Revue d'éthique et de théologie morale 2007/2
Revue d'éthique et de théologie morale
2007/2 (n°244)
144 pages
Editeur
DOI 10.3917/retm.244.0009
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Vous consultezLa notion de Parthenia chez Jean Chrysostome

AuteurAndrzej Wachowicz du même auteur

Docteur en théologie morale

Qu’est-ce que la chasteté ? Et qu’est-ce que la chasteté dans le cadre du mariage ? Cette question met l’homme moderne dans l’embarras. « Cela existe encore à notre époque ! », peut-on entendre. N’est-ce pas une relique du Moyen Âge ? Vu les siècles de recherche sur la chasteté et le nombre d’ouvrages, surtout chez les Pères de l’Église, on sera plutôt surpris d’un non-usage ou d’un mésusage du vocable dans le monde contemporain.

2 Même si le mot ne circule pas, ou vraiment très peu, dans le grand public, le sujet demeure cependant d’actualité. Notre société est de plus en plus confrontée à la réalité de la chasteté, plus précisément aux réalités qui lui sont liées, fût-ce indirectement. Toutes les affaires juridiques autour de la pédophilie, des abus sexuels, des viols à l’école ou dans la famille évoquent d’une manière ou d’une autre la chasteté. La pandémie du sida est particulièrement éloquente. Parmi les émissions télévisées, nombreuses sont celles à contenu érotique. La sexualité a cessé, au moins apparemment, d’être un tabou. Les enfants, dont les parents sont de plus en plus absents, ont un accès facile aux films ou aux revues traitant de problèmes sexuels, voire véritablement pornographiques. Internet, moyen moderne de communication, facilite l’accès aux sites au contenu obscène et même les rencontres directes avec des prostituées.

3 La question se pose donc de savoir finalement ce qu’il en est dans le fond ? Qu’est-ce que la chasteté ? À quoi sert-elle ? Pour répondre à ces questions, peut-on consulter les Pères de l’Église ?

4 Dans le monde oriental, nombreux sont les auteurs qui traitent de la chasteté. Néanmoins, Jean Chrysostome semble être le plus explicite dans le contexte du mariage. Il utilise le mot parthenia pour désigner la chasteté et la virginité.

5 Bien que la morale sexuelle ne soit pas le sujet principal de l’enseignement du Patriarche de Constantinople, les mots « virginité » et « chasteté » y occupent une place considérable. Cela peut nous surprendre : si la Bible évoque clairement « la virginité », elle n’utilise jamais explicitement le substantif « une chasteté ». Le dictionnaire The Anchor Bible Dictionary[1] [1] The Anchor Bible Dictionary, New York-Londres-Toronto-Sydney-Auckland,...
suite
, édité sous la direction de David Noël Freedman, confirme cette affirmation selon laquelle ce substantif n’y figure pas du tout. Et si la Bible ne cite pas le mot « chasteté » lui-même, pourquoi Jean Chrysostome y consacre-t-il une part aussi importante dans ses œuvres ? Où peut-on trouver l’origine de son concept ?

6 Le mot « chasteté », comme tel, semble ne pas exister en grec biblique[2] [2] En grec moderne, par contre, le mot chasteté se traduit...
suite
. Les œuvres du Patriarche de Constantinople constituent une tentative d’élaboration de la chasteté dans sa réalité spirituelle et pratique. Cette élaboration s’effectue par touches successives, comme à tâtons. L’heure de la synthèse viendra plus tard dans l’histoire de la théologie. Il est donc nécessaire d’éclaircir le concept de chasteté selon Chrysostome. Quel contenu lui donne-t-il ?

7 Chrysostome, en tant que pasteur, au lieu de chercher la définition exacte de la chasteté, montre des personnes chastes à suivre et corrige les dérives. En fait, il la présente de deux façons : soit en la montrant dans la vie des personnages bibliques, soit en commentant les textes bibliques, surtout les lettres pauliniennes. Quelles sont les figures de l’Ancien ou du Nouveau Testament qui, selon Jean Chrysostome, vivent la chasteté ?

8 Dans un premier temps, nous présenterons les héros de la chasteté, puis, à partir de textes de Chrysostome, nous tenterons d’élaborer une définition de la chasteté.

Les héros de la chasteté vainqueurs de la concupiscence

9 Pour Jean Chrysostome, la Bible est avant tout un trésor inépuisable de hautes leçons de morale, ainsi qu’un répertoire où il puise de nombreux exemples. Plusieurs personnages bibliques sont présentés comme des modèles, où la chasteté est perçue comme la maîtrise des sens et la continence.

10 Dans son Homélie sur la chasteté, Chrysostome invite ses auditeurs à imiter Joseph, l’Égyptien :

11

La chasteté, il (Joseph) la garda constamment et avec un soin jaloux, alors qu’il pouvait asservir la femme de son maître et mener une vie voluptueuse au sein du luxe et de la mollesse… mais ce n’est pas seulement la chasteté de ce jeune homme qui doit exciter notre surprise, ce sont encore les périls qu’il voulut braver pour la conserver, estimant l’esclavage des sens plus redoutable et plus affreux que la mort elle-même[3] [3] Ibid. ...
suite
.

12 Joseph résistant à la séduction de la femme de Putiphar dans Gn 39, 7-12, est un héros qui « pratiqua la chasteté d’une si excellente manière[4] [4] Jean Chrysostome, Homélie sur la chasteté, PG, 56, 291. ...
suite
». Le Patriarche de Constantinople le justifie :

13

Malgré ce milieu d’impiété dans lequel il vivait, malgré les tentatives de sa maîtresse, il ne livra pas les trésors célestes, il garda inviolable le temple de l’Esprit, il aima mieux mourir que de sacrifier à la sensualité[5] [5] Ibid. ...
suite
.

14 L’allusion au « temple de l’Esprit » renvoie à saint Paul (1 Cor 6, 19), qui voit en lui le corps chaste, inviolable par le péché de volupté. Jean Chrysostome continue l’éloge de la maîtrise des sens de Joseph :

15

Pourtant, autour de lui (Joseph), on ne cessait de le pousser vers le mal, personne ne lui enseignait la chasteté : tous étaient les esclaves de la volupté, les serviteurs de leur ventre ; chez eux la piété, la sainteté étaient inconnues[6] [6] Ibid. ...
suite
.

16 Chrysostome semble identifier la pureté pratiquée à un haut degré et la chasteté. Joseph, loué pour sa chasteté, conserve la liberté de l’âme et la beauté du corps :

17

Pour nous, nous en serons surtout étonnés, lorsque, à la connaissance parfaite de sa vertu, nous joindrons celle des temps où il pratiquait à un si haut degré la pureté. Ce fut avant l’avènement sur la terre du Créateur et du Seigneur de l’univers, qu’il sut conserver son âme libre[7] [7] Ibid. ...
suite
.
Mais Joseph, qui abrita la beauté de son corps sous la beauté de son âme ; beau comme une étoile radieuse par le corps, beau par son âme comme un ange[8] [8] Ibid. ...
suite
.

