Revue d'économie du développement
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4723-1
174 pages

p. 17 à 54
doi: 10.3917/edd.194.54

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Vol. 19 2005/4

2005 Revue d’économie du développement

Un cycle de négociations commerciales pour le développement ?

Joseph E. Stiglitz Prix Nobel de Sciences Economiques,Professeur à l’Université de Columbia Andrew Charlton  [*] Maître de Conférences au Corpus Christi College de l’Université d’Oxford
L’orientation pour le développement du cycle de Doha a émergé d’un nouvel esprit de responsabilité vis-à-vis des défis auxquels font face les pays pauvres et des sentiments d’inéquités engendrés par les cycles de négociations commerciales antérieurs. Cette étude propose une nouvelle orientation pour le cycle de Doha, fondée sur des principes d’équité sociale et d’analyse économique. Elle analyse le programme des négociations commerciales du point de vue d’une série de principes et présente des priorités en faveur du développement qui devraient être au cœur du cycle de Doha afin d’assurer l’adhésion générale aux programmes de réformes commerciales et de libéralisation.
Classification JEL : F13, O10
The development focus of the Doha Round emerged from a renewed spirit of responsibility for the challenges faced by poor countries and the perceived inequities generated by previous rounds of trade negotiations. This study presents an alternative way forward for the Doha Round based on principles of social justice and economic analysis. It looks at the trade negotiation agenda from the perspective of first principles, presenting pro-development priorities that should form the core of the Doha Round agreements if there is to be widespread support for the continuing agenda for trade reform and liberalization.
L’échec de la conférence de Cancun implique notamment le besoin de reconsidérer la direction des négociations commerciales multilatérales. A Doha, les nations du monde s’étaient entendues sur un nouveau cycle de négociations devant permettre de redresser certains déséquilibres, l’impression générale étant que les cycles de négociations précédents avaient bénéficié aux nations les plus riches, aux dépens des plus pauvres. Il existait alors un certain nombre de plaintes, tant sur la façon dont les négociations s’étaient déroulées, [1] que sur les accords obtenus. [2] Pour un grand nombre de participants à Cancun, l’Europe et les États-Unis sont revenus sur leurs promesses faites à Doha, les cas les plus flagrants concernant l’agriculture. Ainsi, aux inquiétudes liées au manque de progrès dans la résolution de problèmes antérieurs, se sont ajoutées de nouvelles préoccupations concernant les exigences sur le point d’être imposées aux pays en développement. Certains progrès ont été réalisés dans la manière dont les négociations sont menées. Toutefois, l’incapacité à régler complètement ces questions a amené à s’interroger sur la capacité effective des pays en développement à rejeter un accord qui leur serait en fait défavorable. [3]
Il y eut des accusations mutuelles cherchant à attribuer la responsabilité de l’échec de Cancun, ainsi que des désaccords concernant ceux qui en souffriraient le plus. Rapidement, les États-Unis et l’Europe ont affirmé que les pays en développement étaient les principaux perdants (Zoellick 2003). Mais pour un grand nombre de pays en développement, pas d’accord valait mieux qu’un mauvais accord et le cycle de Doha se précipitait (si toutefois un accord commercial peut être décrit comme se « précipitant ») vers un accord qui, au lieu de redresser les déséquilibres du passé, les auraient aggravés. Les États-Unis menacèrent d’abandonner l’approche multilatérale, et d’adopter à la place une approche bilatérale. Ceci créa la distinction entre les pays « qui peuvent » et les autres, suggérant que seuls les pays « qui peuvent » bénéficieraient d’une série d’accords bilatéraux.
Cet article propose un certain recul vis-à-vis de ces conflits. Il s’interroge sur ce à quoi devrait ressembler un cycle de négociations commerciales ? A quoi ressemblerait un accord fondé sur des principes d’analyse économique et de justice sociale, et non sur des pouvoirs économiques et intérêts spéciaux ? L’analyse conclut que le programme de négociations serait nettement différent de ce qu’il a été depuis deux ans, et que la peur des pays en développement d’être désavantagés par le cycle de Doha (même dans le cas où les requêtes des pays en développement aient été satisfaites) était justifiée.
La section suivante aborde le besoin d’un cycle de développement. Elle examine certains éléments de l’expérience des pays en développement dans les négociations commerciales précédentes, et expose brièvement certains des gains potentiels liés à une libéralisation commerciale plus importante. La troisième partie passe rapidement en revue le cycle de Doha jusqu’ici, et mesure à quel point il a permis de répondre aux attentes des pays en développement.
Le reste de l’article propose ce qui est parfois appelé une « analyse en ciel bleu » : une analyse des problèmes en terrain vierge, non encombré par des considérations politiques et par les événements récents. La quatrième partie identifie les principes d’un cycle de négociations commerciales pour le développement. La cinquième partie examine les priorités de telles négociations dans le contexte international actuel. La dernière partie propose brièvement un certain nombre de réformes institutionnelles permettant un processus de négociations plus transparent et plus démocratique, afin que les résultats de telles négociations soient à la fois équitables et dans l’intérêt général du monde.
 
1. Le besoin d’un cycle pour le développement
 
 
A Doha, en Novembre 2001, les pays industriellement avancés répondirent aux événements de Seattle, et plus généralement aux demandes du public, pour une nouvelle approche des questions internationales. Le nouveau cycle de négociations fut alors sous-titré « cycle pour le développement ». Il était admis dans certains milieux que les cycles précédents avaient bien plus profité aux pays industrialisés qu’aux pays en développement. Le nouveau cycle devait alors permettre de réduire ces inégalités.
Réduire les inégalités du passé
En juin 1993, l’Uruguay Round était finalement clôturé. Une partie des motivations des membres à conclure les accords étaient fondées sur les promesses de gains de bien-être importants que de nombreux chercheurs avaient prédits. En 1992-93, la Banque mondiale, l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE), et divers autres institutions, projetaient que ces gains seraient de l’ordre de 200 milliards de dollars par an. [4] Pour les seuls pays en développement, les gains atteindraient 90 milliards de dollars, soit environ un tiers de l’ensemble des gains (OCDE 1993).
Ces estimations -en particulier celles pour les pays en développement-étaient excessivement optimistes. [5] Une des raisons pour lesquelles les prédictions ne se sont pas matérialisées est que les scénarios modélisés n’étaient pas reflétés par les événements. Un grand nombre de réformes à la source de gains importants de bien-être, n’ont pas été mises en place de la façon dont cela avait été prévu au commencement des négociations. L’accord multi-fibre était structuré pour offrir un support significatif à la libéralisation, la capacité des quotas équivalents tarifaires à libéraliser l’agriculture était surestimée, et les coûts liés à la mise en place de telles réformes furent presque totalement ignorés.
Le programme de l’Uruguay Round reflétait, en grande partie, les priorités des pays industrialisés. Par exemple, les gains liés à l’accès aux marchés furent concentrés dans des domaines particulièrement intéressants pour les pays développés, spécialement dans l’agriculture et les textiles. Les résultats de ces asymétries régressives furent qu’après la mise en place des engagements pris lors de l’Uruguay Round, les tarifs moyens exercés par les pays de l’OCDE sur les importations provenant de pays en développement étaient quatre fois plus élevés que les tarifs sur les importations provenant d’autres pays de l’OCDE (Laird 2002). Les protections nationales (en particulier les subventions agricoles) étaient également nettement plus importantes dans les pays développés, totalisant plus de 300 milliards de dollars en 2002. L’impact de ce type de protection est particulièrement régressif, les producteurs des pays les plus pauvres étant les plus touchés par les politiques des pays de l’OCDE. Aujourd’hui, 4 % seulement de toutes les exportations des pays développés font l’objet de subventions par d’autres pays membres de l’OMC, tandis que 6, 4 % des exportations des pays émergents font l’objet de telles subventions. En comparaison, une part bien plus importante (29, 4 %) des exportations des pays les plus pauvres (sans inclure la Chine et l’Inde) sont subventionnées par d’autres pays membres de l’OMC. [6]
Bien que ne recevant qu’une petite part des gains liés à l’Uruguay Round, les pays en développement acceptèrent néanmoins un large éventail d’obligations et de responsabilités. De nouvelles règles de commerce et de discipline nationale furent introduites, reflétant plus les priorités et les besoins des pays développés que celles des pays en développement (par exemple, les subventions étaient autorisées pour les produits agricoles mais par pour les produits industriels). Ces règles contraignirent les options des pays en développement, les empêchant dans certains cas d’utiliser des instruments de politique économique ayant été utilisés par les pays développés lorsqu’ils étaient à des niveaux de développement comparables. Beaucoup des nouvelles obligations imposèrent des charges importantes aux pays en développement. En retour, les pays les moins avancés reçurent des promesses d’assistance financière pour faire face à ces obligations, et des clauses d’accès préférentiels aux marchés du Nord. Cependant, ces promesses n’étaient pas obligatoires, laissant les pays en développement dépendants de la bonne volonté des nations développées. Comme le notent justement Finger et Schuler (2000, p. 514), « les pays en développement prirent des engagements obligatoires de mise en place des accords en échange d’engagements non-obligatoires d’assistance ». Les négociateurs ne prirent pas la mesure des efforts très importants demandés aux pays en développement pour appliquer les accords de l’Uruguay Round, en particulier dans les domaines concernant la propriété intellectuelle, les barrières techniques au commerce et la sécurité alimentaire. En raison de ces coûts, un grand nombre de pays en développement ne furent pas en mesure de remplir leurs engagements pris lors de l’Uruguay Round. [7]
Travail non fini
Les accords de 1994 sur l’Agriculture définirent un cadre dans lequel les protections agricoles pouvaient être négociées au sein de l’OMC, mais ne donnèrent pas lieu à des bénéfices significatifs pour les pays en développement. Martin et Winters (1995) notent que ces accords permirent beaucoup en termes de définition de règles pour le commerce de l’agriculture, mais eurent un impact restreint sur l’ouverture immédiate des marchés. En effet, le niveau de protection agricole des pays de l’OCDE ne fut pas significativement réduit. En 1986-88, les transferts étaient équivalents à 51 % de l’ensemble de la production agricole des pays de l’OCDE ; 14 années plus tard, après la mise en place des engagements pris lors de l’Uruguay Round, ces transferts représentaient 48 % de la production agricole (320 milliards de dollars) (OCDE 2003). Les mesures de distorsions commerciales mises en place par les pays industrialisés ont des effets importants sur les exportations agricoles des pays en développement. En supprimant les prix internationaux, ces mesures affectent directement les revenus agricoles. [8] Par ailleurs, il peut exister des effets dynamiques lorsque les investissements sont découragés dans les pays dont le commerce est affecté par les politiques des pays de l’OCDE. [9]
Les biens non-agricoles peuvent également être libéralisés plus avant. La forte libéralisation des tarifs sur les produits manufacturés dans les pays développés, pendant les deux dernières décennies, tend à suggérer que les gains à espérer de nouvelles négociations sur les produits industriels sont limités. Cependant, si cela est vrai dans une certaine mesure pour les pays développés, ce n’est certainement pas le cas pour les pays en développement. Si les tarifs moyens dans les pays développés sont bas, ces derniers maintiennent d’importantes barrières aux importations sur beaucoup des biens exportés en majeure partie par les pays en développement. Les pays en développement subissent des tarifs moyens (pondérés par les volumes d’importation) de 3, 4 % sur leurs exportations de produits manufacturés vers les pays développés –plus de quatre fois les 0, 8 % de tarif moyen qu’ils imposent sur les produits importés des pays développés (Hertel et Martin 2000). Les données agrégées masquent les extrêmes. Aux États-Unis après l’Uruguay Round, plus de la moitié des importations de textiles et vêtements étaient soumises à des tarifs douaniers compris entre 15 et 35 % ; au Japon, 22 % des importations de textiles font face à des tarifs de 10-15 % (CNUCED 1996). Les tarifs douaniers sur la nourriture entièrement conditionnée atteignent 65 % au Japon, 42 % au Canada, et 24 % dans l’Union Européenne. En comparaison, les tarifs douaniers sur les produits les moins conditionnés sont seulement de 3 % au Canada, 15 % dans l’Union Européenne, et 35 % au Japon (Banque mondiale 2002). De tels tarifs douaniers sont manifestement injustes et ont des effets particulièrement pernicieux sur le développement, contraignant la diversification industrielle dans les pays les plus pauvres.
Après l’Uruguay Round, il existait une opinion répandue selon laquelle les accords TRIPS avaient besoin d’être renégociés, en particulier dans leurs implications sur la santé publique. [10] Un grand nombre de pays en développement ressentaient que la première version des accords TRIPS permettait une protection des droits de propriété intellectuelle adaptée pour les pays développés mais négligeait des facteurs importants pour les pays en développement.
Nouveaux domaines importants
Les services représentent une part de plus en plus importante du PIB des pays développés et en développement. [11] En raison du haut degré de protection dans le secteur des services et du fait que les services contribuent à une part importante (et croissante) du commerce mondial, la libéralisation des services pourrait générer des gains de bien-être bien plus importants que la libéralisation de l’agriculture ou des produits industriels. [12] Par ailleurs, les services sont désormais des intrants importants dans la production de pratiquement tous les biens. [13]
Les accords de l’Uruguay Round se sont concentrés sur la libéralisation de services essentiellement importants pour les entreprises des pays de l’OCDE, tels que les services financiers. En revanche, une attention bien plus faible fut donnée aux services intensifs en travail peu qualifié, pour lesquels les pays en développement disposent d’avantages comparatifs. [14] Malgré l’existence de barrières tarifaires importantes dans beaucoup de leurs industries les plus prometteuses, telles que la construction, la marine marchande, et les services de santé (OCDE 2002), ces pays ont augmenté leurs exportations de services de plus de 400 % depuis 1990. Dans ces secteurs d’activité, les pays en développement ont un intérêt légitime et substantiel pour un nouveau cycle de libéralisation. Jusqu’ici, ces services intensifs en travail n’ont pas été prioritaires dans le cycle de Doha.
Les règles et les définitions gouvernant les droits de propriété intellectuelle nécessitent d’être améliorées. Dans ce domaine, les règles internationales peuvent avoir des effets extrêmement importants en termes de santé publique et des conséquences distributives majeures au niveau mondial. Elles constituent également un élément crucial des politiques d’innovation et des efforts pour réduire la « fracture des connaissances » entre le Nord et le Sud. En outre, l’OMC a pour responsabilité de protéger les savoirs indigènes. Alors qu’il n’existe que quelques cas majeurs de bio-piraterie, l’impact global d’une plus grande brevetisation reste incertain. Les lois régissant les brevets doivent être changées de sorte que la charge de la preuve soit renversée : que ce soit aux entreprises de prouver que les brevets qu’elles cherchent à déposer ne sont pas fondés sur des savoirs traditionnels. [15]
 
