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S'inscrire Alertes e-mail - Revue d’Économie Régionale & Urbaine Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezConservation versus conversion des zones humides : une analyse comparative appliquée à l’estuaire de la Seine [*] [*] Première version avril 2007, version révisée décembre...
suite
AuteursOlivier BEAUMAIS du même auteur
Centre d’Analyse et de Recherche en Économie CARE EA-2260 Université de Rouen, 3 avenue Pasteur 76186 Rouen Cedex 33 (0) 2 32 76 96 37olivier.beaumais@univ-rouen.fr- 1 - Introduction
La littérature portant sur l’évaluation monétaire des zones humides est désormais très conséquente (BRANDER et al., 2006) et repose sur diverses méthodes d’évaluation telles que la méthode d’évaluation contingente, la méthode des prix hédonistes ou encore la méthode des coûts de transport (BROUWER et al., 1999). Cette littérature fournit des résultats importants pour la prise de décision, malgré les difficultés, tant théoriques qu’empiriques, que pose la révélation du consentement à payer des individus pour la préservation d’un actif non-marchand (BEAUMAIS et CHIROLEU-ASSOULINE, 2002). Toutefois, la méthode du transfert de bénéfices continuant à susciter bon nombre d’interrogations, notamment sur la fiabilité des estimations (ROZAN et STENGER, 2000 ; BAL et NIJKAMP, 2002 ; GENTY, 2005), de nouvelles études de valorisation doivent être réalisées, particulièrement en France où elles restent rares.
2 DE GROOT et al. (2006) identifient trois situations dans lesquelles il est particulièrement important d’effectuer des travaux de valorisation : l’évaluation de la valeur économique totale, l’analyse comparative et l’évaluation d’impacts. L’analyse comparative (trade-off analysis) consiste à évaluer les effets de différentes options concernant le devenir de zones humides précises, c’est-à-dire à définir les termes de l’arbitrage entre la conservation de l’actif environnemental considéré et la conversion de celui-ci à d’autres usages, tels qu’un usage agricole, urbain ou industriel.
3 Peu de travaux proposent de telles analyses comparatives, BALMFORD et al. (2002) n’en recensent que cinq sur un total de 300 études qui donnent des estimations sur la valeur des biens et services rendus par un écosystème « quand il est laissé intact, et quand il est converti à un usage anthropique donné ». Deux d’entre elles traitent des zones humides et montrent que la conversion pour un usage anthropique (conversion de marais d’eau douce pour une utilisation agricole ou conversion de mangrove en exploitation de crevettes) ne semble pas avoir de réelle logique économique lorsque les coûts externes sont pris en compte. La valeur économique totale des zones humides préservées peut même être supérieure de 60 % à celle tirée de leur conversion.
4 Néanmoins, il est nécessaire de souligner que la définition précise des bénéfices de la conversion de zones humides en exploitations agricoles est rendue difficile, principalement pour trois raisons. Tout d’abord, la présence de subventions publiques (soutien des prix agricoles, primes d’exploitation) engendre des distorsions importantes, dont la correction, pourtant nécessaire à une mesure correcte des bénéfices de la conversion, n’est pas toujours aisée. Ensuite, les indicateurs retenus pour valoriser les bénéfices liés à la conservation doivent faire l’objet d’une attention particulière. Ainsi, BRANDER et al. (2006) mettent en avant que « les valeurs moyennes et médianes des zones humides varient considérablement selon le continent, selon le type de zone humide et selon la méthode de valorisation retenus ». Enfin, nous pouvons soupçonner que les résultats de BALMFORD et al. (2002) souffrent d’un manque de généralité. Par exemple, SEUNG et al. (2000) comparent les effets d’une réallocation de l’eau dédiée à l’agriculture vers une utilisation récréative des zones humides (Nevada). En utilisant une approche en équilibre général calculable, ces auteurs montrent que les bénéfices récréatifs (évalués à 1,5 millions d’euros par an) sont très largement inférieurs aux bénéfices associés à une utilisation agricole (35,9 millions d’euros). En définitive, l’appel au développement de travaux portant sur les divers usages d’actifs environnementaux, tel que le formulent TURNER et al. (2003) dans leur conclusion, est encore aujourd’hui d’actualité.
5 L’objectif de cet article est précisément de répondre à cet appel en combinant l’utilisation de la méthode d’évaluation contingente à une évaluation des bénéfices des entreprises générés par la conversion des zones humides pour un usage industriel. À notre connaissance une telle analyse comparative n’a jamais été réalisée. Cet article est organisé de la manière suivante. Une première section montre que les autorités locales ont accordé une priorité à la conversion des zones humides pour un usage productif à travers le développement du complexe industrialo-portuaire. Dans cette section, nous décrivons également les principales caractéristiques des zones humides de l’estuaire de la Seine et leurs fonctionnalités (2). La suivante présente l’évaluation monétaire des zones humides de l’estuaire de la Seine en utilisant la méthode d’évaluation contingente (3). Enfin, la section 4 compare les bénéfices de la conversion des zones humides pour un usage industriel aux coûts d’opportunité liés à leur destruction.
- 2 - Les zones humides de l’estuaire de la Seine
6 La définition des zones humides la plus communément admise est celle de la convention de Ramsar [1] [1] - Convention internationale adoptée en 1975 visant à...
suite : ce sont « des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres ».
7 Ces zones humides offrent de nombreux services à la société (Tableau 1). Leurs fonctionnalités sont généralement regroupées en trois catégories (LARSON, 1989 ; DE GROOT et al., 2002 ; AMIGUES et al., 2003) : les fonctionnalités écologiques, productives et récréatives.