18 La beauté du corps et l’âme libre sont plutôt les conséquences de la chasteté. Cette dernière n’est pas l’état de l’âme ou du corps, mais le fait de savoir les garder du péché de volupté. Ce savoir-faire se définit comme l’évitement de l’acte sexuel illicite.

19 Suzanne, elle aussi, refuse la proposition de s’unir physiquement aux vieillards, même sous la menace d’être injustement condamnée à mort (Dan 13, 19-27). Sa décision est prise, elle réplique aux vieillards : « Mieux vaut pour moi tomber innocente entre vos mains que pécher à la face du Seigneur » (Dan 13, 23). Ajoutons que Suzanne est appelée par Clément d’Alexandrie « la martyre inébranlable de la chasteté[9] [9] Clément d’Alexandrie, Les Stromates IV, coll. « Sources...
suite
».

20 Néanmoins, dans ces deux cas, il s’agit plutôt d’observer la loi du Seigneur concernant l’adultère : « Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée : l’homme qui a couché avec la femme et la femme elle-même devront mourir » (Lv 20, 10[10] [10] Voir aussi Lv 20, 10 ou dans le NT Jn 8, 4. ...
suite
). Puisque la femme dans l’Ancien Testament était la possession exclusive de son mari, son union sexuelle avec un autre homme était essentiellement un affront à son mari. Ainsi, un homme pouvait pécher par adultère uniquement contre le mariage d’un autre homme, tandis qu’une femme a péché par adultère contre son propre mariage. Ce même principe était en vigueur dans la loi romaine antique. Les femmes de l’Ancien Testament étaient soumises à leurs maris. Le mari était le propriétaire de la femme (Gn 18, 12), cette dernière était le « be’ulat ba’al » (Dt 22, 22), c’est-à-dire celle que l’on possède. Suzanne, comme la femme de Putiphar, est mariée et doit respecter la loi de Yahvé. Pour cette même raison, « si l’homme a rencontré une fille fiancée, qu’il l’a violée et a couché avec elle, … seul l’homme mourra » (Dt 22, 25). En ce sens, une rencontre d’un homme avec une femme non fiancée, avec qui il a une relation sexuelle, est toujours perçue dans le contexte d’un viol, et non de l’amour (cf. Dt 20, 28).

21 Jésus enseigne une certaine égalité entre le mari et son épouse, entre l’homme et la femme en général. Cette égalité représente, comme nous le verrons plus loin, un des aspects de la chasteté. Pour le moment, nous signalons un décalage sur ce point entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

22 De ce qui précède, bien que Chrysostome confonde apparemment la chasteté avec l’évitement de l’adultère, nous sommes conduits à penser que le fait d’éviter l’adultère est davantage un fruit de la chasteté que la chasteté elle-même.

23 Le choix de Job, dans lequel Jean Chrysostome perçoit l’incarnation « d’une chasteté parfaite[11] [11] Jean Chrysostome, L’homélie sur la chasteté, PG, 56,...
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», peut surprendre. Le Patriarche de Constantinople lui consacre un grand éloge, en mentionnant son « combat de la chasteté » :

24

Non seulement il pratiqua avec zèle la continence, mais il défendit à ses yeux de jamais fixer le visage d’une vierge, de crainte que son âme ne fût séduite par l’éclat de la beauté (…) ; quand une vierge se présente, loin de l’attendre pour considérer sa beauté, il se retire aussitôt. Il comprenait qu’il suffisait pour vaincre les démons de fermeté et d’audace, mais que pour remporter la victoire dans les combats de la chasteté, il fallait, non fréquenter les vierges, mais les fuir[12] [12] Ibid. ...
suite
.

25 Selon l’exemple de Job, la chasteté est considérée comme une attitude de continence et de fuite devant les occasions de pécher. Chrysostome l’explique dans la perspective paulinienne du corps mystique de l’Église. La chasteté a plus de valeur pour les chrétiens, les membres du Christ, qui sont appelés à édifier l’Église par leur vie évangélique, que pour les païens. Jean Chrysostome met dans la bouche de Job un aveu :

26

Si moi qui ai vécu avant le Christ, qui n’ai point eu connaissance des enseignements du sublime Paul, j’ai compris que les serviteurs de Dieu devaient être au-dessus de la volupté ; si j’ai gardé intacte ma chasteté, en dépit des périls nombreux auxquels elle était exposée, à combien plus forte raison ne devez-vous pas pratiquer dans la crainte et le tremblement, pour n’être pas indignes de l’honneur qui vous est fait, et pour que les membres du Christ ne deviennent pas les membres d’une prostituée[13] [13] Jean Chrysostome, L’homélie sur la chasteté, PG, 56,...
suite
.

27 Remarquons qu’un autre Père, Clément d’Alexandrie, a adopté une position opposée dans la façon de vivre la chasteté. Certes, pour lui, Job est un modèle de maîtrise de soi et de fidélité, mais il représente avant tout le martyre gnostique par excellence, qui implique un état mental équilibré (απατεια), une disposition aimante et l’indifférence envers la promesse de récompense. La chasteté n’est pas une fuite devant les dangers du péché, mais un état d’esprit qui domine la sphère charnelle. La chasteté exercée de cette façon facilite l’ascension de l’âme après la mort ; ainsi, la fin de la vie devient un événement heureux.

28 Parmi les personnages cités, notons encore David, qui est puni pour avoir manqué à la chasteté :

29

Il (David) s’enfuit devant son fils, parce qu’il s’est éloigné de la chasteté ; il s’enfuit devant son fils parce qu’il a outragé les saintes lois du mariage ; il s’enfuit devant son fils, parce qu’il a commencé par fuir cette loi de Dieu qui lui disait : « Vous ne tuerez pas, vous ne commettrez point d’adultère ».(Éz 20, 13-14[14] [14] Jean Chrysostome, Explications aux psaumes, Psaume 3, PG,...
suite
)

30 Ainsi, la chasteté est liée aux lois du mariage et, en commettant l’adultère avec Bethseba, femme d’Urias, il a fait passer ses passions avant la loi de Yahvé.

31 À partir de ces citations, nous pouvons simplement démontrer, d’une part la continuité, et, d’autre part, un décalage de Jean Chrysostome dans sa conception de la chasteté vis-à-vis de la Bible. Nous pouvons observer l’interférence du sens des mots « pur » et « chaste » dans la Bible et l’absence du terme « chasteté ». La Bible, en effet, utilise certains mots pour parler de la chasteté et cela dans des contextes précis. Jean Chrysostome opère ensuite des déplacements en fonction de l’époque qui est la sienne. Notre auteur se sert des textes bibliques pour confirmer une herméneutique appelée par sa pratique pastorale, c’est-à-dire pour justifier ses positions en argumentant à partir de textes bibliques.

32 L’exégèse biblique montre que la chasteté est évoquée dans la Bible au moins par trois termes : la pureté, la maîtrise de soi et le respect de soi (de l’autre).

33 Ainsi, il y a deux points communs avec le concept biblique de chasteté. La chasteté est perçue comme une maîtrise de soi (Joseph et Job) et comme le respect de la loi de Dieu et donc de Dieu lui-même (tous les personnages cités par Chrysostome).

