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S'inscrire Alertes e-mail - Revue d'économie politique Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa stabilisation des jeunes docteurs sur le marché de l’emploi académique
AuteursLiliane Bonnal [*] [*] Crief-Teir, Université de Poitiers et Gremaq-TSE, correspondance :...
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Jean-François Giret [**] [**] IREDU (UMR CNRS 5225), Université de Bourgogne et Céreq,...
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1. Introduction
Le développement de l’emploi scientifique est généralement considéré comme un enjeu majeur pour les politiques nationales d’innovation et de recherche. Elles permettent de favoriser le processus d’innovation de chaque pays ou peuvent au contraire le freiner [Aghion et Cohen, 2004]. Parmi les facteurs affectant le développement de l’emploi scientifique, la formation doctorale, puis le mode de recrutement des jeunes chercheurs notamment dans le secteur académique, occupent une place centrale. C’est particulièrement le cas en France où le recrutement des postes de permanents dans l’enseignement supérieur ou la recherche publique se fait très tôt après la thèse. Dans un tel système, augmenter ou réduire les flux de recrutement, transformer la façon de les organiser peut avoir des conséquences à long terme sur la politique scientifique. Actuellement, le marché du travail français des jeunes docteurs se caractérise par un taux de chômage important dans les années qui suivent la thèse mais aussi, à moyen terme, par des perspectives importantes de renouvellement des professions de l’enseignement supérieur et de la recherche publique. Comme le montre Freeman [1980], la dégradation des débouchés professionnels des jeunes docteurs conduit les générations suivantes à privilégier d’autres choix professionnels où les conditions d’emploi seraient préférables. Elle peut générer également une diminution des inscriptions en thèse, ce qui a été le cas en France pour l’ensemble des disciplines dans les années 90 et l’a été encore récemment pour certaines disciplines en science. Le risque est alors de provoquer une baisse à la fois qualitative et quantitative de la production scientifique, production qui est souvent élevée dans les années qui suivent l’obtention du doctorat. De plus, dans une perspective de renouvellement rapide et important des effectifs de chercheurs et d’enseignants-chercheurs, il peut être très difficile d’infléchir à court terme cette politique[1] [1] Un rapport de l’administration générale de l’enseignement...
suite. Le volume important de stages post-doctoraux dans les différents pays peut éventuellement être considéré comme un moyen de gérer la file d’attente pour l’accès aux emplois académiques, au moins à court terme, en conservant les jeunes chercheurs les plus productifs dans le secteur académique dans l’attente d’une opportunité de recrutement sur un poste de permanent. Se pose cependant pour ces derniers l’intérêt d’une telle stratégie.
2 L’objectif de cet article sera d’étudier les principaux facteurs expliquant le recrutement des jeunes docteurs en France sur le marché de l’emploi académique. Ces facteurs sont-ils cohérents avec une politique scientifique favorisant la production de connaissance ? Pour Merton [1957], les publications doivent avoir un rôle central dans les mécanismes d’évaluation des chercheurs. Cela est d’autant plus vrai pour le recrutement des jeunes chercheurs dans la mesure où les travaux en économie et sociologie de la science s’accordent sur le fait que les inégalités de publications sont fortes entre les chercheurs et augmentent avec l’âge. L’hypothèse est néanmoins à nuancer si les inégalités de publication initiales ne sont pas l’unique reflet de la productivité individuelle. De plus, comme le montre la littérature empirique sur l’accès à l’emploi académique, d’autres facteurs peuvent influencer le recrutement d’un chercheur ou d’un enseignant-chercheur. Des facteurs institutionnels liés par exemple au développement de la recherche dans l’université du doctorant ou au statut de l’équipe d’accueil peuvent structurer ses chances d’accès au marché de l’emploi académique. Des facteurs plus individuels, inhérents à la trajectoire scolaire, sociale et professionnelle en amont du doctorat, peuvent également avoir une influence sur le début de carrière. Après la thèse, la multiplication des stages post-doctoraux risque également de jouer un rôle spécifique dans le recrutement des jeunes docteurs dans la mesure où elle allonge la période d’observation sur leur productivité scientifique. Afin de tester l’effet de ces différents facteurs sur l’accès à l’emploi académique en France, nous utilisons un modèle du durée à temps à discret qui permet de tenir compte de la temporalité des différentes échéances et concours qui rythment les possibilités d’accès à l’emploi académique. La probabilité de faire un stage post-doctorat a été estimée de manière endogène afin de déterminer un effet net du post-doctorat sur l’accès à l’emploi académique. L’échantillon retenu est issu d’une enquête du Centre d’Etudes et de Recherches sur les Qualifications (Céreq) retraçant le parcours professionnel des jeunes docteurs de 2001 durant les trois années qui suivent l’obtention de la thèse.
3 Le plan de l’article est le suivant. La section (2) propose une revue de la littérature des principaux travaux issus de l’économie et de la sociologie de la science qui permettent d’identifier plus précisément les différents facteurs expliquant l’entrée dans la carrière académique. La section (3) décrit les données empiriques utilisées et les principales hypothèses qui peuvent être testées sur ces données. La section (4) détaille le modèle économétrique retenu dans l’article pour expliquer la durée d’accès à l’emploi académique. Enfin, la cinquième section présente les principaux résultats et la sixième section propose quelques remarques conclusives.
2. Les facteurs explicatifs des recrutements des jeunes docteurs dans l’emploi académique
4 Les possibilités d’accéder à un poste de permanent sur le marché de l’emploi académique se fait en France, contrairement à de nombreux pays, dans les années qui suivent l’obtention du doctorat. Le recrutement des jeunes docteurs est donc associé à une forte incertitude sur leur productivité future d’enseignement et surtout de recherche. Dans un tel système, les premières publications devraient occuper une place centrale dans les mécanismes de promotion et de recrutement si l’on se réfère aux travaux de Merton [1957]. Pour ce dernier, les positions dans le système académique doivent être allouées uniquement sur la base des contributions originales au champ de la connaissance scientifique. Elle ne doivent en aucun cas dépendre de caractéristiques personnelles ou sociales. Les publications et le système d’évaluation par les pairs permettent d’identifier les chercheurs qui ont proposé les premiers des contributions originales. Par ailleurs, Paul et Rubin [1984] considère que les publications peuvent être également considérées comme un proxy de la qualité de l’enseignement à l’université, justifiant ainsi le recrutement des enseignants-chercheurs sur la base de leurs publications : l’enseignant qui publie est plus sensible à l’évolution du débat scientifique et est donc plus tenté d’actualiser fréquemment ses cours.
5 Les constats empiriques montrent que les publications sont très inégalement réparties selon les chercheurs (Lotka, [1926]), ce qui peut s’expliquer par des attitudes spécifiques pour la recherche ou le goût pour la publication. De plus, l’examen de la production scientifique au cours du cycle de vie des chercheurs (Diamond [1984], Levin et Stephan [1991]) indique globalement que l’activité de publication augmente en début de carrière puis diminue, d’où l’intérêt de recruter les docteurs en début de carrière sur la base des publications qui peuvent être considérées comme le signal des publications à venir. Comparés à d’autres signaux susceptibles d’indiquer la qualité du travail doctoral comme la mention obtenue ou la composition du jury, les publications présentent l’avantage d’apporter une évaluation plus indépendante des travaux des jeunes docteurs. Le recrutement à partir des publications en début de carrière paraît d’autant plus pertinent que les inégalités de publications augmentent en cours de carrière au profit de ceux qui ont le plus publié au début.
