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Revue d'histoire de la protection sociale

2008/1 (N° 1)


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Avant 1914, les grandes compagnies de chemins de fer français ont déjà été confrontées aux fléaux sociaux de l’époque : l’alcoolisme, la syphilis et la tuberculose [1][1] Avant la création de la SNCF en 1938, il existe sept.... Mais au lendemain de la Première Guerre mondiale, la situation devient très préoccupante. Alors que le fonctionnement des réseaux ferroviaires leur impose d’avoir un personnel en bonne santé pour des raisons évidentes de sécurité, un nombre croissant de cheminots est porteur du bacille de Koch. Selon deux médecins de la Compagnie du Nord, « il est indéniable que le personnel [...] en service est composé, pour une très notable partie, de sujets qui ont souffert de la guerre et de ses conséquences directes et indirectes » [2][2] Rivet Lucien et Hirschberg Fernand, « La lutte antituberculeuse....

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Il est vrai qu’avec la Grande Guerre, le nombre de tuberculeux s’est multiplié ; Henri Sellier parle en 1920 de « 53 897 “blessés de la tuberculose” », mais cette situation est amplement sous-estimée [3][3] Murard Lion et Zylberman Patrick, L’hygiène dans la.... De plus, le conflit intervient « comme un facteur supplémentaire de diffusion de la maladie en milieu rural, où reviennent d’anciens soldats contaminés dans l’armée » [4][4] Guillaume Pierre, Du désespoir au salut : les tuberculeux.... Quant aux personnes saines, à leur arrivée dans les grandes villes, « ayant échappé jusque-là aux contagions tuberculeuses bénignes, mais immunisantes, [elles] offrent après une contamination pratiquement inévitable, un terrain particulièrement favorable aux évolutions rapides [de la maladie] » [5][5] Tannou Gaston-Francis, La lutte antituberculeuse sur.... Or la population rurale représente le principal vivier de recrutement des compagnies de chemins de fer. Enfin, avec le vote de la loi de huit heures en 1919, les réseaux doivent embaucher massivement et deviennent moins « exigeant[s] sur les qualités physiques des agents à admettre » [6][6] Rivet Lucien et Hirschberg Fernand, art. cit.. Il résulte de tous ces facteurs une propagation certaine de la tuberculose au sein de la corporation cheminote, comme dans toute la société française d’ailleurs au début des années 1920.

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Dès lors, il est intéressant d’essayer de saisir l’ampleur de la contagion tuberculeuse chez les cheminots, d’analyser les réponses apportées par les compagnies de chemins de fer et les associations d’employés, et bien sûr d’étudier les résultats obtenus au cours de l’Entre-deux-guerres. À cette époque, la question de la tuberculose aux chemins de fer est jugée suffisamment préoccupante pour faire l’objet de nombreux articles tant dans les revues professionnelles que médicales. En revanche, aucune étude historique n’a été réalisée, ni pour l’ensemble des réseaux ferroviaires, ni pour cette période. Ainsi, ce travail traitera d’abord de l’ampleur de la maladie chez les agents du rail. Une présentation des mesures préventives et curatives permettra ensuite, d’appréhender les efforts des compagnies dans leur combat contre la tuberculose.

Une situation sanitaire préoccupante

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De nombreux dirigeants de réseaux sont conscients que la tuberculose est un véritable fléau tant pour leur entreprise que pour la société. Dans diverses publications, il n’est pas rare de lire qu’une « compagnie participe à la lutte contre la tuberculose par des mesures sanitaires et par des subventions à diverses sociétés » [7][7] Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans, Notice.... Les Chemins de fer de l’Est se sont occupés de la lutte contre la tuberculose avant le conflit, mais après 1918, « un grand effort [est] accompli pour prévenir et guérir la tuberculose » [8][8] Dépret Paul, Etude sur l’œuvre sociale de la Compagnie.... En 1929, lors de la fête des œuvres sociales du Paris-Orléans, M. Richemond, le président du conseil d’administration, déclare que « la compagnie n’a garde d’ailleurs de se complaire dans la satisfaction des résultats obtenus. Elle sait qu’il lui reste encore beaucoup à faire, notamment dans la lutte contre le cancer, la syphilis, la tuberculose… » [9][9] Le PO Illustré, n° 1, janvier 1929, p. 15.. Ces propos montrent que l’entreprise est consciente de l’étendue du problème et invite tout son personnel à intensifier son combat contre la maladie.

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Si la tuberculose n’épargne pas les employés des chemins de fer français, aucune enquête épidémiologique n’offre une vision globale de la propagation de la maladie au sein de la corporation. En effet, la création des services antituberculeux des compagnies à des dates différentes et leur fonctionnement cloisonné ne permettent pas d’études comparatives sur cette question. Néanmoins, certains chiffres aident à saisir l’ampleur du problème. En 1927, le service antituberculeux de la Compagnie du Midi examine 876 agents ou membres de leur famille, quatre-vingts neuf s’avèrent atteints de la maladie, soit 10,1% d’entre eux [10][10] Deligné Maurice, Les dispensaires de la Compagnie des.... De plus cent quinze sont soupçonnés d’être infectés par le bacille, soit 13,1% des personnes examinées [11][11] Id.. Au total, près d’un quart des personnes seraient atteintes de la tuberculose.

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Selon un rapport de l’assistante en chef du réseau de l’état, Suzanne Umbdenstock, la situation physique des cheminots est « lamentable » [12][12] Pinel Suzanne, « Suzanne Umbdenstock… Une patronne !..., à son arrivée, en 1929. Sur les 266 premiers agents consultants, les médecins décèlent cinquante-neuf tuberculeux, soit 22 % des cas [13][13] Tannou Gaston-Francis, op. cit., p. 35.. L’année suivante, 842 des 1 562 consultations réalisées par le service de phtisiologie central des Chemins de fer du Nord, concernent la tuberculose, soit 29,5% des consultants [14][14] Beaufils Roger, L’organisation de la lutte antituberculeuse.... Une statistique établie entre 1935 et 1937, sur l’un des réseaux [15][15] Le nom de ce réseau reste inconnu. Ces chiffres sont..., montre que sur « 24 827 examens d’admission, […] le pourcentage des éliminés par l’examen phtisiologique [est] de 12 p. 1000 » [16][16] Docteur Alibert, « Dépistage et prophylaxie de la tuberculose..., soit 1,2 % des candidats. Entre octobre 1930 et octobre 1931, vingt-sept nouveaux cas de tuberculose sur 2007 consultations médicales aux Chemins de fer du Nord sont dépistés, soit 1,3 % du total [17][17] Levy Pierre, « Mesures prises au réseau des Chemins.... La Compagnie de l’Est, pour sa part, « écarte 292 candidats à un emploi entre 1931 et 1938, soit plus de 1 % de l’ensemble des postulants » [18][18] Guillaume Pierre, op. cit., p. 254.. Le chiffre de candidats infectés par le bacille s’établirait donc entre 1 et 1,5 % aux chemins de fer, dans les années 1930 [19][19] Il est regrettable qu’aucune enquête globale ne puisse....

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Face à l’ampleur de la contamination, les compagnies ont différentes motivations pour agir. Raoul Dautry, directeur en 1929, annonce aux médecins du réseau de l’état, « pour améliorer la vie et le rendement du réseau, il faut pour cela améliorer la vie et le rendement du personnel et cela nécessite votre intervention. Le chemin de fer n’est pas une usine genre Ford où la valeur de l’outillage l’emporte sur celle de l’homme qui est encadré, dirigé, contrôlé. C’est un ensemble de petites usines dispersées au long de plus de 9 000 kilomètres de voies où l’homme et le personnel de maîtrise sont livrés à eux-mêmes, et produisent d’autant plus que leur santé physique et morale est plus parfaite » [20][20] Dautry Raoul, Métier d’homme, Paris, Plon, 1937, p..... Il les exhorte donc à faire leur travail avec sérieux et diligence pour le bien de tous et du service.

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Les dirigeants se plaisent aussi à rappeler l’intérêt économique d’une telle lutte. Pour eux, « la santé des agents étant incontestablement un des facteurs principaux de la bonne marche des services des réseaux, il ne suffit pas de guérir les malades ou les blessés, il importe surtout de maintenir en bonne santé les agents vigoureux et, à tout le moins, de déceler assez tôt les signes avant-coureur de toute défaillance pour réduire au minimum les funestes conséquences qu’ils peuvent avoir, non seulement pour l’individu, mais aussi pour les usagers de la voie ferrée » [21][21] L’État… Notre Réseau, n° 47, juillet 1935, p. 2..

