Revue d'économie du développement 2006/4
Revue d'économie du développement
2006/4 (Vol. 20)
200 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782804151300
DOI 10.3917/edd.204.0021
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Vous consultezLa vulnérabilité macroéconomique des pays à faible revenu et les réponses de l’aide

AuteurPatrick Guillaumont du même auteur

CERDI, CNRS et Université d’Auvergne

La vulnérabilité économique des pays en développement n’est pas une question nouvelle. Dans les travaux économiques des quarante dernières années, le problème de l’instabilité, spécialement celle des exportations de produits de base et des prix internationaux, tenait déjà une place importante dans l’analyse des problèmes rencontrés par les pays en développement. Certes les recommandations politiques étaient loin de converger. Mais le fait est que, durant les premières conférences de la CNUCED, il apparaissait important de répondre à l’instabilité des prix mondiaux. L’intérêt pour cette question a culminé au milieu des années 1970 (comme l’a montré à Nairobi la quatrième CNUCED [1976] et son Programme Intégré pour les Produits de Base – qui s’est finalement avéré trop ambitieux et mal défini, et n’a pas entraîné de réalisations significatives).

2 Récemment, la vulnérabilité économique des pays en développement s’est à nouveau retrouvée dans les priorités de l’agenda international. Non seulement l’économie mondiale est restée instable, mais de nouveaux aspects et de nouvelles conséquences de l’instabilité sont devenus manifestes. Plusieurs tendances et événements ont contribué à ce regain d’intérêt pour la vulnérabilité macroéconomique.

3 D’abord, les petits États insulaires en développement (SIDS) ont à plusieurs reprises exprimé leur préoccupation quant à leur « niveau de vulnérabilité », comme l’a montré en 1994 la Conférence de la Barbade sur le développement durable des petits États insulaires en développement. A la suite de cette conférence, d’où a émergé la nécessité de « l’élaboration d’indicateurs de vulnérabilité et autres indicateurs reflétant le statut des petits États insulaires en développement et intégrant leur fragilité écologique et leur vulnérabilité économique » (Nations Unies 1994), l’Assemblée Générale des Nations Unies a demandé en 1996 au Secrétaire Général de préparer un rapport sur l’indicateur de vulnérabilité et au Comité de la Planification du Développement (CPD/CDP) d’examiner cet indicateur. En 1998, la Commission des Nations Unies pour le Développement Durable a encouragé le CPD à présenter ses conclusions et à d’autres instances des Nations Unies d’accorder une attention prioritaire à la vulnérabilité des SIDS. En 1999, le Comité des Politiques de Développement (le nouveau nom du CPD), après avoir envisagé plusieurs indicateurs disponibles, a proposé un nouveau et relativement simple indicateur (Nations Unies 1999). Dix ans après la Conférence de la Barbade, la Conférence de l’Île Maurice (Décembre 2004) a de nouveau souligné l’intérêt de la communauté internationale pour la vulnérabilité des petits États insulaires. Quelques jours plus tard, le tsunami asiatique a souligné la pertinence de cette préoccupation.

4 Deuxièmement, conformément aux suggestions mêmes du CPD, l’Assemblée Générale lui a demandé d’évaluer « l’utilité de l’indicateur de vulnérabilité comme critère de désignation des Pays les Moins Avancés (PMA) » (Nations Unies 1997). En 1999, un nouvel « indicateur de vulnérabilité économique » (EVI) a été proposé par le CPD comme nouveau critère d’identification des PMA, venant s’ajouter aux deux anciens critères (le niveau de PIB par tête et un indicateur de capital humain). Le CPD, en 2000, dans sa révision triennale de la liste des PMA, a mis en place l’EVI comme critère d’identification. Cette liste – et le nouveau critère de vulnérabilité – ont été entérinés par le Conseil Économique et Social des Nations Unies (ECOSOC).

5 Troisièmement, et c’est le plus important, le caractère non durable des épisodes de croissance en Afrique est devenu un défi intellectuel et politique majeur. De plus, le problème des conflits, particulièrement aigu en Afrique, a attiré l’attention de la communauté internationale sur le risque de guerre civile (et également sur les facteurs de leur persistance [Collier et al. 2003]). C’est principalement au regard de ces événements et d’autres sources potentielles d’effondrement de la croissance que la Banque Mondiale a défini une catégorie spéciale de pays – les pays à faible revenu en difficulté (low income countries under stress : LICUS). L’expression « États fragiles » reflète également la vulnérabilité de ces pays (Chauvet et Collier 2005).

6 Quatrièmement, en réponse aux préoccupations concernant l’instabilité des prix internationaux des produits de base et leur impact potentiellement plus fort sur les producteurs dans un contexte de marchés agricoles intérieurs libéralisés, un Groupe de travail international sur la gestion des risques liés aux produits de base a été formé à l’initiative de la Banque Mondiale pour faire des propositions sur les moyens par lesquels les économies dépendant des produits de base peuvent gérer les risques au moyen de méthodes fondées sur le marché. Ces propositions sont spécifiquement destinées à s’attaquer à la vulnérabilité de ces économies et à évaluer l’ampleur de leur vulnérabilité (Banque Mondiale 1999 ; Varangis et al. 2004).

7 Cinquièmement, dans la deuxième moitié des années 1990, la « crise asiatique » a clairement montré que les SIDS, les PMA, l’Afrique et les économies tributaires des produits de base ne sont pas les seuls touchés par la vulnérabilité. De nombreux commentaires et analyses des causes de la crise asiatique et des autres crises financières ont souligné la vulnérabilité de certains pays émergents, qui avant la crise enregistraient des entrées de capitaux élevées mais dont les structures financières étaient fragiles. Dans cette perspective, plusieurs auteurs ont tenté d’évaluer le risque de crise financière (Berg et Patillo 1999), et d’autres d’estimer les facteurs expliquant la volatilité de la croissance du PIB (Easterly, Islam, et Stiglitz 2001 ; Combes et al. 2000), ce qui est une autre manière d’étudier la vulnérabilité.

8 Enfin, l’attention portée au niveau microéconomique à la vulnérabilité des ménages, qui a émergé de la somme immense de travaux sur la pauvreté (et qui est examinée par Stefan Dercon dans ce volume), a également accru l’intérêt pour la vulnérabilité au niveau macroéconomique. La vulnérabilité des ménages résulte dans une large mesure de la vulnérabilité macroéconomique.

9 L’expression « vulnérabilité macroéconomique » désigne le risque pour les pays pauvres de voir leur développement entravé par les chocs exogènes qu’ils subissent, chocs à la fois naturels et externes. Cet article examine deux principaux types de chocs, et trois principales composantes de vulnérabilité. Les chocs incluent (a) les chocs environnementaux ou « naturels », tels que les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques, et les chocs climatiques, plus fréquents, tels que les typhons, les ouragans, les sécheresses, les inondations, et autres ; (b) les chocs externes (liés au commerce et au change), tels que les chutes de la demande extérieure, l’instabilité des prix mondiaux des produits de base, les fluctuations internationales des termes de l’échange, et ainsi de suite. D’autres chocs intérieurs peuvent également être engendrés par l’instabilité politique ou, plus généralement, par les changements politiques imprévus. Ces chocs, cependant, ne sont pas considérés ici comme des chocs exogènes.

10 La vulnérabilité peut être envisagée comme le résultat de trois composantes[1] [1] Une décomposition similaire a été utilisée pour l’étude...
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 :

  1. l’ampleur et la fréquence des chocs exogènes, qu’ils soient observés (vulnérabilité ex post) ou anticipés (vulnérabilité ex ante) ;
  2. l’exposition aux chocs ;
  3. la capacité à réagir aux chocs, ou résilience[2] [2] Le concept de résilience est principalement utilisé dans...
    suite
    . La résilience dépend plutôt de la politique présente, plus facilement réversible, et moins structurelle. Mais il peut également y avoir un élément structurel dans la composante résilience de la vulnérabilité[3] [3] Considérons par exemple un petit pays exportateur de produits...
    suite
    .

On peut donc distinguer la vulnérabilité structurelle, qui résulte de facteurs qui sont durablement indépendants de la volonté politique des pays, de la vulnérabilité découlant de la politique, qui dépend de choix récents. Par exemple, la vulnérabilité des pays d’Asie après la crise de 1997 est très différente de la vulnérabilité des petites économies qui exportent des matières premières, ou des petites îles, parce qu’elle est moins structurelle, davantage le résultat de la politique, et plus éphémère. Cet aspect est évident quand la vulnérabilité est mesurée par la probabilité de crise financière, estimée principalement à partir de variables financières et politiques (voir, par exemple, Berg et Patillo 1999 ; Goldstein, Kaminski, et Reinhart 2000). Si un indicateur de vulnérabilité doit être utilisé pour sélectionner certains pays et leur accorder le soutien durable de la communauté internationale, la vulnérabilité à mesurer est naturellement de type structurel, et résulte essentiellement de l’ampleur des chocs susceptibles de survenir et de l’exposition à ces chocs.

11 Sans négliger les différents contextes dans lesquels le concept de vulnérabilité macroéconomique est apparu pertinent, cet article en examine deux aspects spécifiques : d’abord, il se focalise sur la vulnérabilité des pays à faible revenu, laissant de côté la vulnérabilité des pays émergents et des pays développés ; deuxièmement, il considère essentiellement la vulnérabilité structurelle, qui à court terme ne dépend pas de la politique, et est particulièrement forte dans beaucoup de pays à faible revenu.

12 L’article est organisé de la façon suivante. La première section souligne l’importance de la vulnérabilité, particulièrement pour les pays à faible revenu : en nous appuyant sur la littérature et certains travaux en cours, nous examinons comment la vulnérabilité réduit la croissance et ralentit la réduction de la pauvreté. Dans la seconde partie, consacrée aux questions de concept et de mesure, nous cherchons comment évaluer la vulnérabilité structurelle et présentons un indicateur de vulnérabilité économique pouvant servir à orienter la coopération pour le développement, comme c’est déjà le cas pour l’identification des PMA. La troisième section est consacrée aux implications pour la politique d’aide de la vulnérabilité macroéconomique des pays pauvres telle que définie à travers un tel indicateur, avec pour objectif d’atténuer ex post les conséquences des chocs et de réduire l’incertitude qu’ils engendrent.

1 - Pourquoi la vulnérabilité importe : l’impact de la vulnérabilité structurelle

13 Si la vulnérabilité est le risque d’être affecté par un choc, une première question est de savoir comment mesurer le préjudice. On concevrait que ce puisse être la perte immédiate de bien-être résultant du choc. Quand des chocs successifs opposés et de même ampleur ont lieu, la perte de bien-être associée à l’instabilité du revenu serait due alors uniquement à la décroissance de l’utilité marginale du revenu. Plus importants sans doute pour les pays à faible revenu sont les effets négatifs potentiels des chocs sur la croissance et le développement, qui correspondent à une définition dynamique de la vulnérabilité. Dès lors, la vulnérabilité pertinente est le risque que la croissance économique soit fortement et durablement réduite par les chocs (ou le risque que le taux de croissance moyen de long terme soit réduit par les chocs[4] [4] Au premier abord, la vulnérabilité (en ce qui concerne...
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). La vulnérabilité est ainsi vue comme un handicap pour la croissance. Une autre définition dynamique, quelque peu plus large, est la probabilité que les chocs exercent des effets négatifs durables sur la réduction de la pauvreté, soit à travers la croissance, soit de façon directe, ce qui est souligné plus loin. Si la vulnérabilité est coûteuse, elle ne peut en revanche être réduite sans coût, et en toute occurrence ne peut être totalement éliminée.

14 Cette section examine les relations entre vulnérabilité et croissance en rapport avec les trois principales composantes de la vulnérabilité examinées plus haut : les chocs, l’exposition et la résilience. La section souligne ensuite les effets macroéconomiques de la vulnérabilité, au-delà de ceux qui sont liés à la croissance.

1.1 - Les chocs : l’impact négatif de l’instabilité sur la croissance

1.1.1 - L’accent mis sur l’instabilité

15 L’impact négatif des chocs naturels, orientés en un seul sens, tels que les tremblements de terre, les typhons et les inondations, ne fait guère de doute. Les dommages causés par ces phénomènes sont souvent énormes, d’abord en raison du nombre de morts, ensuite du fait de la destruction du capital physique. S’il y a débat, c’est seulement sur l’évaluation de ces pertes. Cependant, lorsque les chocs sont « positifs puis négatifs » (caractérisés par des pics et des creux), comme le sont beaucoup de chocs, en particulier les chocs externes, leur effet global apparaît moins clairement. D’une façon qui peut varier selon la méthode utilisée pour mesurer les chocs, la taille respective des chocs positifs et négatifs tend à être la même (ce qui n’est pas nécessairement le cas de leur profil temporel). C’est la nature même de l’instabilité que d’être une succession de booms et de chutes (par exemple pour le prix des exportations, la demande extérieure, la pluviométrie, etc.). Dès lors, dans ce qui suit, nous considérons l’impact de l’instabilité plutôt que l’impact de chocs séparés. Ce que nous soutenons est que l’impact de cet ensemble de hausses et baisses successives n’est pas neutre. Leur impact peut résulter soit d’une asymétrie de réactions ex post aux chocs positifs et négatifs (il se peut même que le profil temporel de ces chocs ne soit pas symétrique), soit de l’incertitude engendrée par la fréquence passée des chocs. Ainsi existe-t-il à la fois des effets ex ante et ex post de l’instabilité (comme l’a clairement souligné Gunning 2004). Les effets ex post sont probablement plus faciles à mettre en évidence que les effets ex ante, qui dépendent de la perception du risque. La plupart des mesures utilisées dans les analyses transversales reposent sur le concept d’instabilité ex post.

16 Puisqu’observer une succession de hausses et de baisses (c’est-à-dire mesurer l’instabilité) se fait nécessairement sur une période de plusieurs années, les régressions transversales ou en panel s’avèrent souvent être un outil approprié pour l’analyse des effets de l’instabilité (sur la croissance ou sur d’autres agrégats). De plus, ces régressions permettent l’utilisation d’un indicateur comparable au niveau international (examiné section suivante). Un ensemble important de travaux examine également les effets des chocs commerciaux, à la fois de façon théorique et à travers des études de cas (par exemple Collier et Gunning [1999], essentiellement sur les chocs commerciaux positifs), ou bien analyse des séries temporelles (Deaton et Miller 1996) ou encore modélise une économie caractéristique (Koze et Reizman 2001).

17 Si certains doutes existent encore concernant les effets statiques négatifs sur le bien-être de l’instabilité macroéconomique dans les pays développés, tels qu’exprimés par Lucas (2003), en revanche peu de doutes subsistent sur ces effets dans les pays en développement (Pallage et Robe 2003). Nous soutenons ici, sur la base d’études transversales incluant un nombre important de pays en développement, que l’instabilité macroéconomique est généralement défavorable à la croissance. Toutefois, une question, rarement soulevée, demeure qui est de savoir s’il existe un seuil au-delà duquel seulement l’instabilité agit ou encore si ses effets sont non linéaires.

1.1.2 - L’instabilité de la croissance et le taux moyen de croissance

18 Trois études économétriques proposent un test de la vulnérabilité macroéconomique, sans considérer spécifiquement ni de manière séparée les principales sources d’instabilité ou de vulnérabilité. Un test global de la vulnérabilité est présenté dans l’étude bien connue de Ramey et Ramey (1995) qui fait apparaître un lien significatif entre l’instabilité du taux de croissance et le taux moyen de croissance lui-même. Mais cette instabilité peut être due à des facteurs structurels ou politiques – et dans ce cas l’instabilité de la croissance ne peut être utilisée comme un indicateur de vulnérabilité structurelle, comme nous l’expliquons plus loin dans la section concernant les indices de vulnérabilité. En second lieu, sans tenter non plus de distinguer les sources structurelles de la vulnérabilité des sources liées à la politique économique, Rodrik (1999) a mis en lumière un facteur significatif de la variation du taux de croissance entre deux périodes de quinze ans en utilisant comme variable explicative un indice de « conflit », variable multiplicative d’un indicateur de « chocs » et d’un indicateur de « conflit social latent » (indice de fragmentation ethnolinguistique ou encore indice de Gini des inégalités de revenus), puis en multipliant cette variable elle-même par un indicateur de « qualité des institutions permettant de gérer les conflits » (à savoir le degré de démocratie ou encore la qualité des institutions gouvernementales, telles que mesurées par Knack et Keefer [1995]). Chacun de ces indicateurs, introduits séparément, apparaît fortement significatif. Rodrik teste également les effets respectifs des chocs commerciaux et d’un indicateur d’exposition ou encore d’un indicateur de capacité de gestion. Une troisième tentative, récente et systématique, d’estimation du lien entre instabilité et niveau de la croissance est due à Hnatkovska et Loayza (2004), qui montrent à la fois une plus forte réponse de la croissance à la volatilité dans les pays à faible revenu et un impact de la volatilité plus important sur les deux dernières décennies que sur les précédentes. Les auteurs montrent également que la volatilité est encore plus défavorable quand la qualité des institutions est faible (par le biais d’une variable multiplicative). Mais ils n’évaluent pas l’impact de la vulnérabilité structurelle en tant que telle[5] [5] Ils vérifient l’exogénéité de la volatilité de la...
suite
.