34 Par contre, Chrysostome perçoit la chasteté en général comme l’évitement de la concupiscence et du plaisir. Pour les héros de la chasteté, elle est souvent un moyen en vue d’atteindre la sainteté, la vie éternelle[15] [15] Voir son Traité de la virginité. ...
suite
. Elle consiste donc à fuir les plaisirs mauvais, elle est la sauvegarde de l’âme, l’antidote de la convoitise. L’homme qui ne possède pas la chasteté se laisse entraîner par un désir compulsif et irrationnel, par le plaisir, où il perd le contrôle de soi et toute dignité.

35 Le ton moralisateur domine dans ses œuvres. Chrysostome conjure les chrétiens de « ne pas se laisser abattre par les passions, de résister à leur entraînement, et, au lieu de s’imposer volontairement cette amère servitude, de les combattre avec courage, de fortifier leur esprit par la crainte du Seigneur[16] [16] Jean Chrysostome, Homélie sur la chasteté, PG, 56, VI,...
suite
».

36 À partir des textes cités plus haut, nous pouvons déjà enrichir la notion de chasteté par les trois expressions : la liberté face aux passions, la force de l’esprit et l’absence de toute souillure. Ces trois aspects nous paraissent très significatifs. Ils se positionnent par rapport à la continence en vue du Royaume. C’est avant tout le cas de Joseph. Dans cette perspective, Suzanne et Joseph d’Égypte devront se battre pour garder leur chasteté, ou plutôt pour rester fidèles à la Loi.

37 La prohibition du plaisir illicite n’est pas l’évitement du péché, mais elle n’en est pas loin. Si nous définissons la prohibition comme l’interdiction donnée de l’extérieur, avec laquelle nous sommes d’accord, ce concept pourrait être proche de ceux de Chrysostome. Mais les jeunes d’aujourd’hui perçoivent la prohibition comme la privation imposée de l’extérieur, prohibition à laquelle ils sont plutôt hostiles au nom de la liberté individuelle.

L’exemple particulier de la Vierge Marie

38 On ne peut passer sous silence la personne de Marie, Mère de Dieu. Bien que Jean Chrysostome fasse souvent mention de la Vierge Marie dans ses homélies et dans ses commentaires[17] [17] Par exemple : In Matthaeum, 4, PG, 57, p. 43-45. ...
suite
, c’est chez ses contemporains, et plus particulièrement chez Ephrem ou Ambroise, que se trouvent des propos plus nourris sur le sujet. Marie n’est pas une femme parmi les femmes. Elle est « bénie entre toutes les femmes » (Lc 1, 42), celle qui donne vie au Christ et qui reste immortelle.

39 Modèle de virginité à imiter, elle est à plus forte raison vierge, parce qu’elle n’a point connu le péché. La conception virginale de Jésus et la virginité de Marie sont deux réalités liées, mais non confondues. La virginité de Marie est ordonnée à la conception virginale de Jésus.

40 La virginité de Marie a doublement valeur de signe : celui de la primauté de Dieu et celui du don de soi à Dieu. La vertu de virginité est l’expression du don total de soi à Dieu ; elle manifeste le type de concours que Dieu sollicite de sa créature : sa réceptivité pour être tout à lui et à son œuvre de salut[18] [18] La Virginité de Marie, 53e session de la Société...
suite
.

41 La virginité de Marie ne saurait être abordée d’emblée comme un privilège personnel. Le fait même renvoie d’abord au statut révélé qui s’attache à la conception virginale du Sauveur, et qui manifeste la primauté absolue de Dieu dans le salut. C’est par rapport à cette initiative souveraine que l’on peut comprendre la portée spirituelle, pour le dessein de salut universel, de la virginité personnelle de Marie qui est en même temps réponse adéquate à la grâce de Dieu.

42 Après cette première approche de la chasteté à travers ces exemples de héros, nous poursuivrons en tentant de mettre en évidence le contenu du mot « chasteté », tel que Chrysostome le conçoit. Quel est ce concept selon lui ?

De la virginité à la chasteté

43 Pour Chrysostome, peut-on être chaste dans le mariage ? La réponse semble être affirmative, puisqu’il présente des personnages bibliques mariés qui sont des héros de la chasteté. De plus, il accorde à des époux chrétiens exemplaires, le titre de « vierges » : « Gardez-vous une âme sans tache ? Vous êtes vierge, bien que vous ayez un époux ; oui, vous l’êtes et de cette virginité (παρθενια) que je proclame vraie et admirable[19] [19] Voir Epist. ad Hebr. XII, Hom. XXVIII, 7, PG 63, 202. ...
suite
». Les époux-vierges ? Est-ce qu’il s’agit du « mariage blanc », sans actes sexuels ?

44 Afin de comprendre ce que veut dire « époux-vierges », il est nécessaire d’expliquer la signification du mot grec ici utilisé, παρθενια, pour déterminer dans un deuxième temps le contenu de la chasteté des époux.

La signification du mot παρθενια

45 La signification du mot chasteté appelle deux remarques.

46 Premièrement, dans la période patristique, on trouve plusieurs Traités sur la virginité[20] [20] Voir entre autres : Grégoire de Nysse, Jérôme, Jean Chrysostome,...
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, où celle-ci est la traduction du grec παρθενια. Mais que faut-il entendre ici par « virginité » ? Ce mot, que nous prenons aujourd’hui au sens d’intégrité physique, traduit assez mal le terme « παρθενια », qui possède un sens plus large, désignant plutôt l’esprit de virginité. Selon Bernard Grillet, ce terme définit à la fois la virginité et la chasteté[21] [21] Voir l’introduction à Jean Chrysostome, La Virginité,...
suite
. Jean Chrysostome décrit la « παρθενια » d’une vierge sous un triple aspect : l’intégrité du corps, la chasteté de l’âme, la consécration au Christ[22] [22] Pour Méthode pareillement, la virginité est à la fois...
suite
. On peut même supposer que les Pères de l’Église n’avaient pas besoin de définir le substantif « chasteté ». Ils s’intéressaient avant tout à la virginité – le signe de la nouvelle condition où la venue du Verbe incarné fait vivre l’humanité.

47 Deuxièmement, le terme παρθενια est apparu chez les Pères apostoliques, en opposition au mariage, dans le contexte de l’encratisme. Ce mot signifie « les continents » (du grec ενκρατης) et désigne plusieurs sectes hérétiques de l’Église ancienne qui prônaient un rigorisme moral radical avec, par exemple, interdiction du mariage. L’encratisme s’est alors confondu avec le manichéisme et a trouvé des prolongements chez les messaliens et les bogomiles.

48 Παρθενια – la virginité et la chasteté en même temps ? Y a-t-il un point commun entre les deux ? Ce sont deux significations différentes, qui convoquent la même réalité spirituelle. Afin de comprendre la παρθενια d’une personne mariée, et puisque les époux, selon Chrysostome, peuvent être vierges, il faut s’arrêter sur le concept de « vierge ».

