Revue d'économie politique 2006/6
Revue d'économie politique
2006/6 (Vol. 116)
140 pages
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Entretiens

Vous consultezL’internationalisation de l’éducation supérieure : conséquences pour le monde et pour la France

AuteurBernard Hugonnier[*] [*] Directeur adjoint, Direction de l’Éducation, OCDE Texte...
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du même auteur


1. Internationalisation de l’éducation supérieure : de quoi s’agit-il ?


L’internationalisation de l’éducation supérieure (IES) n’est bien sûr pas un phénomène nouveau. Depuis toujours, des étudiants sont allés étudier à l’étranger ; depuis toujours aussi des professeurs ont été invités à donner des cours ou des conférences dans des universités étrangères. Ce qui est nouveau c’est d’une part l’intensification de ces phénomènes ; de l’autre la vitesse à laquelle ils se développent et enfin leur diversification.

2 On peut déjà distinguer deux sortes d’IES suivant qu’elle est externe ou interne. L’IES externe couvre d’abord toutes les possibilités de mobilité qu’elle concerne les étudiants ou celle des enseignants. Mais les universités et autres institutions de l’éducation supérieures peuvent elles aussi être mobiles internationalement en développant des programmes ou en créant des campus à l’étranger.

3 Ces activités peuvent se développer soit de façon unilatérale, les acteurs agissant sans grande concertation avec l’étranger, soit au contraire dans le sens tout opposé. Ainsi par exemple deux professeurs peuvent-ils organiser des échanges, l’un enseignant pour un temps dans l’université de l’autre et puis inversement. Deux institutions peuvent également s’entendre pour développer des programmes communs, des échanges d’étudiants, des cursus croisés, des diplômes communs ou encore créer des institutions en partenariat. On observe en conséquence des phénomènes de convergence que cela concerne les cursus universitaires, les diplômes mais aussi les cadres de qualifications. Enfin, phénomène le plus récent, alors que jusqu’alors l’IES s’était développée au niveau micro par l’actions d’acteurs individuels, il s’agit désormais avec le processus de Bologne d’actions menées au niveau macro, à celui d’Etats, qui coopèrent entre eux pour faciliter la mobilité des étudiants et à terme celle des travailleurs.

4 Enfin, on peut parler d’internationalisation interne dans la mesure où la dimension internationale est de plus en plus prise en compte dans les programmes – et il ne s’agit pas ici seulement des programmes d’économie ou de science politique où cette dimension a toujours été présente, mais d’autres comme par exemple la médecine ou l’environnement où cette dimension a pris de l’ampleur avec les questions du SIDA ou le protocole de Kyoto impliquant la reconnaissance multilatérale des Etats et des acteurs économiques dans la protection de l’environnement et des énergies non renouvelables. Mais l’internationalisation interne se développe aussi par le nombre grandissant de professeurs et d’étudiants étrangers dans les institutions nationales et qui par leur simple présence influent sur les attitudes et les savoirs en leur conférant une touche d’international.

5 L’accord général sur le commerce des services (AGCS) qui est en négociation à l’heure actuelle au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) utilise une nomenclature quelque peu différente et un vocabulaire plus tourné vers les échanges que vers l’éducation. Le tableau 1 rapproche les deux systèmes.

Tableau 1.  - Correspondance entre la nomenclature de l’OMC et le monde de l’éducation

Tableau 1. Correspondance entre la nomenclature de l’OMC et le monde de l’éducation ns Mode de Appellation dae délivrance Définition Exemple le monde dl’éducation Mode 1 Services offerts de Education à Mobilité de l’étranger distance programme Mode 2 Consommation à Les étudiants Mobilité des l’étranger étudient à étudiants l’étranger Mode 3 Institutions Campus à Mobilité des opérant à l’étranger institutions l’étranger Mode 4 Mouvement Enseignants Mobilité des temporaire de exercent à enseignants personnes l’étranger