19 Les effets de l’instabilité des exportations, une cause essentielle de vulnérabilité structurelle des pays en développement, ont longtemps été discutés dans les travaux recourant à des régressions de croissance. Il y a vingt ans, les résultats pouvaient s’avérer mitigés, en partie à cause de faiblesses méthodologiques et en partie à cause d’un intérêt excessif des auteurs pour les effets de l’instabilité sur l’épargne (voir plus bas). Aujourd’hui, il semble qu’un consensus ait émergé de différentes études pour conclure que l’instabilité des exportations (ou celle des termes de l’échange) a bien des effets négatifs sur la croissance[6] [6] Voir par exemple Bleany et Greenaway 2001 ; Combes et Guillaumont...
suite
. Les effets trouvés sont encore plus significatifs quand sont testés simultanément l’effet positif de la croissance des exportations et celui négatif de l’instabilité des exportations, et quand soit (a) l’instabilité des exportations (la taille des chocs) est pondérée par le ratio des exportations au PIB, lequel est d’autant plus important que la population est peu importante, toutes choses égales par ailleurs (Guillaumont 1994 ; Combes et Guillaumont 2002), soit (b) l’instabilité est celle même du ratio des exportations au PIB (Dawe 1996). L’exposition aux chocs est alors prise en compte.

20 L’instabilité des exportations n’est pas la seule dont les effets ont été testés. Nous avons précédemment estimé l’influence de plusieurs instabilités primaires, principalement exogènes, sur le taux de croissance et avancé que celles-ci, significativement plus importantes dans les pays d’Afrique subsaharienne que dans les autres pays en développement, avaient été un facteur majeur du ralentissement du taux de croissance en Afrique subsaharienne dans les années 1970 et les années 1980 (Guillaumont, Guillaumont Jeanneney et Brun 1999). Ces instabilités primaires sont celle des termes de l’échange, pondérée par le ratio des exportations au PIB, celle de la valeur réelle des exportations, pondérée de la même manière, celle de la valeur ajoutée agricole, pondérée par la part de la valeur ajoutée dans le PIB, et l’instabilité politique. La première et la troisième de ces instabilités sont apparues avoir un effet significatif sur la croissance, mais non l’instabilité de la valeur ajoutée agricole. Cependant, dans d’autres travaux, l’instabilité des exportations ainsi que celle de la valeur ajoutée agricole, cette fois non pondérée, sont apparues significatives (Guillaumont et Chauvet 2001). Récemment, Miguel, Satyanath et Sergenti (2004) ont mis en évidence l’impact des variations de pluviométrie sur la croissance en Afrique durant la période 1981-1999 et la probabilité de conflit civil qui en découle[7] [7] En fait, le but de Miguel, Satyanath et Sergenti (2004)...
suite
.

21 Quels sont les canaux de transmission des chocs à la croissance? Quelles variables intermédiaires sont rendues instables, de sorte que la croissance s’en trouve négativement affectée ?

1.1.3 - La productivité des facteurs plus affectée que le taux d’investissement

22 Comme indiqué plus haut, une part importante de la littérature sur l’instabilité des exportations est consacrée aux effets sur l’épargne, lesquels sont ambigus. D’une part, on a longtemps supposé que l’instabilité encourageait l’épargne de précaution (Knudsen et Yotopoulos 1976), hypothèse surtout pertinente dans le cas de l’épargne privée et dépendant du degré d’aversion au risque, comme l’a montré Mendoza (1997). D’autre part, l’instabilité peut également engendrer des effets de cliquet sur la consommation, principalement sur la consommation publique. L’instabilité peut également décourager l’investissement privé, à cause de la perception du risque, comme l’ont soutenu et estimé Aizenman et Marion (1999). Le secteur public quant à lui est souvent enclin à investir dans les périodes de boom économique, éventuellement avec l’appui d’un emprunt pro-cyclique, conduisant à un endettement accru. Dès lors, il n’est pas surprenant que l’effet net sur le taux d’investissement global, si ce n’est sur sa composition, soit ambigu.

23 Les effets de l’instabilité sur la croissance de la productivité sont au contraire clairement négatifs et expliquent les effets négatifs sur la croissance économique, comme l’ont montré plusieurs études[8] [8] Les régressions de la croissance sur l’instabilité ou...
suite
. Dans les régressions transversales citées précédemment, les instabilités, qu’il s’agisse des instabilités primaires (Guillaumont, Guillaumont Jeanneney et Brun 1999) ou de l’instabilité de la croissance (Ramey et Ramey 1995), réduisent essentiellement le taux de croissance de la productivité des facteurs. En fait, l’instabilité des termes de l’échange tend à accroître plutôt qu’à réduire le taux d’investissement (Guillaumont, Guillaumont Jeanneney et Brun 1999), ce qui rend l’effet sur le résidu de croissance plus important que l’effet sur la croissance totale[ 9] [ 9] Des résultats similaires concernant les effets de l’instabilité...
suite
. Finalement, rien dans la littérature sur les pays à faible revenu ne permet de mettre en évidence un quelconque effet de nettoyage (cleansing effect) durant les périodes de récession : c’est certes un effet escompté des politiques d’ajustement, mais il ne semble pas associé à la vulnérabilité structurelle. Toutefois, il se peut qu’il joue en deçà d’un certain seuil.

1.1.4 - L’instabilité transmise à travers l’investissement, le taux de change réel et les prix aux producteurs

24 Guillaumont, Guillaumont Jeanneney et Brun (1999) ont testé l’hypothèse d’un effet des instabilités primaires (termes de l’échange, valeur ajoutée agricole, politique) sur la croissance à travers deux instabilités intermédiaires importantes : l’instabilité du taux d’investissement et celle des prix relatifs. Ces deux instabilités intermédiaires ont des effets négatifs sur la croissance et elles sont liées à la politique économique, qui apparaît ainsi elle-même affaiblie par la vulnérabilité structurelle.

25 En premier lieu, l’instabilité du taux d’investissement est un facteur important, curieusement négligé dans la littérature, de moindre productivité du capital : en raison de la décroissance de la productivité marginale de l’investissement, le gain associé à un taux d’investissement plus élevé sera moins important que la perte associée à un taux d’investissement moins élevé. Cet effet, illustré dans les périodes de boom économique par des projets faiblement productifs, mal élaborés et démesurés, concerne principalement l’investissement public.

26 La seconde instabilité intermédiaire, celle des prix relatifs – mesurée par l’instabilité du taux de change effectif réel (TCER) – semble également avoir un effet important sur le taux de croissance. Elle est supposée brouiller les signaux du marché et induire une mauvaise allocation des investissements. Cet effet négatif de l’instabilité du TCER a également été mis en lumière dans plusieurs travaux (Aizenman et Marion 1999 ; Ghura et Grennes 1993 ; Serven 1997). Elle apparaît ne pas jouer uniquement sur la productivité totale des facteurs, mais également négativement sur le taux d’investissement (Guillaumont, Guillaumont Jeanneney et Brun 1999).

27 Qu’elle soit due à l’instabilité du TCER induite par la politique macroéconomique ou à la transmission des fluctuations de prix mondiaux aux producteurs, l’instabilité des prix relatifs est généralement considérée comme une cause de moindre production agricole moyenne (ainsi que de moindre bien-être), notamment en raison de ses effets sur l’adoption de nouvelles technologies, similaires à ceux de l’instabilité climatique (Newberry et Stiglitz 1981 ; Nations Unies 2001b pour une vue d’ensemble des études sur l’impact du risque sur la production agricole).

28 Les études sur séries temporelles concernant les effets de la variabilité des prix au producteur se rapportent le plus souvent à des produits et des pays spécifiques (par exemple, Araujo 1995 ; Behrman 1968 ; Guillaumont et Bonjean 1991 ; Just 1974 ; Lin 1977). Au niveau macroéconomique, sur la croissance de la production agricole, les effets de l’instabilité des prix réels au producteur sont également apparus significativement négatifs à partir d’un échantillon couvrant à la fois de nombreux pays et plusieurs produits (Boussard et Gérard 1996 ; Guillaumont et Combes 1996 ; et concernant les effets de l’instabilité des prix réels à la frontière, Subervie 2006).

29 Ainsi, l’instabilité externe semble-t-elle avoir des effets négatifs sur la croissance à travers l’instabilité du taux d’investissement et celle du taux de change réel, soit par son impact sur les finances publiques lorsqu’elle est retenue à ce niveau, soit par son impact sur le revenu des producteurs lorsqu’elle est transmise à ces derniers.

1.2 - Exposition : la vulnérabilité des petits pays

30 Le principal facteur structurel responsable d’une plus forte exposition d’un pays aux chocs exogènes est sa petite taille. Parmi les différentes manières de mesurer la taille d’un pays, la plus pertinente est en l’occurrence le nombre d’habitants. Dans certains cas (les chocs naturels par exemple), une surface géographique restreinte peut s’avérer une mesure plus pertinente de l’exposition. Mais pour évaluer les principales conséquences économiques de la taille d’un pays, la population est la mesure la plus utilisée.

31 Le problème de la vulnérabilité fait resurgir le débat déjà ancien sur les conséquences de la dimension des nations (voir les travaux récents de Alesina et Spolaore 2004 ; Ocampo 2002 ; Winters et Martins 2004). La dimension a de multiples conséquences – toutes n’étant pas à première vue liées à la vulnérabilité – en particulier les économies d’échelle dans les secteurs d’activité industriels et les secteurs gouvernementaux (les coûts unitaires de l’administration publique sont supposés plus élevés dans les petits pays). Cependant, si l’on examine les canaux par lesquels la dimension influence le développement, les liens avec la vulnérabilité apparaissent plus clairement. Une faible dimension influence la part de la vulnérabilité due à l’exposition à travers au moins trois canaux (ou variables intermédiaires) : l’intensité du commerce, la taille du gouvernement et la cohésion sociale.

32 Prenons pour commencer l’exposition aux chocs externes, que reflète le ratio des exportations au PIB. Plus le pays est petit, plus (toutes choses égales par ailleurs) le ratio des exportations au PIB est élevé (et plus l’économie du pays « dépend » du commerce). La dimension du pays est le principal facteur structurel déterminant le ratio des exportations au PIB, c’est-à-dire le principal déterminant de l’« ouverture naturelle » (ouverture due aux facteurs naturels ou structurels) et donc le principal facteur qui doit être neutralisé dès lors que l’on définit un indicateur de « politique d’ouverture » à partir des ratios observés (Guillaumont 1989, 1994). Il est clair que l’impact d’une chute des exportations est d’autant plus fort que la part des exportations dans le PIB est importante. Pour cette raison, l’impact de l’instabilité des exportations (et celle de la croissance des exportations également) est mieux estimé si la variable d’instabilité des exportations est multipliée par le ratio des exportations au PIB, c’est-à-dire si elle est « pondérée ». Toutefois, alors que l’ouverture naturelle, principalement déterminée par la dimension du pays, accroît l’exposition aux chocs commerciaux et par conséquent l’effet négatif sur la croissance, la politique d’ouverture constitue un facteur de meilleure résilience (Guillaumont 1994, Combes et Guillaumont 2002)[10] [10] Parce que les chocs ou les désastres naturels concernent...
suite
.

33 De plus, les déséconomies d’échelle associées à une petite dimension rendent plus difficile une diversification à faible coût. Par conséquent, les pays à faible revenu de petite dimension, lorsqu’ils adoptent des mesures protectionnistes, prennent un risque plus important que les grands pays de mettre en place des politiques coûteuses et inefficaces ; pour la même raison, une tendance protectionniste au niveau mondial est susceptible d’être plus défavorable aux petits pays. Alesina et Spolaore (2004) ont testé cet effet dans une régression transversale de croissance à travers une variable multiplicative de la population (en logarithmes) et de l’ouverture : le coefficient de cette variable multiplicative s’avère négatif de manière significative, tandis que celui de chacune des deux variables introduites additivement dans la régression apparaît positif de manière significative.

34 Une seconde raison pour laquelle la petite dimension d’un pays est supposée être un facteur de moindre croissance est son impact sur la taille du gouvernement. L’hypothèse d’une relation négative entre la taille de la population et la taille relative des activités du gouvernement a été testée avec succès par Alesina et Spolaore (2004). Une interprétation peut être trouvée dans un travail précédent de Rodrik (1998) qui soutient qu’un taux élevé d’exportation par rapport au PIB (taux lui-même lié à la taille de la population) conduit à une extension du rôle de l’État en matière d’assurance des citoyens. Cette relation peut également être liée à un plus fort effet de la hausse que de la baisse des recettes publiques sur la dépense publique. Si les activités du gouvernement sont génératrices de coûts élevés, la vulnérabilité due à la petite dimension du pays peut être accrue et ainsi réduire la croissance.

35 Un troisième canal par lequel la dimension du pays, mesurée par la taille de sa population, est susceptible d’affecter la vulnérabilité et la croissance, est celui de la cohésion sociale. Un pays de petite taille peut avoir davantage de cohésion sociale (parce que moins de fragmentation religieuse, linguistique ou ethnique) : si la fragmentation sociale est un facteur de moindre croissance et si elle augmente avec la taille de la population, alors être un pays de petite taille peut s’avérer être un avantage plutôt qu’un handicap. Au demeurant, la fragmentation, en tant que handicap, n’est pas sans lien avec la vulnérabilité: une raison pour laquelle la fragmentation est supposée jouer négativement sur la croissance est qu’en tant que facteur structurel, elle influence l’exposition ou la résilience aux chocs (Rodrik 1999). La réalité est sans doute plus complexe, et plusieurs travaux parviennent à mettre en évidence que certaines relations supposées linéaires ne l’étaient pas. En particulier, la polarisation sociale davantage que la fragmentation sociale peut s’avérer être un handicap (et un facteur de vulnérabilité) (Arcand, Guillaumont et Guillaumont Jeanneney 2001). La polarisation, elle, n’augmente pas avec la taille de la population : elle diminue avec elle[11] [11] Même l’hypothèse d’une corrélation négative entre...
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(du moins en deçà d’une certain seuil). Pour cette raison, la petite taille d’un pays est susceptible d’accroître – et non de diminuer – sa vulnérabilité[12] [12] La plus grande cohésion sociale des petites îles est également...
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.

36 Finalement plusieurs régressions transversales montrent que, lorsque l’on introduit les variables de contrôle appropriées, le nombre de la population (exprimé en logarithmes) a un effet positif significatif sur la croissance (Alesina et Spolaore 2004 ; Bosworth et Collins 2003 ; Guillaumont et Guillaumont Jeanneney 1988 ; Guillaumont et Chauvet 2001 ; Milner et Weyman-Jones 2003) et un effet négatif sur l’instabilité des exportations (Easterly et Kray 2000). Le fait que la petite taille réduise la croissance peut être dû soit à une plus forte vulnérabilité, soit aux déséconomies d’échelle, soit à la combinaison des deux.

37 En plus de la petite taille, d’autres facteurs d’exposition aux chocs doivent être pris en considération. Ceux-ci sont liés à la structure de l’économie et à la position géographique du pays, les économies primaires et les pays isolés étant davantage exposés aux chocs naturels et aux chocs exogènes. Nous examinons ce qu’il en est dans la section suivante, en liaison avec les indicateurs d’exposition.

1.3 -  Résilience : le rôle ambigu de la politique

38 Comme nous l’avons vu plus haut, lorsque l’instabilité du revenu total est transmise aux recettes publiques, elle devient un facteur d’endettement et de déficit publics, d’instabilité et donc de faible productivité de l’investissement public, d’instabilité du taux de change réel, etc. L’hypothèse selon laquelle la vulnérabilité structurelle affaiblirait la politique économique semble corroborée par l’introduction d’un indicateur de vulnérabilité dans un modèle dont la variable dépendante est un indicateur composite de politique économique. Prenons un indicateur de politique, similaire à celui utilisé par Burnside et Dollar (2000), comptant parmi ses composantes le ratio de l’excédent budgétaire au PIB, le taux d’inflation et la mesure d’ouverture de Sachs et Warner, chacune pondérée par son impact sur la croissance estimé dans un modèle transversal incluant également d’autres variables (ce modèle mesure donc l’impact sur la croissance des trois composantes en question, toutes choses égales par ailleurs). Sur une période de plusieurs décennies, cet indicateur de politique apparaît significativement et négativement influencé par le niveau de vulnérabilité économique et positivement influencé par le niveau initial de capital humain (Guillaumont et Chauvet 2001). Toutefois, l’effet à long terme de l’instabilité sur la qualité des institutions est une question qui pour l’instant demeure peu explorée.