La vierge – vainqueur de la mort

49 Comme tous les Pères, Jean Chrysostome loue la virginité qui demeure, selon lui, le sommet de la sainteté. La xixe JHomélie sur la Première Épître aux Corinthiens, prononcée en 392, enseigne la nécessité de la chasteté : « La chasteté est toujours nécessaire, il faut l’avoir toujours devant les yeux, autrement nous ne verrons pas le Seigneur[23] [23] Voir Jean Chrysostome commente saint Paul, Paris, Desclée...
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». Ce qui est caractéristique, c’est l’accent mis sur le « pourquoi ». La chasteté n’est pas un but en soi, mais le moyen sûr d’atteindre les réalités surnaturelles : la vision béatifique, l’immortalité, la résurrection. Nous reviendrons sur ce point important ultérieurement.

50 Jean Chrysostome donne la définition de la chasteté de la vierge : « C’est qu’il ne suffit pas de n’être point marié pour être vierge, il faut encore la chasteté de l’âme ; j’entends par chasteté non pas seulement d’être exempt d’un désir mauvais et honteux, de parures et de soins superflus, mais d’être pure de tout souci temporel. Sans cela, à quoi bon la pureté du corps[24] [24] Jean Chrysostome, La Virginité, op. cit. , p. 367. ...
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 ? » Réduite en effet à l’intégrité physique, la virginité est insuffisante pour sauver ceux qui la pratiquent[25] [25] « La vierge ne doit pas seulement être pure dans son corps,...
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 ; en ce cas, elle ne diffère pas de l’eunuchisme, car la suppression de la concupiscence par une mutilation physique ne donne pas l’esprit de virginité au chrétien, dont le devoir n’est pas d’ôter la concupiscence, mais de la vaincre.

51 Le Patriarche de Constantinople différencie bien la virginité : la vierge est « celle qui, ayant toute liberté de se marier, s’y est refusée[26] [26] Jean Chrysostome, Traité de la virginité, op. cit. , p. ...
suite
». Une personne chaste doit aussi avoir « l’esprit de virginité ». Avec cette remarque apparaît clairement une notion plus spirituelle de la chasteté. Chrysostome ne perd donc jamais de vue les trois aspects de la παρθενια : l’intégrité du corps, la chasteté de l’âme, la consécration au Christ. Remarquons qu’il ne parle que des femmes selon l’aspect de la chasteté consacrée. Est-ce que les hommes étaient écartés de ce chemin ?

52 Dès les premiers mots du Traité sur la virginité, Jean Chrysostome rappelle également que la παρθενια vient de la Croix du Christ « né d’une vierge[27] [27] Ibid. , p. 93. ...
suite
». Par sa mort sur la Croix et sa Résurrection, le Christ nous a rachetés de la mort éternelle et a rétabli l’union avec Dieu, dont la virginité est un signe. Comme le Christ sur la Croix triomphe du péché, la vierge triomphe de ses passions. Le traité s’achève sur la vision des vierges que le Christ reçoit en qualité de Justes, au seuil de la vie éternelle. Cet éloge de la virginité consacrée, Jean le reprendra tout au long de son œuvre, affirmant sa conviction que seule la virginité permet à des « êtres pétris de chair » d’accéder à la condition des anges et de jouir de l’« intimité » de Dieu.

53 La volonté de la vierge et son énergie morale sont requises pour une abstention volontaire de tout ce qui peut être pour elle cause éventuelle d’impureté ; une mauvaise intention, même si elle n’est pas suivie d’effet, est une souillure pour l’âme ; le seul désir impur est un péché aussi grave, si la vierge s’y complaît, que l’acte de chair lui-même.

54 Il faut que la παρθενια, souligne toujours Chrysostome, ait une valeur morale. La chasteté d’une vierge exige l’intégrité physique, la pureté du cœur, l’union à Dieu, c’est-à-dire en résumé toute la perfection évangélique. Le Patriarche de Constantinople attache trop de prix à cette vertu pour la réduire à l’abstinence sexuelle. La vraie παρθενια implique la sainteté et le zèle.

55 La chasteté d’une vierge comporte également une dimension eschatologique. C’est l’aspect le plus important de la παρθενια. Cet aspect rejoint fortement le fait d’être continent en vue du Royaume. Par ailleurs, dans ce contexte eschatologique, Jean Chrysostome, bon pédagogue, souligne les bienfaits de la chasteté. Celui qui garde la chasteté accepte de laisser s’épanouir en lui les biens dont le Verbe fait chair a fait don à l’humanité, la vie, la résurrection, les noces. Ceux qui vivent dans le mariage n’en sont pas exclus, mais, comme le dit Grégoire de Nysse, ils trouvent dans la παρθενια « les signes des biens que l’espérance tient en réserve » : l’immortalité, la résurrection et le bonheur éternel.

L’immortalité

56 Le premier de ces biens est l’immortalité ou, comme le disent à l’envi les Pères de l’Église d’Orient, l’incorruptibilité. Les poètes de la Grèce antique ne voyaient en l’homme que « le songe d’une ombre » et, comme les juifs des Psaumes, le comparaient à la fleur des champs, qui éclôt le matin, et le soir n’est plus. Ou plutôt, une vierge vit, dès ici-bas, de cette vie dont le Christ nous fait participants : « Celui qui vit et croit en moi, ne mourra jamais », dit Jésus dans l’évangile de saint Jean (Jn 11, 26). Comme pour les vierges sages, tenant en main leur huile en réserve dans l’attente de l’Époux, la vierge anticipe le monde à venir.

La résurrection

57 Cette vie immortelle n’est pas une fuite du corps et du monde, au sens où Platon concevait l’immortalité de l’âme : une vie libérée de la prison du corps. C’est le corps même qui est transfiguré et, avec lui, tout l’univers qui attend son accomplissement. La foi chrétienne se distingue ici de la pensée grecque. L’homme tout entier, corps et esprit, est appelé à la vie éternelle. La virginité n’implique ni évasion du monde présent ni mépris du corps, mais elle anticipe dès ce monde la vie qui nous attend dans l’au-delà. Le Christ fait participer l’univers à la joie de la Trinité « incorruptible », là où il n’y a « plus de corruptibilité » et où règne le Fils[28] [28] Grégoire de Nysse, De la virginité, PG, 46, iv, 6, 2. ...
suite
. La chair de la vierge entre dans la vie immortelle. Ce qui ne veut pas dire que, sur terre, celui qui est vierge avec le Christ n’ait pas à soutenir de rudes combats. Mais c’est pour secouer en lui les « passions », source de division et de mort. Il fait de ces « tuniques de peau » dont le Créateur, au dire de Grégoire de Nysse, a revêtu l’homme pour qu’il ne reste pas prisonnier de la mort, les instruments de la liberté et de l’Esprit. L’austère Jean Chrysostome précise : « La chair est un instrument. Personne ne rejette avec horreur ni ne déteste l’instrument, si ce n’est celui qui s’en sert mal (…) La chair, dit-il ailleurs, est soumise à l’Esprit, comme la cithare au cithariste, le bateau au pilote[29] [29] Jean Chrysostome, Traité de la virginité, op. cit. , p. ...
suite
. » Ce qui importe, pour lui comme pour les autres, ce n’est pas de fuir la chair, le corps en l’occurrence, comme dangereuse, mais d’entretenir en elle le sens du transitoire et d’y développer la liberté du cœur. Pourtant, l’exemple de Job contredit cette thèse. Sur ce point, Chrysostome n’est pas clair. Il semble confondre la fuite des occasions de pécher comme conséquence possible de la chasteté et la fuite de la chair.

