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Revue d’Économie Régionale & Urbaine

2011/5 (décembre)


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- 1- Introduction

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L’intérêt porté à la fois au développement régional et à l’innovation est à l’origine de l’affirmation de concepts qui visent à décliner les ressorts de modèles d’innovation à dimension territoriale (COOKE et al., 2004 ; MOULAERT et SEKIA, 2003). Par-delà leurs différences, l’objectif de ces travaux est de comprendre pourquoi une région, dans un contexte donné, connaît une dynamique différente d’une autre.

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La très grande majorité de ces travaux, notamment ceux de type empirique, se sont concentrés sur les dynamiques métropolitaines (ISAKSEN, 2009 ; WOLFE, 2009 ; TÖDTLING et TRIPPL, 2005). Ces études révèlent que le degré de performance de l’innovation dans les régions métropolitaines est, dans bien des cas, supérieur à celui constaté au niveau national (ISAKSEN, 2009 ; WOLFE et GERTLER, 2004). Les raisons avancées mettent l’accent sur la présence, dans les aires métropolitaines, de ressources spécifiques telles que les centres d’innovation, la présence d’universités, de laboratoires de recherche, ou d’unités de transfert technologique, que peuvent utilement mobiliser des entreprises de haut niveau technologique. Le cumul de ces analyses empiriques a servi de sous bassement à l’élaboration d’un appareillage théorique centré sur la dimension relationnelle, notamment entre acteurs de la sphère privée et publique, afin de faire émerger un modèle spécifique de l’innovation. Ce modèle se déploie à partir d’un certain nombre de seuils comme la présence d’une densité minimum de population, une diversité démographique, une synergie organisationnelle et une riche interaction entre acteurs. Autant d’éléments fondamentaux qui définissent le cadre idéal pour faire émerger l’innovation.

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Ce corpus théorique s’est infléchi afin de rendre compte des facteurs clés et des dynamiques favorisant ou freinant l’innovation dans les régions qui ne prédisposaient pas de caractéristiques identiques à celles observées dans les régions métropolitaines. Progressivement, des travaux se sont intéressés à l’étude des processus d’innovation en œuvre dans les régions périphériques et rurales afin d’identifier les facteurs susceptibles d’expliquer leur réussite ou leur déclin (KARLSEN et al., 2011 ; SUORSA, 2009 ; DOLOREUX et DIONNE, 2008 ; VIRKKALA, 2007 ; ONSAGER et al., 2007). Lorsque ces régions sont confrontées à des difficultés, l’explication proposée met l’accent sur la présence d’obstacles qui fonctionnent comme autant de freins pour assurer une bonne diffusion de l’innovation. Ces régions ne possèdent pas les conditions favorables nécessaires à l’émergence d’une dynamique d’innovation en raison, par exemple, de l’absence d’entreprises à forte intensité de savoir, d’une infrastructure de soutien au développement peu élaborée ou absente, ainsi qu’une faible offre de services spécialisés. Ces manques limitent la consolidation de pratiques d’apprentissages interactifs localisés à cause du nombre limité d’acteurs privés et publics (HUGGINS et JOHNSTON, 2009 ; DOLOREUX et DIONNE, 2008 ; TÖDTLING et TRIPPL, 2005). Ces régions périphériques ne possèdent pas une armature institutionnelle suffisante et une masse critique minimale d’entreprises pour faire émerger un système d’innovation.

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L’objectif de cet article est de poursuivre la réflexion sur l’innovation régionale en privilégiant un autre type de région de façon à compléter le panorama qui jusqu’alors s’appuyait principalement sur deux configurations types : les aires métropolitaines et les espaces périphériques. L’article s’intéresse à une forme intermédiaire que l’on appelle régions ‘satellites’. Elles présentent comme caractéristique principale d’être à la fois à l’écart des zones métropolitaines, sans pour autant souffrir de l’isolement qui caractérise les zones périphériques. Ces types de régions ont jusqu’à présent surtout été analysés comme les réceptacles d’une dynamique qui trouvait son pour origine dans les aires métropolitaines. Ces régions seraient en mesure de capter une production de valeur qui se ferait ailleurs rejoignant ainsi les travaux développés dans le champ de l’économie résidentielle (DAVEZIES, 2004 ; TERRIER et al., 2005). C’est également dans cette optique que l’on peut situer les travaux sur les régions dites centrales ou péri-métropolitaines, qui sont certes perçues comme créatrices de richesse – car elles reprennent certaines fonctions agricoles, industrielles et de distribution qui n’ont plus leur place au sein des métropoles (POLÈSE et SHEARMUR, 2002) – mais qui seraient encore très dépendantes des métropoles.

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Si ce type de région est négligé dans les travaux qui portent sur le champ de l’innovation régionale (GUILLAUME et DOLOREUX, 2011), c’est parce qu’on suppose que leurs dynamiques internes sont indissociables de celles des métropoles dont elles sont proches. Or, comme pour les régions métropolitaines et les régions périphériques, la nature des processus de création et de diffusion de l’innovation occupe une place centrale dans leur identification. Mais, à la différence des deux premières, les régions ‘satellites’ sont le théâtre d’un processus dual : de type endogène, en lien avec les caractéristiques intrinsèques du territoire, mais aussi de type exogène s’appuyant sur leur proximité relative avec une aire métropolitaine. Leur étude devrait permettre de mieux appréhender d’autres facettes d’une réalité productive qui ne se limiterait pas à une simple gradation entre les deux grandes figures conceptuelles : les régions métropolitaines et les régions périphériques.