2. Tendances récentes

6 Plusieurs facteurs peuvent expliquer le développement continu de l’IES. On peut d’abord mettre en avant bien sûr la forte demande d’éducation supérieure que l’on observe partout dans le monde. Il s’agit d’une sorte de massification qui fait suite à celle qui se développa en ce qui concerne l’éducation secondaire dans la seconde moitié du siècle précédent. Or face à cette demande, l’offre est souvent insuffisante non seulement d’ailleurs en volume, mais aussi en diversité et en qualité. Il faut aussi reconnaître que l’attractivité de certains pays ou de certaines institutions joue un rôle non négligeable : un diplôme d’une université américaine constituera toujours un atout même s’il ne s’agit pas d’une des meilleures et quant aux meilleures elles n’auront jamais de difficulté à recruter les meilleurs étudiants et enseignants. L’accessibilité est un autre facteur d’importance : le nombre de places offertes dans un pays étant parfois limité, ceci vaut notamment par exemple pour des études en médecine ou en droit, les possibilités offertes à l’étranger permettent de résoudre en partie ce problème. D’autant que souvent les perspectives de carrière sont plus grandes une fois en poche un diplôme étranger puisque l’on pourra alors soit travailler dans son propre pays, soit rester dans celui où on aura fait ses études, soit encore se rendre dans un tiers pays en travaillant par exemple pour une entreprise multinationale.

Tableau 2.  - Origine et destinations des étudiants étrangers (2003)

Tableau 2. Origine et destinations des étudiants étrangers (2003) Destination Origine Origine pourA l’OCDEmériquedu nord Europe Asie-Pacifique Total Afrique 17 % 79 % 4 % 100 % 12 % Amérique du nord 50 % 40 % 10 % 100 % 6 % Amérique du sud 48 % 48 % 4 % 100 % 4 % Asie 41 % 30 % 29 % 100 % 45 % Europe 13 % 82 % 5 % 100 % 30 % Asie pacifique 28 % 26 % 46 % 100 % 1 % Monde 33 % 54 % 13 % 100 % 100 % Source : Base de données sur l’éducation de l’OCDE

7 Parmi les diverses formes de mobilité, celle des étudiants enregistre la croissance la plus élevée. On discerne également une forte concentration puisque, par exemple, 82 % des étudiants européens se rendant à l’étranger pour y étudier se dirigent vers l’Europe elle-même. D’autre part, les pays de l’OCDE reçoivent 85-90 % de tous les étudiants étrangers dans le monde, à eux seuls 5 pays recevant 76 % des étudiants : USA (30 %), Royaume Uni (13 %), Allemagne (12 %), France (11 %) et Australie (10 %).

8 Mais les destinations changent comme le montre le tableau 3 : alors que certaine sont moins populaires (c’est le cas notamment des Etats-Unis, le Royaume Uni et l’Allemagne) d’autres le deviennent davantage (comme par exemple l’Australie, la Nouvelle Zélande et le Japon).

Tableau 3.  - Destination des étudiants étrangers dans le monde

Tableau 3. Destination des étudiants étrangers dans le monde 2003 1998 United States 31,1 33,3 United Kingdom 13,5 16,2 Germany 12,8 13,2 France 11,8 11,4 Australia 10,0 8,5 Japan 4,6 2,8 Spain 2,8 2,2 Italy 1,9 1,8 Austria 1,7 2,2 Switzerland 1,7 1,9 New Zealand 1,4 0,5 Sweden 1,4 1,0 Denmark 1,0 0,9 Turkey 0,8 1,4 Czech Republic 0,7 0,3 Hungary 0,6 0,5 Ireland 0,5 0,5 Finland 0,4 0,3 Korea 0,4 0,2 Norway 0,4 0,4 Poland 0,4 0,4 Source : Base de données sur l’éducation de l’OCDE

9 La mobilité des programmes (franchise, cyber éducation, programmes conjoints) est encore limitée dans le monde. On peut cependant noter que la croissance de ce mode est désormais rapide comme l’indique par exemple le cas de la Chine où le nombre de programmes étrangers a été multiplié par 9 de 1995 à 2003 ou celui de Singapour où le nombre d’étudiants qui suivent dans leur propre pays un programme offert de Singapour est supérieure à celui des étudiants étrangers étudiant à Singapour.

