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S'inscrire Alertes e-mail - Critique internationale Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezNestor Kirchner : du président « sans pouvoirs » au « chef hégémonique »
AuteurVanessa Bernadou du même auteur
doctorante en sciences politiques à l’Université Paris-Dauphine. Rattachée à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sociologie, économie, science politique (IRISES-UMR 7170), elle prépare une thèse sur la crise politique argentine de 2001. Elle travaille sur les processus de changement de régime ainsi que sur les types d’expérimentation politique de sortie de crise et notamment sur les conditions de production d’une situation charismatique. Elle a publié récemment « La reconstruction d’une autorité politique. L’itinéraire “extraordinaire” du président Nestor Kirchner », Politix (20 (80), décembre 2007, p. 129-153).vanessa.bernadou@hotmail.fr1 le 28 octobre 2007, Cristina Kirchner est élue dès le pre mier tour présidente de la République argentine. Avec plus de 44 % des votes [1] [1] Depuis la réforme constitutionnelle de 1994, un candidat...
suite, elle succède à son époux, le péroniste Nestor Kirchner. Sa large victoire, anticipée par tous les instituts de sondage, marque une stabilisation du jeu politique argentin, six ans après la terrible crise économique, politique et sociale qui a secoué le pays, et confirme la domination des « kirchnéristes » sur la scène nationale. Le caractère apparemment irrésistible de cette montée en puissance risque cependant de masquer le processus complexe de sortie de crise dont l’élection de Cristina Kirchner est l’aboutissement. En effet, si Nestor Kirchner est arrivé au pouvoir en 2003, c’est parce qu’un autre candidat péroniste, l’ancien Président Carlos Menem (1989-1999), arrivé en tête au premier tour, s’est ensuite retiré de la compétition. Placé en deuxième position, Nestor Kirchner s’est donc retrouvé au sommet de l’État alors qu’il était un inconnu sur la scène politique nationale et que ses soutiens au sein du parti péroniste, le Parti justicialiste (Partido Justicialista, PJ) [2] [2] Créé en 1945 sous le nom de Parti justicialiste (PJ),...
suite, auquel appartenait notamment son prédécesseur, Eduardo Duhalde, étaient extrêmement fragiles et conditionnels.
2 Comment Kirchner, dépourvu de réelle légitimité électorale, a-t-il réussi à s’appuyer sur des soutiens aussi durables qu’hétéroclites, non seulement au sein du PJ, mais aussi parmi les dirigeants locaux et d’autres acteurs stratégiques comme l’armée et les leaders sociaux (syndicalistes et piqueteros[3] [3] Groupes organisés de travailleurs sans emploi. ...
suite ) ? Nous avons montré dans une étude précédente [4] [4] Cf. Vanessa Bernadou, « La reconstruction d’une autorité...
suite que ces ralliements ont été en partie le produit d’une impuissance : alors que les priorités étaient à ce moment-là d’ordre économique, le gouvernement de Kirchner, relativement dépourvu de ressources pour agir dans ce domaine, s’est engagé dans des réformes moins attendues mais spectaculaires de gestion du passé dictatorial argentin, qui se sont traduites par une épuration de l’armée, de la Cour suprême et de la police de Buenos Aires. Ce faisant, le Président a gagné des soutiens parmi les groupes nouvellement promus à la tête des secteurs stratégiques de l’État.
3 Nous aborderons ici les politiques économiques du gouvernement Kirchner, mais sous un angle peu exploité jusqu’à maintenant : celui d’une relance néo-keynésienne ciblée, et non pas celui des plans de rigueur qui se sont succédé depuis la crise de décembre 2001 [5] [5] Depuis la crise de décembre 2001, le blocage des négociations...
suite. Nous voudrions notamment montrer l’ampleur prise par la politique d’investissement territorialisé menée par un ministère nouveau, aux contours incertains et de prime abord moins important dans la hiérarchie gouvernementale que le ministère de l’Économie et de la Production : le ministère de la Planification fédérale, des Investissements publics et des Services (Planificación federal, Inversión pública y Servicios). En Argentine, toutes les études consacrées au clientélisme s’accordent pour reconnaître le rôle stratégique des administrations locales dû à leur maîtrise des ressources publiques et à leurs canaux d’allocation des ressources [6] [6] Cf. Jean-Louis Briquet, « Des amitiés paradoxales :...
suite. Ces travaux focalisent généralement leur analyse sur l’importance des acteurs de « terrain », les punteros[7] [7] Dirigeants des comités de quartier du parti péroniste. ...
suite, les agrupaciones péronistes [8] [8] Organisations implantées dans les municipalités et regroupant...
suite ou encore les piqueteros[9] [9] Sur les relations de clientèle entre les piqueteros et...
suite, dans la distribution de ces ressources au niveau local. Là encore, nous prendrons un autre parti qui consiste, pour comprendre le processus de constitution de soutiens autour du gouvernement de Kirchner, à analyser les activités des hauts fonctionnaires, chefs de parti, députés, ministres et gouverneurs, dans le cadre des sites institutionnels [10] [10] Cette démarche rejoint l’hypothèse de notre travail...
suite. Nous verrons que le ministère de la Planification fédérale s’est progressivement retrouvé au cœur d’une politique de redistribution de subventions (plans sociaux, travaux publics) dans les provinces [11] [11] L’Argentine est une république fédérale de 40 millions...
suite, et qu’il est ainsi devenu pour le gouvernement un moyen de contourner le ministère de l’Économie et de la Production à la tête duquel Kirchner a été contraint de reconduire Roberto Lavagna, déjà en poste sous le gouvernement précédent et allié de Duhalde, le principal concurrent de Kirchner au sein du parti péroniste. Le ministère de la Planification fédérale est également devenu à la fois l’instrument de fidélisation de nouveaux réseaux et celui de la neutralisation de certains caciques liés par d’autres fidélités. Dans le contexte d’une configuration d’interdépendance complexe, le gouvernement de Kirchner a réussi à profiter d’une timide reprise économique pour récupérer le jeu de clientèles ou d’arrangements institutionnels qui assuraient auparavant le fonctionnement routinier des interactions entre les différents acteurs politiques [12] [12] Pour une analyse des crises comme configurations de mobilisations...
suite. Or c’est dans ces moments de reconfiguration politique où se reforment les échanges matériels et symboliques que se reconstituent les loyautés des représentants provinciaux et municipaux envers les administrations et les équipes politiques nationales.
Un nouvel organe de politiques publiques
4 Le 24 mai 2003, à la veille de son investiture, le Président Kirchner signe le décret 1283 annonçant la création du ministère de la Planification fédérale, des Investissements publics et des Services. Le 27 mai, le décret 27 fixe les fonctions de la nouvelle équipe ministérielle [13] [13] Sous les gouvernements de Menem, il y eut un ministère...
suite : gérer les secteurs des sources d’énergie, des communications, des minerais et des transports – jusque-là placés sous l’autorité des ministères de l’Économie et de la Production, désormais réunis en une seule entité – et administrer les secteurs des travaux publics, de l’énergie atomique, des ressources hydriques, du développement urbain et du logement – auparavant sous la responsabilité du Président. Ce transfert de compétences répond à l’objectif affiché du nouveau gouvernement de mettre au centre de sa gestion économique une politique néokeynésienne destinée à réactiver l’industrie nationale notamment par la mise en place d’infrastructures et de plans de constructions de logements (Plan Viviendas). Présenté par les journalistes comme un « bon gestionnaire » durant toute sa campagne électorale, Kirchner tente, avec la création de cette institution, de reproduire au niveau national les méthodes de gestion qu’il a pu appliquer en tant que gouverneur de la province de Santa Cruz (Sud) entre 1991 et 2003, et de placer ses plus fidèles soutiens à des postes stratégiques de la décision politique.