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La question centrale de cet article vise à vérifier s’il existe des dynamiques d’innovation idiosyncratiques au sein des régions satellites. Il s’agit, d’une part, de vérifier s’il est possible d’isoler des différences entre les régions satellites en matière d’innovation, et d’autre part, d’examiner l’existence de processus spécifiques à ces régions (par rapport aux régions périphériques).

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La question d’innovation et de territoire – surtout à l’extérieur des métropoles – a le plus souvent été abordée par le biais des secteurs manufacturiers. Cependant, l’importance des services dans le tissu économique local est de plus en plus souligné (COOKE et LEYDESDORFF, 2006) : ces secteurs jouent un rôle important de transfert de connaissance, de conseil auprès des entreprises locales, et d’innovation propre afin de rester à la fine pointe des techniques et des informations stratégiques. Ces entreprises de service sont à l’origine de la production de valeur dans le contexte de développement économique et peuvent être sources de forte différenciation territoriale (MULLER et DOLOREUX, 2009). Le matériel empirique utilisé est donc constitué d’une enquête auprès d’entreprises de service québécoises à forte intensité de connaissances (SFIC).

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Les régions à l’étude sont la Mauricie, l’Estrie, Chaudière-Appalaches et le Centre-du-Québec. Ces régions sont situées à moins d’une heure de route d’une grande métropole, soit Montréal ou Québec. Ces régions offrent un large éventail de conditions socio-économiques et technologiques. Elles sont contrastées entre elles, et aux régions périphériques du Québec que sont la Gaspésie, le Bas-St-Laurent, le Saguenay-Lac-St-Jean et l’Abitibi-Témiscamingue.

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L’article est organisé autour de quatre parties. À la revue de la littérature sur les relations entre innovation et territoires dans les régions ‘satellites’ (Section 2), succédera la méthodologie où seront décrites les données et les caractéristiques des régions étudiées (Section 3). La Section 3 sera consacrée à la présentation des résultats. Enfin, la dernière partie (Section 4) permettra de discuter les similitudes et divergences qui sont apparues entre les régions périphériques et les régions satellites.

- 2- Innovation dans les régions satellites

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La question de l’innovation a surtout fait l’objet d’une approche organisée autour de quatre caractéristiques majeures (FAGERBERG et al., 2005) : i) l’innovation est d’abord un processus cumulatif de résolutions de problèmes techniques ; ii) l’innovation est considérée comme un processus non-linéaire qui peut émerger de la mise en commun de différentes sources de connaissances ; iii) l’innovation est un processus socialisé impliquant différents acteurs dans un environnement productif ; iv) l’innovation nécessite des relations de proximité.

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Selon les caractéristiques des régions, la part respective qu’occupent ces facteurs prend des proportions différentes. Ceci incite DOLOREUX et DIONNE (2008) et autres (ASHEIM et COENEN, 2005 ; TÖDTLING et TRIPPL, 2005 ; COOKE et al., 2004) à privilégier dans leurs travaux l’idée de systèmes régionaux d’innovation. Leur approche est inspirée de l’économie évolutionniste et de la géographie économique. Ils soulignent le caractère systémique de ces processus en mettant l’accent sur la dimension sociale de l’innovation dans les espaces métropolitains comme non métropolitains. L’innovation dépend d’un contexte socioculturel, politique et économique qui résulte de la prise en compte du caractère résiliaire des liens entre acteurs. La dimension sociale de cette approche renvoie à la prise en compte des interactions entre protagonistes (innovateurs, clients, compétiteurs, instances publiques, du transfert technologique, de la science et la recherche, de l’éducation, etc.) – engagés dans des processus de génération et de mise en œuvre de connaissances. Ces processus s’inscrivent à chaque fois dans un contexte spécifique – le territoire – résultant de sa structure socio-économique, de ses normes et règles, de son type de gouvernance, etc. [1][1] - Il est à noter qu’une vision complémentaire, basée...

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L’ensemble des régions étudiées l’a été à partir du prisme développé pour expliquer la réussite et la performance en matière d’innovation des aires métropolitaines : concentration géographique des acteurs, présence d’économies d’agglomération et externalités, effets d’entraînement, diversité des sources et des intrants de production, le tout adossé à un marché de travail qualifié et spécialisé (MALMBERG, 1997 ; VELTZ, 1996). Les caractéristiques de l’environnement socioéconomique et culturel comptent au rang des conditions majeures de la mise en œuvre des processus d’innovation : d’une part par les externalités que la région offre et que les entreprises utilisent, et d’autre part, par les règles et normes qui prévalent sur la région en question, les règles collectives qui agissent comme dispositifs cognitifs favorables au processus d’innovation (DOLOREUX, 2004).