10 La mobilité des institutions est un mode encore peu développé mais dans certains pays il est en forte croissance. Par exemple, en Australie 33 % de tous les étudiants étrangers inscrits dans des institutions australiennes étudiaient dans leur propre pays en 2004 contre 24 % en 1996.

11 Enfin, en ce qui concerne la mobilité des enseignants on peut noter une croissance assez élevée de ce mode notamment vers certaines destinations. Par exemple, 84,281 enseignants étrangers professaient aux Etats-Unis en 2003 soit + 40 % qu’en 1994.

3. Les principaux problèmes posés par l’IES

12 Comme on l’a vu plus haut, l’IES offre incontestablement de multiples avantages ce qui explique son succès et donc son fort développement. Cependant l’IES posent aussi un certain nombre de problèmes. Jusqu’alors mal identifiés et donc mal analysés, ces problèmes ont encore peu fait l’objet de mesures visant à les limiter ou à les résoudre que ce soit au niveau international ou national.

13 Ces problèmes concernent quatre domaines spécifiques : les échanges commerciaux, le développement économique, la protection du consommateur et la concurrence.

3.1. Échanges commerciaux

14 Dans le cas d’échanges de biens, la libéralisation conduit à une concurrence plus élevée et donc possiblement à une amélioration de la qualité. D’autre part, les marchandises étant tangibles, leur qualité est facilement discernable et les défauts de fabrication sont garantis. De plus, à quelques exceptions près, une marchandise consommée dans un pays peut l’être dans un autre sans que cela ne pose de problème important en ce qui concerne les mode habituels de consommation, les traditions et la culture.

15 En va-t-il de même lorsqu’il s’agit de services ? La concurrence ne conduit pas toujours dans ce cas à une amélioration de la qualité en raison d’imperfections du marché (asymétrie d’informations, consommateurs inexpérimentés) et de régulation insuffisante des marchés. La qualité des services éducatifs peut difficilement être garantie et une fois « consommés » ces services ne peuvent être remplacés comme peut l’être un appareil photo défaillant. La pertinence peut être un problème majeur : comment peut-on être certain que des services éducatifs développés en premier lieu pour répondre aux besoins du marché du pays exportateur répondront avec la même pertinence aux besoins du pays importateur dont la culture, les traditions, l’économie et la société peuvent être très différents ?

16 Il est donc essentiel qu’en matière de services, contrairement à ce qui est le cas des échanges de marchandises, la qualité et la pertinence soient garanties avant que les échanges ne prennent place. Or en la matière, on comprend bien que cette responsabilité ne peut être assurée uniquement par le pays importateur. Le pays qui exporte détient une part de responsabilité importante, plus importante peut-être même.

17 En conséquence si les échanges de services éducatifs peuvent faciliter la mobilité internationale des étudiants et des travailleurs, la libéralisation des échanges doit conduire à des services de qualité en harmonie avec les besoins du pays importateur. Il convient donc à la fois de réduire les obstacles à la mobilité internationale dans les pays importateurs et exportateurs qui doivent assumer conjointement les responsabilités en matière de qualité et de pertinence.

3.2. Développement économique

18 Des services éducatifs de plus en plus nombreux offerts de et à l’étranger peuvent évidemment freiner d’une manière ou d’une autre le développement des capacités éducatives des pays importateurs : de fait, plus l’offre extérieure est importante, moins grandes sont les incitations des pouvoirs publics à créer et à développer des institutions d’éducation supérieure pour répondre aux besoins. Il peut également se trouver que l’offre extérieure (par exemple l’établissement d’un campus) se limite aux fonctions d’enseignement et néglige celles de recherche ce qui peut constituer un handicap supplémentaire en matière de développement.