La promotion des fidèles
5 Inconnu de la scène politique nationale et internationale, le nouveau chef de l’État est, à son arrivée au pouvoir, très minoritaire au sein du PJ dont il se réclame. Gouverneur de l’une des plus petites provinces d’Argentine, il dispose surtout de réseaux très fortement localisés et très peu implantés dans les secteurs industriels, financiers ou économiques du pays. Il est donc obligé, dans un premier temps, de gouverner, avec son entourage proche, en préservant le compromis établi avant son élection avec les leaders péronistes proches de Duhalde, et de conserver les alliances qui ont permis son ascension politique. Sur les dix leaders politiques promus au rang de ministres, quatre sont des duhaldistes. L’équipe resserrée de Kirchner s’engage alors dans un jeu de coopération politique avec ces derniers dont trois sont maintenus à leurs postes, notamment Lavagna, à qui est attribué en grande partie le mérite du « miracle » de la fragile reprise économique. Kirchner a peu de marge de manœuvre sur ces questions prioritaires que sont les choix économiques dans l’Argentine de l’après faillite. Face au ministère de l’Économie concédé aux duhaldistes, il regroupe ses soutiens au sein d’un ministère de la Planification fédérale : quatre des cinq secrétariats créés dans ce nouveau ministère sont dirigés par des hauts fonctionnaires qui ont travaillé avec lui dans la province de Santa Cruz [14] [14] On les appelle les pingüinos (les pingouins) en référence...
suite. Daniel Cameron, nommé au secrétariat de l’Énergie, a été ministre de l’Économie et des Travaux publics de la province patagonienne et son représentant au sein de l’Organisation fédérale des États producteurs d’hydrocarbures (OFEPHI) ; Ricardo Jaime, ancien ministre de l’Éducation dans la province, est promu au poste de secrétaire des Transports ; José López, ancien président de l’Institut du développement urbain et du logement de la province, est nommé secrétaire des Travaux publics. Quant au poste de ministre de la Planification, il revient à l’un des plus anciens fidèles de Kirchner, Julio de Vido. Âgé de 54 ans en 2003, cet architecte originaire de Buenos Aires s’est installé dans la ville de Rio Gallegos dans les années 1980 pour travailler dans l’entreprise de construction Entel. Il a rencontré Kirchner, alors maire de la ville, et s’est rapidement placé dans les premiers rangs de son équipe municipale. Lorsque Kirchner est élu gouverneur, il devient ministre de l’Économie et des Travaux publics puis Premier ministre (Jefe de Gabinete) du gouvernement de Santa Cruz. Lorsqu’ils commentent la nomination de Julio de Vido, c’est sa loyauté et cette confiance « absolue » que lui accorde le nouveau Président que soulignent avant tout les journalistes, les dirigeants politiques et les politistes argentins.
6 Pour mener à bien sa politique de nominations, Kirchner utilise toutes les possibilités institutionnelles dont il dispose, que ce soit l’application d’une série de décrets – notamment les décrets de nécessité et d’urgence (Decretos de necesidad y urgencia, DNU [15] [15] Les DNU ont été introduits de facto par le Président...
suite ) ou la distribution de postes gouvernementaux. D’autres fidèles sont ainsi appelés à de hautes fonctions au sein de l’État : Sergio Acevedo, ex-député de Santa Cruz et vice-gouverneur de Kirchner, prend la direction du SIDE (Service de renseignement de l’État) ; Carlos Zannini, ancien président du Tribunal supérieur de Justice de Santa Cruz, devient secrétaire juridique et technique de la Présidence ; la sœur du Président, Alicia Kirchner, obtient le ministère du Développement social, qu’elle détenait déjà à Santa Cruz ; Alberto Fernández, originaire de la province de Buenos Aires et ancien directeur de campagne de Kirchner, est nommé Premier ministre.
7 Ce « noyau dur » – dont fait également partie l’épouse du Président, Cristina Kirchner, sénatrice nationale de Santa Cruz depuis 2001 – se retrouve au centre des initiatives politiques et trouble un temps les règles du jeu. En effet, le brusque arrêt des réunions du Conseil des ministres, dès le début du mandat de Kirchner, et l’application rapide des décrets mentionnés plus haut font que les procédures de consultation obéissent désormais à des règles inédites : le pouvoir de décision est principalement lié à la proximité des fonctionnaires avec le nouveau chef de l’État. Certains législateurs affichent publiquement leur ressentiment en dénonçant le fait de n’être « ni consultés ni reçus par le Président ou par les fonctionnaires les plus haut placés » [16] [16] La Nación, 22 juin 2003. ...
suite. Dès le début du mandat de Kirchner, certains parlementaires semblent en effet être écartés de la décision politique, mais ce sont surtout les ministres considérés comme les moins « proches » du Président, notamment Lavagna, qui très vite sont véritablement « courtcircuités » dans l’élaboration des réformes [17] [17] C’est également le cas du ministre de la Défense, le...
suite.
La centralisation des ressources
8 Lavagna ne connaît pas Kirchner [18] [18] C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il refuse en...
suite. Ce sont son expérience sur la scène politique internationale et sa forte « popularité » [19] [19] Selon le sondage de l’institut Opinión pública, servicios...
suite qui, de fait, l’imposent au Président et sont largement mises en avant par les observateurs de la vie politique, lorsqu’il est reconduit au poste de ministre de l’Économie et de la Production. Si la composition du nouveau gouvernement est le résultat de négociations étroites, la nomination d’un second ministre en charge des questions économiques produit des incertitudes quant au rôle effectif de chacun des deux hauts fonctionnaires. L’installation des membres du ministère de la Planification fédérale dans les bâtiments du ministère de l’Économie accentue cette ambiguïté, et suscite des interrogations au sein des équipes de Lavagna sur leur future marge de manœuvre [20] [20] Après deux semaines de déménagements, l’équipe du...
suite.
9 Les nombreux décrets pris par le Président dans un temps très court dessaisissent en effet le ministère de l’Économie du contrôle de plusieurs instances gouvernementales – toujours au profit du ministère de la Planification fédérale – et rompent le compromis établi avant l’élection de Kirchner. Le 19 juin 2003, le décret 238 autorise le nouveau ministère à contrôler la totalité des travaux publics mis en œuvre par le gouvernement et permet au ministre de la Planification fédérale de sélectionner les entreprises en charge des ouvrages, de superviser l’élaboration des contrats et d’être l’unique bénéficiaire des ressources allouées. Le 3 juillet 2003, le décret 311 dissout la commission de renégociation des contrats de services publics [21] [21] L’ensemble des services publics argentins a été privatisé...
suite placée sous l’autorité de Lavagna, et crée l’Uniren (Unité de renégociation et d’analyse des contrats de services publics) désormais dirigée par les ministres de l’Économie et de la Planification fédérale. Le 26 novembre 2003, le décret 1142 dote le ministre de la Planification fédérale de compétences spécifiques supplémentaires en lui attribuant le contrôle des programmes d’infrastructures sociales (construction d’écoles, distribution de l’eau potable, etc.) – jusque-là sous la tutelle du ministère des Affaires sociales dirigée par Alicia Kirchner – et la direction de l’Ucofin (Unité de coordination des fidéicommis d’infrastructure), antérieurement attribuée au ministère de l’Économie. Plus que la question de la redistribution des rôles politiques, c’est celle de la répartition des ressources publiques qui est ici en jeu.