6 Cependant, l’augmentation des inégalités de publications (Weiss et Lillard, [1982]) peut conduire à s’interroger sur la logique méritocratique du système. Stephan [1996] plaide notamment pour réorienter les recherches des économistes sur le rôle central des ressources dans la production scientifique. Les succès passés d’un chercheur lui permettent d’acquérir des ressources qui conditionnent ses succès futurs. Certains auteurs, notamment en sociologie de la science (Allison et Steward [1974] ; Allison, Long et Krauze [1982]), montrent comment se construit alors un processus d’avantages cumulatifs : les publications permettent au chercheur d’obtenir des fonds ou des subventions de recherche, d’accroître ses réseaux, de se voir proposer de nouveaux articles, d’attirer de bons étudiants ou d’être recruter par des universités prestigieuses. Ces avantages correspondent pour Merton à l’effet Saint-Matthieu : l’avantage comparatif initial va s’amplifier au profit de ceux qui sont avantagés au départ. Les jeunes docteurs auront donc intérêt à publier durant leur thèse puis dans leur première année de carrière dans la mesure où cela permet d’accéder à un premier emploi qui va favoriser la suite de leur carrière. Carayol [2006] montre à partir d’un modèle de tournoi que ce système d’incitation peut être optimal sous certaines conditions. Ce sera surtout le cas si la recherche présente un caractère risqué. En revanche, le système d’incitation sera moins optimal lorsque les conditions initiales conduiront à désavantager certains étudiants par exemple, du fait d’un faible taux d’encadrement. David [1994] indique que ces avantages cumulatifs peuvent se renforcer par des mécanismes psychologiques propres au milieu de la recherche. Pour David, on ne peut exclure que certaines des premières publications des étudiants soient liées à un effet de chance du fait par exemple de l’actualité scientifique. Afin de satisfaire les attentes suscitées par la première publication et de conserver leur réputation, les jeunes chercheurs ayant bénéficié de cet effet de chance doivent ensuite augmenter leur niveau d’effort. Un mécanisme alternatif décourage les autres chercheurs : des échecs de publication au départ peuvent les inciter à réduire leur effort ou à privilégier d’autres types de carrière que celles de chercheurs.
7 Plusieurs travaux empiriques étudiant le marché du travail des jeunes enseignants chercheurs nuancent cependant le rôle des publications par rapport à d’autres variables liées au prestige des institutions ou à la taille des programmes doctoraux. Ainsi, Allison, Mc Ginnis et Scott, [1980] montrent aux États-Unis que l’entrée dans la carrière académique dépend beaucoup plus de la renommée de la faculté où le thésard a fait ses études que de son nombre de publications. Plus récemment, Stock et Alston [2000] indiquent qu’en sciences économiques le classement des programmes doctoraux aux États-Unis, en fonction notamment des publications scientifiques des départements, influence les possibilités de réussite sur le marché de l’emploi académique, à niveau équivalent de publication. De plus, si les publications affectent les chances d’avoir des entretiens de recrutement, leur effet est beaucoup plus élevé pour les programmes doctoraux les plus mal classés que pour les programmes les mieux classés. Autrement dit, les publications joueraient un rôle de signal principalement pour les étudiants des universités les moins prestigieuses. Une des explications possibles est que d’autres variables non observées dans les enquêtes puissent influencer le recrutement dans les universités prestigieuses sans que cela passe obligatoirement par les publications. C’est ce que suggèrent Allison et Scott [1990] lorsqu’ils étudient les relations entre les publications des chercheurs avant et après leur changement d’emploi et leur accès à des universités plus prestigieuses. Le prestige du département va nettement influencer les publications des chercheurs alors que les publications antérieures au changement d’emploi ont un effet limité sur le recrutement dans une université prestigieuse. La notion de prestige de l’université ou du département n’est pas cependant la seule variable institutionnelle qui peut expliquer la réussite professionnelle des docteurs. Stock et Anstine [2002] montrent, en étudiant l’évolution sur le long terme des programmes doctoraux aux États-Unis, que des effets de taille critique existent dans certaines disciplines comme l’économie pour la qualité de la production scientifique. La production trop faible de doctorants conduit alors à une baisse de prestige des départements et parfois à leur disparition.
8 Le recrutement des jeunes docteurs peut néanmoins dépendre d’autres facteurs plus ou moins contradictoires avec la logique méritocratique proposée par Merton. Pour Bourdieu [1984], une seconde hiérarchisation antagoniste à la logique scientifique structure le système académique : une hiérarchisation sociale et institutionnelle. Les trajectoires sociales et scolaires sont des éléments déterminants pour comprendre la transmission du capital académique et l’accès aux positions les plus élevées dans la hiérarchie universitaire. Elles vont généralement de pair avec d’autres stratégies de conservation de pouvoir souvent déconnectée de la logique scientifique. L’origine familiale, la nationalité ou même le sexe peut intervenir dans ces enjeux de pouvoir pour favoriser la reproduction du système. Long et Fox [1995] montrent aux États-Unis que, même à publications identiques, l’accès des minorités ou des femmes aux positions académiques est plus difficile. La transmission des pouvoirs académiques peut cependant se faire sur d’autres critères comme le recrutement de doctorants issus de l’université. Est-ce pour autant un mode de recrutement déconnecté de toute logique scientifique ? La question est délicate dans la mesure où l’endogamie peut répondre à des préoccupations spécifiques en termes de recherche pour certaines universités. Elle peut se justifier par le souhait de prolonger des spécialisations locales en termes de recherche ou d’éviter pour de petites universités que les enseignants recrutés ne s’investissent pas dans leurs nouvelles unités de recherche et continuent leurs activités scientifiques dans leur établissement d’origine. De plus, les employeurs locaux ont pu acquérir plus d’information que les autres sur la productivité individuelle des jeunes chercheurs. Enfin, le recrutement d’un candidat local peut être considéré comme un moyen pour l’université d’inciter les doctorants à augmenter leur productivité, en garantissant aux meilleurs un recrutement. Pour Stéphan [1996], la garantie d’un débouché est la contrepartie nécessaire au contrat implicite liant les doctorants à leur directeur de thèse.