2. L’impact de Doha sur le développement
 
 
Malgré les marques de bonne volonté à Doha, les progrès du cycle pour le développement ont été lents et marqués par les désaccords sur la prise en compte des préoccupations et des intérêts des pays en développement. [16] Pendant les années 2002 et 2003, il est devenu clair pour de nombreux pays en développement, que le cycle de Doha allait dans la mauvaise direction sur un grand nombre de questions centrales. Pour ces pays, le nouveau cycle de négociations offrait peu de bénéfices immédiats mais impliquait un grand nombre de nouvelles obligations. En conséquence, les pays en développement abandonnèrent la conférence ministérielle de Cancun en septembre 2003.
Jusqu’à ce moment, Doha n’avait amené que peu de progrès sur un grand nombre de questions fondamentales. Une des déceptions principales concernait la réforme de l’agriculture, qu’un grand nombre de pays en développement [17] et d’organisations non-gouvernementales [18] considéraient comme l’objectif principal de la négociation. La date butoir de mars 2003, pour un accord sur les modalités agricoles, fut manquée. Quand les États-Unis et l’Europe présentèrent finalement en août, une proposition commune sur les modalités agricoles, un grand nombre de pays en développement la critiquèrent sur le fond et la forme, lui reprochant d’ignorer leurs intérêts. [19] Sur les questions fondamentales d’accès au marché, de subventions nationales (intérieures) et de subventions à l’exportation, le texte fut ressenti comme ne correspondant pas à l’objectif global du cycle de Doha. [20]
Au même moment, les initiatives agricoles au sein des pays de l’OCDE paraissaient remettre en cause les efforts multilatéraux. Le Farm Bill américain de 2002 permit d’augmenter le soutien aux fermiers américains et de renforcer les liens entre les subventions et les décisions de production. [21]
En 2003, la réforme de Luxembourg de la Politique Agricole Commune de la Communauté Européenne fut également décevante. La réforme déplaça certaines subventions de la « boîte bleue » (limitation de la production) vers la « boîte verte » (supposée provoquer moins de distorsions). Cependant, le niveau des aides aux producteurs reste virtuellement constant, puisqu’il est prévu qu’elles tombent de 57 à 56 % (OCDE 2004). Par ailleurs, la réforme n’a eu qu’un impact limité sur les subventions aux exportations et les barrières aux importations.
Ces deux initiatives furent très décevantes et révélèrent la volonté limitée des européens et des américains vis-à-vis de la réforme de l’agriculture. Chacune eut des effets dépressifs sur les négociations multilatérales pour la réforme de l’agriculture.
Après les négociations de l’Uruguay Round, il était clairement établi que l’agriculture ferait l’objet de plus de libéralisation. Il existe aujourd’hui une croyance forte que les États-Unis ont failli à ces engagements. Qu’il soit ou non établi que les très fortes augmentations dans les subventions agricoles constituent une violation explicite des engagements antérieurs, elles violent dans tous les cas l’esprit des accords (ou du moins ce que les pays en développement percevaient comme étant l’esprit des accords). Un cycle de négociation pour le développement doit être vu dans le contexte des accords déséquilibrés qui l’ont précédé.
En plus de leur déception concernant l’agriculture, les pays en développement sont aujourd’hui sceptiques quant aux effets de l’inclusion de nouveaux articles sur le programme des négociations. Un grand nombre de pays en développement s’opposent à l’inclusion des « sujets de Singapour ». [22] En juin 2003, 77 pays en développement, représentant plus de la moitié des membres de l’OMC, demandèrent publiquement que les sujets de Singapour soient retirés du programme des négociations de Doha (CAFOD 2003). Puisque ces sujets ne constituaient pas des priorités pour les pays en développement, leur position de plus en plus centrale dans le programme des négociations était perçu comme un aspect incongru du cycle pour le « développement ».
Pour certains pays en développement, ces sujets constituaient une atteinte à leur souveraineté nationale non justifiée par les bénéfices qu’ils pourraient amener. La discipline de régulation multilatérale menaçait de répéter les pires aspects de l’Uruguay Round en restreignant les options des gouvernements pour suivre des politiques de développement fondées sur leurs propres priorités et problèmes nationaux.
Par ailleurs, il existait des craintes que les initiatives fondées sur les sujets de Singapour n’imposent des charges supplémentaires importantes sur les capacités administratives des pays en développement. En effet, la création et la mise en vigueur de nouveaux régimes en matière de politique de concurrence, de régulation d’investissement, de commerce et de douane, sont associées à des coûts significatifs. [23] Un grand nombre de pays en développement ont été incapables de respecter leurs obligations dans le cadre des accords de l’Uruguay Round, en raison de ces coûts trop importants.
Les réalisations n’ont pas non plus été à la hauteur des attentes dans le domaine des préférences commerciales non réciproques. Des initiatives récentes dans les pays de l’OCDE, en particulier les initiatives européenne « Tout Sauf les Armes » et américaine « African Growth and Opportunity Act » (AGOA), favorisent les pays les moins avancés. L’Union Européenne a annoncé que cette initiative devrait « augmenter significativement les opportunités d’exportation et donc les revenus potentiels et la croissance » pour ces pays (CE 2002). Cependant, les analyses des accords préférentiels sur les exportations des pays les moins avancés montrent un impact relativement limité. Pour Brenton (2003), le commerce des biens et services faisant l’objet d’accords préférentiels pour la première fois sous l’initiative « Tout Sauf les Armes » totalise 0.02 % de la totalité des exportations des pays les moins avancés vers l’Union Européenne en 2001. [24]
En général, les pays les moins avancés réalisent peu des bénéfices promis par les accords préférentiels –comme le montre le faible niveau d’utilisation de ces accords. Près de la moitié des exportations des pays non-ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) vers la communauté Européenne n’ont pas reçu d’accord préférentiel et ont payé le tarif douanier de la nation la plus favorisée (Brenton 2003). Au total, mis à part les exportations africaines vers les États-Unis sous l’AGOA, l’impact de ces initiatives n’a pas, jusqu’ici, été significatif (Banque mondiale 2003).
Pour résumer, le programme des négociations pour le cycle du développement a évolué de manière décevante pour les pays en développement. Il n’a pas satisfait leurs attentes concernant l’agriculture et les questions liées aux barrières tarifaires. Il n’a pas inscrit d’actions en faveur des secteurs de services des pays en développement parmi les priorités du programme, et il n’a rien fait pour simplifier les procédures de base.
De plus, les nouvelles questions proposées dans le programme ont potentiellement détérioré la situation des pays en développement. Les États-Unis voulaient que la libéralisation des marchés de capitaux fassent partie de l’accord sur l’investissement, malgré le grand nombre de preuves que la libéralisation de ces marchés ne favorise pas la croissance et augmente l’instabilité. Au lieu de créer un réel environnement concurrentiel – empêchant le recours à des dumpings douaniers comme des outils protectionnistes – il y eut la peur que les nouveaux articles au programme des négociations restreignent la capacité des nations de poursuivre leurs propres politiques de développement.
Il existe au Sud une tendance à croire que les actions menées par les pays du Nord sont coordonnées, conduites par leurs propres intérêts économiques. Bien que les pays en développement surestiment le degré de coordination existant au Nord, les impacts sont souvent proches de ce qu’ils auraient été si les actions avaient effectivement été parfaitement coordonnées. Les forts taux d’intérêt, les politiques fiscales, et les politiques de libéralisation commerciale demandées par le Fonds Monétaire International (FMI) exacerbent, dans les pays en développement, les effets des mesures de libéralisation commerciale auxquelles ils adhèrent au sein de l’OMC. Les deux ensembles de politique économique ne peuvent être vus isolément.
 