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Ces propos démontrent à quel point les préoccupations paternalistes des compagnies recoupent des motivations sociales, mais aussi économiques.

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Ils s’accordent également à dire que la lutte contre la tuberculose a une utilité médicale, doublée d’une utilité sociale. Cette dernière se retrouve dans « 1° Dans les services rendus à la compagnie ; 2° Dans les services rendus aux voyageurs ; 3° Dans les services rendus aux agents et à leurs familles et, par suite, indirectement, au pays tout entier » [22][22] Deligné Maurice, op. cit., p. 37-38.. Les grands réseaux n’échappent pas à l’organisation de la lutte contre ce fléau social, d’autant moins qu’ils le font tant pour leur bien que pour celui de la société.

Dépistage et prévention de la maladie

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Avant la Première Guerre mondiale, les moyens de combattre la maladie sont bien identifiés. En effet, « l’initiative privée, qui émane de petits groupes a posé les jalons de ce qui sera plus tard l’armement antituberculeux. Des dispensaires pour dépister, des sanatoriums pour soigner, des placements pour préserver. Ces initiatives privées sont loin de couvrir toute la population touchée et menacée, mais elles définissent un modèle dont les orientations ne seront jamais remises en cause » [23][23] Dessertine Dominique et Faure Olivier, Combattre la.... Les grands réseaux n’échappent pas à cette organisation, d’autant qu’un certain nombre d’entre eux s’appuient, en partie ou intégralement, sur des œuvres privées pour mener leur action.

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Le dépistage de la maladie est rendu obligatoire par la loi du 15 avril 1916 [24][24] Murard Lion et Zylberman Patrick, op. cit., p. 23.. Si d’une manière générale, il vise à éviter la contamination et la propagation du mal, aux chemins de fer, il permet aussi le recrutement d’un personnel sain. En 1929, Raoul Dautry demande aux médecins de « ne toujours laisser entrer dans [les] rangs [de la Compagnie de l’état], dès l’examen d’admission et surtout à la fin de leur période d’essai, que des hommes sains, des hommes vigoureux, des hommes sobres et pour beaucoup d’emplois des hommes aux réflexes sûrs et prompts » [25][25] Dautry Raoul, op. cit., p. 256.. Un examen systématique à l’embauche s’impose comme le meilleur moyen de dépister et surtout de filtrer les postulants. Trois années plus tard, ce réseau compte toujours « pour diminuer le nombre des malades sur la sévérité accrue des conditions médicales de recrutement [des] agents majeurs et mineurs » [26][26] Levy Pierre, art. cit., p. 280.. Preuve que le premier objectif de l’entreprise - le recrutement d’un personnel sain - n’est toujours pas atteint.

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Au début des années 1920, les compagnies savent que leurs médecins n’ont pas l’équipement nécessaire pour dépister la maladie à son stade initial. Il faut pour cela recourir à l’analyse en laboratoire ou à la radiologie, qui sont encore fort peu répandues. Au départ, seuls les dispensaires antituberculeux initiés par la Mission Rockfeller et la Croix-Rouge américaine possèdent le matériel nécessaire. Pour pallier ce problème, les entreprises du rail établissent des relations avec des dispensaires d’hygiène sociale municipaux, départementaux ou privés proches de leurs sites.

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Le réseau d’Alsace-Lorraine subventionne par exemple soixante-six dispensaires de « l’association alsacienne et lorraine contre la tuberculose » pour « rendre à son personnel les services les plus étendus » [27][27] Le Musée social, « L’effort social des grands réseaux.... Aux Chemins de fer de l’état, Raoul Dautry décide d’« utiliser toutes les œuvres privées ou publiques, qu’elles soient communales, départementales ou d’état » [28][28] Baudouï Rémi, Raoul Dautry, 1880-1951. Le technocrate..., en attendant de créer ses propres dispensaires. Concrètement, il signe des accords avec le dispensaire municipal de Saintes, celui des hospices de Rennes et le dispensaire Léon Bourgeois à Paris. Le règlement du service médical de la Compagnie de l’Est énonce, pour sa part, que « le dépistage précoce de la tuberculose doit être une des préoccupations des médecins du réseau. Il leur est recommandé d’adresser tous les agents suspects au dispensaire local ou aux consultations des médecins spécialistes du réseau, pour examens complémentaires et, en particulier, radioscopie du thorax » [29][29] Dépret Paul, op. cit., p. 76..

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Mais les services médicaux du rail constatent que « la valeur des renseignements fournis par les dispensaires [locaux] est très inégale » [30][30] Rivet Lucien et Hirschberg Fernand, art. cit., p. .... Les compagnies fondent donc leurs propres établissements de dépistage pour plus d’efficacité, notamment lors des trois visites médicales d’embauche. Le réseau du Nord précise que « les postulants [y] sont très sérieusement examinés par des médecins spécialistes dans cette tâche qui font un triage rigoureux, en s’attachant spécialement au dépistage de la tuberculose ou de la prédisposition de la tuberculose » [31][31] Ibid., p. 4. La compagnie s’entoure notamment de Lucien....

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À partir du milieu des années 1920, toutes les entreprises ferroviaires optent pour une détection de proximité. Des unités prophylactiques se développent dans les principaux sites ferroviaires. Par exemple : « dans les agglomérations importantes, la compagnie [PLM crée] des dispensaires avec petit laboratoire, dotés d’un outillage moderne, permettant non seulement de donner aux agents les soins d’ordre chirurgical et médical n’exigeant pas une hospitalisation, mais encore de dépister les maladies contagieuses telles que la tuberculose ou la syphilis » [32][32] Compagnie du PLM, Rapport du Conseil d’administration,....

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Alors qu’elle possède six centres en 1927, quarante fonctionnent quatre ans plus tard.

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En 1929, le réseau de l’état engage la construction de deux centres équipés d’appareils de radiologie à Paris et Rennes qui reçoivent prioritairement les postulants. Ce recours systématique à la détection radiologique est novateur [33][33] Certaines compagnies recourent au dépistage radiologique.... Ces centres sont ensuite complétés par ceux de Bordeaux, Brest, Caen, Le Mans, La Rochelle, Nantes, Quimper et Rouen, soit dix unités au total. La Compagnie du Midi dispose pour sa part « de 14 centres convenablement répartis » [34][34] Compagnie du Midi, Rapport du Conseil d’administration,.... Le Paris Orléans en implante au moins dix-sept jusqu’en 1934. Preuve de l’effort continu des entreprises, 136 centres locaux existent dans l’hexagone en 1935.

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Mais les compagnies fondent aussi des grands centres de phtisiologie qui complètent l’action des dispensaires locaux. En cas de doute ou une fois la maladie détectée, le médecin de section oriente le cheminot vers les médecins phtisiologues. Ces spécialistes de la maladie, « ont à leur disposition un service radiologique complet et un laboratoire spécialisé pour l’examen des expectorations. Ils précisent les diagnostics, posent les indications thérapeutiques, les exécutent eux-mêmes dans leurs services hospitaliers, prescrivent les envois en sanatorium, surveillent périodiquement les agents guéris remis en service » [35][35] Le Musée social, art. cit., p. 337..

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La Compagnie du Midi, en collaboration avec la Caisse de prévoyance des agents, crée deux dispensaires à Bordeaux et Toulouse en 1926. Elle en bâtit un autre à Béziers six ans plus tard [36][36] Bouneau Christophe, « Le modèle paternaliste cheminot :.... Le PLM dispose de trois centres de dépistage à Paris, Lyon et Marseille, tout comme l’Est avec ceux de Paris, Épernay et Blainville près de Nancy. Les réseaux de l’état, du Nord et du PO, font le choix de n’avoir qu’un seul établissement implanté à Paris. Aux Chemins de fer de l’état, en 1929, « le cabinet médical de Saint-Lazare est en cours de transformation : un service chirurgical, une installation radiologique, vont y être créés, le service [de prophylaxie] va y être organisé » [37][37] Dautry Raoul, op. cit., p. 260.. L’établissement du Paris-Orléans est sans doute le plus impressionnant. La compagnie confie la direction générale des services de santé et d’hygiène au docteur Bazy, un physiologiste et bactériologiste reconnu. Son « laboratoire est installé dans les bâtiments annexes du Collège de France […] et fonctionne depuis le 1er janvier [1929]. Il est possible d’effectuer pour le personnel de la compagnie toutes recherches au point de vue clinique, bactériologique, sérologique, anatomo-pathologique qui permettent d’établir tous examens médicaux » [38][38] Le PO Illustré, n° 1, janvier 1929, p. 12..