9 La multiplication ces dernières années des stages post-doctoraux avant l’accès éventuel à un poste de permanent sur le marché de l’emploi académique peut modifier les signaux émis par les docteurs sur le marché de l’emploi académique. Par rapport à un recrutement direct après la thèse, plusieurs arguments peuvent justifier le choix de tenir compte du post-doc dans le mécanisme de recrutement. Le premier est lié à la spécialisation croissante des activités scientifiques qui demandent un investissement important (Siow, [1998]). Les rendements de ces investissements sont souvent plus longs et plus aléatoires, d’où l’intérêt pour les employeurs potentiels de les observer sur une période de temps relativement suffisante, comme le permet un post-doc. Le second argument est lié à la nécessité de fournir aux jeunes doctorants une formation complémentaire à la formation doctorale. Outre la spécialisation ou l’ouverture sur un autre sujet, il peut permettre aux jeunes docteurs de découvrir d’autres environnements et d’autres méthodes de recherches s’ils quittent leur université, et éventuellement de renforcer leurs compétences linguistiques s’ils changent de pays. Mais la thèse est également un exercice largement codifié dans de nombreuses disciplines où le doctorant doit montrer qu’il dispose des standards nécessaires pour entrer dans la profession (capacité à faire des expériences, des synthèses, à modéliser…). D’autres types de compétences comme les capacités à s’intégrer dans un nouvel environnement, à travailler en équipe ou au contraire à être plus autonome peuvent être développés dans un stage post-doctorat. Dans ce cas, le post-doctorat permet de compléter la formation du jeune docteur en lui apportant de nouvelles compétences ou en lui permettant de révéler certaines d’entre elles. De plus, par rapport à d’autres situations, le post-doc dégage du temps (comme par exemple les heures consacrées aux activités administratives et/ou d’enseignement) et permet au jeune chercheur de se concentrer sur ses activités de recherche. Dans un travail un peu ancien dans le domaine des biosciences aux États- Unis, les résultats de Allison, Mc Ginnis et Long [1982] sur l’effet du post-doc plaident plutôt pour ce type d’argument. Ils montrent ainsi que le stage post-doctoral a un effet sur la productivité future en termes de publications alors que le prestige de l’université ou du département où se fait le post-doc n’a pratiquement aucun impact sur la suite de la carrière ou sur la productivité en termes de publications. Un troisième argument est lié à la gestion de la file d’attente. La qualité des candidats et le nombre de places disponibles aux différents concours ne sont pas homogènes d’année en année. La possibilité de proposer des stages post-doctoraux permet aux employeurs d’avoir plus de flexibilité dans la gestion des recrutements tout en incitant les post-doctorants à poursuivre leur effort de recherche. Les travaux de Ma et Stephan [2005] sur l’accès aux post-docs aux États-Unis en 1980 et 2000 valident en partie cette hypothèse de gestion de la file d’attente : ils montrent que la probabilité d’accès aux stages post-doctoraux augmente dans la majorité des disciplines lorsque le nombre de docteurs diplômés dans la discipline est plus élevé et lorsque les conditions de financement de la recherche et de l’enseignement supérieur sont plus difficiles.
10 Le stage post-doctoral est-il pour autant un instrument de recherche d’emploi efficace pour le jeune docteur ? Deux arguments viennent nuancer l’effet positif que peut avoir le stage post-doctoral sur le capital humain du jeune docteur. En premier lieu, si le stage se fait dans un pays étranger, le risque pour le doctorant est de voir baisser le nombre de ses contacts professionnels dans le pays où il va postuler. Or, les réseaux professionnels sont un élément déterminant dans la transmission de l’information sur la qualité des travaux scientifiques et de leurs auteurs (Bozeman et alii, [2001]). Dans la mesure où l’attribution des postes se fait en France majoritairement au niveau local, l’éloignement des réseaux intra-nationaux peut être considéré comme une stratégie plus risquée. Ensuite, on ne peut pas exclure que le stage post-doctoral soit interprété parfois comme un signal négatif : celui d’un échec lors des campagnes de recrutements précédentes. Cela n’est évident pas le cas dans des disciplines où le stage post-doctorat est majoritairement considéré comme une condition sine qua non pour accéder à un poste de titulaire. Les travaux de Cahuzac et Robin [2003] sur les jeunes docteurs français ayant soutenu une thèse en sciences de la vie entre 1984 et 1997 apportent quelques éléments empiriques sur l’effet du stage post- doctoral sur la suite de la carrière professionnelle. Ils montrent que le post- doctorat retarde l’accès au marché de l’emploi académique, mais de façon beaucoup moins importante que d’autres contrats temporaires de type ATER (Attaché Temporaire d’Enseignement de Recherche).
3. Données et hypothèses
11 Les données utilisées dans cette recherche sont issues d’une enquête longitudinale du Céreq, l’enquête « Génération 2001 », portant sur un échantillon de jeunes sortis du système éducatif en 2001 et interrogés au printemps 2004. Une extension de cette enquête sur les diplômés de doctorat a permis d’interroger 1423 docteurs ayant obtenu leur thèse entre décembre 2000 et décembre 2001. Le champ de l’enquête est limité aux jeunes de moins de 35 ans, interrogés en France en 2004. Sont notamment exclus les jeunes qui se trouvent toujours à l’étranger la troisième année après l’obtention du doctorat[2] [2] Une précédente enquête évaluait ce nombre à environ...
suite.
12 L’enquête permet de repérer les emplois obtenus entre la date de soutenance de la thèse et l’emploi occupé en mars 2004. Nous avons défini comme emploi stable académique, les emplois de maître de conférences ou professeur d’universités ainsi que les postes de directeur de recherches, de chargé de recherches et d’ingénieur de recherches dans des établissements publics. Au total, en mars 2004,24,4 % des docteurs en 2001 ont atteint ce type de poste. La durée moyenne d’accès à cet emploi est légèrement supérieure à 13 mois, mais un quart des jeunes est recruté plus de 20 mois après l’obtention du doctorat. Cependant, du fait de l’existence de concours de recrutement à certaines dates de l’année, cette durée est largement conditionnée par la date de soutenance du doctorat. Au sein de notre échantillon, les jeunes docteurs auront d’autant plus de mal à postuler aux concours qu’ils auront soutenu tardivement leur doctorat durant l’année 2001. Nous avons retenu l’hypothèse que les jeunes ayant soutenu après le mois de mai 2001 ne peuvent pas déposer de dossier de candidature aux emplois académiques dans le cadre de la campagne de recrutement 2001. En réalité, passé le mois de janvier 2001, la probabilité d’obtenir un emploi académique est faible (du fait de l’impossibilité d’un dépôt de dossier devant le CNU) mais non nulle : certains docteurs peuvent obtenir des postes de chercheur titulaire dans des établissements de recherche. Pour les individus ayant soutenu après mai 2001, deux intervalles de temps ont été considérés.
13 La durée d’accès à l’emploi a été discrétisée en trois périodes qui dépendent de la possibilité de se présenter aux principales échéances des concours de recrutement (au dépôt du dossier au CNU pour concours de maîtres de conférences et aux dates des principaux concours pour les postes de chercheurs des établissements publics). Le premier intervalle compte 15 mois (de janvier 2001[3] [3] Par construction de l’enquête, les docteurs ayant soutenu...
suite à mars 2002, l’étendue de cet intervalle est donc de 15 mois). Le second intervalle compte 12 mois (avril 2002 à mars 2003) et enfin le dernier intervalle commence en avril 2003 ; il est donc associé à des durées supérieures à 27 mois. Le choix du mois de mars comme fin de la première et de la seconde période tient au fait que les jeunes docteurs ont la possibilité de postuler la même année à deux sessions du concours de maître de conférences. Dans ce cas, la prise de poste effective se fait au cours du premier trimestre de l’année qui suit (généralement au mois de février). Au total, 15 % des docteurs accèdent à un emploi académique lors de la première année où ils peuvent postuler, 7 % y accèdent la deuxième année et un peu plus de 2 % la troisième année.
14 L’objectif de la partie économétrique est d’identifier des déterminants de la durée d’accès à l’emploi académique. Il est possible à partir de l’enquête du Céreq d’introduire des variables liées aux types de facteurs repérés dans la partie précédente.