58 La chasteté fait atteindre un autre état du corps, celui où l’unité, en chacun et en tous, est établie. C’est l’unité de la parfaite image, le terme où tend la création, « l’apocatastase », selon le terme qui désignait chez les Grecs le retour cyclique des choses, et qui, pour les chrétiens, désigne la fin de tout mal et de toute dégradation. Elle est l’achèvement de l’homme, son état de création véritable. Garder la virginité en l’honneur de la chair du Seigneur, c’est permettre à celle-ci de continuer dans l’humanité l’œuvre de divinisation commencée par son Incarnation au sein de la Vierge Marie.

Le bonheur éternel

59 Vivre toujours avec le Christ, dans un univers réconcilié, pour que s’accomplissent ses noces avec l’humanité, tel est le but ultime de la virginité consacrée. De ce sommet découle tout le reste ; vers lui tout converge. Comme en saint Jean, le Christ y apporte la vie, dont il vit avec le Père, pour tout réunir en lui et nous faire vivre de l’amour des Trois. La virginité fait accomplir en celui qui s’y engage tout le cheminement de la foi.

60 La personne consacrée vit ces noces dont parle l’Écriture, depuis les Prophètes, les Psaumes et le Cantique, en passant par l’Évangile, jusqu’à l’Apocalypse. « Ton époux, c’est ton Créateur » (Is 54, 6), « Viens, ma bien-aimée, ma belle » (Ct 1, 15), « Quand l’époux est là, les amis de l’époux ne jeûnent pas » (Mc 2, 20). Cette épouse est tantôt le peuple de Dieu, tantôt Marie, tantôt l’Église, tantôt chacun des chrétiens.

61 Ce qui produit l’émerveillement, chez les Pères des premiers siècles, c’est le sentiment que les chrétiens vivant dans la chasteté, surtout dans sa forme la plus radicale – la virginité –, s’accomplissent dans l’humanité. Chez tous, sous des expressions diverses, on retrouve la grande doctrine de la création : homme et femme créés à la ressemblance de Dieu. Ici, l’image se réalise déjà en sa perfection, la virginité étant pour eux le commencement de la parfaite ressemblance. La vision qu’ils ont de la virginité prend ainsi toute sa valeur et son éclat dans ce que l’on peut proprement appeler chez eux l’anthropologie chrétienne.

62 Enfin, on peut ajouter que le nombre important des vierges et des ascètes qui quittaient la ville pour s’installer dans le désert était un vif exemple de chasteté. Ils influençaient par là la vie ordinaire, qui devrait être une quête permanente de la perfection chrétienne.

63 Cette approche de la παρθενια d’une vierge renvoie à son aspect invisible, qui n’est pas encore évident pour aujourd’hui. Voici une attitude spirituelle qui est à l’origine d’un choix essentiel de vie : la virginité. Le Royaume de Dieu, promis par le Christ aux « pauvres de cœur », la vision béatifique promise aux hommes et aux femmes « aux cœurs purs » incitait à la pratique enthousiaste de la chasteté. La nostalgie du ciel, l’ardent désir d’être face à face avec le Seigneur, vivre éternellement en lui, sont, pour Jean Chrysostome, les principales raisons de pratiquer la chasteté.

64 Afin de compléter nos investigations, nous sommes tenus d’expliciter la notion de παρθενια dans un couple.

La chasteté – maîtrise des sens

65 Si on évoque l’intégrité du corps, on pense uniquement aux religieux ou religieuses. Pour Jean Chrysostome, on peut être chaste dans le mariage. Ses textes témoignent de l’évolution progressive vers l’aspect spirituel de la παρθενια. Même s’ils sont consacrés avant tout à la chasteté de la vierge, néanmoins, dans un deuxième temps, ils concernent la chasteté du couple, mais cette dernière est influencée par le mouvement ascétique concernant les vierges, à tel point que Jean veut voir dans le mariage « un monastère laïc ».

66 Jean est convaincu que c’est la vie évangélique, la fidélité à sa vocation, qui est l’élément essentiel de la véritable « παρθενια » : « On n’est pas vierge, parce que l’on vit en dehors du mariage, mais parce que l’on mène une vie irréprochable et adonnée à ses devoirs[30] [30] Jean Chrysostome, De epist. I ad Tim. cap V, Homélie xii,...
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. » Grâce à la παρθενια, le regard, la parole, le vêtement et la démarche obéissent à la discipline intérieure[31] [31] Voir A. Moulard, Saint Jean Chrysostome, le défenseur du...
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. Dans ce contexte, on comprend qu’il ne craint pas d’appliquer le titre de vierges aux époux qui suivent fidèlement les lois chrétiennes[32] [32] Voir « Gardez-vous une âme sans tache ? Vous êtes vierge,...
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. Donc, pas de παρθενια véritable sans l’observation des commandements et la maîtrise de soi.

67 La méfiance envers le corps et le plaisir sexuel est cependant toujours présente. Le mérite du mariage est surtout d’éviter la fornication. Ici, la chasteté trouve toute sa place et sa raison d’être. Jean Chrysostome déclare : « ceux qui contractent mariage, s’ils sont chastes, je n’ai pour eux que des éloges. Il en résulte un double avantage : d’abord, nous ne calomnions pas l’œuvre de Dieu, ensuite, loin de détruire la dignité de la virginité, nous rendons celle-ci beaucoup plus vénérable[33] [33] Ibid. , p. 123. ...
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».

68 La chasteté est protégée par le mariage. « Parce que je crois, poursuit Chrysostome, que la virginité est bien plus estimable que le mariage, et même si ce dernier est, pour ceux qui veulent en bien user, un havre de chasteté, il contient la bestialité de la nature[34] [34] Jean Chrysostome, La Virginité, op. cit. , p. 121. ...
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». C’est vrai que Chrysostome consacre plusieurs pages à exalter les mérites de la virginité, mais il voit aussi dans le mariage le symbole imparfait de l’union du Christ et de l’Église. Cet aspect de la virginité est si important que, dans une homélie tardive (403), il ira jusqu’à situer dans la vie de perfection que suppose la virginité, et non dans l’intégrité physique, la condition première de la virginité chrétienne. Pour Jean, les plaisirs dans le mariage ne sont pas sans limites et la chasteté est un frein aux excès charnels[35] [35] Tertullien va dans le même sens en disant que « tous les...
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. Il se range derrière saint Paul qui affirme : « La femme qui vit dans les plaisirs est déjà morte » (1 Tim 5, 6).

69 Il voit la chasteté conjugale de façon vertueuse :

70

Voici les deux motifs pour lesquels le mariage a été institué : pour que nous demeurions chastes et devenions pères. Toutefois, de ces deux motifs, le plus important est celui de la chasteté. En effet, à partir du moment où la concupiscence a fait son apparition dans le monde, le mariage, lui aussi, a fait son apparition dans le but de couper court aux désordres excessifs de celle-ci[36] [36] Jean Chrysostome, Homilia in illud Propter Fornicationis. ...
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.

