d’un Consulat en l’absence totale de réduction sur les taxes à l’entrée du marché chinois.Retour

[ 62] La Dépêche de Tahiti, 5 avril 2001. La traduction est celle de La Dépêche.Retour

[ 63] Adam McKeown, « Conceptualizing Chinese Diasporas, 1842 to 1949 », Journal of Asian Studies, 58 (2), mai 1999, p. 306-337 ; Prasenjit Duara « Nationalists among Transnationals : Overseas Chinese and the Idea of China, 1900-1911 », dans Aihwa Ong, Donald Nonini, Ungrounded Empires : The Cultural Politics of Modern Chinese Transnationalism, New York, Routledge, 1997.Retour

[ 64] Wang Gungwu, The Chinese Overseas : From Earthbound China to the Quest for Autonomy, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 2000, p. 46-47. Retour

[ 65] G. Wang, « External China as a New Policy Area », Pacific Affairs, 58 (1), 1985, p. 28-43.Retour

[ 66] Tung Yuan-Chao, « The Political Participation of the Chinese in French Polynesia », dans Wang Ling-chi, Wang Gungwu (eds), The Chinese Diaspora : Selected Essays, Singapore, Time Academic Press, 1998, volume II, p. 202. Ces leaders politiques se sont ralliés au parti créé par Gaston Tong sang (élu Président de la Polynésie française en décembre 2006), après son renversement fin août 2007 par Oscar Temaru allié à Gaston Flosse. Tong sang a été réélu Président en avril 2008.Retour

[ 67] La Si Ni Tong a été sollicitée pour organiser une « nuit chinoise » à l'occasion du Congrès des municipalités de l'Asie Pacifique. Cf. Steven Henningham, France and the South Pacific, Sydney, Allen & Unwin, 1992, p. 209-218.Retour

[ 68] Cette « diplomatie ethnique » avait été clairement affichée lors du voyage de la délégation polynésienne en RPC à l’automne 2002 : Gaston Flosse avait alors invoqué la nécessité de « renforcer les liens historiques entre la Polynésie française et la Chine ».Retour

[ 69] Les Nouvelles de Tahiti, 18 mai 2002. Retour

[ 70] Tahiti-Pacifique Magazine, 134, juin 2002.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Anne-Christine Trémon « Un Consulat de Chine dans la France d'outre-mer », Critique internationale 1/2009 (n° 42), p. 119-140.
URL :
www.cairn.info/revue-critique-internationale-2009-1-page-119.htm.
DOI : 10.3917/crii.042.0119.