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Pourtant, au-delà de ce seul prisme à haute valeur heuristique, il existe une gamme de situations intermédiaires qui illustrent la variété de trajectoires territoriales en lien avec l’innovation : c’est le cas régions satellites. Ces dernières qui certes sont situées à l’écart des régions métropolitaines, sont localisées au sein de leurs zones d’influence. Elles ne possèdent pas, ou ne profitent pas directement, des externalités et de la présence des économies d’agglomération qui confèrent aux régions métropolitaines leur avantage concurrentiel (SHEARMUR et POLÈSE, 2006). Contrairement aux régions périphériques ou rurales (LAGENDIJK et LORENTZEN, 2007), les régions satellites ne sont cependant pas introverties ou démunies : elles affichent des complémentarités importantes avec les structures industrielles des grandes métropoles et ont accès aux services et infrastructures offerts par ces dernières.

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Or, les éléments tangibles directement exploitables pour asseoir le questionnement sur l’innovation dans les régions satellites demeurent relativement discrets. D’une part, les études empiriques ont cherché à valider ‘le modèle métropolitain’ sur différents terrains, et d’autre part, ont souligné les écarts par rapport au modèle pour expliquer la difficulté en matière d’innovation, notamment au niveau des régions périphériques.

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Face à l’absence d’éléments tangibles, il est courant d’appréhender l’inscription territoriale de l’innovation par la présence de ressources locales et les conditions favorables, à même d’induire un modèle de croissance économique basé sur l’innovation. Cette réflexion est au cœur de la plupart des travaux menées dans le champs de l’économie régionale et de manière plus précise par les auteurs qui se sont attardés à étudier différents modèles d’innovation territoriale (ASHEIM et COENEN, 2005 ; TÖDTLING et TRIPPL, 2005 ; COOKE et al., 2004). Selon ces postures, les écarts en matière d’innovation s’expliquent par la présence ou l’absence d’un ou de plusieurs de ces facteurs.

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Il apparaît cependant que d’autres éléments doivent être précisés pour mieux décrypter les phénomènes caractérisant les régions ‘satellites’. Tout d’abord, il apparaît opportun de relever différentes séquences du développement économique de ces régions. L’assise économique de ces régions satellites reposait à la fois sur des vocations industrielles affirmées (souvent manufacturières et agricoles) et se doublaient de fonctions d’encadrement dans le domaine des services. Dans bien des cas, elles ont été confrontées au déclin ou à l’arrêt des activités motrices qui, dans un premier temps s’est accompagné d’une accentuation du fossé qui les séparait des capitales régionales dans le domaine de l’offre de services aux entreprises. Elles ont élaboré, dans un contexte plutôt défensif, des stratégies de reconquête portées par des collectifs d’acteurs qui débordent leurs prérogatives habituelles pour tenter, sur la base de savoirs-faire élaborés sur une longue période, de conforter leur position au sein de l’armature urbaine régionale ou provinciale.

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Ces stratégies et opportunités de reconquête peuvent être à l’origine de la mise en place d’un projet territorial ambitieux basé sur la promotion et le soutien à l’innovation. Il s’agit non seulement de dépasser les axes privilégiés de politiques de reconversion largement envisagées au regard des seules caractéristiques intrinsèques du territoire, mais aussi de privilégier une stratégie qui soit capable d’entraîner l’ensemble des acteurs à dépasser leurs contradictions internes pour accompagner une adaptation de ressources locales spécifiques qui se sont édifiées sur le long terme. Mais cela ne suffit plus, dans un contexte de globalisation, à assurer la pérennité des activités présentes dans ces sites. Elles ont à mener des stratégies nouvelles dans lesquelles l’innovation occupe une position centrale.

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Dans les régions satellites, les profils des systèmes productifs sont variés et soulignent l’acuité de la question de la diffusion de l’innovation dans des environnements encore largement dédiés aux activités productives. Mais, à ce niveau, les ressorts qui facilitent sa diffusion n’épousent pas les contours de la seule proximité géographique.

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Au niveau de l’accompagnement et du soutien à l’innovation, les initiatives dédiées à l’accompagnement d’une nécessaire montée en qualification des entreprises se sont multipliées depuis une dizaine d’années. Ces initiatives doivent rendre compte de l’intégration des entreprises locales à des systèmes externes qui constitue le vecteur le plus efficace de la production et de la diffusion de l’innovation. Elles induisent ainsi une mobilisation de plus en plus importante de partenaires extérieurs (et des sources de connaissances) et notamment des entreprises à haute composante technologique situées dans les aires métropolitaines ou autres aires plus éloignées. Le degré d’extraversion des entreprises doit ainsi, parallèlement aux conditions spécifiques du milieu, être mobilisé pour appréhender la diffusion d’une innovation. Elle est réelle, mais il est légitime de se questionner sur les modalités diverses qu’empruntent les entreprises pour innover. Quelle est la nature de leur recours aux entreprises de services ? Assiste-t-on comme dans les régions métropolitaines à l’expression de trajectoires variées du développement de l’innovation dans les régions ‘satellites’ ? Ou bien à une convergence d’activation de modes d’innovation similaires et généralisables à l’ensemble des régions ‘satellites’ ?

