Revue d'économie du développement
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4721-5
238 pages

p. 119 à 127
doi: 10.3917/edd.192.0119

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Vol. 19 2005/2-3

2005 Revue d’économie du développement

Réformer la formule : commentaires.Efficacité de l’aide et régimes de politiques économiques dans les pays receveurs

Mark McGillivray  [*] WIDER, Helsinki, Finlande
 
1. Introduction
 
 
L’article de Kanbur est une contribution très utile à la littérature sur l’aide. Il fournit une description et une analyse incisives de la procédure d’allocation de l’IDA, ainsi que de ses liens avec le CPIA de la Banque Mondiale. L’article (que nous désignerons dorénavant par Kanbur, 2004) fournit une justification convaincante de l’utilité d’une évolution vers une allocation de l’aide basée sur des critères de résultat.
Ce commentaire s’intéresse à la conclusion fondamentale de Kanbur (2004), selon laquelle il conviendrait d’ajouter à la formule d’allocation de l’IDA des variables de résultats du développement. L’article défend l’idée que, malgré le fait que la littérature empirique soit presque unanime dans l’affirmation que la croissance serait plus faible (et par conséquent les niveaux de pauvreté plus élevés) en l’absence d’aide, les débats persistent quant à la question de savoir si la politique économique explique ou non ces résultats. En réalité, la grande majorité des études sont cohérentes avec l’hypothèse selon laquelle les régimes de politique économique des pays receveurs n’affectent pas systématiquement l’efficacité de l’aide. Tel quel, ce résultat ne devrait pas permettre autre chose que de justifier une révision modeste de la formule d’allocation de l’IDA. Cependant, cela devrait au contraire apparaître comme un encouragement à un réexamen du rôle des politiques pour l’efficacité de l’aide et éventuellement, sur la base de ce réexamen, conduire à des modifications plus substantielles que celles proposées par Kanbur.
 
2. Aide et politiques
 
 
Ainsi que le note Kanbur (2004), la formule d’allocation actuelle de l’IDA, définie dans World Bank (2003), est la suivante :
Ai est le montant d’aide accordé au pays i, Pi est la population de i, PRi est la notation de performance du pays et GNIPCi est son niveau de revenu par habitant. L’aide à n’importe quel pays i est, selon cette formule, une fonction croissante de la notation de performance et une fonction décroissante du niveau de revenu par habitant. L’indice de performance qui sert de notation, est obtenu à partir de l’Evaluation des Institutions et des Politiques économiques des Pays (CPIA), de la Revue Annuelle des Performances du Portefeuille de la Banque Mondiale (ARPP) et d’un facteur de gouvernance, largement obtenu des composants du CPIA, tel que décrit dans Kanbur (2004). Kanbur observe avec raison que les composants du CPIA constituent « les piliers » de la construction de la notation des performances (Kanbur, 2004, p.8).
Une manière d’examiner si la formule de l’IDA est ou non appropriée est de se pencher sur l’efficacité de l’aide. Il y a maintenant une vaste et de plus en plus importante littérature sur ce sujet, ainsi qu’en témoigne un certain nombre d’études récentes (voir Beynon, 2001, 2002, Hansen et Tarp, 2001, Kanbur, 2003, McGillivray, 2003a, 2003b, 2004 et Morrissey, 2001). L’essentiel de la littérature récente (après 1997) a pour origine la recherche séminale, bien que toujours très discutée, de Burnside et Dollar (1997a, 2000). Le modèle économétrique estimé par Burnside et Dollar peut être décrit par l’équation de croissance décrite dans Kanbur (2004):
Gi est une mesure de la croissance du pays i, Yi est un vecteur de variables structurelles propres au pays, Xi est un vecteur de variables décrivant les politiques du pays i et εi est un terme d’erreur stochastique classique saisissant les variations de Gi qui ne sont pas expliquées par les variables précédentes.
Un résultat clé et discuté de Burnside et Dollar (1997a, 2000) est que l’impact de l’aide sur la croissance ne peut être observé qu’à travers son interaction avec les politiques adoptées par le pays receveur. Autrement dit, il a été trouvé que l’aide seule n’était pas efficace et que l’efficacité était dépendante des régimes de politique des pays receveurs [1]. Ceci était basé sur le fait que le A n’était pas significativement différent de zéro et que η était positif.
Un certain nombre d’études subséquentes sont parvenues aux mêmes conclusions sur l’aide que Burnside et Dollar (1997a, 2000). Emanant toutes de la Banque Mondiale, cet ensemble d’études se compose des articles suivants : Burnside et Dollar (2004), Collier et Dollar (2001, 2002), Collier et Dehn (2001) et Collier et Hoeffler (2002). Mais il y a bien plus d’observations que l’aide fonctionne quelle que soit la qualité du régime de politique (Amavilah, 1998, Durbarry et ai, 1998, Svensson, 1999, Hansen et Tarp, 2000, 2001, Lensink et Morrissey, 2000, Lensink et White, 2001, Dalgaard et Hansen, 2001, Guillaumont et Chauvet, 2001, Hudson et Mosley, 2001, Lloyd et al., 2001, Lu et Ram 2001, Chauvet et Guillaumont, 2002, Dalgaard et al, 2004, Gounder, 2001, 2002, Gomanee et al, 2002a, 2003, Ram, 2003, 2004, Economides et al., 2004, Feeny, 2004, Clemens et al, 2004, Heady et al, 2004, Outtara et Strobl, 2004, et Roodman, 2004). Quelques-unes de ces études testent explicitement pour l’existence d’un rôle de la politique, et trouvent que l’impact de l’aide n’est pas dépendant du régime de politique économique. [2]
Ceci a de profondes implications pour la formule d’allocation de l’IDA. Ainsi que le relève Kanbur, l’équation (2) implique que la relation mathématique entre les politiques et l’efficacité de l’aide est :
La grande majorité des résultats indiquent que le paramètre η prend la valeur zéro, ou une valeur qui n’est pas statistiquement différente de zéro. Cela pourrait constituer une indication que le premier ensemble d’études qui vient d’être mentionné est méthodologiquement supérieur au second, ou plus généralement que le second ensemble d’études a tort. Cette dernière hypothèse est peu probable, si l’on s’en tient strictement au nombre relatif. L’hypothèse précédente est également peu probable, étant donné qu’Easterly et al (2004), Jensen et Paldham (2003) et Roodman (2004) fournissent des indications qui mettent sérieusement en doute la robustesse des résultats de Burnside et Dollar (1997a, 2000). Roodman suggère également que les résultats de Collier et Dehn (2001) et Collier et Hoeffler (2002) ne sont pas robustes, et que les résultats de Hansen et Tarp (2001) sont les plus robustes d’un certain nombre d’études sur les relations entre aide et croissance.
 