15 Le premier est lié à la productivité scientifique des doctorants. On peut faire l’hypothèse que dans le cas d’un accès rapide des docteurs à des postes de permanents, la sélection sur la base des publications occupe une place centrale dans le mécanisme de recrutement. L’enquête donne des indications sur le nombre de publications des doctorants ainsi que sur la nature des publications, scientifiques dans des revues à comité de lecture ou non scientifiques. Si l’on se réfère notamment aux travaux de Merton, les publications scientifiques des doctorants qui sont les signaux de leur productivité future devraient avoir un effet déterminant sur l’accès à ce marché alors que les publications non scientifiques ne devraient pas avoir d’effet. D’autres variables individuelles peuvent néanmoins également être considérées comme des proxies des capacités d’enseignement et de recherche du doctorant. C’est notamment le cas de la durée de thèse même si elle est variable selon les disciplines. Une durée de thèse trop longue peut signaler une difficulté à terminer ses recherches. Les modes de financement du doctorat peuvent également être considérés comme un indicateur de ses capacités d’enseignement et de recherche : l’obtention d’une allocation de recherche et d’un poste de moniteur résulte généralement d’une évaluation avant l’entrée en doctorat même s’ils peuvent également constituer les premiers avantages cumulatifs et qu’ils permettent aux doctorants de mieux s’intégrer dans un environnement scientifique.
16 La revue de la littérature a montré que d’autres facteurs liés notamment à l’environnement institutionnel du doctorant vont influencer l’accès à l’emploi académique et éventuellement limiter l’effet des publications. Le prestige scientifique de l’université et le type de rattachement du laboratoire d’accueil sont des éléments susceptibles d’influencer les signaux que peuvent émettre le jeune doctorant sur le marché du travail. Le prestige scientifique de l’université est mesuré à partir de deux variables qui ont été appariées aux données individuelles à partir du nom de l’université du doctorant : la part des laboratoires de recherche associés à un organisme de recherches dans une université et le nombre de docteurs pour mille étudiants. Comme nous ne disposons pas de données sur l’impact des publications par université, nous ferons l’hypothèse que ces deux indicateurs peuvent donner une approximation du prestige scientifique de l’université. Le premier peut être considéré comme un des indicateurs de la reconnaissance scientifique de l’université, les contrats d’association des laboratoires avec les organismes nationaux de recherche étant généralement recherchés et encouragés par les universités et le second comme un indicateur de la production scientifique de l’université ou du moins de sa capacité de recherche. Ces deux indicateurs sont rapportés à un indice moyen calculé par type d’universités pour tenir compte de l’orientation disciplinaire ou pluridisciplinaire des universités[4] [4] Nous utilisons la typologie officielle du Ministère, classant...
suite. Mais les effets de prestiges peuvent différer au sein de l’université selon le laboratoire d’accueil. Nous n’avons pas d’information nominative sur le centre de recherche du docteur, mais seulement sur son association éventuelle avec un organisme national de recherche. Outre le fait que cette association peut être un signal de la qualité des recherches dans le laboratoire d’accueil, il est également possible qu’elle influence le type d’emploi académique recherché prioritairement par le doctorant.
17 Différents facteurs liés à la trajectoire scolaire, sociale ou professionnelle, peuvent expliquer l’accès des jeunes docteurs à un poste de permanent. Comme on l’a vu dans la partie précédente, on peut faire l’hypothèse que certains d’entre eux s’expliquent par une logique de réseaux qui structurent l’accès à ce marché du travail. On pense notamment au rôle joué par le « localisme » bien qu’il soit souvent relativement complexe à repérer : les réseaux du jeune docteur et de son directeur de thèse peuvent prioritairement intervenir dans les postes proposés dans la région où la thèse a été soutenue, à condition que des postes aient été proposés au concours dans la discipline. Deux variables ont été introduites pour essayer d’approcher ces phénomènes de « localisme » : l’absence de mobilité géographique (de la région) entre la thèse et la date d’enquête ainsi que la présence de postes dans l’université et dans la discipline du jeune docteur au cours de chaque période où il peut postuler. L’absence de mobilité de résidence n’est qu’un indice de recrutement local, dans la mesure où les jeunes docteurs peuvent continuer à vivre dans leur région d’origine alors qu’ils sont recrutés dans une autre région. Cependant, dans l’ensemble de l’échantillon, la différence de mobilité est assez nette entre les docteurs qui ont accédé à l’emploi académique et les autres : 66 % des premiers vivent toujours dans leur région de thèse contre 55 % des seconds. A un niveau plus individuel, le capital social du doctorant mesuré par la profession des parents ou même la nationalité, peut influencer l’accès au monde académique comme l’indiquait Bourdieu (op. cit.). De même, les chances d’accès à l’emploi académique peuvent être plus élevées pour les garçons que pour les filles. Du point de vue de la trajectoire scolaire, être diplômé d’une grande école risque également de faciliter les chances d’accès à l’emploi académique. D’une part, les réseaux sont généralement plus structurés et mobilisés par les diplômés des grandes écoles. D’autre part, le diplôme d’une grande école jouit également d’un effet de signal positif sur le marché du travail, notamment dans la R& D. On peut faire l’hypothèse que ce signal et les effets de réseaux interviennent également dans l’accès à l’emploi académique même s’ils risquent d’être plus limités.
18 Enfin, l’effet du post-doctorat est plus ambigu dans la mesure où il peut constituer un moyen de gérer la file d’attente pour les jeunes docteurs les plus productifs en attente d’un poste de permanents. Mais il peut permettre également aux jeunes doctorants de compenser des caractéristiques initiales défavorables (un manque de publications par exemple) par une période de formation post-doctorale où il va acquérir des compétences. Le post-doc risque alors de ralentir la durée d’accès à l’emploi académique. L’enquête permet de repérer des stages post-doctoraux. Plus de 30 % des jeunes docteurs de notre échantillon ont déclaré avoir effectué un stage post-doctorat entre 2001 et 2004. Il n’a pas été possible de repérer la majorité de ces situations post-doctorales dans le calendrier professionnel et donc de dater exactement cette situation. Nous considérons cependant que ces post-docs ont commencé avant l’accès à l’emploi académique.
19 Les disciplines du doctorat regroupées en six grandes catégories (mathématique-physique, chimie, sciences de la vie et de la terre, sciences pour l’ingénieur, sciences humaines et droit-économie-gestion) seront introduites dans l’analyse comme variables de contrôle. Les modes de recrutement peuvent varier d’une discipline à l’autre en fonction, de la facilité faite aux jeunes docteurs pour publier, mais aussi de certaines spécificités dans le processus de recrutement. Ainsi, le stage post-doctorat est en sciences de la vie ou en chimie quasiment une condition nécessaire pour accéder à l’emploi académique alors qu’il n’est pratiquement pas utilisé en lettres et sciences humaines.
20 Les principales statistiques descriptives de l’échantillon sont présentées dans le tableau 4 de l’annexe.
4. La modélisation économétrique
21 Du fait des caractéristiques du marché de l’emploi académique, le modèle de durée considéré est un modèle en temps discret à un seul type de sortie : l’accès à l’emploi académique. Notons que les doctorants qui ont soutenu leur thèse au cours des quatre premiers mois de l’année 2001 peuvent, sur la période considérée, postuler au maximum trois fois. Pour les autres, le nombre maximum de candidatures ne sera que de deux.