Tableau 1 - Principales fonctions des zones humides
8 Parmi les fonctionnalités écologiques, trois s’en détachent particulièrement. Les premières correspondent à des fonctions hydrologiques. Les zones humides détiennent effectivement une place décisive dans la régulation des régimes hydrologiques ; elles stockent une partie de l’eau lors des crues pour ensuite la restituer progressivement. De même, elles améliorent la qualité de l’eau par le biais de leur capacité d’auto-épuration physique (sédimentation des MES, fonction de lagunage) et biologique (rétention des phosphates et nitrates par les végétaux, rétention des métaux lourds...). Les deuxièmes fonctions sont d’ordre biologique. Ces espaces forment de véritables réservoirs de biodiversité en représentant l’habitat, le lieu de reproduction et d’alimentation de nombreuses espèces végétales et animales parfois menacées d’extinction. Leur rôle dans le maintien de la biodiversité va au-delà de leurs simples limites géographiques, ce type d’espaces entretenant des relations complexes avec des écosystèmes proches ou éloignés. Enfin, les troisièmes correspondent à des fonctions climatiques à travers les influences qu’elles exercent sur les conditions climatiques locales.
9 Les zones humides possèdent également des fonctionnalités productives en réduisant les coûts de purification de l’eau, en améliorant la productivité de la pêche ou en constituant une barrière face aux inondations et tempêtes.
10 Enfin, les zones humides offrent de nombreuses possibilités d’usages récréatifs et culturels. La chasse au gibier d’eau, les activités de pêche, les excursions ou autres sports de pleine nature sont effectivement couramment pratiqués.
11 Les zones humides de l’estuaire de la Seine s’étendent sur environ 14 000 hectares (Fig. 1) et représentent un lieu de forte biodiversité [principalement composé de prairies humides (8 790 ha), vasières (2 064 ha), roselières (1 280 ha), plaine alluviale (772 ha) et de bois tourbeux (360 ha)].

Les zones humides de l’estuaire de la Seine
Les zones humides de l’estuaire de la Seine
12 Ces zones humides couvrent toutes les fonctionnalités décrites précédemment et engendrent donc de nombreuses externalités positives. Celles-ci n’ont cependant pas suffi, dans le passé, à freiner la conversion des zones humides pour des usages agricoles ou encore industriels.
13 Dès le début du XIXe siècle, l’homme a privilégié, en effet, la vocation industrialo-portuaire de l’estuaire de la Seine (BEAUMAIS et LAROUTIS, 2007). L’artificialisation (création et entretien de chenaux) de l’ensemble de l’estuaire de la Seine pour faciliter la navigation des navires, les endiguements successifs et le développement agricole ont entraîné la perte de 24 467 hectares, la surface totale des zones humides passant de 38 741 hectares à 14 274 hectares en l’espace d’un siècle. Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’estuaire de la Seine est marqué par l’agriculture et la spécialisation des terres. Les marais, peu favorables à la mise en place de cultures intensives, ont été abandonnés et laissés à l’urbanisation et aux activités industrialo-portuaires (12 712 ha). L’utilisation agricole a provoqué la disparition de 8 267 hectares (Tableau 2).
Tableau 2 -
14 Cette évolution pose clairement la question de la disparition de valeur qu’elle implique. La détermination de cette valeur passe par le recours à l’une des méthodes de valorisation monétaire des externalités développées par la théorie économique (BEAUMAIS et CHIROLEU-ASSOULINE, 2002) et déjà citées en introduction : méthode d’évaluation contingente, méthode des prix hédonistes ou encore méthode des coûts de transports. Parmi celles-ci, notre choix s’est porté sur la méthode d’évaluation contingente, principalement en raison de sa capacité à représenter toutes les composantes de la valeur économique d’une ressource naturelle, y compris sa valeur d’existence.
- 3 - La valorisation monétaire des zones humides
3.1. Le questionnaire
15 Le processus de construction et d’administration du questionnaire se révèle crucial dans la méthode d’évaluation contingente. Nous avons élaboré le questionnaire en associant à sa construction des scientifiques du programme Seine-Aval [2] [2] - http:/ / seine-aval. fr. ...
suite afin de décrire le plus scrupuleusement possible les services rendus par les zones humides estuariennes. De plus, afin de tester les différents biais éventuels, nous avons introduit dans l’enquête des questions de contrôle portant sur les biais de compréhension, d’importance, de non-familiarité, etc., (MITCHELL et CARSON, 1989). Le questionnaire initial a été pré-testé auprès de 21 individus à dessein de découvrir les ambiguïtés ou mauvaises interprétations des questions et d’analyser la clarté des aides visuelles telles que les photos ou les cartes.
16 Le questionnaire final comporte 47 questions et se divise en trois parties (voir Annexe 1).
17 La première partie concerne la connaissance des zones humides par les habitants et leurs habitudes de fréquentation : la Figure 1 présente la localisation et la taille de toutes les zones humides de l’estuaire de la Seine. Une série de questions est posée afin de savoir si les individus sont familiarisés avec les notions de biodiversité et de zones humides. Il leur est, ensuite, demandé s’ils fréquentent régulièrement ces milieux naturels (le nombre de fois par semaine, par mois), accompagnés ou non, le but de leur visite et la nature des loisirs qu’ils y pratiquent.
18 La deuxième partie vise à révéler le consentement à payer (CAP) des individus pour un programme de préservation des zones humides de l’estuaire de la Seine. Une description détaillée des zones humides de l’estuaire de la Seine (localisation, surface, évolution dans le temps), essentielle pour obtenir une estimation précise (LOOMIS et WALSH, 1997 ; LOOMIS et al., 2000) et une description de leurs fonctionnalités écologiques et économiques, leur sont présentées. Une description d’un programme de préservation des 14 000 hectares de zones humides de l’estuaire leur est également fournie. L’interviewé est tenu de lire à voix haute ces descriptions afin d’avoir une meilleure appréhension du programme. Ensuite, son avis est sollicité sur ce programme de sauvegarde et sur son éventuelle participation financière (pendant cinq ans) par le biais de la taxe d’habitation ou par la mise en place d’un fonds spécial [3] [3] - En effet, durant le pré-test, quelques questions se...