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Un laboratoire annexe à la Gare d’Austerlitz complète ce dispositif.

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Par ailleurs, par un ingénieux système, tous les cheminots peuvent profiter d’un diagnostic délivré par le laboratoire du Collège de France. En effet, « tous les centres médicaux du PO sont munis désormais de boîtes contenant tout le nécessaire stérilisé pour les prélèvements de toute nature. Ainsi, tous les agents, même ceux des secteurs les plus éloignés de tout centre médical, pourront bénéficier de tous les procédés modernes d’investigation qui permettront rapidement un diagnostic sûr et un traitement efficace » [39][39] Id..

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De plus, en cas de nécessité, l’entreprise se réserve la possibilité d’envoyer tout agent en consultation au laboratoire parisien pour des examens complémentaires ou pour un protocole de traitement de la maladie.

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Où que ce soit, le dispensaire devient la nouvelle arme de l’hygiène et de la prophylaxie. Tous les réseaux construisent des locaux à la pointe de l’exigence médicale. Le dispensaire du Midi, à Bordeaux [40][40] Le dispensaire de Bordeaux s’organise de la manière..., ou celui du PLM, à Nevers, reflètent les impératifs d’organisation et d’hygiène imposées par l’univers médical. La blancheur immaculée de leurs locaux n’a rien d’exceptionnel. Dans tous les dispensaires modernes, c’est « d’abord l’odeur de désinfectant. Partout une blancheur neigeuse, une propreté nickel, ripolin sur les murs, linoléum ou carrelage au sol » [41][41] Grellet Isabelle et Kruse Caroline, Histoire de la....

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Les aménagements intérieurs sont similaires. Au PLM, on trouve « Au rez-de-chaussée : salle d’attente à 40 places, cabinet de consultations avec local pour les rayons X et petit laboratoire pour les examens bactériologiques et histologiques courants, salle de pansements avec équipement très moderne et W.-C. » [42][42] M. Richon, « Le nouveau dépôt de Nevers », RGCF, août.... Une infirmière professionnelle, pourvue du diplôme d’état, attachée en permanence au service médical, réside au premier étage du bâtiment. Au Midi, « de part et d’autre du hall, diverses salles [sont] aménagées : cabinets de consultation, salle pour les opérations chirurgicales urgentes, cabinet de radiographie, un laboratoire. À l’étage : le bureau du médecin principal, son secrétariat et le fichier central, le cabinet où se passent les examens d’aptitude, le cabinet de consultation des nourrissons et des femmes, avec le « pèse-bébé » et « le déshabilloir », enfin les divers locaux consacrés à la prophylaxie antivénérienne » [43][43] Deligné Maurice, op. cit., p. 15..

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De telles installations se retrouvent sur tous les réseaux.

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Ces installations ferroviaires, décrites par des cadres des compagnies, ne diffèrent pas des dispensaires publics, ni même de certains de l’industrie privée. La Compagnie des houillères de Montrambert-Béraudière inaugure en 1931, un dispensaire à la Ricamerie dans lequel se trouvent « à l’intérieur une salle d’attente et le cabinet du médecin, une salle de radioscopie, un laboratoire et une petite pharmacie » [44][44] Dessertine Dominique et Faure Olivier, op. cit., p..... Les chemins de fer ne sont ainsi pas particulièrement innovants dans l’équipement de leurs locaux, sans doute parce qu’ils s’inspirent directement des recommandations des spécialistes hospitaliers.

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Mais la dissémination des sites ferroviaires ne permet pas à tous les cheminots d’avoir accès à un dispensaire, surtout dans les endroits les plus reculés. Pour pallier cet isolement médical, deux compagnies mettent en place une solution innovante : le centre d’hygiène ambulant, souvent appelé wagon-radiologique. Aux Chemins de fer de l’état et du Nord, il entre en fonction respectivement en novembre 1930 et mai 1933. Il faut à n’en pas douter le mettre au crédit de Raoul Dautry qui a dirigé ces deux entreprises. Le Nord précise : « qu’il ne suffisait pas de mettre à contribution les dispensaires antituberculeux des services d’hygiène départementaux, mais qu’il convenait de mettre à la disposition du personnel un équipement souple et mobile, susceptible de permettre de procéder sur place, au cours de la consultation, non seulement à la radioscopie, mais aussi à la radiographie d’un organe suspect du corps humain » [45][45] M. Flament, « L’organisation de l’hygiène sociale dans....

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Le réseau de l’état, pour sa part, annonce que « ce laboratoire ambulant de radiographie sillonnera sans cesse toutes les lignes du réseau, apportant aux médecins l’aide précieuse des spécialistes et d’un outillage complet » [46][46] L’État… Notre réseau, n° 22, juillet 1933, p. 11..

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L’aménagement de la voiture de radiographie est identique dans les deux entreprises. L’ordre de la distribution intérieure suit les différentes phases de la consultation [47][47] Selon l’ingénieur en chef de la Compagnie de l’État,.... Ce matériel roulant comprend tous les équipements les plus modernes pour dépister la tuberculose et fonctionner en parfaite autonomie. Preuve de cette modernité, le recours à la radioscopie et la confirmation du diagnostic par l’examen bactériologique des crachats sont effectués directement à bord du véhicule. Les deux réseaux, en revanche, organisent de manière différente les visites de leur équipage mobile de radiologie. Aux Chemins de fer du Nord, les tournées se font le samedi, dans une agglomération différente chaque semaine. La compagnie adjoint donc une autre voiture au wagon-radio. Cette dernière accueille les aménagements nécessaires pour le logement du médecin spécialiste et des assistantes sociales au cours de leurs déplacements.

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À la Compagnie de l’état, ambulant est couplé au train d’économat, ce qui permet d’examiner les cheminots résidant dans les localités les plus difficiles d’accès. L’entreprise précise que : « une assistante sociale l’accompagne ; à chaque arrêt, le médecin de la région rejoint [le wagon-radio et y donne] non seulement les consultations, mais encore des conseils, on y pèse les bébés et l’action préventive des maladies qui y est exercée ainsi chaque mois est particulièrement féconde dans les localités où ne réside pas de médecin de réseau et où le contact avec le médecin n’aurait lieu qu’une fois les maladies déclarées » [48][48] Levy Pierre, art. cit., p. 281..

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Une assistante sociale de cette compagnie relate le passage de l’équipage mobile dans son secteur, « on avait beaucoup de tuberculeux parmi les femmes et les enfants. Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est le wagon-radio. J’ai eu la chance qu’il soit arrivé à Argenteuil en mai. Il stationnait pendant plusieurs jours. J’avais les ateliers, le dépôt, le triage […] Alors, nous étions là toute la journée, pendant que tous les agents passaient. Ils étaient convoqués par fournée et on leur faisait des scopies. Si le phtisiologue avait un doute, aussitôt, il nous renvoyait l’agent. Après nous avions la journée du jeudi, où les familles pouvaient venir avec les enfants, passer la scopie » [49][49] Thévenet Laurent, Les assistantes sociales des chemins....

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Cet équipement n’est pas seulement apprécié par les services médicaux, il rencontre aussi un grand succès auprès du personnel. D’ailleurs, il « dépasse largement le cadre de la tuberculose : c’est ainsi un véritable centre de triage orientant vers le spécialiste compétent les agents venus consulter : très nombreuses sont les radiographies d’autres organes que l’appareil pulmonaire, qui y sont prises » [50][50] Beaufils Roger, op. cit., p. 43-44. Le nombre croissant.... Le Nord décide ainsi de rattacher une troisième voiture à son train en 1933. Aménagée en salle d’attente, elle s’impose à cause de « l’affluence des consultants qui se [font] de plus en plus nombreux à chaque tournée » [51][51] Ibid., p. 40..

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Et le travail ne manque pas pour les équipages radiologiques. Celui du Nord examine 2 007 personnes, entre octobre 1930 et octobre 1931. 123 fois la tuberculose est la cause de la visite soit 6,1 % [52][52] Rivet Lucien et Hirschberg Fernand, art. cit., p. ..., un pourcentage dû notamment à la surveillance des cas déclarés. Il dépiste aussi vingt-sept nouveaux cas au cours de cette année d’exercice, soit 1,3 % des consultations. En définitive, le wagon comme le dispensaire assure une triple mission : dépister les nouveaux cas de tuberculose, suivre les cas reconnus, mais aussi constituer un « instrument de propagande éducative précieux ».

