Revue d'économie politique 2007/5
Revue d'économie politique
2007/5 (Vol. 117)
214 pages
Editeur
A propos de cette revue Site Web
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Revue d'économie politique

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Anne Rozan
d'une publication de Jayson L. Lusk
d'une publication de Myriam Campardon
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée

Vous consultezAcceptabilité des consommateurs face à un OGM de seconde génération : le riz doré

AuteursAnne Rozan[*] [*] GSP UMR Cemagref-ENGEES, 1 quai Koch, 67 000 Strasbourg,...
suite
du même auteur



L’utilisation d’organismes génétiquement modifiés (OGM) dans le processus de production de l’alimentation humaine reste très controversée sur le continent européen. Ce débat passionné s’inscrit, en effet, sur fond de catastrophes sanitaires et environnementales. Ainsi, l’Union Européenne a-t-elle adoptée une politique de ségrégation des produits avec et sans OGM à travers une obligation d’étiquetage des produits contenant des OGM.

2 L’hostilité des européens vis-à-vis des biotechnologies a été mise en évidence à travers les différents sondages d’Eurobaromètre. Ainsi, le dernier en date, l’Eurobaromètre 64.3 [2006] confirme les réactions de méfiance voire de rejet à l’égard des biotechnologies vertes, celles qui concernent les manipulations génétiques de l’agriculture. Seul 20 % des Français accepte l’utilisation des OGM dans la nourriture. Paradoxalement, ce même sondage montre une perception majoritairement optimiste à l’égard de la biomédecine (biotechnologies rouges) et des biotechnologies industrielles (biotechnologies blanches).

3 L’objet de cet article est, d’une part, de prendre la mesure de l’opinion des ménages vis-à-vis des OGM de seconde génération[1] [1] La première génération d’OGM, actuellement sur le marché,...
suite
et d’autre part de mesurer leur consentement à payer (CAP) pour un OGM particulier, le riz doré[2] [2] Le riz doré existe à l’état expérimental par l’introduction...
suite
. Nous accorderons une attention particulière à l’opinion des individus quant aux OGM, qui relève d’une attitude en tant que citoyen et à leur consentement à payer, qui relève d’un comportement en tant que consommateur. En effet, Noussair et al. [2003] ont montré que les comportements effectifs d’achat (lors d’une session expérimentale) étaient plus nuancés que les opinions (exprimées dans un sondage). Cependant, on peut penser que nos résultats seront moins contrastés dans la mesure où dans notre enquête, l’acte d’achat reste hypothétique et que les questions d’opinion et d’achat se suivent au sein de la même enquête. Malgré cette réserve, nous ferons référence à leurs travaux comme un bon indicateur de l’opinion des ménages français. Pour mémoire, leur échantillon était composé de 429 ménages de l’agglomération grenobloise.

1. Méthodologie

4 Nous avons réalisé une enquête contingente afin d’évaluer le CAP des individus pour acheter du riz doré. Notre questionnaire[3] [3] Une version du questionnaire peut être obtenue sur simple...
suite
reprend dans les grandes lignes le questionnaire réalisé en 2000 dans le Mississipi par Lusk [Lusk, 2003]. En particulier, nous avons repris la méthodologie du « cheap talk » proposée pour la première fois par Cummings et Taylor [1999]. Il s’agit d’introduire un texte où le biais hypothétique est clairement expliqué au répondant, puis on lui demande de répondre aux questions de l’évaluation comme s’il se trouvait dans un magasin et qu’il allait réellement acheter le bien. Les résultats en matière de lutte contre le biais hypothétique ont été démontrés dans Lusk [2003].

5 Le questionnaire était composé de 22 questions. Une première phase consistait à tester les connaissances des individus en matière d’OGM, puis leur opinion vis-à-vis d’un certain nombre de pratiques (en particulier OGM de première et seconde génération). La seconde phase était consacrée au riz doré. Les répondants en ont-ils déjà entendu parler ? Trouvent-ils le riz doré acceptable ? Sont-ils prêts à l’acheter ? Pour la question de l’évaluation, nous avons retenu la question dite du référendum : l’individu répond par oui ou par non à une offre proposée. Dans notre cas, il s’agit d’évaluer une caractéristique d’un bien de consommation courante, 1 kg de riz. Les répondants avaient donc un référentiel de prix à l’esprit, le risque du biais d’ancrage nous semblait donc faible. Trois versions du questionnaire ont été distribuées de manière aléatoire : une version où l’offre proposée est au même prix que le riz blanc traditionnel (2 € ), une version basse (1,45 € ) et une version haute (2,55 € ). Enfin, une troisième phase consiste à recueillir des données socio-économiques.

