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Revue d'histoire de la protection sociale

2008/1 (N° 1)


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Le débat qui ces dernières années a permis un des croisements les plus fructueux entre la recherche féministe centrée sur les politiques sociales et les théories plus contemporaines de l’état-providence reste relativement méconnu en France [2][2] Dans un ouvrage consacré aux questions soulevées par.... Ce débat illustre à mon avis de façon particulièrement intéressante le nécessaire aggiornamento de la théorie féministe pour repenser le rapport des femmes au pouvoir politique et à l’état. Car ce débat met en lumière la question de l’agency des femmes dans un contexte de transformation profonde des modalités de leur intervention et les façons dont nous pourrions en rendre compte aujourd’hui alors que les concepts nous manquent cruellement pour théoriser ces pratiques. Précisons que ces deux notions d’agency et de gender sont des catégories importées des théories féministes anglo-américaines, développées en histoire par Joan Scott et Nathalie Z. Davis, et reprises en France par les historiennes des femmes et du genre dans les années 1980. Toutefois, la notion d’agency qui consiste à identifier les capacités d’agir des femmes sans nier leur domination a été peu utilisée par les historiennes en France. En ce qui concerne le genre, au contraire, le récit historique s’en est largement saisi, pour observer comment la politique construit le genre et comment le genre construit la politique, comment les sociétés différencient les hommes des femmes, comment fonctionne le principe hiérarchique de partition, comment se construit le savoir culturel sur la différence des sexes et quels sont ses effets de pouvoir [3][3] Françoise Thébaud en fait l’analyse circonstanciée....

Genre et États-providence

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Ainsi le débat sur le genre des états-providence a mobilisé et continue de mobiliser de nombreux chercheurs en Europe comme en Amérique, surtout en science politique et concernant les sociétés occidentales contemporaines. Deux démarches, qui sont restées assez longtemps parallèles, ont marqué l’historiographie des années 1980-1990 : celle interne au féminisme qui module le rapport au pouvoir des femmes selon les différents régimes de citoyenneté et celle qui a conduit à distinguer les différentes modalités de fonctionnement des états-providence [4][4] Jane Jenson distingue ainsi les régimes de citoyenneté.... C’est essentiellement autour du livre de Gøsta Esping-Andersen, que se sont concentrées les critiques féministes [5][5] Esping-Andersen Gøsta, Les trois mondes de l’État-Providence ;.... On lui reprochait de ne pas avoir pris en considération dans la construction de ses trois modèles (conservateur, libéral et social-démocrate) la dimension du care et du travail non rémunéré des femmes dans la sphère privée [6][6] Il en a pris bonne note, et a intégré certaines de.... On se concentrera ici sur les intersections de ce débat pour mieux comprendre la nature des politiques sociales adoptées dans les pays occidentaux de la fin du XIXe siècle aux années 1930 environ et qui globalement ont permis aux femmes d’être bénéficiaires d’aides de l’état comme mères de famille (pensions aux mères, allocations familiales, etc.) [7][7] À la suite des travaux pionniers de Linda Gordon (dir.),.... L’émergence du concept de care relatif à la prise en charge des personnes dépendantes permet le renouvellement des approches portant sur le Welfare. Des féministes ont porté leur attention sur la prise en charge d’activités salariées, souvent féminines, plutôt que sur les conséquences des dispositifs de socialisation des tâches domestiques. Il en ressort que le développement du Welfare State a permis d’accroître le pouvoir des femmes dans la société et de peser sur le contenu des politiques sociales et familiales. Mais, dans le même temps, l’Etat a soutenu voire accentué les inégalités de sexe, par son intervention ou sa non intervention avec des mesures discriminantes pour les femmes (travail à temps partiel, emploi de domestiques pour senior peu rémunéré, faiblement qualifié, etc.). Cette prise en charge par l’état de tâches d’entretien et de care, réputées privées et féminines a notamment contribué à élargir le périmètre d’intervention de l’état ainsi que le type de citoyenneté accordé aux mères, qui devenait de ce fait plus inclusif [8][8] Sur la question du care, ou soin (également souci des.... Il s’agissait alors de savoir si ces politiques sociales avaient un potentiel émancipateur pour les femmes et si elles pouvaient être une émanation des revendications sociales menées par des groupes de femmes entre autres groupes de pression. Il devenait essentiel d’analyser les conditions sous lesquelles l’action publique pouvait intégrer une dimension émancipatrice pour les femmes. Depuis, toute une polémique s’est installée autour de ces questions que sont l’agency des femmes, le maternalisme, les politiques sociales issues du care, que je tenterai d’élucider tout en donnant mon interprétation à partir de conclusions encore provisoires de mes travaux comparatifs sur des associations féminines françaises et québécoises durant le premier vingtième siècle.

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Il faut souligner que ce débat aura eu l’avantage de briser le carcan du monolithisme qui a contribué à enfermer la recherche féministe pendant longtemps et y a introduit de nouvelles dimensions d’interprétation. Ainsi, je voudrais montrer ici que des associations de femmes (agency), en revendiquant une politique étatique autour des compétences féminines du care, ont développé une perspective maternaliste de la politique, qui leur a permis d’obtenir la reconnaissance de certaines de leurs fonctions [9][9] C’est ainsi que Lynn Y. Weiner dans son étude parue.... établi sur le rôle maternel des femmes au sein de leur famille et auprès de leurs enfants, ce rôle revendiqué et assumé par la plupart des associations de femmes leur permet de sortir de la sphère privée de la famille pour faire reconnaître leurs demandes de réforme par les partis et hommes politiques. Dans cette interprétation, le maternalisme suggère que les langages de la domesticité et de la famille sont utilisés par les femmes comme stratégies pour se définir un rôle propre et déployer leur action dans la sphère publique. Outre l’ouverture de nouvelles filières professionnelles dans le marché de l’emploi, cette action s’est concrétisée par l’obtention de politiques sociales (politiques des pensions aux mères par exemple dans les pays majoritairement protestants, ou des allocations familiales dans les pays majoritairement catholiques) et la reconnaissance d’une citoyenneté établie sur les nouveaux droits sociaux ainsi acquis [10][10] Nous avons dans d’autres textes montré par exemple.... On se demandera aussi en quoi cet épisode, historiquement limité aux années 1920 et 1930, a pu contribuer à l’émancipation des femmes françaises et québécoises qui sont ici l’objet de cette étude.