3. Principes d’un cycle pour le développement
 
 
A quoi devrait ressembler un programme de négociations pour le développement ? Il paraît évident que n’importe quel accord devrait être évalué en fonction de son impact sur le développement (dans le sens où des articles ayant des effets négatifs sur le développement ne devraient pas y être inclus). Un tel accord devrait être équitable, obtenu de manière équitable et limité dans son étendue. Bien qu’en général ces principes soient largement acceptés, il peut exister des différences d’interprétation importantes tant sur le sens des termes que sur la façon de résoudre les éventuels conflits entre les principes.
Evaluation de l’impact
Tout accord devrait être préparé soigneusement de manière à promouvoir, et non gêner, le développement. De manière surprenante, il existe relativement peu d’analyses économiques précises des conséquences des divers accords commerciaux sur les pays participants. Par ailleurs, là où de telles analyses ont été conduites, elles n’ont pas été incluses au cœur du débat et leur influence sur les programmes de négociations est restée limitée. L’absence de telles analyses amène à s’interroger sur ce qui détermine les priorités dans le programme de l’OMC, autre qu’un mélange d’orthodoxies dominantes et de forces relatives de groupes d’intérêt spéciaux.
Le secrétariat de l’OMC devrait être responsable de la mise en place d’analyses en équilibre général, similaires à celles produites lorsque de nouvelles taxes sont mises en place, permettant d’évaluer les effets de différentes propositions sur différents pays. Rendues publiques, de telles analyses devraient bénéficier aux pays en développement et aux associations de consommateurs, la plupart desquelles souffrent d’un désavantage en termes d’information par rapport aux pays développés et aux lobbies de producteurs.
L’interprétation d’analyses en équilibre général doit reconnaître que les modèles sont sensibles à leurs hypothèses sous-jacentes. Une grande partie des analyses d’impact sont fondées sur un modèle particulier de l’économie -le modèle néo-classique- qui suppose le plein emploi des ressources, la concurrence parfaite, l’information parfaite et des marchés fonctionnant bien. La validité de ces hypothèses pose question dans n’importe quel pays, et particulièrement dans les pays en développement. Sous l’hypothèse de plein emploi, les modèles d’équilibre général prédisent souvent des gains importants liés à la libéralisation, car elle permet de rediriger les travailleurs de secteurs protégés à faible productivité vers des secteurs plus productifs, au moment où l’économie se spécialise dans les domaines où elle bénéficie d’un avantage comparatif. Cependant, s’il existe du sous-emploi, la libéralisation commerciale peut simplement déplacer des travailleurs de secteurs protégés à faible productivité vers le chômage. Ceci réduit alors le revenu national et augmente le niveau de pauvreté.
Une analyse complète de l’impact des accords commerciaux doit également prendre en compte les coûts d’ajustement. La plupart des outils utilisés pour analyser les effets d’équilibre général de la libéralisation commerciale sont des modèles statiques. Ils décrivent le passage d’un « état stationnaire » à un autre, mais n’incorporent pas les coûts liés à cette transition ou les conséquences pour les économies qui sont initialement en dehors d’un état stationnaire. Même dans le cas où la libéralisation commerciale n’aurait aucun impact sur le niveau d’emploi d’équilibre, l’ajustement peut être long, et les coûts de cet ajustement –revenu perdu et pauvreté- peuvent être considérables. Le fait que les coûts de mise en place et de transition soient plus élevés dans les pays en développement, où par ailleurs les taux de chômage sont plus élevés, les matelas sociaux plus faibles et les marchés du risque moins développés, sont autant d’éléments qui doivent être pris en compte lors des analyses d’impact.
Il est important que les analyses d’impact prennent également en compte les distorsions pré-existantes. Par exemple, les politiques fiscales (souvent préconisées par les institutions internationales) qui taxent plus le secteur formel que le secteur informel génèrent des distorsions de la production en faveur du secteur informel. Dans un tel contexte, des accords commerciaux qui réduisent les prix internationaux des biens agricoles, typiquement produits par le secteur informel, ont un effet négatif plus important que si les politiques fiscales étaient plus neutres.
Un résultat équitable
Les cycles de négociations commerciales multilatérales antérieurs ne contenaient aucun principe explicite d’équité. Pour certains, un tel principe n’était pas nécessaire dans la mesure où les accords étaient obtenus via des processus de négociation menés par des États recherchant leur propre bien-être. Lors de l’Uruguay Round, le système de vote consensuel combiné à « l’accord unique » permit de s’assurer que tous les accords satisfaisaient chaque nation. Mais ceci n’aurait été vrai que si tous les pays disposaient d’informations parfaites et si les grands pays n’essayaient pas d’influencer la négociation par des conditionnalités sur des questions externes.
Un processus d’intérêt propre est manifestement incapable d’amener aux résultats progressifs envisagés lors du lancement d’un cycle pour le développement. Au contraire, tous les accords devraient être sujets à une « contrainte d’équité » acceptée par tous. Dans un cycle pour le développement, il devrait être établi que tout accord doit être « progressif », dans le sens où la plus grande partie des bénéfices devrait être perçue par les pays en développement. Ainsi, tout accord qui pénaliserait plus les pays en développement ou qui bénéficierait plus aux pays développés, mesuré par les gains nets en pourcentage du PIB, devrait être considéré comme inéquitable.
Il existe un grand nombre de difficultés pour interpréter cette exigence. L’une est qu’un grand nombre des coûts, par exemple pour les subventions agricoles, sont supportés par les pays développés. Non seulement ces subventions représentent des coûts budgétaires immenses, mais elles créent également des distorsions dans la production et génèrent alors des pertes non recouvrables. Si les pays développés devaient arrêter leurs subventions, ils en seraient (au total) parmi les principaux bénéficiaires. Ainsi, un raffinement du concept de résultat équitable serait de considérer les bénéfices nets d’effets d’efficience nationale. Sur des marchés concurrentiels, cela serait reflété par les effets de termes de l’échange dont bénéficieraient les producteurs ou qui seraient payés par les consommateurs ; sur des marchés non concurrentiels (ou des marchés où existent des quotas) ce serait la valeur de l’accès garanti.
L’autre aspect de « l’équité » concerne les conditions initiales. Aujourd’hui, les tarifs sont plus élevés dans les pays en développement que dans les pays développés. [25] Dans ce contexte, les États-Unis pourraient plaider qu’il est équitable que les pays en développement abaissent leurs barrières tarifaires proportionnellement. Cependant, ceci impliquerait de plus grande réduction tarifaire –et donc des coûts plus importants- par les pays en développement. Tout aussi importantes sont les questions relatives aux inéquités historiques. La relative faiblesse d’un pays peut être due à son héritage colonial, ou de manière plus pertinente à des accords commerciaux antérieurs inéquitables (tels ceux résultant de la Guerre de l’Opium dans la Chine du XIXe siècle). Dans quelle mesure les principes actuels de justice et d’équité devraient-ils impliquer que les accords reflètent ces inéquités passées ? Les négociateurs commerciaux du Nord voudront prétendre que de telles inéquités n’ont jamais eu lieu. Ceux du Sud plaideront que l’on ne peut séparer les événements d’aujourd’hui de leur contexte historique.
La nature des accords commerciaux est bien sûr que tous les articles de l’accord ne sont pas « équitables ». Certains ont pour vocation de donner plus à l’une des parties, d’autres donnent plus à une autre. C’est l’accord dans son ensemble qui doit être perçu comme équitable. Cependant, tout accord commercial est à la fois tourné vers l’avenir et vers le passé ; il existe des compréhensions implicites et explicites des effets des accords passés et de la direction des accords futurs.
Les politiques fiscales qui génèrent des distorsions de la production vers le secteur informel augmentent les effets négatifs des subventions agricoles des pays du Nord sur les pays du Sud. Lorsque l’on parle d’inéquités des régimes commerciaux, doit-on les évaluer sur la base de situations caractérisées par des distorsions imposées ou encouragées par les pays du Nord, ou sur la base de situations où des politiques fiscales plus neutres existeraient ? Doit-on considérer les deux actions ensemble, en évaluant les effets conjoints des deux politiques, ou doit-on seulement évaluer le caractère plus ou moins équitable de l’accord commercial ?
Avec des visions si disparates de l’équité, il n’est pas surprenant qu’une proposition soit perçue par le Sud comme grossièrement inéquitable tandis qu’elle ne provoque pas de cas de conscience aux négociateurs du Nord. Certains concluront alors que l’on devrait simplement abandonner le critère d’équité des desiderata d’un cycle pour le développement. Ce serait une erreur. Dans une démocratie, tout accord commercial doit être entériné librement, et les citoyens du pays doivent être persuadés que l’accord est équitable dans sa globalité. De plus, il existe plusieurs cadres conceptuels philosophiques largement acceptés -en particulier celui de Rawls- offrant des indications permettant de réfléchir au caractère plus ou moins équitable d’un accord. [26]
De manière alternative, on pourrait imaginer un système différent se fondant sur une fonction de bien-être social égalitaire. Une des conditions minimales d’un système équitable est qu’il améliore le bien-être dans une telle fonction et que la redistribution du bien-être après une réforme ne soit pas déterminée de manière stochastique par la distribution antérieure à la réforme (Dasgupta, Sen, et Starret 1973 ; Rothschild et Stiglitz 1973).
Equité procédurale
L’équité procédurale devient un complément important de l’équité discutée dans la partie précédente lorsqu’il existe des ambiguïtés sur ce que l’on considère comme un « résultat équitable ». L’équité procédurale s’intéresse à l’ouverture et à la transparence du processus de négociation et à la manière dont les discussions sont conduites. Il existe une importante littérature décrivant à quel point la maîtrise du programme des négociations peut avoir de très grands effets sur le résultat. Avoir une voix lors de la mise en place du programme est donc essentiel. Un résultat équitable a peu de chance d’émerger d’un processus inéquitable. Etant donné que le processus des négociations influence leurs résultats, l’OMC doit assurer des règles claires qui assurent la participation des joueurs les plus faibles. Les programmes de négociations commerciales antérieures étaient déséquilibrés. Les questions les plus importantes pour les pays développés étaient au cœur des discussions : les questions relatives au commerce de services intensifs en travail non qualifié n’ont pas été abordées tandis que celles relatives à la libéralisation des services intensifs en main-d’œuvre qualifiée figuraient au programme.
La transparence est essentielle car elle permet à plus de voix d’être entendues lors du processus de négociation et elle limite les abus des plus puissants. Ceci est particulièrement important pour les pays en développement, en raison de la petite taille de leurs équipes de négociation. Un point particulièrement important concerne le manque de transparence des négociations de la « green room », dans lesquelles seulement quelques pays choisis parmi les pays en développement sont amenés à négocier avec l’Europe et les États-Unis. Le processus de la « green room » limite les contrôles extérieurs et met les pays en développement dans des situations désavantageuses étant donné la complexité des négociations et les équipes limitées de ces pays. [27] L’équité procédurale doit agir sur les asymétries de pouvoir et d’information entre les membres de l’OMC. S’il est difficile de réduire les asymétries de pouvoir, les asymétries d’informations peuvent elles être limitées via une plus grande transparence et la mise à disposition d’informations (d’analyse d’impact notamment).
Le système de résolution des conflits de l’OMC manque d’équité procédurale à de nombreux égards. Dans les querelles commerciales, le système favorise jure et facto les pays développés. Les coûts, pour un pays en développement, d’attaquer la revendication de propriété intellectuelle par une entreprise du Nord, lorsque le cas implique du piratage biologique, sont en général très importants. Par exemple, si les deux parties de la querelle ont un accès similaire aux ressources légales, le pays en développement sera désavantagé dans un processus impliquant des procédures légales compliquées et coûteuses.
Le système de résolution des conflits de l’OMC favorise donc les pays riches ayant les ressources pour utiliser le système dans leur intérêt. La Communauté Européenne, le Japon, et les États-Unis ont été les plaignants dans près de la moitié (143 sur 305) des querelles bilatérales traitées entre 1995 et 2002 par le système de résolution des conflits de l’OMC. En contraste, les 49 membres classés par l’ONU comme les pays les moins avancés n’ont pas porté une seule plainte durant cette période (Horn et Mavroidis 2003).
Même dans l’éventualité où un pays en développement gagnerait contre les États-Unis ou l’Europe dans un tribunal de l’OMC, le système d’exécution asymétrique et par conséquent inéquitable pourrait rendre l’application du jugement difficile. La sanction envers un pays ayant violé un accord de l’OMC est l’imposition de tarifs douaniers. Si, par exemple, l’Equateur devait imposer un tarif douanier sur des biens importés des États-Unis, ceci aurait des effets négligeables sur les producteurs américains. En revanche, si les États-Unis devaient imposer des tarifs douaniers sur des biens produits par l’Equateur, les impacts économiques seraient probablement dévastateurs. Dans la pratique, le système de l’OMC n’offre pas de moyen efficace pour sanctionner une action commerciale inéquitable dont les conséquences seraient subies par un petit pays en développement. [28]
Domaine d’interventions limité
Définir le domaine d’interventions approprié pour l’OMC est une tâche difficile. Il existe une tendance à vouloir inscrire dans les compétences de l’OMC, l’ensemble des problèmes internationaux, des droits de propriété intellectuelle à la protection des investisseurs étrangers. Pour la communauté internationale, amener des problèmes internationaux auparavant non résolus dans le giron des négociations commerciales, offre un forum de négociation pratique ainsi que des mécanismes de sanction en cas de non-respect des accords. Si le seul critère d’inclusion au programme des négociations est qu’une politique affecte les flux commerciaux, alors la limite des compétences de l’OMC est très difficile à définir, dans la mesure où presque tous les problèmes internationaux peuvent être liés d’une manière ou d’une autre à des flux commerciaux. A cet égard, les responsables politiques ont délibérément utilisé le terme « activités liées au commerce » afin d’élargir le mandat de l’OMC.
La croissance du champ des compétences de l’OMC a un prix. Premièrement, les pays en développement n’ont pas la capacité d’analyser et de négocier un grand nombre de problèmes. Deuxièmement, l’expérience des sujets de Singapour suggère qu’un programme trop vaste contraint les négociations. Troisièmement, une telle expansion permet aux pays développés d’utiliser leur plus grand pouvoir de négociation pour exploiter les pays en développement sur de plus nombreuses questions. Par exemple, lorsque le programme des négociations fut élargi aux politiques de concurrence, les questions les plus pertinentes pour les entreprises des pays développés implantées à l’étranger devinrent le point central des négociations. Au même moment, les questions cruciales du point de vue des pays en développement, telles les lois anti-prédation et la mise en place de mesures anti-monopole au niveau mondial, reçurent une attention limitée. De la même manière, les industries pharmaceutiques des pays du Nord sont à l’origine de l’attention particulièrement importante portée aux négociations sur les droits de propriété intellectuelle. De manière presque inévitable, la résolution de ces questions reflétera les asymétries de pouvoir.
Pour ces raisons, un « principe conservateur » doit être introduit pour guider l’expansion des mandats de l’OMC au-delà des réformes d’accès au marché. De nouvelles questions ne devraient être incluses au programme des négociations que si elles obtiennent une note suffisamment élevée au regard de trois critères qu’il paraît raisonnable d’imposer à un cycle de négociations commerciales pour le développement : l’importance de la question en matière de flux commerciaux, son potentiel en termes de développement, et le besoin d’action collective pour la traiter.
Ce besoin d’action collective reflète une présomption générale en faveur de la souveraineté nationale. Il n’y a pas de raison d’imposer à des nations de prendre certaines résolutions, à moins que leurs actions n’aient des conséquences sur le commerce des autres qui ne peuvent être résolues que par une action collective. Dans certains domaines, un accord commercial est absolument essentiel. Ceux-ci incluent une règle de droit international (ou un ensemble de procédures) pour gérer les conflits commerciaux, ainsi que des accords pour empêcher les politiques de dévaluation compétitive et autres mécanismes de protection. Dans d’autres domaines, des accords commerciaux internationaux seraient utiles pour réguler les externalités transfrontalières ou les biens publics globaux. [29] Mais les accords commerciaux récents ont été étendus à des domaines qui empiètent sur la souveraineté nationale, sans qu’il y ait pour cela de justifications fondées sur le besoin d’action collective et sans qu’il existe des bénéfices clairement identifiés à de telles mesures et dont la distribution serait équitable. [30] La présomption de souveraineté du consommateur est fondée sur l’idée que les sociétés ne devraient interférer avec les choix individuels que lorsque ces choix ont des conséquences sur les autres individus, quand il existe un besoin d’action collective. La même chose est vraie en matière de commerce.
 
