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AuteurLaurent Lemoine du même auteur
Rédacteur en ChefLa nouvelle équipe gouvernementale saura-t-elle évaluer correctement, sur le plan éthique, le dossier fort complexe de la recherche biomédicale ?
2 Le chrétien serait-il sensé se réjouir naïvement de la quête d’immortalité que contient cette recherche ? Des philosophes l’ont remarqué : « ce qui rend si inquiétante la manipulation génétique, ce n’est pas seulement la possibilité d’objectiver entièrement mon existence […], mais également le fait que, d’une certaine façon, je puisse devenir immortel et indestructible, reproductible à l’infini[1] [1] S. Zizek, Le Sujet qui fâche. Le centre absent de l’ontologie...
suite ». Mais voilà : je ne suis pas sûr que ce goût-là pour l’immortalité ait la saveur de la foi chrétienne. Le Christ n’a pas vécu à l’infini : sa vie divine en une chair mortelle n’a pas été une apparence.
3 Si la liturgie pascale évoque le « sommeil » du Roi, cette expression ne doit pas nous tromper, pas plus que les philosophes païens qui suggéraient la simple réanimation d’un homme dont les quelques forces vitales subsistantes après le supplice de la Croix ne demandaient qu’à être stimulées à nouveau. Il est réellement et historiquement mort ! Ce point contredit les velléités contemporaines de la pulsion de mort à l’œuvre chez ceux qui escomptent tout « réparer » de notre vieillissement… Mais ce point contredit également une métaphysique qui pactiserait avec ladite pulsion de mort…
4 L’éthique chrétienne appliquée à la technologie génétique ou soucieuse de réinterpréter et de confesser la problématique traditionnelle de l’immortalité de l’âme doit se détacher de la « non-mort[2] [2] Ibid. , p. 393. ...
suite » à laquelle nous souscrivons parfois à notre insu. C’est une perspective de salut à inscrire au cœur de la Vie des Vivants dont Michel Henry, par exemple, a présenté dans ses derniers écrits une si belle approche phénoménologique[3] [3] M. Henry, Incarnation. Une philosophie de la chair, Paris,...
suite.
5 Il s’agit rien moins que de pâtir la Vie et de compatir passionnément, passionnellement peut-être aussi. Dans cette épreuve exténuante, l’Éros de Vie – ou faut-il dire « l’Éros de Dieu » ? – se démêle de Thanatos dont l’Heure peut attendre : l’homme Jésus a pleinement humanisé la Vie par l’admirable échange interamical, interfraternel, interrelationnel de la caritas pour laisser la vie qu’il avait aimée au moment où Il accepta d’assumer enfin l’Heure à laquelle aucun vivant ne se dérobe : ma vie, « personne ne me l’enlève, mais je m’en dessaisis de moi-même » (Jn 10, 18). Pour être spirituelle, l’éthique auprès de toutes détresses est nécessairement dans la chair ! Le Mitsein que l’on conceptualise avec tant de raffinement à sa table de travail est une imposture, lorsque, à quelques kilomètres de là, l’œuvre de déshumanisation des camps est en marche…
Notes
[ 1] S. Zizek, Le Sujet qui fâche. Le centre absent de l’ontologie politique, Paris, Flammarion, 2007, p. 395.
[ 2] Ibid., p. 393.
[ 3] M. Henry, Incarnation. Une philosophie de la chair, Paris, Seuil, 2000.
POUR CITER CET ARTICLE
Laurent Lemoine « Éditorial », Revue d'éthique et de théologie morale 2/2007 (n°244), p. 5-6.
URL : www.cairn.info/revue-d-ethique-et-de-theologie-morale-2007-2-page-5.htm.
DOI : 10.3917/retm.244.0005.