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Ce questionnement révèle deux hypothèses. La première décline un processus de convergence des modes de comportement d’innovation des entreprises au sein des régions ‘satellites’. Il existerait donc un mode commun d’activation de l’innovation au sein des entreprises. Si tel est le cas, le processus observé peut être repéré dans d’autres configurations géographiques similaires, et présente donc un potentiel de généralisation. À contrario, la seconde hypothèse est fondée sur des modes de comportement d’innovation qui dépendent essentiellement des conditions locales, des ressources ancrées, des conditions difficilement reproductibles et qui offrent un caractère faiblement généralisable.

- 3- Méthodologie

3.1. Description des données

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Les données utilisées dans cet article proviennent d’un projet de recherche dont l’objectif était de mieux cerner l’organisation économique, le développement et les activités en matière d’innovation au sein des services à forte intensité en savoir (SFIC – secteur 54 de classification SCIAN) [2][2] - Système de Classification Industrielle d’Amérique... au Québec (SHEARMUR ET DOLOREUX, 2009). Les SFIC constituent un sous-secteur des services et regroupent les établissements dont l’activité principale repose sur le capital humain, les connaissances et les compétences. Ils recouvrent les services liés aux technologies de l’information et de la communication, les services de R&D, le conseil dans les domaines techniques, juridiques, fiscaux ou managériaux, ou encore le soutien au marketing et à la communication d’entreprise (MILES, 2008). Les SFIC désignent donc essentiellement des activités de services intermédiaires produites ou intégrées par les entreprises dans le cadre d’activités manufacturières ou de service.

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La partie empirique utilise les données provenant d’une enquête auprès de 1124 entreprises SFIC québécoises, dont nous avons retenu celles localisées en région satellite (n=166) et périphérique (n=106). La population à partir de laquelle l’échantillon a été tiré provient de la base de données du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ). Pour une population cible 722 entreprises en région satellite, 166 ont participé à l’enquête, soit un taux de réponse de 22,9%. L’échantillonnage a été conçu pour garantir une couverture représentative de la population des SFIC de ces régions.

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L’enquête a été réalisée en 2007 et a été administrée par téléphone et gérée automatiquement par le système C.A.T.I. (pour Computer Assisted Telephone Interview). Le questionnaire comportait des sections sur les caractéristiques de l’établissement, les activités d’innovation et les types d’innovation réalisées, les sources d’information utilisées, les types de relations développées (formelles ou informelles) et la localisation des partenaires externes.

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Cette enquête sur l’innovation réalisée auprès des SFIC au Québec apporte des données inédites sur les habitudes et pratiques des entreprises concernant le processus d’innovation. Appliquée à l’étude des régions satellites, elle présente un double intérêt : d’abord, elle offre l’avantage de la comparabilité, soit des régions entre elles, soit des régions satellites par rapport aux régions périphériques. Ensuite, elle s’appuie sur un échantillon représentatif d’entreprises, ce qui n’est pas toujours le cas des enquêtes ou études lancées régionalement. La population ciblée par l’enquête couvre l’ensemble des secteurs compris dans le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques (SCIAN 541).

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Les indicateurs utilisés pour l’analyse empirique ont été choisis dans le but d’établir, dans un premier temps, le profil innovant des SFIC et d’identifier les comportements censés mener à l’innovation. Le premier groupe comprend les indicateurs qui capturent les activités d’innovation réalisées par les entreprises. Le deuxième groupe comprend des indicateurs qui permettent de mesurer la propension des SFIC à introduire des innovations technologiques et non-technologiques. Le troisième groupe rassemble des indicateurs portant sur les sources externes qui ont joué un rôle important pour la contribution des idées ou pour le développement de services. La quatrième catégorie comprend des indicateurs sur les obstacles et barrières qui ont ralenti ou qui ont causé des problèmes aux activités d’innovation ou aux projets d’innovation des entreprises enquêtées. Finalement, la dernière série d’indicateurs est celle liée aux partenaires et collaborateurs. Afin de mieux faire ressortir les différences entre régions, nous avons systématiquement effectué des régressions logistiques (dont la variable dépendante est l’indicateur analysé, I, et les variables indépendantes sont des variables dichotomiques régionales, – introduites en bloc) avec des contrôles sectoriels (les 9 sous-secteurs à 4 chiffres SCIAN du secteur 54, S) et de taille d’entreprise (4 classes de taille, T).

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I = f (R) + f’ (S) + f” (T) (1)

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Si les différences entre régions (après contrôles) sont significatives, les rapports de cote significatifs sont indiqués dans les tableaux. Nous y indiquons aussi le seuil de significativité du bloc régional R dans son ensemble.

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Dans un deuxième temps, nous avons cherché à comprendre la géographie des réseaux et le degré d’immersion des SFIC dans des réseaux de collaboration territorialisés, afin de pouvoir analyser les rapports que les SFIC entretiennent avec leur environnement externe et les métropoles. La matrice est développée selon la localisation des collaborateurs. Ces localisations sont classées comme suit : local (dans la région), ailleurs au Québec, métropolitain (Québec et/ou Montréal), ailleurs au Canada, ou international.