39 La vulnérabilité structurelle n’a pas seulement un impact sur la qualité des politiques économiques ; ses effets directs sur la croissance se trouvent aussi dépendre de la politique. La politique et les institutions sont les principaux déterminants de la résilience aux chocs, c’est-à-dire de la capacité du pays à effectivement gérer les chocs exogènes. C’est pourquoi la vulnérabilité structurelle doit être distinguée de la vulnérabilité globale, qui inclut une composante de politique autonome à travers la résilience. En effet, les institutions et la politique sont elles-mêmes influencées par des facteurs plus profonds, comme le soutiennent Acemoglu et al. (2003), précisément pour expliquer leur impact sur l’instabilité de la croissance et l’occurrence des crises.

40 Un aspect important de la résilience, dépendant de la politique, est la capacité du pays à maintenir un niveau de compétitivité convenable. Une politique tournée vers l’ouverture, même si elle est susceptible d’accroître l’exposition aux chocs externes, améliore la résilience. Cela signifie que dans les régressions de croissance, la valeur absolue du coefficient (négatif) de l’instabilité (pondérée) des exportations ou des termes de l’échange est plus petite si la politique est plus ouverte (Combes et Guillaumont 2002 ; Guillaumont 1994). Dès lors, trois effets résultant d’une politique plus ouverte peuvent être identifiés : (a) l’effet positif bien connu de la croissance des exportations ; (b) l’effet négatif d’une exposition croissante à l’instabilité (le ratio des exportations au PIB pondérant l’instabilité des exportations) ; (c) l’effet positif d’un moindre impact d’un niveau donné de l’instabilité des exportations, c’est-à-dire une meilleure résilience. Comme nous le soutenons dans la dernière section, l’aide extérieure peut également être un facteur important de résilience.

1.4 - Au-delà de la croissance : les conséquences sociales de la vulnérabilité économique

41 L’instabilité, en réduisant la croissance, a des conséquences néfastes sur les variables sociales qui dépendent de la croissance économique, notamment en entraînant une moindre réduction de la pauvreté. Mais l’instabilité a aussi des effets directs sur ces variables sociales, indépendamment de ses effets sur la croissance. Ces effets directs tiennent à deux raisons. La première est le sentiment de frustration induit par une chute de revenu survenant après une période d’expansion rapide ayant créé des besoins nouveaux et des anticipations exagérément optimistes. La seconde résulte des « pièges de pauvreté » qui sont liés à l’asymétrie des réponses aux fluctuations positives et négatives du revenu en termes de santé, d’éducation et d’emploi.

1.4.1 - La frustration sociale induite par l’instabilité

42 Les facteurs économiques qui influencent les événements sociaux de nature tragique, tels que la criminalité et les guerres civiles ont fait l’objet d’études récentes dont les résultats peuvent être réinterprétés, voire modifiés si l’on prend en compte l’instabilité économique. Collier et Hoeffler (2004) par exemple ont montré que le risque de guerre civile est plus important dans les pays où les produits de base représentent une part importante des exportations. Ils expliquent cette relation principalement par le comportement de recherche de rente des rebelles et par leur accès plus facile aux ressources financière. Une autre hypothèse envisageable est celle selon laquelle l’instabilité des exportations – qui est plus forte lorsqu’il s’agit d’exportations de produits de base – exacerbe le sentiment de frustration. Quand l’instabilité des exportations, pondérée par le taux d’ouverture, est introduite dans un modèle d’occurrence des conflits comme celui de Collier et Hoeffler, non seulement le coefficient de détermination augmente significativement, mais aussi la part des produits de base dans les exportations devient non significative (Guillaumont et al. 2005). D’autres chocs exogènes sont susceptibles d’avoir des effets similaires sur le risque de conflit : Miguel, Satyanath et Sergenti (2004), en examinant l’impact des guerre civiles sur la croissance, établissent un lien entre guerre civile et instabilité de la pluviométrie, celle-ci apparaissant comme un déterminant significatif.

43 Plusieurs travaux ont examiné les déterminants économiques du taux de criminalité (Fajnzylber, Lederman et Loayza 2002 ; Neumayer 2003, 2005). Ces déterminants incluent le revenu moyen par tête, l’inégalité de la répartition des revenus, le niveau d’éducation, sans aucun facteur représentant la vulnérabilité. A partir de la base de données élaborée par Neumayer (2005), il a été montré que l’instabilité de la croissance est un déterminant significatif à la fois du taux d’homicide et du taux de vol ; concernant les vols, l’instabilité des exportations ainsi que celle de la valeur ajoutée agricole, introduites à la place de l’instabilité de la croissance, s’avèrent également être des déterminants significatifs (Guillaumont et Puech 2006).

1.4.2 - Le biais anti-pauvre d’une croissance instable

44 Les relations présentées ci-dessus font référence à des événements spécifiques qui reflètent un ressentiment social. Considérons maintenant comment la vulnérabilité macroéconomique affecte la situation sociale générale, indépendamment de l’effet attendu d’une moindre croissance.

45 Le meilleur indicateur de l’évolution de la situation sociale dans les pays à faible revenu est peut-être le taux de mortalité infanto-juvénile, tel qu’on peut le trouver dans les bases de données élaborées à partir des Enquêtes Démographiques et de Santé et prolongées par l’Organisation Mondiale de la Santé. La mortalité infanto-juvénile est un indicateur sensible, susceptible de refléter un important effet d’asymétrie qui peut être attendu de l’instabilité du revenu : une hausse de la mortalité consécutive à une chute du revenu ne sera pas compensée après coup par une hausse du revenu de même ampleur. La mortalité infanto-juvénile étant caractérisée par une borne inférieure, la meilleure forme fonctionnelle à tester est la forme logistique, où la variable dépendante est le logarithme du ratio de la survie à la mortalité (Grigoriou et Guillaumont 2003). Testé par la méthode des Effets Fixes, puis par celle des Moments Généralisés (GMM), à partir de cinq points d’observation par pays entre 1980 et 2000, l’effet de l’instabilité passée sur la mortalité infanto-juvénile apparaît significativement positif pour le sous-échantillon des pays à faible revenu, et dans une moindre mesure pour l’échantillon total et seulement par l’estimation en GMM (les variables de contrôle étant le niveau du revenu par tête et le taux de vaccination DTC [diphtérie, tétanos et coqueluche]) (tableau 1). L’instabilité du revenu[13] [13] L’impact spécifique de la vulnérabilité structurelle...
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est mesurée sur les cinq années passées (par rapport à une tendance mixte, c’est-à-dire à la fois déterministe et stochastique, estimée sur dix ans, voir section suivante).

Tableau 1 Effets de l’instabilité du revenu sur la mortalité infanto-juvénile
Effets fixesGMM system
Échantillon totalPays à faible revenu seulementÉchantillon totalPays à faible revenu seulement
(1)(2)(3)(4)
Instabilité du revenu0,0040,0240,0250,054
(0,64)(2,59)**(1,94)*(3,77)***
Ln revenu par tête-0,1050,017-0,840-0,713
(1,86)*(0,21)(8,03)***(4,88)***
Vaccin DTC-0,003-0,006-0,006-0,004
(3,67)***(4,00)***(2,84)***(1,79)*
Constante-1,499-1,6094,433,324
(3,40)***(2,85)***(6,26)***(3,10)***
Nb d’obs.401126401126
Pays96339633
R20,610,5
p(Sargan)a0,1990,995
AR(1)b0,0000,182
AR(2)c0,4940,754
Note : Variable dépendante: logit de la mortalité infanto-juvénile.
Périodes : 1980, 1985, 1990, 1995 et 2000. DTC=diphtérie, tétanos et coqueluche.
Valeur absolue des t-statistiques entre parenthèses pour les estimations en effets fixes ;
Valeur robuste des t-statistiques pour les estimations en GMM.
* significatif à 10 %
** significatif à 5 %
*** significatif à 1 %
a Test de suridentification de Sargan
b Test d’autocorrélation de 1er ordre d’Arellano et Bond
c Test d’autocorrélation de 2e ordre d’Arellano et Bond
Source : Auteur, avec C. Korachais

46 Nous pouvons enfin introduire la vulnérabilité macroéconomique dans le nouveau courant de recherche transversale sur les déterminants du niveau et de l’évolution de la pauvreté, rendu possible grâce à l’extension des bases de données de la Banque Mondiale. Jusqu’à présent, la principale question étudiée était la réaction de la pauvreté à la croissance et à l’inégalité des revenus (Adams 2004), sans que soient considérés les effets de l’instabilité du revenu sur la réduction de la pauvreté (Guillaumont Jeanneney et Kpodar [2005] ont toutefois examiné les effets de l’instabilité financière sur la pauvreté). A partir d’un modèle standard (utilisé par Adams 2004), où la variation du niveau de pauvreté dépend de la croissance du revenu par tête et de la variation de l’inégalité, nous avons estimé un modèle comportant comme variable additionnelle l’instabilité du revenu par tête. L’hypothèse est que l’instabilité du revenu pousse les individus dans des « pièges de pauvreté » (les pauvres contractent des handicaps de santé, les enfants quittent l’école, les travailleurs sont exclus du marché du travail, etc.), de sorte que la réaction de la pauvreté est moins importante à une hausse qu’à une baisse du revenu moyen (voir, par exemple, de Janvry et Sadoulet 2000 pour l’Amérique Latine). L’effet escompté est une baisse de l’élasticité de la pauvreté par rapport au revenu, ou un accroissement de la pauvreté elle-même indépendamment de la croissance du revenu et de la variation de l’inégalité des revenus, ou les deux : l’instabilité du revenu doit ainsi être introduite à la fois de manière additive et multiplicative de la croissance du revenu. La variation de la pauvreté est ici la variation de l’incidence de la pauvreté (indice exprimé en logarithmes). Comme dans le modèle de mortalité infanto-juvénile, l’instabilité du revenu est l’écart du revenu par tête moyen par rapport à une tendance estimée par un ajustement mixte (à la fois déterministe et stochastique) (Guillaumont et Korachais 2006).

47 Le modèle est estimé par la méthode des Moindres Carrés Ordinaires (méthode également utilisée par Adams [2004]) à partir de données sur la variation de la pauvreté sur différentes décennies (base de données POVCAL de la Banque Mondiale), en contrôlant de plus l’effet du niveau initial de pauvreté. Les résultats sont significatifs (tableau 2). L’impact direct d’une instabilité du revenu de 3 % dans les pays en développement correspond à une réduction approximative d’un tiers de l’élasticité-revenu de la pauvreté et de moitié dans les pays à faible revenu. L’instabilité du revenu est également corrélée avec une hausse d’inégalité : un coefficient plus élevé est obtenu quand la variable d’inégalité n’est pas introduite, ce qui est cohérent avec l’idée que l’instabilité accroît l’inégalité, testée par Breen et Garcia-Peñalosa (2005)[14] [14] Nous avons également estimé un autre modèle en panel...
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.

Tableau 2 Effet de l’instabilité du revenu sur la variation de la pauvreté
Échantillon totalPays à faible revenu seulement
(1)(2)(3)
Instabilité du revenu0,0520,0810,02
(0,037)(0,039)**(0,027)
Croissance du revenu–3,171–2,708–2,301
(0,655)***(0,617)***(0,757)***
Instabilité du revenu × Croissance du revenu0,3690,3410,332
(0,098)***(0,105)***(0,181)*
Croissance du coefficient de Gini3,9662,174
(1,060)***(0,609)***
Pauvreté initiale–0,189–0,205–0,309
(0,074)**(0,083)**(0,109)***
Constante–0,405–0,478–0,095
(0,160)**(0,171)***(0,103)
Nombre d’observations13513560
R20,350,260,52
Note : Variable dépendante : variation de l’incidence de pauvreté (%).
Périodes : 1981-1990 et 1990-1999.
Estimateur : Moindre Carrés Ordinaires
Ecarts-types robustes entre parenthèses
* significatif à 10 %
** significatif à 5 %
*** significatif à 1 %
Source : Auteur, avec C. Korachais

48 En plus de son effet direct sur la pauvreté, l’instabilité du revenu, comme on l’a vu plus haut, réduit le taux de croissance. En bref, non seulement la « croissance est bonne pour les pauvres » et la stabilité est bonne pour la croissance, mais aussi la stabilité rend la croissance meilleure pour les pauvres. Une croissance stable est une croissance favorable aux pauvres.

2 - Comment mesurer la vulnérabilité structurelle : définition d’un indice de vulnérabilité économique

49 Puisque la vulnérabilité structurelle est importante pour la croissance et la réduction de la pauvreté, il est raisonnable d’en tenir compte dans la formulation des politiques de coopération internationale, ce qui implique d’élaborer une mesure synthétique de la vulnérabilité comparable entre pays. Élaborer un indice de vulnérabilité économique (economic vulnerability index : EVI) utilisable dans tous les pays à faible revenu implique de choisir de manière appropriée les composantes censées refléter les principales sources d’instabilité dans ces pays et, comme pour tout indicateur composite, de déterminer une méthode d’agrégation convenable. La principale tentative d’élaboration d’un tel indicateur ayant été faite en vue d’identifier les PMA, ce qui suit y fait directement référence.

50 Nous considérons ici un indice composite plutôt qu’un indice simple comme la « volatilité de la croissance », déjà utilisée dans de nombreux travaux économétriques. La volatilité ou l’instabilité du taux de croissance du revenu par tête, reflète une instabilité macroéconomique ex post, qui dépend certes des chocs exogènes et des facteurs structurels d’exposition aux chocs, mais aussi de facteurs d’ordre politique, soit en réaction aux chocs primaires, soit indépendamment d’eux. Des travaux économétriques mettent clairement en évidence l’influence des facteurs politiques sur la volatilité de la croissance (Combes et al. 2000 ; Easterly, Islam et Stiglitz 2001)[15] [15] Par exemple, Easterly et al. (2001) ont souligné l’effet...
suite
. Pour cette raison, l’instabilité de la croissance ne peut pas être considérée comme un bon indicateur synthétique de vulnérabilité structurelle. De plus, un impact négatif des chocs sur la croissance n’implique pas nécessairement une instabilité de la croissance, si celle-ci est évitée au prix de coûteux mécanismes de compensation et d’assurance. En tout cas, l’instabilité de la croissance est forte dans les pays en développement (tableau 3), même si elle a pu diminuer dans les années 1990 : elle a diminué de manière significative des années 1970 aux années 1990 dans les pays en développement à revenu intermédiaire, mais a été plutôt stable dans les pays à faible revenu où elle est maintenant plus forte que dans les pays à revenu moyen. Elle est également plus élevée dans les PMA que dans les pays à faible revenu non PMA.

Tableau 3 Instabilité de la croissance parmi les pays en développement
Type d’économie (nombre de pays)1970-801980-901990-20011980-2001
Pays en développement (131)
Moyenne6,225,434,55,4
Médiane4,54,663,514,67
Pays à revenu faible et intermédiaire (121)
Moyenne5,915,54,575,48
Médiane4,494,673,514,68
Pays à revenu faible (57)
Moyenne5,365,255,435,96
Médiane4,54,433,994,9
Pays à revenu intermédiaire (64)
Moyenne6,45,723,85,05
Médiane4,384,833,184,59
Economies en transition(16)(27)(16)
Moyennen.d.4,5910,17,84
Médianen.d.4,598,917,79
PMA (49)
Moyenne5,985,875,736,39
Médiane4,55,23,994,98
Pays à faible revenu non PMA (15)
Moyenne5,464,223,684,54
Médiane6,174,123,354,66
Pays exportateurs de pétrole
Moyenne8,296,124,45,66
Médiane8,175,923,485,15
Note : PMA=Pays les Moins Avancés
n.d.=non disponible
Source : Nations Unies (calculs du Département des Affaires Économiques et Sociales pour l’auteur). Les chiffres sont les écarts-types du taux de croissance annuel du PIB par tête.

51 Pour élaborer un indice composite, nous devons considérer deux points : le choix des composantes et la manière de les agréger. La pertinence de notre indice devra ensuite être évaluée.