suite ; il est nécessaire que le mécanisme de paiement soit plausible (MITCHELL et CARSON, 1989). Même si certains économistes de l’environnement ont critiqué le format « question ouverte » dans le cadre de la méthode d’évaluation contingente (MITCHELL et CARSON, 1989 ; ARROW et al., 1993), nous avons opté pour ce type de format compte-tenu du nombre réduit de personnes interrogées (environ 300). En effet, l’utilisation de questions fermées conduit à une perte d’informations par rapport au format ouvert et nécessite alors un échantillon beaucoup plus important (LUCHINI, 2002). De plus, certaines critiques concernant cette fois-ci les questions fermées sont également mises en avant telles que la présence éventuelle d’un biais d’ancrage (KAHNEMAN et TVERSKY, 1979 ; GREEN et al., 1998) ou encore de « yeah saying [4] [4] - Le phénomène de « yeah saying » apparaît quand...
suite ». Les individus ont la possibilité de revoir l’évaluation de leur CAP et, s’ils le souhaitent, de réviser le montant déclaré suite à des questions d’autoréflexion sur la valeur préalablement annoncée.
19 La troisième partie, enfin, collecte les données socio-économiques standards telles que le nombre de personnes dans le foyer, le niveau d’études, le revenu net global du foyer.
20 Le questionnaire final a été ainsi administré auprès de personnes âgées de 18 ans et plus [5] [5] - Cette enquête a été effectuée par la société IPSOS...
suite, habitant l’estuaire de la Seine. La méthode d’échantillonnage adoptée est celle des quotas par sexe, âge et CSP. 300 individus ont été interrogés, en face à face, à leur domicile. À l’exception du format de la question, les directives suggérées par le NOAA Panel (ARROW et al., 1993) ont été suivies pour l’élaboration et l’administration de ce questionnaire.
Caractéristiques des individus interrogés
21 Environ 16 % des individus interrogés ont entre 18 et 25 ans. La classe d’âge la plus représentée se situe entre 26 et 35 ans (27,33 %). Les tranches d’âge 36-44 ans et 45-59 ans constituent respectivement 18,33 et 22,33 %. Enfin, les 60 ans et plus correspondent à 16,00 % des interviewés. L’âge moyen se trouve juste au-dessus de 40 ans. Le niveau d’études révèle que 31,66 % des individus déclarent avoir suivi des études supérieures et que plus de 50 % n’ont pas le bac. Les revenus les plus courants (71,66 %) s’échelonnent entre 1 000 € et 3 000 €. 11,33 % possèdent des revenus inférieurs à 1 000 €, 6,33 % entre 3 000 € et 4 000 € et seulement 1,33 % supérieurs à 4 000 €. Ajoutons que près de 57 % de l’échantillon sont des femmes (Tableau 3).
22 Environ 40 % des individus interrogés possèdent des notions sur la biodiversité et les zones humides. Après leur avoir demandé s’ils avaient déjà entendu parler de la biodiversité ou des zones humides, nous demandons aux personnes ayant répondu par l’affirmative de les définir. À ces questions, les individus répondent de façon très globale mais avec des termes montrant qu’ils arrivent à les caractériser grâce à des mots tels que « espaces d’eau » ou « diversité des animaux ». Seuls 18 % des interviewés (soit 55 personnes) fréquentent les zones humides, majoritairement pour des activités récréatives liées aux promenades et qui s’effectuent en groupe, mais plus 92 % des individus interrogés se montrent favorables, voire très favorables à un programme de préservation de ces zones. Seuls 42, 39 % des personnes composant l’échantillon sont disposés à contribuer financièrement à un programme de préservation des zones humides de l’estuaire de la Seine.
Tableau 3 - Caractéristiques socio-économiques des interviewés
3.2. Résultats
23 Afin de déterminer les facteurs expliquant le CAP, nous avons utilisé un modèle à variable censurée (Tobit) compte-tenu du nombre important d’individus ayant révélé un CAP égal à 0 € (58 %). Ce pourcentage de réponses nulles est comparable à celui rapporté dans nombre d’études recourant à la méthode d’évaluation contingente (REILING et al., 1989 ; CHAMBERS et al., 1998 ; YELKOUNI, 2005).
24 où
Tableau 4 - Modèle Tobit
25 Les résultats montrent que cinq variables ont un effet significatif sur le CAP : l’éducation, l’âge, le fait de vouloir donner pour d’autres causes, de visiter les zones humides et d’habiter dans une grande ville [6] [6] - La présence de multi-colinéarité a été testée par...
suite.
26 La définition des variables significatives est retranscrite dans le tableau 5. Notons que deux variables ont été recodées par rapport aux variables initiales de l’enquête : une variable etud qui correspond à un haut niveau d’études (supérieur à Bac + 2) et une variable age2655 qui regroupe les individus se situant dans la classe d’âge 26-55 ans. Les justifications des bornes de cette tranche d’âge sont les suivantes : à partir de 26 ans, l’individu n’est plus considéré comme « jeune adulte » puisque un grand nombre d’avantages financiers (réduction SNCF, etc.) ne lui est plus accordé. La suppression de ces avantages signifie qu’à partir de 26 ans, la société considère que l’individu est bien inséré dans la vie active. Après 55 ans, le taux d’emploi des personnes diminue de façon significative, l’individu s’approchant de la retraite. Ainsi, la tranche d’âge 26-55 traduit une bonne intégration des individus dans la vie professionnelle.