71 Cette citation montre que le fait de devenir père ou mère distingue la chasteté de la continence.

72 Le mariage, souligne Chrysostome, est donc célébré non comme un moindre mal, mais comme un état louable ; son origine est entachée de corruption, mais le mariage lui-même n’est pas un péché ; il n’est pas saint lui-même, mais il permet de préserver la pureté par le respect de la fidélité conjugale ; dans la mesure même où il contribue à réprimer les mauvais désirs, il sauvegarde en nous le spirituel et peut tout aussi bien que la virginité nous ouvrir la voie du ciel. En particulier, la chasteté, par le dévouement et l’abnégation qu’elle suppose, confère au mariage une dignité presque inconnue du paganisme. Jean décrira avec délicatesse non seulement les douceurs de la vie au foyer, mais le rôle admirable de la femme chrétienne, l’aide spirituelle et l’enrichissement que peuvent s’apporter mutuellement les époux chrétiens.

73 Dans son Traité sur la virginité, Jean Chrysostome affirme :

74

Le mariage est beau, parce qu’il maintient l’homme dans la chasteté et l’empêche de rouler dans l’abîme de la fornication et d’y périr. Il ne faut donc pas en dire du mal : grande est son utilité, car il ne laisse pas les membres du Christ devenir les membres d’une prostituée, et ne permet pas que le temple saint soit profané et souillé[37] [37] Jean Chrysostome, La Virginité, op. cit. , p. 175. ...
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.

75 Pour Jean Chrysostome, la chasteté est un chemin spirituel indispensable afin de retrouver l’équilibre perdu après la chute d’Adam. Il place la chasteté dans le contexte eschatologique. C’est elle qui nous permet de dépasser la mort. Chrysostome est parti du fait que le rapport homme-femme, déréglé par la concupiscence, ne faisait pas partie de la condition normale de la création. Cette séparation rend la sexualité possible. Cette sexualité est ordonnée au mariage et à l’enfantement : elle permet à l’humanité de continuer sa tentative désespérée d’endiguer la marée de la mort, en assurant la continuité de l’espèce humaine.

76

Dieu, selon Chrysostome, n’avait pas voulu ce déséquilibre, lors de la création originelle du prototype de la nature humaine. On ne peut imaginer à quel point le corps physique d’Adam avait été différent du nôtre. Il avait été le miroir fidèle d’une âme qui, elle-même, reflétait la simplicité de Dieu, absolument indivisée et intacte[38] [38] Grégoire de Nysse, De hominis opificio, 12, 9, PG, vol. ...
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.

77 Revenir à une telle « pureté » était la destinée ultime du corps comme de l’âme. Car « ce qui fut fait dans l’image [de Dieu] était une chose, et ce qui est maintenant évident à voir dans toutes ses infortunes est tout à fait autre chose[39] [39] De hominis opificio, 16, 7, PG, vol. 44, col. 181A ; trad. ...
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». Dans un tel contexte, le mariage a été donné en vue de la procréation, mais beaucoup plus encore pour apaiser le feu du désir inhérent à notre nature.

78 Cette idée du mariage comme « remedium concupiscentiae » a son origine dans les lettres de saint Paul, spécialement dans celles aux Corinthiens. Paul l’atteste quand il dit : « Pour éviter la fornication, que chacun ait sa femme » (1 Cor 7, 2). « Il ne dit pas : pour faire des enfants », commente Chrysostome. Et quand il invite (mari et femme) à reprendre la vie commune, ce n’est pas pour qu’ils aient une nombreuse descendance, mais « pour que Satan ne vous tente pas[40] [40] Jean Chrysostome, La Virginité, op. cit. , p. 159. ...
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».

79 En commentant cette lettre de saint Paul, l’Évêque de Constantinople va assez loin lorsqu’il dit :

80

Au commencement, en effet, je le disais, le mariage avait ce double motif, mais plus tard, une fois peuplés la terre, la mer et le monde entier, il ne resta plus qu’une seule raison : la suppression de la débauche et du dévergondage. Car pour ceux qui maintenant encore se vautrent dans ces passions, recherchent la vie des pourceaux et la perdition dans les lupanars, l’utilité du mariage est considérable : il les délivre de cette impureté, de cette tyrannie et leur assure la protection de la chasteté et de la sainteté[41] [41] Ibid. ...
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.

81 Un homme ou une femme chaste, pour Jean Chrysostome, est perçu comme membre du Christ, temple de l’Esprit Saint selon l’image paulinienne bien connue de lui : « Ne savez-vous donc pas, a écrit Saint Paul, que vos membres sont les membres du Christ ? » (1 Cor 6).

82 Au préalable, il faut, néanmoins, ajouter qu’il y avait à Corinthe des laxistes qui se prévalaient de leur soi-disant supériorité pour pratiquer une plus large liberté sexuelle. Saint Paul répond en rappelant les bases de la pureté chrétienne : non seulement notre esprit, mais notre corps aussi appartient au Seigneur, il est pour lui. À l’encontre de la pensée grecque qui considérait le corps comme une simple enveloppe de l’esprit, appelée à disparaître, Paul, avec toute la Bible, voit le corps et l’esprit comme un tout inséparable. Dans ce texte paulinien, Jean Chrysostome voit un appel à la chasteté. Dans son homélie, il affirme :

83

Ferai-je donc des membres du Christ les membres d’une courtisane ?… C’est pourquoi nous conjurons et supplions les fidèles qui se sont rendus coupables de fautes de ce genre et qui sont encore asservis aux plaisirs de la chair, de revenir à eux, de ne pas se laisser abattre par les passions, de résister à leur entraînement, et, au lieu de s’imposer volontairement cette amère servitude, de la combattre avec courage.[42] [42] Jean Chrysostome, Homélie de la chasteté, PG, 56, 291. ...
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84 Et plus loin il insiste :

85

Dès aujourd’hui, notre corps est sanctifié. Nous sommes, aussi de corps, membres du Christ, intimement unis à lui. Notre corps est, lui aussi, temple de l’Esprit Saint. Ce corps est à estimer, à respecter, car il a été racheté très cher par le sang du Christ. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps (…) Dans l’eucharistie, notre corps aussi reçoit le Christ et devient ainsi, avec plus d’intensité, le temple de l’Esprit Saint[43] [43] Jean Chrysostome, Homélie de la chasteté, PG, 56, vi,...
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.

Conclusion

86 En résumé, même si la virginité reste pour Chrysostome le sommet de la sainteté, une grande estime est accordée au mariage – havre de la chasteté. Néanmoins, devant les perspectives ouvertes par la virginité, le mariage paraît faire triste figure. Il devient « remedium concupiscentiae », un abri où on se sent en sécurité. Il protége contre ces désirs mauvais, conséquences du péché d’Adam.

87 Notre analyse montre que Jean Chrysostome n’a pas de concept de chasteté tout fait. Ce dernier est présenté dans les homélies et les traités qui avaient un but pastoral. Un seul mot, parthenia, définit la chasteté et la virginité, qui est source de confusion. Néanmoins, on peut trouver deux grands axes, sur lesquels la chasteté s’appuie.