6 A l’automne 2004, nous avons envoyé 1000 questionnaires à un échantillon de ménages français[4] [4] Le fichier d’adresses a été réalisé par tirage aléatoire...
suite
; 200 questionnaires complets et exploitables nous ont été retournés, dont 53 % complétés par des femmes. Le questionnaire était accompagné d’une lettre introduisant les objectifs de l’étude qui était présentée comme une « enquête d’opinion à propos des organismes génétiquement modifiés ». La définition d’une modification génétique était donnée. Enfin, nous insistions sur la confidentialité et les fins académiques de cette étude.

2. Résultats

Les connaissances des Français en matière d’OGM

7 Pour commencer, les répondants auto-évaluent leur degré de connaissance des organismes génétiquement modifiées et de l’alimentation sur une échelle de 1 (pas du tout de connaissance) à 7 (beaucoup de connaissance). Seul 10 % des personnes se situe au-delà de 4, c’est-à-dire se considérant comme ayant un niveau de connaissance important. Plus de la moitié (57,5 %) des personnes jugent leur degré de connaissance inférieur à une connaissance modérée (strictement inférieur à 4). Après cette question d’auto-évaluation, six questions fermées (vrai/faux/nsp) permettaient de tester le niveau de connaissance des répondants. D’une manière générale, on observe que la connaissance en matière d’OGM est très approximative. Ainsi, 64 personnes (32 %) pensent que le maïs standard ne contient pas de gène alors que le maïs génétiquement modifié en contient. Cependant, la majorité des répondants se déclare au courant de la présence d’OGM dans les aliments commercialisés (67 %) et ils savent que l’étiquetage est obligatoire en France (88 %). En cela, on constate une évolution des connaissances, puisque seules 33 % savaient que l’étiquetage était obligatoire en 2000, dans l’étude de Noussair et al. [2003].

L’opinion des Français à l’égard des OGM

8 Nous avons proposé différentes pratiques aux répondants, en leur demandant s’ils trouvaient la technologie acceptable ou non. Les résultats sont présentés dans le tableau 1.

Tableau 1.  - Acceptabilité de différentes technologies [5] [5] La question de l’acceptabilité du Riz Doré arrivait...
suite

Tableau 1. Acceptabilité de différentes technologies Pratiques Acceptable Maïs génétiquement modifié afin d’être résistant aux insectes 42% Coton génétiquement modifié afin d’être résistant aux insec- 46% tes Maïs génétiquement modifié afin de réduire l’usage de pesti- 54% cides Maïs génétiquement modifié afin de réduire les coûts de pro- 22% duction agricoles Bananes génétiquement modifiées pour fabriquer des vaccins 65,5% Porc génétiquement modifié fournissant des tissus pour 56% transplantation humaine Moisissures utilisées pour fabriquer des médicaments comme 84% la pénicilline Levure utilisée pour la bière, le pain et le vin 60,5% Riz Doré5 50%

9 On observe encore une grande hostilité des Français vis-à-vis des OGM. Ainsi, pour un OGM de première génération seulement 42 % de l’échantillon juge acceptable le maïs génétiquement modifié afin d’être résistant aux insectes. La réticence diminue quelque peu (46 %) lorsque l’OGM n’est pas un aliment, mais du coton. L’hostilité observée semble cependant moins importante qu’en 2000 (Noussair et al., [2003]), où l’OGM qui obtenait le plus d’opinions favorables (21,2 %) était un maïs transgénique afin de réduire la pollution environnementale, produit qu’on peut comparer au maïs génétiquement modifié afin de réduire l’usage de pesticides (54 %). Par contre, l’utilisation de la génétique pour réduire les coûts de production est clairement censurée par les répondants, alors que cela était l’un des enjeux des OGM de première génération, leur seul bénéfice étant alors un prix moins élevé.