10 De plus, l’absence manifeste de règles claires dans les procédures de négociations et d’initiatives politiques au sein de l’Uniren met rapidement au jour les clivages partisans entre membres du gouvernement. Entre 2003 et 2005, la question de l’augmentation des tarifs des services publics, fortement encouragée par les instances financières internationales, entraîne une série de désaccords entre Lavagna et de Vido, dont les positions antagonistes déstabilisent les représentants des secteurs financiers et industriels. Lavagna, favorable à la hausse des prix, est systématiquement « court-circuité » dans ses décisions par de Vido, qui s’autorise du chef de l’État, s’assurant ainsi les appuis des secteurs syndicaux comme la Centrale des travailleurs argentins (CTA) [22] [22] Ce syndicat national de gauche et de centre gauche, fondé...
suite. Ce manque de « cohérence » au sein du gouvernement, au moment même où la « crédibilité » de l’Argentine constitue un élément majeur des transactions en cours avec les instances financières internationales, amène Kirchner à rappeler à l’ordre le ministre de l’Économie en lui reprochant notamment « son manque de fermeté » face aux investisseurs étrangers [23] [23] La Nación, 13 février 2004. ...
suite. La réduction du domaine de compétences de Lavagna, qui demande à Kirchner de dissoudre l’Uniren, et ses désaccords ouverts avec de Vido alimentent la rumeur d’une éventuelle démission du ministre de l’Économie de plus en plus marginalisé au sein de l’équipe gouvernementale. Toutefois, plus Lavagna reste au gouvernement et maintient d’une certaine manière les compromis originels, plus il permet au camp kirchnériste de se renforcer et de s’émanciper des premières tutelles. Le ministre de la Planification fédérale multiplie d’ailleurs les interventions auprès des représentants des secteurs agricoles, industriels, financiers et aussi sociaux comme les leaders syndicaux ou les piqueteros. Surnommé le « général de l’armée kirchnériste », il est présent à toutes les tables de négociation et privilégie les relations interpersonnelles avec l’ensemble de ses interlocuteurs. Aussi, plus qu’un moyen permettant d’élargir les réseaux de Kirchner et de son entourage proche dans des secteurs qu’ils avaient jusque-là peu investis, le ministère de la Planification fédérale – dont le budget a quadruplé en deux ans, totalisant près de 80 % des investissements octroyés à l’administration nationale – constitue un instrument politique essentiel à la constitution d’un capital de soutiens du nouveau gouvernement.
Les usages politiques des ressources publiques
11 La configuration politique qui caractérise le début du mandat de Kirchner rend celui-ci dépendant, ainsi que ses proches, de l’attitude des gouverneurs et des députés péronistes. Les élections provinciales qui commencent deux semaines seulement après l’investiture du nouveau président de la République constituent donc pour le gouvernement un premier test. Kirchner s’y investit de façon intense [24] [24] Le système électoral argentin est très complexe. L’une...
suite et soutient parfois des candidats de gauche qui l’avaient appuyé dès le début de sa campagne, et qui sont en concurrence avec les candidats soutenus par les duhaldistes. Ces soutiens sont en quelque sorte des paris politiques, et le Président les gagne à plusieurs reprises [25] [25] Le cas de la ville de Buenos Aires est à cet égard exemplaire :...
suite. Mais il ne parvient pas à s’assurer la loyauté de la majorité des nouveaux élus : beaucoup, parmi ces derniers, gardent une réelle amertume de ne pas avoir été appuyés par le Président et refusent que lui ou l’un de ses fidèles puisse prendre la direction du parti [26] [26] Plusieurs législateurs ménémistes et duhaldistes avouent...
suite. Or, deux ans plus tard, lors des élections de 2005, où sont en jeu 127 sièges de députés nationaux, 24 postes de sénateurs, des postes dans les gouvernements provinciaux et dans les administrations municipales, les candidats « kirchnéristes » sont les grands vainqueurs et c’est le leadership de Duhalde qui cette fois est contesté. Dans La société de cour, Norbert Elias montre comment Louis XIV parvint à conserver le contrôle de son pouvoir en jouant sur les tensions existant à la Cour [27] [27] Norbert Elias, La société de cour, Paris, Flammarion,...
suite. On peut émettre la même hypothèse à propos de Kirchner : la reconfiguration des alliances politiques qui s’opère autour du Président entre 2003 et 2005 s’explique par les tensions qui surgissent au sein du PJ au niveau local. Et ce réaménagement des fidélités partisanes se traduit par des échanges qui se nouent entre le gouvernement national, les gouverneurs et les maires (intendentes) pour la mise en œuvre de politiques d’investissements territorialisés. Ce sont ici les usages politiques des ressources publiques, notamment celles du ministère de la Planification fédérale, qui créent les conditions de ralliement à l’administration nationale des grands élus (maires, députés et gouverneurs) [28] [28] « Les partis en Argentine sont organisés sur des bases...
suite.
La constitution et l’entretien des réseaux clientélistes
12 Parmi les 18 gouverneurs péronistes élus en 2003, seuls 5 sont considérés comme des « alliés inconditionnels » du Président [29] [29] Sergio Acevedo (Santa Cruz), Eduardo Fellner (Jujuy), Carlos...
suite. Nous l’avons dit, le soutien apporté par Kirchner à des candidats non péronistes a soulevé de vives contestations et provoqué de fortes résistances au sein du PJ, surtout parmi les gouverneurs influents comme José Manuel de la Sota, reconduit à la tête de la province de Córdoba, ou Jorge Obeid, élu dans la province de Santa Fe. La rupture la plus saisissante a lieu en mars 2004 : lors du congrès extraordinaire du PJ, au cours duquel doivent être élus les nouveaux cadres du parti, les fidèles de Kirchner – notamment Cristina Kirchner – sont hués par les caciques du PJ. Ce désaveu manifeste oblige les proches de Kirchner à gagner le soutien des gouverneurs de province qui leur résistent. Dans un premier temps, c’est auprès des autorités politiques locales que le Président et ses fidèles recherchent ces appuis. Pour cela, ils sont prêts à payer le prix fort : en avril 2004 est créé un Conseil fédéral des affaires municipales chargé d’« améliorer la gestion des villes, d’accélérer l’arrivée des ressources, d’éliminer les démarches bureaucratiques, d’encourager les travaux publics et de coordonner tous les programmes que la Nation affecte aux municipalités » [30] [30] La Nación, 6 avril 2004, p. 6. ...
suite. Désormais, les autorités locales sont en relation directe avec le pouvoir central, que ce soit pour la répartition des aides financières, des travaux publics ou des plans sociaux ; elles ne sont plus obligées de négocier avec les gouverneurs. Capter les élus stratégiques que sont les maires permet au pouvoir fédéral de courtcircuiter les gouvernements provinciaux en constituant un pôle clientélaire d’élus municipaux ayant la capacité d’influer sur les listes des partis qui seront en compétition en 2005. Kirchner consolide ainsi les appuis dont il a déjà bénéficié lors de l’élection de 2003 : celui du maire de la capitale de la province de Córdoba, Luis Juez, fervent opposant du gouverneur J. M. de la Sota ; celui du maire socialiste de la ville de Rosario (Santa Fe), Miguel Lifschitz, ou celui du chef frépasiste du gouvernement de la capitale, Aníbal Ibarra.
13 Le manque de transparence dans les procédures de redistribution des ressources entre l’État fédéral et les provinces [31] [31] Cf. Alejandro Bonvecchi, « Les aspects politiques du fédéralisme...
suite permet à Kirchner de signer, en tant que chef de l’exécutif, une série de décrets [32] [32] Décrets 917/ 04 et 908/ 04 qui octroient au Premier ministre...
suite modifiant la composition du budget national en faveur du ministère de la Planification fédérale : ce sont les provinces gouvernées par des partisans du Président qui sont les principales bénéficiaires des subventions de travaux publics, comme les plans d’assainissement des eaux ou de construction de logements [33] [33] Cf. « 2 años de gestion. 2003-25 de mayo 2005 », Secretaría...
suite. La plupart des gouverneurs « tenus à l’écart » dans la distribution de ces ressources montrent alors des signes de ralliement en soutenant la gestion du gouvernement de Kirchner. Aux adhésions des gouverneurs péronistes comme Obeid ou de la Sota s’ajoutent celles, plus inattendues, des gouverneurs radicaux comme Julio Cobos (Mendoza) ou Jorge Colazo (Terre de Feu), lequel sollicite publiquement la candidature de Kirchner à l’élection présidentielle de 2007. Ces ralliements très rapides, dont tout montre qu’ils s’opèrent sous condition d’avantages en retour dans les plus brefs délais, oblige le Président à entretenir ses nouveaux réseaux : durant toute la campagne de 2005, il se déplace dans l’ensemble des provinces, accompagné notamment du ministre de la Planification fédérale, et octroie systématiquement des subventions pour des travaux publics aux gouverneurs ou aux maires qui le reçoivent et le soutiennent [34] [34] Le 5 septembre 2005, le Président signe le DNU 1069/ 2005...
suite. Au sein de l’opposition, tous s’accordent pour stigmatiser ces pratiques. Elisa Carrió reproche au gouvernement les usages « discriminatoires » de la répartition des plans d’infrastructure et accuse de Vido de pratiques frauduleuses ; Margarita Stolbizer, leader de l’UCR dans la province de Buenos Aires, dénonce l’application d’un « clientélisme institutionnel ». Dans le camp péroniste, les adversaires d’hier, Carlos Menem et Adolfo Rodríguez Saá, tous deux anciens présidents de la République et anciens gouverneurs, respectivement de La Rioja et de San Luis, s'allient pour s’opposer à Kirchner et réclamer l’élection de nouvelles autorités au sein du parti. L’investissement personnel et financier du chef de l’État durant la campagne électorale chamboule donc complètement la donne politique nationale : sur les 24 provinces que compte le pays, 11 présentent même des listes conduites par différents leaders péronistes – comme à Buenos Aires – ou des listes concurrentes se réclamant toutes du Président [35] [35] Le décret présidentiel 535/ 05 signé le 26 mai 2005 permet...
suite.