3.2. Présentation des régions satellites au Québec

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Les régions satellites couvrent la Mauricie, l’Estrie, Chaudière-Appalaches et le Centre-du-Québec. Ces régions sont situées à moins d’une heure de route d’une grande métropole, soit Montréal ou Québec. Leurs principaux centres urbains sont Trois-Rivières, Sherbrooke, Lévis, Drummondville et Victoriaville. Ces régions offrent un large éventail de conditions socio-économiques et technologiques. Le Tableau 1 résume certaines d’entre elles.

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Examinons d’abord l’évolution de la population et de l’emploi dans les régions satellites. En 2006, ces régions comptaient 15,5% de la population du Québec alors que pour l’emploi, la proportion était de 15,6%. Le fait que les pourcentages soient similaires pour l’emploi et la population signifie qu’en termes relatifs les possibilités d’emplois sont demeurées bonnes dans les régions satellites. En ce qui concerne le taux d’accroissement de la population de ces régions, celui-ci a été supérieur à la moyenne québécoise sur la période 1991-2006, à l’exception de la Mauricie dont la population a diminué de 1,5%.

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Au niveau des emplois, une proportion plus importante que pour l’ensemble du Québec se retrouve dans le secteur de la production. Mais tandis que la Mauricie comporte encore des industries lourdes (comme le papier) et des ressources naturelles (forêt), les régions du Centre-du-Québec et de Chaudière-Appalaches ont des économies plus axées sur des PME dynamiques et la filière alimentaire. L’Estrie – qui s’étend de 50 à 250km vers le sud-est de Montréal – quant à elle, comprend à la fois des industries de ressource (forêt), mais aussi des lieux de villégiature, des zones de PME dynamiques et une ville universitaire importante (Sherbrooke). Dans l’ensemble, les taux de chômage y sont inférieurs à l’ensemble du Québec en 2006. Toutefois, en Mauricie, le taux de chômage de 9,8% était supérieur de 1,6 points à la moyenne provinciale de 8,3%. La part du PIB qui s’établit à 35,1 milliards de dollars, représente environ 12,8% du total de la province du Québec. Avec un PIB par tête qui s’établissait en 2006 à 82% du PIB provincial, les régions satellites ont un PIB moyen par habitant inférieur à la moyenne québécoise (celui de la Mauricie y est même nettement inférieur), et fortement tributaire du PIB de Montréal.

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Concernant les indicateurs technologiques en 2006, le Tableau 1 montre que la proportion des entreprises innovantes a été légèrement supérieure pour les régions de l’Estrie et de Chaudière-Appalaches que pour la province du Québec, tout juste inférieur pour le Centre-du-Québec, mais bien inférieur pour la Mauricie. Le tableau démontre aussi que les entreprises de ces régions sont peu actives en R&D et en brevets. Les dépenses totales affectées à la R&D se chiffrent à 213 millions de dollars, ce qui représente seulement 6,5% de l’ensemble des dépenses de R&D au Québec. Il en est de même pour les brevets où seulement 36 brevets ont été enregistrés par les entreprises de ces régions sur un total de 840 pour l’ensemble du Québec en 2006. Finalement, les régions satellites affichent une proportion nettement inférieure que celle de l’ensemble du Québec au niveau du nombre de personnes détenant un grade universitaire. Il est important ici de souligner les différences notables entre dépenses intérieures en R&D, notamment entre les Mauricie et le Centre-du-Québec, pour des régions de taille à peu près identiques. Par ailleurs, le nombre de brevets passe du simple au double entre Chaudière-Appalaches et le Centre-du-Québec, et ce pour le même montant investi en R&D.

Tableau 1 - Caractéristiques des régions satellites au Québec, 2006
Institut de la Statistiques du Québec, 2007.

- 4- Résultats empiriques

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Il existe très peu de différences entre régions périphériques et régions satellites, que ce soit en termes de leurs activités d’innovation (ce que les entreprises font afin de promouvoir l’innovation) ou des innovations qu’ils déclarent avoir mené à bien (cf. Tableau 2). En effet, la seule différence concerne la recherche et développement en interne, qui est plus fréquente dans les régions satellites. Or, celle-ci ne semble pas mener à de plus fréquentes innovations – les établissements des régions satellites n’étant ni plus ni moins innovantes que celles en région périphérique.

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Les différences sont plus marquées entre régions satellites elles-mêmes. On constate en effet que les activités de formation sont moins fréquentes en Chaudière-Appalaches, et que plusieurs types d’innovation – surtout les innovations liées à la livraison, au marketing et à la gestion – sont moins fréquents en Chaudière-Appalaches. Cette région, la plus dynamique en termes de croissance de population, et avec une forte concentration d’activités manufacturières et de PME, ne se démarque pas des autres régions en termes de capital humain et semble avoir des dépenses en recherche et développement relativement modestes (cf. Tableau 1). Le Centre-du-Québec est la région satellite dans laquelle les entreprises introduisent le plus d’innovations radicales, le plus d’innovations stratégiques, ainsi que le plus d’innovations dans la livraison de leurs services (cf. Tableau 2).

