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Revue d'histoire de la protection sociale

2009/1 (N° 2)


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La santé et la souffrance au travail sont deux notions très contemporaines, dont l’état des lieux sociologique et historiographique vient d’être dressé par deux revues [1][1] Numéros spéciaux de la RHMC, Les maladies professionnelles :.... Pour actuelles qu’elles soient, leur questionnement peut s’ancrer dans le passé. A ce titre, il est heureux de constater que l’histoire de la santé au travail devient depuis quelques années un champ de recherche fécond d’autant plus que, après une décennie de recherches novatrices entre 1975 et 1985 [2][2] Notamment le numéro spécial du Mouvement social, n°..., s’était ouverte une parenthèse d’une quinzaine d’années.

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S’il est acquis que les régimes de protection sociale face aux maladies et aux accidents du travail ont connu des retards très importants sur l’industrialisation et ses effets [3][3] Numéros précités, et Viet Vincent, Les voltigeurs de..., il est d’autant plus remarquable d’entrevoir des moments de l’histoire qui ont vu éclore une pensée dessinant une esquisse de prévention publique contre les maladies du travail. Les dernières décennies du XVIIIe siècle, en France, semblent être l’un de ces moments éphémères, résultant de la conjonction de la naissance du pré-hygiénisme et de la philanthropie et de la dégradation des conditions de travail au cours du siècle [4][4] Le Roux Thomas, « Santés ouvrières et développement....

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En 1977, dans un article des Annales qui fit date dans ce domaine, Arlette Farge interprétait les observations de médecins sur les maladies des artisans comme un discours à la fois humaniste (un « humanisme nécessaire » qui visait à préserver la santé des artisans) et de contrôle social. Selon elle, « tout discours sur les corps et la maladie est finalement un discours sur les mœurs et sur l’ordre [5][5] Farge Arlette, « Les artisans malades de leur travail »,... ». L’analyse est également en phase avec les témoignages de bon nombre d’observateurs sociaux, en premier lieu Louis-Sébastien Mercier qui s’émeut de la pénibilité des travaux ouvriers déclenchant « la commisération et la pitié au fond des âmes les plus endurcies [6][6] Mercier Louis-Sébastien, Tableau de Paris, livre 9,... ».

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Sans doute aucun médecin n’échappait aux préjugés sensibles et moraux de son époque et leur action s’insérait dans le processus de discipline des corps mis en valeur par Michel Foucault [7][7] Foucault Michel, Surveiller et punir. Naissance de.... Toutefois, les dernières années de l’Ancien Régime voient émerger une dimension nouvelle à cette sensibilité : l’indignation. Et cette dernière, portée par une élite éclairée, est propice à l’élaboration de prémices d’action publique, certes timides esquisses, mais qui ont le mérite d’exister. Ainsi, tandis que les académiciens Lavoisier ou Montigny, indignés par les souffrances des travailleurs, écrivent sur le nécessaire « soulagement de l’humanité » en améliorant la condition de « la classe la plus industrieuse et la plus souffrante des citoyens [8][8] Lavoisier Antoine, « Mémoire [sur la fondation de prix... », sur la mise en place de procédés préservant la santé ouvrière, pour le « bien de l’humanité [9][9] AN O1 1294, fol 305, rapport de Montigny à l’Académie... », on ose parler, dans les balbutiements des Etats-Généraux et des cahiers de doléances, des travailleurs, ces « milliers d’hommes ignorés de la société qui […] se dévouent à la mort. […] affrontent mille fois la mort » et des travaux qui « changent, détruisent et anéantissent leur existence [10][10] Pétition des cent cinquante mille ouvriers et artisans... ». Surtout, certains imaginent des mesures de politique publique visant à améliorer le sort des artisans et ouvriers, en mobilisant sur ce sujet l’Académie des sciences et la Société royale de médecine, premier pas vers une action de police sanitaire.

De la pitié à l’indignation, la reconnaissance d’une victime : le travailleur

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Dans la vaste entreprise d’aération de la ville et de la fluidification des circulations qui caractérise la ville des Lumières [11][11] Valentin Michel, Travail des hommes et savants oubliés,..., l’esprit pré-hygiéniste commence à prendre en compte les espaces intérieurs des différentes fabriques, qui doivent être éclairées, sans odeur, aérées, et ventilées. A Paris, tandis que des scientifiques comme Cadet de Vaux et Dufourny de Villiers recommandent d’aérer, de ventiler et d’assainir les écuries, et par extension « tous ateliers qui produisent une odeur quelconque [12][12] Journal de Paris, lettre de Dufourny de Villiers, 11... », on condamne la situation insalubre, malcommode de la plupart des lieux de travail de l’artisanat qui, bien souvent, sont dans des rez-de-chaussée semi enterrés, humides et sombres, et donc considérés comme nocifs à la santé. Le médecin Fourcroy, en 1777, explique que les potiers de terre : « choisissent des rues étroites pour y avoir un logement moins cher. Ils ont tous leurs ateliers dans des salles basses, humides, quelques-uns sur l’eau […] aussi beaucoup d’entre eux sont-ils sujets aux maladies de poitrine […] ils sont tous pâles, maigres, ou bouffis. Je me souviens d’être resté quelques heures dans un atelier de potier de terre, assez vaste et fort bas, pour y observer leurs manœuvres. J’en sortis avec une difficulté de respirer fort gênante, et un léger vertige qui dura tout le reste du jour [13][13] Note de Fourcroy, Ramazzini Bernardo, Essai sur les... ».