Une politique de fidélisation risquée : la province de Buenos Aires
14 Porté au pouvoir en grande partie par les caciques de la province de Buenos Aires, et grâce à l’appui solide de Duhalde, Kirchner tente après son arrivée à la Présidence de fidéliser ces soutiens tout en construisant ses propres réseaux dans la région la plus peuplée d’Argentine. Pour cela, il place en première ligne les hauts fonctionnaires de son gouvernement dans les négociations avec les autorités locales : ses principaux intercesseurs sont de Vido, pour les attributions des plans sociaux [36] [36] Au cours de l’année 2004, le ministère du Développement...
suite et d’infrastructures, et le Premier ministre Fernández, leader du parti péroniste de la ville de Buenos Aires, pour l’élaboration des listes électorales de la province [37] [37] Fernando González, « “La oficina de Alberto”, unidad...
suite. Toutefois, la « trahison » de Kirchner lors des élections de 2003 place Duhalde en position de leader unique du parti dans la province. Les législateurs locaux menacent de retirer leur soutien au gouvernement national s’ils n’obtiennent pas la redistribution des fonds coparticipatifs [38] [38] Transferts de l’État central aux provinces du produit...
suite de la province qu’ils réclament. Des membres de l’entourage du gouverneur de Buenos Aires, Felipe Solá, pourtant allié de Kirchner, sont également très critiques à l’égard du Président : « Le mauvais traitement de la Casa Rosada [le palais présidentiel] est tellement insupportable que nous sommes obligés de nous allier à Eduardo Duhalde », déclare un proche de Solá [39] [39] La Nación, 7 juin 2004. ...
suite. Les conflits au sein du PJ propulsent la question des subventions sur le devant de la scène politique et à travers elle c’est le contrôle de la province qui se joue. Ayant très peu de réseaux consolidés au sein de la région, Kirchner ne peut que jouer sur la rivalité entre les deux caciques locaux, Solá et Duhalde, pour tenter de placer ses plus fidèles partisans. En juin 2005, il fait donc le pari de rompre toute négociation avec Duhalde dans l’élaboration des listes électorales du parti et de créer une alliance avec Solá sous l’étiquette du Front pour la Victoire (Frente para la Victoria, FPV). Son épouse annonce alors sa candidature à l’élection des sénateurs de la province. Célèbre dans les années 1990 pour son opposition à la faction ménémiste, Cristina Kirchner a très vite été taxée dans son parcours politique de péroniste « indisciplinée ». Sa candidature provoque de vives réactions dans le camp duhaldiste, et la province de Buenos Aires, bastion historique du péronisme, devient le lieu privilégié des luttes entre le gouvernement national et l’appareil du PJ. À la liste de Cristina Kirchner, composée d’universitaires et de plusieurs leaders piqueteros – dont Luis d’Elia [40] [40] Luis d’Elia intègre d’ailleurs le ministère de la...
suite, dirigeant de la Fédération Terre, Logement et Habitat (Federación Tierra, Vivienda y Hábitat, FTV) –, s’oppose celle de la candidate officielle du PJ, Hilda « Chiche » Duhalde, l’épouse de l’ancien Président, connue surtout pour ses activités dans le domaine social [41] [41] Au début des années 1990, « Chiche » Duhalde a mis...
suite et soutenue par les secteurs traditionnels des syndicats et par des figures situées à l’extrême droite de l’échiquier politique, comme l’ex-commissaire et candidat au poste de député Luis Patti ou le militaire Aldo Rico. Le chef de l’État, qui s’engage personnellement dans la campagne auprès de son épouse, multiplie les réunions dans les différentes municipalités de la province, accompagné du ministre de la Planification fédérale, et promet aux dirigeants locaux d’améliorer le budget coparticipatif de la province. Cristina Kirchner se place, quant à elle, du côté du changement, en ayant recours dans ses discours au registre du renouvellement politique. Soutenue par des maires influents comme Alberto Balestrini, de La Matanza, ou Julio Alak, de La Plata, elle dénonce les pratiques « mafieuses » de la gestion de Duhalde et de son entourage. La conversion au camp présidentiel de certains maires ou hauts fonctionnaires réputés « ultra duhaldistes » comme le ministre de la Défense – et médecin personnel de la famille Duhalde – José Pampuro, qui accepte de figurer en seconde place sur la liste dirigée par Cristina Kirchner, brouille l’identité politique « anti-duhaldiste » du couple présidentiel et suscite les commentaires suspicieux de ses adversaires politiques comme des journalistes qui s’interrogent sur la crédibilité de ses discours de campagne. La Nación par exemple, qui tient les discours les plus durs à l’encontre du Président, donne de celui-ci l’image d’un dirigeant dont la seule ambition est de « conquérir Buenos Aires avec les travaux publics et les plans sociaux » [42] [42] La Nación, 5 mai 2005. ...
suite dans un système où « le Congrès est devenu le greffier de l’exécutif » [43] [43] La Nación, 25 juillet 2005. ...
suite. Dans le camp de l’opposition, « Chiche » Duhalde ou Elisa Carrió accusent le Président d’utiliser les fonds de l’État pour satisfaire la campagne de son épouse. Ces dénonciations et le ralliement d’anciens duhaldistes autour de la candidature de Cristina Kirchner ne semblent pourtant pas avoir d’effets négatifs sur la candidature de la première dame qui dépasse systématiquement de plus d’une vingtaine de points sa principale adversaire dans les différentes enquêtes d’opinion de la province de Buenos Aires. Aux résultats des élections d’octobre 2005, la défaite du camp duhaldiste est d’ailleurs sans équivoque : sur les 134 municipalités de la province, 129 vont au FPV et 2 au PJ. Cristina Kirchner l’emporte avec plus de 25 % des voix sur Hilda Duhalde, et la devance également dans des localités reconnues pour être ultra-duhaldistes comme la ville de Lomas de Zamora longtemps dirigée par l’ancien Président [44] [44] À cette victoire du camp kirchnériste dans la province...
suite. L’intronisation de Kirchner et de ses partisans dans le fief de son adversaire est désormais incontestable et ce dernier préfère se retirer de la scène politique argentine.
Les effets politiques d’un système de « privilèges »
15 D’autres succès permettent au Président d’élargir encore sa marge d’action : en septembre 2003, après des négociations difficiles avec le FMI, la dette de l’Argentine a été rééchelonnée ; en janvier 2006, elle est remboursée dans son intégralité. Les journalistes comme les acteurs politiques et économiques, argentins et étrangers, attribuent la réussite de ces négociations à la seule fermeté du Président. Kirchner peut désormais s’émanciper des compromis qui avaient marqué son investiture. Au ministère de l’Économie, il remplace Lavagna par Felisa Miceli, la présidente de la Banque centrale. À la Chambre des députés, il bénéficie d’une majorité de « fidèles » qui le soutiennent à deux reprises : le 22 février 2006, lors du vote controversé de la réforme de la composition du Conseil de la magistrature assurant au Président son pouvoir de veto (loi 26.124) [45] [45] À la suite de cette réforme, le nombre des membres du...
suite, et le 2 août 2006, lors du vote de l’attribution des pleins pouvoirs au Premier ministre dans la constitution du budget national (loi 26.080) [46] [46] Après plus de onze heures de débat, les députés approuvent...
suite.
