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Revue d'histoire de la protection sociale

2008/1 (N° 1)


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L’affirmation du pouvoir médical dans le secteur de la médecine mentale a connu, sous l’influence des aliénistes français, une inflexion marquante au début du XIXe siècle [1][1] Castel Robert, L’ordre psychiatrique. L’âge d’or de.... Cette époque est, en effet, celle de l’émergence de l’institution asilaire « moderne » vue comme un espace clos, détaché de son environnement extérieur, protégeant la société d’individus potentiellement dangereux et dans lequel les insensés bénéficient de soins et de traitements adaptés. L’asile et ses nombreuses représentations dans l’imaginaire collectif avec son cortège d’hystériques échevelées et de fous enchaînés, marque l’histoire de la psychiatrie française qui n’a développé que très tardivement par rapport à d’autres pays européens, des formes ouvertes d’encadrement de la folie.

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L’utopie de l’asile comme moyen de guérison qui s’exprime en filigrane dans la loi du 3 juin 1838 sur les aliénés, premier texte législatif organisant d’une manière globale les institutions asilaires et définissant le statut social de l’aliéné, semble avoir trouvé son illustration la plus aboutie dans la refondation, à partir du 6 janvier 1846, de la Maison de Charenton, monument architectural exemplaire et témoignage achevé d’un système ayant perduré pendant près d’une centaine d’années, jusqu’à l’apparition des formes actuelles de traitement de la maladie mentale [2][2] Pinon Pierre, L’Hospice de Charenton, Liège, Mardaga,....

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L’institution, située dans la commune de Saint-Maurice, près du bois de Vincennes aux portes de Paris est étroitement liée dans les représentations collectives à la folie elle même, comme en témoigne sa présence dans le langage courant sous un vocable péjoratif synonyme d’aliénation, exprimé familièrement dans la locution « il est bon pour Charenton » [3][3] Gaussens Jean-Marie, Histoire institutionnelle de la.... La célébrité précoce de l’établissement fut d’ailleurs à l’origine sur les lieux de son implantation de la création de nombreuses communes avoisinantes, afin d’éviter la mention du nom de Charenton sur les actes de décès, qui laissait à penser que le défunt était mort dans l’asile, cause évidente de gêne dans les familles.

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Tour à tour institution religieuse au XVIIe siècle, enclave préservant le bon ordre moral sous l’Ancien Régime, asile expérimental entre 1814 et 1838 ou hôpital psychiatrique départemental dans le cadre de la sectorisation [4][4] La sectorisation est instaurée par la loi du 31 décembre..., l’histoire de cet établissement s’insère dans celle, plus générale, des mutations de la société française sur quatre siècles. Les situations contrastées du passé se retrouvent symboliquement dans les dénominations successives de l’institution : hôpital de la charité de Charenton, hospice de Charenton Saint-Maurice, Maison Royale de Charenton, Maison Impériale de Charenton, Maison Nationale de Santé de Charenton ou hôpital Esquirol.

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De taille réduite, accueillant peu de pensionnaires au regard de l’importance des hospices et autres asiles de Paris et de ses environs, comme la Salpêtrière, Sainte-Anne, Bicêtre ou encore la Pitié, la Maison de Charenton, très tôt spécialisée dans l’assistance et les soins apportés aux insensés fait figure de modèle original dans l’expérience psychiatrique française. Nombre de ses pensionnaires furent des personnes célèbres tels Thomas Martin, henry de Mazères de Latud, Donatien de Sade, ou encore Eugène Hugo [5][5] Thomas Martin, dit Martin de Gallardon (1783-1834),.... Bien des fois citée dans les ouvrages médicaux, les travaux des commissions parlementaires ou encore les ouvrages plus généraux voire philosophiques sur le sujet, elle fut visitée par de nombreux ambassadeurs de pays étrangers et des personnalités comme Adolphe Thiers, l’impératrice Eugénie ou Raymond Poincaré.

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La reconstruction en 1846 de cet établissement qui a pérennisé une forme d’institution psychiatrique restructurée autour de la mission essentielle de soin à l’aliéné comme individu malade, fut l’aboutissement d’un long processus marqué par la présence de Jean-Etienne Dominique Esquirol. Esquirol en sa qualité de clinicien succède à Antoine Athanase Royer-Collard en 1825 comme médecin en chef de l’établissement. Membre de l’Académie Royale de Médecine et de la Légion d’honneur, ses convictions médicales et ses ambitions politiques ont laissé une empreinte durable dans la vie de l’institution qu’il dirige pendant quinze ans. Sa statue est érigée dès 1863 dans l’enceinte de l’établissement [6][6] Henri Legrand du Saulle (1830 1886), Psychiatre et... et la Maison de Charenton est renommée hôpital Esquirol en son honneur en 1973. Sous sa direction, l’institution semble être devenue, en l’espace d’une dizaine d’années, une référence majeure dans le système asilaire français et dans les pays étrangers.

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La présente étude, n’a pas pour objet une présentation exhaustive de l’histoire institutionnelle de l’établissement mais bien, exercice périlleux s’il en est, la compréhension de « l’entrée en jeu de la forme médico-hospitalière destinée à dominer pour plus d’un siècle le destin concret de la folie » [7][7] Gauchet Marcel, Swain Gladys, La pratique de l’esprit.... Au-delà des variations sémantiques qui, de la figure de « l’insensé » à celle du « malade mental », de « l’asile » à « l’hôpital psychiatrique », reflètent l’évolution des mentalités [8][8] Fauvel Aude, Témoins aliénés et « Bastilles modernes »,..., la Maison de Charenton fut un espace de conflit idéologique et de lutte de pouvoirs, un lieu d’affrontement entre légitimités concurrentes dans l’espace social. Microcosme complexe en interaction avec son environnement, son histoire est aussi celle d’un discours qui révèle en creux la constitution d’un mythe.

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La Maison de Charenton loin d’être le symbole de la psychiatrie moderne et humaniste, à savoir un idéal d’institution asilaire réunissant impératifs médicaux et organisationnels, fut en fait le théâtre d’un discours progressivement hégémonique de légitimation des aliénistes, d’exclusion des autres acteurs de la folie et d’une imposition de l’asile comme forme ultime de traitement des insensés [9][9] Mesmin D’Estienne Jeanne, La Maison de Charenton sous.... hospice religieux sous l’Ancien Régime, l’institution à la suite de la Révolution Française se constitue comme un établissement spécialisé dans l’accueil des aliénés. La première moitié du XIXe siècle marquée par l’émergence du pouvoir aliéniste et la constitution d’un discours mythique sur l’asile aboutit à un modèle d’institution asilaire particulier qui se diffuse progressivement en France. Ce modèle, fortement ébranlé par les deux guerres mondiales, eut à s’adapter aux nouveaux impératifs de la psychiatrie moderne et à la société contemporaine.

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Les sources de cette étude sont essentiellement constituées par les archives de l’établissement, détenues aux Archives départementales du Val de Marne aux cotes AJ 2, 4X et MI, aux Archives nationales à la côte F 17, et aux archives de l’AP-HP. Par ailleurs ont été utilisé les nombreux rapports, témoignages et écrits contemporains aux périodes étudiées [10][10] Ibid., Cf, « Sources et Bibliographie ». et les ouvrages de Jean-Etienne-Dominique Esquirol.