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Ces espaces de travail resserrés, bas, humides, ces mauvaises conditions de travail semblent produire inévitablement chez l’ouvrier des malformations : « une attitude constamment courbée, la respiration d’un air impur et des travaux peu propres à exercer les membres ne peuvent que produire des effets nuisibles sur la constitution, et quelquefois même des vices de structure [14][14] Journal de Paris, lettre de P…. D.M. aux rédacteurs,... ». Appliquées aux espaces de travail, les théories urbaines du siècle des Lumières recommandent de rassembler les ouvriers « dans des lieux spacieux et aérés », de « rendre les ateliers sains et conformes aux plus sévères règles de l’hygiène ». L’auteur de ces recommandations envoyées au Journal de Paris ajoute : « J’ai cru voir ces idées réalisées dans la Manufacture de Jouy, si connue dans toute l’Europe par ses belles toiles peintes […]. Une partie de ces travaux s’exécute à l’air libre, et ceux de l’intérieur ont lieu dans des salles vastes et aérées [15][15] Idem. ». Mais même dans les grandes manufactures, aux ateliers vastes et bien ordonnancés, les conditions de travail semblent insupportables. Dans celle des glaces de la rue de Reuilly, où travaillent plusieurs centaines d’ouvriers, Mercier explique qu’« on ne peut renouveler l’air dans les ateliers, parce qu’il donnerait à la potée un mordant qui laisserait sur les glaces des raies qu’il serait difficile de faire disparaître […] dans les chaleurs de l’été, les curieux qui viennent visiter les ateliers, ne peuvent y rester plus d’un quart d’heure ; une vapeur tiède, infecte, lourde, épaisse, les suffoque : ils se retirent, en se bouchant le nez, de ces immondes cloaques, où l’air est si rare, qu’on croit être sous le bocal de la machine pneumatique [16][16] Mercier Louis-Sébastien, Tableau de Paris, livre 9,... ». Pourtant, ces ateliers sont bien agencés. Après s’être extasié de la magnificence de la manufacture, Mercier montre l’envers du décor : « L’atelier vous surprendra par sa grandeur, par la multitude des roues et des moellons, que plus de quatre cents ouvriers, rangés sur des lignes parallèles, font glisser, et pirouetter sur les glaces pour les adoucir. On admire ensuite l’ordre, la symétrie de ce grand ensemble ; mais bientôt le bruit de ces roues mises en mouvement, les efforts violents, les contractions effrayantes de tous les membres de l’ouvrier qui halte, souffle, sue, s’excède pour donner de l’éclat et de la transparence à une masse de sable vitrifiée, portent la commisération et la pitié au fond des âmes les plus endurcies [17][17] Ibidem, p. 313. ».

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Qu’il y ait une connotation morale dans l’opinion publique ne nous surprendra pas, tel est l’esprit de l’époque. L’intérêt réside dans l’élargissement du débat à la condition ouvrière et artisanale, dans les colonnes mêmes du Journal de Paris ou d’autres publications à grand tirage. Et de fait, les deux dernières décennies de l’Ancien Régime marquent l’émergence de la question sanitaire pour le peuple au travail. Par les visites d’ateliers, les contemporains commencent à avoir une vision des mauvaises conditions de travail des artisans et des ouvriers : « Il faut fréquenter les ateliers, pour sentir combien il est difficile, dans la plupart des arts, de conserver la santé des ouvriers, sans nuire à la perfection de l’ouvrage et à l’économie [18][18] Gazette de santé, 21 mars 1776, n° 12. ».

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Absentes des règlements, les nuisances en milieu manufacturier commencent progressivement à émerger dans la conscience collective et politique. Les médecins sont les premiers à avoir cette nouvelle attention [19][19] Lanoe Catherine, La poudre et le fard : une histoire.... Dans la préface de son premier numéro en 1773, la Gazette de santé affirme qu’elle n’oubliera pas « les malheureux ouvriers, dont la santé est si souvent altérée par l’infection des grandes villes, et par les émanations des matériaux qu’ils mettent en œuvre [20][20] Gazette de santé, préface au premier numéro, 1773. », ce qu’elle rappelle à nouveau en juin 1775 [21][21] Ibidem, 22 juin 1775, n° 25.. De fait, elle relate successivement les souffrances et maladies des carriers (janvier 1774), des tailleurs de grès (juin 1775), des peintres qui broient eux-mêmes les couleurs (septembre 1775), des doreurs sur métaux (février 1776), des chapeliers (mars 1776), des fossoyeurs (septembre 1776) [22][22] Ibidem, 13 janvier 1774, n° 2 ; 22 juin 1775, n° 25 ;.... Si dans le même temps, l’autre revue médicale, le Journal de médecine, est beaucoup plus discrète sur la question [23][23] Recueil périodique d’observations de médecine, de chirurgie..., c’est aussi à partir de 1775 que plusieurs ouvrages paraissent. Le médecin Buchan consacre le deuxième chapitre de son livre aux maladies du monde du travail [24][24] Buchan William, Dr, Médecine domestique, 1775.. L’année suivante, le doyen de la Faculté de médecine, Gardane, déjà auteur des Recherches sur la colique métallique, traduit et publie le Traité des mauvais effets de la fumée de la litharge, écrit en latin en 1656, l’enrichit de notes et décrit des métallurgistes victimes des coliques du peintre, dues aux émanations de ce dérivé du plomb [25][25] Gazette de santé, 5 septembre 1776, n° 36.. Ces publications s’ajoutent à des enquêtes de médecins non publiées. C’est le cas des études de Tenon [26][26] Valentin Michel, « Jacques Tenon (1724-1816), précurseur... sur la chapellerie parisienne en 1757 et les affections subies par les ouvriers, connues grâce à son article publié bien après, en 1806. De même, Leroux des Tillets, futur doyen de la Faculté avant 1789, et futur membre du Conseil de salubrité au début du XIXe siècle, mène à partir de la fin des années 1770 une enquête sur une maladie particulière aux ouvriers de la manufacture royale de porcelaine de Sèvres. Depuis « plusieurs années [il] l’a observée, s’en occupe tous les jours, [il] a fait sur cette maladie toutes les observations physiques et anatomiques qui peuvent servir à la combattre avec succès [27][27] Journal de Médecine, 1781, t. LVI, p. 183. Aucune mention... ».

