Revue d'éthique et de théologie morale 2009/1
Revue d'éthique et de théologie morale
2009/1 (n°253)
144 pages
Editeur
DOI 10.3917/retm.253.0051
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Vous consultezLes sciences, la morale et le sacré

AuteurHubert Faes du même auteur

Doyen de la faculté de philosophie, Institut catholique de Paris

Sous ce titre, une séance académique a été organisée par la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris le 28 novembre 2007, autour de l’œuvre de Jean-Pierre Dupuy, à l’occasion de la parution de son dernier livre : Le Catastrophisme éclairé (Seuil, 2007). Les recherches de J.-P. Dupuy se situent pour l’essentiel dans le domaine des sciences humaines ; elles concernent les modes et les orientations de l’action humaine, l’organisation des sociétés, les fonctionnements psychiques et cognitifs dont celles-ci dépendent. Leurs implications éthiques et politiques sont fortes. Et surtout, elles sont abordées avec les exigences d’une rationalité scientifique stricte qui caractérisent davantage les sciences dites dures que les sciences humaines.

2 Le projet de la séance n’était pas simplement de poser à J.-P. Dupuy les questions qui viennent immédiatement à l’esprit à la lecture de son œuvre, mais de confronter celle-ci à des recherches analogues et contemporaines en faisant naître l’interrogation de ces confrontations. C’est ce qu’ont fait les trois intervenants dont nous publions ici les interventions.

3 J.-P. Desclés interroge J.-P. Dupuy à partir de ses recherches en sciences cognitives. Les positions de J.-P. Dupuy en matière de catastrophisme éclairé supposent l’existence de représentations cognitives. Cette existence est controversée dans les débats entre cognotivistes et connexionnistes. Dans ses propres recherches, J.-P. Desclés propose une nouvelle approche à partir de l’analyse de la fonction de compilation en informatique. Il invite J.-P. Dupuy à préciser ses positions sur la question des représentations cognitives dont l’enjeu est relatif au rapport matière/esprit.

4 Dans ses recherches, J.-P. Dupuy a mis à l’épreuve de la rationalité la célèbre théorie de René Girard concernant les fondements de la société humaine (la théorie du bouc émissaire) et le rôle du christianisme dans l’évolution des sociétés humaines. Gilles Le Cardinal reprend la discussion et l’élargit en demeurant sur le terrain de la modélisation des comportements sociaux humains. En remettant en question plus radicalement les présupposés de R. Girard que ne le fait J.-P. Dupuy, on pourrait envisager l’émergence d’une autre logique que celle du désir mimétique. Cette logique est celle qu’exprime le commandement d’aimer son prochain comme soi-même. Le christianisme ne serait donc pas simplement ce qui met la société moderne dans l’impasse en démasquant le mécanisme du bouc émissaire ; il propose une autre logique du fonctionnement social dont on peut éprouver rationnellement la possibilité.

5 R. Sharkey interroge pour sa part J.-P. Dupuy dans le domaine de la philosophie morale. L’œuvre de ce dernier illustre ce qui est peut-être le problème central de la philosophie morale à l’époque contemporaine, celui de la place de la rationalité (au sens strict, scientifique) dans la réflexion morale elle-même. À l’époque moderne, cette rationalité ne tend-elle pas à être décisive dans nos choix moraux ? L’utilitarisme, le conséquentialisme, le causalisme traduisent cette tendance qui semble de plus en plus forte à mesure que des connaissances scientifiques toujours plus vastes éclairent une action, dont la portée vers l’avenir est toujours plus grande. Tout en critiquant vigoureusement l’utilitarisme et le conséquentialisme et en se réclamant des interdits absolus de la morale judéo-chrétienne, J.-P. Dupuy défend un conséquentialisme modéré et un christianisme que, par suite, on peut dire épistémologique. Il rejette le principe de précaution qui repose sur notre ignorance supposée de l’avenir et promeut une éthique de la peur reposant sur la connaissance du mal qui va arriver et qu’on peut éviter. En resituant tout cela dans les recherches contemporaines en matière d’éthique, celles de la philosophie analytique notamment, R. Sharkey interroge J.-P. Dupuy sur les limites de cette version épistémologique de la morale judéo-chrétienne.

6 Ces interventions montrent à quel point les progrès de la rationalité scientifique dans la connaissance des comportements humains individuels et sociaux et la réflexion éthique s’interpénètrent, et les questions essentielles que fait naître cette interpénétration. Elles montrent bien que J.-P. Dupuy ne les a pas esquivées et que la recherche sur la manière de reconnaître et de formuler les principes moraux absolus de l’action humaine dans un contexte de rationalité moderne, voire hypermoderne, doit se poursuivre.

 

POUR CITER CET ARTICLE

Hubert Faes « Les sciences, la morale et le sacré », Revue d'éthique et de théologie morale 1/2009 (n°253), p. 51-52.
URL :
www.cairn.info/revue-d-ethique-et-de-theologie-morale-2009-1-page-51.htm.
DOI : 10.3917/retm.253.0051.