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Tant avec le dispensaire qu’avec le wagon, la qualité du recrutement s’améliore et les postulants malades sont de mieux en mieux détectés. Ainsi, à la Compagnie de l’état, la proportion de candidatures rejetées pour raison médicale passe « de 30 à 42 % en 1933 » [53][53] Levy Pierre, art. cit. Seul ce chiffre global est cité.... Mais une fois qu’un personnel sain est recruté, il faut encore le garder en bonne santé. Pour cela, le dispensaire ne se borne pas à être un centre médical, il s’affirme aussi comme un lieu d’éducation. Dès lors, dans la prévention de la tuberculose, les infirmières et les surintendantes jouent un rôle de premier ordre, en mettant l’accent sur l’hygiène et les moyens de se préserver de la maladie. Les équipes médico-sociales des réseaux mettent également en place plusieurs actions préventives.

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La première est le suivi médical systématique de tous les agents. Les cheminots sont convoqués régulièrement à un examen médical complet, y compris radiologique afin d’y détecter la contraction éventuelle de la maladie. Les travailleurs, dont la maladie est avérée, font l’objet d’une attention particulière. Dans tous les cas, l’adoption par tous les services médicaux d’un bulletin médical ou d’une fiche de suivi médical leur permet d’être plus efficaces. À l’état, par exemple, le carnet médical a pour but « de suivre de façon très précise, l’état de santé [des] agents et surtout de renseigner complètement sur les antécédents médicaux d’un agent malade, qui a pu souvent changer de résidence, le médecin qui va l’examiner » [54][54] Ibid., p. 280.. La fiche médicale sert également de liaison entre les médecins des circonscriptions et ceux des services centraux.

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Des campagnes de prévention sont par ailleurs menées. Certaines compagnies recourent aux services du Comité national de défense contre la tuberculose, qui possède tout le matériel pédagogique nécessaire. Il organise ainsi « des conférences antituberculeuses et antisyphilitiques, avec projections cinématographiques, spécialement réservées [aux] agents et [à] leurs familles » [55][55] Compagnie du PLM, op. cit.. D’autres laissent agir leur service médico-social. Aux Chemins de fer de l’état et du Nord « la lutte antituberculeuse est poursuivie par l’affiche, la conférence, le cinéma, l’action personnelle des chefs et du service social » [56][56] Anonyme, « Les résultats de l’exploitation des chemins.... Le Nord distribue « à [ses] agents une notice courte et claire sur la conduite à tenir par les familles où vit un malade contagieux » [57][57] Levy Pierre, art. cit., p. 282., tandis que l’état donne des conseils simples dans son Instruction générale résumant les prescriptions à observer par les agents pour se mettre à l’abri des accidents.

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Des soirées d’information sont aussi organisées par la mutuelle corporative « Le Sanatorium des Cheminots », mais parfois la mobilisation n’est pas au rendez-vous. Le président du Comité Seine PLM indique que « trop de gens, à l’annonce des conférences de cette nature, s’imaginent qu’ils vont assister à des spectacles sans intérêt. Quelle profonde erreur, ils reconnaîtront d’ailleurs, nous en sommes persuadés, s’ils veulent bien se rendre à la prochaine conférence » [58][58] Bulletin PLM, n° 33, mai 1934, p. 60.. Pourtant elles présentent un caractère instructif et récréatif pour séduire le maximum de travailleurs. Cette désaffection n’est pas propre au PLM. En 1931, 2 000 cheminots du Nord seulement suivent une des 200 conférences organisées dans les grands centres par les conférenciers du Comité national de défense contre la tuberculose. Pourtant les auditeurs y reçoivent des conseils précis et visionnent des « films romancés [qui] frappent l’intelligence et l’imagination » [59][59] Levy Pierre, art. cit., p. 281..

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La prévention passe également par les bulletins des compagnies, qui accordent une page à la « causerie médicale » ou « l’hygiène » ; cette rubrique est généralement tenue par le médecin en chef du réseau. Au réseau de l’état, la situation est jugée suffisamment préoccupante pour que le premier numéro soit consacré aux trois fléaux sociaux : l’alcool, la syphilis et la tuberculose. Le Docteur G. Demirleau indique aux agents que la prophylaxie de cette dernière passe par la pratique de l’hygiène. Il rappelle les mesures primordiales :

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« 1° Ne pas cracher à terre […] ; 2° Apprendre à respirer […] ; 3° Aérer votre logement, le jour comme la nuit. […] ; 4° Ne balayez jamais votre logement à sec. […] ; 5° Lavez-vous les mains avant les repas ; 6° N’habitez pas sans désinfection préalable un logement où a vécu un tuberculeux ; 7° Faites aux mouches une guerre à mort ». [60][60] L’État… Notre réseau, numéro de propagande, août 1931,...

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Ces bulletins informent aussi les cheminots des progrès de la médecine. Ainsi, L’état… Notre réseau reproduit une conférence que le Docteur Calmette donne devant les médecins du réseau, dans le grand amphithéâtre de l’Institut Pasteur, le 23 octobre 1932. Le scientifique y retrace l’histoire de la première expérience de « vaccination buccale sur un nourrisson en 1921 » par le Docteur Weill Hallé [61][61] L’État… Notre réseau, n° 14, novembre 1932, p. 13., il dresse ensuite le bilan de cette méthode et en vante les mérites depuis la généralisation de cette vaccination en France en 1924. Cette intervention est d’autant plus utile que la mort de nouveau-nés à la suite de leur vaccination préventive à Lübeck, en Allemagne, jette le trouble parmi toutes les populations européennes.

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Mais la prévention la plus efficace est, sans nul doute, celle assurée chaque jour dans les dispensaires ferroviaires par les infirmières, les surintendantes ou les assistantes sociales. Comme dans le reste de la société, leur création favorise l’apparition d’un nouveau personnel médical et paramédical qui trouve progressivement sa place dans ce monde du rail. D’ailleurs, « La lutte contre la tuberculose contribue à une professionnalisation des « sociales », sous l’impulsion des dirigeants et du fait du besoin d’encadrement sanitaire dans un pays où l’on souffre cruellement du manque d’équipements et de la sous-adaptation des structures sanitaires ou hospitalières » [62][62] Thévenet Laurent, « Aux origines de l’action sociale....

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Et quand les agents sont reconnus malades, elles les orientent vers les structures médicales les plus adaptées.

Les soins curatifs

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Durant l’entre-deux-guerres, les autorités médicales affirment que « la cure hygiéno-diététique, comportant le repos à l’air pur de la campagne et une bonne alimentation représente, pour la tuberculose pulmonaire, la méthode de traitement la plus simple et la plus pure » [63][63] Chaussidière Camille, La lutte contre la tuberculose..... La maladie ne peut donc être soignée dans les dispensaires locaux. Les tuberculeux doivent être envoyés en cure, en plaine ou à la montagne suivant la forme de la maladie. Pour les accueillir, la loi Honnorat du 7 septembre 1919 impose la création de sanatoriums qui sont « des établissements spécialisés destinés au traitement de la tuberculose sous toutes ses formes » [64][64] Guillaume Pierre, op. cit., p. 181..

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Les compagnies ferroviaires décident de confier leur personnel à des établissements reconnus. Pour cela, elles passent des accords avec des sanatoria publics ou privés dans lesquels [elles font] admettre leurs « agents, ainsi que leurs proches vivants avec eux, qui sont atteints ou menacés de tuberculose » [65][65] Compagnie du PLM, op. cit., p. 46.. Depuis 1903, le PLM collabore avec le sanatorium de Bligny [66][66] Actuellement dans l’Essonne.. Ce dernier, exclusivement réservé aux hommes, appartient à « l’œuvre des sanatoria populaires de Paris ». Cette démarche n’est pas exceptionnelle car si le PLM y « entretient six lits permanents » [67][67] Moreau Armand, L’œuvre sociale du PLM, thèse pour le..., le PO en réserve dix [68][68] Le PO Illustré, n° 1, janvier 1929, p. 15., tandis que trois reviennent aux agents de l’Est.