4. Dix priorités d’un cycle pour le développement
 
 
Jusqu’ici, une grande partie de la discussion s’est concentrée sur l’agriculture, mais un réel cycle pour le développement demande bien plus. La priorité doit être de favoriser l’accès aux marchés pour les biens produits par les pays en développement. Il existe un besoin urgent de réduire le protectionnisme sur les produits manufacturés intensifs en travail (tels les textiles et les produits alimentaires transformés) et sur les services intensifs en main-d’œuvre non qualifiée (comme les services maritimes et la construction). Faciliter la mobilité du travail doit également faire partie des priorités, en particulier en ce qui concerne l’immigration temporaire du travail non qualifié. En outre, le nouveau cycle de négociation doit permettre de limiter l’évolution des barrières non-tarifaires qui se sont mises en place suite aux réductions des tarifs douaniers.
Libéraliser les flux de travail et les services intensifs en travail
L’Accord Général sur le Commerce des Services (GATS) reconnaît quatre types de flux de services. Le mouvement temporaire des personnes naturelles (mode 4) a reçu de loin le moins d’attention en termes du volume des concessions prévues. Pourtant, les différences de rémunération qui existent entre les pays suggèrent que le mouvement des facteurs permettrait un gain de productivité global. Si la rémunération des facteurs est égale à leur productivité marginale, les écarts les plus importants se trouvent dans la rémunération du travail non qualifié, et les plus faibles dans celle du capital. [31] En conséquence, des accords permettant la mobilité du travail non qualifié devraient permettre d’augmenter significativement l’efficacité globale.
De tels accords devraient également permettre d’augmenter significativement les niveaux de vie dans les pays en développement –par les transferts qu’ils généreraient, par l’accumulation de capital qui serait rapatrié lorsque le migrant retourne vers son pays d’origine, et par les effets d’équilibre général sur la dotation relative de facteur dans les pays en développement. [32] Il est estimé que le mouvement temporaire de travailleurs peu qualifiés en provenance des pays en développement (où il existe une offre excessive) vers les pays développés (où il existe une pénurie), devrait augmenter le bien-être mondial par centaines de milliards de dollars, même dans le cas où le flux effectif de migrants serait modeste. [33] Walmsley et Winters (2002) estiment qu’un flux de travailleurs vers les pays développés équivalant à 3 % de leur population active générerait un gain global de bien-être de 156 milliards de dollars. [34] Pour ces raisons, un cycle de négociations pour le développement devrait faciliter les migrations de travailleurs non qualifiés, ainsi que le commerce des biens et services intensifs en travail non qualifié.
Malgré les immenses bénéfices potentiels de cette réforme, les faibles progrès enregistrés l’ont généralement été dans les mouvements intra-firmes de travailleurs qualifiés –une question importante du point de vue des pays développés. Mode 4 n’a pas évolué dans un sens permettant aux pays en développement d’exploiter leur avantage comparatif dans les services intensifs en travail peu ou moyennement qualifié. On note également que peu d’efforts ont été fournis à la mise en place de nouvelles propositions pour faciliter les transferts financiers des migrants. Les gouvernements ont un rôle à jouer pour maximiser à la fois le montant et l’impact de ces transferts sur le développement. Par exemple, les gouvernements pourraient mettre à la disposition des migrants des services de transferts financiers sécurisés et sûrs, régulant les intermédiaires afin d’éviter les fraudes. Le développement de nouveaux instruments financiers tels que les prêts assurés sur les transferts et la souplesse des transferts via des mécanismes de déduction de salaire par l’employeur, pourraient également augmenter la facilité avec laquelle l’argent est transféré vers les pays en développement.
Les industries de services importantes pour les pays en développement doivent également être libéralisées. En moyenne, les services représentent 50 % du PIB des pays en développement, mais les exportations de services en provenance de ces pays ne représentent que 25 % de l’ensemble des exportations de services. Bien qu’il y eut, au cours de la dernière décennie, une libéralisation importante des mouvements de services intensifs en travail qualifié (qui en général, a bénéficié aux pays développés et aux pays en développement de la même façon), moins de progrès ont été obtenus dans les industries de services intensives en travail non qualifié, particulièrement importantes pour les pays en développement.
Une grande part des bénéfices de la libéralisation des services ne viennent pas de l’accès aux marchés étrangers mais des gains de compétitivité et d’efficacité sur le marché national. Cependant, en plus de ces « gains d’efficience », les pays en développement ont des intérêts importants dans une libéralisation accrue des services (OCDE 2004). Un grand nombre de pays en développement se fondent sur leur avantage comparatif dans les services peu qualifiés pour développer des industries compétentes et très spécialisées. De telles industries incluent : les services maritimes, comme les services portuaires et l’industrie des transports ; les services de construction ; les services de « back-office » comme l’entrée de données, la télé-prospection, et les services financiers.
Réformer prudemment les marchés agricoles afin d’éviter les effets adverses sur la consommation
Le niveau des protections agricoles dans les pays de l’OCDE a été constamment élevé. [35] Les effets sur les pays en développement sont sévères, le secteur agricole y représentant près de 40 % du PIB, 35 % des exportations et 70 % de l’emploi.
L’agriculture représentant une part tellement importante à la fois du développement économique national et de la vie de tous les jours dans les pays en développement, les réformes de l’agriculture doivent être menées prudemment. La libéralisation agricole offre aux pays en développement des perspectives d’accès plus facile aux marchés du Nord, mais peut (potentiellement) avoir des effets à la hausse sur les prix aux consommateurs dans ces pays. Ainsi, les subventions agricoles au Nord bénéficient aux consommateurs du Sud mais handicapent les producteurs de ces pays. Les effets nets d’une libéralisation du commerce des produits agricoles varient entre les pays en développement, en fonction de la composition de leurs exportations et de leurs importations, et en fonction de l’élasticité-prix de ces produits vis-à-vis de la libéralisation. Ces pertes potentielles soulignent le besoin d’une approche fine, tenant compte des différences entre les produits et entre les pays.
Au lieu de viser des réformes trop générales, l’OMC devrait chercher à ne libéraliser que les produits susceptibles d’entraîner les bénéfices les plus importants pour les producteurs, et les coûts les plus faibles pour les consommateurs. Un déterminant important de l’effet net de ce type de réforme est le niveau de protection initiale de chaque produit et l’impact de la libéralisation sur ces prix.
Un autre déterminant important des effets de la libéralisation vient de la balance commerciale agricole entre les pays. Il existe une différence entre les produits tempérés (principales céréales et élevage) pour lesquels les pays en développement sont largement importateurs nets, et les produits tropicaux pour lesquels les pays en développement sont largement exportateurs nets. La plupart des pays en développement sont importateurs des céréales principales, qui sont précisément les cultures qui reçoivent le plus de subventions nationales et sont probablement celles dont le prix augmenterait le plus suite à la libéralisation. [36] Il n’est donc pas surprenant que la plupart des études prédisent que les pays en développement souffriraient de la libéralisation commerciale de ces produits. En effet, pour Dimaranan, Hertel et Keeny (2003), les gains reviendraient essentiellement aux pays du groupe de Cairns, ainsi qu’aux deux plus grands pays en développement exportateurs, le Brésil et l’Argentine. [37] Ces pays sont les avocats les plus virulents du programme de réformes agricoles existant.
L’existence de pertes nettes dans certains domaines pour des pays en développement ne devrait pas impliquer qu’aucune réforme ne soit nécessaire –au contraire, cela suggère qu’une approche sélective serait plus appropriée. Les subventions devant être éliminées en priorité sont celles dont bénéficient peu les consommateurs relativement aux coûts de production. Les pays en développement devraient concentrer leurs efforts pour réduire les tarifs douaniers et les quotas sur les produits tropicaux, les produits agricoles transformés, et les autres produits qu’ils exportent ou pour lesquels ils ont une forte élasticité-prix à l’exportation. L’élimination des subventions cotonnières devrait augmenter les prix aux producteurs de coton mais ne devrait avoir qu’un effet faible sur le niveau de vie en raison de la légère augmentation du prix des vêtements qu’elle entraînerait. De la même manière, les subventions des cultures essentiellement consommées par les non-pauvres auront les effets distributifs les moins négatifs. Les graines de soja, par exemple, peuvent être en grande partie destinées à la production animale (bœuf et poulet).
L’OMC fait une distinction claire entre les subventions explicites à l’exportation et les autres formes de subventions nationales. Pourtant les deux types de paiement peuvent augmenter la production et déprimer les prix mondiaux. [38] Depuis que l’OMC traite les subventions nationales de manière plus permissive, certains pays de l’OCDE ont réduit leurs subventions à l’exportation et augmenté leurs subventions nationales, afin de satisfaire aux exigences de leurs engagements à l’OMC. Aux États-Unis et en Europe, la valeur annuelle des subventions à l’exportation de céréales et de bœuf a baissé de 4, 1 milliards de dollars entre 1990 et 1998. Pendant la même période, on estime que les subventions nationales pour ces produits ont augmenté de 18, 9 milliards de dollars par an rien que dans l’Union Européenne (ABARE 2001).
Les effets sur le commerce de certaines formes de subventions nationales sont souvent sous-estimés. Alors que dans les pays en développement, l’impact par dollar de subvention est plus important pour les subventions à l’exportation que pour celles indexées sur la production, la différence est faible si l’élasticité de la demande est faible, comme elle l’est pour la plupart des produits agricoles. Même les subventions non indexées sur la production (les paiements « découplés », principalement dans la « boîte verte ») ont un impact sur la production et les prix. Ces paiements bénéficient aux producteurs de l’OCDE en leur fournissant des crédits à faible taux (voire à taux zéro) qu’ils utilisent potentiellement pour investir et augmenter leur production.
Enfin, les pays en développement devraient s’intéresser aux articles ne figurant pas au programme des négociations de Doha. Premièrement, la déclaration n’annonce pas de nouvelle tentative pour réduire le dumping. Deuxièmement, la « boîte pour le développement » qui devrait permettre aux pays pauvres d’adapter leurs politiques agricoles et leurs politiques alimentaires afin de maximiser le développement, n’existe pas.
Libéraliser les biens industriels
Les pays développés, s’ils ont en moyenne des tarifs douaniers relativement bas, maintiennent d’importantes barrières sur un grand nombre de produits principalement exportés par les pays en développement. Pondérés par les volumes d’importation, les pays en développement subissent des tarifs moyens sur leurs exportations de produits manufacturés vers les pays développés, de 3, 4 % –plus de quatre fois les 0, 8 % de tarif moyen qu’ils imposent sur les produits importés des pays développés (Hertel et Martin 2000).