Le débat Esping Andersen-Orloff et la question du care

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Le débat s’est cristallisé autour de l’analyse comparative des régimes d’état-providence et a opposé Gøsta Esping-Andersen à des politistes américaines [11][11] Orloff, Ann Shola, « L’adieu au maternalisme ? Politiques.... Les systèmes de protection sociale sont essentiellement évalués par Esping-Andersen en fonction de la marge de liberté qu’ils concèdent aux individus par rapport à la nécessité de vendre leur force de travail pour atteindre un niveau de vie socialement acceptable. L’auteur retient ainsi trois critères pour caractériser les régimes d’état-providence. Le premier insiste sur les caractéristiques des droits sociaux, qui peuvent être universels et sont fonction de la participation des individus au marché du travail ou encore du revenu. Ces distinctions déterminent le degré d’indépendance des individus par rapport au marché du travail, soit le degré de démarchandisation. Ce concept, qui est au cœur du potentiel émancipateur des états-providence pour Esping-Andersen, constitue en réalité la variable centrale de son analyse. Le second critère, qui découle dans une large mesure de la définition des droits sociaux, est le type de stratification sociale résultant de la redistribution. Enfin, le dernier critère concerne le type de relations s’établissant entre Etat, marché et famille, dans la fourniture du bien-être social (welfare). A partir de ces trois critères, Esping-Andersen distingue trois régimes d’états-providence : le régime libéral (américain, canadien, etc..), le régime social-démocrate (les pays scandinaves essentiellement) et le régime conservateur/corporatiste (plutôt français et allemand), avec bien sûr des combinaisons plus ou moins subtiles pour chaque pays étudié.

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Les critiques féministes des travaux d’Esping-Andersen montrent que ces critères présentés comme universels sont en réalité fondés sur un modèle masculin et ne tiennent pas compte de la division sexuelle du travail. De plus, elles soulignent que les femmes, qui occupent un triple rôle dans ce système, comme bénéficiaires, employées et initiatrices de l’état-providence, ont façonné celui-ci ; elles ont aussi montré comment les relations entre les hommes et les femmes étaient à leur tour façonnées par ces politiques sociales (nouveau rôle de l’état comme soutien de famille). Toutes ces critiques mettent en évidence l’importance du travail de care fourni presque exclusivement par des femmes [12][12] Daly et Lewis proposent d’analyser le care comme « les..., au sein de la sphère privée mais pas exclusivement et de façon non rémunérée, mais pas toujours [13][13] Dans ses formulations plus récentes, le concept de.... La mise en évidence du travail de care permet ainsi de comprendre les transferts des activités autrefois privées des femmes (dans la famille, les associations, etc.) dans le nouveau secteur social et d’intégrer les transactions au sein de la famille dans le triptyque famille/Etat/marché qui a conduit Esping-Andersen à envisager la défamilialisation comme un de ses effets, ce que Orloff appelle aussi « l’adieu au maternalisme » [14][14] Orloff, Ann Shola, « L’adieu au maternalisme ? », art.....

Le care comme travail et comme action sociale

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Dans mes travaux antérieurs, j’ai montré comment ce travail du care aboutit à la professionnalisation des compétences féminines qui, de privées et gratuites, deviennent publiques et rémunérées par l’état ou les agences de protection sociale qu’il a mises en place [15][15] Cohen Yolande, Profession infirmière, op. cit. ; Les.... Cette contribution des femmes comme individus et des familles au welfare me semble essentielle à constater [16][16] A ce propos, Carole Pate-man souligne le paradoxe que... ; même si celle-ci n’a pas pour effet l’indépendance des femmes à l’égard de l’état, et les maintient dans une citoyenneté sociale de seconde zone [17][17] De manière plus négative - et parfois dans le même.... Car elle ne remet pas en cause fondamentalement la division sexuelle du travail qui en sort au contraire renforcée (nouvelles professions de service essentiellement féminines) et apparaît alors aux yeux des théoriciennes féministes comme un obstacle à l’accession des femmes à une pleine citoyenneté. Toutefois, cette participation nouvelle des femmes dans des professions majoritairement féminines (assistantes sociales, infirmières, employées de bureau, etc.) mais bien présentes dans le marché du travail révèle des changements qui se répercutent dans les régimes de citoyenneté.

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Elles permettent de nuancer encore davantage le concept de démarchandisation avancé par Esping-Andersen : en faisant de la capacité de se dégager de la nécessité de vendre sa force de travail le critère clé d’évaluation des politiques sociales, il n’envisage pas les difficultés spécifiques vécues par les femmes pour accéder ou se maintenir sur le marché du travail, du fait de leur assignation prioritaire au travail de care dans la famille. Toutefois, à cette critique féministe connue, il faut ajouter un autre élément qui est rarement pris en compte dans ce débat : à savoir l’importance pas uniquement symbolique que revêt la filière des professions féminines reliées au care. L’ouverture de ces nouvelles carrières permet à une poignée de femmes d’accéder à un marché de l’emploi beaucoup moins dépendant des politiques étatiques d’assistance, le secteur des professions étant régulé par ses propres normes et critères d’entrée (même si les professions féminines restent dominées, elles le sont sur un autre registre). Ainsi, les liens de dépendance de ces nouvelles professionnelles à l’égard de leurs familles (travail de care) se cumulent avec ceux d’un marché du travail qu’elles ont modelé aussi en fonction de leurs compétences. C’est pourquoi ces pionnières du travail social réclament-elles à la fois une aide de l’état (qui pourrait aussi émanciper les femmes de la famille, ce que Esping-Andersen nomme le processus de défamilialisation, ou l’adieu au maternalisme de Orloff) et une reconnaissance de leur contribution sociale qui leur permettrait un accès exclusif au marché de l’emploi (professions féminines). Cette revendication d’une politique étatique du care (que j’ai appelé un maternalisme d’état) a donc des effets importants sur la réorganisation des rapports de genre [18][18] Ce changement d’optique de l’analyse, des liens de....

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Ces politiques du care qu’elles réclament ont en effet des incidences essentielles sur les relations de genre en tant qu’elles contribuent à définir les responsabilités de l’Etat, du marché, de la famille (et souvent des femmes) et du tiers secteur dans la prise en charge des enfants, des adultes dépendants, créant tout un marché social du travail où les femmes sont loin d’être minoritaires [19][19] Jenson Jane, « Who cares ? Gender and welfare regimes »,.... De fait, ce travail d’entretien (maintenance) et de care s’ajoute au besoin, à l’emploi et à la citoyenneté pour fonder les droits sociaux (allocations ou benefits) qui seront garantis par l’état-providence [20][20] Sainsbury Diane, « Gender, Equality and the Welfare....

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Cette prise en considération de la dimension du genre dans l’analyse des politiques sociales, débouche sur de nouvelles classifications des régimes de protection sociale et sur la prise en compte de variables nouvelles dans leur analyse. Ainsi tout ce qui se situe autour du care devient un élément indispensable du dispositif. Parce qu’outre la famille, ce sont les églises qui traditionnellement étaient en charge de l’assistance, la variable religieuse apparaît également comme élément déterminant des orientations prises par les politiques sociales : solidarisme, assistance, sécurité sociale, assurance etc… se retrouvent de façon particulière dans les différentes politiques sociales selon les rapports qu’entretiennent les églises entre elles et avec l’état. Leur étude historique permet souvent d’identifier des filiations religieuses très différentes. Le cas du Québec est révélateur de la confrontation entre deux modèles très différents, le communautarisme (libéral) anglo-protestant d’un côté, et le solidarisme (corporatiste) franco-catholique de l’autre.

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Elle permet aussi de mieux comprendre l’influence que les femmes ont pu avoir, par l’action collective organisée, sur les orientations prises par des politiques qui les affectent au premier chef. C’est ainsi que pour le premier vingtième siècle, l’analyse de l’influence des mouvements féminins - presque entièrement centrés sur la prise en compte du care comme base des politiques sociales - sur les origines de l’état-providence, a ainsi donné lieu à une conceptualisation en termes de maternalisme.