2.1 - Choisir les composantes d’un indice de vulnérabilité structurelle

52 Les indicateurs de vulnérabilité économique structurelle doivent être élaborés au regard de l’analyse des chocs susceptibles d’affecter les pays à faible revenu et de l’exposition à ces chocs. Les indicateurs doivent aussi être largement disponibles et fiables. En 2000, comme cela a été mentionné plus haut, puis à nouveau en 2003 et en 2006 le CPD a utilisé un indice de vulnérabilité économique (EVI) pour la revue de la liste des PMA[16] [16] L’EVI avait été mesuré à partir de cinq composantes,...
suite
. En mars 2005, le CPD a modifié la définition et la mesure de l’EVI, principalement en raison des principes présentés dans ce qui suit (Guillaumont 2004a, 2004b, 2007).

2.1.1 - Indicateurs de chocs et mesure de l’instabilité

53 Les chocs climatiques ainsi que les autres chocs naturels sont une source majeure de vulnérabilité des pays en développement et correspondent à des phénomènes variés : tremblements de terre, typhons ou ouragans, inondations, sécheresses, invasions d’insectes, etc. Un indicateur du risque de catastrophes naturelles pourrait être la fréquence de ces événements mesurée sur une longue période. Cependant, comme nous l’a enseigné le tsunami asiatique de décembre 2004, les événements les plus exceptionnels et les plus graves ne sont guère probabilisables. L’effet négatif potentiel de ces différents événements diffère de l’un à l’autre, et même entre deux événements de même type. Mesurer les pertes économiques consécutives à ces événements dans tous les pays en développement concernés paraît une tâche impossible. Utiliser le nombre de victimes, s’il est connu, semble une meilleure approche, mais les victimes peuvent être plus ou moins gravement touchées. Il est alors possible d’utiliser des indicateurs donnant la proportion moyenne de la population touchée, selon la façon dont elle l’est (population décédée, population déplacée) (Atkins, Mazzi et Ramlogan 1998)[17] [17] La principale source de données pourrait être la Base...
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. Le pourcentage de population déplacée pour cause de catastrophe naturelle (l’indice homeless ou « sans-abri ») est retenu comme composante de l’EVI depuis 2003 seulement, date à laquelle des données comparables entre pays sont devenues disponibles.

54 En raison de ce problème de données, et du fait que tous les chocs naturels n’étaient pas enregistrés comme « désastres » (par exemple les sécheresses récurrentes dans les pays sahéliens), une autre variable approchée a dû être trouvée – l’instabilité de la production agricole mesurée par rapport à sa tendance. Alors que la tendance (si elle est mesurable) de la production agricole est supposée dépendre principalement de la politique économique suivie et de facteurs permanents, les fluctuations autour de cette tendance sont supposées refléter l’occurrence et la sévérité des chocs naturels parce qu’ils sont susceptibles d’affecter la production agricole[18] [18] Cet indicateur a été déjà utilisé dans plusieurs travaux...
suite
. Pour cette raison, cet indicateur a été retenu comme composante de l’EVI.

55 Les deux mesures des chocs naturels précédentes, qui ne sont pas corrélées, sont des variables approchées complémentaires de l’ampleur des chocs naturels susceptibles d’affecter les perspectives de croissance (c’est-à-dire susceptibles d’être agrégées pour donner un niveau moyen des chocs naturels). Elles donnent une idée de l’ampleur moyenne des chocs passés, qui est la seule variable approchée disponible du risque de chocs futurs similaires. Le risque des chocs naturels dramatiques, tels que le tsunami asiatique de décembre 2004, ne peut être saisi ex ante par aucune probabilité. Il peut seulement apparaître ex post dans les mesures présentées ici, davantage comme un préjudice durable, c’est-à-dire un handicap structurel, que comme un risque. Cette difficulté nous conduit à porter une attention particulière aux indices d’exposition.

56 Un indicateur des chocs commerciaux est fourni par l’instabilité des exportations (en valeur réelle) par rapport à leur tendance. Cet indicateur doit être appliqué au montant total des exportations de biens et services : les chocs affectent aussi bien les exportations de services que les exportations de biens, et les exportations de services représentent souvent une part importante des recettes totales d’exportation des petits pays en développement. Certains transferts privés, comme les versements des émigrés, peuvent également être inclus. Cette instabilité est supposée structurelle pour les petits pays, puisqu’elle est la conséquence d’événements exogènes (à savoir les fluctuations des prix mondiaux et de la demande extérieure), et d’événements intérieurs sans rapport avec la politique (les chocs climatiques par exemple). Bien sûr, certaines fluctuations du volume des exportations autour de la tendance peuvent être dues à l’instabilité de la politique elle-même, mais nous pouvons supposer que la politique influence davantage la tendance que les fluctuations.

57 L’utilisation des indices d’instabilité comme composantes d’un indicateur de vulnérabilité pose des problèmes de mesure. L’instabilité est toujours relative à une valeur tendancielle ou de référence. Elle est mesurée, par exemple, par l’écart absolu moyen par rapport à la valeur tendancielle ou de référence, ou le plus souvent, par la variance de cet écart. La tendance a longtemps été supposée déterministe (par exemple dans la littérature sur l’instabilité des exportations), mais elle était souvent inappropriée en raison de l’éventuelle non stationnarité des séries. Cependant, les séries peuvent ne pas être purement stochastiques ; dès lors, la valeur de référence peut être convenablement estimée à partir d’un ajustement « mixte », combinant un élément déterministe et un élément stochastique. C’est de cette façon que l’instabilité des exportations et celle de la production agricole ont été mesurées dans l’EVI utilisé par le CPD, et de cette façon qu’elles le sont dans ce qui suit. Plusieurs autres mesures sont utilisées dans la littérature sur le sujet. Par exemple, l’instabilité de la croissance est généralement mesurée par l’écart-type du taux de croissance (bien que ce ne soit pas approprié quand le taux de croissance n’est pas stationnaire). D’autres travaux sur la volatilité (en particulier l’instabilité de l’aide, qui est examinée dans la section suivante) se fondent sur l’utilisation de filtres empiriques comme celui de Hodrik-Prescott qui permet de décomposer une série en une composante « tendancielle » et une composante « cyclique ». Dans la plupart des cas, ces mesures, qui visent à être internationalement comparables, ne reflètent que l’instabilité ex post – les écarts par rapport à une tendance observée dans le passé – et non le risque perçu par les agents économiques, ce qui impliquerait de spécifier un modèle d’anticipations, probablement différent selon les pays.

2.1.2 - Les indicateurs d’exposition : taille de la population, structure du produit et position géographique

58 Parmi les trois composantes de l’EVI qui reflètent l’exposition aux chocs, la première et la moins contestable, est la dimension de la population (exprimée en logarithmes), qui correspond à l’idée que, toutes choses égales par ailleurs, les pays sont d’autant plus vulnérables qu’ils sont petits et que, plus généralement, une faible dimension est un facteur de moindre croissance. En particulier, une population peu nombreuse est considérée comme le déterminant structurel principal d’un ratio élevé des exportations au PIB, donc de l’exposition aux chocs commerciaux, et un indicateur d’exposition structurelle meilleur que le ratio des exportations au PIB lui-même, ce dernier résultant de facteurs non seulement structurels mais aussi politiques[19] [19] Le ratio des exportations au PIB a cependant été utilisé...
suite
. Une faible dimension est également associée à une plus forte exposition aux chocs naturels.

59 Un deuxième indicateur d’exposition inclus dans l’EVI est le coefficient de concentration des exportations (dit de Hirschman), utilisé régulièrement par la CNUCED dans son Manuel de Statistiques. En effet, la concentration des exportations est supposée augmenter le risque d’instabilité des exportations. Il pourrait toutefois être abandonné sans perte sensible d’information utile. Il ne compte pas les services, qui représentent pourtant une part importante du total des exportations dans bon nombre de pays : aucune classification des services correspondant à la classification standard CTCI n’a été conçue. De plus, l’indice de concentration des exportations est parfois trompeur, par exemple, lorsqu’il inclut les composants d’exportation d’un même type de produit dans différentes catégories CTCI (sans que cela corresponde à une moindre dépendance vis-à-vis d’un type de produit et à une moindre vulnérabilité).

60 Un troisième indicateur d’exposition aux chocs devait être lié à la structure de la production. Jusqu’à présent, le CPD utilisait la part des services modernes et manufacturiers dans le PIB (100 moins cette part). Cet indicateur, lui-même hérité du passé, a été remplacé par la part de l’agriculture (incluant la pêche et la forêt) dans le PIB, pour au moins trois raisons. Premièrement, parmi les services modernes, le tourisme tend plutôt à accroître l’exposition aux chocs. Deuxièmement, un intérêt tout particulier est apparu au niveau international concernant l’exposition aux chocs spécifiquement dus aux politiques agricoles des pays développés. Troisièmement, si l’indicateur est destiné à établir une offre de traitements préférentiels, il ne doit pas donner un avantage aux pays bénéficiant de ressources minières.

61 Un quatrième indicateur d’exposition, l’éloignement par rapport aux principaux marchés mondiaux, peut être ajouté, comme il l’a maintenant été par le CPD pour l’EVI. L’éloignement implique des coûts de transport élevés et un relatif isolement. C’est un obstacle structurel au commerce et à la croissance et une source potentielle de vulnérabilité lorsqu’un choc se produit. Il s’agit d’un obstacle spécifique à de nombreux petits Etats insulaires en développement. Sa mesure doit aussi être ajustée à la hausse pour les pays enclavés. En dépit de la vague actuelle de mondialisation, l’éloignement reste un obstacle sérieux au commerce. Plusieurs articles récents ont montré son influence persistante sur le commerce, influence encore croissante s’agissant des pays à faible revenu (voir Brun, Guillaumont et de Melo 1999 ; Brun et al. 2005 ; Carrère et Schiff 2004). L’éloignement ou d’autres concepts voisins ont été envisagés comme composantes possibles dans plusieurs tentatives d’élaboration d’un indice de vulnérabilité[20] [20] Par exemple, Briguglio (1995) retient l’« éloignement »...
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. Pour le sujet qui nous intéresse ici, l’éloignement est défini comme un indice de la moyenne pondérée des distances aux principaux marchés. Une pondération appropriée est la part relative dans le commerce mondial des principaux importateurs mondiaux, ce qui signifie qu’elle est la même pour tous les pays. Ainsi défini, l’éloignement est la distance potentielle moyenne au marché mondial. Cette pondération est préférable à la part relative des différents importateurs (exportateurs) dans le total des exportations (importations) de chaque pays, qui donnerait pour chaque pays la distance commerciale moyenne effective, laquelle est endogène : un pays éloigné et isolé va probablement moins commercer avec les marchés les plus importants précisément parce qu’ils sont éloignés[21] [21] Pour la même raison, indépendamment de sa faible fiabilité...
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. Cependant, comme utiliser la (même) part relative dans les marchés mondiaux ne permet pas de différencier un pays voisin du marché le plus important, mais loin des autres marchés importants (cas du Mexique), d’un pays situé « plutôt loin » de deux ou plusieurs marchés importants (cas du Togo), la distance aux marchés serait mieux définie si elle était mesurée comme une distance minimum moyenne pour atteindre une certaine fraction du marché mondial (Guillaumont 2007) : cette mesure serait exogène et la pondération différente pour chaque pays.

62 Les pays enclavés font face à des obstacles au commerce encore plus importants, avec des coûts de transport pour une distance donnée encore plus élevés (Limao et Venables, 2001 ; Faye et al. 2004). Ceci justifie un ajustement à la hausse dans la mesure de l’éloignement. Dans quelle proportion ? Un coefficient d’ajustement peut être obtenu en estimant l’impact marginal relatif sur le ratio des exportations au PIB de l’indice d’éloignement non ajusté et d’une variable muette captant le fait d’être enclavé. Les résultats avec cette méthode ont permis de déterminer que l’ajustement pour cause d’enclavement pouvait être au moins de 10 %. Faye et al. (2004), en mesurant le ratio du fret et de l’assurance à la valeur des exportations (mais sans contrôler l’effet de la distance), ont fait apparaître, sur une base régionale, une différence supérieure entre le ratio moyen des pays enclavés et celui des pays côtiers. Une autre possibilité est de comparer les coefficients obtenus en estimant un modèle de gravité du commerce bilatéral, pour la distance (exprimée en logarithmes) et une variable muette égale à un pour les pays enclavés : par cette méthode, le ratio s’avère plus élevé, d’environ 30 %.

63 On pourrait soutenir que si l’éloignement est un handicap structurel pour la croissance, il n’est pas nécessairement un facteur de vulnérabilité, ni une composante pertinente de l’EVI. Toutefois, l’éloignement est susceptible de retarder l’acheminement des produits de première nécessité, et ceci accentue la vulnérabilité (Encontre 1999). De plus, parce que la résilience aux chocs dépend de la compétitivité, des coûts de transport plus élevés peuvent être considérés comme un facteur structurel négatif de résilience, limitant la capacité d’adaptation aux chocs de l’économie. En ce qui concerne les pays enclavés, la vulnérabilité spécifiquement liée à la position géographique n’est pas seulement le résultat de coûts de transport élevés, mais également de différentes formes de dépendance vis-à-vis des pays voisins (Faye et al. 2004)[22] [22] D’autres caractéristiques géographiques peuvent influencer...
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. De toute façon, il convient de reconnaître que tous les indicateurs d’exposition expriment des handicaps structurels qui influencent la croissance selon des modalités allant au-delà de ce qui correspond à une définition étroite de la vulnérabilité.

2.1.3 - Les composantes d’un EVI révisé

64 Le nouvel EVI inclut alors les composantes suivantes. Trois indices reflètent les chocs exogènes : (a) pour les chocs externes, l’instabilité des exportations de biens et services ; (b) pour les chocs naturels, l’instabilité moyenne de la production agricole et (c) la composante « sans-abri » de l’indice de catastrophe naturelle. Quatre indices reflètent l’exposition structurelle aux chocs : (a) un indice de dimension de la population (en logarithmes) ; (b) un indice d’éloignement par rapport aux marchés mondiaux (ajusté de l’enclavement) et (c) la part relative de la valeur ajoutée agricole dans le PIB (dont on peut éventuellement, comme cela est le cas pour le nouvel EVI, calculer la moyenne avec (d) un indice de concentration des exportations, ce qui représenterait un indice de faiblesse structurelle).

2.2 - L’agrégation des composantes : problèmes de pondération et de moyenne

65 La pondération et le mode de calcul de la moyenne des composantes d’un indice composite de vulnérabilité doivent être choisis de façon à bien refléter la signification du concept de vulnérabilité.

2.2.1 - Pondération arbitraire ou révélée : la vulnérabilité mesurée comme une perte escomptée de croissance

66 La façon la plus simple et la plus transparente d’agréger est, après avoir mesuré chaque composante sur une même échelle allant de zéro à 100, de calculer une moyenne non pondérée de ces composantes (comme cela a souvent été fait pour certains indices bien connus comme l’Indice de Développement Humain). Cette pondération est arbitraire, parce qu’en réalité le poids est donné par le nombre de composantes, ce qui résulte du choix des composantes elles-mêmes. Il semble néanmoins raisonnable d’attribuer un poids égal aux composantes de chocs et aux composantes d’exposition afin que l’indice de vulnérabilité soit la moyenne d’un indice de chocs et d’un indice d’exposition. Il semble également raisonnable d’attribuer un poids égal aux chocs commerciaux et aux chocs naturels. Concernant l’indice d’exposition, puisque le principal facteur d’exposition est la (petite) dimension de la population, la moitié du poids peut lui être attribuée, tandis que l’autre moitié est partagée entre les autres composantes (localisation et structure). C’est la solution adoptée par le CPD en mars 2005 (avec le coefficient de concentration des exportations inclus dans la deuxième moitié de l’indice d’exposition).

67 Pour éviter le côté arbitraire d’un choix de pondérations égales, certaines mesures de vulnérabilité pondèrent les composantes par leur impact estimé sur le taux de croissance ou sur l’instabilité du taux de croissance. Par exemple, Guillaumont et Chauvet (2001) et Chauvet et Guillaumont (2004) ont utilisé un ensemble de composantes pour construire un indicateur de vulnérabilité, sans choisir les poids à l’avance, mais à partir d’une régression permettant d’estimer l’impact des différentes composantes sur la croissance économique (ce qui correspond bien à la définition de la vulnérabilité comme handicap de croissance). L’indicateur de vulnérabilité obtenu est l’impact sur la croissance des chocs exogènes et des variables d’exposition, toutes choses égales par ailleurs. C’est la perte de croissance estimée due à la vulnérabilité structurelle[23] [23] La pondération économétrique est également utilisée...
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. Cependant, il faut bien reconnaître que cette méthode de mesure de la vulnérabilité structurelle, qui dépend de la qualité des régressions, est davantage destinée à une utilisation académique qu’à une utilisation de politique internationale. De plus, certains problèmes spécifiques émergent, lorsqu’on agrège les indicateurs de vulnérabilité, comme l’explique ce qui suit.