Le dévoilement de pratiques « frauduleuses »
16 Il semble évident désormais que le Président domine totalement ses adversaires politiques. Pourtant, quelques mois avant les élections provinciales et présidentielle de 2007, plusieurs scandales mettant principalement en cause certains hauts fonctionnaires du ministère de la Planification fédérale ébranlent la stabilité du gouvernement.
17 La première affaire de corruption est révélée par l’hebdomadaire Perfil[47] [47] Perfil se présente comme un journal indépendant de toute...
suite le 26 novembre 2006 : plusieurs employés de l’entreprise de construction suédoise Skanska, inculpés pour évasion fiscale à la suite d’une enquête judiciaire, déclarent que des pots-de-vin d’un montant de 17 millions de pesos (environ 6 millions de dollars) ont été versés à des hauts fonctionnaires pour l’obtention du marché de la construction de deux gazoducs dans les zones nord et sud de l’Argentine. Plus d’une vingtaine de fonctionnaires sont alors soupçonnés de délits de corruption et font l’objet d’une enquête. On est à ce moment-là en pleine campagne électorale pour la présidentielle. Kirchner réagit aussitôt en limogeant Fulvio Madaro, le directeur de l’organisme national de régulation du gaz (Enargas) (décret 571/07), ainsi que plusieurs cadres, notamment l’époux de F. Miceli, Ricardo Velasco. Quelques semaines plus tard, le rythme des révélations s’accélère et l’« affaire Skanska » s’étend à d’autres provinces. Des cassettes enregistrées par des membres de l’entreprise révèlent l’existence de surfacturations de chantiers de travaux publics dans la région de La Pampa. Cette fois, ce sont le sous-secrétaire des travaux publics, Raúl Rodríguez, et le gérant de la société Nación Fideicomisos S.A., Néstor Ulloa, également proche du gouverneur de Jujuy, E. Fellner, qui sont soupçonnés et contraints de démissionner. Dans la province de Santa Cruz, Acevedo sort de son silence, un an et demi après avoir démissionné de son poste de gouverneur, pour dénoncer publiquement l’existence de collusions « affairistes » entre le ministre de la Planification fédérale et les secteurs pétroliers de la province. La succession rapide de ces dénonciations entame fortement l’influence du ministre au sein du gouvernement ; pour la première fois depuis sa création en 2003, le budget du ministère de la Planification fédérale est réduit (décret 225/07) [48] [48] Cf. « Quatro años de gestión (2003-2007) », Ministerio...
suite – notamment la part attribuée au secrétariat des Travaux publics dirigé par José F. López – et placé sous le contrôle direct de la SIGEN, un organisme de surveillance rattaché au pouvoir exécutif.
18 Très rapidement, d’autres scandales éclatent dans les médias. En juillet 2007, c’est au tour de la ministre de l’Économie, F. Miceli, de démissionner, après la découverte par la police d’un sac contenant 241 000 dollars dans les toilettes de son bureau. En août, le président de l’Organisme des concessions des autoroutes (OCCEVI), Claudio Uberti, principal négociateur des contrats pétroliers avec le Venezuela et ancien collaborateur du ministre de la Planification fédérale est limogé par Kirchner (décret 1118/07) : il est soupçonné d’avoir laisser monter dans un avion officiel un homme d’affaires vénézuélien qui était en possession d’une mallette contenant plus de 800 000 dollars non déclarés et découverts par le service de la douane à l’aéroport de Buenos Aires. Le Président réitère cependant son soutien à de Vido et ignore les pressions des dirigeants politiques de l’opposition, comme Carrió et Lavagna, qui réclament la démission de ce dernier. Beaucoup d’analystes politiques, de journalistes et d’historiens interprètent ces différentes affaires comme autant de « coups » que tentent de se porter le ministre de la Planification fédérale et le Premier ministre. Il s’avère en effet qu’à travers la révélation très médiatisée de ces pratiques frauduleuses et l’« évincement » des différents fonctionnaires impliqués qui s’ensuit, ce sont surtout les rapports de force entre de Vido et Fernández au sein du gouvernement qui sont en jeu. Certes, le ministre de la Planification fédérale perd certains de ses administrateurs, mais c’est tout de même l’un de ses plus fervents soutiens, le secrétaire de l’Industrie Miguel Peirano, qui est nommé à la tête du ministère de l’Économie en remplacement de Miceli. Et c’est l’ancien bras droit de Fernández, Juan Carlos Pezoa, qui obtient la direction d’Enargas en remplacement de Madaro. Les enquêtes impliquant de Vido et ses proches collaborateurs n’ont par ailleurs que peu d’effets sur l’ensemble des membres du gouvernement [49] [49] Il est important de souligner que les juges chargés de...
suite. Selon nous, ces confrontations au sein même du réseau politique kirchnériste ont permis au chef de l’État, campé dans sa position d’arbitre, de renforcer sa puissance politique et de consolider son autorité. Si elle révèle avant tout une scène politique fortement fragmentée, articulée une nouvelle fois autour de Kirchner, toute cette agitation médiatique et judiciaire n’empêche pas la campagne présidentielle de 2007 d’apparaître « terne » et « ennuyeuse » à la plupart des journalistes que nous avons interviewés [50] [50] Cf. Walter Curia, « No hay discusión política ni debate...
suite.
La reconfiguration des alliances politiques
19 Déjà bien déstabilisée par le ralliement de plusieurs de ses membres à la gestion politique de Kirchner, l’UCR se retrouve totalement démunie politiquement lorsque ses gouverneurs, les « Radicaux K », décident d’afficher publiquement leur soutien au Président. Privée de ses principaux mandataires pour disputer la présidence, elle décide contre toute attente de soutenir la candidature du péroniste Lavagna, sous le label de l’Alliance « Concertation pour une Nation avancée » (Alianza « Concertación para una Nación Avanzada (UNA) »). Très rapidement, d’autres leaders politiques entrent dans la compétition présidentielle. Parmi les 14 concurrents figurent d’anciens candidats de 2003, comme Elisa Carrió (ARI) ou le fondateur du parti de droite Recréer (Recrear), Ricardo López Murphy ; de nouveaux candidats positionnés à droite, comme Jorge Sobisch, gouverneur de la province de Neuquèn, ou à gauche, comme le socialiste Fernando Solanas et le leader piqueteros Raúl Castells, chef du Mouvement indépendant des retraités et des chômeurs (Movimiento Independiente de Jubilados y Desocupados, MIJD) se présentent également. Au sein du PJ, les divisions sont essentiellement dues à l’anticipation de la candidature, encore non proclamée, de Kirchner [51] [51] L’article 90 de la Constitution nationale n’autorise...
suite : ses opposants, Menem et plusieurs duhaldistes [52] [52] Au cours de la campagne électorale, Duhalde annonce son...
suite, constituent un front « anti K » et soutiennent la candidature du gouverneur de la province de San Luis, Rodríguez Saá.
20 C’est en juillet, après plusieurs mois d’incertitude, que Fernández annonce la candidature de Cristina Kirchner dans la province de Buenos Aires sous l’étiquette du FPV [53] [53] Parmi les principales interprétations du désistement de...
suite. Parmi les différentes figures politiques qui la soutiennent, le gouverneur radical de la province de Mendoza, Cobos, est choisi pour l’accompagner au poste de vice-président. Le coup est dur pour les leaders de l’UCR qui réagissent immédiatement en radiant Cobos ainsi que tous les gouverneurs qui soutiennent la candidate kirchnériste. Le fait que Cristina Kirchner se maintienne en tête dans toutes les enquêtes d’opinion des différents instituts de sondages et l’ambiguïté de son identité politique déstabilisent les stratégies politiques de tous les camps de l’opposition et brouille les positionnements de ses principaux adversaires. Lavagna, qui a choisi pour futur vice-président le radical Gerardo Morales, revendique son passé péroniste et constitue des alliances avec des dirigeants duhaldistes. Elisa Carrió perd certains de ses partisans lorsqu’elle recherche des alliances auprès de R. López Murphy et annonce la possibilité d’intégrer des ministres péronistes dans son futur gouvernement. Une fois encore, la constitution par les équipes kirchnéristes de soutiens politiques hétérogènes en faveur du Président produit des clivages partisans sur la scène politique argentine.