10 En ce qui concerne les OGM de seconde génération, en cohérence avec les observations de l’Eurobaromètre [2006], les OGM présentant un bénéfice pour la santé humaine sont mieux perçus, et plus encore lorsqu’on touche la biomédecine (cf. bananes génétiquement modifiées pour fabriquer des vaccins ou porc génétiquement modifié fournissant des tissus pour la transplantation humaine). On observe également, une évolution des mentalités par rapport au sondage de 2000 (Noussair et al., [2003]) qui mettait en évidence que les personnes interrogées n’étaient pas sensibles à la possibilité d’obtenir une caractéristique positive grâce au progrès des biotechnologies. Seule une minorité des personnes interrogées se déclarait prête à accepter des tomates qui auraient meilleur goût (8,7 %)ou des frites moins grasses (8,3 %).

11 Le fait troublant est que les ménages français interrogés montrent une réticence à des technologies n’impliquant pas de biotechnologie, comme les moisissures utilisées pour fabriquer des médicaments (16 %) ou la levure utilisée pour la bière, le pain et le vin (39,5 %). Or, ces deux pratiques sont acceptées à plus de 95 % aux Etats-Unis.[6] [6] Sur la base d’un même questionnaire, nous avons mené...
suite

12 Enfin, l’acceptabilité de consommer un légume génétiquement modifié, varie de 37,5 %pour un légume modifié à l’aide d’un gène supplémentaire d’un même légume, à moins de 5 %pour un légume modifié à l’aide d’un gène provenant d’un virus ou d’un animal. La technologie semble donc plus acceptable lorsqu’elle reste dans une même « sphère » (un gène de légume ajouté à un légume). La suite du questionnaire portaient sur la possibilité de consommer, acheter et servir un aliment contenant des OGM à sa famille. La question était posée sans précision sur la nature de l’OGM. Face à cette incertitude, les taux d’acceptabilité sont proches de ceux obtenus pour les catégories des OGM les moins bien perçus (gène provenant d’une autre « sphère », virus, animal...). Ainsi, les personnes interrogées se montrent extrêmement réticentes à consommer un OGM (8 % se déclare d’accord) et le nombre tombe à 6,5 % lorsqu’il s’agit de les acheter ou de les servir à leur famille.

Consentement à payer pour le Riz Doré

13 Avant cette étude, seulement 10 personnes sur les 200 individus de l’échantillon déclaraient avoir entendu parler du Riz Doré. Après avoir lu une information sur le Riz Doré[7] [7] Le texte d’information était le suivant : « Grâce...
suite
, 50 % de l’échantillon qualifie le Riz Doré « qui a été modifié de manière à augmenter le niveau de vitamine A » de technologie acceptable. Ce taux élevé d’acceptation peut en partie être dû à l’information qui est donnée aux répondants et en partie à sa caractéristique positive (contient de la vitamine A). Il n’est cependant pas possible de tester quel est l’effet qui l’emporte.

14 Le scénario contingent propose au répondant de se représenter dans un magasin, face à deux sortes de riz. L’un correspond au riz blanc long grain habituel qui n’est pas génétiquement modifié. Ce riz non-génétiquement modifié ne contient pas de vitamine A. L’autre est le Riz Doré. Le Riz Doré a été génétiquement modifié pour contenir de la vitamine A. Une part de Riz Doré satisfait 30 % des besoins nutritionnels quotidiens conseillés en vitamine A. Enfin, il est indiqué que le prix de 1 kg de riz blanc long grain est de 2 €. Pour finir, une question fermée était proposée afin de faire révéler le CAP :

15

« Seriez-vous prêt à acheter 1 kg de Riz Doré long grain si celui-ci coûte X € ? »

16 Trois versions ont été testées, l’offre pouvait soit être équivalente au prix du riz traditionnel (2 €), soit inférieure (1,45 €), soit supérieure (2,55 € ). Toute version confondue, nous observons qu’un quart de l’échantillon est prêt à acheter le Riz Doré. Le détail en fonction de l’offre proposée est présenté dans le tableau 2.