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En 1929, le PLM signe un nouvel accord avec le tout nouveau sanatorium des Petites Roches, édifié par « l’Association métallurgique et minière contre la tuberculose » dans la commune de Saint-Hilaire-du-Touvet, en Isère. Situé à 1 200 m d’altitude, sur le plateau des Petites Roches, il s’adosse au pied de la Grande Chartreuse et bénéficie des équipements les plus modernes : salles d’examens, d’opérations et de radiographies, derniers appareils d’investigation et de traitement. Le réseau souligne que cette « nouvelle forteresse de défense contre la tuberculose constitue à tous égards l’un des derniers modèles du genre » [69][69] Bulletin PLM, n° 6, novembre 1929, p. 14.. Elle est ouverte aux cheminots sous certaines conditions. D’une capacité initiale de 300 lits, elle s’agrandit. Achevé en 1933, l’établissement accueille 646 malades dont un certain nombre de travailleurs de l’état, du Nord, du PLM et du PO.

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L’interdiction légale de mêler les deux sexes dans les sanatoria, et ce jusqu’en 1934, impose aux entreprises ferroviaires de recourir à d’autres établissements pour le personnel féminin et les femmes et les filles d’agents. Le PLM les dirige vers le sanatorium de Mangini à Hauteville, dans l’Ain. Les jeunes filles se retrouvent à Héricy qui est une maison de campagne tenue par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul [70][70] Actuellement dans la Seine et-Marne.. À partir de 1931, tous les réseaux orientent cette catégorie de malades vers l’établissement de Champrosay qui appartient au « Sanatorium des Cheminots ».

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Depuis sa création en 1907, l’Institut Hélio-Marin de la Côte d’Azur, à Hyères accueille pour sa part les enfants des cheminots PLM, des « sujets peu touchés et aussi des malades plus sérieux » [71][71] Bulletin PLM, n° 28, juillet 1933, p. 105.. Les Chemins de fer de l’Est et de l’Etat envoient les leurs à Villiers-sur-Marne. Depuis la même date, à Hyères, le sanatorium du Mont-des-oiseaux est réservé au personnel des deux sexes « ayant une éducation suffisante pour ne pas détonner [sic] dans le milieu assez élevé pour lequel [a] été construit cet établissement » [72][72] Moreau Armand, op. cit., p. 163.. Ainsi la société, y compris les réseaux ferroviaires, « n’oublie pas non plus les « personnes de la classe moyenne » qui ne seraient guère à leur place dans un sanatorium pour indigents mais qui ne peuvent s’offrir un séjour en Suisse » [73][73] Grellet Isabelle et Kruse Caroline, op. cit., p. 2....

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La persistance de la maladie et les progrès du dépistage poussent les compagnies à contracter de plus en plus d’accords dans les années 1930. Dans le même temps, l’offre sanatoriale s’est profondément étoffée. En 1930, le PLM entretient des relations avec pas moins de dix-sept sanatoria. En plus de dix lits à Bligny, le Paris-Orléans entretient « 10 lits pour l’ensemble des établissements de Kerpape (Morbihan) et de Berck-Plage (Pas-de-Calais) ; 15 lits au sanatorium de Bel-Air, à la Membrolle-sur-Choisille (Indre-et-Loire) » [74][74] Le PO Illustré, op. cit.. Le réseau de l’état recourt, en autres, aux services des établissements de Villiers-sur-Marne, de Lay-Saint-Christophe près de Nancy, de Saint-Hilaire-du-Touvet et du dispensaire Léon Bourgeois à Paris. Comme le PO, l’Est confie certains malades au sanatorium de Berck-Plage.

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En 1919, Clemenceau limite à 30 000 le nombre de lits en sanatoria alors qu’il en faudrait entre 50 et 60 000 [75][75] Dessertine Dominique et Faure Olivier, op. cit., p..... Dès lors deux compagnies, celle d’Alsace-Lorraine et de l’Est, ne sont pas satisfaites du délai d’attente pour l’admission de leur personnel. Pour pallier ce problème, elles décident d’ouvrir leurs propres établissements de cure antituberculeux qui restent deux cas isolés. En 1926, la caisse de maladie du réseau Alsace-Lorraine inaugure son sanatorium de Haslach-sur-Munster dans le Haut-Rhin. Situé à 670 m. d’altitude sur un parc de quatre hectares, il bénéfice du climat favorable de la vallée de Munster. Mais ce n’est pas sans mal que cette maison de cure a vu le jour. La construction débute en 1913, lorsque la Deutsche Eisenbahngesellschaft, la société des chemins de fer allemands, reçoit un terrain de la part de la mairie de Munster [76][76] Kapps Christian, « La maison de santé médicale et de.... Le gros œuvre de l’établissement et ses deux pavillons latéraux sont achevés lorsque la Première Guerre mondiale débute. Les bâtiments connaissent plusieurs péripéties pendant le conflit. En 1918, la caisse maladie du réseau Alsace-Lorraine en hérite et engage les travaux nécessaires pour les achever. Terminé en 1926, le sanatorium reçoit un équipement de radiologie, encore rare à cette époque. Les 120 lits sont destinés aux agents de sexe masculin. À partir de la fin des années vingt, la signature d’accords avec les Compagnies du Nord, du PLM et du PO permet à leurs agents de bénéficier de places dans cet établissement.

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Les Chemins de fer de l’Est acquièrent, pour leur part, après deux ans de recherche, le Château de Séricourt en 1929. Ce domaine de plus de 130 hectares, situé sur le territoire de la commune de Bussières doit accueillir son futur sanatorium [77][77] Actuellement dans l’Essonne.. Le professeur Léon Bernard a reconnu les qualités thérapeutiques du plateau qui sépare la vallée de la Marne de celle du Morin. Un vaste bâtiment de 120 m de longueur à deux étages sur sous-sol est édifié dans la partie nord de la propriété. Le rez-de-chaussée est consacré au réfectoire et à la cuisine au centre du bâtiment, tandis que des vestiaires généraux et des chambres sont aménagés dans les ailes gauche et droite. Une magnifique galerie de cure est bâtie sous la terrasse promenoir du rez-de-chaussée. Au premier étage, la partie centrale est réservée à l’infirmerie et au centre de soins, lequel comprend tout le matériel pour « y pratiquer toutes les interventions ayant fait leur preuve dans le traitement de la tuberculose pulmonaire » [78][78] Dépret Paul, op. cit., p. 79.. De part et d’autre, les ailes distribuent des chambres individuelles ou de quatre lits. Au second étage, une salle de réunion, un cinéma et une salle de TSF améliorent les conditions de séjour des malades. Ainsi conçu, cet établissement est aussi moderne que certains sanatoria privés avec lesquels les compagnies passent des accords. Cette maison de cure, ouverte le 15 juin 1931, peut recevoir 120 malades masculins, agents de la Compagnie de l’Est ou des autres réseaux dans la limite des places restantes. L’administration est assurée par un médecin directeur et un médecin assistant. Une quinzaine de sœurs de l’Ordre des Sœurs du Très-Saint-Sauveur et une dizaine d’orphelines composent le personnel d’exécution.

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En 1929, Raoul Dautry envisage devant les médecins du réseau de l’état « la création d’un préventorium pour les enfants et d’un sanatorium » pour les cheminots et leurs familles. Mais la crise économique des années trente et le retard important de la compagnie dans le domaine médical et social lui imposent de porter ses efforts ailleurs, et ces propositions restent à l’état de projet.

Le Sanatorium des Cheminots

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Si les compagnies se préoccupent du placement de leur personnel dans des établissements publics ou privés, la corporation, par l’intermédiaire du mouvement mutualiste et de l’œuvre du « Sanatorium des Cheminots » dispose de ses propres centres de cure. Ce groupement a été fondé par « l’Union nationale des cheminots » en 1917 et reconnu d’utilité publique par un décret du 18 juin 1918. Son but est de, « combattre la tuberculose parmi les membres de la corporation des chemins de fer français et coloniaux en activité ou retraité, de soigner et guérir ceux qui pourront être reçus dans ses établissements et apporter dans les limites de ses ressources, l’assistance morale et matérielle aux malades et à leur famille » [79][79] Tannou Gaston-Francis, op. cit., p. 57..