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Même si les régions périphériques et satellites ne se distinguent presque pas en termes d’activités d’innovation et en termes de type d’innovation, les sources d’information auxquelles ont recours leurs entreprises SFIC ne sont pas toujours les mêmes (cf. Tableau 3). En particulier les SFIC dans les régions satellites utilisent moins leurs employés, leurs concurrents et les associations d’affaires que celles en périphérie. Ceci laisse entrevoir que les entreprises en région périphérique font plus recours à des sources internes (personnel) ou locales (association d’affaire) que celles plus proches des métropoles. Les sources d’information diffèrent peu entre régions satellites elles-mêmes, avec toutefois un plus grand recours aux consultants en Chaudière-Appalaches, et un plus grand recours aux clients au Centre-du-Québec (cf. Tableau 3).

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Bien que les barrières à l’innovation qui sont perçues en région satellite diffèrent peu de celles perçues en région périphérique (cf. Tableau 4) on constate que les entreprises en région périphérique perçoivent les risques économiques comme étant plus élevés, et perçoivent aussi l’accessibilité à la main-d’œuvre comme étant un facteur limitatif pour l’innovation. Or, ces deux facteurs reflètent bien la réalité des régions périphériques au Québec : pour la plupart leur population est en déclin, et le tissu économique local est fragilisé (POLÈSE et SHEARMUR, 2002).

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Le manque de main-d’œuvre semble aussi être perçu comme un problème en Chaudière-Appalaches, région assez dynamique sur le plan démographique (cf. Tableau 4). Les établissements de cette région semblent souffrir d’un problème opposé à celui vécu dans les régions périphériques, à savoir une certaine surchauffe du marché de l’emploi. Cette surchauffe serait bel et bien attribuable aux dynamiques locales et non à la proximité de la métropole, car les autres régions satellites ne semblent pas en souffrir. Par ailleurs, dans deux régions satellites le manque d’accès aux informations sur les technologies est perçu comme une barrière à l’innovation : les deux régions satellites en question sont les deux dont la structure industrielle est la plus tournée vers le manufacturier (cf. Tableau 1), et les SFIC y sont donc peut-être plus sensibles aux lacunes dans les informations technologiques qu’ils doivent maîtriser dans ce contexte de production.

Tableau 2 - Activités d’innovation et types d’innovation

Nb : tous les rapports de cote sont calculés après contrôles pour le secteur (SCIAN 4), la taille de l’établissement (4 classes de taille), et les autres régions. Un rapport de cote supérieur à 1 signifie que l’activité ou l’innovation en question est plus probable dans la région, et un rapport inférieur à un signifie qu’elle y est moins probable. (***) signifie significatif au seuil de 99%, (*) au seuil de 95% et (*) au seuil de 90%. X signifie qu’il n’existe aucune différence significative entre régions.

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La dernière phase de l’analyse s’intéresse aux collaborations, tant par leur nature que par leur distribution géographique (cf. Tableau 5 et Figures 1 et 2). La nature des collaborations diffère peu entre régions périphériques et satellites, sauf en ce qui concerne le recours aux CEGEP (qui est faible en région périphérique mais encore plus faible dans les régions satellites). Parmi les régions satellites l’Estrie – dont l’agglomération, Sherbrooke, comprend une grande université ainsi que divers centres de recherche – se démarque par la plus grande fréquence de collaborations entre SFIC et universités et centres de transferts. Par ailleurs, les SFIC du centre-du-Québec collaborent plus avec leurs clients que les SFIC des autres régions satellites.

Tableau 3 - Les sources d’information

Notes : voir Tableau 1.

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Les résultats montrent qu’il existe peu de différences systématiques entre régions périphériques et satellites en termes des comportements d’innovation. Les comportements d’innovation, la perception des barrières à l’innovation ainsi que l’accès aux sources d’information y sont assez similaires. On peut cependant défendre l’hypothèse que les établissements en périphérie puisent un peu plus dans leurs ressources internes (surtout comme source d’information) et, qu’au contraire, les établissements dans les zones satellites puisent un peu plus dans les réseaux externes. Ces différences – bien que révélatrices de dynamiques intéressantes – sont assez mineures. En fait, il existe presque autant de différences entre les quatre régions satellites qu’entre les régions satellites prises dans leur ensemble et les régions périphériques. Les régions satellites ne forment donc pas un ensemble cohérent, et le seul fait d’être à proximité d’une métropole n’entraîne pas nécessairement des comportements d’innovation qui se ressemblent.

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Par contre, la nature de la territorialisation des collaborations est sensiblement différente entre les établissements en région périphérique et ceux en région satellite. Les établissements proches des métropoles ont une probabilité plus grande d’avoir au moins une collaboration locale (cf. Tableau 5 et Figure 1) : leurs réseaux semblent donc plus territorialisés, mais ces réseaux sont aussi plus distendus car ils ont une probabilité plus grande d’avoir au moins un collaborateur dans une métropole. De manière générale, même si toutes les différences ne sont pas statistiquement significatives, on remarque à la Figure 1 que les établissements en périphérie ont systématiquement moins de collaborateurs dans chaque type de localisation que les établissements dans les régions satellites. Ceci ne se traduit pas par une moindre probabilité de collaborer (voir Tableau 5), mais par une moins grande diversité des sources géographiques de collaborateurs.