22 Considérons la division du temps [ 0, b
23 Soit T la durée d’accès à l’emploi académique.
24 La probabilité qu’un jeune[5] [5] L’indice i de l’individu sera omis pour simplifier les...
suite accède à un emploi académique au cours du
ou S (
25 La fonction de hasard associée à cette modélisation est définie par :
Si l’on considère un modèle à hasard proportionnel (modèle A), les fonctions de survie et de hasard peuvent par exemple s’écrire[6] [6] Pour plus de détails voir par exemple Jenkins [1995]. ...
suite :
Enfin, l’hétérogénéité non observée peut être contrôlée (modèle B) en généralisant les fonctions de hasard et de survie (Jenkins, [1995]) de la façon suivante :
où ε est la variable aléatoire caractérisant l’hétérogénéité non observée.
26 Pour le modèle A (sans hétérogénéité non observée) le logarithme de la contribution à la vraisemblance d’un jeune doctorant, dont la durée d’accès à un emploi académique est incluse dans l’intervalle j, est définie par :
La première partie de la vraisemblance correspond à la contribution à la vraisemblance d’un jeune dont la durée n’est pas censurée (le jeune a obtenu un emploi académique au cours de l’intervalle j). La seconde partie de la vraisemblance est associée à une durée censurée (le jeune est dans un autre type d’emploi ou est sans emploi). Au moment de la date de fin d’observation, le jeune n’occupe toujours pas un emploi académique. De plus, les différentes contributions à la vraisemblance dépendent de la date de soutenance, c’est-à-dire du nombre d’années ou le candidat peut effectivement postuler à des concours sur le marché de l’emploi académique. Certains seront observés complètement sur deux intervalles de temps alors que d’autres seront observés sur trois intervalles.
27 Pour le modèle B (avec de l’hétérogénéité inobservée) cette contribution est telle que :
Il nous a cependant paru important dans l’estimation économétrique de considérer le post-doctorat comme une étape importante dans le processus d’accès à l’emploi académique. L’utilisation d’une modélisation en temps discret et le fait que le stage post-doctorat se déroule, dans la grande majorité des cas, avant l’accès à l’emploi académique et, souvent assez proche de la date de soutenance de la thèse[7] [7] Il est parfois possible que le post-doc débute avant la...
suite, nous ont conduit à modéliser l’effet du post-doctorat. Afin d’essayer de mesurer le rôle du stage post-doctoral dans la recherche d’un emploi académique, l’approche privilégiée ici permet d’expliquer simultanément les probabilités d’accès à un stage post-doctoral et à un emploi académique. L’hétérogénéité non observée est obtenue à partir de la corrélation entre les termes d’erreur des deux équations (Gritz [1993], Bonnal et al., [1997]). Comme nous ne disposons pas d’information longitudinale sur la probabilité de suivre un stage post-doctoral, nous ne considérons que l’information binaire (post-doc ou non). La probabilité du passage en stage post-doctorat peut être modélisée à l’aide d’un modèle logit.
28 Soit 
La probabilité de suivre un stage post-doctorat est définie par :
Où δ caractérise, ici encore, un facteur d’hétérogénéité non observé.
29 Nous allons faire l’hypothèse que les termes inobservables δ et ε sont des variables aléatoires discrètes ayant respectivement 2 et 3 points de support[8] [8] A partir d’une estimation réalisée avec 3 points de...
suite. La contribution à la vraisemblance d’un individu est telle que :
Les probabilités P ( 
avec µ
30 Deux remarques doivent être faites. La première concerne le type de sortie considéré. Dans notre modélisation nous considérons la sortie vers un emploi académique. Or, on peut penser que le mode de recrutement sur un poste d’enseignant chercheur n’est pas exactement comparable à celui pratiqué sur un poste de chercheur. Un modèle de durée à risques concurrents serait peut-être plus adapté. Mais, étant donnée la taille de l’échantillon ou, plus exactement, le nombre d’individus occupant un poste de chercheur, il est difficile (en termes d’estimation) de différencier les issues en fonction du type d’emploi académique, chercheur ou enseignant-chercheur. Cependant, pour étudier les spécificités du recrutement des enseignants-chercheurs, plus nombreux dans notre échantillon, l’estimation a été reproduite seulement pour ces derniers. Les chercheurs ont alors été retirés de l’échantillon[9] [9] L’échantillon contient 78 chercheurs et 262 enseignants-chercheurs. ...
suite. La seconde remarque porte sur le nombre de publications. Dans les sections précédentes, nous avons mis en évidence le rôle crucial des publications sur l’accès à un emploi académique. Il serait sûrement pertinent d’endogénéiser cette variable. La prise en compte dans la modélisation considérée de cette variable supplémentaire conduit à trouver au moins un instrument dans un souci d’identification. Malheureusement, étant donnée les informations dont nous disposons dans la base nous n’avons pas pu mettre en évidence un instrument pertinent pour la variable publication. Quatre estimations sont présentées dans la section suivante en fonction de l’introduction de la corrélation entre les deux équations et du type d’emploi académique obtenu. Par ailleurs au niveau des variables explicatives introduites dans le modèle, des tests ont montré que globalement, l’effet des coefficients est relativement stable dans le temps, sauf en ce qui concerne le post-doc et l’institution de rattachement du doctorant.
5. Résultats
31 Les facteurs explicatifs de la probabilité instantanée d’accès à un emploi de titulaire dans l’enseignement supérieur ou la recherche publique sont présentés dans le tableau 1. Les colonnes 2 et 4 tiennent compte de l’endogénéité du post-doc et de l’hétérogénéité non observée.
5.1. Les publications scientifiques
32 Comme attendu, un des principaux facteurs expliquant l’accès à l’emploi académique est le nombre de publications du jeune chercheur. L’accès est d’autant plus rapide que le nombre de publications dans des revues à co- mité de lecture est élevé. Le coefficient associé à l’obtention d’au moins trois publications scientifiques est l’un des plus élevés, ce qui plaide plutôt pour une validation de l’hypothèse d’un processus de sélection fortement axé sur les publications. L’effet des publications dans des revues sans comité de lecture, bien que plus faible, est cependant significatif au seuil de 10 % lorsque l’on intègre l’hétérogénéité non observée, ce qui peut nuancer l’hypothèse d’une sélection basée uniquement sur un système d’évaluation par les pairs. De plus, d’autres variables susceptibles de signaler la productivité du doctorant comme le mode de financement de la thèse ont également un effet positif sur l’accès à un emploi académique : les thésards ayant bénéficié d’une allocation de recherche et d’un poste de moniteurs, initialement sélectionnés sur des critères scolaires lors de leur entrée en doctorat, sont ceux qui accèdent le plus rapidement à l’emploi académique. En revanche, une durée de thèse très courte n’est pas un signal positif : une durée de thèse inférieure à trois ans a plutôt un effet négatif sur les chances d’accès à l’emploi académique contrairement à une thèse d’une durée de trois à quatre ans. On peut penser que dans le cas d’une durée de thèse trop courte, les jeunes docteurs n’ont pu accumuler les connaissances ou l’expérience nécessaire à l’exercice d’une activité académique. Dans le même sens, ne pas avoir eu, durant son doctorat, un bureau dans son centre de recherche constitue un désavantage pour sa stabilisation future sur le marché de l’emploi académique. Le doctorant peut moins participer aux activités de recherche du laboratoire et donc moins bénéficier de la connaissance collective.