Tableau 5 - Définition des variables
27 Nos résultats sont en accord avec ceux de TYRVÄINEN et VÄÄNÄNEN (1998) et LEHTONEN et al. (2003) qui trouvent une relation positive entre le fait de visiter le bien considéré et le CAP. Ces auteurs analysent respectivement la valeur économique des aménités d’une forêt urbaine et les bénéfices non marchands de la conservation d’une forêt en Finlande et trouvent une relation significativement positive entre le CAP révélé et le fait de pratiquer des activités en lien avec la nature. KNIIVILÄ (2006), en analysant plus spécifiquement les différences qui peuvent exister dans le cadre d’une évaluation contingente entre les usagers et les non-usagers, souligne qu’il est assez courant de constater un CAP supérieur chez les usagers, notamment en raison d’une meilleure information sur le bien à évaluer. Ces travaux viennent appuyer ceux de BOYLE et al. (1994) ou encore de CARSON et al. (2001). Ainsi, les individus qui bénéficient directement de certaines fonctionnalités des zones humides de l’estuaire de la Seine, principalement récréatives (promenade, chasse, pêche...), donneraient une valeur supérieure à ces actifs environnementaux. Ces résultats peuvent, en partie, s’expliquer non seulement par une fréquentation régulière de ces espaces naturels par les individus (selon notre enquête deux tiers y vont au moins quatre fois par an) mais aussi parce que les zones humides représentent un lieu privilégié convivial (95 % des individus les fréquentant y vont accompagnés).
28 Dans notre modèle, l’âge apparaît à travers la variable age2655 mais celle-ci retranscrit une période d’activité professionnelle intense plutôt que l’âge en tant que tel (à la différence des recherches précédemment citées). Les individus les plus jeunes, âgés de 18 à 25 ans, encore étudiants ou récemment intégrés dans la vie active, ne peuvent contribuer financièrement que faiblement au programme de préservation compte tenu de leur situation professionnelle. Les personnes de plus de 55 ans approchent de la retraite et ont sans doute un taux de préférence élevé pour le présent. Plusieurs raisons peuvent expliquer que les individus dans la tranche d’âge 26-55 ans aient une contribution supérieure : l’une liée à une insertion dans la vie active permettant une plus grande stabilité financière et l’autre relative à une situation personnelle spécifique. En effet, si l’activité professionnelle est soutenue durant cette tranche d’âge, celle-ci correspond également au moment où les agents construisent leur vie de famille et ont des enfants à charge. L’une des explications possibles à un CAP plus important est que les individus dans la tranche d’âge 26-55 se préoccupent davantage du devenir de ses descendants et de l’héritage laissé (valeur de legs). Selon une étude réalisée par l’IFEN (2003) portant sur « Les Français et l’environnement », les individus sont fortement sensibilisés au fait que ce sont les « générations futures » qui auront à subir les conséquences des problèmes environnementaux actuels. Les 26-55 ans se montrent donc plus sensibles à la protection de l’environnement (et donc des zones humides) et seraient prêts à participer davantage que les plus jeunes (18-25 ans) et les plus âgés (56 ans et plus).
29 Dans le cas de l’estuaire de la Seine, les individus habitant de grandes villes sont prêts à donner plus pour la protection de la biodiversité (à travers le programme de préservation des zones humides) que les ruraux. Plusieurs études étrangères vont dans le même sens [notamment celles de LOOMIS et al. (2000) pour les États-Unis ou ZHONGMIN et al. (2003) pour la Chine] mais viennent contredire les travaux réalisés en France par AMIGUES et al. (2002) qui mettent en avant que les habitants de Toulouse tendent à révéler un CAP inférieur aux autres pour un programme de préservation environnementale. Cette différence de résultats s’explique vraisemblablement par des structures industrielles régionales distinctes. L’estuaire de la Seine a effectivement favorisé le développement d’entreprises très polluantes telles les raffineries ou les papeteries sensibilisant ainsi les habitants à la protection de l’environnement alors que la région toulousaine centre son développement autour d’activités plus respectueuses de l’environnement comme l’aérospatiale (20 000 emplois directs), l’informatique (15 000 emplois), les télécommunications (14 000 salariés), les biotechnologies et les sciences du vivant (près de 10 000 emplois directs)... [même si elles coexistent avec d’autres plus polluantes telles que la chimie, la pharmacie et les plastiques (11 500 salariés)]. Le fort degré d’urbanisation du territoire haut-normand, qui compte parmi les cinq régions les plus urbanisées de l’Hexagone, derrière notamment l’Île-de-France, l’Alsace et le Nord-Pas-de-Calais, et qui accentue le phénomène de rareté, peut constituer une autre explication. Les deux principales agglomérations de Haute-Normandie (Rouen et Le Havre) concentrent à elles-seules près de 700 000 habitants [7] [7] - 412 000 pour l’agglomération rouennaise et 270 000...
suite. Cette très forte densité de population [8] [8] - 4000 à 5000 habitants au km2 contre 98 habitants...
suite dans un espace restreint a logiquement engendré de fortes pressions sur les espaces naturels conduisant à leur quasi-disparition en ville.
30 Le niveau d’études des individus interrogés présente également un impact positif sur le CAP, tel qu’AMIGUES et al. (2002), ZHONGMIN et al. (2003) l’ont déjà mis en évidence. Le fait d’avoir un niveau d’études supérieur à Bac + 2 agit positivement sur le CAP ; les résultats de l’enquête permanente de l’INSEE sur les conditions de vie des ménages mettent effectivement en évidence une faible sensibilité à l’environnement (et aux pratiques environnementales) des ménages à faible niveau d’études contrairement aux ménages les plus diplômés (de niveau supérieur à Bac + 2), fortement engagés. Notons que le niveau d’études est corrélé aux revenus du ménage traduisant ainsi l’influence que ceux-ci peuvent également avoir sur le CAP.
31 Enfin, le fait de vouloir donner pour d’autres causes (ce qui reflète le caractère altruiste de l’individu) joue positivement sur le CAP. La prise en compte de l’altruisme dans la méthode d’évaluation contingente a suscité des débats. Certains économistes considèrent effectivement que seules les motivations qui concernent étroitement l’individu interviewé doivent être étudiées. Cependant, comme le souligne CARSON (1998), « the axiomatic development of economic utility theory does not a priori exclude any motive or any good from an agent’s utility function. [...] Economic theory only requires that preferences be consistent with few basic axioms of choice [9] [9] - Pour plus d’informations se référant aux travaux...
suite ».