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Afin d’atteindre ses objectifs, le « Sanatorium » lance une souscription qui rapporte plus de 445 000 francs en 1918. Le concours de généreux donateurs, de la Croix-Rouge américaine et des grands réseaux complète les fonds nécessaires à l’acquisition d’une propriété. Cette dernière se situe dans l’ancien parc des Frères maristes, précédemment occupé par un hôpital canadien, dans la commune de Ris-Orangis. Les travaux d’aménagement du premier sanatorium se déroulent de 1918 à 1920. Inauguré le 9 juillet 1921 et d’une capacité de 51 lits, ce centre de cure est réservé aux agents masculins. Le nombre de places se révèle rapidement insuffisant pour faire face aux nombreuses demandes. Le 26 mai 1929, un nouveau pavillon de 100 places est inauguré, annexé au bâtiment principal ouvert précédemment. Il comporte tous les équipements de pointe : salle de radiographie, de rayons ultra-violets, laboratoire et pharmacie [80][80] Les médecins ont à leur disposition un appareil de.... Le confort des patients n’est pas oublié avec une salle de réunion, une salle de lecture et une bibliothèque.

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En 1924, la société de secours mutuels songe à créer un sanatorium pour les agents féminins et les femmes ou filles d’agent. Grâce à l’aide du département de la Seine-et-Oise et au nombre toujours plus important de membres, elle achète un domaine de cinq hectares à Champrosay, dans la commune de Draveil [81][81] Actuellement dans l’Essonne.. Il se situe en bordure de la forêt de Sénart, laquelle sépare les deux sites appartenant à l’Œuvre. Confrontée à des problèmes financiers, elle restreint provisoirement son ambitieux projet. Un premier ensemble de vingt-cinq lits est inauguré en août 1927. Trois ans plus tard, la première pierre du perron, d’un bâtiment de 154 mètres de long destiné à accueillir 100 places, en chambres de un et trois lits, est posée. L’édifice qui s’élève déjà sur trois étages est achevé l’année suivante. Lors de l’inauguration, le 7 juin 1931, M. Blaisot, le ministre de la Santé félicite et encourage les mutualistes par ces mots : « vous ici, Cheminots de France et d’Algérie, vous avez montré par le bel effort réalisé dans vos deux sanatoriums, que vous possédez cette intelligence de la vie. Aimez-la pour vous, pour vos foyers, pour vos semblables : protégez-la, défendez-la » [82][82] Bulletin PLM, n° 16, juillet 1931, p. 127..

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La mutuelle ne relâche pas ses efforts. En 1931, elle acquiert la magnifique propriété « Les Lions » toujours à Champrosay, située au milieu d’un parc, avec des pelouses et des sous-bois, qui descendent en pente douce vers la Seine. Le futur centre hospitalier doit accueillir « les cheminots les plus atteints, les plus grands fiévreux dont l’état de santé ne permet pas l’admission dans [les] deux établissements de cure et qui, se trouvant ainsi contraint de séjourner en famille, constituent des facteurs de contamination » [83][83] Le PO Illustré, n° 22, juillet 1932, p. 6.. Une première section de vingt-cinq lits est inaugurée le 26 juin 1932. Deux ans plus tard, cent neuf places, finalement, complètent le dispositif de lutte contre la tuberculose de l’Œuvre. Lors de l’inauguration de ce complexe, son nouveau président M. Calley annonce qu’il est baptisé « Centre hospitalier Émile Lefebvre » en l’honneur du président fondateur du « Sanatorium des Cheminots », décédé en 1934. Ainsi, les trois établissements mutualistes permettent le traitement des cheminots quel que soit le stade de leur maladie.

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Pour mener à bien son action, la société de secours mutuels dispose de deux ressources principales. D’une part, elle compte sur la cotisation de ses membres. Et si celle-ci n’est pas très élevée, le nombre croissant d’adhérents - qui passe de 3 000 en 1922 à 101 000 en 1928, et plus de 170 000 en 1935 - lui procure des revenus importants. Par ailleurs, les comités locaux organisent régulièrement des fêtes de bienfaisance, des ventes de charité ou des ventes de billets de tombola pour recueillir des fonds supplémentaires. L’organisation recourt d’autre part aux subventions de l’état, des collectivités locales ou des grands réseaux. Ces derniers versent tous une subvention annuelle de fonctionnement, auxquels ils adjoignent des sommes extraordinaires. Ils distribuent ainsi 625 000 francs pour l’extension de Champrosay ou 150 000 fr. pour la création du centre hospitalier. Si ces sommes paraissent importantes, elles sont loin de couvrir les frais de construction. Le coût d’un lit en sanatorium est en effet estimé à 10 000 fr. en 1935 [84][84] Dessertine Dominique et Faure Olivier, op. cit., p...., il s’agit donc d’investissements importants. La solidarité de la corporation est donc indispensable pour la réalisation de tous ces projets.

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Quel que soit le type de sanatorium dans lequel les malades sont soignés, ils ne payent jamais les frais de séjour. Dans tous les cas, les entreprises les règlent directement aux établissements. Ensuite deux politiques se pratiquent. Le PLM, par exemple, s’en fait rembourser une partie par l’agent. Cette part est variable en fonction de ses ressources et de ses charges de manière à assister, avec une somme donnée, le plus grand nombre possible de travailleurs. Il admet que le remboursement des frais s’échelonne sur une période plus longue que la durée de la cure, mais la gratuité reste exceptionnelle. À la Compagnie de l’Est, la participation des intéressés aux frais de séjour est libéralement comprise : les agents, pères de familles, jouissent de la gratuité complète. Les agents mariés, sans enfant, ne paient que pendant la période où ils jouissent de la solde entière, c’est-à-dire les 120 premiers jours d’hospitalisation. Les cheminots de l’état et du Nord jouissent pour leur part de la gratuité totale comme ceux d’Alsace-Lorraine hospitalisés au sanatorium de Munster.

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D’après le statut de 1920, les travailleurs du rail, en cas de maladie, perçoivent leur traitement intégral pendant les premiers 120 jours, puis une demi-solde pendant encore 90 jours, soit un total de 210 jours. Faut-il y voir une corrélation ; mais la durée moyenne des séjours en sanatorium excède très rarement quatre mois. Alors qu’elle est de quatre mois et demi pour les agents du PLM en 1930, elle se réduit à 120 jours cinq ans plus tard. Dans tous les cas, la limitation de la durée du séjour permet de ne pas priver la famille cheminote d’un revenu d’autant plus essentiel que le taux d’emploi des conjoints est plus faible que dans le reste de la société française.

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Durant tout l’entre-deux-guerres, les progrès du dépistage et du suivi médical entraînent une augmentation du nombre de malades envoyés en cure. Au PLM, il passe de 86 en 1919 à 392 en 1930, et 445 en 1935, soit une multiplication par cinq du nombre d’agents ou membres de leur famille traités en seize ans. À l’état, ce chiffre est de 60 en 1928, 168 en 1932 et 252 l’année suivante, soit une multiplication par quatre en cinq années. Au Nord, les placements en sanatorium passent de 71 en 1929 à 252 en 1933, soit une multiplication par 3,5. Ces augmentations traduisent indéniablement les succès de la détection de la maladie parmi les cheminots. Mais ont-ils une réelle efficacité dans la lutte contre le fléau ?

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D’après Pierre Guillaume, « les progrès de la chirurgie thoracique et la cure sanatoriale donnent, à partir des années 1930 environ, des perspectives crédibles de guérison ou d’amélioration durable » [85][85] Guillaume Pierre, op. cit., p. 13., aux tuberculeux. D’après le président du « Sanatorium des cheminots », sur 2 346 agents soignés entre 1921 et 1931, le bilan s’établit comme tel : « décès 677, soit 29 %, vivants 1 669, soit 71 % » [86][86] Bulletin PLM, n° 16, op. cit.. Ces chiffres confirment donc que l’état de santé des cheminots s’améliore, voire qu’ils guérissent.

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En revanche, les perspectives pour les anciens malades d’un retour à une vie normale sont plus nuancées. En effet, sur les 1 669 agents vivants, « 560 ont quitté les réseaux par suite de mise à la réforme ou démission, 47 % assurent leur service normal » [87][87] Ibid.. La maladie laisse donc des séquelles importantes qui empêchent la majorité des cheminots d’exercer normalement leur métier.