5.2. Les facteurs institutionnels et sociaux
33 Les facteurs institutionnels, liés à l’université ou au laboratoire de recherche, ont un effet plus limité bien que significatif pour la majorité d’entre eux. La part des unités de recherche associées à une EPST, que nous avons considéré comme un indicateur de la reconnaissance scientifique de l’université, a un effet significatif et positif sur l’accès à l’emploi académique. En revanche, le nombre de thèses pour 1 000 étudiants, qui serait plutôt un indicateur du potentiel de recherche de l’université n’est pas significatif. Le laboratoire d’accueil du doctorant a un effet significatif, mais faible. Par rapport à une équipe d’accueil strictement universitaire, le rattachement du laboratoire au CNRS (une unité mixte de recherche dans la majorité des cas) n’a pas d’impact significatif sur l’accès au marché de l’emploi académique, alors que le rattachement à un autre EPST a plutôt un effet négatif en première période et plutôt positif en seconde période, ce qui peut être dû à une variation du nombre de postes ouverts au concours dans les EPST entre les deux périodes. Il semble donc difficile de conclure que les effets institutionnels tels que nous les mesurons aient un fort impact sur l’accès à l’emploi académique en France. Ce n’est pas notamment parce qu’une université produit peu de docteurs par rapport à sa taille, qu’elle a des difficultés à placer ses docteurs sur le marché de l’emploi académique. Des données par département disciplinaire ou par centres de recherche nous auraient peut- être permis de mieux cerner ces effets institutionnels.
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34 A ces facteurs institutionnels, s’ajoutent les spécificités liées à la discipline du doctorat. Sur des marchés académiques où l’offre de travail est pour l’instant largement supérieure à la demande, l’offre dépend avant tout des places ouvertes aux différents concours et du nombre de concurrents potentiels. Nos résultats montrent que les docteurs en chimie et en sciences de la vie et de la terre éprouvent le plus de difficultés pour obtenir rapidement un poste de titulaire sur le marché de l’emploi académique. Or, c’est dans ces disciplines que le rapport entre le nombre de recrutés au concours de maître de conférences et le nombre de candidats déposant un dossier au CNU en 2001 est le plus faible. Même si d’autres opportunités sur le marché de l’emploi académique peuvent s’offrir aux jeunes docteurs, notamment dans les EPST, le déséquilibre entre le flux de candidats souhaitant se présenter aux concours de maître de conférences et le nombre de postes ouverts dans l’un des principaux débouchés des jeunes docteurs reflète assez fidèlement les difficultés des jeunes docteurs sur le marché de l’emploi académique.
35 Les autres facteurs liés aux origines sociales et universitaires des jeunes docteurs ont également un effet sur les chances d’accéder à l’emploi académique. Ces résultats valident l’hypothèse que les critères de recrutement sur l’emploi académique ne se résument pas à ceux proposés par Merton. Certains facteurs liés à la reproduction du système académique peuvent également structurer les recrutements. En premier lieu, les variables introduites comme proxies du recrutement local, sont significatives et ont l’effet attendu lorsque l’on tient compte de l’hétérogénéité non observée. Avoir préparé son doctorat dans la région constitue un avantage pour être titularisé rapidement dans un emploi académique. De même, avoir des postes ouverts au concours dans son université et dans sa discipline les années où l’on candidate est également un avantage. Ces deux résultats plaident donc pour l’hypothèse de « localisme », même s’il reste imparfaitement mesuré[10] [10] Il aurait été nécessaire de considérer le recrutement...
suite. D’autres facteurs liés à la trajectoire individuelle influencent également les chances d’accès à l’emploi académique. C’est notamment le cas de la profession de la mère : une mère cadre constitue pour les jeunes docteurs un avantage en termes de capital social. On peut considérer que la profession de la mère est un indicateur de connaissance minimale du milieu académique et de ses codes. Il aurait été intéressant d’avoir une information plus précise sur l’emploi occupé par la mère mais l’enquête ne donne pas cette information. Le même type d’explication peut être donné pour l’effet négatif de la nationalité étrangère. Même si la loi permet aux jeunes de nationalité étrangère de postuler au marché de l’emploi académique, leur manque de capital social semble un handicap.
5.3. Le stage post-doctoral
36 Il est enfin intéressant de comparer pour l’effet du stage post-doctoral, le modèle où la variable est exogène et le modèle où elle est endogénéisée. Dans le premier cas, le post-doc a un effet négatif pour la première période et positif pour les deuxième et troisième périodes, ce qui est cohérent avec l’hypothèse d’une file d’attente. Du fait de son éloignement, le jeune chercheur en stage post-doctorat a un accès plus difficile au marché de l’emploi académique au cours de la première année où il peut postuler. En revanche, il devient un atout par la suite et lui permet de progresser dans la file d’attente.
37 Afin de prendre en compte l’endogénéité de l’accès au post-doc, la probabilité d’accéder à un stage post-doctoral a été estimée séparément (tableau 2, modèles A) puis simultanément avec la durée d’accès à l’emploi (tableau 2, modèles B). Globalement, les résultats montrent que les facteurs explicatifs de l’accès au post-doctorat sont très souvent liés aux facteurs explicatifs de la durée d’accès à l’emploi académique. Autrement dit, cela confirme l’hypothèse que le post-doc est plutôt considéré comme une file d’attente dans l’emploi académique et non pas comme un moyen pour écarter les jeunes docteurs les moins talentueux en termes de caractéristiques observées. Ainsi, les jeunes docteurs qui ont le plus publié durant la thèse partent plus fréquemment en post-doc. De même, les allocataires moniteurs accèdent également plus souvent au post-doc, alors que leur situation professionnelle durant leur doctorat et les chances élevées d’obtenir un poste d’ATER pour un ou deux ans à la sortie de la thèse leur permettraient de s’affranchir de la nécessité au moins matérielle de faire un post-doctorat. Le post-doctorat dépend également d’autres facteurs et en premier lieu, de la discipline des jeunes docteurs. Cela confirme l’existence de pratiques différentes selon les disciplines dans le recours au post- doctorat : la chimie et les sciences de la vie et de la terre ont un taux de recours très élevé au stage post-doctoral, suivi dans une moindre mesure par les mathématiques et la physique puis par les sciences pour l’ingénieur. En revanche, en sciences humaines et sociales, le taux de recours au post- doctorat est faible. Les autres caractéristiques liées à la trajectoire scolaire et universitaire des jeunes docteurs ont peu d’effet sur l’accès au post-doc. Seuls, les docteurs ayant un diplôme d’une grande école accèdent moins au stage post-doctorat. On peut penser que leur souhait est plutôt d’intégrer plus rapidement le milieu académique après être passé par les grandes écoles. Concernant les facteurs plus institutionnels, le laboratoire d’accueil du jeune docteur a un effet assez net sur le post-doc. Le recours au post-doctorat est plus fréquent pour les jeunes qui ont fait leur thèse dans un laboratoire lié au CNRS puis dans un laboratoire lié à un autre EPST. Du fait de la taille des EPST, de leur réseau au niveau national et international, il est possible que l’information sur les stages post-doctorats soit plus diffusée et plus encouragée dans ces centres de recherche que dans les équipes d’accueil strictement universitaire. Enfin, l’accès au post-doc dépend étroitement du calendrier professionnel des jeunes docteurs, sachant que ceux-ci peuvent accéder relativement tôt en France à un emploi de permanent dans la carrière académique. Une thèse courte peut ainsi plus facilement être complétée par un stage post- doctoral. De même, les mois de soutenance de la thèse vont également conditionner l’accès au stage post-doctoral. Les thésards soutenants entre février et mai, puis entre juin et août ont ainsi la plus forte probabilité de passer par un stage post-doctoral, ce qui s’explique par l’impossibilité pour eux de se présenter au concours de maître de conférences. Comme l’a montré Recotillet [2007], l’absence d’échéances professionnelles à court terme favorise le départ en stage post-doctoral. Les jeunes docteurs ont dans ce cas moins d’intérêt à être présents sur le territoire national.