Les données agrégées masquent les extrêmes. En effet, les tarifs douaniers des pays de l’OCDE sont excessivement importants pour les produits stratégiques aux pays en développement, tels que les produits intensifs en travail peu qualifié (en particulier le textile) et la nourriture transformée. De tels tarifs retardent le développement en empêchant la diversification industrielle des pays les plus pauvres.
Une deuxième raison pour laquelle les pays en développement devraient insister pour que les tarifs sur les produits industriels soient inscrits parmi les priorités de Doha, est que les barrières Sud-Sud sont relativement élevées. Le tarif moyen, pondéré par les importations, des exportations de produits manufacturés en provenance de pays en développement vers les pays en développement est de 12, 8 % (Hertel et Martin 2000). Anderson et al. (2000) estiment que les gains de bien-être pour les pays en développement, d’une libéralisation du commerce des produits industriels par les autres pays en développement, se monteraient à 31 milliards de dollars.
Réduire les barrières non tarifaires
Il existe quatre catégories principales de barrières non tarifaires : les tarifs anti-dumping sont imposés lorsqu’un pays vend des produits en dessous de leurs coûts ; les droits compensatoires sont imposés lorsqu’un pays subventionne un produit ; les mesures de protection peuvent être mises en place temporairement lorsqu’un pays fait face à une forte augmentation de ses importations ; et les restrictions pour le maintien de la sécurité sanitaire, ou pour éviter, par exemple, une épidémie de moucherons sur les fruits. Les pays industrialisés ont utilisé toutes ces mesures non tarifaires pour limiter leurs importations en provenance des pays en développement lorsque ceux-ci ont atteint un niveau de compétitivité leur permettant de concurrencer les produits nationaux. Un grand nombre de ces mesures sont décrites comme assurant le commerce « juste », mais du point de vue des pays en développement, elles tendent plutôt à maintenir un commerce « injuste ». Elles sont des preuves de l’hypocrisie du Nord. Toutefois, les pays en développement ont de plus en plus recours à de telles mesures les uns contre les autres, et contre les pays industrialisés. En ce sens, ce type de barrières représente une menace cachée pour un processus de libéralisation commerciale.
Le nombre de plaintes pour dumping a augmenté significativement au cours des sept dernières années. [39] Une partie des problèmes liés à ces systèmes, est la façon dont ils ont été utilisés. Par exemple, pour les « tarifs anti-dumping », l’accusé doit donner, dans un délai court, une grande quantité d’information (en anglais) ; quand l’accusé n’est pas en mesure de donner ces informations dans le délai requis, le gouvernement américain statue en fonction des « meilleures informations disponibles », en général celles fournies par la firme américaine essayant d’empêcher son rival d’entrer sur le marché. Des tarifs élevés sont alors imposés, qui sont ensuite revus régulièrement à la baisse à mesure que de meilleures informations deviennent disponibles. Cependant, cette période implique des dégâts de long terme puisque les acheteurs américains ne vont pas vouloir du produit étant donné l’incertitude concernant le droit de douane qu’ils auront à payer.
Reconnaître explicitement le droit aux pays en développement d’utiliser des politiques industrielles ou d’autres politiques de développement
Depuis longtemps, la littérature économique reconnaît qu’il peut exister des bénéfices d’apprentissage importants grâce à la protection. En général, les économistes préfèrent les subventions non dissimulées ou les prêts gouvernementaux aux subventions cachées qu’offre la protection. Cependant, pour un certain nombre de raisons, les subventions directes sont parfois difficiles à mettre en place. Dans un monde de second rang, les subventions peuvent être efficaces. [40] Il existe un risque plus grand que les mesures relatives à des traitements spéciaux et différenciés ne suffisent pas à assurer que des pays à différents stades de leur développement soient capables de répondre à leurs problèmes spécifiques par des solutions de second rang appropriées.
Les problèmes sont reflétés par les demandes relatives à la libéralisation des mouvements de capitaux (incluses dans les accords de commerce bilatéral récents entre les États-Unis et le Chili et entre les États-Unis et Singapour). La libre circulation des capitaux accroît la volatilité qui elle-même accroît la prime de risque demandée par les investisseurs, ce qui revient à augmenter les taux d’intérêt (voir Stiglitz 2000).
Est-il juste d’imposer des droits compensatoires à un pays en développement qui a « subventionné » ses taux d’intérêt en les abaissant en dessous du niveau d’usure recommandé par le FMI, mais en les gardant cependant légèrement supérieurs au niveau des marchés internationaux de capitaux ? Ou est-ce que l’action de ce gouvernement devrait être perçue comme remédiant à une distorsion ? Il paraît injuste de forcer les pays en développement à accepter des mesures qui augmentent les taux d’intérêt qu’ils doivent payer, pour ensuite les punir d’un droit compensatoire lorsque le gouvernement tente d’en minimiser les conséquences.
Limiter la compétition fiscale pour attirer les investissements
Un domaine, dans lequel un accord international pourrait procurer des bénéfices immenses aux pays en développement, concerne leur concurrence pour les investissements étrangers via des concessions fiscales et des subventions financières (Charlton 2003). Les principaux bénéficiaires de cette concurrence sont les investisseurs internationaux. De la même manière que pour les accords internationaux limitant les subventions, il devrait exister une proscription forte de la concurrence en faveur de firmes spécifiques –par exemple au travers de traitements fiscaux spéciaux ou de provision d’infrastructures particulières. Dans la mesure où les pays souffrant de ces mesures fiscales ne sont pas nécessairement partenaires commerciaux du pays qui les applique, de nouveaux mécanismes d’application des accords doivent être trouvés, de sorte qu’une plainte contre la firme multinationale bénéficiant du traitement de faveur puisse être déposée dans n’importe quel pays où celle-ci opère et possède des actifs, avec des amendes proportionnelles à la valeur des subventions reçues.
Rééquilibrer les droits de propriété intellectuelle
Que ce soit au sein de l’OMC ou d’un autre forum (par exemple l’Organisation mondiale des Droits de Propriété Intellectuelle), un nouveau régime de propriété intellectuelle doit être créé afin de mieux équilibrer les intérêts des utilisateurs (aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement) et des producteurs de savoir. Les accords sur les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle liés au Commerce (les accords TRIPS) doivent être révisés pour permettre à l’objectif de transfert et de dissémination de la technologie (Article 7) d’être effectivement réalisé.
Réduire la fracture de savoir entre le Nord et le Sud nécessite d’amender plusieurs éléments des accords TRIPS. [41] L’Article 27.1 (qui requiert la nouveauté universelle comme condition de la brevetabilité) devrait être renforcé afin de protéger les savoirs traditionnels. Ceci pourrait être réalisé en amendant les accords TRIPS de manière à remplir les conditions de la Convention des Nations Unies pour la Biodiversité signée par 170 pays en 1993. La Convention sur la Biodiversité reconnaît les droits collectifs des communautés villageoises sur les individus ou les firmes, et décrète que les demandes de droit de brevet d’un pays riche ne doivent pas nuire à la conservation de la biodiversité. Ceci devrait être mentionné dans toutes les conditions, notamment celles liées au test de nouveauté, de même que dans l’ampleur et la portée du brevet. [42]
Etendre le désarmement unilatéral
Mis à part les effets positifs du African Growth and Opportunity Act sur les textiles africains, les accords non réciproques ont eu des bénéfices limités pour les pays en développement. Les tarifs préférentiels pour les pays les moins avancés constituent une part importante de l’architecture mondiale du commerce depuis le commencement du Système de Préférences Généralisées en 1968 et devraient jouer un rôle de plus en plus grand dans le cycle pour le développement.
Pour être significatives, les préférences devraient être rendues disponibles à plus de pays en développement en dehors des pays les moins avancés. De plus, les restrictions ayant amené à des taux d’utilisation faibles devraient être relâchées. [43] Une des raisons de la sous-utilisation vient des règles d’origine, qui ont pour but d’empêcher les détournements de commerce où des produits en provenance de pays non bénéficiaires sont acheminés via les pays les moins avancés, afin d’exploiter les préférences dont jouissent ces derniers. Une raison pour laquelle l’adoption a été limitée est qu’il est souvent difficile ou coûteux de réunir la documentation nécessaire pour satisfaire les règles d’origine.
Créer des mécanismes d’application justes
Un mécanisme d’application qui repose sur la menace des petits pays d’imposer des sanctions commerciales envers les grands pays n’est qu’asymétriquement efficace. Comme exposé plus haut, la sanction pour avoir violé un accord de l’OMC est l’imposition de barrières tarifaires. Néanmoins, parce que l’imposition de tels tarifs par un petit pays sur des biens importés des États-Unis a un effet négligeable sur les producteurs américains, le système de l’OMC ne dispose pas de moyens efficaces pour sanctionner une action injuste d’un grand pays contre un petit pays. Ceci diminue de manière importante la capacité de négociation de certains pays à l’OMC.
Une solution à cette asymétrie serait de demander que le viol d’une règle par l’un des membres soit puni par l’ensemble des autres membres de l’OMC. Il existe toutefois une résistance considérable à ce type de proposition. En effet, un des problèmes classiques de ce type de système est que les sanctions ne sont pas nécessairement dans l’intérêt de celui qui les applique. Une proposition alternative serait d’imposer que les pertes commerciales soient compensées financièrement, soit par les pays en faute, soit par une enchère internationale du droit de sanction (Bagwell, Mavroidis, et Staiger 2003).
Mettre en place des mesures anti-corruption
Une interaction particulièrement insidieuse entre les firmes étrangères et les pays en développement est la corruption : il est souvent moins coûteux de corrompre un membre du gouvernement pour obtenir par exemple une concession, que de payer l’intégralité du prix de marché. Les accords internationaux contre la corruption (comme le Foreign Corrupt Practive Act américain) devraient faire partie d’un accord international. La totalité des paiements faits à des firmes étrangères devraient être déclarés (et publiés dans le pays payeur), et seuls les paiements déclarés devraient pouvoir être exonérés fiscalement. Toutefois, des mesures encore plus fortes devraient être adoptées.
Les comptes en banque secrets facilitent la corruption, en offrant un refuge sûr à des fonds volés dans un pays. En ce sens, ils blessent gravement les pays en développement. Il devrait alors exister un accord international interdisant le secret bancaire (l’importance d’un tel accord ayant récemment été reconnue dans le cas du terrorisme). Un tel accord serait facilement applicable : aucune banque ne devrait avoir le droit d’effectuer des transactions avec une banque d’un pays qui ne se conforme pas aux normes de transparence ; un pays qui ne mettrait pas en application de telles sanctions pourrait être poursuivi (selon des procédures similaires à celles exposées ci-dessus dans un contexte de juste concurrence, par exemple).
 