Le maternalisme : Les femmes, actrices des politiques sociales ?

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Le terme « maternalisme » a été proposé par Koven et Michel pour caractériser les mouvements féminins d’action sociale en France, Allemagne, Grande-Bretagne, et aux États-Unis, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle [21][21] Koven Seth, Michel Sonya, Mothers of a New World… op..... Koven et Michel qualifient de maternalistes « les idéologies qui exaltaient la capacité des femmes d’être mères et étendaient à la société toute entière les valeurs de soin, d’affection, et de moralité. Le maternalisme a toujours opéré à deux niveaux : tout en défendant les vertus de domesticité dans la sphère privée, il permettait simultanément de légitimer la mise en relation des femmes avec le monde politique et l’Etat, la collectivité, le lieu de travail et le marché. En pratique, les idéologies maternalistes remettaient souvent en question les frontières construites entre le public et le privé, les hommes et les femmes, l’Etat et la société civile » [22][22] Koven Seth, Michel Sonya, op. cit., p. 179.. Il s’agit donc de mouvements qui prennent appui sur la place traditionnellement assignée aux femmes dans la sphère privée pour revendiquer, pour ces dernières, une voix et une place dans la sphère publique. Les auteures établissent un certain nombre de constats importants concernant ces mouvements au moment où les femmes dans les pays occidentaux ont commencé à s’organiser au nom de la réforme sociale et de la pureté morale sur une base philanthropique au début du XIXe siècle. Au cœur de cette mobilisation, on trouvera plus tard le développement d’idéologies de la domesticité qui insistent sur la différence homme/femme, des considérations humanitaires vis-à-vis des conditions de vie et de travail des enfants, et le développement d’interprétations militantes du réformisme social teinté de gospel (y compris catholicisme social). La dimension religieuse y est donc initialement très présente. Mais au-delà de cette dimension religieuse, et de la conception de la maternité comme une source de pouvoir, les différentes idéologies maternalistes étaient d’une grande diversité et pouvaient entrer en conflit les unes avec les autres, empêchant la constitution de coalitions stables. Au début du XXe siècle, les regroupements maternalistes ont généralement eu recours à des alliés masculins pour pouvoir influencer les politiques et ont eu le plus de chances d’être efficaces quand leur cause a été relayée par des acteurs politiques poursuivant d’autres buts. En France et en Europe, leurs revendications se retrouvent dans les exigences avancées par les mouvements familialistes et natalistes, tandis qu’aux Etats-Unis et au Canada ce sont les grands syndicats ouvriers et regroupements professionnels qui les relayent (mettant en œuvre une stratégie d’alliances nationales dont les syndicats, plutôt implantés régionalement, profiteront aussi). Au Québec, on trouve une configuration plutôt européenne, car les syndicats ouvriers étant en majorité sous le contrôle de l’église, ils s’opposaient farouchement à l’adoption de telles politiques. Dans de telles conditions, il est inévitable que les discours se croisent : les maternalistes ont des difficultés à conserver le contrôle sur l’utilisation de leurs discours, repris parfois par les politiciens de façon assez paternaliste. Par exemple, les mesures visant à protéger les femmes au travail ont pu conduire à diminuer leur rémunération. Enfin, Koven et Michel notent une relation inverse entre ampleur du développement de ces mouvements et force de l’Etat : les Etats forts, définis comme ceux qui ont des bureaucraties développées et une longue tradition d’intervention gouvernementale, ont laissé aux femmes moins d’espace politique dans lequel développer leur idée des politiques sociales que ne l’ont fait les Etats faibles (ou systèmes de confédérations comme aux Etats-Unis et au Canada). Les travaux de Skocpol sur le soutien des associations nationales de femmes à la mise en place de politiques sociales par le gouvernement fédéral américain dans les années 1920 et 1930 confirment cette analyse [23][23] Skocpol Theda, Protecting Soldiers and Mothers : the....

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Et même si une certaine confusion règne dans l’usage des termes qui sont alternativement utilisés, une nouvelle dimension de l’agency des femmes est ainsi décrite. Koven et Michel parlent de maternalisme là où Karen Offen propose la notion de « féminisme familial » après son « féminisme relationnel » [24][24] Offen Karen, op. cit., 2000. L’auteure rend en effet.... Weiner propose, quant à elle, d’envisager le « maternalisme en tant que paradigme » [25][25] Weiner, Lynn Y., « Maternalism as a paradigm. Defining.... Les avis sont aussi très partagés sur les caractérisations que l’on peut en faire, en le considérant tour à tour comme féministe, antiféministe, conservateur, progressiste, radical, ou comme leur combinaison… Du moins y a-t-il un débat sur la question de savoir si les revendications maternalistes sont féministes ; ce qui établit une rupture salutaire, me semble-t-il, avec la perspective féministe alors dominante, qui consistait à caractériser les mouvements maternalistes de conservateurs, anti-féministes et parfois même profascistes (parce que porteurs d’un certain essentialisme). Le potentiel émancipateur du maternalisme, comme lieu de passage de la sphère privée à la sphère publique est ainsi largement illustré par Koven et Michel. Ann Taylor Allen montre par ailleurs que le maternalisme contestait le déterminisme biologique en valorisant la maternité en tant que fonction culturelle et sociale et a donc contribué à transformer les paradigmes qui étaient attachés à cette fonction de façon assez efficace [26][26] Taylor Allen, Ann, Feminism and Motherhood in Western....

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De fait, pour ma part, je considère que ce débat croisé sur les politiques sociales et le maternalisme a permis de réhabiliter l’étude du social comme creuset du politique ; on y voit les actions d’associations de la société civile en vue d’une transformation de l’état (ce que l’on appelait traditionnellement le réformisme), qui conduit en retour aux changements dans le régime de représentation politique avec le passage d’un régime de citoyenneté basé sur les droits politiques à un régime de citoyenneté établi sur des droits sociaux. Avec le maternalisme comme idéologie et pratique d’un mouvement social féminin, il est possible de revisiter les théories de la société civile pour mieux comprendre ses liens avec les changements de la démocratie. Concrètement, peut-on identifier ces associations et peut-on considérer leur action comme une des expressions de la citoyenneté des femmes ?

Association volontaire et citoyenneté sociale

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On connaît l’intérêt que Tocqueville prête à l’intense vie associative qui faisait la spécificité de la société civile et qui témoigne selon lui de la vitalité unique de la démocratie américaine. Lieu privilégié d’étude du politique, à la charnière du privé et du public, de l’action individuelle et de l’action collective, l’association volontaire révèle de façon tout à fait particulière les préoccupations de ses membres et les modalités de leur transfert dans la sphère publique. Toutefois, à cause précisément de leur caractère particulariste et segmenté, les associations ont rarement fait l’objet d’analyses politiques poussées et sont plutôt situées dans cette sphère assez nébuleuse et informelle qu’est la société civile [27][27] Voir l’excellent panorama des relations entre associations.... Expression de la mobilisation de certains groupes pour la défense d’intérêts particuliers, l’association est rarement considérée comme une instance de représentation politique : tout au plus en tient-on compte quand elle réussit à faire entendre sa voix et ses propositions au-delà du domaine étroit qu’elle représente. En outre, leur nombre pléthorique et les domaines innombrables de leur intervention empêchent une analyse systématique de leur rôle et de leur efficacité.