2.2.2 - Refléter les interactions entre chocs et exposition

68 Supposons que l’indice de vulnérabilité économique repose sur les quatre éléments suivants : un indice de chocs composé de (a) un indice de chocs commerciaux et (b) un indice de chocs naturels ; et un indice d’exposition composé de (c) un indice de (petite) dimension et (d) un « indice de localisation et structure ». Plusieurs méthodes de calcul de la moyenne peuvent être utilisées pour combiner les indices de chocs et d’exposition. Le calcul traditionnel d’une moyenne arithmétique de quatre indices ne permet pas de distinguer les deux catégories d’indices, chaque indice étant considéré indépendamment des autres. Pour prendre en compte le fait que la vulnérabilité structurelle dépend de l’interaction entre les chocs et l’exposition, deux autres méthodes peuvent être utilisées.

69 La méthode la mieux adaptée à cet égard est à notre avis une moyenne « semi-géométrique ». Elle combine une moyenne géométrique des deux indices composites de chocs et d’exposition et une moyenne arithmétique des éléments respectifs de ces deux indices : la moyenne des composantes de l’indice de chocs exogènes est arithmétique parce que ses composantes ont des effets indépendants et peuvent être considérés substituables, de même que les éléments de l’indice d’exposition – mais on utilise une pondération géométrique pour calculer la moyenne des indices de chocs et d’exposition, parce que les chocs et l’exposition ont des effets multiplicatifs. En effet, les chocs rendent un pays plus vulnérable s’il est plus exposé. Et l’exposition rend un pays plus vulnérable si les chocs qu’il subit sont plus violents.

2.2.3 - Refléter l’impact marginal croissant des composantes de la vulnérabilité

70 La moyenne géométrique des indices de chocs et d’exposition (SK et EXP respectivement) peut elle-même être calculée de deux manières. La première est : La seconde consiste à attribuer un plus fort impact à celui des deux indices, chocs et exposition, qui est le plus élevé, de façon à refléter un éventuel impact marginal croissant, et à calculer :

71 L’EVI est alors calculé à partir d’un indice multiplicatif de faible vulnérabilité. La pertinence de cette mesure peut être illustrée par le tsunami de 2004 : parce que la probabilité de chocs n’est pas facile à évaluer, il est d’autant plus important de considérer que les pays très exposés sont vulnérables, même si la fréquence des chocs passés est faible[24] [24] Il serait concevable de pondérer les indicateurs de chocs...
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.

72 Un autre mode de calcul de la moyenne, qui est intermédiaire, mais convient également, est de prendre la moyenne arithmétique des divers indices de chocs et d’exposition dont la valeur est initialement exprimée en logarithmes. Ceci permet de capter les interactions entre les diverses composantes (chaque composante est mesurée d’abord comme un indicateur de faible vulnérabilité, lequel est transformé en logarithmes, puis l’on retient pour le calcul de la moyenne 1 moins cette valeur en logarithmes, de façon à refléter l’impact marginal probablement croissant des facteurs de vulnérabilité). L’EVI ainsi obtenu est entièrement décomposable en quatre éléments (les 2 × 2 composantes des indices de chocs et d’exposition) ou deux éléments (les indices de chocs et d’exposition) (Guillaumont 2007). Par comparaison avec les deux formules de moyenne semi-géométrique, à travers la première on obtient une décomposition, mais qui ne reflète pas la possibilité d’un impact marginal supérieur de la composante la plus élevée (figure 1) ; à travers la deuxième formule on obtient seulement une décomposition entre composantes d’une faible vulnérabilité.

...
 Schéma de l’EVI révisé

 Schéma de l’EVI révisé

2.3 - La pertinence de l’Indice de Vulnérabilité Économique

73 Un indice de vulnérabilité avait initialement été élaboré et utilisé en 2000 et 2003 dans le but d’identifier les PMA. Une révision, similaire à l’EVI proposé ci-dessus, a été recommandée par le CPD en mars 2005, acceptée par l’ECOSOC, et retenue pour la révision de la liste des PMA en 2006[25] [25] Voir Nations Unies 2005. Il y a deux différences entre...
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. Nous examinons maintenant la pertinence d’un tel indice, au regard à la fois de son objectif initial et dans la perspective d’une utilisation pour les politiques d’aide.

2.3.1 - Une vulnérabilité moyenne des PMA élevée, indépendamment de son mode de mesure

74 Comme nous l’avons vu plus haut, les PMA ont un mode de croissance plus instable que les autres pays à faible revenu et que les pays à revenu intermédiaire. Ils sont également, selon l’EVI, et indépendamment de sa définition, plus vulnérables que les autres pays en développement et en particulier que les autres pays à revenu faible (bien sûr, au niveau de chaque pays, les mesures sont sensibles au choix des composantes et de leur agrégation). L’EVI moyen des 49 PMA[26] [26] Timor Leste non inclus. ...
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est significativement plus élevé que celui des 15 autres pays à faible revenu (d’après les données 2003). Par exemple, en utilisant l’EVI révisé (et calculé comme une moyenne semi-géométrique), sur les 64 PMA et autres pays à revenu faible, le pays médian est 40 pour les PMA et 11 pour les autres pays à faible revenu. La différence entre les PMA et les autres pays à faible revenu est significative, que ce soit au niveau de l’indice lui-même ou de ses composantes : les PMA ont en moyenne une population moins importante, un indice d’éloignement plus élevé, une part de l’agriculture, de la pêche et de la forêt dans le PIB plus élevée, un coefficient de concentration des exportations plus élevé, une instabilité des recettes d’exportation et de la production agricole plus forte et un indice « sans-abri » plus élevé. Les différences sont significatives non seulement par rapport aux autres pays à faible revenu mais aussi par rapport au groupe de tous les autres pays en développement[27] [27] Toutes les informations de ce paragraphe sont basées sur...
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.

2.3.2 - Sensibilité des indices au choix des composantes et de leur mode d’agrégation

75 Les différentes composantes étant plutôt faiblement corrélées, on peut supposer que les conséquences du choix des composantes et de leur mode d’agrégation sont importantes. L’impact sur l’EVI du choix des composantes apparaît clairement lorsqu’on compare l’EVI initial basé sur cinq composantes (utilisé par le CPD en 2000 et 2003) à l’EVI révisé tel que présenté plus haut, mais toujours basé sur une moyenne arithmétique des composantes. La différence absolue de rang est plutôt élevée en moyenne, proche de 10. L’impact d’un autre calcul de la moyenne a été mesuré à partir des composantes de l’EVI révisé : la moyenne semi-géométrique fait peu de différence avec la moyenne arithmétique, et son impact est légèrement plus faible que celui de la moyenne des indices exprimés en logarithmes (la différence absolue de rang est égale à 4,0 en moyenne pour l’une contre 6,1 pour l’autre). Les deux indices accroissent l’EVI des petits pays. Bien que globalement l’impact du mode de calcul de la moyenne semble plutôt moins important que celui du choix des composantes, ce n’est pas vrai pour tous les pays, en particulier les petites îles, comme l’illustre le cas extrême des Maldives, pays pour lequel la différence absolue de rang est la plus élevée. En décembre 2004, les Maldives ont été dévastées par le tsunami asiatique. L’occurrence du tsunami pouvait difficilement avoir été prise en compte ex ante dans l’indice de chocs ; il augmente seulement ex post le niveau de ces composantes et par conséquent l’indice de vulnérabilité des Maldives. Si un impact plus important avait été donné à l’indice d’exposition de ce pays, comme c’est le cas avec la moyenne semi-géométrique, le niveau de vulnérabilité des Maldives aurait été plus élevé ex ante.

2.3.3 - L’EVI comme indice pertinent pour expliquer une croissance à la traîne

76 La première section a présenté une vue d’ensemble de plusieurs études qui montrent l’impact de l’instabilité sur la croissance dans des conditions variées. Un test de la pertinence de l’EVI en tant qu’indicateur de handicap structurel pour la croissance est d’examiner dans quelle mesure il prédit les retards de croissance et s’avère simultanément un indicateur adéquat d’identification des PMA. Un test économétrique soutient cette idée : quand on estime la croissance du PIB par tête sur 30 ans par une régression transversale, l’ancien EVI (celui basé sur cinq composantes) apparaît comme un facteur significatif négatif, comme le PIB par tête initial (facteur de convergence) et un indice composite de capital humain, qui est un critère de handicap structurel utilisé pour l’identification des PMA (Guillaumont 2007, à paraître). La pertinence empirique de l’indice révisé a également été testée pour un échantillon plus petit, en raison de la rareté des données nécessaires à la construction de l’EVI sur les décennies passées. Le résultat est là encore significatif, mais la variable muette PMA, qui était significative dans la régression avec l’ancien EVI, ici ne l’est plus. Ceci signifie que le nouvel EVI, construit sur des bases plus logiques, reflète mieux la vulnérabilité du groupe actuel des PMA.

77 En conclusion, élaborer un indicateur structurel de vulnérabilité macroéconomique pour les PMA semble réalisable. Tel qu’il a été conçu en 2000, récemment redéfini et encore peut-être à améliorer, l’EVI des Nations Unies peut être utilisé, conjointement avec un indice de capital humain, pour identifier les pays à faible revenu qui souffrent le plus de handicaps structurels, ce qui présente un intérêt pour la formulation des politiques d’aide[28] [28] Le modèle estimé était spécifié de la manière suivante :...
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.

3 - Comment l’aide interagit avec la vulnérabilité : implications pour l’allocation et les modalités de l’aide

78 Si la vulnérabilité économique structurelle est un obstacle à la croissance et à la réduction de la pauvreté, alors nous devons l’intégrer comme variable-clef dans la formulation des politiques d’aide, après avoir examiné comment en fait l’aide contribue à atténuer ou au contraire à renforcer les effets de l’instabilité.

3.1 - Efficacité de l’aide et vulnérabilité

3.1.1 - L’aide plus efficace dans les pays vulnérables

79 Le débat lancé par l’article influant de Burnside et Dollar (2000) et le livre Assessing Aid (Banque Mondiale 1998) a permis d’établir clairement que l’efficacité de l’aide dépend des caractéristiques spécifiques du pays receveur. L’attention principale de Burnside et Dollar (puis de Collier et Dollar 2001, 2002) se portait sur la qualité de la politique économique et celle des institutions. Le message qui en résultait, selon lequel la priorité devait être donnée aux pays ayant de « bonnes » politiques et de « bonnes » institutions, correspondait à un sentiment moral mais non solidement fondé sur une évaluation de l’efficacité de l’aide. Le débat autour de la thèse de Burnside et Dollar a eu essentiellement pour objet la robustesse de leurs résultats économétriques, et secondairement la cohérence de leurs hypothèses sous-jacentes (voir Hansen et Tarp 2001). Deux articles précédents (Chauvet et Guillaumont 2004 ; Guillaumont et Chauvet 2001) ont soutenu que le principal facteur qui conditionnait l’efficacité de l’aide dans les pays receveurs était la vulnérabilité économique de ces pays. Dans les pays vulnérables, un soutien extérieur est fortement productif dans la mesure où il peut éviter les chutes de croissance ou les longues périodes de récession consécutives à un choc ; il est supposé lisser les dépenses publiques et réduire le risque de déficit budgétaire. Par conséquent, la contribution marginale de l’aide à la croissance des pays receveurs est supposée plus élevée dans les pays plus vulnérables.

80 L’effet de la vulnérabilité sur l’efficacité de l’aide a été saisi dans une régression de croissance à travers une variable interactive (ratio de l’aide au PIB, multiplié par un indicateur de vulnérabilité), analogue à celle utilisée par Burnside et Dollar (ratio de l’aide au PIB, multiplié par un indicateur de politique), dont le coefficient s’est avéré significativement positif[29] [29] Ce n’était pas le cas cependant dans Guillaumont et Chauvet...
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. La mesure de la vulnérabilité n’était pas identique dans Guillaumont et Chauvet (2001) et Chauvet et Guillaumont (2004). Guillaumont et Chauvet (2001) ont utilisé un concept de vulnérabilité proche de celui utilisé pour l’identification des PMA, incluant la dimension de la population, l’instabilité des exportations et celle de la production agricole. Chauvet et Guillaumont (2004) ont utilisé un concept plus étroit, limité à l’instabilité des exportations et à la tendance des termes de l’échange, mais ont élargi l’analyse à l’impact sur l’efficacité de l’aide de l’instabilité politique (effet négatif), de la politique économique actuelle (effet positif) et de la politique économique passée (effet négatif, dû à l’éventuelle amélioration de la politique à partir d’une situation « mauvaise », effet négligé dans le modèle standard de Burnside et Dollar). Collier et Dehn (2001) ont montré que l’aide pouvait également être un facteur d’atténuation des chocs de prix à l’exportation (chocs mesurés année par année à partir d’un modèle de prévision, et considérés seulement comme chocs lorsqu’ils se situent dans la queue de la distribution). Bien que le modèle de Collier et Dehn ne permît pas de mesurer l’effet de long terme de l’instabilité sur la croissance, il a opéré une distinction utile entre l’effet d’une variation de l’aide (réduisant l’effet négatif d’un choc négatif) et l’effet du niveau de l’aide (accroissant l’effet positif d’un choc positif). Enfin, Collier et Hoeffler (2004) ont testé l’hypothèse d’une plus grande efficacité de l’aide dans les situations post-conflit (qui peuvent aussi être considérées comme des périodes de vulnérabilité)[30] [30] Une bonne revue de la littérature est présentée par McGillivray...
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3.1.2 - Instabilité de l’aide, pro-cyclicité et effet déstabilisateur : une préoccupation hors de propos?

81 Plusieurs articles récents, suivis de déclarations politiques, ont souligné le problème que pose l’« instabilité de l’aide » (Bulir et Hamann 2003, 2005 ; Lensink et Morrissey 2000, Pallage et Robe 2001 ; Rand et Tarp 2002) : si l’aide est instable, elle est susceptible de contribuer à l’instabilité macroéconomique et elle devient donc facteur de vulnérabilité. Cette préoccupation a été renforcée par la perspective qu’une accélération des déboursements ne serait pas soutenable dans le futur. En fait, l’aide peut être volatile pour le receveur, sans l’être pour le bailleur. Mesurée comme la composante cyclique par rapport à une tendance définie à partir du filtre Hodrik-Prescott, l’instabilité de l’aide sur six périodes de cinq ans entre 1970 et 1999, est égale à 8,8 % en moyenne. On compare souvent cette instabilité (au niveau des pays) à celle des agrégats intérieurs, le plus souvent les recettes fiscales (curieusement par le biais d’un ratio de deux instabilités plutôt que d’une différence, ce qui conduit à des ratios énormes lorsque l’agrégat de référence est relativement stable). Au-delà des problèmes non négligeables de mesure, la critique de l’instabilité de l’aide peut s’avérer hors de propos si l’aide exerce une fonction compensatoire, ce qui serait cohérent avec l’idée que l’aide est plus efficace dans les pays les plus vulnérables. Dans ce cas l’instabilité de l’aide ne serait plus un problème mais une solution.

82 Dès lors, l’instabilité de l’aide ne doit pas être autant critiquée que son éventuel caractère imprévisible et pro-cyclique. Le caractère imprévisible de l’aide est certainement néfaste, mais difficile à évaluer. Une évaluation du caractère imprévisible de l’aide nécessiterait un modèle de prévision de l’aide au niveau du pays receveur, où la prévision dépend, entre autres facteurs, du type d’aide allouée et des chocs susceptibles d’accélérer le déboursement. La pro-cyclicité est plus facile à évaluer. Elle ne semble pas être la règle comme cela est souvent avancé, ni même correspondre à la majorité des cas. Le caractère pro-cyclique de l’aide peut être mesuré par la corrélation entre le « cycle » de l’aide (c’est-à-dire son écart par rapport à la tendance) et le « cycle » de l’agrégat auquel elle est comparée. On la compare habituellement aux recettes fiscales, pour examiner l’effet de son instabilité sur la stabilité budgétaire. Ici, nous préférons comparer le cycle de l’aide à celui des exportations. Puisqu’il est question de vulnérabilité macroéconomique structurelle, il est préférable de comparer l’aide à l’agrégat le plus susceptible d’être affecté par des chocs exogènes : les recettes fiscales sont influencées par l’impact global des exportations, de même que par l’aide. De plus, tous les flux d’aide ne transitent pas par le budget. Ici, nous prenons comme référence le flux des exportations de biens et services, mais non les flux de capitaux internationaux, dont l’instabilité peut exacerber les conséquences des chocs commerciaux dans les pays à revenu intermédiaire, comme dans le cas du Chili (Caballero 2002) : étendre le flux de référence aux mouvements de capitaux semble moins pertinent pour les pays à faible revenu. Dans les pays émergents, le problème provient moins de la pro-cyclicité de l’aide que de celle des flux de capitaux (Kaminsky, Reinhart et Végh 2004).