5. Réformes institutionnelles
 
 
Des réformes institutionnelles sont nécessaires pour assurer un processus de négociation plus transparent et plus démocratique –et dont les résultats seraient probablement à la fois plus équitables et dans l’intérêt général du monde. Il est peu probable qu’un accord équitable découle d’un processus inéquitable.
Procédures
Il existe une déception généralisée sur la façon dont les accords commerciaux sont obtenus, provenant en partie du fait que les procédures actuelles sont défavorables aux pays en développement. Ceci est d’autant plus important que le rôle des accords commerciaux est de plus en plus grand. Ces accords définissent un vaste ensemble de droits et d’obligations, mais ils sont mis en place d’une manière bien différente des autres législations. Les termes sont souvent négociés derrière des portes closes, avec peu de débats publics sur certaines des provisions, et le processus législatif est souvent tronqué. Le résultat donne des accords tels le chapitre 11 de l’Accord de Libre-Echange Nord Américain (ALENA) ou les accords TRIPS, qui contiennent des provisions qui n’auraient jamais été acceptées par un parlement démocratique, avec des discussions ouvertes, dans un processus délibératif. [44]
La caractéristique des accords commerciaux antérieurs est qu’ils étaient négociés dans le secret, un grand nombre d’entre eux n’étant même pas révélés dans leur intégralité jusqu’à la fin des négociations. Les gouvernements avaient alors le choix entre « tout ou rien ». Parce qu’ils ne pouvaient pas les influencer, les parlementaires n’avaient pas d’incitation à chercher à comprendre toutes les complexités des accords. Etant donné l’ampleur des superpositions entre les questions commerciales et les autres questions, comme celles liées à l’environnement, les réformes de procédures sont aujourd’hui cruciales afin que les délibérations sur les problèmes commerciaux soient plus ouvertes et plus similaires aux autres processus de délibération.
Le commerce est devenu trop important pour être laissé à la seule charge des ministres du commerce. Une partie du processus de délibération devrait impliquer activement d’autres parties. Ainsi, lorsque des problèmes de propriété intellectuelle sont débattus (s’ils sont débattus), les ministres de la recherche devraient être impliqués. Il devrait également exister des mécanismes pour que les voix des ministres de l’environnement soient entendues. Ils pourraient alors insister, par exemple, pour que des provisions soient introduites empêchant une course vers le bas ; que des normes environnementales basses (celles permettant de polluer l’atmosphère terrestre par exemple) soient considérées comme des formes de subventions à bannir.
L’équité du régime international ne doit pas seulement être jugée en termes de résultats, mais également en termes de processus. Il existe une littérature importante sur les défaillances procédurales. Pour des raisons déjà mentionnées, ces défaillances désavantagent les pays en développement. En conséquence, les réformes de procédure –en particulier en rapport avec plus de transparence et de représentation– devraient figurer parmi les priorités des négociations. [45]
Les pays développés doivent continuer à fournir aux pays en développement les moyens de participer plus efficacement à ces délibérations. Les négociations commerciales impliquent des questions complexes, notamment des questions économiques pour lesquelles même les experts sont en désaccord. Une participation significative à ces négociations requiert de comprendre ces complexités, de comprendre l’importance de chaque provision, et de comprendre comment ces provisions peuvent affecter différemment des pays dans différentes situations.
Structures et représentation
Pour beaucoup, l’augmentation du nombre de membres de l’OMC et les demandes pour un processus de négociation plus inclusif, rendent le système actuel difficile à manier. Ce n’est pas l’objectif de cet article que de proposer une analyse détaillée de propositions de systèmes institutionnels alternatifs, mais de mettre en lumière l’importance d’une telle analyse et d’insister sur les raisons pour lesquelles de telles réformes devraient être perçues comme des priorités dans les discussions actuelles.
L’ouverture de l’OMC à tant de membres rend les négociations lourdes et difficiles. Cependant, les procédures arbitraires et capricieuses de la « green room » doivent être remplacées. Dans d’autres domaines de prises de décision démocratiques –en particulier celles fondées sur des processus consensuels, comme devraient l’être les négociations commerciales- le principe de représentativité où un petit groupe de pays est choisi pour représenter des intérêts et des électeurs variés, est bien accepté –par exemple, les plus grands pays commerciaux, les États-Unis, l’Union Européenne, le Japon et la Chine ; un ou deux représentants des pays à revenu intermédiaire, par exemple le Brésil et un autre pays ; deux représentants des pays les moins avancés ; un représentant du groupe de Cairns, et ainsi de suite. Chacun consulterait régulièrement les pays qu’il représente. Un processus ouvert et transparent assurerait que toutes les voix sont entendues.
Il existe également un besoin de créer une nouvelle entité au sein de l’OMC, responsable des évaluations de l’impact des propositions commerciales sur les pays développés et en développement, et évaluant les effets de « détournement » et de « création » de commerce des accords bilatéraux et régionaux. Sa fonction serait d’évaluer objectivement les conséquences de propositions alternatives pour tous les pays du monde, en reconnaissant que la science économique n’est pas encore parvenue à un niveau où il existe un consensus sur le « bon » modèle. Ainsi, l’entité pourrait tenter d’évaluer l’impact des subventions agricoles, qui soi-disant ne génèrent pas de distorsions commerciales, dans un monde ou il existe des contraintes sur le capital. Un secrétariat de l’OMC élargi pourrait également inclure une entité indépendante qui évaluerait les pays en crise, arbitrerait et approuverait l’imposition de restrictions commerciales (« mesures de sauvegarde »), et étudierait les plaintes pour tarifs anti-dumping, droits compensatoires, et celles liées aux conditions phytosanitaires.
Enfin, il est nécessaire d’aborder les questions liées à l’étendue de l’aide technique et des capacités de l’OMC à les fournir à l’intérieur de la structure existante. Aider les pays à faible revenu à renforcer leurs capacités institutionnelles afin de leur permettre de satisfaire aux accords de l’OMC, demandera non seulement de l’assistance technique, mais également une assistance financière significative. Les coûts de la mise en place des accords de l’OMC sont très importants (Finger et Schuler 2000).
Bien qu’un programme d’assistance limité pourrait aider les pays en développement à mettre en place les réformes, l’aide technique n’est aujourd’hui pas suffisante pour faire face aux coûts d’ajustement de l’ensemble de l’économie à ces changements structurels. Ces coûts, qui génèrent des oppositions nationales à la libéralisation commerciale, sont des barrières tout aussi importantes au progrès que le manque de capacités institutionnelles.
Le manque de capacités institutionnelles limite l’accès des pays en développement à la justice au sein du système de résolution des conflits. Les pays en développement sont désavantagés dans des procédures légales complexes et chères. L’augmentation de l’aide légale existante est une condition préliminaire importante pour l’équité institutionnelle.
La majeure partie de l’aide technique est devenue le lot des organisations internationales. La Banque mondiale et l’OMC ont toutes deux augmenté leurs activités de coopération technique. Cependant, près de 90 % du financement de ces activités vient de fonds fiduciaires offerts par deux ou trois donneurs bilatéraux ; l’OMC elle-même dépense en général moins de 1 % de son budget -environ 500 000 dollars- pour des activités de coopération technique (Michalopoulos 2000).
 
6. Conclusion
 
 
La communauté internationale doit s’engager pour un vrai cycle de négociations pour le développement fondé sur un esprit de responsabilité collective vis-à-vis des défis auxquels font face les pays en développement et sur la reconnaissance des inéquités engendrées par les cycles de négociations antérieurs. Le cycle de négociations commerciales qui a commencé à Doha ne mérite pas encore l’épithète de « cycle pour le développement ». En effet, une fois de plus, le programme des négociations reflétait plus les priorités des pays industriels avancés. Les nouvelles questions qui ont été ajoutées au programme ne représentent pas des priorités pour les pays en développement ; en effet, certaines de ces provisions leur auraient été néfastes.
Cet article présente une vision alternative pour le cycle de Doha, fondée sur des principes d’équité et d’analyse économique. Pour atteindre cet objectif, l’OMC doit établir une nouvelle source d’analyse, impartiale et disponible publiquement, des effets des différentes initiatives sur les différents pays. En se basant sur cette analyse, tout accord qui serait de façon disproportionnée coûteux pour les pays en développement ou qui bénéficierait de façon disproportionnée à des pays développés devrait être perçu comme inéquitable. L’équité doit être au cœur de l’accord, à la fois jure et facto. Ceci implique que les pays en développement ne soient pas empêchés de bénéficier pleinement des avantages du libre-échange à cause de leurs faibles capacités institutionnelles.
Cet article présente dix priorités en faveur du développement qui devraient former le cœur des accords de Doha. Une attention particulière devrait être portée au fait de faciliter l’accès au marché pour les produits en provenance des pays en développement. Il est urgent de baisser les protections sur les produits manufacturés intensifs en travail (textiles et nourriture conditionnée), sur les produits agricoles, et sur les services non qualifiés. La priorité devrait également être donnée au développement de systèmes permettant une plus grande mobilité du travail, en particulier la mobilité temporaire des travailleurs non qualifiés. Au lieu d’imposer l’uniformité à travers les pays, il devrait exister un accord général permettant que différentes circonstances dans les pays en développement justifient des traitements spéciaux et différents. Des changements importants dans les résultats des accords commerciaux multilatéraux doivent être soutenus par des réformes institutionnelles. Réformer les procédures de l’OMC faciliterait alors l’obtention d’accords équitables en faveur du développement.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  ABARE (Australian Bureau of Agriculture and Resource Economics). 2001. “Export Subsidies in the Current WTO Agriculture Negotiations.” ABARE Current Issues 1 (6) : 1–8.
·  Anderson, K., J. Francois, T. Hertel, B. Hoekman, et W. Martin, 2000. “Potential Gains from Trade Reform in the New Millennium.” Paper presented at the Third Annual Conference on Global Economic Analysis, June 27–30, Monash University, Melbourne.
·  Bagwell, K., P.C. Mavroidis, et R.W. Staiger. 2003. “The Case for Auctioning Countermeasures in the WTO.” NBER Working Paper 9920, National Bureau of Economic Research, Cambridge, MA.
·  Bhagwati, J. 2002. “Intellectual Property Protection and Medicines.” Financial Times September 17.
·  Blackhurst, R., B. Lyakurwa, et A. Oyejide. 2000. “Options for Improving Africa’s Participation in the WTO.” World Economy 23 (4) : 491–510.
·  Brenton, P. 2003. “Integrating the Least Developed Countries into the World Trading System : The Current Impact of European Union Preferences under Everything But Arms.” Journal of World Trade 37 (3) : 623–646.
·  Brown, D. K., A.V. Deardorff, et R.M. Stern 2001. “CGE Modelling and Analysis of Multilateral and Regional Negotiation Options.” University of Michigan School of Public Policy Discussion Paper 489, University of Michigan, Ann Arbor,
·  CAFOD (Catholic Agency for Overseas Development). 2003. “Singapore Issues in the WTO : What Do Developing Countries Say ?” CAFOD Policy Paper, July 10.
·  Cassel, Douglas. 2002. “The Great Trade Robbery.” Chicago Daily Law Bulletin May 16.
·  Chang, H-J. 2002. Kicking away the Ladder ? Policies and Institutions for Economic Development in Historical Perspective. London : Anthem Press.
·  Charlton, A. 2003. “Incentive Bidding for Mobile Investment.” OECD Development Centre Technical Paper 203, Paris.
·  Dasgupta, P., A. Sen, et D. Starret. 1973. “Notes on the Measurement of Inequality.” Journal of Economic Theory 6 (2) : 180–187.
·  Dasgupta, P., et J.E. Stiglitz. 1977. “Tariffs vs. Quotas as Revenue Raising Devices under Uncertainty.” American Economic Review 67 (5) : 975–81.
·  Dasgupta, P. 1985. “Learning-by-Doing, Market Structure and Industrial and Trade Policies.” CEPR Discussion Paper 80, Centre for Economic Policy Research, London.
·  Diao, X., E. Diaz–Bonilla, et S. Robinson. 2003. “How Much Does It Hurt ? The Impact of Agricultural Trade Policies on Developing Countries.” August, International Food Policy Research Institute, Washington, DC.
·  Dimaranan, B., T. Hertel, et R. Keeney. 2003. “OECD Domestic Support and the Developing Countries.” Paper prepared for the UNU/WIDER project on the impact of WTO on low–income countries, GTAP Center, Purdue University, West Lafayette, IN.
·  Ellerman, D. 2003. “Policy Research on Migration and Development.” World Bank Policy Research Working Papers 3117 : 1–64.
·  EC (European Commission). 2002. “Everything but Arms Proposal : Possible Impacts on the Agricultural Sector.” Brussels.
·  Finger, J.M. 2000. “The WTO’s Special Burden on Less Developed Countries.” Cato Journal 19 (3) : 425.
·  Finger, J.M., et P. Schuler. 2000. “Implementation of Uruguay Round Commitment : The Development Challenge.” World Economy 23 (4) : 511–525.
·  Finger, J.M., et A. Zlate, 2003. “WTO Rules that Allow New Trade Restrictions : The Public Interest Is a Bastard Child.” Paper prepared for the UN Millennium Project Task Force on Trade, United Nations, New York.
·  Francois, J. 2001. “The Next WTO Round : North-South Stakes in New Market Access Negotiations.” Centre for International Economic Studies, Adelaide, and Tinbergen Institute, Rotterdam.
·  Hertel, T., et W. Martin. 2000. “Liberalizing Agriculture and Manufactures in a Millennium Round : Implications for Developing Countries.” World Economy 23 (4) : 455–69.
·  Hertel, T., K. Anderson, J. Francois, et W. Martin. 2000. “Agriculture and Nonagricultural Liberalization in the Millennium Round.” Discussion Paper 0016, Centre for International Economic Studies, University of Adelaide, South Australia.
·  Home Office. 2001. “Migration : An Economic and Social Analysis.” Research, Development and Statistics Directorate, Occasional Paper No. 67, London.
·  Horn, H., et P. Mavroidis. 2003. “Which WTO Provisions Are Invoked by and against Developing Countries ?” CEPR Discussion Paper, Centre for Economic Policy Research, London.
·  Kaul, I., P. Conceicao, K. Le Goulven, et R. U. Mendoza, eds. 2003. Providing Global Public Goods : Managing Globalization. New York : Oxford University Press.
·  Laird, S. 2002. “Market Access and the WTO : An Overview.” In Development, Trade, and the WTO : A Handbook, B.M. Hoekman, A. Mattoo, and P. English, eds. Washington, DC : World Bank.
·  Laird, S., R. Safadi, et A. Turrini. 2003. “The WTO and Development.” Paper presented at the Murphy Institute Conference on the Political Economy of Policy Reform, November 9–10, Tulane University, New Orleans, LA.
·  Martin, W., et A. Winters, eds. 1995. The Uruguay Round and Developing Countries. Washington, DC : World Bank.
·  Michalopoulos, C. 2000. “The Role of Special and Differential Treatment for Developing Countries in GATT and the World Trade Organization.” World Bank, Washington, DC.
·  OECD (Organisation for Economic Co-operation and Development). 1993. Assessing the Effects of the Uruguay Round. Trade Policy Issues 2. Paris.
·  OECD. 2002. GATS : The Case for Open Services Markets. Paris.
·  OECD. 2003. Agricultural Policies in OECD Countries : Monitoring and Evaluation 2003. Paris.
·  OECD. 2004. Analysis of CAP Reform. AGR/CA/APM2003.16/FINAL. Paris.
·  Oxfam. 2003. “The EU after Cancun : A Way Forward.” Oxfam Briefing Paper, October, London.
·  Rawls, J. 1971. A Theory of Justice. Cambridge, MA : Belknap Press of Harvard University Press.
·  Rodrik, Dani. 1994. “Developing Countries after the Uruguay Round.” Paper prepared for the Group of 24. Department of Economics, Harvard University, Cambridge, MA.
·  Rothschild, M., et J.E. Stiglitz. 1973. “Some Further Results on the Measurement of Inequality.” Journal of Economic Theory 6 (2) : 188.
·  Safadi, R., et S. Laird. 1996. “The Uruguay Round Agreements : Impact on Developing Countries.” World Development 24 (7) : 1223–1242.
·  Sen, A. 1999. Development as Freedom. Oxford : Oxford University Press.
·  Srinivasan, T.N. 1998. Developing Countries and the Multilateral Trading System : GATT, 1947 to Uruguay Round and Beyond. Boulder, CO : Westview Press.
·  Srinivasan, T.N. 2003. “The Future of the Global Trading System : Doha Round, Cancún ministerial and Beyond.” Economic Growth Center, Yale University, New Haven, CT.
·  Stiglitz, J.E. 1995. “The Theory of International Public Goods and the Architecture of International Organizations.” Background Paper No. 7 prepared for the third meeting of the High-Level Group on Development Strategy and Management of the Market Economy, UNU/WIDER, July 8–10, Helsinki.
·  Stiglitz, J.E. 2000. “Capital Market Liberalization, Economic Growth, and Instability.” World Development 28 (6) : 1075–1086.
·  Stiglitz, J.E. 2002. “Capital Market Liberalization and Exchange Rate Regimes : Risk without Reward.” Annals of the American Academy of Political and Social Science 579 (January) : 219–248.
·  TWN (Third World Network). 2003. “US-EC Agriculture Paper Criticised by Developing Countries.” August 3, TWN Info Service on WTO Issues, Penang, Malaysia. Available at www. twnside. org. sg/ title/ twninfo59. htm.
·  UNCTAD (United Nations Conference on Trade and Development). 1996. “Strengthening the Participation of Developing Countries in World Trade and the Multilateral Trading System.” Paper presented at the ESCAP/UNCTAD/UNDP meeting of senior officials, September 4–6, Jakarta.
·  UNCTAD. 2001. Duty and Quota Free Market Access for Least Developed Countries : An Analysis of Quad Initiatives. Geneva.
·  UNDP (United Nations Development Programme). 1997. Human Development Report 1997. New York : Oxford University Press.
·  Walmsley, T.L., et L.A. Winters. 2002. “An Analysis of the Removal of Restrictions on the Temporary Movement of Natural Persons.” University of Sheffield, United Kingdom.
·  Winters, L.A. 2001. “Assessing the Efficiency Gain from Further Liberalization : A Comment.” In Efficiency, Equity and Legitimacy : The Multilateral Trading System and the Millennium, P. Sauve et A. Subramanian, eds. Chicago : University of Chicago Press.
·  World Bank. 2002. Global Economic Prospects 2002. Washington, DC.
·  World Bank. 2003. Global Economic Prospects 2004. Washington, DC.
·  WTO (World Trade Organization). 1994. “Agreement on Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights including Trade in Counterfeit Goods (TRIPS), Final Act Embodying the Results of the Uruguay Round of Multinational Trade Negotiations Establishing the World Trade Organization, Annex 1C.” Geneva.
·  WTO. “The Doha Agenda : Towards Cancún.” Communication from Argentina, Bolivia, Botswana, Brazil, Chile, China, Colombia, Cuba, Dominican Republic, Ecuador, El Salvador, Gabon, Guatemala, Honduras, India, Malaysia, Mexico, Morocco, Nicaragua, Pakistan, Paraguay, Peru, Thailand, Uruguay, Venezuela, and Zimbabwe. TN/C/W/13, June 6. Geneva.
·  Zoellick, R.B. 2003. “America Will Not Wait for the Won’t–Do Countries.” Financial Times September 22, p. 23.
 