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La création de la Société royale de médecine à la fin de 1776 est un accélérateur de la prise de conscience de ces nuisances. Dès le départ, outre l’étude des épidémies, elle s’assigne l’étude des maladies des artisans, par un recensement des travaux pouvant être nuisibles et par la recherche de moyens de prévention [28][28] « Divers travaux commencés par les Membres de la Société,.... La liste des questions envoyée à son réseau de correspondants annonce un champ de recherche novateur qui se veut exhaustif : « quelle est la situation et l’étendue des ateliers ; quelle est la nature des eaux dont on y fait usage ; de quels instruments les ouvriers se servent ; quelles sont les matières qu’ils emploient ; suivant quels procédés on les traite ; quelles vapeurs s’en élèvent ; si les ouvriers sont en grand nombre dans la même salle ; quelle est leur attitude ; quels sont leurs mouvements ; quelle est leur nourriture et leur manière de se vêtir ; quels sont, chez eux, les organes les plus fatigués ; enfin si ces procédés ont quelquefois influé sur les épidémies régnantes [29][29] Assemblée tenue le 17 décembre 1776, citée par le Journal... ».

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A la suite de cet appel, entre 1778 et 1790, elle reçoit plusieurs mémoires sur les maladies des ouvriers [30][30] Farge Arlette, art. cit. Dans son étude, Arlette Farge..., et dans ses publications, la Société donne une part non négligeable aux maladies professionnelles, dont la description prend part aux diverses topographies locales [31][31] Voir en particulier Raymond, « Mémoire sur la topographie....

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C’est aussi dans ce cadre qu’elle commande à Fourcroy, alors jeune étudiant en médecine (il n’a que 21 ans), la traduction de l’Essai sur les maladies des artisans de Ramazzini. Fourcroy ne se contente pas de traduire cette œuvre majeure, copiée - sinon traduite - dans le monde entier ; il y ajoute une introduction importante et de nombreuses notes documentées. Il actualise ainsi les connaissances sur les maux des artisans et ouvriers, et offre un regard plus parisien. Dès sa publication en 1777, l’ouvrage connaît un retentissement considérable [32][32] Ramazzini Bernardo, op. cit... Il est salué unanimement. Le Journal de Paris rend hommage à Fourcroy, « aux talents duquel nous applaudissons bien volontiers [33][33] Journal de Paris, 9 septembre 1777. ». La Gazette de santé salue aussi l’auteur, en l’encourageant à poursuivre ses travaux : « Nous invitons le jeune auteur, dont les talents se manifestent déjà d’une manière distinguée, à ne point perdre de vue ce plan et à le remplir. […] il faudrait faire en sorte de rendre le tableau des professions dangereuses ou qui exposent à des maladies particulières, aussi complet qu’il serait possible » en y ajoutant par exemple les forgerons, chandeliers, ceux qui préparent le vert de gris, etc. [34][34] Gazette de santé, 28 août 1777, n° 35.. Ce texte marque une prise de conscience de l’élite médicale et scientifique, dans le regard porté sur les nuisances artisanales et industrielles au sein même des ateliers.

Montyon et la mobilisation des savants

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C’est dans ce contexte qu’intervient la figure de Montyon, qui tente de mobiliser les savants sur cette question. Ancien intendant de Provence, Montyon est alors conseiller d’Etat, administrateur philanthrope [35][35] Coleman William, « L’hygiène et l’Etat selon Montyon »,.... En 1778, il participe à la publication des Recherches et considérations sur la population de son secrétaire Moheau, dont plusieurs pages sont consacrées aux « métiers destructeurs de l’espèce humaine [36][36] Moheau Jean-Baptiste, Recherches et considération sur... ». Ce livre important, qui ouvre des perspectives statistiques préfiguratrices, suggère une politique publique financée par un impôt taxant le « luxe homicide » et conclut son chapitre de la façon suivante : « Ne serait-il pas temps qu’on accordât des secours aux Arts mécaniques, que la physique, la chimie, et les autres sciences, joignissent leurs lumières aux notions que donne l’expérience des gens de métier ? Ce n’est que depuis quelques années qu’on s’est occupé de recueillir leurs procédés. Il n’est point de mon sujet de faire sentir combien cette recherche peut être utile à l’Etat ; mais je représenterai qu’il serait important pour la population, que, parmi les établissements dus à la munificence de nos Rois, il en existât quelqu’un dont l’institution fût de s’occuper dans la partie des Arts mécaniques, d’un objet auquel personne ne fait attention, parce qu’il est étranger à tout intérêt particulier : la conservation des hommes. Le champ est vaste, le sujet presque neuf, l’objet est noble, et peut-être les succès ne sont pas très difficiles [37][37] Ibidem, p. 221. ».