Tableau 2.  - Réponse à la question fermée selon l’offre proposée

Tableau 2. Réponse à la question fermée selon l’offre proposée Effectifs % ligne NON OUI ENSEMBLE % colonne 39 18 57 2 € 68,4% 31,6% 100,0% 26,2% 35,3% 28,5% 56 22 78 1,45 € 71,8% 28,2% 100,0% 37,6% 43,1% 39,0% 54 11 65 2,55 € 83,1% 16,9% 100,0% 36,2% 21,6% 32,5% 149 51 200 ENSEMBLE 74,5% 25,5% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0%

17 Un test de proportion montre qu’il n’y a pas de différence significative entre les deux premières versions, à savoir une offre équivalente ou inférieure au prix du riz traditionnel. En revanche, la probabilité d’accepter l’offre de 2,55 € diminue significativement par rapport aux deux autres scénarios. Le fait qu’on ait une plus faible proportion de personnes qui accepte de payer dans la version avec offre élevée s’explique par le montant de l’offre et non pas par les caractéristiques des sous-échantillons en matière d’acceptabilité des OGM. En ce qui concerne la relation entre le jugement sur la technologie du Riz Doré d’une part, et le CAP d’autre part, il est important de noter qu’aucune personne ayant jugé cette technologie inacceptable n’a ensuite accepté d’acheter ce riz, même s’il était proposé à un prix inférieur au riz standard. La proportion de personnes ayant jugé la technologie acceptable est équivalente dans les trois versions, mais la proportion de personnes refusant d’acheter le Riz Doré est plus forte dans la version à offre élevée, comme on peut le voir dans le tableau 3.

Tableau 3.  - Réponse à la question fermée parmi ceux qui jugent la technologie « Riz Doré » acceptable

Tableau 3. Réponse à la question fermée parmi ceux qui jugent la technologie « Riz Doré » acceptable Effectifs % ligne NON OUI ENSEMBLE % colonne 32 Versi=0 14 18 2 € 43,8% 28,6% 56,3% 35,3% 100,0% 32,0% 14 22 36 1,45 € 38,9% 61,1% 100,0% 28,6% 43,1% 36,0% 21 11 32 2,55 € 65,6% 34,4% 100,0% 42,9% 21,6% 32,0% 49 51 100 ENSEMBLE 49,0% 51,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0%

18 Finalement, parmi ceux qui jugent le Riz Doré acceptable, c’est-à-dire la moitié de notre échantillon, la moitié accepte également l’idée d’acheter du Riz Doré. Cette proportion pourrait être un peu plus importante si le prix du Riz Doré était au même prix ou à un prix inférieur au riz traditionnel.

Profil des consommateurs potentiels de Riz Doré

19 Afin d’avoir une idée du profil des consommateurs potentiellement intéressés par le Riz Doré, nous avons cherché à construire des classes de consommateurs. Pour cela, nous avons réalisé une représentation des individus sur plan factoriel avec visualisation des classes obtenues par Classification Hiérarchique Ascendante (logiciel SPAD). Cette représentation est présentée sur la figure 1.

...
Représentation des individus en 2 ou 3 classes (Classification hiérarchique ascendante)

Représentation des individus en 2 ou 3 classes (Classification hiérarchique ascendante)

20 Si on considère la répartition en deux classes, on a clairement d’un coté, la classe 1, qui représente les pro-OGM et de l’autre la classe 2 qui représente les opposants. L’intérêt de cette technique est de faire ressortir parmi l’ensemble des variables celles qui sont pertinentes pour départager les individus, variable pour laquelle la proportion de la modalité dans la classe sera surreprésentée par rapport à la proportion de la modalité dans l’échantillon. Il est important de noter qu’aucune variable socio-démographique ne semble pertinente dans la classification. Il faut passer à une représentation à trois classes pour voir apparaître le sexe comme une variable discriminante. Ainsi, à trois classes, nous avons les classes 1 et 2 qui sont pro-OGM, dans la classe 2, les hommes y sont largement surreprésentés, puisqu’ils constituent 91,67 % dans la classe alors qu’ils ne sont que 47 % en tout.