19 De plus, l’offre extérieure a des chances d’être moins en harmonie avec les objectifs économiques, sociaux et culturels. Cette offre présente également le risque d’être de qualité incertaine et de délivrer in fine des diplômes d’inégale valeur et moins bien reconnus sur le marché du travail tant domestique qu’international.

20 Ces questions de développement de capacité sont d’une importance majeure pour le bon développement des pays en développement à commencer par les pays les moins avancés. D’autre part ces derniers pays étant des destinations peu recherchées par les investisseurs internationaux, il se pourrait que l’internationalisation de l’éducation supérieure n’accroisse encore davantage leur écart avec les pays qui bénéficient de l’IES.

21 Enfin, l’IES présente évidemment un risque de fuite de cerveaux. On sait en effet qu’un nombre non négligeable d’étudiants se rendant dans d’autres pays pour faire leurs études restent en fin de parcours à l’étranger. L’incitation naturelle qu’ils ont à le faire en termes d’opportunité de carrière est renforcée par la politique d’émigration active menée par certains pays pour justement garder ces étudiants compte tenu de leurs qualifications, de leur capacité démontrée à s’intégrer et de leur employabilité élevée. Même si à terme certains étudiants reviennent dans leur pays d’origine et que les montants envoyés régulièrement dans les foyers sont très importants, il n’en reste pas moins que le coût pour les pays d’origine est loin d’être négligeable. En effet, l’éducation primaire et secondaire dont ont bénéficiée ces étudiants aura été totalement payée par le pays d’origine sans que ce dernier ne reçoive de dividendes de cet investissement sous la forme de la valeur ajoutée créée par ces étudiants.

3.3. Protection du consommateur

22 Un autre inconvénient de l’IES est évidemment le dommage dont peuvent pâtir des étudiants lorsque les services éducatifs dont ils bénéficient, soit dans leur propre pays soit à l’étranger, sont de mauvaise qualité ou que les diplômes qu’ils obtiennent in fine sont sans grande valeur dans leur propre pays ou ailleurs.

23 La soif de posséder un diplôme d’une institution étrangère, qu’elle soit reconnue ou non, pousse nombre d’étudiants à prendre pour argent comptant des offres alléchantes sur le papier mais qui en réalité ne valent pas grand-chose. Des entreprises et des individus profitent de cette situation pour berner nombre d’étudiants qui peuvent perdre gros et avec eux bien sûr ceux qui les aident financièrement qu’ils soient des proches ou des employeurs. Le développement de cette offre malhonnête et d’usines à diplômes est stimulé par le fait qu’il existe des étudiants sans scrupules qui savent pertinemment que ces diplômes sont sans grande valeur et qui les « achètent » pour trouver plus aisément du travail ou pour élever leur statut social. Ceci se fait évidemment au détriment des étudiants qui font des études « normales » et qui doivent étudier plusieurs années avant d’obtenir un « vrai » diplôme.

3.4. Concurrence

24 Le développement d’institutions d’éducation supérieure malhonnêtes et d’usines à diplômes a également un effet direct sur la concurrence. Les institutions qui respectent les règles en matière de qualité et d’accréditation souffrent à l’évidence du fait que d’autres, en ne le faisant pas, diminuent la part de marché qui leur reviendrait autrement. D’autre part, la méfiance à l’égard des institutions étrangères pouvant augmenter du fait de l’existence de ces offres malhonnêtes, il peut s’en suivre une moindre demande et donc une diminution en volume du marché pour certaines institutions.