83 Calculée à l’aide du filtre Hodrik-Prescott appliqué à un échantillon de plus de 100 pays en développement sur la période 1960-1999 (465 observations sur des moyennes de cinq ans), la corrélation entre le cycle des déboursements nets et le cycle des exportations de biens et services apparaît presque aussi souvent négative que positive (222 cas contre 243, Chauvet et Guillaumont 2006) : ceci signifie que l’aide est presque aussi souvent contra-cyclique que pro-cyclique. L’examen de l’évolution de l’aide (observée à partir d’un échantillon variable, les données n’étant pas disponibles pour tous les pays sur toute la période) montre qu’elle n’a été en moyenne plus souvent clairement pro-cyclique que pendant les années 1980. De plus, dans la majorité des cas, les coefficients de corrélation sur lesquels repose la comparaison ne sont pas significatifs : pour un groupe de 155 pays, la corrélation sur les années 1990 s’est avérée significative seulement dans 13 cas où elle était positive et 13 cas où elle était négative[31] [31] A un seuil de 15 %. ...
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(Chauvet et Guillaumont 2006).

84 Le caractère pro-cyclique ou contra-cyclique est certes un paramètre important. Mais ce n’est pas le paramètre le plus pertinent pour déterminer si le flux d’aide a un effet stabilisateur ou déstabilisateur. Une aide pro-cyclique peut encore avoir un effet stabilisateur (sur le total de l’aide plus les flux d’exportations) si sa volatilité, exprimée en termes relatifs, est plus faible que celle des exportations. Il peut aussi y avoir des cas où l’aide est contra-cyclique et a un effet déstabilisateur, lorsque sa volatilité est beaucoup plus forte que celle des exportations, dans une proportion qui dépend du niveau relatif de l’aide et des exportations[32] [32] La condition arithmétique est que sur un an la valeur absolue...
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. Qu’en est-il réellement ? Pour évaluer le caractère stabilisateur de l’aide, un indice a été construit, qui est la différence entre l’instabilité des exportations et celle du flux « aide plus exportations » : si la différence est positive, l’aide est stabilisatrice ; si la différence est négative, l’aide est déstabilisatrice. En moyenne, elle a été stabilisatrice plus clairement sur les années 1990 que sur les périodes précédentes : la moyenne de l’indicateur (la différence entre les deux instabilités) peut sembler faible (0,016 sur 1970-1999), mais elle représente 18 % de la valeur moyenne de l’instabilité des exportations (28 % si on considère le sous-échantillon des pays africains). Dans la majorité des cas où l’aide était pro-cyclique, elle était cependant stabilisatrice (dans 214 cas sur 243, et elle était déstabilisatrice seulement dans 29 cas). Quand l’aide était contra-cyclique, elle était comme prévu généralement stabilisatrice (dans 218 cas sur 222, et elle était déstabilisatrice dans seulement 4 cas). Finalement, l’aide a été déstabilisatrice dans moins d’un dixième des cas.

85 Pour résumer, l’instabilité de l’aide est forte, mais pose un problème seulement si elle a un effet déstabilisateur, ce qui se produit dans une minorité des cas, plus probables lorsqu’elle est pro-cyclique que lorsqu’elle est contra-cyclique. En bref, l’effet stabilisateur de l’aide dépend de son instabilité relative, de son niveau relatif et de celui des autres flux auxquels elle est comparée.

3.1.3 - Effet stabilisateur de l’aide et efficacité de l’aide : un modèle amélioré

86 Le fait que l’aide ait été en moyenne plus souvent stabilisatrice explique-t-il qu’elle soit plus efficace dans les économies plus vulnérables? Cette question peut être traitée à partir d’un modèle similaire à celui que nous avons utilisé dans des articles où la vulnérabilité apparaît comme un déterminant de plus grande efficacité de l’aide (Guillaumont et Chauvet 2001 ; Chauvet et Guillaumont 2004). Là encore, un indice d’« effet stabilisateur » de l’aide est utilisé, construit par rapport aux exportations, l’instabilité de celles-ci étant considérée comme la source principale d’instabilité. Dans ce cas, l’instabilité et l’effet stabilisateur sont mesurés par rapport à leur tendance par un ajustement économétrique mixte (c’est-à-dire avec une composante déterministe et une composante stochastique), comme cela est fait généralement dans les tests de l’effet négatif de l’instabilité des exportations. D’abord, un modèle de base a été testé (tableau 4) dans lequel le taux de croissance dépend, en plus des variables de contrôle traditionnelles (le log du revenu initial par tête, la qualité des institutions mesurée par l’indice International Country Risk Guide [ICRG]), des variables d’intérêt suivantes (le signe attendu du coefficient est donné entre parenthèses) : le ratio de l’aide au PIB (+), l’instabilité des exportations (-) et une variable multiplicative des deux (+). Le modèle est estimé par les GMM system (ainsi que par les GMM en différence) sur 1975-1999, à partir de cinq périodes de quatre ans pour un échantillon de 89 pays receveurs. Tous les coefficients ont le signe attendu (colonne 1 du tableau 4), et ils sont tous significatifs excepté le ratio de l’aide au PIB. Les résultats corroborent l’hypothèse selon laquelle l’aide réduit l’impact négatif de l’instabilité en étant plus efficace dans les pays plus vulnérables. Ensuite, nous remplaçons dans un autre modèle (colonne 2 du tableau 4) la variable multiplicative (aide sur PIB × instabilité des exportations) par l’effet stabilisateur de l’aide (c’est-à-dire la différence entre l’instabilité des exportations et l’instabilité des exportations plus l’aide), qui apparaît également significatif (mais seulement à 11 %). Ces deux variables étant fortement corrélées, elles ne sont pas significatives simultanément (colonne 3 du tableau 4). (Pour plus de détails, voir Chauvet et Guillaumont 2006.)

Tableau 4 Aide, instabilité des exportations et croissance du revenu par tête
GMM System
Ln revenu par tête, temps(1)(2)(3)
Ln revenu par tête, t-50,968***0,969***0,961***
(0,000)(0,000)(0,000)
ICRG (100=risque faible ; 0=risque élevé)0,007**0,007**0,008***
(0,025)(0,019)(0,008)
Instabilité des exportations-0,011**-0,008**-0,007
(0,037)(0,028)(0,139)
APD/PIB-0,389-0,228-0,373
(0,189)(0,231)(0,136)
APD/PIB * Instabilité des exportations0,045**0,026
(0,049)(0,407)
Instabilité des exportations - Instabilité d’« exportations + aide »0,016°0,005
(0,109)(0,79)
Muette 1980-4-0,110***-0,104***-0,104***
(0,000)(0,000)(0,000)
Muette 1985-9-0,110***-0,100***-0,094***
(0,000)(0,000)(0,000)
Muette 1990-4-0,171***-0,162***-0,153***
(0,000)(0,000)(0,000)
Muette 1995-9-0,186***-0,177***-0,183***
(0,000)-0,001(0,000)
Constante0,1440,0670,088
(0,553)(0,767)(0,650)
Observations304304304
Pays797979
F-test0,0000,0000,000
AR(1) (p-value)a0,0000,0000,000
AR(2) (p-value)b0,8830,5220,546
Sargan (p-value)c0,4710,5170,453
Nombre d’instruments636677
Note : Estimation GMM system en deux étapes, corrigée pour le biais de petit échantillon (Windmeijer 2000).
Valeurs critiques entre parenthèses.
ICRG=International Country Risk Guide
PIB=Produit Intérieur Brut
APD=Aide Publique au Développement
° significatif à 15 %
* significatif à 10 %
** significatif à 5 %
*** significatif à 1 %
a Test de suridentification de Sargan
b Test d’autocorrélation de 1er ordre d’Arellano et Bond
c Test d’autocorrélation de 2e ordre d’Arellano et Bond
Source : Chauvet et Guillaumont 2006.

87 Rappelons que ces effets sont des effets sur la croissance moyenne. Or l’effet stabilisateur ou déstabilisateur de l’aide a d’autres effets, à la fois statiques et dynamiques. Sans agir sur la croissance, l’aide extérieure peut potentiellement accroître le bien-être par une simple réallocation des flux dans le temps (Pallage, Robe et Bérubé 2004). De plus, puisque l’instabilité entraîne une croissance moins « bonne pour les pauvres », comme nous l’avons soutenu plus haut, l’aide peut contribuer à la réduction de la pauvreté au-delà de son effet sur la croissance moyenne lorsqu’elle a un effet stabilisateur. Ces résultats ont des implications en termes de politique d’aide.

4 - La politique d’aide face à la vulnérabilité

88 Trois leçons essentielles pour les politiques d’aide, d’importance probablement décroissante, peuvent être tirées de l’analyse précédente. Premièrement, la vulnérabilité doit être prise en compte dans la façon de concevoir la sélectivité de l’aide. Deuxièmement, l’aide doit être envisagée comme assurance potentielle. Troisièmement, il convient d’étudier comment l’aide peut être ciblée en vue de réduire la vulnérabilité des pays. Dans ces trois propositions, une attention spéciale doit être portée aux PMA, qui sont plus vulnérables que les autres pays à faible revenu (pour une revue des travaux récents sur les réponses aux chocs commerciaux, voir Varangis et al. 2004).

4.1 - La vulnérabilité comme critère de sélectivité de l’aide : un argument en faveur des PMA

89 Récemment, un important débat s’est développé sur les principes de la sélectivité dans l’allocation de l’aide. Dans la ligne des analyses de Burnside et Dollar (2000) et Collier et Dollar (2001, 2002), il a été soutenu que la sélectivité devait essentiellement reposer sur l’étendue de la pauvreté et la qualité de la gouvernance dans les pays receveurs. La raison en était que le but de l’aide est de minimiser le nombre de pauvres dans le monde, que la réduction de la pauvreté dépend essentiellement de la croissance et que l’efficacité de l’aide dépend essentiellement de la qualité des politiques, des institutions et de la gouvernance. Une illustration très claire de cette idée est donnée dans les Global Monitoring Reports 2004 et 2005 du FMI et de la Banque Mondiale (Banque Mondiale 2004, 2005) qui s’appuient sur un travail de Dollar et Levin (2004) : un indice de sélectivité est construit pour chaque pays aidant, qui est la moyenne de l’élasticité de l’aide par rapport à la politique (mesurée par l’indice Country Policy and Institutional Assessment [CPIA]) et de l’opposé de l’élasticité de l’aide par rapport au revenu par tête. La vulnérabilité n’apparaît pas dans cette analyse quantitative de la sélectivité (ni dans d’autres analyses plus poussées comme celle de Roodman [2004b]), ce qui pose deux problèmes.

90 Le premier est que la vulnérabilité économique structurelle, comme nous l’avons vu plus haut, est un déterminant de l’efficacité de l’aide tout aussi important que la politique, les institutions ou la gouvernance, telles que mesurées par le CPIA. Dès lors, pour rendre l’aide globalement plus efficace, la sélectivité doit inclure la vulnérabilité économique structurelle des pays en développement parmi ses critères. Dans cette perspective, l’EVI révisé, qui est disponible, transparent et officiellement accepté par les Nations Unies, semble tout désigné.

91 Le deuxième problème posé par l’omission de la vulnérabilité dans la définition de la sélectivité de l’aide est lié à l’objectif même de l’aide. L’aide peut viser raisonnablement à promouvoir l’égalité des chances, conformément à la théorie de la justice de Rawls (Cogneau et Naudet 2004 ; Llavador et Roemer 2001). Si nous souhaitons une égalité des chances entre les nations de réduire la pauvreté (à travers la croissance), les handicaps structurels pour la croissance doivent être compensés, au moins partiellement, et être intégrés dans les critères de sélectivité. Ceci est une raison supplémentaire pour retenir la vulnérabilité comme critère, non seulement en plus des autres facteurs d’efficacité de l’aide, comme soutenu plus haut, mais également en plus des autres handicaps structurels, le principal étant un faible niveau de capital humain. De ce point de vue, la préférence qui est donnée de manière officielle aux PMA – identifiés comme les pays à faible revenu souffrant le plus de handicaps structurels, en particulier la vulnérabilité – semble légitime.

92 Pour illustrer le changement apporté par la prise en compte de la vulnérabilité dans l’évaluation de la sélectivité, nous comparons l’indice de sélectivité calculé par Dollar et Levin (2004) et utilisé dans le Global Monitoring Report 2004 et le Global Monitoring Report 2005 avec un indice similaire reposant sur d’autres ensembles de critères, y inclus la vulnérabilité, mesurée par l’EVI révisé par les Nations Unies (Amprou, Guillaumont et Guillaumont Jeanneney 2005 et à paraître). L’élasticité de l’aide est estimée pour chaque pays aidant à partir d’une fonction d’allocation de l’aide (APD brute de 2003) entre les pays en développement, en utilisant comme variables explicatives les indicateurs retenus comme critères de sélectivité. Trois variantes sont estimées, incluant, en plus du PIB par tête, soit un indice de gouvernance[33] [33] Ce calcul utilisait l’indice de gouvernance de Kaufman,...
suite
, soit l’EVI, soit les deux plus l’indice d’actifs humains utilisé pour l’identification des PMA. Le classement des 22 pays de l‘Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE) selon leur « sélectivité de l’aide » change radicalement en fonction des critères utilisés. En comparant le classement obtenu au classement établi par Dollar et Levin (2004), nous observons une importante valeur absolue moyenne des différences de rang, allant jusqu’à 7,6 (tableau 5).

Tableau 5 Elasticités de l’aide mesurées à l’aide de deux modèles d’allocation géographique de l’aide
(1)(2)(3)(4)(5)(6)
Revenu par têteEVIMoyenne [(2)-(1)]/2RangRang Dollar et Levin 2002Différence entre les rangs
Allemagne-0,528-0,760-0,116211110
Australie0,4253,0251,300616-10
Autriche-0,1181,0190,56918612
Belgique-0,6052,0331,31958-3
Canada0,2631,6030,67015141
Danemark-0,6091,7721,191716
Espagne0,179-0,286-0,23322220
Etats-Unis-0,7180,3570,53819154
Finlande-0,1061,1870,6471679
France-0,0771,3310,7041320-7
Grèce0,5492,5951,023821-13
Irlande-0,4703,4571,964210-8
Italie-0,3181,1390,7291217-5
Japon0,7800,7930,00720137
Luxembourg0,0193,8521,91739-6
Norvège-0,9760,9450,961954
Nouvelle Zélande0,7204,5251,903418-14
Pays-Bas-1,0850,4430,7641147
Portugal0,4676,1502,842119-18
Royaume-Uni-0,7360,4680,60217215
Suède-0,8691,0200,9451037
Suisse-0,6270,7290,67814122
Note : Moyenne des différences absolues de rang=7,6Source : Amprou, Guillaumont et Guillaumont Jeanneney 2005.

4.2 - L’aide comme assurance : comment rendre la compensation financière efficace

93 Parce que l’aide est plus efficace (ainsi que génératrice de bien-être) quand elle est stabilisatrice, il existe quelque avantage à la rendre plus stabilisatrice. Ce rôle de l’aide est d’autant plus important qu’il existe peu de possibilité de réduire l’ampleur des chocs, y compris les chocs sur les prix mondiaux des produits de base. Comme l’a montré l’expérience des accords sur le prix international des produits de base, il est difficile de lisser de manière efficace l’évolution des prix mondiaux. Ainsi, la nécessité d’une assurance apparaît à deux niveaux. Comme on l’a vu plus haut, au niveau macroéconomique, les chocs affectent les variables macroéconomiques ; ils sont en particulier néfastes pour la gestion du budget et, parce qu’ils sont transmis de façon croissante aux producteurs, ils ont des conséquences microéconomiques importantes. Les pays à faible revenu, qui en cela diffèrent dans une certaine mesure des pays à revenu intermédiaire, ne sont pas en position de gérer les chocs commerciaux externes par le biais d’instruments d’assurance disponibles sur le marché. De plus, leur dette publique extérieure est essentiellement envers les sources d’aide publique bilatérale ou les institutions internationales. Nous n’analysons donc pas ici comment les institutions internationales peuvent offrir une assurance aux pays qui subissent des crises financières ou des fuites de capitaux, comme le fait Caballero (2002). Mais nous rencontrons deux problèmes propres à n’importe quel plan d’assurance macroéconomique : comment fournir les ressources à temps et comment s’assurer qu’elles promeuvent plutôt que ralentissent les réformes nécessaires (Cordella et Levy Yeyati 2004).