21 Les variables qui sont pertinentes dans le profil du consommateur potentiel sont celles qui révèlent une bonne perception à l’égard des OGM. Audelà de l’acceptation du principe d’existence du Riz Doré et de l’acceptation d’acheter ce produit, un premier groupe de variables se rapporte au fait de se déclarer prêt à consommer un légume auquel on a ajouté un gène supplémentaire, en particulier d’un même légume ou d’un légume différent. Un second groupe de variables correspond aux questions sur le fait d’être prêt à manger, à acheter et à servir à sa famille des aliments OGM, avec des modalités allant de 1 à 4, c’est-à-dire d’être plutôt vraiment d’accord, sur une échelle de 1 à 7. Enfin, le troisième groupe principal correspond au fait que les personnes de la classe 1 jugent acceptables les différentes pratiques présentées dans le tableau 1.

22 Cette étude apporte des enseignements importants et récents sur la connaissance, l’opinion et le comportement des Français vis-à-vis des OGM. D’une part, il semble que la majorité des individus sont peu informés et ont peu de connaissance sur les OGM. D’autre part, il semble y avoir une évolution des mentalités. Si la majorité des répondants reste hostile aux OGM, la part de la population qui leur est favorable sous certaines conditions, augmente. Ainsi, 54 % des répondants jugent acceptable un maïs OGM permettant de réduire l’usage de pesticides, alors qu’ils n’étaient que 21,2 % à penser qu’un maïs OGM permettant de réduire la pollution environnementale était acceptable (Noussair et al., [2003]). Par ailleurs, si les répondants sont très majoritairement opposés à l’idée de consommer des OGM, la proportion d’opposants diminue lorsqu’il s’agit d’un OGM de seconde génération, permettant d’apporter des bénéfices pour la santé.

23 En ce qui concerne le comportement envers le Riz Doré, la majorité des personnes ne le connaisse pas, mais la moitié juge la pratique acceptable et un quart de l’échantillon se déclare prêt à l’acheter. A la différence de l’étude Noussair et al. [2003] nous observons une assez bonne correspondance entre les opinions et les CAP. Rappelons qu’évidemment, dans notre étude, le répondant est d’abord sondé puis mis en position d’achat dans le cadre d’un même questionnaire, favorisant ainsi la cohérence dans les comportements soit de boycott, soit de pro-OGM. Dans notre étude, il existe un profil de personne qui, somme toute, reste assez ouverte vis-à-vis des OGM, jugeant acceptable ces pratiques, qu’elles relèvent d’OGM de première ou de seconde génération. Ces personnes se révèlent être celles qui sont prêtes à acheter du Riz Doré, elles représentent un quart de notre échantillon.

Bibliographie

Références bibliographiques

AFSSA [2002], OGM et alimentation : peut-on identifier et évaluer des bénéfices pour la santé ? Etude au travers de 4 exemples : les plantes résistantes à des insectes, la betterave tolérante au glyphosate, l’enrichissement de vitamine A : cas du riz doré, des microorganismes génétiquement modifiés

Cummings R.G., Taylor L.O., [1999] Unbiased value estimates for environmental goods : a cheap talk design for the contingent valuation method, American Economic Review, 89,649-65.

Eurobaromètre [2006], Europeans and Biotechnology in 2005 : Patterns and Trends, Eurobarometer 64.3, A report to the European Commission’s Directorate-General for Research, European Commission, Brussels, 85 pages.

Lusk, J.L. [2003] Effects of cheap talk on consumer willingness-to-pay for golden rice, American Journal of Agricultural Economics, 85,840-856.

Lusk J.L., Rozan A. [2006] « Consumer Acceptance of Ingenic Foods », Biotechnology Journal, vol.1, iss. 12,1433-1434.

Lusk J.L., Rozan A. [2005] « Consumer Acceptance of Biotechnology and the Role of Second Generation Technologies in the US and Europe », Trends of Biotechnology, vol. 23 (8), 386-387.

Noussair C., S. Robin, B. Ruffieux, [2003], « De l’opinion publique aux comportements des consommateurs. Faut-il une filière sans OGM ? », Revue Economique, Vol. 54, No. 1,47-69.