25 La concurrence peut également être faussé entre les professionnels eux-mêmes puisque les possesseurs de « faux » diplômes ou de diplômes de seconde valeur seront moins exigeants sur les conditions de travail et sur les rémunérations que les autres. Il peut s’en suivre une certaine dévalorisation des « vrais » diplômes ce qui est fortement dommageable pour ceux qui ont investi temps et argent dans des études supérieures.

4. Comment répondre à ces défis et tirer profit de l’internationalisation de l’éducation supérieure

26 L’IES ne saurait en conséquence être bénéfique pour les pays importateurs de services éducatifs que si un certain nombre d’actions sont menées tant au niveau national qu’international.

27 Au niveau national plusieurs politiques devront être mises en œuvre par les pouvoirs publics. Il conviendrait notamment que dans chaque pays importateur de services éducatifs :

  • Il existe des systèmes d’assurance qualité et d’accréditation efficients.
  • Les qualifications offertes soient reconnues et utilisables dans l’ensemble des pays.
  • Les principes de la nation la plus favorisée, du traitement national et de l’accès au marché soient respectés.
  • Les services importés soient en harmonie avec les objectifs économiques et sociaux des pays importateurs.
  • Les principes de la nation la plus favorisée, du traitement national et de l’accès au marché soient respectés.
  • Un environnement juridique prévale obligeant toutes les entreprises aux mêmes lois et règlements.
  • Une concurrence libre et loyale prévale entre les institutions d’éducation supérieure et entre les professionnels.
  • Les étudiants soient protégés contre les enseignements de mauvaise qualité ou peu pertinents et contre les pourvoyeurs malhonnêtes de services.
  • Les étudiants puissent obtenir des diplômes de haute qualité et qui soient reconnaissables à l’étranger.
  • La concurrence déloyale entre pourvoyeurs de services soit limitée.

28 Au niveau national, l’internationalisation des institutions suppose que les objectifs suivants soient adoptés :

  • Disposer d’un service en charge de l’internationalisation au sein des institutions.
  • Aider les étudiants allant à l’étranger.
  • Accueillir et faciliter (induction) l’inclusion des étudiants étrangers.
  • Développer les coopérations extérieures.
  • Assurer la qualité.
  • Vérifier les accréditations.
  • Coordonner les échanges entre enseignants.
  • Développer un service de bourses en harmonie avec les objectifs pour attirer des étudiants de qualité dans les domaines voulus.

29 Au niveau international les actions suivantes s’imposent :

  • Les pays exportateurs et importateurs reconnaissent et assument leur responsabilité partagée pour ce qui concerne la qualité des services transfrontaliers.
  • Les agences d’assurance qualité et d’accréditation coopèrent dans le monde.
  • Les Lignes directrices de l’UNESCO et de l’OCDE sur l’offre de services transfrontaliers de qualité sont respectées.
  • Des actions sont entreprises pour renforcer les capacités des pays les plus pauvres.
  • Les obstacles à la mobilité internationale des étudiants, des institutions, des programmes et des enseignants sont réduits dans les pays importateurs et exportateurs.
  • Les qualifications offertes sont reconnues et utilisables dans l’ensemble des pays (Processus de Bologne, Accords régionaux de l’UNESCO).
  • La coopération internationale est accrue pour s’adresser aux problèmes de la fuite de cerveaux.
  • Les programme d’échanges d’étudiants sont développés (sur l’exemple d’ERASMUS/SOCRATES).

5. Stratégies en matière d’internationalisation

30 La stratégie à l’égard de l’IES diffère évidemment suivant qu’un pays est uniquement importateur ou exportateur. Dans le cas où il est les deux à la fois une autre stratégie s’impose.

31 Les pays principalement importateurs peuvent adopter une stratégie passive (c’est souvent le cas des pays les moins avancés) en se limitant à attendre que se matérialise l’offre extérieure et en n’encourageant pas les études des étudiants à l’étranger. Ils peuvent au contraire adopter une stratégie active comme la Chine, Malaisie, Hong Kong, Singapour en encourageant le recours aux services extérieurs pour développer le capital humain ; l’établissement de programmes et d’institutions étrangers pour développer les capacités d’enseignement et de recherche pouvant se substituer à terme aux services étrangers et en développant des universités de « classe mondiale ».