38 Une fois pris en compte ces différents facteurs pour endogénéiser le post- doc, les résultats de la nouvelle estimation du taux instantané d’accès à l’emploi sont présentés dans le tableau 1 (colonne 2 et 4). Le principal changement porte sur l’effet du stage post-doctoral notamment dans la première période de recrutement. Alors qu’il était négatif et significatif dans la première modélisation (colonne 1), il devient positif et non significatif dans la seconde modélisation (colonnes 3), ce qui laisse penser que le stage post- doctoral n’est pas seulement un mode de gestion de la file d’attente pour accéder au marché de l’emploi académique. Au cours de la première campagne de recrutement, les jeunes docteurs en post-doctorat n’ont pas moins de chances d’accéder à des emplois de titulaires, alors qu’ils ont pour les deuxième et troisième périodes une probabilité plus forte d’être recrutés. La corrélation entre les deux termes d’erreur δ et ε est négative et significative (tableau 3). Il existe donc une relation négative entre la probabilité de suivre une formation post-doctorale et l’accès à un emploi académique. Les caractéristiques individuelles non observables favorisant l’accès à un stage post- doctoral semblent être défavorables pour le recrutement dans un emploi académique. Il existerait donc un biais de sélection négatif à l’encontre des post-doctorants. Plusieurs explications complémentaires peuvent être proposées. Par exemple, le fait de partir en post-doctorat peut indiquer que les jeunes manquent de certaines compétences nécessaires pour accéder directement à un poste de chercheur ou d’enseignant-chercheur titulaire, la maturité pour enseigner ou l’autonomie dans la recherche. De ce fait, les employeurs préfèrent les envoyer en post-doctorat plutôt que de les recruter sur un poste de titulaire. Ils choisissent de retenir principalement des jeunes ne présentant pas les « caractéristiques négatives » correspondant au biais de sélection. On peut également penser, comme le suggèrent Stephan et Levin [1997], que les directeurs de thèse, qui ont des difficultés dans le placement de leurs docteurs sur le marché de l’emploi académique, leurs proposent plus souvent des stages post-doctoraux. Toutefois, nos résultats montrent que les coefficients positifs associés à la variable « a suivi un stage post-doctoral » contre-balance l’effet de sélection négatif. On observe alors qu’au cours de la première campagne de recrutement, les jeunes docteurs en post-doctorat n’ont pas moins de chances d’accéder à des emplois de titulaires, alors qu’ils ont pour les deuxième et troisième périodes une probabilité plus forte d’être retenus sur un poste académique.
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Tableau 3. - Estimation des paramètres d’hétérogénéité non observée
5.4. Le cas des maîtres de conférences
39 L’estimation portant uniquement sur les enseignants du supérieur confirme globalement les résultats précédents. Les publications dans des revues scientifiques et leur nombre jouent toujours un rôle majeur dans le recrutement. De même, les allocataires de recherche-moniteurs accèdent également plus facilement à l’emploi académique alors que les allocataires non moniteurs, qui n’ont pas officiellement de charges d’enseignement ont plus de difficultés. Les facteurs institutionnels liés à l’université ou à l’équipe d’accueil ont en revanche un effet différent lorsque l’on ne prend en compte que l’accès aux postes d’enseignants-chercheurs. Etre dans un laboratoire associé au CNRS devient pénalisant la première période où l’on postule, lorsque l’on tient compte de l’hétérogénéité non observée. De même, l’effet de rattachement à un autre EPST est également fortement négatif et n’est plus positif la seconde année. Ce résultat peut s’expliquer par des stratégies de recherche des doctorants des EPST qui privilégient en priorité un emploi de chercheur au détriment des emplois de maître de conférences. On peut également penser que des effets de réseaux peuvent accentuer ces choix et même défavoriser les doctorants des unités propres des EPST ou des unités mixtes qui ont peu de liens réels avec les universités lorsqu’ils candidatent sur des emplois de maître de conférences. Au niveau de l’université, la variable indiquant la part relative des centres de recherches rattachés à une université n’est plus significative pour l’accès aux emplois d’enseignants du supérieur. L’accès aux postes d’enseignants-chercheurs semble donc répondre à des logiques institutionnelles différentes, moins liées aux structures de recherches nationales. L’effet des variables permettant de mesurer le « localisme » est légèrement plus élevé dans cette seconde estimation, ce qui confirme l’hypothèse que le recrutement ne se fait pas uniquement sur les critères académiques. Comme précédemment, la profession de la mère et la nationalité, que nous considérons comme des indicateurs du capital social des jeunes docteurs influencent également l’accès à un poste d’enseignants- chercheurs. En revanche, un effet lié au genre apparaît dans cette seconde estimation, les jeunes filles ayant « toutes choses égales par ailleurs » plus de difficultés à accéder à des postes d’enseignants-chercheurs. Autrement dit, il semble là encore, que d’autres variables déconnectées d’une sélection sur la base de critères strictement académiques, structurent les chances d’accès des jeunes docteurs au marché de l’emploi académique.
6. Conclusion
40 L’objet de cet article était de s’intéresser aux déterminants de la stabilisation des jeunes docteurs sur le marché de l’emploi académique en France. Une abondante littérature en économie et sociologie de la science montre que les publications scientifiques doivent avoir une place centrale dans les mécanismes de recrutement et de promotion des chercheurs et enseignants chercheurs. De plus, les publications étant inégalement réparties et augmentant avec l’âge au profit de ceux qui ont publié en début de carrière, elles peuvent également être considérées comme le signal d’une plus grande productivité future pour les jeunes chercheurs. Le type de recrutement pratiqué en France sur des postes de permanents (très tôt après la fin de la thèse) devrait inciter les employeurs à privilégier ce critère de sélection.
41 A partir d’une analyse économétrique de la durée d’accès à l’emploi académique, nous montrons qu’effectivement, les publications scientifiques sont un des principaux déterminants du recrutement des jeunes docteurs en France pour l’ensemble des emplois académiques comme pour les enseignants-chercheurs. Le post-doc a également un effet positif sur le marché de l’emploi académique en permettant aux jeunes docteurs qui ont une productivité scientifique élevée à la sortie de la thèse de compléter leur formation doctorale. Il permet d’accéder ensuite plus facilement à l’emploi académique. Cependant, d’autres facteurs viennent s’ajouter à l’effet des publications et peuvent conduire à s’interroger sur l’efficacité de certains modes de recrutement. Des variables liées aux caractéristiques individuelles des jeunes docteurs comme leur nationalité, leur sexe ou leur origine familiale vont notamment structurer « toutes choses égales par ailleurs » les chances d’accès à l’emploi académique. De tels effets sont a priori peu justifiables du point de vue de l’efficacité de la politique de recherche dans la mesure où ils sont susceptibles de décourager des jeunes potentiellement talentueux issus de certains groupes sociaux à faire une thèse ou à choisir une carrière académique en France. Nous avons également introduit des variables qui nous permettent d’éclairer au moins partiellement, l’endogamie des recrutements. Nos résultats montrent que les jeunes docteurs ont une probabilité plus élevée d’accéder à l’emploi académique dans la région où ils ont obtenu leur doctorat, ce que l’on peut considérer comme un indice d’une préférence relative pour le recrutement local. Il est cependant difficile de conclure immédiatement que ces recrutements sont inefficaces dans la mesure où ils peuvent se justifier pour certaines universités désirant favoriser des thématiques de recherche très spécifiques ou craignant que les candidats extérieurs ne s’impliquent pas dans toutes les activités locales d’enseignement et de recherche. Des données plus précises sur les thématiques de recherches des candidats au recrutement puis sur les différentes activités des enseignants-chercheurs seraient nécessaires pour évaluer l’effet global du localisme.