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Toutefois on assiste ces dernières années à l’essor d’une historiographie centrée sur des associations, comme le best seller de Putnam, Bowling alone, paru en 2000 en témoigne et sur la notion de capital social qui a donné lieu à des monographies passionnantes, mais aussi à des traités politiques qui soulignent l’anémie d’une société de consommation où l’on se regroupe pour mieux être seul [28][28] Putnam Robert D., Bowling Alone : the Collapse and.... Ainsi l’association n’est plus le creuset de l’action collective, mais le lieu d’exacerbation de l’individualisme (américain), qui a besoin du groupe pour faire avancer des intérêts individuels et de plus en plus particuliers.

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Dans le champ de l’histoire des femmes, l’histoire des associations philanthropiques a retenu très tôt l’attention des analystes, particulièrement en Amérique du Nord où ont été réalisées de nombreuses monographies et études sur ce qui constituait d’emblée le noyau du mouvement féministe de la première vague. L’histoire des clubs women est bien connue, bien qu’elle fasse toujours l’objet de critiques de la part d’historiennes soucieuses de montrer qu’elles répondaient aux préoccupations qualifiées de corporatistes des femmes blanches de la bourgeoisie anglo-protestante ! Et même si de nombreux bémols sont apportés à l’analyse du rôle politique des philanthropies féminines, liées trop étroitement aux églises ou à l’état, elles demeurent le lieu d’expression politique majoritaire des femmes durant cette période [29][29] Le début du XXe siècle voit, avec la législature consacrant.... Ainsi, la spécialiste américaine des études sur la philanthropie, Kathleen McCarthy, considère leur action comme ayant créé un véritable pouvoir parallèle à celui de l’état et même à celui des églises, donnant aux femmes un pouvoir non négligeable sur leur environnement social et politique [30][30] Mc Carthy Kathleen, Ibid.. Les historiennes françaises du féminisme ont aussi largement travaillé à la mise au jour des innombrables associations de femmes qui, avec la loi de 1901, se sont multipliées. Toutes les tendances politiques de la société française se trouvaient ainsi relayées par des associations de femmes dont certaines constituaient de véritables soutiens aux partis politiques dans lesquels la présence féminine n’était statutairement pas admise [31][31] Voir par exemple, Auslander Leora and Zancarini-Fournel....

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Mais de quel pouvoir s’agit-il et comment peut-on intégrer cette dimension associative dans l’analyse plus globale de la politique ?

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J’ai étudié un certain nombre d’entre elles, en France (le Conseil national des Femmes françaises, CNFF, créé en 1901) et au Québec (la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, FNSJB, créée en 1909, la Young Women Christian Association, YWCA, fondée à Montréal en 1875 et le National Council of Jewish Women, NCJW, en 1897) [32][32] Dans la constellation des associations féministes et.... J’ai pu constater le rôle important de ces associations de femmes dans le déploiement des premières politiques sociales et de l’état-providence. Je n’aurai pas le temps de faire ici une analyse détaillée, ni d’établir tous les termes de la comparaison qui est complexe, mais plutôt une sorte de schéma d’analyse pour ouvrir la discussion sur le maternalisme comme lieu de socialisation des femmes à la politique et partant de l’élargissement de leur pratique politique et d’un régime de citoyenneté active.

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Mon hypothèse est, qu’une fois établie, la pratique associative de ces groupes peut être évaluée en termes de mouvement social ayant une influence sur l’adoption de politiques publiques par exemple. J’ai également voulu comprendre comment s’effectue le transfert des prérogatives privées (au sein de la famille par exemple) dans la sphère publique, mais aussi le passage des revendications aux politiques sociales, par le recours à l’intervention de l’état.

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Toutes ces questions qui font appel à différents domaines de l’analyse politique (modalités d’action collective, de pouvoir et d’influence notamment) me semblent cruciales si l’on veut comprendre les processus complexes qui impliquent les femmes comme agentes des changements politiques importants durant la première moitié du XXe siècle.

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La périodisation est ici essentielle, car elle permet de souligner les transformations qui marquent aussi bien l’histoire de ces associations que leur rapport changeant au politique. Trois périodes doivent être distinguées. Il y a d’abord la première vague féministe au tournant du XXe siècle qui voit l’alliance pragmatique entre réformatrices et radicales, c’est-à-dire entre « les tenantes d’un féminisme relationnel ou familial » comme Karen Offen les nomme (réformatrices protestantes surtout) et les tenantes d’un féminisme égalitaire (militantes en faveur de droits égaux). De cette alliance inédite et du premier conflit mondial, sortira le droit de suffrage accordé aux femmes américaines et canadiennes (et aussi scandinaves) entre 1918 et 1920.

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La seconde période, dans les années 1920 et 1930 est celle qui voit l’essor du maternalisme comme forme majoritaire de mobilisation des femmes, qui inclut les revendications des droits égaux mais surtout une refonte radicale de la conception de la famille qui devrait être plus appropriée aux nouveaux droits des mères. Partout dans le monde occidental cette vision maternaliste se déploie, qui revendique une reconnaissance publique pour les femmes et les mères (on parle bien ici d’un maternalisme d’état).

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Enfin, le maternalisme ne résistera pas au déferlement d’un familialisme d’églises véritablement corporatistes et réactionnaires, qui dès le départ se sont opposées frontalement à toutes les variantes du féminisme et qui finit par triompher, non sans avoir été transformé en familialisme d’état dans les années 1930 et 1940. Alors que les femmes exercent le droit de vote dans la plupart des pays anglo-protestants, leur mouvement semble au point mort et l’on assiste plutôt à une sorte de backlash anti-féministe conservateur et réactionnaire et plus tard ouvertement corporatiste (sous le régime de Vichy par exemple). Et malgré l’entrée des femmes sur le nouveau marché des professions et l’obtention de droits nouveaux comme le droit de vote, leur faible participation à la vie politique partisane ne semble pas avoir eu les effets émancipateurs escomptés (du moins pas avant les années 1970 et le renouveau du mouvement féministe égalitaire).

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Ainsi, j’ai pu montrer dans les deux cas français et québécois que la force du mouvement maternaliste a été de faire intervenir l’état dans la famille, bien que les politiques familiales qui ont été adoptées ne correspondaient pas à la vision maternaliste, mais bien à celle du familialisme (vision patriarcale de la famille véhiculée surtout par les églises et les mouvements natalistes), dominante dans ces deux pays. Ces politiques familiales témoignent néanmoins d’un compromis majeur entre les groupes de femmes, l’église et l’état : sous la pression de ces groupes, l’état intervient désormais dans un domaine qui était du ressort privé, c’est-à-dire des églises, et principalement de l’église catholique. J’ai considéré que les politiques françaises d’allocations familiales et les pensions aux mères nécessiteuses québécoises adoptées dans les années trente (bien plus tardivement que celles adoptées aux États-Unis et dans le reste du Canada dans les années 1920 qui elles, relevaient clairement d’un maternalisme d’état) reflétaient un compromis que j’ai appelé familialisme d’état (qui n’est ni le familialisme d’église, ennemi de l’intervention de l’état, ni le maternalisme). Ces politiques familiales qui sont considérées comme au fondement des premières politiques sociales universelles qui seront ensuite adoptées par les états-providence fournissent ainsi un indicateur précis du type d’intervention dont ont été capables les mouvements maternalistes [33][33] Cohen Yolande, « Protestant and Jewish Philanthropies....

