2009
Critique internationale
Éditorial
Christian Lequesne
Au moment où analystes et citoyens s’interrogent partout dans le monde sur les
effets d’une crise majeure qui referme un cycle économique dominé par le
référentiel libéral, Critique internationale revient sur la social-démocratie en
Europe. Sous la direction de Yohann Aucante, maître de conférences à
l’École des hautes études en sciences sociales, le Thema de ce numéro de
printemps offre au lecteur une analyse comparative des manières dont la
social-démocratie a recherché, depuis les années 1990, en Allemagne, en
Suède, en Norvège et au Royaume-Uni un nouvel équilibre entre marché,
individu et État. À travers le choix des articles ressort le souhait de Critique
internationale de ne pas se limiter à la rhétorique programmatique des
partis mais d’examiner les pratiques et les politiques publiques (emploi,
santé publique) promues par la social-démocratie. Le lecteur est ainsi invité
à revenir aux fondamentaux de la réflexion sur ce que doit être l’économie
pour la cité : simplement l’organisation de préférences exprimées comme
autant de désirs individuels ou, au contraire, la réponse à des besoins qui
forment un bien collectif ?
La fin de ce cycle touche non seulement l’économie mais aussi la politique internationale. Depuis l’élection de Barack Obama, les États-Unis se sont engagés
dans une phase de rupture avec l’ère Bush : retour à la régulation dans l’économie internationale, nouvelle conception de la diplomatie désormais marquée par la coopération et le dialogue plutôt que par l’imposition d’un
modèle de démocratisation à prétention universelle. Le changement d’administration à Washington est l’occasion de s’interroger, dans la rubrique
Varia, sur l’héritage idéologique de cette Amérique de Bush. Qu’en est-il
aujourd’hui du néoconservatisme dans un pays comme l’Espagne ? L’Asie et
l’Amérique latine sont également présentes, à travers deux sujets majeurs :
la levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine et l’ascension politique du « couple Kirchner » en Argentine.
Voici donc un éclairage des grandes questions contemporaines qui prend en
compte les pratiques sociales et politiques, grâce aux observations de terrain des auteurs. Cette préoccupation de ne jamais faire simplement de « la
réflexion en chambre » est la marque de fabrique de Critique internationale
et des travaux qu’initie le Centre d’études et de recherches internationales
(CERI) de Sciences Po.