21 Le 28 octobre 2007, le triomphe de Cristina Kirchner est sans appel : elle devance largement ses concurrents sur l’ensemble du territoire argentin. Si la composition de son gouvernement est connue depuis plusieurs semaines – Fernández et Alicia Kirchner sont reconduits à leurs postes respectifs – ce n’est qu’après la proclamation de son élection que la Présidente annonce le maintien à son poste du ministre de la Planification fédérale.
22 I l est acquis depuis l’analyse des structures du pouvoir sous Louis XIV par Norbert Elias que l’autorité reconnue au titulaire d’une position institutionnelle ne dépend pas de qualités personnelles spécifiques, ni même d’une adéquation de ces qualités aux propriétés de la situation. En Argentine, le changement de configuration du jeu politique autour de la figure présidentielle et le processus de fidélisation au gouvernement « kirchnériste » sont passés par la mobilisation de nouvelles élites associées aux transformations de l’action publique. La création du ministère de la Planification fédérale, des Investissements publics et des Services a été un élément essentiel dans la consolidation de l’autorité politique de Kirchner. Elle a suscité la mise en place d’un système d’allégeances [54] [54] Cf. Diana Quattrocchi-Woisson, « Itinéraire de la recomposition...
suite qui a permis au Président de maintenir en équilibre les pressions des diverses factions rivales auxquelles il a été confronté dès son arrivée au pouvoir. La victoire de Cristina Kirchner à l’élection présidentielle de 2007 témoigne de l’efficacité de cette stratégie. Toutefois, la conditionnalité des soutiens sur lesquels s’appuie le « couple Kirchner » amène à s’interroger sur la résistance d’un tel système lorsque les ressources financières viennent à disparaître [55] [55] Sur la difficulté pour les notables à continuer de jouer...
suite.
Notes
[ 1] Depuis la réforme constitutionnelle de 1994, un candidat est élu à la présidence de la République dès le premier tour s’il obtient plus de 45 % des votes ou s’il recueille 40 % des votes et devance de plus de 10 % le candidat placé en deuxième position. Cristina Kirchner obtient 44,92 % des votes devant Elisa Carrió (22,95 %), fondatrice du parti Affirmation pour une République égalitaire (Afirmación para una República Igualitaria, ARI). Le même jour sont organisées les élections des gouverneurs et des députés. Ce sont les candidats labellisés « kirchnéristes » qui en sont les grands vainqueurs.
[ 2] Créé en 1945 sous le nom de Parti justicialiste (PJ), le péronisme est un mouvement charismatique lié à la personne de Juan Domingo Perón (mort en 1974). Initialement lié aux centrales syndicales argentines, le PJ a connu de profondes transformations avec l’arrivée au pouvoir de Menem. Depuis sa création, le mouvement s'est étendu de l'extrême gauche à la droite néolibérale en passant par le centre, couvrant presque toutes les sensibilités de l'éventail politique argentin. Voir, entre autres, Ricardo Sidicaro, Los tres peronismos : Estado y poder económico (1946-1955/1973-1976/1989-1999), Buenos Aires, Siglo XXI, 2002 ; Ana-María Mustapic, « Del partido peronista al partido justicialista : las transformaciones de un partido carismático », dans Juan Abal Medina, Marcelo Cavarozzi (dir.), El asedio a la política. Los partidos latinoamericanos en la era neoliberal, Quilmes, Politeia, 2002.
[ 3] Groupes organisés de travailleurs sans emploi.
[ 4] Cf. Vanessa Bernadou, « La reconstruction d’une autorité politique. L’itinéraire “extraordinaire” du président Nestor Kirchner », Politix, 20 (80), décembre 2007, p. 129-153.
[ 5] Depuis la crise de décembre 2001, le blocage des négociations avec les organisations financières internationales a fait de la question économique une des priorités de l’agenda politique argentin. Le FMI exigeait notamment que le gouvernement abroge la loi de subversion économique – promulguée en 1974 pour combattre et punir les transactions jugées dangereuses pour l’économie du pays – et qu’il modifie la loi de coopération financière entre les gouvernements des provinces et le pouvoir central afin de réduire de 60 % la dette de celles-ci vis-à-vis de l’État fédéral. Sous la présidence intérimaire de Duhalde en janvier 2002, plusieurs plans économiques d’austérité ont été mis en place afin de relancer les négociations avec les instances financières internationales et d’accéder ainsi à de nouvelles ressources.
[ 6] Cf. Jean-Louis Briquet, « Des amitiés paradoxales : échanges intéressés et morale du désintéressement dans les relations de clientèle », Politix, 12 (45), 1999, p. 7-20 ; Jean-François Médard, « Le rapport de clientèle. Du phénomène social à l’analyse politique », Revue française de science politique, 26 (1), 1976, p. 103-131 ; Jean-Louis Briquet, Frédéric Sawicki (dir.), Le clientélisme politique dans les sociétés contemporaines, Paris, PUF, 1998.
[ 7] Dirigeants des comités de quartier du parti péroniste. Ces comités sont également appelés unités territoriales de base du péronisme (Unidades Básicas, UB). Sur l’importance de ces groupes péronistes dans la distribution de biens de première nécessité aux plus démunis des bidonvilles de la province de Buenos Aires en échange de leur soutien politique, voir Javier Auyero, La política de los pobres. Las prácticas clientelistas del peronismo, Buenos Aires, Cuardenos Argentinos Manantial, 2001.
[ 8] Organisations implantées dans les municipalités et regroupant un ensemble d’UB. Généralement, elles sont dirigées par des représentants politiques locaux (syndicalistes, députés et sénateurs, conseillers municipaux, fonctionnaires, etc.). Sur les relations de patronage entre les agrupaciones et les différents courants péronistes (soutien électoral en échange de postes dans le gouvernement de la province ou de participation aux listes nationales ou provinciales pour les élections législatives), voir Steven Levitsky, Transforming Labor-Based Parties in Latin America : Argentine Peronism in Comparative Perspective, New York, Cambridge University Press, 2003.
[ 9] Sur les relations de clientèle entre les piqueteros et les gouvernements nationaux et provinciaux dans la distribution des plans sociaux, voir Maristella Svampa, Sebastián Pereyra, Entre la ruta y el barrio : la experienca de las organizaciones piqueteras, Buenos Aires, Editorial Biblos, 2003.
[ 10] Cette démarche rejoint l’hypothèse de notre travail de thèse d’un retour à la puissance et à la coopération politique autour de la construction d’une figure charismatique. 
[ 11] L’Argentine est une république fédérale de 40 millions d’habitants. Elle est composée de 24 unités constitutionnelles, soit 23 provinces, qui sont des États fédérés dirigés par des gouverneurs élus, auxquelles s’est ajoutée depuis 1995 la capitale du pays, Buenos Aires Capital Federal. Les pouvoirs publics sont donc structurés selon trois niveaux : l’État fédéral, les États provinciaux et les gouvernements municipaux. La taille et le poids économique des provinces sont très inégaux. La province de Buenos Aires (à ne pas confondre avec la capitale) demeure la plus peuplée et la plus riche du pays.
[ 12] Pour une analyse des crises comme configurations de mobilisations multisectorielles, voir Michel Dobry, Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de Sciences Po, 1986.
[ 13] Sous les gouvernements de Menem, il y eut un ministère des Travaux et des Services publics, chargé notamment des privatisations des entreprises publiques. Transformé en ministère de l’Infrastructure et du Logement sous le gouvernement de l’allianciste Fernando de la Rúa (de l’Alliance (Alianza por el trabajo, la justicia y la educación), coalition créée en août 1997 entre l’Union civique radicale (Unión Cívica Radical, UCR) et le Front du pays solidaire (Frente País Solidario, Frepaso), parti de centre gauche créé en 1994), il fut supprimé par Duhalde en janvier 2002.