La Maison de Charenton jusqu’à la révolution française : de l’hospice religieux à l’institution asilaire

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Contrairement à ce qu’affirment la plupart des auteurs dans la lignée de Michel Foucault [11][11] Foucault Michel, La naissance de la folie à l’âge classique,..., les origines de la Maison de Charenton ne sont pas en lien réel avec la politique d’assainissement policier visant à interner les personnes jugées dangereuses pour la société, qui est mise en place officiellement par un décret de Louis XIV du 27 avril 1656, créant à Paris l’hôpital Général [12][12] Simple décret de réorganisation administrative au premier.... C’est en effet, quinze ans avant ledit décret, le 13 septembre 1641, que Sébastien Leblanc [13][13] Sébastien Leblanc, Conseiller de Louis XIII et contrôleur... fait donation aux Frères de la Charité de l’Ordre de Saint-Jean-de-Dieu de maisons et de terres de cultures qui leur permet d’héberger dans un hospice de sept lits, connu sous le nom de La Charité Notre-Dame de la Paix, les malades les plus pauvres dans la continuité des pratiques des communautés monastiques moyenâgeuses, apportant leur assistance aux déshérités. Ce n’est qu’en 1660 que la Maison de Charenton accueille progressivement les insensés qui lui sont transférés de l’hôtel-Dieu à la suite d’un arrêt du Parlement de Paris qui reste par ailleurs la première trace législative affirmant la nécessité du traitement spécialisé des aliénés [14][14] Arrêt du Parlement de Paris en date du 6 septembre.... La Maison de Charenton devient, au même titre que les Petites Maisons de la rue de Sèvres, un lieu d’accueil pour les insensés dont les hôpitaux parisiens encombrés ne peuvent assumer la charge.

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La communauté est composée de dix moines. Un Prieur dirige la Communauté. Un père est le responsable en titre de la Maison des Fous. Un régisseur des cuisines, un économe, un médecin et un pharmacien les aident dans l’administration de la maison. Les autres religieux se répartissent la direction des soins infirmiers. Les tâches du service hôtelier sont assurées par une cinquantaine de servantes et serviteurs. Lors des réunions du chapitre, sont évoqués le traitement des malades, l’organisation et la vie interne de l’établissement ou encore la répartition des dépenses, toute décision étant prise à la majorité au sein de la communauté [15][15] AD Val de Marne, AJ 2.. L’augmentation des pensionnaires amène la communauté à édifier à la fin du XVIIe siècle un bâtiment isolé des locaux d’origine et destiné aux hommes atteints de troubles mentaux répartis en fonction de la gravité de leurs états. L’activité de l’établissement croît tout au long du XVIIIe siècle à la faveur de l’enrichissement de la communauté monacale qui achète de nombreuses terres avoisinantes, et acquiert en 1748 la seigneurie de Charenton-Saint-Maurice et des fiefs de la Rivière et de la Chaussée pour clore des conflits de voisinage particulièrement violents.

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La Maison de Charenton, comprise par Jacques René Ternon dans ce qu’il nomme les « hôpitaux de malades » [16][16] Ternon Jacques René, Mémoire sur les hôpitaux de Paris,... qui sont au nombre de vingt-deux dans la région parisienne, est rapidement considérée comme un exemple de réussite dans le soin des aliénés. Cette bonne réputation s’explique en partie par la petite taille de l’établissement, à même de recevoir une centaine de personnes, et le prix élevé des pensions qui permettent d’offrir divers agréments aux personnes internées, issues majoritairement de la moyenne bourgeoisie et de la petite aristocratie. Si les conditions de vie au sein de l’établissement semblent s’être situées à l’opposé de celles des hôpitaux parisiens [17][17] Mercier Sébastien, Tableau de Paris, Tome XII, Paris,..., les traitements thérapeutiques se rapprochent en revanche des pratiques courantes de l’époque : actions pieuses, saignées, lavements, médications empiriques [18][18] Lehalle Albert, Contribution à l’histoire de la médecine.... L’apparition du premier médecin et du premier chirurgien dans l’établissement est tardive, respectivement en 1668 et 1724. L’hospice de Charenton est cependant un centre d’enseignement réputé pour les autres communautés monastiques de la Charité de l’Ordre de Saint-Jean-de-Dieu et les religieux étudient eux-mêmes, le plus généralement au cours de leurs noviciats, la médecine, la chirurgie ou encore la pharmacie dans la continuité d’une longue tradition médicale dont Hervé Guillemain a montré avec brio les évolutions [19][19] Guillemain Hervé, Diriger les consciences. Guérir les....

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A la fin du XVIIe siècle, à la suite de constructions successives comprenant notamment la surélévation de la salle de l’hôpital Notre-Dame et du couvent et l’édification d’un grand bâtiment central, l’institution est à même de recevoir désormais près de cent vingt personnes. En dépit de ces programmes architecturaux, l’obligation de séparer les différentes catégories de pensionnaires, répartis en régime fermé, en semi-liberté et liberté, contraint les Frères de la Charité à faire appel en 1784 à l’architecte Jacques-Denis Antoine, célèbre pour la construction de l’hôtel des Monnaies à Paris en 1765 et pour la construction de la Maison Royale de la Santé en 1783, futur hospice de la Rochefoucauld.

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Le médecin en chef de l’asile, Jean Colombier, contribue à faire connaître l’institution en rédigeant conjointement avec François Doublet en 1785 une Instruction sur la manière de garder et de diriger les insensés ainsi que les meilleures méthodes pour les traiter qui témoigne d’une authentique prise de conscience du sort des aliénés [20][20] Colombier Jean, Doublet François, Instruction sur la.... En dépit des qualités certaines des conditions de vie des malades, l’établissement asilaire est cependant marqué par les pratiques discrétionnaires d’Ancien Régime. Aucune garantie juridique n’est alors nécessaire pour justifier l’internement et les admissions dans l’intérêt des familles ne sont pas rares. Les informations relatives aux internements par lettre de cachets ne nous permettent cependant pas de souscrire à la thèse selon laquelle, loin d’être un hospice, la Maison de Charenton était en fait à cette époque une « prison dorée » [21][21] Giraud Dominique, La maison de Charenton de Louis XIV..., un seul capitulaire faisant état d’un internement par ordre du roi. Ce n’est d’ailleurs pas sur ce motif que l’établissement est fermé à la Révolution [22][22] Les lettres de cachets sont abolies par le décret du... mais à la suite de la loi du 18 avril 1792 ordonnant la suppression des ordres religieux.

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L’arrêté du Comité des secours publics en date du 30 juillet 1795 ordonne l’évacuation définitive de l’institution. Les pensionnaires sont dispersés et les biens de la Maison de Charenton sont réunis aux Domaines Nationaux. L’établissement est transformé en prison d’état, annexe du Fort de Vincennes. La fondation sécularisée peut cependant maintenir une activité hospitalière sous la tutelle de la commune de Charenton. Un hôpital de quatorze lits, placé sous la direction du chirurgien Deguise, est réservé aux habitants du canton.

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L’expropriation des biens du clergé, justifiée par les besoins financiers du pouvoir révolutionnaire, semble s’être faite au détriment d’une véritable réflexion sur la condition des internés et dans la négation des compétences médicales des religieux. Les révolutionnaires ne font pas grand cas du sort des aliénés. La Notice historique et Statistique de la Maison de Charenton souligne ainsi que « presque tous les insensés renfermés à Charenton furent considérés comme des victimes du despotisme, et rendus comme tels à la société » [23][23] Colins Hippolyte de, Notice historique et statistique.... Si quelques pensionnaires furent recueillis par des religieux des Frères de la Charité qui s’étaient réfugiés à Villejuif, la plupart d’entre eux, bientôt ramassés par la police de Paris, furent internés dans des hospices ou laissés en état de mendicité et de vagabondage. Les vices trop évidents de l’hôtel-Dieu et son incapacité à gérer une arrivée en grand nombre d’aliénés entraînent la réouverture de la Maison Nationale de Charenton par l’arrêté du 15 juin 1797.