 

Notes

[ *] GSP UMR Cemagref-ENGEES, 1 quai Koch, 67 000 Strasbourg, France. Corresponding author : anne.rozan@engees.u-strasbg.frRetour

[ **] 411 Agricultural Hall, Department of Agricultural Economics, Oklahoma State University, Stillwater, OK 74078-6026, USARetour

[ 1] La première génération d’OGM, actuellement sur le marché, a été introduite pour son intérêt agronomique. Ces OGM ne comportent aucune valeur ajoutée pour le consommateur. La seconde génération d’OGM aura des caractéristiques positives distinctives pour le consommateur, en particulier vis-à-vis de sa santé (par exemple : huiles favorisant le bon cholestérol, apport nutritionnel, etc.).Retour

[ 2] Le riz doré existe à l’état expérimental par l’introduction d’un gène de jonquille dans les germes d’un riz traditionnel. Le riz doré, ainsi créé, contient du β-carotène, que le corps humain transforme en vitamine A. Le but des chercheurs qui ont créé cet OGM est d’améliorer la santé de groupes humains qui souffrent gravement de carences alimentaires. Or l’une des carences majeures dans les pays en voie de développement est la carence en vitamine A. En particulier, l’Asie du Sud présente la plus forte prévalence de carence en vitamine A, or il s’agit de pays forts consommateurs de riz (pour en savoir plus sur le riz doré, lire AFSSA [2002]).Retour

[ 3] Une version du questionnaire peut être obtenue sur simple demande auprès des auteurs.Retour

[ 4] Le fichier d’adresses a été réalisé par tirage aléatoire dans l’annuaire téléphonique.Retour

[ 5] La question de l’acceptabilité du Riz Doré arrivait plus tard dans le questionnaire et après une information sur le Riz Doré.Retour

[ 6] Sur la base d’un même questionnaire, nous avons mené en simultané cette enquête auprès d’un échantillon de ménages français et américains. D’une manière générale, on observe une différence significative de comportements (acceptation, connaissance, CAP) entre les deux échantillons, voir Lusk et Rozan [2005] et [2006].Retour

[ 7] Le texte d’information était le suivant : « Grâce à des progrès en biotechnologie et en ingénierie génétique, des chercheurs ont récemment développé un grain de riz, appelé « Riz Doré ». En introduisant un gène de jonquille dans les germes d’un riz traditionnel, ces chercheurs ont créé le Riz Doré contenant du β-carotène, que le corps humain transforme en vitamine A. La vitamine A est un nutriment essentiel du corps humain. Elle joue un rôle dans les fonctions telles que la vision, les défenses immunitaires, l’entretien des lignes du corps et de la peau, la croissance des os et du corps, le développement des cellules et la reproduction. Une déficience en vitamine A peut conduire à la cécité, à des maladies et dans des cas très graves au décès. Le Riz Doré doit son nom à la partie jaune pâle au centre du grain de riz. La couleur est le résultat du mélange entre le gène de jonquille et celui du riz. A part sa couleur, le Riz Doré a le même goût et la même odeur que le riz traditionnel. ».Retour

Résumé

Dans cet article, nous présentons les résultats d’une étude sur un OGM de seconde génération, le riz «doré », génétiquement modifié pour contenir du b-carotène. Nous rendons compte d’une évaluation contingente menée auprès de consommateurs démographiquement représentatifs des ménages français. Si la grande majorité des ménages n’a jamais entendu parler du riz «doré » et juge cet aliment inacceptable, on observe cependant qu’un quart de notre échantillon serait prêt à acheter ce produit surtout si celui-ci est vendu au même prix voire à un prix inférieur au prix du riz traditionnel.
évaluation contingente, OGM, riz doré



Consumer Acceptance of a Genetically Modified Organism of the Second Generation: The Golden Rice
In this paper we present the results of a study which focuses on a second generation genetically modified organism - golden rice genetically modified to contain b-carotene. We report the results of a contingent valuation survey conducted with a demographically representative sample of French households. If the majority of the sample are not aware of Golden Rice and judge this food product unacceptable, however, we observe a quarter of the sample would be willing to buy this product if the price is less than or equal to that of non-genetically modified rice.
contingent valuation, GMO, Golden Rice

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Anne Rozan et al. « Acceptabilité des consommateurs face à un OGM de seconde génération : le riz doré », Revue d'économie politique 5/2007 (Vol. 117), p. 843-852.
URL :
www.cairn.info/revue-d-economie-politique-2007-5-page-843.htm.