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Quelques années plus tard, en 1782, Montyon prolonge sa pensée en décidant de convaincre, par un don généreux, l’Académie des sciences de proposer un prix récompensant l’auteur qui aura trouvé les moyens de préserver les ouvriers des dangers auxquels les exposent les différents procédés des arts [38][38] Valentin Michel, « Le prix des arts insalubres à l’Académie.... L’Académie des sciences fut convaincue par le mémoire de Montyon, particulièrement éloquent : « Tandis que l’on applaudit au succès des Arts, on oublie que presque toutes leurs opérations sont malsaines ou meurtrières. Il s’en faut de peu que le dénombrement des différentes classes d’ouvriers ne soit une liste de victimes. […] Dans toutes ces professions la matière extraite ou fabriquée s’atténue ou se volatilise, s’insinue dans le corps humain, et y porte des particules arsenicales, sulfureuses, métalliques, vénéneuses etc. ou des molécules incisives, ou une poussière qui attaque les poumons, ou un air corrompu, espèce de mouffette artificielle. Lorsque la décomposition de la matière n’est pas pernicieuse, les ouvriers périssent par l’action excessive du feu ou par une situation forcée et continue. […] Souvent la nature des travaux occasionne des morts violentes ou des accidents funestes, […] Quel triste résultat de l’industrie ! Nos bâtiments sont cimentés avec du sang, nos vêtements en sont teints, nos plaisirs en sont infectés ; il n’est point de jour où la richesse n’ordonne des meurtres : et la vie humaine est mise à prix comme un effet commerçable [39][39] Archives de l’Académie des sciences (dorénavant AAS),... ». Ce prix devait être annuel [40][40] Maindron Ernest, Les fondations de prix à l’Académie.... Pour l’année 1783, il est proposé de déterminer la nature et les causes des maladies auxquelles sont exposés les doreurs au feu ou sur les métaux, et la meilleure manière de les préserver de ces maladies. Puis, l’Académie annonce en même temps deux prix, celui de 1784 portant sur les maladies des chapeliers [41][41] Journal de Paris, 14 mai 1783, n° 134. et celui de 1785 sur les maladies des ouvriers qui étament les glaces [42][42] Idem. Il s’agit en fait d’une proposition extérieure.... Mais, en raison de l’absence de mémoires de qualité, la remise de ces prix est soit reportée, soit annulée. Ainsi, si le prix sur les doreurs est attribué à Gosse, de Genève, en 1783, celui sur les chapeliers n’est attribué qu’en 1787 (toujours à Gosse d’ailleurs). Quant au prix concernant la mise au tain, il n’est pas relancé, après le report du prix sur la chapellerie. Enfin, ce n’est que pour l’année 1787, que l’Académie propose un prix, portant sur les broyeurs de couleur [43][43] AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres »,.... A nouveau, faute de mémoires suffisamment développés, le prix n’est remis qu’en 1789 et est alors partagé entre deux lauréats, Pasquier et Defrance [44][44] Defrance Léonard, Les broyeurs de couleurs, leur métier.... Enfin, juste avant la Révolution française, l’Académie propose un prix pour 1791 sur la meilleure manière de garantir les vidangeurs des accidents lors du curage des puits et des fosses d’aisance [45][45] AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres »,....

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Les prix proposés par l’Académie des sciences ne recouvrent évidemment pas toutes les maladies artisanales, ni même n’énumèrent la totalité des nuisances des activités de production au sein des ateliers. Néanmoins, le choix des métiers est symptomatique à la fois d’une situation parisienne et du constat d’une dégradation de la condition ouvrière dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

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Le premier prix proposé par l’Académie des sciences concerne la dorure. C’est un art très parisien stimulé par l’augmentation de la consommation des produits de luxe (horlogerie, orfèvrerie, etc.). La dorure s’est ainsi développée à Genève, à Lyon, à Paris, dans les grandes villes fortement consommatrices [46][46] Mottu-Weber Liliane, « Inventeurs genevois aux prises.... Ce thème est donc choisi « parce que les objets sur lesquels s’applique cette dorure au feu, sont aujourd’hui si nombreux, et forment une branche de commerce si considérable, qu’ils multiplient tous les jours les victimes de cet art, si nuisible à ceux qui le pratiquent [47][47] AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres »,... ». La dorure sur métal consiste à amalgamer le mercure et l’or, mélange nécessaire pour que l’or adhère à son support métallique. Ce mélange fondu se réalise dans un creuset. Avant la dorure proprement dite, le métal est déroché, c’est-à-dire décapé préalablement à l’acide nitrique, puis avivé. C’est lors de cette dernière opération qu’il est passé au nitrate de mercure, une dissolution d’acide nitrique et de mercure. Puis il est « chargé » avec l’amalgame. Enfin le métal est mis à chauffer pour que le mercure s’évapore [48][48] Note de Fourcroy, Ramazzini Bernardo, op. cit., p..... Des opérations ultérieures, pour rehausser la couleur de la dorure font aussi appel au soufre et au sel ammoniac. Par l’action pernicieuse de ces vapeurs, les doreurs « deviennent sujets à un tremblement universel des doigts, des mains, de la tête et quelquefois des jambes, qui quand il est considérable, ressemble assez à la danse de St-Guy, et est accompagné d’un sentiment d’étourdissement et de vertige que les malades comparent à celui de l’ivresse », tandis que l’acide nitrique irrite leur respiration [49][49] Bibliothèque de l’Académie de médecine : SRM 140 d5,.... Leurs dents tombent, ils souffrent de paralysies, leur espérance de vie est très courte. Lors de sa manutention, le mercure entre par les pores de la peau, mais c’est surtout à l’état vaporeux qu’il est nuisible. Fourcroy rapporte à ce sujet une observation faite à Paris vers 1772, concernant un doreur travaillant dans une pièce où il dort aussi avec sa famille : pris de tremblements et de douleurs effroyables, le doreur est obligé d’arrêter son travail. Ses jambes enflent, des cloques apparaissent, que Fourcroy perce et dont le liquide qui en sort contient des « globules de mercure ». Après six mois de maladie, il reprend son travail, mais rechute très rapidement. Sa femme (Fourcroy n’indique pas si elle dore aussi) présente également les mêmes symptômes et est « délivrée de ses maux par une mort heureuse pour elle, et qui eut quelque chose d’affreux pour ceux qui furent spectateurs [50][50] Note de Fourcroy, Ramazzini Bernardo, op. cit., p.... ».