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Certes le dépistage de plus en plus précoce des porteurs du bacille de Koch augmente leur chance de stabilisation, si ce n’est de guérison totale. Au PLM, par exemple, « sur les agents reconnus porteurs de lésions pulmonaires, le déchet constitué par les décès, réformés ou mises en disponibilité a été de 15,1 % en 1935 contre 16,7 % en 1934. Le taux de productivité des tuberculeux dépistés durant les quatre années fait ressortir une progression régulière (51 % en 1932, 74 % en 1935) ; ce qui prouve l’amélioration constatée du rendement des agents remis en service après la diminution de la gravité moyenne des cas de tuberculose dépistée chaque année » [88][88] Tocanne R., L’évolution des chemins de fer français.... En 1938, la SNCF annonce pour sa part que « 77 % des tuberculeux dépistés et soignés ont été remis au travail » [89][89] Notre Métier, n° 11, 15 mai 1939, p. 4..

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Ainsi, si la lutte contre la tuberculose limite le nombre d’agents atteints, il est difficile de parler de franche victoire.

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Quant aux cheminots qui peuvent assurer un « service normal », ils sont en réalité peu nombreux. Certaines compagnies, comme l’Est ou l’état, permettent à leur personnel de se rendre après leur cure au centre de récupération sociale d’étrembrières, pour une période transitoire de réadaptation au travail [90][90] Ces entreprises sont en avance sur le droit social..... Mais le retour des cheminots dans leur service d’origine est souvent impossible. En effet, « l’agent, même guéri, est néanmoins, le plus souvent, un sujet amoindri dans ses capacités physiques pour un certain nombre d’années » [91][91] Beaufils Roger, op. cit., p. 63.. Il ne peut plus être soumis aux perturbations climatiques, ni à des travaux de force à cause de ses problèmes respiratoires, et doit souvent être dispensé du service de nuit.

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Ainsi, au Nord, « lorsque l’agent commence à reprendre du service, de nombreuses facilités lui sont accordées. Le chef de service est invité à lui réserver un travail peu fatigant, un « service doux » » [92][92] Ibid., p. 65.. La Compagnie de l’état propose un « service atténué », mais le principe reste le même. Dès lors les anciens malades se voient souvent proposer les métiers de gardien, concierge ou surveillant de cours qui correspondent aux prescriptions du service médical. En 1938, la SNCF étend cette disposition à tous les cheminots. Mais ces mesures sont très contraignantes car « les conditions modernes du travail, dans les dépôts, les ateliers ou sur la voie exigent que pendant huit heures de travail, l’ouvrier fournisse un rendement maximum et le service est organisé en ce sens » [93][93] Tannou Gaston-Francis, op. cit., p. 53.. De plus, l’adaptation de l’ancien malade à un nouveau poste est compliquée, c’est pourquoi la réforme reste souvent la solution de facilité pour les employeurs.

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En définitive, le bilan de la lutte contre la tuberculose aux chemins de fer dans l’entre-deux-guerres est contrasté. En 1936, le président du conseil d’administration du PO-Midi paraît satisfait, « la lutte que nous poursuivons avec ténacité contre les maladies pulmonaires a commencé à porter ses fruits et nous avons enregistré - avec quelle joie - un commencement de régression du mal. Succès inappréciable en soi, succès qui me permet de rendre un hommage ému à celles dont le dévouement l’a obtenu : je veux nommer nos surintendantes, nos infirmières visiteuses, nos sœurs de Saint-Vincent-de-Paul » [94][94] Le PO-Midi Illustré, n° 46, juillet 1936, p. 33..

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Il faut interpréter ce discours, comme un signe d’encouragement pour les services médicaux et non pas comme l’annonce d’une victoire, fut-elle sur le moyen terme.

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La tuberculose demeure en effet une maladie difficilement guérissable. Certes la propagande et l’éducation à l’hygiène limitent sa propagation au sein de la corporation. Le dépistage précoce restreint sa contagion et ses effets les plus néfastes, tandis que les séjours en cure apportent souvent une stabilisation, mais non un rétablissement complet. D’ailleurs « jusqu’à l’utilisation efficace des antibiotiques, dans la décennie qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, la tuberculose est restée un mal incurable, dont on pouvait freiner l’évolution fatale, mais que l’on ne pouvait pas vaincre » [95][95] Guillaume Pierre, op. cit., p. 9..

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Par ailleurs, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale tend à réduire à néant les efforts des réseaux de chemins de fer, mais aussi de la société française, consentis depuis 1919, dans la lutte contre la maladie. En décembre 1939, le président de la SNCF, tirant les leçons du passé, sait que la guerre va avoir des conséquences néfastes sur l’éradication du mal. Il confie, lors d’un appel en faveur du timbre antituberculeux qu’« il est à craindre que la guerre ne provoque une recrudescence de la tuberculose, d’une part en raison des facilités qu’elle donne à sa contagion, d’autre part en raison des fatigues qu’elle engendre et des conditions de vie qu’elle crée pour un grand nombre d’individus tant civils que militaires » [96][96] Notre Métier, n° 2 (série de guerre), 15 décembre 1939,.... Il exhorte le monde du rail à rester mobilisé car sa solidarité et sa persévérance dans la lutte contre ce terrible fléau ne sont plus à démontrer depuis 1919.

Notes

[1]

Avant la création de la SNCF en 1938, il existe sept grands réseaux de chemins de fer en France : la Compagnie d’Alsace-Lorraine, la Compagnie de l’Est, la Compagnie de l’État, la Compagnie du Midi, la Compagnie du Nord, la Compagnie du Paris à Lyon et à la Méditerranée et la Compagnie du Paris-Orléans (PO).

[2]

Rivet Lucien et Hirschberg Fernand, « La lutte antituberculeuse sur le réseau du Nord », Revue Générale des Chemins de Fer, janvier 1932, p. 3. Désormais on utilisera l’abréviation RGCF pour citer cette revue.

[3]

Murard Lion et Zylberman Patrick, L’hygiène dans la République. La santé publique en France ou l’utopie contrastée, 1870-1918, Paris, Fayard, 1996, p. 546.

[4]

Guillaume Pierre, Du désespoir au salut : les tuberculeux aux XIXe et XXe siècles, Paris, Aubier, 1986, p. 155.

[5]

Tannou Gaston-Francis, La lutte antituberculeuse sur le réseau des chemins de fer de l’État, doctorat, médecine, Paris, 1935, p. 19.

[6]

Rivet Lucien et Hirschberg Fernand, art. cit.

[7]

Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans, Notice sur les institutions fondées par la compagnie en faveur de son personnel, Paris, Imp. Hemmerlé Petit et Cie, 1922, p. 26.

[8]

Dépret Paul, Etude sur l’œuvre sociale de la Compagnie des chemins de fer de l’Est, thèse pour le doctorat de droit, Université de Paris, Verdun, Imp. H. Fremont et Fils, 1936, p. 76.

[9]

Le PO Illustré, n° 1, janvier 1929, p. 15.

[10]

Deligné Maurice, Les dispensaires de la Compagnie des chemins de fer du Midi. Leur utilité médicale et sociale, doctorat, médecine, Bordeaux, 1928, p. 29.

[11]

Id.

[12]

Pinel Suzanne, « Suzanne Umbdenstock… Une patronne ! 1890-1974 », in Charrier Marie-Françoise, Feller Elise (dir.), Aux origines de l’action sociale. L’invention des services sociaux aux chemins de fer, Ramonville, Érès, 2001, p. 167.

[13]

Tannou Gaston-Francis, op. cit., p. 35.

[14]

Beaufils Roger, L’organisation de la lutte antituberculeuse sur un grand réseau de chemins de fer, doctorat, médecine, Paris, 1933, p. 69.

[15]

Le nom de ce réseau reste inconnu. Ces chiffres sont cités, en 1950, par le docteur Alibert, le chef du Service médical de la SNCF.

[16]

Docteur Alibert, « Dépistage et prophylaxie de la tuberculose à la SNCF », Informations médicales, n° 28, octobre 1950, p. 160.

[17]

Levy Pierre, « Mesures prises au réseau des Chemins de fer de l’État pour protéger le personnel contre les accidents du travail et contre la maladie », RGCF, septembre 1933, p. 5.

[18]

Guillaume Pierre, op. cit., p. 254.

[19]

Il est regrettable qu’aucune enquête globale ne puisse infirmer ou confirmer ces chiffres.

[20]

Dautry Raoul, Métier d’homme, Paris, Plon, 1937, p. 253.

[21]

L’État… Notre Réseau, n° 47, juillet 1935, p. 2.

[22]

Deligné Maurice, op. cit., p. 37-38.

[23]

Dessertine Dominique et Faure Olivier, Combattre la tuberculose, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1988, p. 25.

[24]

Murard Lion et Zylberman Patrick, op. cit., p. 23.