3. Augmenter ou… ?
 
 
Quelles sont les implications de ces résultats pour l’allocation de l’aide ? Doit-on simplement ignorer le rôle des politiques, et allouer l’aide indépendamment des régimes de politique ? L’aide est-elle efficace dans tous les pays, que leurs politiques soient bonnes ou mauvaises ? Nous devrions en principe nous attendre à ce que les politiques comptent, d’une manière ou d’une autre, potentiellement ou autrement, et par conséquent une réponse raisonnable à ces questions est « non ». Reflétant probablement ceci, le fait est généralement admis parmi les chercheurs que de meilleures politiques, quelle que soit la manière dont on les définit, devraient en toute probabilité conduire à une aide plus efficace [3]. Ceci est basé sur un raisonnement théorique, des observations au niveau microéconomique et de terrain. Ce qui est clair, cependant, est que la grande majorité des études rejettent la relation spécifique telle qu’elle est décrite par l’équation (3) et, ceci étant dit, n’apportent aucun appui aux fondements mathématiques de la formule de l’IDA.
Ceci a, en retour, des implications pour la principale conclusion de Kanbur (2004), selon laquelle la formule de l’IDA doit être élargie par l’ajout de variables de résultat à un vecteur de variables de politiques, Xi. Il se pourrait que l’omission de telles variables soit la raison pour laquelle un lien clair n’a pas été établi entre les politiques et l’efficacité de l’aide. Cependant, il est possible de s’attendre de manière raisonnable à ce qu’il s’agisse plus que d’une histoire de variables omises. Le lien entre les politiques et l’efficacité de l’aide est bien plus complexe que ce qui est décrit à l’équation (2). Des effets de seuil, des non-linéarités, de l’endogénéité et de nombreux autres facteurs complexes sont susceptibles de jouer un rôle [4]. Ce qui apparaîtrait essentiel est une connaissance plus approfondie de ces facteurs. Plutôt que d’élargir la formule, ceci pourrait justifier des changements plus en profondeur des processus grâce auxquels l’aide est allouée entre les pays receveurs.
 