88 Premièrement, elle consiste à éviter les plaisirs mauvais, interdits, comme dans l’exemple de Job. Vue comme l’abstinence ou même la prohibition du plaisir illicite, elle est confondue avec la continence, avec la fuite devant les plaisirs charnels. Dans le cas des vierges, elle garde la pureté toujours menacée par la luxure, surtout après le péché d’Adam et Ève. Ici, Chrysostome se réfère aux textes pauliniens, rappelant que nous sommes « les membres du Christ » (1 Cor 6, 16), et que notre corps est « le temple de l’Esprit Saint » (1 Cor 6, 20). Comme nous le voyons, ce ne sont pas des références spécifiques à la chasteté. Un renvoi à la lettre aux Romains montrant un combat qui se passe entre « la loi » et « les membres » du corps (Rm 7, 23), n’en est pas une non plus. Il semble que cette coloration et cette accentuation de la chasteté soient dues au contexte historique.

89 Homme de son temps, Chrysostome voit la chasteté en danger, méprisée par le monde païen. Le célibat chez les Grecs était un objet de réprobation : la loi grecque frappait d’amende l’homme qui restait célibataire[44] [44] R. Flacelière, La Vie quotidienne en Grèce, p. 78. ...
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. Les exceptions étaient les prêtresses (dans les temples d’Athéna, d’Artémis) ou les prêtres (la fonction de hiérophante à Eleusis, par exemple). Le stoïcisme, même s’il révèle un effort réel de spiritualité, conquiert l’« απαθεια[45] [45] La « απαθεια » est pour le stoïcien la suppression...
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» par une « σοφροστεν » qui exige une discipline personnelle où la continence (ενκρατεια) est recherchée comme un des moyens d’assurer la domination de la raison sur les sens, plutôt que comme un idéal de perfection morale ; étape dans l’acheminement vers la vertu (αρετη), elle est un état temporaire qu’il faut dépasser, alors que la virginité consacrée, pour le chrétien, est définitive. Dans ce contexte, Chrysostome était obligé de présenter un concept chrétien de chasteté, qui comportait des exigences parfois extrêmes, et cela afin de le défendre.

90 Deuxièmement, la chasteté est présentée comme une maîtrise des sens nourrie par et dans la relation au Christ. Elle est illustrée par la vie de Joseph l’Égyptien et de Suzanne. Cette maîtrise de soi est commune aux vierges et aux époux. En utilisant le mot παρθενια, il se réfère à la spiritualité des vierges, qui sont consacrées au Seigneur. Les époux, quant à eux, doivent maîtriser leurs désirs pour atteindre la sainteté. La chasteté apparaît donc comme un frein aux excès charnels.

91 Cela ne nous étonne pas, si nous nous rappelons que Chrysostome est l’héritier d’une pensée élaborée dans l’Église primitive, demeurant uniquement sous l’influence du mouvement des vierges. On ignorait, semble-t-il, la notion positive de la chasteté conjugale, en associant trop souvent cette dernière au mal venant de la chair et de la concupiscence.

92 Il serait peut être utile de survoler brièvement cet héritage des siècles passés. Dès la fin du ier siècle apparaissent des ascètes et des vierges, qui se consacrent à Dieu en menant une vie chaste et exemplaire dans leur famille ou dans leurs demeures isolées, pour l’édification des communautés chrétiennes. Vers 100-150, la Doctrine des Apôtres (Didaché) signale en Syrie et en Palestine des ascètes voués à la diffusion de l’Évangile ; Ignace d’Antioche (vers 160) parle du groupe que forment les vierges[46] [46] Ignace d’Antioche, Lettre aux Smyrniens, PG, 5, ii, 708. ...
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, et Justin (vers 150) décrit la pureté des mœurs chrétiennes[47] [47] Justin, Apologiae, PG, 6, 1, 327. ...
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. Vers 180, Athénagore témoigne qu’il existe chez les chrétiens des hommes et des femmes qui s’abstiennent du mariage durant toute leur vie[48] [48] Athénagore, Legatio pro christiani, PG, 6, ii, 899. ...
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, et Le Pasteur d’Hermas (environ 150) fait mention de ces vierges. Clément, à la fin du ier siècle, fait allusion à ceux qui vivent dans la chasteté[49] [49] Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, PG, 1, i, 201. ...
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.

93 Ne manquons pas aussi de souligner ici l’attitude pédagogique du Patriarche de Constantinople qui insiste sur le but et les motivations de la chasteté, aspects qui semblent ignorés des contemporains. La chasteté est pour lui un moyen d’atteindre le ciel, ainsi que synonyme de la vie profondément évangélique selon sa vocation. Ce qui mérite d’être souligné, c’est que Chrysostome met en relief l’aspect spirituel de la chasteté, qui n’est pas liée uniquement au corps, source de soucis permanents.

94 En analysant les textes de Chrysostome relatifs à la chasteté, on constate que la plupart de ses conclusions sont tirées des textes pauliniens, surtout de 1 Cor 7. Or, ce ne sont pas des textes présentant explicitement la chasteté. D’un côté, il se contente de citer les fragments concernant les abus sexuels (débauches, péchés charnels) par lesquels il exhorte les chrétiens à l’ascèse, à prendre l’attitude du combat intérieur pour la chasteté. D’un autre côté, en évoquant l’image « du temple de l’Esprit », il invite à garder la pureté, l’innocence vis-à-vis du Seigneur. C’est une sorte de chasteté « angélique ». Les relations sexuelles paraissent être un obstacle à cette attitude, parce que la chair doit être soumise à l’esprit. Le plaisir sexuel recherché dans le mariage empêche cette soumission.

95 On ne peut pas nier que cette attitude généralement négative à l’égard de la sensualité, de la sexualité et du mariage vienne de la vision de l’homme blessé par le péché. L’homme, selon Chrysostome, dans sa vie terrestre, devrait donc imiter l’ange, qui vit devant la face du Seigneur. Il y a là un angélisme désincarné qui voudrait nier ou diminuer la dimension charnelle et sexuelle de l’homme, et qui est étranger à la notion de chasteté. Car la chasteté, au contraire, réalise le vœu profond de toute sexualité qui est de s’ouvrir à l’amour, à Dieu et à l’autre.

96 Finalement, on peut constater que Chrysostome ne s’appuie pas directement sur la Bible dans son concept de chasteté. Dans ses écrits traitant de la chasteté, il manque l’attitude de respect de l’autre, tellement signifiante dans la Bible. Par contre, nous y trouvons la notion de maîtrise de soi et de pureté.

97 Dans sa conception de la chasteté, Jean Chrysostome met l’accent sur deux éléments : la prohibition du plaisir illicite et la continence en vue du Royaume. Ainsi, le Père grec, par sa conception de la chasteté, exprime plutôt une certaine nostalgie du Paradis perdu, dans lequel il voit une image du Paradis définitif du ciel. Par la pratique de la chasteté, on construit peu à peu le Royaume de Dieu, mais le terme sera établi à la Parousie, au retour du Christ.

