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Revue d'histoire de la protection sociale

2008/1 (N° 1)


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Pierre Boisard a terminé sa course terrestre le 17 mai 2008, à l’âge de quatre-vingts ans.

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Sa personnalité souriante et l’amabilité dont il ne se départissait jamais - parfois avec une pointe de malice – témoignaient de l’attention qu’il portait à chacun. Cette générosité naturelle se conciliait avec un courage dont il ne faisait jamais état, une vaste culture rayonnante et des convictions qui ont orienté ses engagements personnels et professionnels.

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Dernier enfant d’une famille de six enfants dont le père était maçon, Pierre Boisard dut d’abord lutter contre la maladie qui l’atteint en 1950. Il a su surmonter la tuberculose puis plusieurs rechutes, en 1961 et 1964, qui avaient fragilisé son corps mais fortifié son esprit. Il lui fallait de la ténacité. Il en avait.

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Dépourvu de fortune, il travaille dès 1947, après l’obtention du baccalauréat. Sa détermination et ses dons le mènent en 1953 à la licence ès-lettres ; il obtint trois certificats sur quatre avec mention, dont une mention TB, en Latin.

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Après deux mois seulement de préparation, il entre deuxième à l’Ecole des Chartes en 1954, pourvu, au terme de la même année, d’un diplôme d’Etudes supérieures, avec un mémoire sur l’idée de la gloire chez Saint Augustin. Sa scolarité s’enrichit de responsabilités qui annoncent celles qu’il devrait affronter plus tard. Il est élu président des élèves fin juin 1956, reçoit le prix du concours des grandes écoles et ne néglige pas les exigences festives : il organise le bal de l’école de l’hiver 1956. Il réussit des avancées importantes pour l’Ecole : il obtient le présalaire et l’intégration de l’Ecole à l’Union Générale des Etudiants (UGE) et à la Fédération des Etudiants de Paris. Il est également inspecteur des restos universitaires. Ainsi se dessine, dans ce foisonnement d’activités studieuses et sociales, la carrière professionnelle qu’il suivra ensuite.

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1957 est une date-clé, celle de son mariage qui orientera sa vie. C’était, a priori, une « rencontre improbable », avec Geneviève, fille aînée d’une vieille famille parisienne. Mais les deux époux avaient en commun une santé déficiente, des études identiques et une foi profonde qui devait baigner et inspirer leur vie.

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En 1958, Pierre Boisard sort de l’Ecole des Chartes, nanti d’une thèse et, dans l’attente d’un poste d’Etat, classe les archives de communes de la Région parisienne.

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De 1959 à 1967, il sera Conservateur aux archives de la Seine et de la Ville de Paris et devient Secrétaire général de la Société d’histoire de Paris et de l’Ile de France. Ainsi, son destin l’a conduit à être archiviste-paléographe dont le diplôme lui est décerné en 1958, mais il aurait pu aussi bien se consacrer à l’enseignement qui d’ailleurs l’attirait.

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Voilà les prémices, dans ce bref rappel, d’un épanouissement social et professionnel dont tous les germes étaient déjà rassemblés dans les années de jeunesse.

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Pierre Boisard donne alors toute leur force à ses convictions. En 1964, il participe à la création de la CFTC « maintenue », après la scission. Il est à l’origine de la naissance du syndicat CFTC de l’Education Nationale et de la Culture, dont il devient Président (le SCENRAC).

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Ses activités syndicales le placent désormais sur le terrain social. L’année 1967 est celle des ordonnances Jeanneney. Pierre Boisard devient un « hussard de la Sécurité sociale ». Il est administrateur de la Caisse Nationale des Allocations Familiales (CNAF) et est porté à la Présidence qu’il conservera jusqu’en 1992. Nul poste n’aurait pu mieux lui convenir : l’importance qu’il attache à son épouse, à sa famille de trois enfants qui se complétera plus tard de onze petits enfants, « autant de cadeaux du ciel », le prédestinait à veiller au sort de toutes les familles. Il le fit avec persévérance et une loyauté reconnue de tous les administrateurs de sensibilité différente.

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De 1970 à 1992, il est également membre du bureau de l’Association Internationale de Sécurité sociale (AISS). Parallèlement, de 1971 à 1981, il est vice-président de la CFTC.

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En 1967, il a été nommé conservateur des archives nationales et le restera jusqu’en 1981.

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Il bifurque alors pour devenir de 1981 à 1994, administrateur civil au Ministère de la Santé et de la Sécurité sociale et prend alors sa retraite.

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Après sa présidence de la CNAF, il sera à la tête du Secours catholique de 1992 à 1995.

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Il n’y a pas de temps mort dans une carrière où se mêlent le parcours professionnel, l’engagement syndical et religieux. De nombreuses activités et publications en portent témoignage.

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La Sécurité sociale est son centre d’intérêt depuis 1967. Sa passion de l’histoire lui permet de cumuler la présidence de la CNAF et celle de l’Association pour l’étude de l’histoire de la Sécurité sociale (AEHSS) qui est à la fois l’organe gestionnaire et le support financier du Comité d’histoire de la Sécurité sociale. Sa présidence terminée, il devient un membre très actif du Comité dont il suit assidûment les travaux. Il apporte un soin particulier à la conservation des archives par les caisses, ce qui était déjà la préoccupation du président Laroque. Après la longue vacance du poste de président du Conseil scientifique du Comité, à la suite du décès du recteur Imbert, il accepte, en novembre 2003, de prendre le relais. Malgré la fatigue, il dispense une activité remarquable et fait preuve d’écoute, de discernement dans un Conseil qui réunit universitaires, institutionnels et fonctionnaires. Il a des qualités de rassembleur qu’il utilise avec bonheur et tact pour faire avancer la réflexion, retenir les meilleures contributions appelées à être publiées ou honorées d’un prix du Comité. Il tient la barre jusqu’à la limite de ses forces et se résout à renoncer à la présidence du Conseil scientifique, tout en en restant membre, au profit de Mme le professeur Omnès.

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Tourné, par conviction, vers le service des autres, clairvoyant et avisé, grâce à sa vaste culture et son expérience multiple, bienveillant mais ferme dans ses convictions, Pierre Boisard a su entrelacer l’intelligence et le cœur.

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La Nation a reconnu ses éminents mérites en lui attribuant d’emblée la Croix d’officier de la Légion d’honneur en 1991, ce qui est une preuve de distinction particulière, et la cravate de Commandeur de l’Ordre national du Mérite, remise par le Président de la République, Jacques Chirac, en 1995, à l’Elysée.

Pour citer cet article

Lagrave Michel, « Hommage a Pierre Boisard (1928-2008) », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2008 (N° 1), p. 14-16.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2008-1-page-14.htm


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