[ 14] On les appelle les pingüinos (les pingouins) en référence aux terres australes de la Patagonie où ils ont commencé leurs carrières politiques.
[ 15] Les DNU ont été introduits de facto par le Président Raúl Alfonsín peu de temps avant le début de la transition démocratique dans les années 1980. En 1990, à l’arrivée de Menem, ils ont été reconnus par la Cour suprême comme des instruments du corps législatif constitutionnellement valides. Entre 2003 et 2005, Kirchner a promulgué 140 DNU. À titre de comparaison, Alfonsín (1983-1989) en a promulgué 10 ; Menem (1989-1999), 545 ; de la Rúa (1999-2001), 73, et Duhalde (2002-2003), 158. Voir Atilio Bleta, Silvana Boschi, « La Corte limitará el uso de los Decretos de necesidad y urgencia », Clarín, 7 août 2005, p. 3, et Gabriel L. Negretto, « Gobierno solo el Presidente ? Poderes de decreto y diseño institucional en Brasil y Argentina », Desarrollo Económico, 42 (167), 2002, p. 377-404.
[ 16] La Nación, 22 juin 2003.
[ 17] C’est également le cas du ministre de la Défense, le duhaldiste José Pampuro, après le limogeage par Kirchner d’une partie importante des dignitaires de l’armée en mai 2003. Cf. V. Bernadou, « La reconstruction d’une autorité politique. L’itinéraire “extraordinaire” du président Nestor Kirchner », art. cité, p. 129-153.
[ 18] C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il refuse en mars 2003 la proposition de Duhalde et de ses proches d’occuper la vice-présidence. Le poste est accepté par un autre péroniste, Daniel Scioli. Au cours d’un entretien, Lavagna nous a expliqué qu’il n’avait jamais rencontré Kirchner avant que Duhalde le soutienne en janvier 2003. Le ministre de l’Économie, chargé à cette époque de résorber les dettes provinciales, n’avait en effet jamais eu besoin de recevoir le gouverneur de Santa Cruz, le bilan économique de la province étant positif (Buenos Aires, 19 novembre 2007). Notre analyse s’appuie systématiquement sur les biographies et sur les témoignages des acteurs collectés dans divers ouvrages, sur des articles de presse principalement argentins, sur des analyses de rapports budgétaires, de décrets présidentiels et de débats parlementaires, ainsi que sur plus d’une vingtaine d’entretiens réalisés auprès de hauts fonctionnaires et de journalistes argentins. Nous remercions Brigitte Gaïti pour ses conseils et pour ses corrections des premières versions de ce texte. Nous remercions également Catherine Burucoa pour ses très précieuses relectures.
[ 19] Selon le sondage de l’institut Opinión pública, servicios y marketing (OPSM) publié le 22 mai 2003 dans tous les journaux de la province de Buenos Aires, 79,6 % des personnes interrogées déclarent approuver la nomination de Lavagna. Le seul ministre à ne pas apparaître dans les réponses est de Vido.
[ 20] Après deux semaines de déménagements, l’équipe du nouveau ministère s’installe au 15e étage du ministère de l’Économie ainsi que dans plusieurs locaux du bâtiment. Certains proches de Lavagna déclarent à la presse ne pas comprendre cette décision, et rappellent la disponibilité des bâtiments de l’ancien ministère de la Production. Voir Annabella Quiroga, « Lavagna se achica, De Vido crece », Clarín, 2 juin 2003.
[ 21] L’ensemble des services publics argentins a été privatisé dans les années 1990 sous le gouvernement de Menem. Il ne s’agissait pas d’une privatisation « pure » mais d’une concession à des entreprises étrangères assortie d’une obligation d’investir pour les opérateurs, les infrastructures existantes et à construire demeurant aux mains des autorités publiques. Le 6 janvier 2002, le vote de la loi 25.561 mettant fin au régime de convertibilité fixe (1 peso=1 dollar) instauré depuis 1991, proclame la dévaluation du peso et instaure la « pésification » de l’économie, notamment de tous les tarifs de services publics. Débutent alors une renégociation et une redéfinition intégrale des contrats de concession. En février 2002, le décret présidentiel 270 crée une commission chargée de ces renégociations, dirigée par le ministre de l’Économie. Pour une analyse plus détaillée, cf. Daniel Azpiazu, Martín Schorr, « Le traumatisme des privatisations », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 81, janvier-mars 2006, p. 51-57.
[ 22] Ce syndicat national de gauche et de centre gauche, fondé dans les années 1990 par des leaders syndicalistes antiménémistes dissidents de la CGT péroniste, est particulièrement bien implanté parmi les enseignants et les employés de l’État.
[ 23] La Nación, 13 février 2004.
[ 24] Le système électoral argentin est très complexe. L’une de ses caractéristiques fondamentales réside dans le fait que des élections sont organisées tous les deux ans. À l’élection présidentielle qui a lieu tous les quatre ans s’ajoutent des élections intermédiaires destinées à renouveler la moitié de la Chambre des députés et le tiers du Sénat. La Constitution fixe un nombre identique de sénateurs par province (2 jusqu’en 1995,3 ensuite) et garantit à chacune un minimum de 5 députés : sur les 257 sièges de la Chambre des députés, la province de Buenos Aires en compte 70. En 2003, du fait de l’anticipation de l’élection présidentielle, qui a eu lieu au mois d’avril (au lieu du mois d’octobre), les élections provinciales (gouverneurs, députés et sénateurs) se sont tenues après la présidentielle, alors qu’elles auraient dû se tenir avant. Cette inversion du calendrier électoral a été une aubaine pour le Président fraîchement élu.
[ 25] Le cas de la ville de Buenos Aires est à cet égard exemplaire : c’est en effet le candidat de centre gauche, Aníbal Ibarra, auquel la majorité des membres du parti péroniste a préféré le candidat de droite, Mauricio Macri, qui est élu.
[ 26] Plusieurs législateurs ménémistes et duhaldistes avouent devant la presse leur incompréhension de devoir appuyer des lois du gouvernement alors que dans leurs provinces « le Président appuie des candidats n’appartenant pas au PJ » (La Nación, 3 septembre 2003). Le gouverneur péroniste de la province de Córdoba, José Manuel de la Sota rappelle d’ailleurs à l’intention du Président, que s’il « est là où il est, c’est grâce au parti » (Clarín, 28 mars 2004).
[ 27] Norbert Elias, La société de cour, Paris, Flammarion, 1985.
[ 28] « Les partis en Argentine sont organisés sur des bases territoriales et leur structure se calque sur celle du système de gouvernement : au-dessous des autorités nationales, réunies en conseil ou en comités, les autorités provinciales président leurs conseils ou comités respectifs. Cette organisation décentralisée octroie un pouvoir considérable aux autorités de province ; élues par leurs organisations, elles disposent de larges marges de décision quant aux règles partisanes internes (les hiérarchies, les durées de mandat, les modalités d’élection), et bénéficient en outre de 80 % du financement officiel attribué aux partis. » Voir Silvia Sigal, « Argentine 2003 : la sortie de l’abîme ? », Problèmes d’Amérique latine, 51, hiver 2003-2004, p. 22. Les victoires du PJ dans la plupart des provinces entérinent la prépondérance des chefs locaux au détriment de la direction nationale, accordant aux gouverneurs le premier rôle au sein du parti.
[ 29] Sergio Acevedo (Santa Cruz), Eduardo Fellner (Jujuy), Carlos Rovira (Misiones), Gildo Insfrán (Formosa) et Mario Das Neves (Chubut).
[ 30] La Nación, 6 avril 2004, p. 6.
[ 31] Cf. Alejandro Bonvecchi, « Les aspects politiques du fédéralisme budgétaire argentin à l’aune des négociations fiscales fédérales », Problèmes d’Amérique latine, 56, printemps 2005, p. 132.