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Comme les doreurs, les chapeliers font usage du mercure. Paris était devenu au XVIIIe siècle l’un des plus grands centres de fabrication du chapeau, voire la capitale du chapeau fin [51][51] Nollet Abbé, L’art de faire des chapeaux, 1765, p..... Les chapeaux étant faits de laine et de poils feutrés, il faut pour les fabriquer retirer les poils des peaux, lesquelles sont principalement de castors, de lapins et de lièvres. Pour cette opération, les chapeliers secrètent les peaux, c’est-à-dire les frottent avec une dissolution qui facilite le feutrage des poils [52][52] Des Essarts (Toussaint Le Moyne, dit), op. cit., t..... Or, comme pour les doreurs, il s’agit d’une dissolution de nitrate de mercure que la plupart des chapeliers fabriquent eux-mêmes généralement dans l’endroit le plus élevé de la maison, à cause des vapeurs, « même sur les toits [53][53] Bibliothèque de l’Académie de médecine : SRM 139 d6... ». Cette dissolution est d’un usage si courant que des chimistes commencent dans les années 1770 à en fabriquer en grand, tel le pharmacien (et correspondant de l’Académie des sciences) Baumé, puis à la fin du siècle le distillateur Lacoste [54][54] Tenon abbé, « Mémoire sur les causes de quelques maladies.... Les peaux secrétées sont portées dans une étuve, simple pièce dans laquelle une cheminée d’évacuation des gaz est aménagée, et où la chaleur fait agir le nitrate de mercure sur le poil [55][55] Nollet Abbé, op. cit., p. 15.. Le contact avec le mercure se poursuit lors des opérations suivantes, en premier lieu l’arçonnage, qui consiste à mélanger les poils, à l’aide de cordes tendues très rapidement : le mercure encore présent se volatilise à nouveau, mêlé à de nombreuses poussières tout aussi nuisibles, d’autant que les fenêtres sont constamment fermées pendant cette opération, pour retenir le poil [56][56] Bibliothèque de l’Académie de médecine : SRM 139 d6.... Il faut enfin fouler les étoffes, c’est-à-dire les faire bouillir dans une grosse chaudière où de la lie de vin qui a été délayée dans l’eau, puis les rouler autour d’un gros fuseau de bois, et les retremper à diverses reprises dans la chaudière. « Le travail pénible à la foule, où l’on est posé sur ses jambes sans les mouvoir, les bras tendus et en action, la chaleur qu’on y endure, la vaporisation qui s’en élève et qu’on y inspire ; tout cela occasionne certains accidents, maigrit les jambes, les affaiblit, grossit les avant-bras, encore plus les bras [57][57] Tenon abbé, art. cit., p. 105. ». Au sortir de la foule, le chapelier feutre le chapeau et lui donne sa forme. Après le séchage, le ponçage, le brossage et le repassage, le chapeau est mis à la teinture, puis à l’apprêt : une colle est passée à chaud sur le chapeau avec une brosse ou avec le plat de la main. Selon le médecin Achard, les ouvriers fouleurs et apprêteurs ont de fréquents maux de tête, des œdèmes, les dents noires qui tombent, sans compter les maladies les plus graves, les tremblements liés au mercure [58][58] Bibliothèque de l’Académie de médecine : SRM 139 d6....