Tableau 4 - Les barrières à l’innovation

Note : voir Tableau 1

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La Figure 2 tente de dresser un portrait de l’étendue géographique maximale des collaborations des entreprises selon leur région d’appartenance [3][3] - Cette analyse repose sur l’hypothèse qu’il y a une.... Les entreprises des régions périphériques ont plus tendance que celles dans les régions satellites à avoir une étendue spatiale limitée des collaborations (elle ne s’étend pas au delà du local pour 11% des établissements, ou du Québec non-métropolitain pour 23% - voir aussi Tableau 5). Ceci contraste avec les entreprises en région satellite, qui, malgré la probabilité plus forte qu’elles ont de collaborer avec un partenaire local, ne sont que 4,7% à ne pas collaborer avec un partenaire au delà de la localité. En revanche, les entreprises dans les régions satellites ont une plus forte probabilité que celles en région périphérique de collaborer avec au moins un partenaire dans le reste du Canada (17,9% contre 11,5%), ou dans le reste du monde (24% contre 19,5%). Malgré les différences qui existent entre les quatre régions satellites étudiées (cf. Figures 1 et 2), on constate que le profil géographique de leurs collaborations suit, en gros, celui décrit pour les régions satellites dans leur ensemble, et diffère de manière significative par rapport à celui des régions périphériques (cf. Tableau 5).

Figure 1 - Pourcentage des établissements déclarant un partenaire dans une localisation donnée
Figure 2 - Étendue ‘maximale’ des collaborations
Tableau 5 - Collaborations
42

Il semble donc que la principale particularité des comportements d’innovation des établissements SFIC dans les régions satellites ne soit pas la nature de ces comportements (qui peuvent varier entre régions satellites, et qui varient assez peu entre régions satellites et périphériques), mais leur géographie. Bien évidemment, le fait que ces établissements aient plus de collaborateurs au sein d’une métropole n’est pas en soi surprenant compte tenu de la proximité spatiale entre régions satellites et métropoles. Par contre, nous montrons que les établissements en région satellite sont à la fois plus arrimés à leur territoire que ceux en périphérie (un pourcentage plus important déclare au moins une collaboration locale) et plus territorialement diversifiés en termes des sources géographiques de leurs partenaires. Les établissements en région satellite sont donc simultanément plus imbriqués dans des réseaux locaux et plus imbriqués dans des réseaux globaux que les établissements en région périphérique, bien que le réseautage en soi (mesuré ici par le fait d’avoir au moins un partenaire de collaboration) n’est pas plus fréquent en région satellite qu’en région périphérique. Pour faire contrepoids à ce réseautage plus important dans les régions satellites, nous avons aussi constaté que les entreprises en région périphérique font parfois plus appel à des ressources qui leurs sont internes (personnel interne comme source d’information).

- 5- Conclusion

43

L’objectif de ce papier visait à vérifier s’il existait des dynamiques d’innovation idiosyncratiques au sein des régions satellites. Il s’agissait d’une part, de vérifier s’il était possible d’isoler des différences entre les régions satellites en matière d’innovation, et d’autre part, d’examiner l’existence de processus spécifiques à ces régions (par rapport aux régions périphériques). L’optique exploratoire de cette étude doit être rappelé. Elle visait à susciter d’autres études plus théoriques et empiriques sur la production et la diffusion de l’innovation dans les régions satellites et non de valider une approche particulière, conceptuelle ou théorique.

44

Au regard de l’analyse des modes d’innovation à partir des données issues d’une enquête réalisée auprès des établissements de SFIC, il nous est possible d’émettre certaines observations en guise de conclusion, et ce en deux grandes catégories.

45

La première permet d’isoler des différences entre régions satellites. D’une part certaines sont versées dans des innovations à caractère organisationnel, et d’autre part, une région satellite (Centre-du-Québec) qui est marquée par la prééminence d’innovation radicale. La mobilisation des collectifs de travail (sources internes) ainsi que les ressources du milieu présentent des similitudes entre les régions satellites. La discrimination semble être liée à la distance à la métropole. Une plus grande proximité se traduit par une plus grande activation du potentiel métropolitain mesuré à l’aune des ressources externes utilisées par les entreprises des régions satellites. Parmi les barrières à l’innovation, l’accessibilité à une main-d’œuvre qualifiée est identifiée comme le frein majeur à la production et la diffusion de l’innovation. Le manque de main-d’œuvre qualifiée affecte, paradoxalement, les régions qui font preuve d’un dynamisme économique reconnu, notamment Chaudière-Appalaches. Ceci est d’autant plus inattendu que l’on pourrait considérer que cette région est capable de mobiliser les ressources humaines de la région de la Capitale Nationale. Or, même s’il y a pression sur l’offre de main d’œuvre, il est possible que les conditions de travail (salaire, sécurité d’emploi) ne soient pas suffisantes dans les PME locales pour appâter une main d’œuvre métropolitaine. Sur le plan de la géographie des collaborations, l’effet d’une proximité aux métropoles est beaucoup moins prégnant. Au regard de cet indicateur, les régions satellites ne forment pas un ensemble homogène.