94 L’idée d’offrir une aide aux pays en développement pour compenser les chocs négatifs subis n’est pas nouvelle. Le Mécanisme de Financement Compensatoire a été instauré il y a 40 ans, en 1963[34] [34] Depuis, le Mécanisme de Financement Compensatoire a été...
suite
. Le Stabex a été créé il y a 30 ans avec la Convention de Lomé (1975), et remplacé dans les Accords de Cotonou (2000) par un nouveau mécanisme, le Financement en cas de fluctuations des recettes d’exportations, ou « Flex ». Cette expérience longue et au succès mitigé a justement permis de mettre en lumière les conditions nécessaires à la mise en place de plans d’assurance soutenus par l’aide publique au développement. L’attention se porte ici sur le Stabex, examiné plus en détail ailleurs (Collier et al. 1999). Le Stabex (un mécanisme européen de compensation des chutes dans les recettes d’exportation de produits agricoles spécifiques, dues aux prix internationaux ou aux volumes) a été instauré selon deux principes innovants bien que quelque peu contradictoires : il avait pour but à la fois d’être automatique et de cibler les secteurs agricoles affectés par des chutes d’exportation. Pour cette raison, d’une Convention de Lomé à l’autre, sous la pression des pays européens, le contrôle de la Commission Européenne sur l’utilisation des fonds du Stabex a été renforcé, au prix de délais de plus en plus longs dans les déboursements ; cette tournure des événements a empêché toute utilisation contra-cyclique des fonds, sans garantir que les paysans touchés par les chocs soient véritablement dédommagés. La perte d’automaticité du Stabex a été renforcée par le fait que les ressources engagées dans le mécanisme à maintes reprises se sont trouvées en-deçà du but à atteindre – résultat d’une mauvaise compréhension des composantes cycliques et de long terme des chutes d’exportations : le calcul des chutes, fondé sur une moyenne arithmétique des valeurs passées, a conduit à une sous-estimation des chutes dès lors que celles-ci avaient lieu autour d’une tendance à la hausse (cas le plus fréquent dans les années 1970) et à une surestimation lorsque la tendance était à la baisse (comme ce fut le cas de beaucoup de produits dans les années 1980 et même dans les années 1990). Le nouveau Flex des Accords de Cotonou n’a pas vraiment réglé les problèmes soulevés par le Stabex, mais il a été conçu de façon qu’il puisse le faire.

95 Un mécanisme d’assurance doit être crédible, ce qui suppose de disposer de ressources adaptées, de pouvoir effectuer des déboursements suffisamment rapides pour être véritablement compensatoires et d’induire de vraies incitations pour éviter le hasard moral. Ainsi, un mécanisme d’assurance nécessite-t-il de prendre en compte aussi bien les chocs positifs que les chocs négatifs et de répondre au problème de l’instabilité plutôt que seulement à celui des chutes. Un tel mécanisme peut être élaboré selon les principes suivants.

96 Premièrement, l’assurance doit être considérée comme un contrat : elle offre des garanties conditionnées par des règles. La communauté internationale ne peut pas se contenter de souligner l’importance d’une bonne gestion macroéconomique interne sur toute la durée du cycle dans un but d’atténuation des chocs, parce que l’instabilité rend la conduite des politiques économiques plus difficile. Le rôle de la communauté internationale dans la réponse aux chocs pourrait être simultanément de fournir une assurance et de promouvoir une bonne gestion. L’idée générale est que la communauté internationale pourrait aider à la mise en place de mécanismes de stabilisation automatique en finançant le coût de ces mécanismes, soumis à l’adoption préalable d’un accord et de règles de gestion contrôlables. En bref, la communauté internationale offrirait une garantie en échange d’un engagement sur des règles. Ce principe peut être appliqué à l’échelle macroéconomique, microéconomique et sectorielle.

97 Deuxièmement, le service de la dette peut être ajusté en réponse aux chocs, de sorte que l’aide puisse être fournie rapidement et que le lissage puisse porter aussi bien sur les hausses que sur les baisses[35] [35] La suite de cette section est adaptée de Guillaumont et...
suite
. Une proposition désormais fréquente est d’adapter le traitement de la dette à l’évolution du prix des exportations. Alléger le service de la dette lorsque les prix sont bas et l’alourdir quand les prix sont élevés exerce un effet contra-cyclique sur les finances publiques : l’allègement du service de la dette extérieure permet de maintenir les dépenses internes malgré la baisse des recettes fiscales induite par la chute des recettes d’exportations, tandis que son accroissement dans une période de boom des prix permet d’éviter une hausse déstabilisatrice des dépenses publiques, difficilement réversible. Un tel système pourrait être instauré dans les pays qui le souhaiteraient et accepteraient d’accroître le service de la dette dans les cas de hausse du prix des produits. Reste à résoudre le problème de l’introduction d’un mécanisme financier permettant de réajuster le service de la dette automatiquement tout en assurant un partage équitable des coûts entre les créditeurs. Il serait concevable d’introduire un fonds de re-échelonnage multilatéral à cette fin, qui serait approvisionné par le surplus de service de la dette déboursé par les pays bénéficiant de hausses des prix, ainsi que par une dotation initiale de la part des sources d’aide et de prêts bilatérales et multilatérales. Une question importante, qu’il n’est pas possible d’examiner ici, concerne les modalités selon lesquelles le coût de la dette serait allégé – le mécanisme doit-il être en paiements d’intérêts ou en paiements d’amortissement ? Notons que cette proposition peut également être appliquée aux cas de désastres naturels.

98 Les pays éligibles à l’Initiative pour les Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), qui sont particulièrement dépendants des exportations de produits de base, pourraient trouver ce mécanisme intéressant bien qu’ils bénéficient déjà d’une annulation de la dette. L’objectif de l’Initiative PPTE est d’avoir réduit le ratio de la dette aux exportations à 150 % quand le point d’achèvement est atteint. Cependant, l’analyse de la soutenabilité de ce niveau d’endettement suppose que les exportations augmentent à un taux donné, sans aucune disposition explicite concernant l’ajustement de la dette et du service de la dette à l’évolution du prix des exportations.

99 Troisièmement, les pays à faible revenu non qualifiés pour l’Initiative PPTE pourraient bénéficier d’un mécanisme similaire. Le type de proposition précédemment examiné ne doit pas masquer le fait que d’autres pays, s’ils ne sont pas très endettés, restent très dépendants des exportations de produits de base et sont soumis à des chocs de prix (et des chocs naturels) importants. Il serait paradoxal qu’une nouvelle initiative internationale visant à faire face à de tels chocs ne prenne pas en compte ces pays ou les exclue pour la simple raison qu’ils ne sont pas fortement endettés. Une réponse logique serait donc que l’assistance automatique, indexée sur le prix des produits de base, soit étendue à ces pays dans les cas de chutes des prix, sous forme de prêt, ou sous forme de don au-delà d’un certain seuil de chute des prix, à la seule condition que le pays s’engage à limiter la croissance de ses dépenses publiques durant les périodes de hausses des prix. Le pays serait donc conduit à garder une portion des gains accumulés durant les hausses de prix pour maintenir son niveau de dépenses quand les prix baissent, dans la mesure où ces chutes de prix ne seraient pas entièrement compensées par la communauté internationale. Ce mécanisme jouerait donc un rôle d’assurance et constituerait également une incitation à l’auto-assurance. Il serait possible de mobiliser les ressources nécessaires à un tel mécanisme d’assistance automatique pour autant qu’il se limiterait aux PMA.

100 Quatrièmement, les soutiens macroéconomiques et sectoriels doivent être interconnectés. Parce que l’instabilité a des effets néfastes à la fois au niveau sectoriel et au niveau macroéconomique, il est logique que les mécanismes puissent remédier aux effets de l’instabilité à ces deux niveaux. C’est dire que si l’aide doit être utilisée comme assurance au niveau macroéconomique dans les pays à faible revenu, il est utile qu’elle permette la promotion de mécanismes d’assurance, éventuellement privés, au niveau microéconomique ou sectoriel. Ceci vaut tant pour l’assurance contre les désastres naturels, analysée par Dayton-Johnson (2004) que pour les chocs de prix. Nous portons ici notre attention sur les mécanismes visant à atténuer les effets de l’instabilité des prix dans le secteur agricole. L’intensité avec laquelle l’instabilité des prix internationaux est transmise aux exportateurs et aux producteurs agricoles dépend des prélèvements de nature fiscale et parafiscale du gouvernement sur les exportations agricoles. En l’absence de tels prélèvements, les variations de prix sont transmises dans leur totalité, ce qui n’exclut pas une influence sur les recettes fiscales en raison de l’impact des variations de prix sur le revenu national. Dans le cas de prélèvements proportionnels à la valeur des exportations et constants, le gain ou la perte de revenu direct est partagé entre le gouvernement et le secteur, ce qui peut entraîner une instabilité des prix aux producteurs plus forte que celle des prix internationaux si les coûts commerciaux sont rigides. Naturellement, en changeant ses taux d’imposition, le gouvernement modifie les conditions dans lesquelles les gains et les pertes sont partagés entre lui et les acteurs dans le secteur. C’est pourquoi, un soutien externe à une politique visant à utiliser des mécanismes d’assurance pour réduire les risques encourus par les producteurs en raison de la variabilité des prix doit garantir que cette politique ne constitue pas un prétexte pour un transfert de risque du gouvernement vers les producteurs. En d’autres termes, elle doit être accompagnée d’une conditionnalité fiscale.

101 La communauté internationale pourrait contribuer à l’élaboration de mécanismes d’assurance pour les producteurs agricoles dans les pays à faible revenu, ces mécanismes étant la plupart du temps hors de portée en raison de leur coût. Le soutien extérieur devrait pouvoir à la fois couvrir les coûts de gestion des options et garantir le financement de l’écart potentiel entre le prix d’exercice de l’option et le prix au producteur correspondant au prix international au moment où le produit est vendu. Des détails sont donnés par Collier et al. (1999) (voir aussi Sarris 2003). L’avantage de cette solution est que la vente des options pourrait être gérée par des opérateurs privés. De plus, elle pourrait être associée à une assurance sur le volume des récoltes.

102 Ceci met en lumière l’objectif de réduction de la variabilité des prix payés aux producteurs, malgré les graves défauts dans le mode de fonctionnement des anciens fonds de stabilisation. Il est possible que la communauté internationale puisse apporter son soutien à des fonds de garantie sous deux conditions, non respectées dans le passé, relatives à la flexibilité du prix de référence et au placement des avoirs monétaires engagés. Le prix garanti au producteur devrait être calculé sur la base d’un prix international progressivement ajusté à la tendance du marché international. Les ressources du fonds de garantie, alimentées par les contributions des producteurs durant les périodes de prix élevés et l’aide internationale, devraient être gérées par une instance indépendante ou être la propriété des producteurs. Le gouvernement n’aurait donc pas accès à ces fonds, ce qui serait nécessaire à la crédibilité du système et permettrait une utilisation contra-cyclique des ressources.

103 Cinquièmement, les signaux de long terme ne doivent pas être brouillés. L’objectif de compensation concerne seulement les fluctuations de court ou moyen terme autour d’une tendance de long terme contre laquelle aucun mécanisme d’assurance n’est envisageable. Ceci vaut naturellement pour le prix de référence à l’exportation ou à l’importation à utiliser pour l’indexation de la dette, comme pour le prix au producteur. La tendance passée, de quelque nature qu’elle soit, doit être utilisée à la fois pour éviter l’insuffisance des ressources et les incitations erronées, aux niveaux macroéconomique et microéconomique. La même précaution est requise pour l’éventuel calcul d’un volume de référence.

4.3 - La réduction de la vulnérabilité structurelle comme objectif de l’aide

104 La mise en place de l’aide comme assurance est supposée accroître la résilience des pays à faible revenu. Comme cela a été indiqué, l’assurance est étroitement liée à la gestion des chocs. Est-ce que l’aide peut aider un pays à réduire son exposition aux chocs exogènes? Ou même la probabilité de ces chocs? Plusieurs réponses sont concevables, mais elles peuvent être plus ou moins efficaces. Le soutien aux projets ou aux secteurs pose le problème de la fongibilité. De plus, si l’objectif est la diversification, ce soutien est une réponse de long terme et la diversification est dans une large mesure endogène (la diversification est une conséquence plutôt qu’une cause du développement [Imbs et Wacziarg 2003]) ; au demeurant la diversification est coûteuse et son coût doit être comparé au bénéfice attendu d’une moindre vulnérabilité. D’autres réponses de l’aide, au niveau régional ou mondial cette fois, peuvent être efficaces. Une solution est d’agir en faveur de l’intégration régionale, un outil sous-estimé de la réduction de la vulnérabilité. Une autre est de financer la recherche sur la prévention (ou sur l’évaluation) des risques de désastres naturels et des risques climatiques (y compris la recherche sur des variétés agricoles les plus résistantes). Enfin, les pays développés ont une grande part de responsabilité dans l’atténuation des sources d’instabilité, à la fois à travers leur gestion macroéconomique et leurs politiques agricoles. Dans l’économie mondiale actuelle, des réponses adaptées aux chocs survenant dans les pays émergents, qui ne sont pas examinées ici, pourraient également contribuer à l’atténuation de la vulnérabilité des pays à faible revenu.

5 - Conclusion

105 Cet article tente de souligner l’importance de la vulnérabilité structurelle des pays à faible revenu, en particulier des PMA, dont la vulnérabilité est significativement plus élevée que celle des autres pays en développement. La vulnérabilité structurelle affaiblit la politique. Elle réduit la croissance. Elle défavorise particulièrement les pauvres.

106 Au niveau macroéconomique, plusieurs problèmes d’ordre analytique demeurent non résolus, les principaux étant les suivants. La différence entre les effets ex ante et les effets ex post de la vulnérabilité reste mal connue. Les effets de seuil n’ont pas encore été examinés de façon approfondie (il est possible que la vulnérabilité joue seulement au-delà d’un certain seuil). Les mécanismes de transmission sont cruciaux et peuvent avoir évolué dans le temps. Enfin, les liens entre vulnérabilité macroéconomique et pauvreté, évoqués plus haut, doivent être explorés à l’aide d’études de cas par pays à la fois microéconomiques et macroéconomiques.

107 Les implications pour la politique d’aide peuvent être résumées brièvement : d’abord, les principes de sélectivité de l’aide doivent être révisés de sorte que la vulnérabilité devienne un des principaux critères, à la fois parce qu’elle accroît l’efficacité de l’aide et parce qu’elle est un handicap structurel pour la croissance ; il est donc justifié qu’elle soit compensée, au moins partiellement, par la communauté internationale. C’est une raison pour laquelle la catégorie PMA doit être davantage utilisée, dans la mesure où précisément elle identifie parmi les pays à faible revenu ceux qui souffrent le plus de handicaps structurels et en particulier de la vulnérabilité. Deuxièmement, l’aide peut être utilisée comme assurance, dans un cadre de conditionnalité rénové, où une garantie est offerte sous la condition que certaines règles de gestion des chocs soient acceptées ex ante. Enfin, le plus difficile, la réduction de l’ampleur des chocs et de l’exposition des pays à faible revenu reste à examiner dans de multiples domaines de politique économique, en tenant compte des coûts et bénéfices : les actions au niveau régional sont peut-être parmi les plus prometteuses.