 

Notes

[ 1] The Anchor Bible Dictionary, New York-Londres-Toronto-Sydney-Auckland, éd. Doubleday, 1992.Retour

[ 2] En grec moderne, par contre, le mot chasteté se traduit par « η χαθαροτως » (Dictionnaire français-grec, Paris, éd. Belin, 1959, p. 130). Ce mot est différent de παρθενιας qui désigne une jeune fille ou une vierge. Ce dernier mot couvre un champ sémantique différent de celui de χορη (veuve), qui exprime la jeunesse et peut se dire d’une jeune femme. Les deux mots associés παρθενου χορας, « la jeune vierge », se disent des déesses Athéna, Artémis, rarement comme adjectif virginal (P. Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque – histoire des mots, Paris, Klincksieck, 1968, p. 1282).Retour

[ 3] Ibid.Retour

[ 4] Jean Chrysostome, Homélie sur la chasteté, PG, 56, 291.Retour

[ 5] Ibid.Retour

[ 6] Ibid.Retour

[ 7] Ibid.Retour

[ 8] Ibid.Retour

[ 9] Clément d’Alexandrie, Les Stromates IV, coll. « Sources Chrétiennes », no 463, Paris, Éd. du Cerf, 2001, p. 255.Retour

[ 10] Voir aussi Lv 20, 10 ou dans le NT Jn 8, 4.Retour

[ 11] Jean Chrysostome, L’homélie sur la chasteté, PG, 56, 293.Retour

[ 12] Ibid.Retour

[ 13] Jean Chrysostome, L’homélie sur la chasteté, PG, 56, VI, 293.Retour

[ 14] Jean Chrysostome, Explications aux psaumes, Psaume 3, PG, 55, V, 37.Retour

[ 15] Voir son Traité de la virginité.Retour

[ 16] Jean Chrysostome, Homélie sur la chasteté, PG, 56, VI, 294.Retour

[ 17] Par exemple : In Matthaeum, 4, PG, 57, p. 43-45.Retour

[ 18] La Virginité de Marie, 53e session de la Société française d’études mariales, Issoudun, Médiaspaul, 1997, p. 132.Retour

[ 19] Voir Epist. ad Hebr. XII, Hom. XXVIII, 7, PG 63, 202.Retour

[ 20] Voir entre autres : Grégoire de Nysse, Jérôme, Jean Chrysostome, Saint Ambroise.Retour

[ 21] Voir l’introduction à Jean Chrysostome, La Virginité, Paris, Éd. du Cerf, coll. « Sources Chrétiennes » 125, 1966, p. 9.Retour

[ 22] Pour Méthode pareillement, la virginité est à la fois intégrité du corps et pureté de l’âme (Banquet, xi, 1) et permet de se consacrer entièrement à Dieu (Banquetv, 4).Retour

[ 23] Voir Jean Chrysostome commente saint Paul, Paris, Desclée de Brouwer, 1988, p. 253.Retour

[ 24] Jean Chrysostome, La Virginité, op. cit., p. 367.Retour

[ 25] « La vierge ne doit pas seulement être pure dans son corps, mais dans son âme, pour être prête à recevoir le divin Époux » (v, 1). « La Virginité se définit par la sainteté de corps et d’esprit » (vi, 1).Retour

[ 26] Jean Chrysostome, Traité de la virginité, op. cit., p. 117.Retour

[ 27] Ibid., p. 93.Retour

[ 28] Grégoire de Nysse, De la virginité, PG, 46, iv, 6, 2.Retour

[ 29] Jean Chrysostome, Traité de la virginité, op. cit., p. 111.Retour

[ 30] Jean Chrysostome, De epist. I ad Tim. cap V, Homélie xii, 2, PG, 62, 566.Retour

[ 31] Voir A. Moulard, Saint Jean Chrysostome, le défenseur du mariage et l’apôtre de la virginité, Thèse de doctorat ès Lettres, Paris, Éd. J. Gabalda, 1923, p. 244-245.Retour

[ 32] Voir « Gardez-vous une âme sans tache ? Vous êtes vierge, bien que vous ayez un époux ; oui, vous l’êtes et de cette virginité que je proclame vraie et admirable » (Epist. ad Hebr. xii, Hom. XXVIII, 7, PG 63, 202).Retour

[ 33] Ibid., p. 123.Retour

[ 34] Jean Chrysostome, La Virginité, op. cit., p. 121.Retour

[ 35] Tertullien va dans le même sens en disant que « tous les avantages ne sont pas accordés au mariage : il nous procure la liberté de l’union charnelle seulement, mais non pas celle d’une vie de plaisirs, en général ; Tertullien, La Toilette des femmes, Paris, Éd. du Cerf, coll. « Sources chrétiennes » 173, 1971, p. 285.Retour

[ 36] Jean Chrysostome, Homilia in illud Propter Fornicationis. Ux. etc., PG, 51, III, 197.Retour

[ 37] Jean Chrysostome, La Virginité, op. cit., p. 175.Retour

[ 38] Grégoire de Nysse, De hominis opificio, 12, 9, PG, vol. 44, col. 161C, 6, ibid., col. 137 D.Retour

[ 39] De hominis opificio, 16, 7, PG, vol. 44, col. 181A ; trad. anglaise W. Moore et H. A. Wilson, p. 404.Retour

[ 40] Jean Chrysostome, La Virginité, op. cit., p. 159.Retour

[ 41] Ibid.Retour

[ 42] Jean Chrysostome, Homélie de la chasteté, PG, 56, 291.Retour

[ 43] Jean Chrysostome, Homélie de la chasteté, PG, 56, vi, 292.Retour

[ 44] R. Flacelière, La Vie quotidienne en Grèce, p. 78.Retour

[ 45] La « απαθεια » est pour le stoïcien la suppression de tout désir violent ; le terme désignera, dans le christianisme, l’état de perfection dans lequel l’homme, à l’exemple de nos premiers parents au Paradis, cesse d’être soumis aux influences des passions (voir Clément d’Alexandrie, Stromatesiv, 5 et vi, 9 et 13).Retour

[ 46] Ignace d’Antioche, Lettre aux Smyrniens, PG, 5, ii, 708.Retour

[ 47] Justin, Apologiae, PG, 6, 1, 327.Retour

[ 48] Athénagore, Legatio pro christiani, PG, 6, ii, 899.Retour

[ 49] Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, PG, 1, i, 201.Retour

Résumé

Dans le but clairement pastoral de remettre en valeur une théologie de la chasteté ressourcée chez saint Jean Chrysostome, l’auteur, après avoir dressé le portrait des héros bibliques de la chasteté selon le patriarche de Constantinople, s’attache lui-même, en lien avec la maîtrise de soi et la perspective eschatologique, à proposer une définition appropriée de la parthenia.



The author’s clearly pastoral aim is to reconsider the merits of a theology of chastity, drawing from the works of Saint Jean Chrysostome. After portraying the biblical heroes of chastity according to the patriarch of Constantinople, he goes on to propose his own definition of parthenia, evoking self-control and an eschatological perspective.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Andrzej Wachowicz « La notion de Parthenia chez Jean Chrysostome », Revue d'éthique et de théologie morale 2/2007 (n°244), p. 9-30.
URL :
www.cairn.info/revue-d-ethique-et-de-theologie-morale-2007-2-page-9.htm.
DOI : 10.3917/retm.244.0009.