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Présenté comme « une preuve de la sollicitude du gouvernement pour le malheur » [24][24] AD Val de Marne, AJ 2., le texte est en fait un constat d’échec du gouvernement révolutionnaire, admettant l’absence sur le territoire français, de structures adaptées de traitement des aliénés depuis la fermeture des hospices religieux. L’arrêté qui se limite en apparence à régler un partage entre Charenton et la Salpêtrière crée à cette époque « les conditions pour qu’advienne cette conjonction d’une certaine structure hospitalière et d’un type défini d’exercice médical qui prendra le nom d’asile » [25][25] Gauchet Marcel, Swain Gladys, La pratique de l’esprit.... Les caractéristiques de cette période préfigurent les suivantes. Dès son origine la Maison de Charenton doit composer avec son voisinage immédiat, les changements institutionnels et idéologiques du pouvoir en place, et les difficultés matérielles inhérentes à l’accueil des pensionnaires dans un espace clos, qui doit s’adapter aux mouvements de la population internée.

La réouverture de la Maison de Charenton et le conflit de l’Abbé de Coulmiers avec Antoine Athanase Royer-Collard

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La Maison de Charenton rendue à sa destination première en 1797 est mise sous la tutelle immédiate du Ministre de l’intérieur Jean-Antoine Chaptal. Elle bénéficie d’un nouveau statut, administratif et laïc au titre des établissements spéciaux [26][26] Imbert Jean, Le droit hospitalier de la révolution.... Les insensés des deux sexes en provenance de toute la France sont accueillis dans l’établissement, après avoir été examinés par les officiers de santé [27][27] Le Directoire révolutionnaire instaure une Ecole de... de l’administration des hospices de Paris qui est contrainte à procéder au remboursement du prix des journées des personnes transférées à Charenton conformément à la loi du 24 août 1790 sur le vagabondage. Les aliénés réputés incurables après trois mois de traitement sont, de nouveau, internés dans les Maisons de Bicêtre et de la Salpêtrière.

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La direction de l’établissement est confiée sous le titre de Régisseur général à l’Abbé de Coulmiers [28][28] On trouve parfois écrit Simonet Decoulmiers ou Des..., ancien supérieur des Prémontrés, et député du Clergé aux Etats Généraux. Le poste de médecin en chef, proposé à Philippe Pinel qui décline la charge, est attribué à Jean-Baptiste Gastaldy, épicurien convaincu [29][29] Laurent Grimod de la Reyniere, dédiera à Gastaldy la... médecin de l’hôpital Sainte-Marthe et de l’Œuvre des Pénitents noirs de la Miséricorde, ayant remporté un prix à la suite de son rapport d’activité portant sur la maison des insensés de la Providence à Avignon.

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Le renversement des rôles et la prise de pouvoir du Régisseur Général seraient liés au dilettantisme du médecin en chef par opposition à l’habilité et à l’esprit de l’Abbé de Coulmiers, mais la nature exacte des relations entre les deux hommes reste méconnue. En l’absence de règlement intérieur, la Maison de Charenton semble avoir été sous le contrôle absolu du Régisseur Général. L’Abbé de Coulmiers qui néglige d’établir un règlement administratif à même de clarifier les rapports au sein de l’établissement, se charge lui-même de l’administration des malades et se fait maître d’œuvre des constructions de l’asile en y investissant sa fortune personnelle. Les capacités d’accueil de l’établissement sont en effet saturées en fin de période à la suite de l’extension de la population internée, avoisinant désormais 450 pensionnaires.

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La Maison de Charenton devient un lieu d’expérimentations diverses. Sous l’impulsion de l’Abbé et celle de Jean-Baptiste Gastaldy, l’établissement organise des spectacles et monte des pièces de théâtre auxquelles assistent et participent les aliénés. Ces représentations organisées à des fins thérapeutiques et dont l’ordonnateur est le Marquis de Sade, interné de nouveau dans l’établissement en 1804 [30][30] Le Marquis de Sade à découvert le théâtre lors de ses.... Les spectacles sont suivis par un public parisien attiré par la mise en scène des fous.

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Michel Ibert affirme des accointances probables entre Gastaldy, et le Divin Marquis en s’appuyant sur leurs origines avignonnaises communes et leur proximité à tous deux avec Louis V Joseph de Bourbon, Prince de Condé, lors de leur séjour à Paris dans les années 1760 [31][31] Ibert Michel, « Des insensés d’Avignon au Marquis de.... En 1806, à la mort de Jean-Baptiste Gastaldy, la question de sa succession est posée malgré les réticences de l’Abbé de Coulmiers. Soutenu par la faculté de médecine, Antoine Athanase Royer-Collard, alors âgé de 38 ans, considéré comme un médecin éminent, fondateur de l’ouvrage périodique La Bibliothèque Médicale et auteur de plusieurs articles et traités [32][32] Royer-Collard, Antoine Athanase, Essai sur l’aménorrhée..., devient médecin en chef de la Maison de Charenton au détriment d’Esquirol. Il semble probable qu’Antoine Athanase Collard ait bénéficié de l’appui de son frère, le futur député Pierre Paul Royer-Collard, dans cette nomination hautement politique. La différence d’expérience entre les deux hommes a pu aussi jouer en faveur de ce dernier. Esquirol a en effet été exempté des examens de fin d’étude et vient à peine un an plus tôt de soutenir sa thèse [33][33] Esquirol Jean-Etienne-Dominique, Les passions considérées.... Déjà célèbre comme il le souligne lui-même pour son activité à la Maison de Santé rue Buffon, à Paris, Esquirol ne bénéficie encore ni de l’aura ni du prestige de Royer-Collard.

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L’arrivée d’Antoine Athanase Royer-Collard à la Maison de Charenton ouvre une longue période de conflit entre ce dernier et l’Abbé de Coulmiers. Jusqu’en 1814, les deux hommes vont s’affronter dans leurs domaines respectifs. Le directeur administratif contredit les décisions médicales de placement et de traitement du médecin en chef et restreint son droit de visite à deux fois par semaine, refusant de lui communiquer jusqu’au nom des malades [34][34] Haustgen Thierry, Les débuts difficiles du Dr Royer-Collard.... Royer-Collard s’oppose quant à lui à la présence du Marquis de Sade à Charenton considérant que ce dernier n’est point un aliéné, « que son délire est celui du vice » et que ce n’est point dans « une maison consacrée au traitement médical de l’aliénation que cette espèce de délire peut être réprimée » [35][35] AD Val de Marne, 4X.. Ce sont cependant les représentations théâtrales qui constitueront le point de cristallisation majeur du conflit entre Royer-Collard et l’Abbé de Coulmiers. Les spectacles mis en scène par le marquis de Sade seront l’objet de vastes controverses. Royer-Collard et ses collaborateurs comme Hippolyte de Colin [36][36] Colins Hippolyte de, Notice sur l’établissement consacré..., prennent conscience dans ces circonstances de leur unité et se constituent progressivement comme un corps médical spécialisé. Leurs critiques réitérées aboutissent à l’interdiction en juillet 1811 du trop fameux « Théâtre de Charenton ».