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Pour en rendre compte adéquatement, il faudrait opérer un décloisonnement de la théorie des mouvements sociaux pour développer une perspective d’analyse allant au-delà de la seule perspective de la mobilisation en termes de droits égaux. Mais cet agenda qui peut sembler révisionniste se heurte à de nombreuses difficultés. Je voudrais en illustrer quelques-unes, à partir de l’étude du CNFF à laquelle je me suis livrée.

Le CNFF comme révélateur des conflits sur les politiques familiales en France

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La domination d’une perspective top-down dans l’étude des politiques familiales et le poids du familialisme qui fait en sorte qu’on a du mal à concevoir une action du mouvement des femmes dans ce domaine ont conduit à faire de l’étude des politiques familiales en France un domaine réservé et peu étudié. L’étatisme des politiques familiales a occulté l’aspect réformateur des premières propositions [34][34] Révillard Anne, La cause des femmes dans l’État : une....

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Les politiques familiales françaises ont longtemps été théorisées comme l’archétype de la politique régalienne, Étato-centrée (et encore plus le droit de la famille que les politiques sociales). Ceci fait en sorte que de façon générale, on a pu être peu intéressé à l’action de la société civile et aux tentatives d’influence des mouvements sociaux sur les politiques familiales. Ceci est lié au fait que l’action des mouvements sociaux dans le domaine des politiques familiales était un point aveugle entre les deux problématiques centrales qui dominaient d’une part, l’étude des politiques familiales et d’autre part, l’étude des mouvements sociaux : du côté des politiques familiales, on cherchait soit à étudier l’impact des politiques familiales, soit à les expliquer et même quand on cherchait à les expliquer, cela ne conduisait pas à étudier des mouvements qui sont restés sans impact sur ces politiques même s’il y a eu des tentatives d’action. Du côté des mouvements sociaux, la problématique centrale était et est encore dans une large mesure celle de la mobilisation individuelle (étude des carrières militantes par exemple). Les théories récentes de l’action publique invitent à étudier la place des mouvements sociaux dans les politiques publiques. Toutefois, le monopole de l’UNAF dans l’étude des politiques familiales en France ne permet pas de dégager l’influence qu’aurait pu avoir l’action spécifique du CNFF sur ces politiques. Nous sommes donc contraints de partir de l’étude de l’association elle-même et de montrer les incidences qui ont pu influer sur l’adoption de telle ou telle politique… D’où l’intérêt des théories féministes du genre qui invitent à s’intéresser à l’action des associations de femmes, indépendamment des considérations concernant leur impact.

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Or en France, l’étude de l’action du mouvement des femmes dans le domaine des politiques familiales est d’autant moins évidente que ces politiques ont pu être décrites comme étant marquées par le poids du familialisme : par exemple la théorie de Lenoir sur familialisme d’état et familialisme d’église omet de prendre en compte tout l’aspect maternaliste [35][35] Lenoir Rémy, Généalogie de la morale familiale, Paris,.... Les analyses plus attentives à cette dimension telle celle menée par Commaille et Martin en 1998, montrent qu’il y a en fait une tension entre féminisme et familialisme dans les politiques familiales françaises [36][36] Commaille Jacques, Martin Claude, Les Enjeux politiques.... Par ailleurs, Morgan suggère l’importance du facteur religieux dans l’explication de cette tension [37][37] Morgan Kimberley, « Forging the frontiers between the.... D’où l’intérêt d’étudier une organisation qui, comme le CNFF, croise dimension religieuse et dimension du genre.

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Ainsi, la politique de la famille fut l’une des premières et plus importantes mesures d’aide sociale adoptée par la Troisième République. Avec un taux de fécondité en chute libre dans une période de fort nationalisme, la question de la dépopulation est perçue comme cruciale et par conséquent, la protection des femmes et de leurs enfants devint la préoccupation politique numéro un. Pour Rémi Lenoir, le familialisme, comme politique volontaire de l’état, fut au cœur de la construction de la Nation sous la Troisième République et opposa les fractions libérales de la bourgeoisie aux notables catholiques. Pour lui, l’état-providence est issu de la bataille menée par l’état familialiste contre les partisans familialistes de l’église catholique, toute-puissante et « ralliée » après l’encyclique Au milieu des sollicitudes de 1892 à la vie politique républicaine française. Ces deux formes de familialismes n’ont pas seulement essayé de contrôler la morale familiale et ses représentations symboliques, mais ont aussi tenté de contrôler toutes les ramifications sociales allant du marché du travail (la sphère de production) aux questions de la croissance de la population (la sphère de reproduction). Bien que des regards opposés émergent de l’historiographie portant sur les politiques familiales républicaines, les travaux de Rachel Fuchs résument les problématiques et les arguments les plus pertinents [38][38] Accampo Elinor, Fuchs Rachel, Stewart Mary Lynn, Gender.... En faisant du genre un élément central des politiques de l’état-providence, l’historienne souligne leurs aspects maternalistes et paternalistes, et leur étendue et conclut à l’exception française. Et plutôt que d’affirmer que les réformes républicaines de la famille étaient patriarcales et conservatrices, elle montre que certaines réformes étaient plus libérales que d’autres et que certaines questions étaient laissées sans réponse. Mais comment expliquer l’exception française ? Comment ces politiques pouvaient-elles à la fois être libératrices pour les femmes et un instrument de leur assignation à la sphère privée et familiale ?

30

Pour ma part, au vu de l’enquête que j’ai mené sur le CNFF, j’ai constaté l’importance des églises (catholiques et protestantes surtout), et pas seulement d’une église, dans la construction de la politique familiale de la Troisième République. Deux perspectives s’affrontent.

31

D’un côté, le familialisme de l’église catholique, qui faisait la promotion d’un foyer situé au cœur des activités féminines, contre le travail des femmes et opposé à toute intervention de l’Etat dans les affaires familiales, est redéfini à la suite de la séparation de l’église et de l’état en 1905. La vision de la famille comme unité sociale complète, comme corps social qui préexistait au développement des classes sociales et qui était emblématique du corporatisme prôné par l’église s’avère complètement caduque. Le conflit avec les catholiques sociaux, qui ont de leur côté questionné le rôle des femmes au sein de la famille, dans le sillage de l’encyclique Rerum Novarum et de la promotion d’un catholicisme social de 1891, avait déjà ouvert une brèche dans cet édifice. Avec l’anticléricalisme républicain, l’église catholique doit donc se retirer d’un certain nombre de domaines qui concernaient la famille en acceptant d’abord de ne plus la considérer comme son domaine exclusif d’intervention, et à tenté de garder à sa seule exclusivité toutes les questions du mariage (patrimoine religieux) et de filiation (éducation et soins).