NOTES
 
[*]Cet article est basé sur un rapport préparé pour le secrétariat du Commonwealth par l’Initiative Policy Dialogue (IPD) en collaboration avec le groupe de travail de l’IPD sur les politiques commerciales.
[1]En particulier le manque de transparence (notamment les négociations de la « Green Room » dans lesquelles seul un groupe restreint de pays en développement négociait avec les États-Unis ou l’Union Européenne) et la position désavantageuse des pays en développement dans ces négociations du fait de la complexité des problèmes et de la taille limitée de leurs équipes. Voir la lettre ouverte, datée du 6 novembre 1999, envoyée par onze pays en développement au président du conseil général de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l’ambassadeur Tanzanien Ali Mchumo, exprimant leurs inquiétudes concernant le manque de transparence des processus « Green Room » à l’OMC.
[2]Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) estime qu’entre 1995 et 2004, sous le régime de l’OMC, les 48 pays les moins avancés auront subi une perte de 600 millions de dollars par an, l’Afrique Subsaharienne perdant 1.2 milliard de dollars (PNUD 1997).
[3]A cet égard, un certain nombre de pays en développement ont demandé que le programme des négociations de Cancun soit préparé sur la base des demandes et des recommandations exposées lors de consultations libres, et, dans le cas où il n’y aurait pas de consensus, que les positions différentes soient clairement indiquées. Cette proposition fut rejetée par une coalition de pays industrialisés.
[4]En effet, après les accords de Marrakech, le secrétariat du GATT avait publié une estimation bien plus importante, de 500 milliards de dollars par an. Pour une discussion sur ces projections, se référer à Safadi et Laird (1996). Pour une revue des différentes estimations, voir Rodrik (1994). Voir également Martin et Winters (1996) et Srinavasan (1998) pour une revue exhaustive et une évaluation des effets de l’Uruguay Round sur les pays en développement.
[5]Pour le PNUD, 70% des gains de l’Uruguay Round iraient aux pays industrialisés, la majeure partie du reste bénéficiant à quelques grands pays en développement aux économies orientées vers les exportations. Ainsi, l’Uruguay Round laisserait un grand nombre des pays les plus pauvres, dans des situations pires qu’avant les accords (PNUD 1997).
[6]Si les exportations des pays en développement sont concentrées dans des produits agricoles où ces subventions sont importantes, ces chiffres auront tendance à sous-estimer les effets de telles subventions.
[7]En janvier 2000, 90 des 109 pays en développement membres de l’OMC étaient en situation de violation en matière de standards sanitaires et phytosanitaires, d’évaluation douanière et des Accords sur la Propriété Intellectuelle (TRIPS). Les estimations de coûts liés au respect des accords de l’Uruguay Round varient beaucoup, en fonction de la qualité des systèmes dans les pays et de la force des institutions nationales. Ainsi, la Hongrie a-t-elle dépensé plus de 40 millions de dollars pour rendre ses abattoirs conformes aux réquisitions sanitaires. Le Mexique a dépensé plus de 30 millions de dollars pour améliorer ses lois sur la propriété intellectuelle. Finger (2000) suggère que pour un grand nombre des pays les moins avancés membres de l’OMC, les investissements nécessaires à la satisfaction de ces accords sont moins rentables que les investissements réalisés pour satisfaire les besoins fondamentaux, comme l’éducation.
[8]Il est estimé que les subventions domestiques des pays de l’OCDE auraient des effets à la baisse de 3,55 à 5% sur les prix mondiaux de nombreux produits agricoles, notamment le blé et autres céréales et oléagineux (Dimaranan, Hertel, et Keeney 2003).
[9]Diao, Diaz-Bonilla, et Robinson (2003) estiment que le protectionnisme et les subventions exercés par les pays industrialisés coûtent environ 24 milliards de dollars par an aux pays en développement, en revenus agricole et agro-industriel perdus. L’Amérique du Sud et les Caraïbes perdent environ 8,3 milliards de dollars par an dans l’agriculture, l’Asie perd quelques 6,6 milliards de dollars, et l’Afrique Subsaharienne perd près de 2 milliards de dollars. Ces estimations n’incluent pas les effets dynamiques.
[10]L’Article 7.1 expose les modalités d’application de l’accord après 2000 ainsi que les possibles modifications « à la lumière de toute nouvelle évolution significative qui justifierait de modifier ou d’amender l’accord ».
[11]Les pays en développement ont presque multiplié par quatre leurs exportations de services entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 1990 (augmentation plus rapide que pour les exportations de biens), augmentant leur part de marché mondial de 14% en 1985-1989 à 18% en 1995-1998 (Banque Mondiale 2002).
[12]Les estimations dérivées des barrières au commerce des services sont élevées (Brown, Deardoff, et Stern 2001), mais elles surestiment les effets des variables de politique économique si un grand nombre de ces barrières sont exogènes.
[13]Certaines estimations des gains globaux liés à la libéralisation des services atteignent 400 milliards de dollars (Brown, Deardoff, et Stern 2001).
[14]En 2002, plus d’un quart des 40 plus grands exportateurs de services du monde étaient des pays en développement.
[15]En 1995, le Patent Office Trademark Office américain a octroyé au centre médical de l’Université du Mississipi un brevet pour « l’utilisation du Curcuma pour soigner les blessures ». Le brevet fut ensuite annulé après que soient trouvées des douzaines de références à cette procédure dans les textes indiens.
[16]Une partie du problème est d’identifier les intérêts des pays en développement. Ces pays sont hétérogènes, ont des intérêts de politique commerciale différents, et n’ont donc pas de position unifiée sur de nombreuses questions.
[17]La section 7 de la communication du 6 juin 2003 de l’Argentine, de la Bolivie, du Botswana, du Brésil, du Chili, de la Chine, de la Colombie, de Cuba, de la République Dominicaine, de l’Equateur, du Salvador, du Gabon, du Guatemala, du Honduras, de l’Inde, de la Malaisie, du Mexique, du Maroc, du Nicaragua, du Pakistan, du Paraguay, du Pérou, de la Thaïlande, de l’Uruguay, du Venezuela et du Zimbabwe (OMC 2003) établit clairement que « la réforme du commerce de l’agriculture est de première importance pour de nombreux pays en développement » et est « un ingrédient essentiel de la négociation et de son résultat » (accentué dans l’original).
[18]Pour Oxfam (2003, p.1) « l’agriculture est la clé pour déverrouiller le programme des négociations de Doha, et sans avancées constructives sur cette question, la négociation générale ne peut réellement recommencer ».
[19]Voir les déclarations de l’ambassadeur Indien K.M. Chandrasekhar; de l’ambassadeur Brésilien Luis Felipe de Seixas Correa ; et de l’ambassadeur Chinois Sun Zhenyu (TWN 2003).
[20]Sur les subventions domestiques, aucun chiffrage n’était donné pour réduire la plupart des subventions génératrices de distorsions commerciales. Le texte élargissait potentiellement l’étendue des recours à la « boîte bleue » -un recul en termes de libéralisation. Le texte ne parlait pas des éléments générateurs de distorsions dans la « boîte verte ». Voir la réponse critique de l’ambassadeur du Kenya, Amina Chawahir Mohamed, qui expliqua que le texte CE-EU « déçoit nos attentes et en tant que tel, ne nous permet pas de l’accepter comme base de nos travaux futurs » (TWN 2003).
[21]Aux États-Unis, le Farm Security and Rural Investment Act (FSRIA) de 2002 coûtera environ 190 milliards de dollars sur dix ans, soit 83 milliards de plus que les programmes précédents. Il fixe des objectifs de prix inférieurs aux niveaux d’avant 1996, mais les subventions effectives totales sont plus importantes, car la moyenne des prix mondiaux des matières premières a baissé et l’étendue des matières premières incluses dans le FSRIA est plus grande que dans le Federal Agriculture Improvement and Reform Act (FAIR) de 1996. Le FSRIA offre aux fermiers américains des paiements contra-cycliques. Ce type de mesure a permis aux États-Unis de se décharger de leurs surplus agricoles sur le marché mondial, exportant du maïs 20% en dessous des coûts de production et du blé 46% en dessous des coûts (voir Cassel 2002).
[22]En 1996, la déclaration ministérielle de Singapour mandata des groupes de travail pour analyser les questions relatives aux investissements, aux politiques concurrentielles, et à la transparence dans les achats des gouvernements.
[23]Finger (2000) estime les coûts d’application de trois des six accords de l’Uruguay Round qui demandaient des changements dans la régulation –réforme des douanes, droits de propriété intellectuelle et mesures sanitaires et phytosanitaires. Son analyse suggère que les coûts moyens de restructuration des régulations domestiques dans les 12 pays en développement qu’il considère, pourraient monter jusqu’à 150 millions de dollars. Dans huit de ces pays, le montant est supérieur au budget annuel pour le développement.
[24]Une des raisons pour lesquelles l’initiative « Tout Sauf les Armes » a eu des effets si limités est que presque toutes les importations de l’Union Européenne en provenance des pays les moins avancés (plus de 99% en 2001) étaient déjà éligibles pour des préférences dans d’autres programmes (Brenton 2003). L’initiative Tout Sauf les Armes offre aux pays les moins avancés le droit d’exporter sans droit de douane tous les produits excepté les armes et les munitions. Les exportations totales de ces pays augmentèrent de 9,6% en 2001. Cependant, dans la pratique, « Tout Sauf les Armes » n’a affecté que 919 produits (parmi les 10,200 catégories des douanes de l’Union Européenne) qui n’étaient pas déjà éligibles à ce type d’accès soit sous le système des préférences généralisées ; soit sous les accords de Cotonou. De ces 919 produits, les pays les moins avancés n’en exportaient que 80 vers l’Union Européenne en 2001. Brenton (2003) estime que le montant total des exportations de ces produits a en fait baissé, passant de 3,5 millions d’euros en 2000 à 2,9 millions d’euros en 2001. Ainsi, il semble que l’impact direct de court terme du « Tout Sauf les Armes » n’a pas été significatif; étant donné les volumes d’échange sur ces produits, l’impact ne devrait pas non plus être important dans le moyen terme.