Le règlement de 1814 et le passage à la modernité

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L’Abbé de Coulmiers est finalement désavoué pour des raisons essentiellement politiques en 1814, à la suite de l’abdication de l’empereur Napoléon 1er, son passé révolutionnaire étant mal perçu par le gouvernement de la Seconde Restauration. Il est tout d’abord remplacé par Goupillau de Fontenoy mais cette nomination est sans suite et c’est Martin de Roulhac du Maupas qui lui succède, après avoir exercé la fonction de directeur, au cours des Cents jours du 30 avril 1814 au 7 avril 1815. S’ouvre alors une période plus calme dans l’histoire de l’établissement, en partie liée à la bonne entente entre Antoine Athanase Royer-Collard et Martin de Roulhac du Maupas. L’entreprise fondamentale des deux hommes est la dotation d’un règlement pour l’établissement en 1814 qui met fin à la zone grise juridique et réglementaire des époques antérieures dans la gestion des établissements hospitaliers.

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En dépit de la reconnaissance en 1810 de l’irresponsabilité du dément à l’article 64 du Code Pénal, les asiles ne bénéficient pas au début du XIXe siècle, d’un statut réglementaire spécifique permettant de protéger d’une manière efficiente des personnes que leurs atteintes mentales rendent d’autant plus fragiles. L’Etat se contente bien souvent de faire paraître de simples circulaires administratives, comme l’instruction ministérielle publiée en 1818, demandant aux préfets de « favoriser l’amélioration de la situation des insensés dans les hospices, les dépôts de mendicité, les prisons et de faire en sorte de les regrouper dans un même lieu ». Le pouvoir de coercition et de sanction de la puissance étatique est quasi inexistant au sein des asiles gérés le plus souvent d’une manière discrétionnaire [37][37] Imbert Jean, Histoire des hôpitaux de France, Toulouse,.... Dans ce contexte, le règlement de la Maison de Charenton, véritable monument administratif organisé en quinze titres et comprenant 197 articles, signé par le ministre, le Duc de Montesquiou-Fezansac le 25 octobre 1814, est l’un des tous premiers règlements d’institution asilaire en France. Il servit de modèle à de nombreux autres établissements et comporte par certains aspects les prémices de la loi du 30 juin 1838 sur les aliénés. Posant les principes qui réguleront par la suite l’établissement, il ne fut quasiment pas modifié tout au long de la période [38][38] Strauss Charles, La maison Nationale de Charenton,....

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Le service médical est rapidement repris en main par le médecin en chef qui remet en vigueur les visites médicales, approfondies et réorganisées autour des méthodes d’observations cliniques et des examens anatomiques. De nombreux internes, intéressés par la nouvelle dynamique de l’institution entrent à cette époque à Charenton. En 1817 la Maison accueille Antoine Laurent Bayle [39][39] Laurent Bayle Antoine (1799-1859), Neveu de Gaspard..., jeune et brillant aliéniste qui remettra en cause la thèse d’une folie unique soumise aux passions et le traitement moral avec l’introduction de la notion de lésion cérébrale.

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En 1816, la Maison de Charenton est dans un tel état de délabrement que la Commission de Surveillance établit un rapport afin d’entreprendre la reconstruction complète de l’établissement. Au gré des aléas politiques, les premières recherches architecturales prenant en compte les caractères spécifiques de l’institution asilaire sont menées. Trois projets sont proposés par l’architecte Pierre Leroux respectivement en 1818, 1821 et 1823. Les deux premiers projets, proposant l’extension vers l’ouest des bâtiments sont refusés par le Conseil des bâtiments civils en raison de l’exiguïté du terrain. La troisième proposition est en revanche agréée. Le bâtiment, de forme carrée, implanté à mi-pente afin de favoriser une ventilation naturelle, est nommé « Le Château des Dames » [40][40] Pinon Pierre, L’Hospice de Charenton … op. cit.. Antoine Athanase Royer-Collard, n’en vit que le chantier. Il décède le 10 décembre 1825 à l’âge de 57 ans, après avoir créé la première chaire de médecine mentale de la Faculté de Médecine de Paris, par la suite transférée à Sainte-Anne. Etienne-Jean-Dominique Esquirol lui succède enfin.

La direction de Jean-Etienne-Dominique Esquirol et l’émergence du pouvoir aliéniste au sein de l’asile

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La nomination comme médecin en chef de l’établissement d’Esquirol entre 1825 et 1840, ouvre une nouvelle étape dans l’histoire de la Maison de Charenton. Disciple et contempteur de Philippe Pinel, l’aliéniste est tout à la fois à l’origine de la loi de 1838 qui institue les premiers réseaux asilaires et à l’origine de la refondation de l’établissement. Issu d’une famille bourgeoise toulousaine ruinée par la Révolution, ancien séminariste, contraint de mettre un terme à sa vocation ecclésiastique au moment des troubles révolutionnaires, Esquirol est tout d’abord l’élève de Jean-Nicolas Corvisart [41][41] Jean-Nicolas Corvisart (1755-1821), Médecin personnel... à la Salpêtrière avant d’être le disciple de Philippe Pinel, autre grande figure de l’aliénisme français, lequel avait développé le traitement moral de la folie [42][42] Philippe Pinel (1745-1826), Aliéniste français, médecin.... En 1802, durablement marqué par la condition des personnes internées dans les hospices parisiens, Esquirol ouvre l’une des premières maisons de Santé dirigée par un médecin, rue Buffon. Au moment de la Restauration, l’engagement très fort de sa famille pour la monarchie durant la période révolutionnaire [43][43] Alors qu’Esquirol passe le concours de médecine, son... lui donne les faveurs du nouveau gouvernement et il est nommé en 1823 inspecteur général des facultés de médecine avant de succéder à Royer-Collard [44][44] Dumas Monique, Etienne Esquirol. Sa famille, ses origines,.... L’aliéniste sut conserver la bonne entente qui s’était instaurée entre son prédécesseur et Martin de Roulhac du Maupas puis avec le juriste Maurice Palluy qui lui succède comme directeur administratif en 1832.

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L’institution, qui héberge non seulement les pensionnaires mais l’ensemble des familles du personnel pour des raisons financières [45][45] Afin de ne pas payer un salaire trop élevé au personnel..., se développe considérablement, financée principalement par les fermages, le versement de pensions et les legs des familles sous l’action dynamique d’Esquirol. Sans enfant, il vit avec sa femme dans l’enceinte de l’établissement asilaire et consacre beaucoup de temps aux jeunes internes qui exercent à la Salpêtrière. Jan Ellen Golstein assimile le groupe qui se forme autour d’Esquirol à une sorte d’académie miniature qui joue un grand rôle dans le sentiment de cohésion de ses disciples [46][46] Goldstein Jan Ellen, Consolider et classifier, l’essor.... Esquirol héberge certains d’entre eux durant plusieurs années et cet esprit quasi familial fut l’un des vecteurs essentiels de la diffusion des théories esquiroliennes. Il consacre le primat du traitement moral, processus thérapeutique qui nécessite d’établir une relation privilégiée entre le médecin et le patient. Il promeut l’isolement et les bienfaits de la nature comme des éléments essentiels du traitement des aliénés « c’est le moyen le plus énergique et ordinairement le plus utile pour combattre les maladies mentales » [47][47] Esquirol Jean-Etienne-Dominique, Les passions considérées....

