Les pauvres, la démocratie et le marché : une analyse à partir de trois séries d'enquêtes auprès de la population malgache
Mireille Razafindrakoto
nçois Roubaud
La participation de la population au processus de décision est aujourd'hui considérée comme une des conditions de réussite des programmes de développement. Suivant cet objectif, en mobilisant une série de trois enquêtes très détaillées réalisées en 1995, 1998 et 2003 dans la capitale malgache, cette étude propose une analyse de l'attitude des pauvres face au processus de double transition – politique (démocratisation) et économique (libéralisation) – dans lequel la majorité des pays en développement est actuellement engagée. La thèse la plus couramment avancée postule que les difficultés pour instaurer la démocratie et l'économie de marché résultent de l'attitude de la population, en particulier des pauvres. Les réticences de ces derniers face aux réformes s'expliqueraient par leur faible niveau d'instruction. Nos résultats montrent qu'effectivement, il existe une relation négative entre le niveau de pauvreté et l'adhésion aux principes de l'économie du marché. En revanche, les pauvres ne se démarquent pas du reste de la population par un moindre soutien aux valeurs démocratiques, ce qui infirme la thèse d'une forme de conservatisme des plus démunis qui se traduirait par une appréhension de la nouveauté ou du changement. Par ailleurs, le niveau d'éducation ou d'information ne suffit pas à expliquer les prises de positions des pauvres. L'État, malgré ses déficiences, est considéré comme plus susceptible d'assurer l'objectif d'équité que le marché. Enfin, les exclus de la vie politique et les victimes des dysfonctionnements des institutions tendent à manifester une défiance vis-à-vis de l'État et à se positionner du côté des antidémocrates. La consolidation du processus démocratique est donc conditionnée par l'existence d'institutions étatiques dignes de confiance, efficaces et capables d'assurer l'application effective des principes démocratiques.Mots-clés :
Pauvreté,, démocratie,, libéralisation,, économie de marché,, institutions,, Madagascar. Poverty,, democracy,, liberalisation,, market economy,, institutions,, Madagascar..
Empowerment and the participation of the population in the decision-making process are nowadays considered as one of the conditions of the success of development programs. Following this objective, this study presents an analysis of the attitudes of the poor towards the double – political (democratisation) and economic (liberalisation) – transition process in which many developing countries are engaged today. The study draws on a series of three detailed surveys conducted in 1995, 1998 and 2003 in the capital of Madagascar. The most common belief to explain the difficulty to implement democracy and market economy relies on the idea that people, especially the poor, have a tendency to resist to any reforms. According to this theory, their reluctance is due to their lack of instruction. Our findings show a negative relationship between the level of poverty and the support to market economy. But, on the contrary, the poor are strongly in favour of democracy as the rest of the population. This finding invalidates the hypothesis of a systematic resistance of the poor to change and innovation. Besides, the low level of education or information is not sufficient to explain the attitudes of the poor. The state, in spite of its shortcomings, is considered to be more capable of guaranteeing the equality of opportunities than the market. Finally, those marginalised in politics and the victims of the malfunctions of some institutions tend to have less confidence in the state and to be against democracy. Then, in order to consolidate the democratic process, state institutions must be reinforced to be more reliable, efficient and able to guarantee that the democratic principles are effectively applied.Mots-clés :
Pauvreté,, démocratie,, libéralisation,, économie de marché,, institutions,, Madagascar. Poverty,, democracy,, liberalisation,, market economy,, institutions,, Madagascar..
• Introduction
• La position des pauvres vis-à-vis de la démocratie et de la libéralisation : une revue de la littérature
• Le contexte malgache
• Données et méthodologie
— Les données
— Méthodologie
• Les résultats
— Les logiques structurant les positions à l'égard des systèmes économique et politique
— Les pauvres se différencient-ils de l'ensemble de la population ?
— Quels sont les autres facteurs explicatifs des opinions de la population ?
• Conclusion
• Annexes
• Références