32 Les pays principalement exportateurs peuvent également choisir une stratégie passive comme la France et l’Allemagne en se limitant à faciliter la migration de personnels qualifiés, ou bien au contraire opter pour une stratégie offensive (États-unis, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle Zélande) en facilitant la migration de personnels qualifiés ; en augmentant les recettes des institutions nationales et en développant des partenariats avec des partenaires qui comptent.

33 Enfin les pays mixtes souvent choisissent une stratégie neutre comme l’Espagne, la Corée, le Japon et le Mexique en se limitant à encourager la mobilité des étudiants et des personnels nationaux et étrangers.

34 Que les accords multilatéraux en matière d’échanges de services soient conclus ou non, en d’autres termes que la libéralisation de ces échanges soit orchestrée ou pas, l’internationalisation de l’éducation supérieure va continuer à se développer. Cela résulte non seulement du fait que l’IES répond à de sérieux besoins qui ne pourraient être satisfaits autrement, mais aussi que l’IES présente des avantages importants pour les pays importateurs de ces services.

35 Cependant, l’IES n’est pas sans défaut, au contraire et si des actions ne sont pas menées, certains pays pourraient bien en pâtir tandis que d’autres pourraient ne jamais en bénéficier. L’ensemble des pays importateurs doivent définitivement choisir une stratégie offensive pour bénéficier des avantages de l’IES, en en limitant les inconvénients. Mais des actions sont aussi nécessaires au niveau international pour limiter ces inconvénients et faire en sorte que les bénéfices de l’IES soient plus également répartis entre les pays importateurs. On retiendra aussi que les principes présidant à la libéralisation des échanges de services doivent se distinguer de ceux concernant les échanges de biens.

36 La France ne dispose pas à ce jour de véritable stratégie nationale en matière d’IES comme cela est le cas en Suède et peu d’institutions d’éducation supérieure se préoccupent de l’IES. Cette situation est révélatrice des faiblesses de l’éducation supérieure en France pour laquelle l’autonomie des établissements est insuffisante ; la décentralisation en retard ; la capacité d’ajustement aux nouveaux besoins limitée ; le niveau de ressources trop faible ; le système de gouvernance inapproprié et l’ouverture sur le monde trop limitée. Il en résulte une intégration inadéquate de l’économie et de la société française dans le monde ce qui nuit à la compétitivité de ce pays et entrave son avenir.

Bibliographie

Références bibliographiques

OECD [2006], Regards sur l’éducation, Paris.

OCDE [2004], Internationalisation et échanges de l’éducation supérieure : opportunités et challenges, Paris.

 

Notes

[ *] Directeur adjoint, Direction de l’Éducation, OCDE Texte présenté à la Conférence de l’AFSE, Paris, 20 Mars 2006Retour

Résumé

L’internationalisation de l’éducation supérieure est une réalité qui se traduit par une mobilité accrue des étudiants, des professeurs et des institutions. Nous décrivons les tendances récentes et discutons des opportunités et des défis auxquels font face les états.
éducation, enseignement supérieur, mondialisation, concurrence



The internationalisation of higher education: consequences for the world and France
The internationalisation of higher education is evident as students, professors and institutions become more mobile. We describe recent trends and discuss the opportunities and challenges faced by national govemments.
higher education, globalization, competition

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POUR CITER CET ARTICLE

Bernard Hugonnier « L'internationalisation de l'éducation supérieure : conséquences pour le monde et pour la France », Revue d'économie politique 6/2006 (Vol. 116), p. 797-806.
URL :
www.cairn.info/revue-d-economie-politique-2006-6-page-797.htm.