46

La seconde catégorie cherche à démontrer l’existence de différences entre les régions satellites et les régions périphériques. Il est possible de le résumer à travers le tableau de synthèse suivant (cf. Tableau 6). Les résultats semblent confirmer que la discrimination majeure entre régions satellites et régions périphériques concerne l’articulation à des réseaux extérieurs. Très peu de différences sont perceptibles au regard des comportements d’innovation. Le contraste entre régions périphériques et régions satellites qui apparaît doit bien entendu être nuancé – les différences, mêmes si elles sont statistiquement significatives – ne sont toujours pas très grandes, et il existe des établissements de chaque sorte dans chaque type de région.


Annexe

Tableau 6 - Synthèse des comportements d’innovation
47

Au fond, ces résultats permettent d’éclairer les modes d’activation et de diffusion des activités d’innovation au sein des SFIC dans des régions non-métropolitaines. Le clivage qui semble s’établir entre les régions satellites et les régions périphériques ne présente pas de divergence marquée. La césure distingue plutôt des régions qui, pour innover, s’appuient prioritairement sur des ressources locales (régions périphériques) et d’autres dans lesquelles aux ressources locales est couplée la mobilisation de ressources situées dans les aires métropolitaines, nationales voire mondiales (régions satellites). Dans le premier cas, la dimension territoriale est première, dans la seconde elle est associée à des effets de proximités géographiques.

48

Les résultats de cette étude confortent les conclusions auxquels ont abouti des chercheurs comme DOLOREUX (2004) et SHEARMUR (2010) selon lesquelles les régions qui gravitent autour des principales métropoles sont fortement connectées avec ces dernières et peuvent profiter de certaines retombées et complémentarités économiques et technologiques. Dans cette perspective, il y a certes lieu de réfléchir aux stratégies et actions publiques dans la mise en place de conditions d’une coopération accrue et du développement des activités innovatrices en tenant compte d’une adéquate articulation entre les différentes composantes du système d’innovation métropolitain et des complémentarités possibles avec celles des régions satellites. Il y a aussi lieu de passer outre la dichotomie métropolitain / non métropolitain qui semble dominer l’approche géographique à l’innovation afin de mieux cerner les différentes réalités et dynamiques que connaissent les entreprises en milieu non métropolitain, notamment en ce qui concerne leur possibilité d’entretenir ou pas des liens étroits et fréquents avec les métropoles.


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Notes

[*]

Première version en juillet 2010, version révisée en juin 2011. David DOLOREUX remercie le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) pour le financement de cette recherche. Les auteurs tiennent également à remercier l’éditeur associé de la RERU, Claude DUPUY, pour ses commentaires sur la première version de ce texte, ainsi que les deux lecteurs anonymes

[**]

Auteur correspondant

[1]

- Il est à noter qu’une vision complémentaire, basée sur l’accessibilité à divers facteurs d’innovation (et notamment aux régions métropolitaines qui sont le creuset d’interactions mais aussi d’accès aux réseaux globaux) est de plus en plus évoquée (MCCANN, 2007 ; SHEARMUR, 2010)

[2]

- Système de Classification Industrielle d’Amérique du Nord, 2002

[3]

- Cette analyse repose sur l’hypothèse qu’il y a une hiérarchie des étendues spatiales qui est la suivante : 1) locale ; 2) reste du Québec non-métropolitain ; 3) métropoles québécoises ; 4) reste du Canada et 5) reste du monde

Résumé

Français

L’objectif de cet article vise à vérifier s’il existe des dynamiques d’innovation idiosyncratiques au sein des régions satellites. Il s’agit, d’une part, de vérifier s’il est possible d’isoler des différences entre les régions satellites en matière d’innovation, et d’autre part, d’examiner l’existence de processus spécifiques à ces régions (par rapport aux régions périphériques). Le matériel empirique utilisé est constitué d’une enquête auprès d’entreprises québécoises de service à forte intensité de connaissances. Les régions à l’étude sont la Mauricie, l’Estrie, Chaudière-Appalaches et le Centre-du-Québec.

Mots clef

  • innovation
  • province de Québec
  • régions satellites
  • SFIC

English

Innovation production and diffusion in satellite regions: the case of Quebec The aim of this paper is to verify whether there are idiosyncratic innovation dynamics in the satellite regions. Firstly, we verify if is possible to isolate regional differences between satellite regions with respect to innovation dynamics, and, secondly, we examine if these dynamics are specific to these regions (compared to peripheral regions). The empirical material used consists of a survey addressed to knowledge-intensive business service in Quebec. The study areas are the Mauricie, Estrie, Chaudière-Appalaches and Centre-du-Québec.

Keywords

  • innovation
  • KIBS
  • Province of Quebec
  • satellite regions

Plan de l'article

  1. - 1- Introduction
  2. - 2- Innovation dans les régions satellites
  3. - 3- Méthodologie
    1. 3.1. Description des données
    2. 3.2. Présentation des régions satellites au Québec
  4. - 4- Résultats empiriques
  5. - 5- Conclusion

Pour citer cet article

Doloreux David, Guillaume Régis, Shearmur Richard, « Production et diffusion de l'innovation dans les régions satellites : l'exemple du Québec. », Revue d’Économie Régionale & Urbaine 5/2011 (décembre) , p. 849-868
URL : www.cairn.info/revue-d-economie-regionale-et-urbaine-2011-5-page-849.htm.
DOI : 10.3917/reru.115.0849.


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