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L’usage du mercure dans la chapellerie entraîne une dégradation brutale des conditions de travail pour les fabricants. Ramazzini n’en parle pas dans son Essai. Ces procédés « inutiles, bizarres et abusifs » [59][59] Gazette de santé, 7 mars 1776, n° 10., auraient été importés de Londres à Paris, vers 1735 selon l’abbé Nollet, vers 1727 selon l’abbé Tenon, vers 1750 selon le principal chapelier parisien au début du XIXe siècle, Guichardière [60][60] Nollet Abbé, op. cit., p. 14. Tenon abbé, art. cit.,.... Quoiqu’il en soit, la dissolution de mercure et d’acide nitrique n’était pas utilisée auparavant par les chapeliers parisiens, et si l’on constate son usage à des doses mercurielles encore plus concentrées à Marseille [61][61] Gazette de santé, 7 mars 1776, n° 10 ; 14 mars 1776,..., elle n’est pas encore utilisée partout en Europe. Ainsi, Gosse, lauréat du prix de l’Académie, et habitant de Genève, dit qu’en Suisse, les chapeliers ne sont pas malades. C’est en arrivant en France qu’il découvre l’ampleur du phénomène [62][62] AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres »,.... A Paris, d’ailleurs, tous les ateliers n’emploient pas cette dissolution, et les concentrations varient d’ateliers en ateliers. Comme le note Lavoisier, « le secrétage n’est donc pas d’une nécessité indispensable à l’égard des poils du plus grand nombre des animaux et il paraît même ne l’être que pour ceux du lièvre [63][63] Lavoisier Antoine, « Rapport sur le prix proposé par... ». De fait, si la dissolution est utilisée, c’est qu’elle facilite le feutrage des poils, le procédé procure aux chapeaux « un nouveau degré de perfection », c’est une « méthode favorable aux manufactures [64][64] Bibliothèque de l’Académie de médecine : SRM 139 d6... ». L’abbé Nollet indique que le poil de lièvre était interdit dans la chapellerie auparavant, parce qu’il se feutrait justement très mal [65][65] Nollet Abbé, op. cit., p. 6.. L’usage du mercure se renforce après 1763, date à laquelle la perte du Canada arrête les importations de peaux de Castors en France, dont les poils se feutrent sans mercure. Le recours aux poils de lièvre devient encore plus important. La mode des chapeaux « velus », qui remplacent les chapeaux « ras » à partir de la décennie 1780 augmente encore, selon Guichardière, les effets néfastes pour la santé des ouvriers, la foule étant rendue plus difficile à cause des racines des poils conservés « Mais d’un autre côté, ce surcroît de peine est bien balancé par l’avantage de produire des chapeaux plus beaux et plus solides », précise-t-il, soulignant implicitement que les impératifs du commerce s’opposent ici au souci de la santé des ouvriers [66][66] Guichardière, art. cit. p. 18..

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Le mercure est enfin utilisé par les ouvriers qui étament les glaces. A Paris, la communauté des miroitiers est particulièrement importante, par ailleurs en rivalité avec la manufacture royale des glaces de la rue de Reuilly au faubourg Saint-Antoine. L’importance du secteur à Paris et l’usage du mercure encore une fois déterminent l’Académie des sciences à envisager un moment, un prix pour cet art au titre des arts insalubres, pour l’année 1785 [67][67] « Prix proposé par l’Académie des sciences de Paris,.... La mise au tain sur un côté de la glace permet de créer le miroir. Elle consiste à tremper avec du mercure la feuille d’étain, préalablement amincie et étalée sur une pierre. La glace est posée sur cette fine couche, puis pressée. Le surplus de métal liquide retombe tout autour [68][68] Des Essarts (Toussaint Le Moyne, dit), op. cit., t..... En 1788, Mercier décrit de façon apocalyptique les effets du mercure sur la santé des ouvriers : « Tous leurs membres sont dans un continuel tremblement. Les carreaux de l’atelier du tain sont rongés et déchaussés par le mercure. Jugez de l’impression qu’il fait sur les corps ! […] un homme très robuste peut gagner trois livres par jour dès son entrée à la manufacture ; mais aussi cet homme perd en moins de six mois la moitié de ses forces, et puis sa santé dépérit par degré, tant par la fatigue d’un travail qui absorbe et qui tue, que par l’insalubrité de l’air [69][69] Mercier Louis-Sébastien, op. cit., livre 9, chapitre... ». Plutôt que le mercure, les ouvriers utilisent parfois l’arsenic dont l’union avec divers métaux, tels que le cuivre ou l’étain, donne des composés métalliques d’un blanc susceptible de rendre un beau poli, mais dont les effets sur la santé sont tout aussi dangereux [70][70] Journal de Paris, 29 juillet 1779 n° 210.. Dans la manufacture des glaces, le polissage, la dernière opération des miroitiers, est aussi dangereuse « Il ne se passe point de semaine ou de mois sans qu’on apprenne qu’un homme s’est blessé, soit en tombant avec sa glace, soit en la polissant. Quelles plaies ! Elles effraient la chirurgie [71][71] Mercier Louis-Sébastien, op. cit., livre 9, chapitre... ».