42 Au vu de ces résultats, on peut également s’interroger sur la réforme des modes de recrutement proposés par la loi LRU et notamment la suppression des commissions de spécialistes. Nos résultats montrent que le mode recrutement actuel pour les enseignants chercheurs, basé sur la qualification nationale au niveau du CNU puis sur les commissions de spécialistes a permis globalement de sélectionner les jeunes docteurs qui avaient les signaux les plus élevés de productivité future au moins en termes de recherche. Il aurait été souhaitable d’avoir dans nos données le résultat des deux étapes du recrutement pour bien identifier les déterminants de la première étape nationale par rapport à la seconde locale, mais nous n’avons pas cette information. Le système actuel n’est pas inefficace du point de vue de la politique scientifique même s’il peut être amélioré pour supprimer certains travers que nous avons soulignés dans l’article. Il semble difficile de savoir si le remplacement de ces commissions par des comités de sélection désignés par le président de l’université peut corriger les biais du système actuel ou au contraire les aggraver. L’externalisation de la procédure de recrutement peut limiter l’importance de certains facteurs liés au capital social des individus. Mais cela dépendra surtout de la stratégie du président de l’université dans le choix des experts qui seront membres de ces commissions.
Annexe
Annexe
Statistiques descriptives sur l’échantillon
Tableau 4. -
Bibliographie
Références bibliographiques
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Notes
[ *] Crief-Teir, Université de Poitiers et Gremaq-TSE, correspondance : Gremaq, 21 Allée de Brienne, Bâtiment F, 31000 Toulouse (FR), bonnal@cict.fr
[ **] IREDU (UMR CNRS 5225), Université de Bourgogne et Céreq, correspondance : Université de Bourgogne, Pôle AAFE-Esplanade Erasme, BP 26513 - 21065 Dijon cedex, jean- francois.giret@u-bourgogne.fr
[ 1] Un rapport de l’administration générale de l’enseignement supérieur et de la recherche (Igaenr, [2003]) s’inquiète des risques générés par le remplacement massif des enseignants- chercheurs liés aux départs en retraite. S’il semble acquis que les risques de pénurie soient plus qualitatifs que quantitatifs sauf peut-être ponctuellement pour quelques disciplines très spécialisées, le rapport pointe le risque d’une baisse relativement nette de la sélectivité pour le renouvellement d’enseignants-chercheurs dans de nombreuses matières scientifiques.
[ 2] Une précédente enquête évaluait ce nombre à environ 6 %.
[ 3] Par construction de l’enquête, les docteurs ayant soutenu leur thèse en novembre et en décembre 2000 et réinscrits à l’université durant l’année scolaire 2000/2001 rentrent dans le champ de l’enquête « Génération 2001 ». Ils sont considérés comme sortant du système éducatif au premier janvier 2001.
[ 4] Nous utilisons la typologie officielle du Ministère, classant en cinq groupes les universités : universités de droit et sciences économiques, de lettres et sciences humaines, pluridisciplinaires hors santé, pluridisciplinaires avec santé, sciences et santé.
[ 5] L’indice i de l’individu sera omis pour simplifier les notations.
[ 6] Pour plus de détails voir par exemple Jenkins [1995].
[ 7] Il est parfois possible que le post-doc débute avant la date de la soutenance de la thèse.
[ 8] A partir d’une estimation réalisée avec 3 points de support pour δ, un test d’égalité à zéro des différents paramètres nous a conduit à ne pas rejeter l’hypothèse.
[ 9] L’échantillon contient 78 chercheurs et 262 enseignants-chercheurs.
[ 10] Il aurait été nécessaire de considérer le recrutement local comme une issue dans le modèle de durée en tenant compte de la région d’emploi. Cependant la taille de l’échantillon ne le permet pas.
Résumé
Les modes d’accès à la carrière académique sont généralement considérés comme un des éléments structurant des politiques nationales de recherches et d’enseignement supérieur. Ils peuvent influencer la productivité future d’enseignement et de recherche des différents pays. Notre recherche s’interroge plus particulièrement sur les facteurs susceptibles d’expliquer les conditions de stabilisation dans la carrière académique de chercheurs ou d’enseignants-chercheurs en France. Nous avons utilisé une enquête du Céreq permettant de retracer les parcours professionnel des jeunes docteurs de 2001 durant les trois années qui suivent l’obtention de la thèse. Pour mieux tenir compte de la temporalité des différentes échéances qui rythment les possibilités d’accès à l’emploi académique, nous avons développé un modèle de durée en temps discret. Nos résultats montrent que le nombre de publications scientifiques et le post-doc augmentent les chances d’accès à l’emploi académique, que l’on considère l’ensemble des emplois de chercheurs et d’enseignants chercheurs ou seulement les enseignants-chercheurs. Cependant, d’autres variables liées aux caractéristiques individuelles du jeune docteur ou à son université vont également influencer sa probabilité d’accès à l’emploi académique.Mots-clés
Docteurs , marché de l’emploi académique , publications , recherche d’emploi , stabilisation , post-doctorat
Academic job market integration for young PhDModes of access to the academic career are generally regarded as crucial element of policy on science and higher education in a country. This can influence the future productivity of teaching and research in different countries. Our research is specifically concerned with the factors that may explain the conditions that lead to integration of researchers and lecturers in the academic career in France. More precisely, the paper analyses the factors affecting the access duration to a permanent job in the French academic sector. We use data from a French survey “Generation 2001”, carried out by the Cereq. We focus on a sample of 1400 individuals who obtained their PhDs in 2001 and were interviewed in 2004. A discrete time model is used to analyse the main factors influencing the access duration. In addition, in order to assess the effect of a post-doctoral position on the academic job search, our empirical approach involves estimation of models that simultaneously explain the access duration to a permanent job and participation to a post-doc program. Our main results indicate that the scientific publications and post-doc have an influence on the access duration to a permanent job, which is coherent with the idea that potential employers use this information as a proxy of research and teaching abilities. However, our results provide evidence that other individual or university characteristics affect the access to the academic sector.Keywords
PhD, academic sector , job-search , tenure , postdoctoral programmes
PLAN DE L'ARTICLE
- 1. Introduction
- 2. Les facteurs explicatifs des recrutements des jeunes docteurs dans l’emploi académique
- 3. Données et hypothèses
- 4. La modélisation économétrique
- 5. Résultats
- 6. Conclusion
- Annexe
POUR CITER CET ARTICLE
Liliane Bonnal et Jean-François Giret « La stabilisation des jeunes docteurs sur le marché de l'emploi académique », Revue d'économie politique 3/2009 (Vol. 119), p. 373-400.
URL : www.cairn.info/revue-d-economie-politique-2009-3-page-373.htm.