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Esquirol convaincu que l’asile est un instrument de guérison de l’aliénation [48][48] Selon Fride Adeline, il est même à l’origine de la..., entreprend entre 1810 et 1817 de visiter l’ensemble des institutions amenées à recueillir des insensés sur le territoire français. A l’issue de son enquête il ressort que huit asiles seulement permettent d’exercer correctement la médecine mentale en province. L’aliéniste édite en 1818 avec la collaboration de l’architecte Lebas un plan modèle d’asile d’aliénés et un mémoire Des établissements consacrés aux aliénés en France et des moyens de les améliorer, où il décrit les conditions épouvantables dans lesquelles sont traités les insensés.

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Vingt plus tard, clinicien reconnu et homme d’expérience, Esquirol, toujours passionné par les questions d’encadrement de la folie, convainc Adolphe Thiers d’entreprendre la reconstruction de la Maison de Charenton. Gilbert, grand prix de Rome en 1822 est nommé « architecte des grands travaux de la Maison Royale de Charenton » et propose en l’espace de six mois deux projets de reconstruction intégrale. La démission de Thiers entraîne l’abandon du projet qui n’est repris qu’à l’avènement du deuxième ministère Molé, nouveau ministre de Louis Philippe, le 15 avril 1837. Esquirol bénéficie à cette occasion du soutien de la famille Molé avec lequel il entretient des relations étroites [49][49] A son arrivée à Paris, en proie à de graves difficultés....

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Jean-Etienne-Dominique Esquirol utilise l’établissement comme un instrument au profit de ses convictions médicales et politiques. La loi du 18 juillet 1838 est, en ce sens, très symbolique de l’évolution que connaît l’asile. Sur proposition du gouvernement, un crédit de 2 720 000 francs est ouvert au budget de l’Etat pour la reconstruction de la Maison de Charenton. Cette loi intervient moins d’un mois après l’adoption de celle sur les aliénés du 30 juin 1838, lors de la même session parlementaire. L’établissement de soin devient le fer de lance de la réforme du système asilaire français, dont l’initiateur est Esquirol lui-même.

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Ces deux textes marquent l’aboutissement des ambitions de l’aliéniste. La première pierre posée le 3 septembre 1838 par le comte de Montalivet marque le début d’un travail gigantesque de remodèlement complet des collines du plateau de Gravelle. La nouvelle institution est organisée sur deux terrasses, les corps de bâtiments circonscrivant dix préaux entourés de colonnades d’inspiration toscane. La mort qui surprend Esquirol le 12 décembre 1840 l’empêche de voir l’achèvement de son œuvre. Le modèle architectural esquirolien se propage en province sous l’influence notamment du cercle de ses disciples, tels Jacques Bouchet, Achille Foville, Jean-Pierre Falret ou encore Baillarger, très actifs dans le « processus de professionnalisation de la médecine des aliénés » [50][50] Piton Olivia, Naissance de l’Institution Asilaire en.... Cependant les plans initiaux de l’aliéniste ne furent pas réellement suivis dans la construction des nouveaux asiles pour des questions principalement financières comme le rapporte Gabriel Bolotte [51][51] Bolotte Gabriel, « Les projets d’assistance aux malades.... Si « en matière d’établissements d’aliénés, personne nulle part n’a égalé la compétence, la puissance d’Esquirol » [52][52] Sevestre Pierre, « Eloge de la Maison de Charenton.... force est de constater que l’aliéniste sut aussi nous imposer sa vision de l’histoire.

La Maison de Charenton et la construction du mythe

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L’histoire de la Maison de Charenton a longtemps été assimilée au récit qu’en fait Esquirol dans son ouvrage Mémoire historique et Statistique sur la Maison de Charenton écrit en 1835 et qui constitue à la fois un véritable plaidoyer pour la refondation de l’institution et un manifeste de sa conception de l’asile comme instrument de traitement des insensés. L’analyse de ses propos sur la Maison de Charenton nous permet de comprendre comment l’institution a été un véritable « outil de propagande » entre les mains du médecin. C’est à travers un discours d’exclusion des tentatives antérieures, que l’aliéniste sut, bien que son champ d’expertise scientifique fût à l’époque fortement limité, imposer le « traitement moral » comme un concept d’ordre scientifique et faire de l’asile le monopole du pouvoir médical. La confrontation de sources souvent oubliées par l’histoire dévoile la construction du mythe.

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Esquirol se livre tout d’abord à un véritable réquisitoire contre la direction de l’Abbé de Coulmiers. Il critique les constructions effectuées par ce dernier que l’on ne peut imaginer selon lui plus mauvaises et plus inadéquates pour les besoins des aliénés Si ces critiques servent les intérêts de l’aliéniste, qui a déjà pour ambition à cette époque la reconstruction du bâtiment des hommes [53][53] AD Val de Marne, 4X, Comptes rendus de la Commission..., elles soutiennent aussi sa volonté de discréditation des acteurs non médicaux de la folie. Ainsi, les défauts architecturaux de la Maison de Charenton trouvent leurs origines pour l’auteur dans les ignorances médicales de l’Abbé de Coulmiers.

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L’aliéniste juge plus sévèrement encore les pratiques médicales au sein de l’établissement et notamment l’utilisation régulière des bains-surprise qu’il qualifie de véritables tortures. Il ne manque pas de se livrer lui-même à ce qu’il critique. Les observations médicales écrites sous sa direction reflètent bien souvent la rudesse de certains traitements comme l’apposition de sangsues à l’anus, les douches prolongées etc. C’est cependant et plus encore le conflit d’influences qui s’était déroulé entre Royer-Collard et l’Abbé de Coulmiers autour de la question des représentations théâtrales qui devient sous sa plume le symbole d’une lutte entre les pratiques compassionnelles du médecin et celles barbares de l’ecclésiastique. D’évidence, les critiques émises par l’aliéniste français présentent de nombreuses contradictions.

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Il affirme tout d’abord que les expériences théâtrales de l’Abbé de Coulmiers sont parfaitement nuisibles. Elles exciteraient les jalousies, les querelles et les rancunes entre les insensés, ébranleraient l’imagination des malades et ramèneraient le trouble dans leurs esprits en provoquant des rechutes et des accès de fureur : « Que n’avait-on point à craindre pour les convalescents, encore si impressionnables, de l’action vive et forte qu’exerçaient sur eux les intrigues, les dénouements, les coups de théâtre, les danses, la musique, l’ensemble et le brouhaha des spectateurs » affirme-t-il, avant de conclure que jamais des individus n’avaient été guéris par ce mode de traitement. La critique de l’utilisation à but thérapeutique des pièces de théâtre est d’autant plus étrange qu’Esquirol se livre lui-même à ce qu’il dénonce, comme en témoignent ces propres expériences théâtrales à la Salpêtrière [54][54] Esquirol Jean-Etienne-Dominique, Mémoire historique....

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Il affirme dans le même temps que ces représentations n’étaient qu’une vaste charlatanerie « Ce spectacle fut un mensonge, les fous ne jouaient point la comédie, le directeur se jouait du public, tout le monde fut pris » [55][55] Ibid.. Il reprend en cela les critiques émises par Hippolyte de Colins. Ce dernier affirme ironiquement que pour attirer du monde au spectacle :

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« On n’a pas manqué de répéter partout que ce sont les fous qui jouent eux-mêmes ces pièces et que tous ceux d’entre eux qui sont susceptibles d’être spectateurs ont l’avantage d’y assister. Chacun veut voir une aussi grande merveille et être témoin des effets prodigieux que cette admirable invention produit sur les aliénés (…) lorsqu’un homme impartial prend la peine d’y donner quelque attention, il ne tarde pas à reconnaître le piège que l’on tendait à sa bonne foi, et finit par demeurer complètement désabusé de l’erreur où l’on voulait l’engager » [56][56] Colins Hippolyte de, Notice sur l’établissement consacré....