32 Les effets marginaux révèlent qu’un individu âgé de 26 à 55 ans donnerait en moyenne 24,43 € de plus pour la conservation des zones humides qu’un autre. Les agents habitant dans les grandes agglomérations verseraient 19,85 € de plus que les autres. Le fait d’avoir un niveau d’études supérieur à Bac + 2 augmenterait en moyenne le CAP de 35,15 €. Les résultats montrent également que les interviewés ayant l’intention de faire des dons pour d’autres causes humanitaires, donneraient en moyenne 64,05 € de plus que les personnes moins sensibles aux autres causes. Enfin, les personnes qui fréquentent les zones humides verseraient en moyenne 24,28 € de plus que les autres.
- 4 - Analyse comparative
4.1. Bénéfices liés aux fonctionnalités des zones humides
33 Le modèle Tobit présenté dans le tableau 5 permet d’estimer le CAP moyen des ménages habitant l’estuaire de la Seine. Le tableau 6 fournit les valeurs de deux CAP : le premier établit une estimation très prudente, à l’image des travaux de ZHONGMIN et al. (2003), en présumant que les individus qui n’avaient pas voulu répondre ou protestaient présentent un CAP égal à zéro. Pour une estimation plus élevée telle qu’elle existe dans la littérature (LOOMIS et al., 2000), un CAP moyen par ménage a été calculé en ne considérant que les CAP strictement positifs.
Tableau 6 - Prédiction de la valeur du CAP pour la préservation des zones humides de l’estuaire
34 Les résultats recueillis figurent dans le tableau 6 : le CAP moyen « conservateur » est de 18,46 € et le CAP moyen haut de 46,26 € par an (proches des CAP médians compris entre 14.50 et 43,77 €) ce qui représente des valeurs cohérentes avec d’autres études européennes et françaises se référant à la protection de ce type d’écosystème, telles que celles de GAUTHIER (1997, 2000) pour des écosystèmes en bord de Garonne (10 à 20 €) ou encore de BONNIEUX et al. (1995) et de LE GOFFE (1995) pour la préservation de l’eutrophisation d’un écosystème se situant en rade de Brest (CAP~25€). Ces valeurs demeurent néanmoins inférieures au CAP révélé en moyenne aux États-Unis [par exemple, LOOMIS et al. (2000) définissent un CAP égal à 252$ pour la préservation des écosystèmes de la rivière Platte près de Denver]. BROUWER et al. (1999), dans leur méta-analyse, confirment d’ailleurs ces écarts importants pour la sauvegarde des zones humides entre les États-Unis et l’Europe avec un CAP moyen de 70 $ en Amérique du Nord contre 32 $ au niveau européen qui peuvent sans doute s’expliquer en partie par les différences constatées du revenu disponible par ménage entre les États-Unis et la France [de l’ordre de 40 % (OCDE, 2006) [10] [10] - http:/ / www. oecd. org ...
suite].
35 Au total, les bénéfices générés par les 14 000 hectares de zones humides de l’estuaire de la Seine (valeur agrégée du CAP médian, 1,17 million de personnes équivalant environ à 500 000 ménages) correspondent à une valeur annuelle comprise entre 7,25 et 21,89 millions d’euros. Les coûts d’opportunité induits par la destruction de 9000 hectares de zones humides peuvent ainsi être estimés entre 4,66 et 14,07 millions d’euros annuels. Ces résultats nous conduisent à une valeur d’environ 520€/ha/an [11] [11] - Le calcul d’une valeur à l’hectare, si elle pose...
suite.
4.2. Bénéfices de l’industrialisation
36 Nous cherchons, dans cette section, à déterminer les bénéfices générés par l’industrialisation des zones humides de l’estuaire. Compte tenu des données disponibles limitées, nous avons opté pour une vision prudente qui prend uniquement en considération les emplois directs de ces établissements et les salaires versés (deux tiers de la valeur ajoutée au niveau national). Notre travail, réalisé en plusieurs étapes, a donc consisté à identifier les activités industrialo-portuaires présentant un impact sur les zones humides. En premier lieu, nous avons déterminé l’étendue des zones humides existant avant l’industrialisation de l’estuaire de la Seine. L’étendue originelle des zones humides correspond à la plaine alluviale de l’estuaire de la Seine (LESUEUR et LESOURD, 1999). Ensuite, la base de données du Sessi (Sessi Région, 2003) nous fournit pour chaque établissement industriel les informations portant sur le secteur d’activités, l’effectif, le nom et surtout la localisation précise. Ces données nous permettent ainsi de réaliser un travail cartographique de localisation des entreprises, qui consiste à comparer leur implantation à l’étendue initiale des zones humides, pour savoir si elles se sont établies sur la plaine alluviale. Cette recherche, qui concerne 1466 établissements principalement présents dans les départements de Seine-Maritime et de l’Eure, nous a autorisés à éliminer 890 établissements (qui ne se sont pas implantés sur des zones humides) et donc à en conserver 576 (Tableau 7).
Tableau 7 - Bénéfices générés par l’industrialisation des zones humides
37 Ces unités de production concernent pour l’essentiel cinq secteurs de l’industrie manufacturière (l’agro-alimentaire, les industries de biens de consommation, automobiles, des biens d’équipement et des biens intermédiaires) auxquels il convient d’ajouter les raffineries et les ports. Près de 57 000 salariés sont employés directement dans ces secteurs et bénéficient d’une masse salariale de plus de 1,6 milliard d’euros annuels (Tableau 7). Ces activités se sont développées en contrepartie de la destruction de 9 000 hectares de zones humides ; nous pouvons ainsi considérer que chaque hectare de zones humides équivaut à des flux salariaux annuels pour la région avoisinant les 182 360 €.