32

De l’autre, « le maternalisme d’Etat » était principalement défendu par les philanthropies formées par les minorités religieuses et des groupes laïcs (féministes du CNFF incluses) qui désiraient une intervention de l’état pour protéger les mères et les enfants. Protestants, juifs, francs-maçons et laïcs de toutes dénominations ont ciblé leurs interventions sur les questions des allocations familiales, du travail et de l’assurance sociale. Ces républicains engagés cherchaient à faire changer les lois sur la famille et à améliorer la morale familiale considérée comme corrompue par l’industrialisation. Comme maternalistes, ils estimaient que les nouveaux droits des femmes se justifiaient par leur rôle de mères. Dans le sillage de l’affaire Dreyfus et de ses tensions nationalistes, les philanthropies protestantes et juives, jusqu’alors séparées dans leurs pratiques de l’aide sociale et de la charité, ont ainsi perçu l’opportunité unique qui leur était offerte de contrer la toute puissance de l’église catholique, en conférant à l’état une partie importante de ses prérogatives. Le CNFF a été le révélateur de cette stratégie.

33

La plupart des réformes de la politique familiale opérées alors sont ainsi largement dues à l’alliance passée entre ces regroupements souvent hétéroclites de républicains radicaux (franc-maçonnerie) et de regroupements de militantes protestantes, juives et laïques dont les efforts ont contribué à promouvoir un maternalisme d’état et une morale laïque dans les décennies 1910 et 1920. heurtant de front le familialisme d’église, elles aboutiront, au terme de compromis nombreux, à un familialisme d’état qui marque les premières lois sur les allocations familiales adoptées en 1932 en France, et en 1936 sur les pensions aux mères au Québec.

L’agency des femmes entre privé et public : la sphère civique

34

Les difficultés méthodologiques et idéologiques sont grandes pour parvenir à conceptualiser ces pratiques (sociales) et à théoriser leurs effets (politiques). Les manières de faire des très nombreuses associations impliquées dans ce débat/combat et les relations de cause à effet entre leurs propositions et les législations sont difficiles à identifier avec certitude. Les rapports de pouvoir dans lesquels elles inscrivent leur action doivent être également identifiés pour parvenir à circonscrire avec quelque exactitude toutes ces variables. Outre ces difficultés propres à toute recherche, il faut ajouter les facteurs idéologiques qui ont longtemps pesé sur l’interprétation du maternalisme. Considérée comme synonyme de fascisme (les régimes totalitaires ayant instrumentalisé les mères et essentialisé leur rôle), l’idéologie maternaliste fut rejetée d’emblée par de nombreuses théoriciennes du féminisme de la deuxième vague (la quasi totalité des françaises en particulier). Si l’alliance entre maternalisme et totalitarisme conduisit en effet à essentialiser les femmes (comme les races et les ethnies), on ne peut en dire de même pour les relations fécondes et complexes entre féminisme et maternalisme. En refusant de considérer le maternalisme comme un féminisme, les théoriciennes féministes reprenaient aussi sans le questionner le conflit séculaire qui opposait le féminisme au maternalisme.

35

Le débat sur le genre des politiques sociales (en particulier familiales) permet de lier l’action sociale (citoyenneté sociale souvent au confluent du privé et du public des femmes) au régime étatique qui en résulte. Le maternalisme en est le levier politique prépondérant, qui donne aux femmes une représentation politique (leurs associations) et débouche sur leur intégration à l’appareil d’état et aux institutions de protection sociale qui en résultent.

36

L’étude du politique devrait tenir compte de ces dimensions, à la fois en prenant en considération les dimensions plus ou moins participatives des régimes mis en place et leur capacité à intégrer plus ou moins les catégories minorisées ou exclues de la politique (puisque leur action se situe dans un contexte où les femmes n’ont pas le droit de vote). On a souvent d’ailleurs rapproché les revendications de ces groupes à une demande de reconnaissance adressée à l’état et à la société et formalisée dans le cadre des théories du multiculturalisme comme fondatrice d’une nouvelle conception de la démocratie [39][39] Taylor Charles, Multiculturalism and the Politics of.... Celle-ci devrait prendre en compte non pas seulement les droits des individus mais aussi ceux des groupes qui demandent leur reconnaissance (claims), non pas pour dissoudre les droits de ces individus dans des identités collectives (position corporatiste ou même fasciste) mais parce que les droits des individus sont indéniablement liés à ceux de leur groupe, en particulier quand il s’agit de groupes minorisés. Ce type de multiculturalisme qualifié de libéral préconise la reconnaissance des droits des minorités comme élément du respect des droits des individus [40][40] Kymlicka Will, Mult icultural Odysseys : Navigating.... Aujourd’hui la plupart des organisations internationales (ONU, UNESCO, Commission Européenne) ont fait de cette charte des droits des minorités un élément essentiel de leur stratégie en vue d’appliquer les droits universels de l’homme (du citoyen). Cette théorie de la reconnaissance, si elle s’applique bien aux groupes minorisés, butte néanmoins sur la question du genre, qui reste entière dans un contexte où les femmes ne sont pas une minorité opprimée mais la moitié du genre humain encore largement dominée.

37

Ne peut-on alors considérer l’agency des femmes que l’on vient d’illustrer, que dans l’espace restreint de l’activité sociale et de l’influence/résistance à l’action du politique (domination masculine) ? Une chose apparaît toutefois au terme (temporaire) de cette réflexion, c’est l’existence de cette sphère ni complètement privée ni totalement publique dans laquelle ces associations évoluent et qui est la sphère par excellence de la délibération, du débat et finalement de la société civile, de la sphère civique. En définir les contours, en mesurer l’étendue, en décrire les impacts est peut-être la tâche qui nous incombe aujourd’hui, en toute modestie, pour tenter de re-conceptualiser les rapports complexes et pas toujours égaux ni harmonieux entre le privé et le public, le politique et le social, les femmes et les hommes.

Notes

[1]

Une première version de ce travail a été présentée à la Journée d’études Femmes et politique : de l’intime au public, du politique au personnel organisée par Christine Fauré (CNRS, Triangle) et Yolande Cohen (UQAM), professeure invitée ENS-Triangle, Triangle, ENS-LSH Lyon, Jeudi 24 janvier 2008. Je remercie Yann Scioldo-Zürcher de ses commentaires et de son aide dans la préparation de cet article.

[2]

Dans un ouvrage consacré aux questions soulevées par le genre et le pouvoir, seul l’article de Jacqueline Heinen s’inscrit dans ce débat à partir de l’analyse des politiques familiales : « Genre et politiques familiales », in Bard Christine, Baudelot Christian, Mossuz-Lavau Janine, (dir.), Quand les femmes s’en mêlent ; genre et pouvoir, Paris, Ed. de la Martinière, 2004, pp. 283-299.

[3]

Françoise Thébaud en fait l’analyse circonstanciée dans son ouvrage de 2007, Ecrire l’histoire des femmes et du genre, Lyon, ENS Editions, 230 p. Elle présente ainsi l’intérêt de cette approche : « l’histoire des femmes s’approprie aussi très vite le concept de genre dans la mesure où elle s’intéresse tôt à la construction sociale et culturelle du féminin, ce qui conduit quelques années plus tard à une attention au masculin. Historicisation des identités sexuées, analyse des formes de confrontation des individus aux modèles identitaires dominants, observation des crises d’identité dans des moments de rupture : les pistes suivies aujourd’hui en France par une histoire des genres sont multiples. » In Bard et alii, op. cit., p. 58.