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Les véritables acteurs seraient selon lui le personnel de la maison, des danseuses professionnelles, voire « des hommes que l’on va chercher au café Touchard, rendez-vous des acteurs sans emploi, et à qui on paye leur temps et leurs peines » [57][57] Ibid.. Dénonçant la participation des insensés aux spectacles, Esquirol critique sévèrement les fausses mises en scène du directeur. On ne sait pas, en se fondant sur son seul témoignage, s’il s’agissait réellement d’acteurs payés par le directeur pour imiter des fous ou si les insensés assistaient et participaient aux représentations.

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D’un discours paradoxal où se heurtent convictions médicales et dénonciations de la charlatanerie émerge un constat : ce n’est pas seulement la présence d’un public voyeur et l’inefficacité du théâtre que le médecin critique mais bien le pouvoir que le directeur administratif s’arroge sur les malades.

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Les affirmations d’Esquirol sont en partie réfutées par le témoignage de Von August Friedrich Schweigger, botaniste et médecin allemand, ayant effectué des visites de nombreux établissements hospitaliers parisiens entre 1806 et 1808. Son témoignage, traduit très tardivement en français est demeuré relativement méconnu en France [58][58] Schweigger Von August Friedrich, Kranken-und armenanstalten.... En visite régulière à Charenton le médecin allemand souligne pourtant la bonne organisation de la Maison et la distribution adéquate des aliénés qui évite le désordre. Il affirme que les locaux sont propres et situés dans un bel endroit et que les fous bénéficient de conditions de vie favorables, disposant d’une alimentation équilibrée, de distractions nombreuses, d’une grande bibliothèque et d’un beau jardin. Selon lui les mauvais traitements ne sont pas admis et les bains-surprise utilisés très rarement dans l’établissement ; la description qu’il en donne montre pourtant la rudesse du traitement :

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« Une sangle ventrale est mise au malade, qui est retenu par des cordes dans le dos. Pour le précipiter dedans, un homme attrape les pieds, un autre soutient le dos. Dès que le malade est immergé, on tire la moitié supérieure du corps vers le haut avec la sangle ventrale, on ouvre alors parfois encore un tuyau placé sur le côté d’où jaillit l’eau le long de la surface du bassin. » [59][59] Ibid..

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En outre, Von August Friedrich Schweigger souligne les bienfaits des spectacles qui mettent en scène à la fois des aliénés et des acteurs professionnels, sans volonté de tromper le public. Les représentations constituent une distraction favorable et un élément original du traitement de l’aliénation « tout cela ne doit pas servir qu’à distraire mais plutôt à fixer les pensées dispersées des aliénés, à les instruire et peut-être à diriger leur esprit sur leur propre état afin de reconnaître leurs idées erronées ». Les acteurs insensés jouent relativement bien, même si le médecin allemand affirme qu’ils ont « un fort penchant à déclamer de façon très théâtrale et parfois à soliloquer pour attirer l’attention d’autrui », trait caractéristique du tempérament français, selon lui. Il affirme que ceux qui se contentent d’assister aux spectacles sont en grande partie des convalescents, encadrés par le personnel et totalement séparés des personnes étrangères à l’établissement, contrairement à ce qu’affirmait Esquirol s’offusquant de la curiosité et de la pitié insultante « d’un public léger, inconséquent et quelquefois méchant » [60][60] Esquirol Jean-Etienne-Dominique. Mémoire historique... à l’encontre des pensionnaires. Le témoignage du médecin allemand a sombré dans les annales de l’histoire, celui d’Esquirol est resté gravé dans l’imaginaire collectif comme le symbole de la naissance de la psychiatrie moderne.

Le patrimoine récent de la Maison de Charenton : maintien du symbole dans les représentations collectives

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A partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, La Maison de Charenton est placée sous la tutelle du préfet de la Seine par un décret du 25 mars 1852. L’établissement dont la reconstruction commencée en 1838, ne s’achève qu’en 1886, voit sa population s’accroître considérablement. A la veille de la guerre de 1870, Charles Strauss évalue ainsi à près de 800 le nombre de pensionnaires présents dans l’établissement [61][61] Strauss Charles. La maison Nationale de Charenton,.... A cette époque le surencombrement des asiles parisiens entraîne l’ouverture de nombreuses institutions à la périphérie de Paris, dans le département de la Seine. Contrairement à la Maison de Charenton, la plupart de ces établissements présentent des conditions d’accueil déplorables pour les aliénés, comme en témoigne le rapport des inspecteurs Augustin Constans, Lunier Ludger Jules Joseph et Octave Dusmesnil en 1878 [62][62] Constans Augustin, Lunier Ludger-Jules-Joseph, Dusmesnil.... Les critiques émises sur le système asilaire et la remise en question de la loi de 1838 conduisent à rechercher à la même époque des solutions alternatives dans l’encadrement de la folie : institutions asilaires ouvertes, colonies agricoles …

46

La première guerre mondiale porte un coup d’arrêt au rayonnement de la Maison de Charenton. Le Ministre de l’hygiène, de l’Assistance et de la Prévoyance Sociale, Jules-Louis Breton, annonce le 13 juillet 1920 la reconversion de la Maison Nationale de Charenton en Maison Maternelle qui accueille des femmes sur le point d’accoucher ou qui allaitent. Cette reconversion s’explique en partie par la crise démographique de l’après-guerre qui fait du relèvement de la natalité le nouveau mot d’ordre du gouvernement. Un règlement intérieur pour la section maternelle est établi le 12 décembre 1921. La fermeture de la section des aliénés est notifiée par circulaire aux familles. De nombreuses protestations s’élèvent à cette occasion et les familles, contraintes, quand elles en ont les moyens, de transférer leurs malades dans d’autres établissements de soins, se constituent en comités de défense sans obtenir de résultats. Seuls les aliénés les plus démunis restent pensionnaires de la Maison de Charenton, alors dépourvue d’existence administrative et juridique.

47

Les subventions réduites de l’Etat aggravent le déficit global du budget de l’hôpital et les locaux ne sont pratiquement plus entretenus jusqu’en 1950 en dépit de la décision du Ministre de l’hygiène Paul Strauss de transférer 118 pensionnés militaires en 1922 [63][63] Fride Adeline, Charenton ou la chronicité d’un asile.... On peut s’interroger sur l’étrange cohabitation au sein d’un même établissement d’un asile d’aliénés et d’une maison maternelle. Comment assurer l’absence de contacts entre des patients que la folie rend potentiellement dangereux et des jeunes mères avec leurs nouveau-nés ? En 1945 l’Inspection Générale déplore cette situation et juge inadéquats les locaux affectés à la section maternelle.

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La situation se maintient cependant jusqu’en novembre 1954 date à laquelle le Ministre de la Santé Publique et de la Population, André Monteil, ordonne le transfert de la Maison Maternelle dans les locaux du Vésinet. Ce transfert n’est effectif que le 28 janvier 1958, année où l’établissement reprend complètement sa vocation première d’assistance aux malades mentaux. Une maternité cantonale et un service de gynécologie et d’obstétrique sont cependant ouverts à la même époque dans les anciens locaux rénovés de la Maison Maternelle.