38 Afin de préciser les bénéfices de l’industrialisation des zones humides, il apparaît indispensable de prendre en compte les externalités négatives [induites par ce type d’établissements (pollutions de l’air, de l’eau...)] dont la valeur peut se révéler élevée. Les coûts de la pollution de l’air ont été évalués via le modèle EcoSenseLE [12] [12] - Ce programme vise à déterminer les coûts externes...
suite (programme de recherche de la Commission Européenne : ExternE [13] [13] - http:/ / www. externe. info/ ...
suite). Ce modèle peut être utilisé pour des estimations rapides et approximatives des coûts de la pollution de l’air en fonction de différents paramètres portant sur les polluants émis (CO
suite et sur le pays. En l’absence de données individuelles sur les émissions des établissements, il a été nécessaire de définir des clés de répartition en partant des emplois sectoriels et des informations disponibles sur les pollutions de l’air au niveau régional ; plus précisément nous avons défini la part, en termes d’emplois régionaux, que représente chaque secteur implanté sur les zones humides et nous considérons que la pollution est proportionnelle au nombre d’emplois. Nous avons ainsi appliqué ces coefficients aux données régionales disponibles à la DRIRE [15] [15] - http:/ / www. haute-normandie. drire. gouv. fr/ ...
suite concernant les pollutions de l’air. Les estimations des pollutions (émises par les établissements implantés sur les zones humides) réalisées à partir de ces clés de répartition sont retranscrites dans le tableau 8. Ces unités de production généreraient donc annuellement 54 393 tonnes de SO
Tableau 8 - Pollutions estimées de l’air (en tonnes)
39 Le modèle EcoSenseLE évalue les coûts annuels de la pollution de l’air de ces 576 établissements à environ 368 millions d’euros, ce qui conduirait à réévaluer les bénéfices de l’industrialisation des zones humides à environ 1,273 milliard d’euros soit 141 470 € par hectare et par an. De cette somme, il faudrait également déduire les coûts de la pollution de l’eau imputable aux entreprises industrielles [notamment les matières en suspension (MES) et la demande chimique en oxygène (DCO)]. Cependant, à notre connaissance, aucune recherche n’a encore porté sur la quantification monétaire des impacts de ces polluants, rendant ainsi toute estimation impossible. Cette rapide évaluation permet néanmoins de mettre en avant la nécessité de prendre en compte toutes les externalités lors de la détermination des bénéfices nets de l’industrialisation des zones humides de l’estuaire de la Seine.
- 5 - Conclusion
40 Il ressort de l’enquête que les zones humides de l’estuaire de la Seine sont perçues par les habitants de l’estuaire comme un actif de valeur. Ils sont conscients des services rendus par ce type de milieu et de l’intérêt de les protéger face à la menace du développement anthropique et des activités économiques. 92 % sont favorables à la mise en œuvre d’un programme de préservation des zones humides même si seulement 42 % participeraient financièrement à un tel projet. Les résidents révèlent un CAP médian compris entre 14,5 et 43,70 € pour la mise en place d’un programme de préservation. Deux conclusions principales peuvent être tirées de ce travail de recherche. Tout d’abord, le CAP des habitants de l’estuaire de la Seine est en accord avec les études françaises disponibles et met en avant l’importance des zones humides pour les résidents. Ensuite, notre analyse comparative montre que les bénéfices générés par la conversion de 9 000 hectares de zones humides pour un usage industriel l’emportent clairement sur les pertes de services non marchands induites par la destruction des zones humides. Ainsi, un hectare industrialisé révèle une valeur très forte (plus de 140 000 €/an, nets des coûts de pollution de l’air). Contrairement à d’autres bénéfices marchands (provenant, par exemple, de la conversion des zones humides pour un usage agricole), ces bénéfices ne peuvent pas être biaisés par l’existence de subventions publiques ; aussi, nous pouvons considérer que nos résultats sont relativement robustes.
Annexe
Annexe 1 : Le questionnaire contingent : principaux éléments
41 Nous exposons dans cette annexe la structure générale du questionnaire contingent utilisé pour cette étude via l’analyse des principaux éléments des trois parties du questionnaire.
Partie 1 : connaissance des zones humides par les habitants et leurs habitudes de fréquentation
42 L’objectif de cette partie est de définir le degré de connaissances des zones humides par les interviewés et leur niveau de sensibilité à l’environnement. Les questions essentielles posées afin de tester ces paramètres sont les suivantes :
Q6 : Si vous deviez donner aujourd’hui 10 euros pour une cause qui serait par exemple liée à la pauvreté, à la maladie, à l’environnement ou pour une autre cause, comment les répartiriez-vous ?
43
Lutte contre la pauvreté I__I__I, I__I euros
Lutte contre le SIDA I__I__I, I__I euros
Lutte contre la faim dans le monde I__I__I, I__I euros
Lutte contre les maladies rares I__I__I, I__I euros
Protection de l’environnement I__I__I, I__I euros
Autre cause → Laquelle ? (Précisez) ______________________ I__I__I, I__I euros
ENQ : LA SOMME DOIT FAIRE 10 EUROS
——————————→ 1 |0,| 0| euros
Je ne donnerai pour aucune cause (NE PAS CITER) ☐
44 La question Q6 vise à évaluer notamment la sensibilité de l’individu à l’environnement par rapport à d’autres préoccupations actuelles majeures telles que la lutte contre la pauvreté ou la lutte contre le sida.
Q : 9 Avez-vous déjà entendu parler des zones humides ?
45 Oui 1
Non 2
Q10 Qu’est-ce que « les zones humides » signifient pour vous ?
46 bien relancer jusqu’au c’est tout
enq : Montrer photos et dire :
47 « À titre d’illustration, voici quelques photos de zones humides (roselières, gabions, vasières...) »
48 Les questions Q9 et Q10 cherchent à appréhender le niveau de connaissance des personnes sur l’actif environnemental à évaluer. Si l’individu répond qu’il connaît la notion de zones humides, la question Q10 permet alors de vérifier la pertinence de la définition qu’il y associe.
Ustansil Q : 11 Fréquentez-vous ces espaces naturels ou « zones humides » ?
49
Non 2 →PASSER PAGE 6
Q : 14 : Globalement, à quelle fréquence allez-vous dans ces espaces naturels ou ces zones humides ?