[25]

Dautry Raoul, op. cit., p. 256.

[26]

Levy Pierre, art. cit., p. 280.

[27]

Le Musée social, « L’effort social des grands réseaux de chemins de fer en faveur de leur personnel », Revue, novembre 1935, p. 339.

[28]

Baudouï Rémi, Raoul Dautry, 1880-1951. Le technocrate de la République, Paris, Balland, 1992, p. 91.

[29]

Dépret Paul, op. cit., p. 76.

[30]

Rivet Lucien et Hirschberg Fernand, art. cit., p. 5.

[31]

Ibid., p. 4. La compagnie s’entoure notamment de Lucien Rivet qui est médecin de l’hôpital Lariboisière à Paris.

[32]

Compagnie du PLM, Rapport du Conseil d’administration, avril 1931, p. 46.

[33]

Certaines compagnies recourent au dépistage radiologique systématique pour l’embauche de leur personnel à partir des années 1930. La SNCF généralise cette pratique en 1943. Le dépistage radiologique est rendu obligatoire dans toutes les entreprises par la loi du 11 octobre 1946. Les chemins de fer sont donc des précurseurs dans ce domaine.

[34]

Compagnie du Midi, Rapport du Conseil d’administration, avril 1930, p. 14.

[35]

Le Musée social, art. cit., p. 337.

[36]

Bouneau Christophe, « Le modèle paternaliste cheminot : la politique sociale de la Compagnie du Midi, (1852-1937) », Bulletin d’Histoire de la Sécurité sociale, n° 40, juillet 1999, p. 39.

[37]

Dautry Raoul, op. cit., p. 260.

[38]

Le PO Illustré, n° 1, janvier 1929, p. 12.

[39]

Id.

[40]

Le dispensaire de Bordeaux s’organise de la manière suivante : « Au rez-de-chaussée, après le vestibule d’entrée, sur lequel s’ouvre le bureau administratif, [se trouvent] le hall central, une immense salle carrée, avec des murs recouverts de carreaux blancs, des boiseries et des bancs de couleur claire, et, tout au fond, un guichet pour la distribution des tickets aux malades. Le tout est éclairé par en haut d’une lumière filtrée par des carreaux bleus. »

[41]

Grellet Isabelle et Kruse Caroline, Histoire de la tuberculose. Les fièvres de l’âme, 1800-1940, Paris, Editions Ramsay, 1983, p. 189.

[42]

M. Richon, « Le nouveau dépôt de Nevers », RGCF, août 1932, p. 127.

[43]

Deligné Maurice, op. cit., p. 15.

[44]

Dessertine Dominique et Faure Olivier, op. cit., p. 66.

[45]

M. Flament, « L’organisation de l’hygiène sociale dans les cités du réseau du Nord. Création d’un équipage mobile de radiologie », RGCF, janvier 1931, p. 61.

[46]

L’État… Notre réseau, n° 22, juillet 1933, p. 11.

[47]

Selon l’ingénieur en chef de la Compagnie de l’État, le wagon comprend : « 1° La salle d’attente ; 2° Le bureau des assistantes sociales […] ; 3° Deux cabines de déshabillage ; 4° Le cabinet du médecin […] ; 5° La salle de radioscopie proprement dite […] ; À proximité immédiate de la salle de radiologie et communiquant avec elle, un laboratoire de photographie pour développer les clichés […] ; enfin un laboratoire d’examens bactériologiques et d’analyses diverses. »

[48]

Levy Pierre, art. cit., p. 281.

[49]

Thévenet Laurent, Les assistantes sociales des chemins de fer. Émergence et construction d’une identité professionnelle, (19191949), mémoire de maîtrise, histoire, Paris VII, 1997, p. 140.

[50]

Beaufils Roger, op. cit., p. 43-44. Le nombre croissant d’examens effectués par les médecins confirment cette affluence.

[51]

Ibid., p. 40.

[52]

Rivet Lucien et Hirschberg Fernand, art. cit., p. 5.

[53]

Levy Pierre, art. cit. Seul ce chiffre global est cité par l’auteur. Une vérification par année s’est révélée impossible car la plupart des archives du service médical de la compagnie ont disparu.

[54]

Ibid., p. 280.

[55]

Compagnie du PLM, op. cit.

[56]

Anonyme, « Les résultats de l’exploitation des chemins de fer de l’État en 1931 », RGCF, août 1932, p. 475.

[57]

Levy Pierre, art. cit., p. 282.

[58]

Bulletin PLM, n° 33, mai 1934, p. 60.

[59]

Levy Pierre, art. cit., p. 281.

[60]

L’État… Notre réseau, numéro de propagande, août 1931, p. 15.

[61]

L’État… Notre réseau, n° 14, novembre 1932, p. 13.

[62]

Thévenet Laurent, « Aux origines de l’action sociale aux chemins de fer », in Charrier Marie-Françoise, Feller Elise (dir.), op. cit., p. 59.

[63]

Chaussidière Camille, La lutte contre la tuberculose. Sa forme actuelle, ses résultats, son avenir, thèse pour le doctorat de médecine, Université de Paris, Paris, Librairie Le François, 1931, p. 153.

[64]

Guillaume Pierre, op. cit., p. 181.

[65]

Compagnie du PLM, op. cit., p. 46.

[66]

Actuellement dans l’Essonne.

[67]

Moreau Armand, L’œuvre sociale du PLM, thèse pour le doctorat de droit, Université de Paris, Paris, Imp. du Montparnasse et de Persan-Beaumont, 1927, p. 164.

[68]

Le PO Illustré, n° 1, janvier 1929, p. 15.

[69]

Bulletin PLM, n° 6, novembre 1929, p. 14.

[70]

Actuellement dans la Seine et-Marne.

[71]

Bulletin PLM, n° 28, juillet 1933, p. 105.

[72]

Moreau Armand, op. cit., p. 163.

[73]

Grellet Isabelle et Kruse Caroline, op. cit., p. 221.

[74]

Le PO Illustré, op. cit.

[75]

Dessertine Dominique et Faure Olivier, op. cit., p. 41.

[76]

Kapps Christian, « La maison de santé médicale et de cure de Haslach », Les cahiers des Caisses de prévoyance et retraite, SNCF, n° 2, juillet 2002, p. 113.

[77]

Actuellement dans l’Essonne.

[78]

Dépret Paul, op. cit., p. 79.

[79]

Tannou Gaston-Francis, op. cit., p. 57.

[80]

Les médecins ont à leur disposition un appareil de radioscopie, très répandu, et un appareil de radiographie, plus rare, qui permet un examen plus précis et moins dangereux.

[81]

Actuellement dans l’Essonne.

[82]

Bulletin PLM, n° 16, juillet 1931, p. 127.

[83]

Le PO Illustré, n° 22, juillet 1932, p. 6.

[84]

Dessertine Dominique et Faure Olivier, op. cit., p. 67.

[85]

Guillaume Pierre, op. cit., p. 13.

[86]

Bulletin PLM, n° 16, op. cit.

[87]

Ibid.

[88]

Tocanne R., L’évolution des chemins de fer français en 1935, Paris, L’Edition Artistique, 1935, n.p.

[89]

Notre Métier, n° 11, 15 mai 1939, p. 4.

[90]

Ces entreprises sont en avance sur le droit social. L’ordonnance du 31 octobre 1945, relative à l’organisation et au fonctionnement de la lutte contre la tuberculose, et le décret du 6 janvier 1950, relatif à l’organisation des établissements de postcure pour l’adaptation et la réadaptation professionnelle des tuberculeux, reconnaissent le droit à une réadaptation pour tous les tuberculeux, sous certaines conditions.

[91]

Beaufils Roger, op. cit., p. 63.

[92]

Ibid., p. 65.

[93]

Tannou Gaston-Francis, op. cit., p. 53.

[94]

Le PO-Midi Illustré, n° 46, juillet 1936, p. 33.

[95]

Guillaume Pierre, op. cit., p. 9.

[96]

Notre Métier, n° 2 (série de guerre), 15 décembre 1939, p. 4.

Plan de l'article

  1. Une situation sanitaire préoccupante
  2. Dépistage et prévention de la maladie
  3. Les soins curatifs
  4. Le Sanatorium des Cheminots

Pour citer cet article

Lamoureux David, « Le combat des cheminots contre la tuberculose (1919-1939) », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2008 (N° 1), p. 59-77.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2008-1-page-59.htm


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