[ 32] Décrets 917/04 et 908/04 qui octroient au Premier ministre le droit d’augmenter le budget voté par le Congrès ; décret 1824/04 qui crée le sous-secrétariat de la Planification territoriale de l’investissement public chargé d’assister de Vido dans l’articulation des relations qu’il entretient avec les autres juridictions nationales, provinciales et municipales.
[ 33] Cf. « 2 años de gestion. 2003-25 de mayo 2005 », Secretaría de Obras Públicas (SOP), Ministerio de la Planificación federal, Inversión pública y Servicios (w www.minplan. gov. ar// w www.obraspublicas. gov. ar), p. 11-13.
[ 34] Le 5 septembre 2005, le Président signe le DNU 1069/2005 permettant l’augmentation des fonds destinés à la construction de routes dans la zone du Nord-Ouest (Córdoba/ Rosario.) Le budget voté pour 2005 augmente de 46,7 % le budget du ministère de la Planification fédérale.
[ 35] Le décret présidentiel 535/05 signé le 26 mai 2005 permet à toute association politique de pouvoir présenter des candidats aux élections sans avoir un statut juridique de parti conformément à la loi électorale 25.611. Cette modification des règles du jeu politique suscite une réelle polémique parmi les opposants du Président. Lors des élections de 2005,546 nouvelles formations politiques sont créées et principalement localisées dans la ville de Buenos Aires.
[ 36] Au cours de l’année 2004, le ministère du Développement social a également instauré un système de cartes bancaires sociales (tarjetas sociales) nominatives pour la distribution d’allocations sociales comme le Programme Chefs de famille au chômage (Plan Jefes y Jefas de Hogar Desocupados) auprès des plus démunis afin d’éviter les « escroqueries » des intermédiaires sociaux (comme les piqueteros ou les militants politiques). Voir « Empiezan a repartir la tarjeta social », La Nación, 11 mai 2004.
[ 37] Fernando González, « “La oficina de Alberto”, unidad básica K », Clarín, 3 juillet 2005.
[ 38] Transferts de l’État central aux provinces du produit de la perception fiscale.
[ 39] La Nación, 7 juin 2004.
[ 40] Luis d’Elia intègre d’ailleurs le ministère de la Planification entre février et novembre 2006 au nouveau poste de sous-secrétaire des Terres pour le logement social.
[ 41] Au début des années 1990, « Chiche » Duhalde a mis en place un réseau de travailleuses sociales bénévoles, les manzaneras, qui ont été par la suite directement concurrencées, dans la distribution d’aliments de première nécessité aux plus défavorisés, par les margaritas, réseau équivalent mis en place par Alicia Kirchner. Sur les implications politiques de l’intervention de ces travailleurs sociaux dans les localités de la province de Buenos Aires, voir Sabina Frederic, Buenos vecinos, malos políticos. Moralidad y política en El Gran Buenos Aires, Buenos Aires, Prometeolibros, 2004.
[ 42] La Nación, 5 mai 2005.
[ 43] La Nación, 25 juillet 2005.
[ 44] À cette victoire du camp kirchnériste dans la province de Buenos Aires, on peut ajouter celle de Angel Maza qui obtient le poste de sénateur de la province de La Rioja contre son ex-allié Menem, avec une avance sur ce dernier de plus de 20 % des suffrages.
[ 45] À la suite de cette réforme, le nombre des membres du Conseil de la magistrature est passé de 20 à 13 (3 magistrats, 2 avocats, un représentant du domaine académique, 6 législateurs, dont 4 appartenant à la majorité parlementaire, et un représentant du pouvoir exécutif). Le gouvernement disposant désormais d’au moins 5 voix (celles de la majorité parlementaire et du représentant du pouvoir exécutif), les décisions du conseil, telles que l'ouverture d'un procès contre un juge, qui exigent l’approbation des 2/3 des votes, ne peuvent plus être prises sans son accord. Certaines organisations de professionnels du droit comme le Collège public des avocats de la capitale fédérale (Colegio Público de Abogados de la Capital Federal) et la Fédération argentine de l’ordre des avocats (Federación Argentina de Colegios de Abogados) ont vivement critiqué et contesté le vote de cette réforme qui a été approuvée par 149 voix contre 89, les votes favorables provenant principalement d’anciens duhaldistes de la province de Buenos Aires et de députés radicaux ralliés au camp présidentiel (et surnommés les « radicaux K »).
[ 46] Après plus de onze heures de débat, les députés approuvent à 134 voix contre 90 la loi permettant au Premier ministre de modifier le budget national sans contrôle parlementaire. Les principaux soutiens à cette réforme proviennent notamment du groupe emmené par le maire Luis Juez et d’anciens duhaldistes de la province de Buenos Aires.
[ 47] Perfil se présente comme un journal indépendant de toute idéologie politique. Fondé à la fin des années 1990, il appartient au très puissant groupe de presse argentin du même nom et tire aujourd’hui à plus de 35 000 exemplaires. C’est principalement dans ses colonnes qu’ont été révélées plusieurs « affaires » concernant les membres du gouvernement de Kirchner. 
[ 48] Cf. « Quatro años de gestión (2003-2007) », Ministerio de Planificación federal, Inversión publica y Servicios (w www.minplan. gov. ar// w www.obraspublicas. gov. ar).
[ 49] Il est important de souligner que les juges chargés de l’affaire Skanska ont démissionné de leur poste afin d’intégrer les gouvernements de factions politiques différentes, retardant ainsi le processus de l’enquête. Le juge Guillermo Montonegro a par exemple intégré l’administration du nouveau gouverneur de la ville de Buenos Aires, Macri, au poste de secrétaire de la Sécurité, le 28 septembre 2007. Le procureur chargé de l’enquête, Carlos Stonelli, a quant à lui intégré la liste du vice-président Scioli, candidat au poste de gouverneur de la province de Buenos Aires.
[ 50] Cf. Walter Curia, « No hay discusión política ni debate en la tv, ¿ pero a alguien le importa ? », Clarín, 22 octobre 2007, p. 6.
[ 51] L’article 90 de la Constitution nationale n’autorise qu’une seule réélection consécutive du président de la République, mais prévoit la possibilité de se représenter après un intervalle de quatre ans et d’exercer à nouveau deux mandats consécutifs.
[ 52] Au cours de la campagne électorale, Duhalde annonce son intention de revenir dans la compétition partisane du PJ après l’élection présidentielle. Voir le numéro du magasine Debate, « El regreso », 236, septembre 2007, consacré au retour politique de Duhalde.
[ 53] Parmi les principales interprétations du désistement de Kirchner au profit de son épouse, aucune ne met en avant l’implication des différents scandales survenus pendant la campagne électorale. Pour ses partisans, si Kirchner ne se représente pas, c’est parce qu’il est épuisé par son mandat et préfère se consacrer à la création d’un parti transversal dont il sera le leader. Ces détracteurs soupçonnent plutôt une stratégie permettant à l’ancien Président de briguer un nouveau mandat en 2011 et de jouer ainsi indéfiniment l’alternance avec son épouse. 
[ 54] Cf. Diana Quattrocchi-Woisson, « Itinéraire de la recomposition argentine : pour une interprétation des années Kirchner », dans D. Quattrocchi-Woisson, (dir.), L’Argentine après la débâcle. Itinéraire d’une recomposition inédite, Paris, Michel Houdiard, 2007, p. 22.
[ 55] Sur la difficulté pour les notables à continuer de jouer ce jeu de redistribution dans un contexte de rétrécissement des ressources clientélaires, cf. Cesare Mattina, « Mutations des ressources clientélaires et construction des notabilités politiques à Marseille (1970-1990) », Politix, 17 (67), 2004, p. 129-155.
PLAN DE L'ARTICLE
- Un nouvel organe de politiques publiques
- Les usages politiques des ressources publiques
- Les effets politiques d’un système de « privilèges »
POUR CITER CET ARTICLE
Vanessa Bernadou « Nestor Kirchner : du président « sans pouvoirs » au « chef hégémonique » », Critique internationale 2/2009 (n° 43), p. 89-107.
URL : www.cairn.info/revue-critique-internationale-2009-2-page-89.htm.
DOI : 10.3917/crii.043.0089.