50
Tous les jours ou presque 1
1 à 2 fois par semaine 2
1 à 2 fois par mois.............. 3
Plusieurs fois par an 4 →Combien de fois par an I___I
Moins d’une fois par an 5
51 Enfin, à travers les questions Q11 et Q14, nous analysons la fréquentation des zones humides par les interviewés.
Partie 2 : La révélation du consentement à payer
52 La deuxième partie du questionnaire se concentre sur la révélation du CAP des individus pour la mise en place d’un programme de préservation des zones humides restantes de l’estuaire de la Seine.
53 L’une des difficultés rencontrées dans la construction du questionnaire contingent est de fournir de façon synthétique les informations essentielles permettant à l’individu de construire son CAP. Il est indispensable pour l’interviewé de prendre connaissance non seulement des services rendus à la société par les zones humides de l’estuaire de la Seine mais également des impacts éventuels de la mise en œuvre d’un programme de préservation. Le descriptif que nous proposons a été construit en collaboration avec des chercheurs du programme Seine-Aval afin de retranscrire le plus fidèlement possible les services rendus par cet actif environnemental et afin de définir les principaux traits du programme de préservation.
54 Une étude sur la préservation des zones humides de l’estuaire de la Seine est en cours. Nous aimerions connaître votre avis sur ce programme de préservation des zones humides.
55 Préserver la biodiversité, c’est maintenir le plus grand nombre possible d’espèces animales et végétales sur un espace donné.
56 Il est nécessaire de protéger les lieux de vie et de reproduction des espèces qui sont endommagés par les activités humaines.
57
58 Pourtant ces zones humides permettent :
59 sur le plan écologique :
60 de favoriser la reproduction et la migration de nombreuses espèces de poissons et d’oiseaux,
61 de conserver des sites naturels pour la faune et la flore sauvages,
62 de lutter contre l’érosion des sols, de favoriser la stabilisation des sols (glissement de terrain, inondation),
63 de réduire la pollution d’origine industrielle, agricole ou humaine,
64 d’être une source d’activité récréative (ex : chasse, excursions, pêche, contemplation...).
65 sur le plan économique, ces zones humides permettent également :
66 de préserver l’emploi lié à certaines activités telles que la pêche, la coupe de roseaux et les activités liées au tourisme (excursions...),
67 de contribuer à l’attrait touristique de la région,
68 de constituer une base potentielle pour de futurs médicaments.
69 Elles permettent donc d’assurer une qualité de vie des générations présentes et futures.
70 La protection de ces zones humides est possible à travers la mise en place d’un programme de préservation des zones humides de l’estuaire de la Seine. Afin de préserver les 14 000 ha restants, ce programme nécessitera :
71 de limiter l’extension des zones urbaine, portuaire, industrielle,
72 de mettre en place des infrastructures permettant de préserver les zones humides (construction d’îles et de plages pour la préservation de la faune et de la flore, immersion de récifs pour la construction d’habitats pour les poissons...),
73 de réduire la pollution industrielle, urbaine et agricole,
74 de prendre des mesures en faveur des espèces et des milieux (agrandissement des réserves naturelles existantes).
75 Ce programme pourra être géré par le Conseil Régional. Il implique des coûts pour la société. Il est important de savoir si les bénéfices attendus (protection des animaux, des végétaux, préservation de l’emploi...) que vous en retirerez couvrent ces coûts.
76 Cinq grands services écologiques (faciliter la reproduction d’espèces, préserver la biodiversité, lutter contre l’érosion, contre la pollution et rendre possible les activités récréatives) et trois services économiques (préservation de l’emploi notamment dans la pêche, attrait touristique et exploitation pour de futurs médicaments) sont ainsi mis en avant dans le descriptif.
77 Dans la deuxième partie du scénario, nous abordons les impacts que la préservation des 14 000 ha de zones humides pourrait générer notamment sur le plan économique en soulignant les effets sur l’extension des zones urbaine, portuaire et industrielle du territoire et en insistant sur l’ensemble des mesures à prendre pour la préservation de ces espaces naturels.
78 Suite à cette description, nous avons souhaité connaître l’opinion des interviewés sur ce programme de préservation (Q24) pour ensuite poser les questions de révélation du CAP (Q27 et Q40). Après la question de révélation du CAP Q27, nous interrogeons les individus sur les dépenses qu’il leur faudrait réduire pour participer financièrement au programme de préservation (par exemple, une réduction des dépenses récréatives). L’objectif est de mettre en place pour l’interviewé un processus d’autoréflexion concernant le CAP révélé dans la question Q27. L’individu doit, en effet, être pleinement conscient de ce montant pour procéder, ensuite, à un arbitrage pertinent par rapport à ces autres sources de dépenses. La question Q39 est insérée afin de souligner explicitement à l’individu que plusieurs éléments doivent être pris en compte dans la construction de son CAP au regard de sa contrainte budgétaire. Par l’introduction de la question Q40, nous donnons la possibilité à l’interviewé de réévaluer son CAP en fonction des éléments dont il a pris conscience avec les questions précédentes.
Q : 24 Êtes-vous tout à fait d’accord, plutôt d’accord, plutôt pas d’accord ou pas du tout d’accord avec ce programme de préservation ?
79
Tout à fait d’accord 1
Plutôt d’accord 2
Plutôt pas d’accord 3
Pas du tout d’accord 4
Q : 27 Quelle serait la somme maximum annuelle que vous accepteriez de payer pour ce programme de préservation pendant 5 ans ?
80
Q : 39 Les dernières questions que je viens de vous poser vous font-elles changer d’avis quant au montant que vous aviez annoncé pour la préservation des zones humides et ce concernant les 14 000 ha des zones humides ?
81
Non 2 →PASSER AUX SIGNALÉTIQUES
Q : 40 Quel serait alors le montant que vous seriez prêt à payer pour la préservation des 14 000 ha restants de zones humides ?
82
I___I___I, I__I__I euros
Partie 3 : Principales caractéristiques socio-économiques de l’interviewé
83 Dans cette partie, les questions portent sur le sexe, l’âge, la profession, la situation familiale, le nombre de personnes dans le ménage, le niveau de diplôme, les revenus, etc.