Bibliographie

RÉFÉRENCES

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Notes

Notes

[ 1] Une décomposition similaire a été utilisée pour l’étude de la transmission des cycles d’une zone à l’autre (Guillaumont 1985), les trois composantes étant alors qualifiées de sensibilité, dépendance et réceptivité.Retour

[ 2] Le concept de résilience est principalement utilisé dans les travaux plus spécifiquement orientés sur les causes environnementales ou naturelles de la vulnérabilité (Kaly et al. 1999), et dans certaines études sur la vulnérabilité macroéconomique (Briguglio et Kisanga 2004). Une distinction proche de la précédente est faite par Rodrik (1999) qui, à travers l’étude du risque de conflit social dans les pays subissant des chocs externes, considère séparément la sévérité des chocs, la profondeur du conflit social latent (susceptible d’accroître l’impact des chocs) et la qualité des institutions en charge de la gestion des conflits.Retour

[ 3] Considérons par exemple un petit pays exportateur de produits de base. Sa vulnérabilité vis-à-vis des chocs commerciaux résulte d’abord des fluctuations de prix mondiaux, reflétées par l’instabilité des termes de l’échange, ensuite de son exposition aux chocs, révélée par le ratio des exportations de produits de base au PIB, et enfin de sa capacité à gérer ces chocs de manière efficace. L’ampleur des chocs (l’instabilité des prix à l’exportation) est un déterminant clairement exogène de l’instabilité pour un petit pays preneur de prix. La résilience, ou capacité à gérer les chocs, dépend clairement de la politique menée. L’exposition aux chocs est plus ambiguë : elle est principalement un facteur structurel, mais dans une certaine mesure elle dépend aussi de la politique et d’autant plus sur longue période.Retour

[ 4] Au premier abord, la vulnérabilité (en ce qui concerne la croissance) peut sembler être simplement l’opposé de la soutenabilité ou durabilité de la croissance, concept largement utilisé : plus un pays est vulnérable, moins sa croissance est durable, toutes choses égales par ailleurs. Mais la soutenabilité de la croissance ne dépend pas uniquement de la vulnérabilité vis-à-vis des chocs, elle résulte aussi d’autres facteurs permanents, tels que l’accumulation du capital physique et humain ou la préservation des ressources naturelles.Retour

[ 5] Ils vérifient l’exogénéité de la volatilité de la croissance à travers des variables instrumentales, qui sont principalement et curieusement des variables politiques.Retour

[ 6] Voir par exemple Bleany et Greenaway 2001 ; Combes et Guillaumont 2002 ; Dawe 1996 ; Fosu 1992, 2002 ; Glezakos 1984 ; Guillaumont 1994 ; Guillaumont et al. 1999 ; Gyimah-Brempong 1991 ; Lutz 1994 ; Mendoza 1997 ; et une revue de la littérature par Araujo Bonjean, Combes et Combes Motel 1999.Retour

[ 7] En fait, le but de Miguel, Satyanath et Sergenti (2004) était de tester l’impact négatif des chocs de croissance sur la probabilité de guerre civile et ils n’utilisent les variations de pluviométrie qu’en tant que variable instrumentale.Retour

[ 8] Les régressions de la croissance sur l’instabilité ou la vulnérabilité incluent ou excluent le taux d’investissement en plus d’autres variables de contrôle. Lorsque le taux d’investissement (le ratio de l’investissement au PIB) est inclus, le coefficient de la variable d’instabilité ou de vulnérabilité exprime uniquement son effet résiduel sur la croissance, tandis que lorsqu’il est exclu, le coefficient est supposé refléter un effet total, passant à la fois à travers l’investissement et la productivité des facteurs.Retour

[ 9] Des résultats similaires concernant les effets de l’instabilité des exportations ont été mis en évidence par Guillaumont (1994) et Dawe (1996), qui soulignent les effets à travers la croissance résiduelle plutôt qu’à travers le taux d’investissement.Retour

[ 10] Parce que les chocs ou les désastres naturels concernent généralement certains groupes spécifiques de la population, plus la population est importante, plus l’exposition générale est faible : dans un grand pays, les chocs climatiques sont susceptibles d’affecter seulement une petite partie de la population.Retour

[ 11] Même l’hypothèse d’une corrélation négative entre la dimension de la population et la fragmentation ethnolinguistique est discutable : quand la fragmentation est expliquée par la dimension de la population et la zone géographique, le coefficient de la dimension de la population est significativement négatif et celui de la zone est positif. Comme la valeur absolue des coefficients est identique, cela signifie que la fragmentation diminue avec la densité de population (travaux en cours au CERDI).Retour

[ 12] La plus grande cohésion sociale des petites îles est également discutée par Helleiner (1996).Retour

[ 13] L’impact spécifique de la vulnérabilité structurelle est mis en évidence lorsque l’instabilité des exportations et celle de la production agricole sont utilisées, à la place de celle du revenu, comme variables explicatives.Retour

[ 14] Nous avons également estimé un autre modèle en panel avec des hypothèses légèrement différentes –le niveau de l’instabilité passée (introduit de manière additive) influence le niveau de pauvreté plutôt que la variation de pauvreté. Le modèle, estimé par la méthode des effets fixes (avec muettes temporelles), donne des résultats qui corroborent l’hypothèse que l’instabilité du revenu augmente la pauvreté indépendamment de la croissance, et ce en partie à travers l’inégalité des revenus, comme cela apparaît dans les régressions où l’indice de Gini est purgé de l’impact de l’instabilité. Cet effet est particulièrement élevé dans les pays à faible revenu et les pays subsahariens.Retour

[ 15] Par exemple, Easterly et al. (2001) ont souligné l’effet négatif (jusqu’à un certain point en tout cas) de la profondeur financière et l’effet positif de l’ouverture sur la volatilité. En particulier, concernant les effets de l’ouverture, Combes et al. (2000) ont montré que la vulnérabilité structurelle (qui dépend de facteurs structurels, y compris la dimension de la population) rend la croissance plus instable, tandis qu’une politique tournée vers l’extérieur la rend plus stable. Bleaney et Fielding (2002) examinent aussi l’impact du régime de change sur la volatilité de l’output, en plus de l’impact de facteurs exogènes comme l’instabilité des termes de l’échange.Retour

[ 16] L’EVI avait été mesuré à partir de cinq composantes, plus une sixième introduite en 2003 pour une mesure supplémentaire : (1) la dimension de la population (en logarithmes) ; (2) la part des services manufacturiers et modernes dans le PIB ; (3) le coefficient de concentration des exportations de marchandises ; (4) l’instabilité des exportations de biens et services ; (5) l’instabilité de la production agricole ; et éventuellement (6) l’indice « sans-abri » – la part de la population déplacée pour cause de désastre naturel.Retour

[ 17] La principale source de données pourrait être la Base des Evénements d’Urgence (Emergency Events Database), élaborée par le Centre pour la Recherche sur l’Epidémiologie du Désastre (CRED) à l’École de Santé Publique, Université Catholique de Louvain; des données sont également disponibles et complétées dans le rapport annuel de la Croix Rouge Internationale Rapport des Désastres Mondiaux. Un état des catastrophes naturelles élaboré à partir de ces données concernant chaque PMA est disponible dans le PNUD (2001).Retour

[ 18] Cet indicateur a été déjà utilisé dans plusieurs travaux (par exemple, Guillaumont et Guillaumont Jeanneney 1988; Guillaumont, Guillaumont Jeanneney et Brun 1999).Retour

[ 19] Le ratio des exportations au PIB a cependant été utilisé dans plusieurs tentatives de mesure de la vulnérabilité économique (par exemple Atkins, Mazzi et Ramlogan 1998 ; Briguglio 1995 ; Crowards 1999 ; Easter 1998).Retour

[ 20] Par exemple, Briguglio (1995) retient l’« éloignement » ou la « périphéralité » approchée par le ratio des coûts d’assurance et de fret à la valeur des importations comme composante de son indice de vulnérabilité. Easter (1998), comme Atkins, Mazzi et Ramlogan (1998), a envisagé cette mesure mais ne l’a pas introduite dans le calcul final. Limao et Venables (2001) utilisent également cette mesure, mais comme variable approchée des coûts de transport, donc pas spécifiquement de l’éloignement. La fiabilité et la couverture de cette variable approchée de l’éloignement sont en fait discutées.Retour

[ 21] Pour la même raison, indépendamment de sa faible fiabilité et de son incohérence fréquente, le ratio moyen de l’écart entre la valeur à l’exportation FOB et la valeur à l’importation correspondante CAF n’est pas une mesure appropriée de l’« éloignement ».Retour

[ 22] D’autres caractéristiques géographiques peuvent influencer la vulnérabilité économique, en particulier par rapport aux désastres naturels. L’une d’elles, tragiquement illustrée par le tsunami asiatique, est l’implantation des populations dans les zones de très basse altitude, proches du niveau de la mer. Les populations vivant près des volcans ainsi que celles vivant en zone sismique sont extrêmement vulnérables. Un indice de vulnérabilité ne peut pas capter le risque de chocs exceptionnels, mais seulement le risque de chocs susceptibles de survenir avec une certaine fréquence (c’est-à-dire une certaine probabilité) et donc susceptibles d’être considérés comme un handicap structurel pour la croissance.Retour

[ 23] La pondération économétrique est également utilisée pour l’indice de vulnérabilité élaboré par le Secrétariat du Commonwealth (Atkins, Mazzi et Ramlogan 1998; Easter 1998). Cet indice est la valeur estimée de l’instabilité du taux de croissance, avec trois variables explicatives choisies empiriquement parmi plusieurs (plus de cinquante), qui reflètent des facteurs politiques aussi bien que structurels. Un problème crucial avec cet indicateur est qu’il mesure la vulnérabilité par rapport à la volatilité de la croissance, ce qui, on l’a vu plus haut, n’est pas un bon indicateur synthétique de la vulnérabilité structurelle parce qu’il dépend à la fois de facteurs politiques et structurels. Une autre méthode serait de considérer une « volatilité naturelle de croissance » estimée à partir d’une régression incluant uniquement des facteurs structurels et non politiques, comme les composantes de l’EVI sont supposées l’être. Mais une telle mesure ne serait pas préférable à l’estimation de l’impact sur la croissance des composantes de la vulnérabilité structurelle : la vulnérabilité structurelle a été définie par rapport à la croissance et serait mieux mesurée par une perte de croissance que par un degré d’instabilité, qui a d’ailleurs pu être atténué au prix de mesures coûteuses.Retour

[ 24] Il serait concevable de pondérer les indicateurs de chocs par les indicateurs d’exposition correspondants. En d’autres termes, chaque indicateur de l’ampleur du choc pourrait être pondéré par un indicateur de l’exposition supposée à ce choc, et ainsi l’indice de vulnérabilité pourrait être décomposé en sous-indices relatifs chacun à un type de choc. Mais il n’existe pas de correspondance simple entre les indicateurs de chocs et d’exposition. Par exemple, les économies de petite taille semblent davantage exposées aux chocs naturels qu’aux chocs commerciaux (les Maldives, par exemple). Il semble donc plus facile et plus approprié de pondérer l’indice de choc moyen par un indicateur moyen d’exposition.Retour

[ 25] Voir Nations Unies 2005. Il y a deux différences entre l’EVI du CPD et celui proposé dans cet article : d’abord, l’EVI du CPD inclut encore l’indice de concentration des exportations comme composante ; deuxièmement, l’EVI du CPD ne précise pas la méthode de pondération, qui est en fait une moyenne arithmétique.Retour

[ 26] Timor Leste non inclus.Retour

[ 27] Toutes les informations de ce paragraphe sont basées sur Guillaumont (2007).Retour

[ 28] Le modèle estimé était spécifié de la manière suivante : croissance=f[log pib par tête initial, log(100 – indice d’actifs humains), log EVI, muette PMA]. Cette spécification log, qui suggère un renforcement mutuel des deux types de handicaps retenus comme critères d’identification des PMA, a donné de loin les meilleurs résultats. Elle appuie donc dans une certaine mesure le principe selon lequel ces critères sont traités comme complémentaires.Retour

[ 29] Ce n’était pas le cas cependant dans Guillaumont et Chauvet (2001) pour la variable multiplicative (aide fois politique).Retour

[ 30] Une bonne revue de la littérature est présentée par McGillivray (2003). De plus, Roodman (2004b) présente une évaluation détaillée de la robustesse économétrique de divers articles, confirmant ainsi la robustesse des résultats de Guillaumont et Chauvet (2001) (Chauvet et Guillaumont [2004] n’a pas été analysé). Les résultats de Guillaumont et Chauvet se sont avérés plus robustes que ceux de Dehn et Collier, eux-mêmes plus robustes que ceux de Hansen et Tarp, qui ne traitent pas le problème de la vulnérabilité.Retour

[ 31] A un seuil de 15 %.Retour

[ 32] La condition arithmétique est que sur un an la valeur absolue du ratio des cycles relatifs doit excéder l’unité par deux fois le ratio des exportations à l’aide.Retour

[ 33] Ce calcul utilisait l’indice de gouvernance de Kaufman, Kraay et Mastruzzi (2003) au lieu du CPIA de Dollar et Levin (2004), qui n’était pas disponible en dehors de la Banque Mondiale.Retour

[ 34] Depuis, le Mécanisme de Financement Compensatoire a été complété, fin novembre 2005, par le Mécanisme pour les Chocs Exogènes offert par le FMI selon des termes concessionnels aux pays éligibles au Mécanisme pour la Réduction de la Pauvreté et la Croissance ou à l’Initiative « Policy Support ».Retour

[ 35] La suite de cette section est adaptée de Guillaumont et Guillaumont (2003) et Guillaumont et al. (2005). Des propositions de lier le service de la dette aux termes de l’échange sont aussi examinées dans Gilbert et Tabova (2005). Une proposition ancienne se trouve dans Guillaumont et Mathonnat (1986).Retour

Résumé

La vulnérabilité macroéconomique des pays à faible revenu est analysée comme le risque de voir leur développement entravé par les chocs auxquels ils font face, chocs naturels et chocs externes. La vulnérabilité structurelle résulte principalement de l’ampleur des chocs et de l’exposition aux chocs, tandis que la vulnérabilité générale dépend aussi de la résilience, déterminée principalement par la politique.
Nous expliquons d’abord comment la vulnérabilité affecte la croissance et le développement en considérant quatre aspects principaux des effets de l’instabilité. Les effets ex post sont au moins aussi importants que les effets ex ante ou effets liés au risque. L’instabilité affecte plus la croissance de la productivité des facteurs que le taux d’investissement. Les instabilités primaires ou exogènes réduisent la croissance à travers des instabilités intermédiaires liées à la politique économique. L’instabilité accroît le niveau de pauvreté (et la mortalité infanto-juvénile), au-delà de ses effets sur le taux de croissance.
Deuxièmement, nous examinons comment une mesure synthétique de la vulnérabilité structurelle peut être obtenue avec un indice de vulnérabilité économique (Economic Vulnerability Index : EVI), comme celui mis au point par les Nations Unies. Les composantes d’un tel indice doivent refléter à la fois l’ampleur des chocs naturels et des chocs externes et l’exposition à ces chocs. Elles pourraient être agrégées de façon à prendre en compte l’interaction entre les chocs et l’exposition.
La dernière partie envisage les implications de la vulnérabilité macroéconomique des pays à faible revenu pour les politiques de l’aide. Elle repose sur l’idée que l’aide atténue les conséquences de la vulnérabilité (c’est-à-dire que la vulnérabilité augmente l’efficacité de l’aide) et que la question de la volatilité de l’aide doit ainsi être réexaminée. Trois réponses de l’aide sont envisagées. La vulnérabilité (EVI) peut être utilisée comme critère d’allocation de l’aide. L’aide peut être conçue comme une assurance, si elle peut être décaissée rapidement et efficacement. Enfin, l’utilisation de l’aide peut être en partie ciblée sur la réduction de la vulnérabilité à long terme.



Macro vulnerability of poor countries is analyzed as the risk that their development be hampered by the shocks they face, natural or external. Structural vulnerability mainly results from the size of the shocks and the exposure to the shocks, while general vulnerability also depends on resilience, mainly determined by policy.
We first explain how, through instability, vulnerability affects growth and development, arguing four main points. The ex post effects are at least as important as the ex ante or risk effects. Instability affects productivity growth more than the level of investment. Primary or exogeneous instabilities lower growth through intermediate and policy related instabilities. Instability increases the level of poverty (and child mortality), beyond its effects through the rate of growth.
Second we examine how a synthetic measure of structural vulnerability can be obtained in an Economic Vulnerability Index (EVI), as that developed at the UN. The components of such an index should reflect both the size of the natural and external shocks and the exposure to these shocks. They should be aggregated so that the interaction between shocks and exposure could be taken into account.
The last part considers the implications of the macro vulnerability of poor countries for aid policy. It relies on the view that aid dampens consequences of vulnerability (i.e. vulnerability increases aid effectiveness) and that the aid volatility issue must be reexamined with this regard. Three aid responses are considered. Vulnerability (EVI) can be used as a criterion for aid allocation. Aid can be designed as an insurance, if it can be disbursed quickly and effectively. Finally, aid uses can be partially targetted to the long-term reduction of vulnerability.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Patrick Guillaumont « La vulnérabilité macroéconomique des pays à faible revenu et les réponses de l'aide », Revue d'économie du développement 4/2006 (Vol. 20), p. 21-77.
URL :
www.cairn.info/revue-d-economie-du-developpement-2006-4-page-21.htm.
DOI : 10.3917/edd.204.0021.