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Le prix proposé concernant les maladies des broyeurs de couleurs est aussi d’inspiration très parisienne. La capitale compte de nombreux peintres qui broient leurs couleurs avant leur emploi à l’eau ou à l’huile, pour la peinture en bâtiment, la porcelaine, les faïenceries, etc., mais aussi le secteur du papier peint, florissant à Paris, depuis 1760 [72][72] Velut Christine, Décors de papier. Production, commerce.... Les couleurs ont bien souvent une base métallique, nocive pour la santé, puisqu’il faut majoritairement réduire en poudre les oxydes métalliques. Les rouges sont faits avec le cinabre (composé de soufre et d’arsenic), le vermillon (composé de mercure) ou le minium (oxyde de plomb) ; les verts avec le vert-de-gris (oxyde de cuivre) ; les jaunes avec l’antimoine ou le massicot (autre oxyde de plomb), ou encore l’orpin ou l’orpiment (sulfure d’arsenic) ; les blancs avec la céruse (carbonate de plomb), le bismuth ou l’étain. Pour toutes ces couleurs, des nuances existent, selon le niveau d’oxydation, ou la présence de certaines substances, comme le soufre par exemple. Seuls le bleu et le noir, produits avec des matières organiques ne semblent pas dangereux [73][73] BN, Joly de Fleury, 1729, fol 276-279, lettres patentes,.... Pour composer les pigments, il faut la plupart du temps calciner les métaux ou les oxyder grâce à des acides ou par un feu violent, ce qui produit des vapeurs nuisibles, particulièrement dangereuses lors de la réduction du plomb en minium. Puis il faut broyer ces substances en poudre fine, sur du marbre, du porphyre ou des miroirs [74][74] AAS, Idem.. Or, selon l’académicien Montigny : « Il est très dangereux de respirer ou d’avaler pendant des journées entières les poudres subtiles qui s’élèvent dans ces différentes préparations métalliques, soit qu’on les pile dans des mortiers, soit qu’on les écrase ou qu’on les broie à force de bras sur le porphyre, on sait que les préparations de plomb causent les dangereuses coliques que l’on nomme coliques de peintre ou de Poitou ; que les préparations mercurielles occasionnent des tremblements, des salivations, des coliques, des paralysies. Mais il semble qu’on ignore, ou qu’on semble ignorer que les peintres et les marchands de couleur fournissent chaque année tant à l’Hôtel-Dieu, qu’à l’hôpital de la Charité, un grand nombre de malades affligés de ces coliques redoutables, et d’autres accidents extraordinaires [75][75] AN, O1 1294, fol 305, rapport de de Montigny à l’Académie... ».

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En proposant ce prix, l’Académie des sciences soulève un problème majeur de santé ouvrière. Les bilans sont alarmants. A l’hôpital de la Charité, un de ses médecins indique qu’entre le 1er janvier 1774 et le 20 septembre 1775, deux cent soixante douze peintres ou broyeurs de couleurs, victimes de coliques de plomb, dues notamment aux peintures à la céruse et au minium, sont entrés à l’hôpital et plusieurs sont morts [76][76] AN, O1 1294, fol 304, attestation du frère Faron d’Arsy,.... Le chimiste Guyton de Morveau se soucie dès 1782 de ces peintures à la céruse, qu’il souhaite vouloir faire remplacer par du blanc de zinc, vœu non entendu alors [77][77] Valentin Michel, op. cit., p. 102..

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L’attention à la souffrance ouvrière est suffisamment forte pour que Lavoisier, juste avant la suppression de l’Académie des sciences, en 1793, demande le rétablissement des prix sur les arts insalubres, les plus utiles « peut-être de tous ceux que l’académie était dans le cas de proposer, ceux sûrement qui étaient le plus directement dirigés vers le soulagement de l’humanité, ceux enfin qui intéressaient le plus sensiblement la classe la plus industrieuse et la plus souffrante des citoyens de la capitale [78][78] Lavoisier Antoine, « Mémoire [sur la fondation de prix... ».

Science et politique

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Par ce prix sur les arts insalubres, les académiciens apparaissent alors, à côté des médecins, comme des savants attentifs au sort de l’Humanité et à l’amélioration de la condition humaine. Leur action eut-elle une résonance sur la sphère de l’action politique ? En 1789, lors de rédaction des cahiers de doléance, le savant et académicien Bailly, également secrétaire du Tiers-Etat de Paris, est interpellé par la Pétition des cent cinquante mille ouvriers et artisans de Paris : « Et vous, M. Bailly, que nous rendons, dans ce moment, le dépositaire et l’organe de nos justes plaintes, quand vous retraçâtes d’une manière si touchante les maux qui assiègent l’humanité dans l’asile des douleurs, ne les aviez-vous pas sentis avant de les peindre ? […] Eussiez-vous pu enseigner l’art de les calmer, de les éteindre, si vous n’eussiez pas parcourus, examinés ces maux, interrogés ces murs ténébreux, ces lits empestés du souffle de la mort ? [79][79] Pétition des cent cinquante mille…, op. cit., p. 8.... ». Plus intéressé, parce que candidat à l’un des prix de l’Académie, le peintre Defrance loue lui aussi les académiciens sur leur rôle d’élite éclairée, qui doit guider les autorités : « Ah ! C’est à vous, messieurs, qu’il appartient d’éclairer le gouvernement et de solliciter son humanité, les bons offices de la vôtre, une réquisition, un vœu de votre part obtiendraient le règlement nécessaire à la santé des ouvriers [80][80] AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres »,.... »