[4]

Jane Jenson distingue ainsi les régimes de citoyenneté pour caractériser les diverses configurations rencontrées selon les États Providence : « Gender and reproduction or babies and the State », Studies in political economy, n° 20, 1986, pp. 9-46. Pour elle, ce sont surtout les facteurs politiques qui jouent un rôle décisif dans la mise en place de ce système : en France on y voit les courants familialistes, en Suède le système est davantage égalitariste, etc.

[5]

Esping-Andersen Gøsta, Les trois mondes de l’État-Providence ; essai sur le capitalisme moderne, (trad. fr.), Paris, PUF, 1999, 310 p.

[6]

Il en a pris bonne note, et a intégré certaines de ces questions dans un essai d’ailleurs récemment traduit en français et présenté avec Bruno Palier, Trois leçons sur l’État-Providence, Paris, Seuil, 2008, 134 p. On y trouve des notions féministes comme « les femmes sont en train de changer le monde » ou « famille et révolution du rôle des femmes » mais le débat avec les féministes a disparu et se fixe désormais sur la question des enfants et du vieillissement. Voir aussi Pierre Rosanvallon, La nouvelle question sociale ; repenser l’État-providence, Paris, Le Seuil, 1998, 222 p.

[7]

À la suite des travaux pionniers de Linda Gordon (dir.), Women, the State and Welfare, Wisconsin, University of Wisconsin Press, 1990, 320 p., les femmes sont au cœur de la création puis de l’élargissement des États-providence et leurs revendications ont favorisé l’adoption de mesures et de lois traçant les contours de la responsabilité des pouvoirs publics dans la sphère du privé et en particulier dans la sphère familiale. Voir aussi Lewis, Jane, Children, Changing Families and Welfare States, London, London School of Economics, 2006, 308 p.

[8]

Sur la question du care, ou soin (également souci des autres), développée par des philosophes surtout (école analytique autour de Joan Tronto par exemple) dans les années 1990-2000, de nombreux travaux ont été publiés. En histoire, on a surtout retenu certains éléments pour montrer que c’est au nom de qualités féminines construites comme le maternage, le dévouement, le soin aux autres que la plupart des grandes associations de femmes ont justifié leurs revendications. Ce concept est repris surtout par les historiennes qui ont développé aussi le concept de maternalisme, peu utilisé par les féministes françaises (et totalement absent de l’ouvrage de Bard et alii, op. cit.).

[9]

C’est ainsi que Lynn Y. Weiner dans son étude parue en 1985, (From working girl to working mother : the female labor force in the United States, 1820-1980, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 187 p.), mais aussi Koven Seth et Michel Sonya dans leur travail collectif paru en 1993 (Mothers of a New World. Maternalist Politics and the Origins of Welfare States, New York and London, Routledge, 460 p.) ainsi que Karen Offen dans son ouvrage paru en 2000 (European Feminisms, 1700-1950, A Political History, Stanford, Stanford University Press, 560 p.), ont qualifié de maternalistes les revendications féministes des mouvements de femmes en faveur de la tempérance, des pensions aux mères ou de l’hygiénisme durant le premier XXe siècle.

[10]

Nous avons dans d’autres textes montré par exemple comment les Cercles de Fermières (Cohen Yolande, Femmes de parole. Une histoire des Cercles de fermières au Québec, Montréal, Le Jour éd., 1991, 320 p.) ou les associations professionnelles d’infirmières (Cohen Yolande, Profession infirmière. Une histoire des soins dans les hôpitaux du Québec, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2000, 321 p.) avaient pratiqué ce que nous avons appelé un féminisme social ou maternaliste et c’est ce que nous entendrons approfondir dans ce texte. Le maternalisme d’État est la structuration par l’État de politiques dérivées des qualités dites féminines et touchant aux rôles traditionnels des mères et à leur rôle d’éducatrices. Le maternalisme se distingue radicalement du familialisme, du natalisme et de ce qu’on appelle plus généralement la question sociale. Voir notamment Bock Gisela, « Pauvreté féminine, droits des mères et Etats-providence », in Perrot Michelle, Duby Georges (dir.), Histoire des Femmes, le XXe siècle, Paris, Plon, 1992, pp. 380-410.

[11]

Orloff, Ann Shola, « L’adieu au maternalisme ? Politiques de l’État et emploi des mères en Suède et aux Etats-Unis », Recherches et prévisions, n° 83, 2006, pp. 9-28. Sainsbury Diane, Gender, Equality and the Welfare States, Cambridge, Cambridge University Press, 1996, 272 p.

[12]

Daly et Lewis proposent d’analyser le care comme « les activités et les relations impliquées dans le fait de répondre aux besoins physiques et émotionnels des enfants et des adultes dépendants, ainsi que les cadres normatif, économiques et sociaux à l’intérieur desquels ces activités et ces relations sont définies et réalisées. » Daly M., Lewis J., « The concept of social care and the analysis of contemporary Welfare States », British Journal of Sociology, 51-2, 2000, p. 285.

[13]

Dans ses formulations plus récentes, le concept de care a toutefois pour vocation de rendre compte de toutes les facettes de ce travail, qu’il soit rémunéré ou non, formel ou informel (Daly et Lewis, op cit., 2000).

[14]

Orloff, Ann Shola, « L’adieu au maternalisme ? », art. cit., 2006.

[15]

Cohen Yolande, Profession infirmière, op. cit. ; Les sciences infirmières. Genèse d’une discipline, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2002, 334 p.

[16]

A ce propos, Carole Pate-man souligne le paradoxe que constitue le fait de ne laisser aux femmes qu’une citoyenneté de seconde zone (en étant considérées comme dépendantes) alors qu’elles contribuent de manière centrale au welfare par le biais de la sphère privée. Voir Pateman Carole, The sexual contract, Stanford, Stanford University Press, 1988, 264 p.

[17]

De manière plus négative - et parfois dans le même mouvement - ce travail, dans la mesure où il est effectué de façon non rémunérée dans le cadre de la famille, peut être dénoncé en tant qu’il place les femmes dans une situation de précarité matérielle et de dépendance économique vis-à-vis de leur conjoint.

[18]

Ce changement d’optique de l’analyse, des liens de dépendance sur le marché du travail aux liens de dépendance dans la famille, conduit à substituer au critère de démarchandisation celui de défamilialisation, défini par Ruth Lister comme « la capacité à s’assurer un niveau de vie socialement acceptable sans avoir besoin de recourir aux relations familiales. » Ruth Lister, Citizenship : feminist perspectives, Basingstocke, McMillan, 1997.

[19]

Jenson Jane, « Who cares ? Gender and welfare regimes », Social Politics, vol. 4, n° 2, 1997, pp. 182-187.