Annexe 2 : La procédure d’estimations de la pollution de l’air dans l’estuaire de la Seine
Les données disponibles
Les effectifs de l’industrie manufacturière en Haute-Normandie
Tableau 9 -
Les principales émissions de polluants de l’air de l’industrie manufacturière en Haute-Normandie (en tonnes)
Tableau 10 -
La détermination des clés de répartition
84 À partir des données des tableaux 9 et 10, nous avons pu définir les clés de répartition sectorielle de la pollution de l’air. Nous avons ainsi divisé la quantité de polluants émis dans l’air par les effectifs sectoriels correspondant à l’activité émettrice.
85 Par exemple, concernant les COV pour l’activité « industries automobiles », nous avons d’une part, des émissions régionales évaluées à 2 124 tonnes et, d’autre part, des effectifs régionaux de 14 570. Nous divisons les émissions polluantes par les effectifs pour obtenir une évaluation d’émission polluante par salarié. Dans le cas présent, pour chaque salarié des industries automobiles 0.146 tonne de COV est émise dans l’air.
Les clés de répartition sectorielle de la pollution de l’air
Tableau 11 -
L’évaluation des émissions estuariennes
Les effectifs de l’industrie manufacturière dans l’estuaire de la Seine
Tableau 12 -
86 À partir des clés de répartition (Tableau 11) et des effectifs sectoriels présents dans l’estuaire de la Seine (Tableau 12), nous pouvons estimer les émissions de pollution de l’air (Tableau 13).
Pollutions estimées de l’air (en tonnes) au sein de l’estuaire de la Seine
Tableau 13 -
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Notes
[ *] Première version avril 2007, version révisée décembre 2007.
Les auteurs remercient le programme Seine-Aval pour son soutien financier. Ils tiennent également à remercier les deux référés anonymes de la revue pour leurs commentaires sur la première version de cet article. Ils demeurent, cependant, responsables de toutes les imperfections éventuelles.
[ 1] - Convention internationale adoptée en 1975 visant à la protection des zones humides. http://www.ramsar.org
[ 3] - En effet, durant le pré-test, quelques questions se sont posées sur la réelle affectation de cette contribution. Ainsi, nous avons introduit un autre choix pour les personnes interrogées : une contribution à un fonds spécial.
[ 4] - Le phénomène de « yeah saying » apparaît quand les interviewés acceptent de dire « oui » afin d’éviter la position embarrassante de dire « non » (BLAMEY et al., 1999).
[ 5] - Cette enquête a été effectuée par la société IPSOS en avril 2005.
[ 6] - La présence de multi-colinéarité a été testée par le calcul du nombre de condition de la matrice des variables explicatives (voir BELSLEY et al., (1980)). Les estimations de la variance reportées dans le Tableau 4 sont des estimations robustes.
[ 7] - 412 000 pour l’agglomération rouennaise et 270 000 pour l’agglomération havraise.
[ 8] - 4000 à 5000 habitants au km2 contre 98 habitants au km2 en moyenne en France.
[ 9] - Pour plus d’informations se référant aux travaux sur l’altruisme, voir MCCONNEL (1997).
[ 11] - Le calcul d’une valeur à l’hectare, si elle pose des problèmes méthodologiques certains (biais d’inclusion, notamment, voir KAHNEMAN et KNETSCH, 1992), reste très couramment utilisé (COSTANZA et al., 1997, BALMFORD et al., 2002, BRANDER et al., 2006), et facilite les comparaisons entre les études.
[ 12] - Ce programme vise à déterminer les coûts externes de la consommation et de la production. EcoSenseLE est un outil utilisé pour des estimations rapides ; un autre modèle plus précis a été également développé : EcoSense.
[ 13] - http://www.externe.info/
[ 14] - L’impact monétaire varie si les pollutions sont émises dans une agglomération, en milieu rural ou urbain.
[ 15] - http://www.haute-normandie.drire.gouv.fr/
Résumé
L’objectif de cet article est de définir les termes de l’arbitrage entre la conservation des zones humides de l’estuaire de la Seine et leur conversion pour une utilisation de type industriel. Nous combinons ainsi les résultats d’une évaluation contingente menée en 2005 dans l’estuaire de la Seine à une évaluation des bénéfices des entreprises générés par la conversion des zones humides pour un usage industriel. En définitive, la valeur des services rendus par les zones humides et les bénéfices de leur conversion pour un usage industriel sont dans un rapport de 1 à 270 ou de 1 à 90.Mots-clés
méthode d’évaluation contingente, analyse comparative, zones humides, usage industriel
Wetland Preservation versus Wetland Conversion : A Trade-Off Analysis Applied to the Seine EstuaryThe aim of this paper is to contribute to the analysis of the trade-off between conservation of the wetlands of the Seine estuary (France) and their conversion to industrial use. We combine the results of a contingent valuation survey conducted in 2005 in the Seine Estuary with an evaluation of the benefits generated by a conversion of the wetlands to industrial use. Finally, we find the value of wetlands services and the benefits of the past conversion of wetlands to industrial use to be in a ratio of 1 to 270 or 1 to 90.Keywords
contingent valuation method, trade-off analysis, wetlands, industrial use
PLAN DE L'ARTICLE
- - 1 - Introduction
- - 2 - Les zones humides de l’estuaire de la Seine
- - 3 - La valorisation monétaire des zones humides
- - 4 - Analyse comparative
- - 5 - Conclusion
- Annexe
POUR CITER CET ARTICLE
Olivier Beaumais et al. « Conservation versus conversion des zones humides : une analyse comparative appliquée à l'estuaire de la Seine », Revue d’Économie Régionale & Urbaine 4/2008 (novembre), p. 565-590.
URL : www.cairn.info/revue-d-economie-regionale-et-urbaine-2008-4-page-565.htm.
DOI : 10.3917/reru.084.0565.


