[25]Pour les produits manufacturés, les tarifs moyens sont de 1,5% dans les pays développés et de 11,5% dans les pays en développement. Pour les produits agricoles, les tarifs moyens sont de 15,6% dans les pays développés et de 20,1% dans les pays en développement (Hertel et al 2000).
[26]Selon le cadre méthodologique de Rawls (1971), nous devrions évaluer si un changement particulier dans le régime commercial serait accepté derrière un « voile d’ignorance », c’est-à-dire que les participants à la négociation ne sauraient pas s’ils sont nés dans un pays développé ou dans un pays en développement. Pour des méthodes alternatives, voir Sen (1999).
[27]Voir, par exemple, la lettre ouverte du 6 novembre 1999 de l’ambassadeur Ali Mchumo de Tanzanie, au nom de 11 pays en développement au président de l’OMC, exprimant leurs inquiétudes vis-à-vis du manque de transparence dans les processus de négociation de la « green room ».
[28]Bien sûr, lorsqu’un grand pays industrialisé entreprend une action globale – comme lorsque les États-Unis imposèrent des tarifs sur les importations d’acier – il peut exister une réponse globale efficace (comme ce fut le cas).
[29]Pour une discussion sur le concept de bien public global, voir Kaul et al (2003) et Stiglitz (1995).
[30]Des accords commerciaux pourraient également être utiles comme mécanismes par lesquels les gouvernements nationaux viendraient à bout d’oppositions politiques nationales aux réformes commerciales.
[31]La rémunération des facteurs peut ne pas être égale à leur productivité marginale. Ces écarts peuvent varier entre les pays si les degrés d’imperfection des marchés diffèrent.
[32]Pour la Banque Inter-Américaine de Développement, en 2002, les transferts de migrants vers l’Amérique du Sud et les Caraïbes s’élevaient à 32 milliards de dollars. Ceci représente bien plus que l’aide au développement vers ces pays et à peine moins que les investissements directs étrangers (Ellerman 2003).
[33]Les travailleurs étrangers peuvent être une source importante de travailleurs dans les pays développés. Ainsi, les traiteurs londoniens dépendent à 70% de migrants, et une large proportion des travailleurs saisonniers dans l’agriculture sont étrangers (Home Office 2001).
[34]Analyse par un Modèle d’Equilibre Général Calculable (EGC) fondée sur le modèle et les bases de données GTAP.
[35]Les pays de l’OCDE dépensent chaque année plus de 300 milliards de dollars en subventions agricoles. Cela représente près de 6 fois le montant total des aides des pays de l’OCDE vers l’ensemble des pays en développement (entre 50 et 60 milliards de dollars par an).
[36]Les importateurs nets incluent la Chine, l’Indonésie, le Mexique, la République de Corée, le « reste de l’Amérique du Sud » (moyenne régionale qui exclut l’Argentine et le Brésil), le « reste de l’Asie du Sud » (moyenne régionale qui exclut l’Inde), le « reste de l’Afrique Subsaharienne » (moyenne régionale qui exclut la Tanzanie et la Zambie), la Tanzanie, la Zambie, et la moyenne pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. L’Argentine, le Brésil, l’Inde et le Vietnam sont exportateurs nets (Dimaranan, Hertel et Keeney 2003).
[37]Le groupe de Cairns est composé de 17 pays exportateurs agricoles. Il fut formé en 1986 pour exercer des pressions en faveur de la libéralisation de l’agriculture dans les négociations commerciales multilatérales.
[38]L’OMC classe les subventions domestiques en fonction des distorsions commerciales qu’elles impliquent : les subventions ambre créent directement des distorsions commerciales, les subventions bleues sont des paiements à la production qui génèrent indirectement des distorsions commerciales, les subventions vertes sont des subventions qui n’impliquent pas de distorsions commerciales.
[39]Entre 1995 et 2002, on dénombrait 2063 cas de dumping en fonction des distorsions qu’ils impliquent sur le commerce. Les trois plus grands plaignants étaient les États-Unis (279), l’Inde (273) et la Communauté Européenne (255) (Finger et Zlate 2003).
[40]Pour une argumentation historique, voir Chang (2002). Des analyses théoriques plus récentes incluent celle de Dasgupta et Stiglitz (1995).
[41]L’Article 31(b) devrait être étendu afin de permettre le licenciement obligatoire au delà des urgences nationales à des scénarii plus généraux de « refus de commercer ». L’Article 40 devrait étendre le droit des membres de l’OMC de prévoir, dans leurs législations nationales, des mesures contre les licenciements anti-compétitifs dans le domaine des droits de propriété intellectuelle. De nouvelles mesures doivent être développées dans l’Article 66.2 afin d’assurer les transferts de technologie des pays développés vers les pays les moins avancés (voir OMC 1994).
[42]Par exemple, un brevet ne pourrait être délivré pour des médecines ou des biens traditionnels ou des variantes proches, lorsque l’utilité de ces produits aurait déjà été reconnue dans le pays en développement.
[43]L’utilisation par les pays développés du système de préférences généralisées Quad varie énormément entre les pays et entre les marchés, mais elle est faible dans un grand nombre de cas (CNUCED 2001).
[44]Chapitre 11 est le chapitre de l’ALENA relatif aux investissements, qui garantit de nouveaux droits pour les investisseurs étrangers aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
[45]Sur la participation, voir Blackhurst, Lyakurwa et Oyejide (2000) ; sur la transparence, voir Francois (2001) ; et sur la représentation, voir Winters (2001).
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[*]
Cet article est basé sur un rapport préparé pour le secréta...
[suite] Suite de la note...
[1]
En particulier le manque de transparence (notamment les nég...
[suite] Suite de la note...
[2]
Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)...
[suite] Suite de la note...
[3]
A cet égard, un certain nombre de pays en développement ont...
[suite] Suite de la note...
[4]
En effet, après les accords de Marrakech, le secrétariat du...
[suite] Suite de la note...
[5]
Pour le PNUD, 70% des gains de l’Uruguay Round iraient aux ...
[suite] Suite de la note...
[6]
Si les exportations des pays en développement sont concentr...
[suite] Suite de la note...
[7]
En janvier 2000, 90 des 109 pays en développement membres d...
[suite] Suite de la note...
[8]
Il est estimé que les subventions domestiques des pays de l...
[suite] Suite de la note...
[9]
Diao, Diaz-Bonilla, et Robinson (2003) estiment que le prot...
[suite] Suite de la note...
[10]
L’Article 7.1 expose les modalités d’application de l’accor...
[suite] Suite de la note...
[11]
Les pays en développement ont presque multiplié par quatre ...
[suite] Suite de la note...
[12]
Les estimations dérivées des barrières au commerce des serv...
[suite] Suite de la note...
[13]
Certaines estimations des gains globaux liés à la libéralis...
[suite] Suite de la note...
[14]
En 2002, plus d’un quart des 40 plus grands exportateurs de...
[suite] Suite de la note...
[15]
En 1995, le Patent Office Trademark Office américain a octr...
[suite] Suite de la note...
[16]
Une partie du problème est d’identifier les intérêts des pa...
[suite] Suite de la note...
[17]
La section 7 de la communication du 6 juin 2003 de l’Argent...
[suite] Suite de la note...
[18]
Pour Oxfam (2003, p.1) « l’agriculture est la clé pour déve...
[suite] Suite de la note...
[19]
Voir les déclarations de l’ambassadeur Indien K.M. Chandras...
[suite] Suite de la note...
[20]
Sur les subventions domestiques, aucun chiffrage n’était do...
[suite] Suite de la note...
[21]
Aux États-Unis, le Farm Security and Rural Investment Act (...
[suite] Suite de la note...
[22]
En 1996, la déclaration ministérielle de Singapour mandata ...
[suite] Suite de la note...
[23]
Finger (2000) estime les coûts d’application de trois des s...
[suite] Suite de la note...
[24]
Une des raisons pour lesquelles l’initiative « Tout Sauf le...
[suite] Suite de la note...
[25]
Pour les produits manufacturés, les tarifs moyens sont de 1...
[suite] Suite de la note...
[26]
Selon le cadre méthodologique de Rawls (1971), nous devrion...
[suite] Suite de la note...
[27]
Voir, par exemple, la lettre ouverte du 6 novembre 1999 de ...
[suite] Suite de la note...
[28]
Bien sûr, lorsqu’un grand pays industrialisé entreprend une...
[suite] Suite de la note...
[29]
Pour une discussion sur le concept de bien public global, v...
[suite] Suite de la note...
[30]
Des accords commerciaux pourraient également être utiles co...
[suite] Suite de la note...
[31]
La rémunération des facteurs peut ne pas être égale à leur ...
[suite] Suite de la note...
[32]
Pour la Banque Inter-Américaine de Développement, en 2002, ...
[suite] Suite de la note...
[33]
Les travailleurs étrangers peuvent être une source importan...
[suite] Suite de la note...
[34]
Analyse par un Modèle d’Equilibre Général Calculable (EGC) ...
[suite] Suite de la note...
[35]
Les pays de l’OCDE dépensent chaque année plus de 300 milli...
[suite] Suite de la note...
[36]
Les importateurs nets incluent la Chine, l’Indonésie, le Me...
[suite] Suite de la note...
[37]
Le groupe de Cairns est composé de 17 pays exportateurs agr...
[suite] Suite de la note...
[38]
L’OMC classe les subventions domestiques en fonction des di...
[suite] Suite de la note...
[39]
Entre 1995 et 2002, on dénombrait 2063 cas de dumping en fo...
[suite] Suite de la note...
[40]
Pour une argumentation historique, voir Chang (2002). Des a...
[suite] Suite de la note...
[41]
L’Article 31(b) devrait être étendu afin de permettre le li...
[suite] Suite de la note...
[42]
Par exemple, un brevet ne pourrait être délivré pour des mé...
[suite] Suite de la note...
[43]
L’utilisation par les pays développés du système de préfére...
[suite] Suite de la note...
[44]
Chapitre 11 est le chapitre de l’ALENA relatif aux investis...
[suite] Suite de la note...
[45]
Sur la participation, voir Blackhurst, Lyakurwa et Oyejide ...
[suite] Suite de la note...