[20]

Sainsbury Diane, « Gender, Equality and the Welfare Wtates », op. cit., 1996. L’entretien correspond aux droits dérivés du statut des femmes comme dépendantes à l’intérieur de la famille (en général, des droits dérivés de ceux du mari, eux-mêmes liés à l’emploi). Le care renvoie aux droits associés à la prise en charge des enfants et des adultes dépendants dans la famille.

[21]

Koven Seth, Michel Sonya, Mothers of a New World… op. cit., 1993. Voir aussi Pedersen Susan, Family, Dependence, and the Origins of the Welfare States : Britain and France, 1914-1945, Cambridge, Cambridge University Press, 1993, 503 p. ; Taylor Allen, Ann, Feminism and Motherhood in Western Europe, 1890-1970, the Maternal Dilemma. New York, Palgrave Macmillan, 2005, 368 p. ; Bock Gisela, Thane Pat, (ed.), Maternity and Gender Policies. Women and the Rise of the European Welfare States, 1880s-1950s, London and New York, Routledge, 1991/2002, 276 p. ; Id., Women in European History, Oxford, Blackwell, 2003, 251 p.

[22]

Koven Seth, Michel Sonya, op. cit., p. 179.

[23]

Skocpol Theda, Protecting Soldiers and Mothers : the Political Origins of Social Policy in the United States, Cambridge, Harvard University Press, 2002, 330 p.

[24]

Offen Karen, op. cit., 2000. L’auteure rend en effet compte de la coexistence dans les années 1890 en France de deux types de féminisme, qu’elle qualifie respectivement de « familial » et d’« intégral » (ou « individualiste »). Le féminisme familial était, selon elle, fondé sur une vision de la complémentarité hommes/femmes ancrée dans une différence biologique et centrée sur la famille. Il adhérait à la division sexuelle du travail dans la famille et dans la société (même si les frontières de cette division étaient contestées) et toutes les revendications de changement s’appuyaient sur une valorisation de la féminité et de la nature spéciale des femmes. Il ne s’agissait donc pas de renverser la base économique du patriarcat, mais de réorganiser la société existante à l’avantage des femmes.

[25]

Weiner, Lynn Y., « Maternalism as a paradigm. Defining the issues », Gender and society, vol. 5, 2, 1993, pp. 96-98.

[26]

Taylor Allen, Ann, Feminism and Motherhood in Western Europe, op. cit., 2005.

[27]

Voir l’excellent panorama des relations entre associations et syndicats dressé dans l’ouvrage collectif sous la direction de Danielle Tartakowsky et Françoise Tétard, Syndicats et associations : concurrence ou complémentarité ?, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004, 481 p.

[28]

Putnam Robert D., Bowling Alone : the Collapse and Revival of American Community, New York, Simon & Schuster, 2000, 270 p.

[29]

Le début du XXe siècle voit, avec la législature consacrant la séparation de l’Église et de l’État, l’explosion des associations de femmes prenant en charge le domaine médico-social. Après 1901, selon la périodisation de l’historienne Évelyne Diebolt, la philanthropie féminine en France se développa en quatre étapes : de 1901 à 1920, elle put émerger à la faveur du droit d’association octroyé à la société civile par la loi ; de 1920 à 1945, elle se sécularisa et put lentement se libérer de l’emprise de l’Église ; de 1945 à 1980, elle s’institutionnalisa complètement et fut absorbée par l’État. Depuis, elle a pu renaître sous la forme d’associations volontaires autonomes. Diebolt Évelyne, « Wo men and Philanthropy in France : From the Sixteenth to the Twentieth Centuries », in McCarthy Kathleen D., (ed.), Women, Philanthropy and Civil Society, Bloomington and Indianapolis, Indiana University Press, 2001, pp. 29-64.

[30]

Mc Carthy Kathleen, Ibid.

[31]

Voir par exemple, Auslander Leora and Zancarini-Fournel Michèle, Différence des sexes et protection sociale, XIXe-XXe siècles, Saint-Denis, Presses Universitaires de Vincennes, 1995, 232 p. ; Bec Co lette, L’assistance en démocratie. Les politiques assistantielles dans la France des XIXe et XXe siècles, Paris, Belin, « Socio-histoires », 1998, 254 p. ; Sanders Claire A., Inauguration and Closure : Women, Gender and Politics in France, 1900-1937, Ph.D. Thesis (History), University of North Carolina, 1997. Smith, Timothy B., Creating the Welfare State in France, 1880-1940, Montreal, McGill-Queens University Press, 2003, 256 p.

[32]

Dans la constellation des associations féministes et féminines qui se créent dans la foulée de l’Exposition universelle de Paris en 1900 et des congrès internationaux de femmes de 1901, des Conseils nationaux de femmes sont constitués dans plusieurs pays européens et nord-américains. En 1914, 8 sections indiquent l’étendue de l’action du CNFF : éducation, paix, travail, suffrage, hygiène, assistance, sciences, arts, lettres et législation. Cova Anne, Au service de l’Église, de la patrie et de la famille. Femmes catholiques et maternité sous la IIIe République, Paris, L’Harmattan, « Logiques sociales », 2000, 232 p.

[33]

Cohen Yolande, « Protestant and Jewish Philanthropies in France : the Conseil National des Femmes Françaises, 1901-1939 », French Politics, Culture and Society, n° 24.1, 2006, pp. 74-92. Id., « Genre, religion et politiques sociales au Québec dans les années 1930 : les pensions aux mères », Canadian Review of Social Policy-Revue canadienne de politique sociale, n° 56, 2006, pp. 87-112.

[34]

Révillard Anne, La cause des femmes dans l’État : une comparaison France-Québec, 1965-2007, thèse de doctorat, ENS-Cachan, 2007. 625 p.

[35]

Lenoir Rémy, Généalogie de la morale familiale, Paris, Seuil/Liber, 2003, 504 p.

[36]

Commaille Jacques, Martin Claude, Les Enjeux politiques de la famille, Paris, Bayard, 1998, 199 p.

[37]

Morgan Kimberley, « Forging the frontiers between the State, Church and Family : religious cleavages and the origins of early childhood education and care policies in France, Sweden and Germany », Politics and society, vol. 30, n° 1, 2002, pp. 113-148.

[38]

Accampo Elinor, Fuchs Rachel, Stewart Mary Lynn, Gender and the Politics of Social Reform in France, 1870-1914, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1995, 256 p.

[39]

Taylor Charles, Multiculturalism and the Politics of Recognition : an Essay, Princeton, Princeton University Press, 1992, 112 p.

[40]

Kymlicka Will, Mult icultural Odysseys : Navigating the New International Politics of Diversity, Oxford, New York, Oxford University Press, 2007, 320 p.

Plan de l'article

  1. Genre et États-providence
  2. Le débat Esping Andersen-Orloff et la question du care
  3. Le care comme travail et comme action sociale
  4. Le maternalisme : Les femmes, actrices des politiques sociales ?
  5. Association volontaire et citoyenneté sociale
  6. Le CNFF comme révélateur des conflits sur les politiques familiales en France
  7. L’agency des femmes entre privé et public : la sphère civique

Pour citer cet article

Cohen Yolande, « Citoyenneté sociale et maternalisme d’État : le genre des politiques sociales », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2008 (N° 1), p. 95-111.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2008-1-page-95.htm


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