4. Conclusion
 
 
Kanbur (2004) fournit une justification claire et convaincante en faveur d’une révision de la formule d’allocation de l’IDA. Les révisions proposées sont modestes. De telles révisions sont déjà mieux que rien et ont plus de chances d’être mises en Å“uvre que de plus importantes. Ce commentaire défend cependant l’idée que ce qui est requis, plus que tout autre chose, est une meilleure connaissance de ce qui fait que l’aide fonctionne, et que les révisions de la formule d’allocation de l’aide devraient être considérées selon cette approche. Ceci pourrait justifier des changements plus radicaux de la formule de l’IDA que ceux décrits par Kanbur (2004).
 
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NOTES
 
[*]L’auteur est Chercheur Associé Senior et Directeur de Projet au World Institute for Development Economics Research (WIDER) de l’Université des Nations Unies à Helsinki, en Finlande. Il est également Associé HDCA au Global Equity Initiative à l’Université d’Harvard et un Associé Extérieur au Centre for Research in Economic Development and International Trade à l’Université de Nottingham. Les remarques peuvent être adressées à : Professor Mark McGillivray, World Institute for Development Economics Research, United Nations University, Katajanokanlaituri 6 B, 00106 Helsinki, Finland. E-mail : mark@wider.unu.edu.
[1]Une affirmation parallèle basée sur ces résultats était que l’aide ne marchait que dans les pays qui mettaient en Å“uvre de bonnes politiques (World Bank, 1998, Burnside et Dollar, 1997b). Il n’est pas évident que les résultats de Burnside et Dollar (1997a, 2000) conduisent à une telle conclusion. Une conclusion cohérente, semble-t-il, est que bien que l’aide fonctionne dans tous les pays, elle fonctionne mieux dans les pays dans lesquels les régimes de politique sont meilleurs.
[2]Indépendamment du fait de savoir si les politiques sont importantes pour l’efficacité de l’aide, nous insistons sur le fait que l’aide fonctionne, d’une manière ou d’une autre. Cette observation est maintenant largement partagée. À la connaissance de l’auteur, au moment où cet article est rédigé, 35 études empiriques sur la relation entre aide et croissance ont été effectuées depuis Burnside et Dollar (1997a). 34 de ces études fournissent des résultats empiriques originaux, obtenus soit à partir de nouvelles données ou de données mises à jour, soit, de données similaires mais en utilisant des méthodes différentes, soit les deux. La seule étude à ne fournir aucun nouveau résultat est celle de Collier et Dollar (2002) puisqu’elle reprend les résultats de Collier et Dollar (2001). En incluant Burnside et Dollar (1997a), 36 études ont donc été menées entre 1997 et 2004. 34 de ces études arrivent à la conclusion que l’aide fonctionne. Les deux articles qui ne parviennent pas à cette conclusion sont Easterly et al (2003) et Jensen et Paldham (2003). On peut toutefois noter que la première de ces deux études était plus ciblée sur la critique de l’analyse économétrique de Burnside et Dollar, que sur les effets de l’aide per se. Dans la même veine, l’étude de Roodman (2004) montre que les résultats obtenus par quelques études peuvent se révéler fragiles, et pour cette raison atténue les résultats qu’elle obtient. On peut en outre relever que Ouattara et Strobl (2004) trouvent que l’aide projet fonctionne mais que l’aide programme ne fonctionne pas. Ram (2004) conclut que bien que l’impact global de l’aide soit positif, l’aide multilatérale, au contraire de l’aide bilatérale, ne fonctionne pas. Toutes les études citées jusqu’ici se concentraient sur l’impact de l’aide sur la croissance du revenu national par habitant, les exceptions étant Lloyd et al. qui examinent la croissance de la consommation privée. Pour une discussion sur un certain nombre de sujets liés, se référer à McGillivray (2003a, 2003b), Collier et Dollar (2004) et Lensink et White (2000). Clemens et al (2004) citent un certain nombre d’études supplémentaires, toutes concluant que la croissance serait plus faible sans aide.
[3]Voir Tarp (2000), Benyon (2001, 2002), Gunning (2001), Morrissey (2001), McGillivray (2003a, b) et Collier et Dollar (2004).
[4]II existe également probablement toute une gamme de facteurs, relativement indépendants des politiques, qui ont un impact sur l’efficacité de l’aide.
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[3]
Voir Tarp (2000), Benyon (2001, 2002), Gunning (2001), Morr...
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II existe également probablement toute une gamme de facteur...
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