49

En dépit d’un contexte particulièrement défavorable et de difficultés matérielles nombreuses, le mythe de la Maison de Charenton persiste à cette époque dans les esprits comme en témoigne les innombrables références à l’asile dans les revues spécialisées. Cet état des faits semble être en partie lié à Henri Baruk, personnage important dans l’histoire de l’institution. Médecin en chef de l’établissement de 1931 à 1968, auteur de nombreux ouvrages et figure réputée de la psychiatrie française [64][64] Baruk Henri, La psychiatrie française de Pinel à nos.... Henri Baruk s’efforce de maintenir l’activité de l’établissement tout au long de la période. Adeline Fride souligne que, pendant la seconde guerre mondiale, la notoriété du clinicien protège les patients israélites de l’asile alors même que les locaux de la Gestapo établis au Château de Vacassy, situé à Joinville le Pont, jouxtent la Maison de Charenton. Sous sa direction, l’institution prospère jusqu’à la mise en place en 1970 de la sectorisation en psychiatrie. L’établissement en ce début du XXIe siècle existe toujours et continue à accueillir des patients aliénés.

50

L’histoire de la Maison de Charenton, de sa fondation à l’instauration de la sectorisation en psychiatrie ne peut être réduite, on le voit, à une simple chronologie événementielle. La pérennité de l’institution doit être mise en relation avec une multitude de faits, d’acteurs, de changements politiques et sociaux qui relèvent aussi d’une histoire des sensibilités collectives. Bien souvent le vécu institutionnel de l’établissement s’efface au profit des symboles qui s’entrecroisent et forment le mythe. Symbole de la lutte entre les communautés religieuses et le pouvoir révolutionnaire, de l’émergence du pouvoir aliéniste, de la résistance à l’occupant nazi, la Maison de Charenton doit aussi être appréhendée comme l’objet de discours successifs, bien souvent contradictoires qui forment en tant que tels des “réalités” de l’établissement. Ainsi, dans les allers-retours permanents d’une démarche historique qui cherche à relier vécus et perceptions, les différentes composantes du passé s’entrelacent pour créer l’histoire.

Notes

[1]

Castel Robert, L’ordre psychiatrique. L’âge d’or de l’aliénisme, Paris, Editions de Minuit, 1976. 340 p.

[2]

Pinon Pierre, L’Hospice de Charenton, Liège, Mardaga, 1989. 255 p.

[3]

Gaussens Jean-Marie, Histoire institutionnelle de la Maison de Charenton, mémoire de fin d’Assistanat de l’Ecole Nationale de la Santé Publique de Rennes, 1978.

[4]

La sectorisation est instaurée par la loi du 31 décembre 1970, Cf. Fride Adeline, Charenton ou la chronicité d’un asile, de la naissance de la psychiatrie à la sectorisation, thèse pour le Doctorat de psychologie, Paris V, 1983.

[5]

Thomas Martin, dit Martin de Gallardon (1783-1834), Interné à Charenton en 1816 à la suite de ses visions de l’Archange Gabriel. Il fit part de ses révélations à Louis XVIII. Jean-Henry, dit Danry, dit Masers de Latude (1725-1805), Prisonnier français incarcéré dans l’établissement en 1775, célèbre pour ses évasions. Donatien de Sade, dit le Divin Marquis (1740-1814), Transféré de la Bastille à Charenton dix jours avant le 14 juillet 1789, et libéré le 2 avril 1790 avant d’être de nouveau renfermé en 1801 à la suite de la publication de Justine. Il décède dans l’établissement. Eugène Hugo (1800-1837), Frère de Victor Hugo (1802-1885), Pensionnaire dans l’établissement de 1823 à sa mort.

[6]

Henri Legrand du Saulle (1830 1886), Psychiatre et aliéniste français. Interne de la Maison nationale de Charenton décrit ainsi la statue : « de sa main droite il tient le style antique et écrit sur des tablettes ; à ses pieds est couché un jeune malade, qu’il abrite sous son large manteau, qu’il va guérir ».

[7]

Gauchet Marcel, Swain Gladys, La pratique de l’esprit humain : l’institution asilaire et la révolution démocratique, Paris, Gallimard, 1980, p. 53.

[8]

Fauvel Aude, Témoins aliénés et « Bastilles modernes », Une histoire politique, sociale et culturelle des asiles en France, 1800-1914, thèse de doctorat, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, novembre 2005.

[9]

Mesmin D’Estienne Jeanne, La Maison de Charenton sous la direction de Jean-Etienne-Dominique Esquiro. Entre Mythe et Réalité, mémoire de Master, Paris X-Nanterre, 2007.

[10]

Ibid., Cf, « Sources et Bibliographie ».

[11]

Foucault Michel, La naissance de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, 1998, (1ère éd. 1961), 687 p.

[12]

Simple décret de réorganisation administrative au premier regard, ce texte officiel, marque selon Michel Foucault un processus d’exclusion qui amène la société à distinguer la raison de la déraison et à interner progressivement un ensemble de personnes jugées déviantes par la société : les lépreux, puis les libertins, les homosexuels, les prostituées, les enfants trouvés ou encore les personnes atteintes de maladies vénériennes.

[13]

Sébastien Leblanc, Conseiller de Louis XIII et contrôleur provincial des guerres. Un tableau le représentant est toujours visible à la Chapelle de Charenton.

[14]

Arrêt du Parlement de Paris en date du 6 septembre 1660 « il sera pourvu d’un lieu pour enfermer les fous et les folles qui sont à présent, ou seront ci-après audit Hôpital général ».

[15]

AD Val de Marne, AJ 2.

[16]

Ternon Jacques René, Mémoire sur les hôpitaux de Paris, Paris, Ph.-D. Pierres, 1788, p. 3.

[17]

Mercier Sébastien, Tableau de Paris, Tome XII, Paris, 1788.

[18]

Lehalle Albert, Contribution à l’histoire de la médecine « La Maison de Charenton », thèse pour le Doctorat de médecine, Paris VI, 1972.

[19]

Guillemain Hervé, Diriger les consciences. Guérir les âmes. Une histoire comparée des pratiques thérapeutiques et religieuses, 1830-1939, Paris, La Découverte, 2006, 332 p.

[20]

Colombier Jean, Doublet François, Instruction sur la manière de gouverner les insensés et de travailler à leurs guérisons dans les asiles qui leur sont destinés, Paris, Imprimerie Royale, 1785, « C’est aux êtres les plus faibles et les plus malheureux que la société doit la protection la plus marquée et le plus de soins ».

[21]

Giraud Dominique, La maison de Charenton de Louis XIV à Louis XVIII : de la prison à l’hôpital, mémoire de Maîtrise de psychologie, Paris IV, 1980.

[22]

Les lettres de cachets sont abolies par le décret du 27 mars 1789 mais la commission d’enquête révolutionnaire composée d’Etienne le Roux, Maugis et Raigneau avait conclu aux bonnes pratiques de l’établissement.

[23]

Colins Hippolyte de, Notice historique et statistique sur la Maison Royale de Charenton, Juin 1812, Dans Sade, Journal inédit, Paris, Gallimard, 1970, 185 p.

[24]

AD Val de Marne, AJ 2.

[25]

Gauchet Marcel, Swain Gladys, La pratique de l’esprit humain… op. cit. p. 58.

[26]

Imbert Jean, Le droit hospitalier de la révolution et de l’empire, Paris, 1954, Chap. IV.

