2006
Revue d’économie du développement
Avant-propos
Dans ce présent numéro, la Revue d’Économie du Développement publie pour la seconde fois les textes en français des communications de la Conférence organisée chaque année par l’Agence Française de Développement en collaboration avec EUDN (European Development Research Network), l’Agence assurant simultanément une publication en anglais. La Revue remercie l’Agence Française de Développement de lui avoir permis de publier ces articles.
Le thème de la Conférence de décembre 2005 qui est donc celui de ce numéro de la Revue était « Le financement du développement : les défis d’un doublement de l’aide ». Sur ce sujet, un grand débat s’est récemment développé. D’un côté le projet du Millénaire des Nations Unies, à travers le principe de doubler l’aide pour réduire de moitié la pauvreté dans le monde, appuyé par la Commission Blair et illustré par le livre de Jeffrey Sachs, The End of Poverty, soutient l’idée d’un « Big Push » ou d’une « forte impulsion », de l’autre une constellation de critiques sur l’efficacité de l’aide et de craintes sur la capacité des pays concernés à absorber le doublement de l’aide. L’ouvrage de William Easterly, The White Man’s Burden illustre à l’extrême le point de vue opposé. Comment réconcilier « big push » et « capacité d’absorption » est ainsi devenu un enjeu essentiel de ce débat (Guillaumont 2006).
Le présent numéro, qui comprend quatre articles suivis de commentaires, apporte quelques éclaircissements importants, même s’ils demeurent partiels, à ce grand débat. Le premier exprime sur une forme vive et quelque peu polémique le point de vue développé par William Easterly dans son livre, qui provoque les économistes et réjouit les adversaires de l’aide. Le second, de Jakob Svensson, analyse la capacité d’absorption de l’aide à travers les « contraintes de décaissement », mot ambigu puisque l’originalité de l’article est de s’intéresser aux contraintes poussant à débourser (malgré l’absence des conditions requises), plutôt qu’aux contraintes empêchant le déboursement (et conduisant à une accumulation de crédits non utilisés, souvent blâmée). Sous la plume de Arne Bigsten, le troisième apporte un éclairage analytique bienvenu à l’importante question trop souvent traitée en termes purement administratifs de la coordination des aides. Il éclaire le processus d’harmonisation des aides traité au Forum de Paris en mars 2005. Enfin, le quatrième article présente une importante réflexion de Daniel Cohen, Pierre Jacquet et Helmut Reisen sur prêts et dons, et soutient l’idée que le processus d’annulation de la dette ne condamne pas l’usage futur des prêts, parfois plus efficaces que les dons pour promouvoir le développement, à condition toutefois de pouvoir les rééchelonner ou les annuler en cas de chocs extérieurs négatifs. Leur proposition est alors que les dons soient utilisés pour provisionner les prêts des Banques de développement.
Des commentaires de Giovanni Cornia, John Burton, Christopher Adam, Jean-Pierre Cling, Michael Clemens, Marc Raffinot et Paul Reding apportent un éclairage particulièrement utile à ces quatre articles.
Les travaux sur l’économie et la politique de l’aide connaissent aujourd’hui une rapide et substantielle expansion. La Revue d’Économie du Développement y contribue avec ce numéro et celui de l’an passé relatif à la précédente Conférence AFD/EUDN, faisant suite eux-mêmes au numéro spécial en hommage à Elliot Berg, qui contenait le dernier article de cet auteur sur le sujet, dont la lecture demeure précieuse dans le présent débat (2003). Qu’il me soit permis enfin, puisqu’il contribue au débat, recoupe plusieurs des thèmes de ce numéro et se trouve publié quasi simultanément, d’indiquer le rapport préparé pour le Conseil d’Analyse Économique par Daniel Cohen, Sylviane Guillaumont Jeanneney et Pierre Jacquet (2006) sur la politique d’aide française.
Espérons que ce qui est un véritable big push des études sur l’aide ne sature pas trop tôt la capacité d’absorption des lecteurs. Cette publication en français, comme celle du rapport précité, devrait contribuer à l’éviter pour les lecteurs francophones, tout comme l’adoption des modalités de l’aide en accroît la capacité d’absorption.
·
Berg E. (2003), Augmenter l’efficacité de l’aide : une critique de quelques points de vue actuels, Revue d’Économie du Développement, nËš 4, décembre, p. 11-42.
·
Cohen D., S. Guillaumont Jeanneney et P. Jacquet (2006), La France et l’aide publique au développement, Rapport du Conseil d’Analyse Économique, La Documentation française.
·
Easterly W. (2006), The White Man’s Burden. Why the West’s Efforts to Aid The Rest Have Done So Much Ill and So Little Good, The Penguin Press, New York.
·
Guillaumont P., S. Guillaumont Jeanneney (2006), “Big Push versus Absorptive Capacity : How to Reconcile the Two Approaches”, United Nations-Wider Conference, Aid: Principles, Policies and Performance, Helsinki, Finland, 16-17 June 2006, à paraître.
·
Sachs J. (2005), The End of Poverty. How We Can Make it Happen in our Lifetime, Penguin Book, London.