[27]

Le Directoire révolutionnaire instaure une Ecole de Santé à Paris en 1795, formant des officiers de santé qui étaient à la fois des médecins et des chirurgiens.

[28]

On trouve parfois écrit Simonet Decoulmiers ou Des Coulmiers.

[29]

Laurent Grimod de la Reyniere, dédiera à Gastaldy la cinquième année de la revue l’Almanach des Gourmands après l’avoir invité à siéger dans ses jurys dégustateurs.

[30]

Le Marquis de Sade à découvert le théâtre lors de ses années d’étude chez les jésuites de Louis Le Grand Pauvert Jean-Jacques. Sade Vivant. Cet écrivain à jamais célèbre, Paris, Robert Laffont, 1990. T I. 427 p.

[31]

Ibert Michel, « Des insensés d’Avignon au Marquis de Sade, Jean-Baptiste Gastaldy », Article rédigé d’après la communication présentée le 11 octobre 1998 à la Semaine de la Science, Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse.

[32]

Royer-Collard, Antoine Athanase, Essai sur l’aménorrhée ou suppression du flux mensuel, thèse de médecine, Paris, Gabon, 1805, 150 p.

[33]

Esquirol Jean-Etienne-Dominique, Les passions considérées comme cause, symptôme, et moyen de la maladie mentale, Paris, Imprimerie de Didot Jeune, 1805, 84 p.

[34]

Haustgen Thierry, Les débuts difficiles du Dr Royer-Collard à Charenton. Etat sommaire de la maison de Charenton sous le rapport du service médical et aperçu des réformes qui y sont nécessaires, Paris, Synapse, 1989, p. 57-66.

[35]

AD Val de Marne, 4X.

[36]

Colins Hippolyte de, Notice sur l’établissement consacré au traitement de l’aliénation mentale établi à Charenton près Paris, op. cit.

[37]

Imbert Jean, Histoire des hôpitaux de France, Toulouse, Privat, 1982, 559 p.

[38]

Strauss Charles, La maison Nationale de Charenton, Paris, Imp. Nationale, 1900.

[39]

Laurent Bayle Antoine (1799-1859), Neveu de Gaspard Bayle. Sa thèse porte sur « l’arachnitis chronique » lésion méningée provocant des troubles délirants. Il est le premier à décrire la paralysie générale.

[40]

Pinon Pierre, L’Hospice de Charenton … op. cit.

[41]

Jean-Nicolas Corvisart (1755-1821), Médecin personnel de Napoléon et de Joséphine de Beauharnais. Titulaire de la chaire de médecine au Collège de France en 1797.

[42]

Philippe Pinel (1745-1826), Aliéniste français, médecin à Bicêtre, favorable à la libération des aliénés de leurs chaînes. On lui doit l’une des premières classifications des maladies mentales. Auteur de nombreux ouvrages dont la Nosographie philosophique en 1798 et le Traité médico-philosophique écrit en 1800 puis modifié en 1809.

[43]

Alors qu’Esquirol passe le concours de médecine, son frère aîné François Antoine, jugé comme l’un des chefs de l’insurrection contre-révolutionnaire est condamné à mort le 22 vendémiaire an VIII.

[44]

Dumas Monique, Etienne Esquirol. Sa famille, ses origines, ses années de formation, thèse médecine, Toulouse, 1971, p.121.

[45]

Afin de ne pas payer un salaire trop élevé au personnel pour leur garde, près d’une cinquantaine d’enfants résident à plein temps dans les locaux de l’institution, AD Val de Marne, 2 MI 56.

[46]

Goldstein Jan Ellen, Consolider et classifier, l’essor de la psychiatrie française, Le Plessis-Robinson, Synthélabo, 1997, p. 509.

[47]

Esquirol Jean-Etienne-Dominique, Les passions considérées comme cause, symptôme, et moyen de la maladie mentale …op. cit.

[48]

Selon Fride Adeline, il est même à l’origine de la notion d’asile. Cf. Fride Adeline, Charenton ou la chronicité d’un asile, de la naissance de la psychiatrie à la sectorisatio, op. cit.

[49]

A son arrivée à Paris, en proie à de graves difficultés financières, Esquirol est hébergé dans la capitale, par Marie-Louise de Lamoignon, Madame de Molé, mère de Louis-Mathieu Molé (1781-1855) qui termine à la même époque ses études de littérature classique.

[50]

Piton Olivia, Naissance de l’Institution Asilaire en France au XIXe siècle, thèse en médecine, Université de Nantes, 2005.

[51]

Bolotte Gabriel, « Les projets d’assistance aux malades mentaux sous la restauration », Annales médico-psychologiques, Paris I, 1966.

[52]

Sevestre Pierre, « Eloge de la Maison de Charenton. Son rôle dans l’histoire du Droit, de la Médecine et de l’Architecture dans la première moitié du XIXe siècle ». Dans L’Information psychiatrique, 52, 3, 1976, p.361-369.

[53]

AD Val de Marne, 4X, Comptes rendus de la Commission de Surveillance 1830-1840. Note du directeur administratif Palluy adressée à la Commission de Surveillance en 1834.

[54]

Esquirol Jean-Etienne-Dominique, Mémoire historique et Statistique… op. cit. p. 46

[55]

Ibid.

[56]

Colins Hippolyte de, Notice sur l’établissement consacré au traitement de l’aliénation mentale établi à Charenton près Paris op. cit.

[57]

Ibid.

[58]

Schweigger Von August Friedrich, Kranken-und armenanstalten zu Paris, Bayreuth, Johann Andreas Lübecks Erben, 1804, 206 p. Cité dans Huard Pierre, Sciences Médecine Pharmacie de la Révolution à l’Empire 1789-1815, Paris, R. Dacosta, 1970, 384 p.

[59]

Ibid.

[60]

Esquirol Jean-Etienne-Dominique. Mémoire historique et statistique sur la Maison Royale de Charenton… op. cit.

[61]

Strauss Charles. La maison Nationale de Charenton, Paris, Imp. Nationale, 1900.

[62]

Constans Augustin, Lunier Ludger-Jules-Joseph, Dusmesnil Octave. Rapport général à Monsieur le Ministre de l’Intérieur sur le service des aliénés en 1874 par les inspecteurs généraux du service, MM. Les Drs Constans, Lunier et Dumesniln, Paris, Imp. Nationale, 1878, Réédité par les Laboratoires Théraplix. 564 p.

[63]

Fride Adeline, Charenton ou la chronicité d’un asile de la naissance de la psychiatrie à la sectorisation … op.cit.

[64]

Baruk Henri, La psychiatrie française de Pinel à nos jours, Paris, PUF, 1967, 149 p.

Plan de l'article

  1. La Maison de Charenton jusqu’à la révolution française : de l’hospice religieux à l’institution asilaire
  2. La réouverture de la Maison de Charenton et le conflit de l’Abbé de Coulmiers avec Antoine Athanase Royer-Collard
  3. Le règlement de 1814 et le passage à la modernité
  4. La direction de Jean-Etienne-Dominique Esquirol et l’émergence du pouvoir aliéniste au sein de l’asile
  5. La Maison de Charenton et la construction du mythe
  6. Le patrimoine récent de la Maison de Charenton : maintien du symbole dans les représentations collectives

Pour citer cet article

D’estienne Jeanne Mesmin, « La Maison de Charenton du XVIIe au XXe siècle : construction du discours sur l’asile », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2008 (N° 1), p. 19-35.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2008-1-page-19.htm


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