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Cette attention des savants à la souffrance des ouvriers n’a pourtant eu que de faibles débouchés d’action sanitaire des autorités. En dehors des médecins et des scientifiques, des solutions viennent d’artisans et ouvriers eux-mêmes. En 1765, le peintre Bachelier invente un moulin à broyer les couleurs qui protège l’ouvrier des poussières [81][81] AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres »,.... En 1775, Chevalier, un peintre de la rue Bailleul, invente un autre moulin à broyer les couleurs, dont le bras est encaissé et permet d’éviter de respirer les poudres, et grâce auquel, selon l’académicien Montigny « rien n’est plus aisé que de faire mouvoir à la fois plusieurs de ces petits moulins, soit par un courant d’eau, soit par des chevaux ou par des ânes ; un grand établissement de cette espèce mériterait d’être encouragé et provoqué pour le bien de l’humanité [82][82] AN, O1 1294, fol 305, rapport de Montigny à l’Académie... ». Par ailleurs, les lauréats du prix sur le broyage des couleurs, tous deux peintres également, préconisent des mesures à suivre dans les ateliers : le dallage du sol des ateliers, leur nettoyage quotidien, des dispositifs simples de ventilation, et demandent au gouvernement d’imposer ces mesures à tout fabricant [83][83] AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres »,.... Dans la chapellerie, Troussier, en 1784 prétend substituer le poil de loutres au poil de castors et avoir trouvé une nouvelle manière de feutrer les chapeaux [84][84] AN, F12 1461, dossier IV (1), et Journal de Paris,.... Des ouvriers revendiquent eux-mêmes des améliorations, comme en 1774 à Marseille, où la protestation d’ouvriers chapeliers contre la dangerosité de leur métier aboutit à une Déclaration de la communauté des chapeliers, homologuée par le Parlement, demandant que les fabricants ne puissent plus utiliser davantage de mercure en dissolution que la quantité indiquée par Nollet, le contrôle étant exercé par le lieutenant général de police [85][85] Gazette de santé, 21 mars 1776, n° 12. Sonensher Mickaël,.... A Paris, le chapelier Châtelain est connu pour ne faire usage que d’acide nitrique étendu dans de l’eau, et de très peu de mercure [86][86] Tenon abbé, art.cit. Demachy J.-F., L’art du distillateur....

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Est-ce à dire que la police commence à être concernée ? Signalons tout d’abord que s’il y a un domaine presque totalement occulté dans la dynamique réglementaire de la police, c’est bien celui des nuisances internes aux espaces de fabrication, là où pourtant les dangers sont les plus présents [87][87] Le Roux Thomas, Les nuisances artisanales et industrielles.... Les interventions de la police, autorité tutélaire des arts et métiers, portent sur la discipline propre à chaque profession, sur le respect des règles de fabrication, sur la qualité des produits, etc. Si elle s’occupe de certaines nuisances liées aux activités de production, c’est exclusivement de leurs effets sur l’espace public, afin de garantir de bonnes règles de voisinage et de prévenir les maladies des tiers. La santé des ouvriers et des artisans, impliqués dans le processus de production, n’est pas de son ressort. Les sources réglementaires sont donc silencieuses sur la souffrance des travailleurs à l’intérieur des ateliers, et celle-ci est laissée à l’appréciation privée des fabricants. Pourtant à Paris, à la fin de l’Ancien Régime, une évolution est perceptible. Publié entre 1786 et 1790, le Dictionnaire universel de police de Des Essarts est le premier du genre à mentionner les effets dangereux du travail artisanal, pointant par exemple les 330 fondeurs de métaux de Paris et suggérant que, pour les chapeliers, « la police [soit] attentive à ce que cette liqueur dangereuse qui sert à sécréter, ne devienne pas nuisible, soit à l’ouvrier qui l’emploie, soit à d’autres personnes qui s’exposeraient à ses vapeurs malignes [88][88] Des Essarts (Toussaint Le Moyne, dit), op. cit., t.... ». Des Essarts soutient même que « le Gouvernement a fait, à cet égard, des propositions et des tentatives », mais que celles-ci « n’ont pu encore être effectuées [89][89] Ibidem, t. 2, p. 422. », ce qui semblerait montrer une attention qui dépasse rarement le vœu pieu.

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Discutées dans les cercles savants, livrées à l’opinion publique, les maladies des ouvriers ne laissent pas insensible le premier magistrat de la police parisienne, Lenoir, âme chrétienne dont la dévotion empreinte de paternalisme et de charité le porte vers ceux qui souffrent [90][90] Milliot Vincent, « Gouverner les hommes et leur faire.... Son attention est pleine d’empathie, de compassion, voire d’acceptation de la situation des ouvriers. En 1778, à propos des broyeurs de couleurs, il affirme savoir « très positivement, que de la plupart des couleurs en usage en peinture, naissent beaucoup de maladies de cerveau, de poitrine et d’estomac, et que les hôpitaux ne sont malheureusement que trop chargés d’ouvriers qui en ont fait la triste épreuve [91][91] AN F12 992, lettre de Lenoir à Montaran, demande de... » ; mais son intervention quelque peu fataliste n’aboutit pas à l’aide demandée par le broyeur de couleur Chevalier. Cela ne l’empêche pas d’agir énergiquement en certaines circonstances, à propos des cardeurs de crin par exemple quand, au début de l’année 1777, ils sont atteints de la maladie du charbon (ou anthrax) [92][92] Note de Fourcroy, Ramazzini Bernardo, op. cit., p...., notamment dans un atelier situé rue du Fer-à-Moulin, au faubourg Saint-Marcel, où des ouvriers avaient ouvert des ballots de crin de Russie « qu’ils avoient épluchés sans précaution [93][93] Gazette de santé, 6 mars 1777, n° 10. Journal de Paris,... ». Dans son édition datée du 6 mars, la Gazette de santé espère « que le Ministère public prendra des mesures pour obvier à ces accidents [94][94] Gazette de santé, 6 mars 1777, n° 10. ». De fait, Lenoir a déjà demandé l’avis de la Société royale de médecine et pris des mesures immédiates pour arrêter cette maladie. Le 1er mars, il en est vivement félicité par le ministre de Paris : « les mesures que vous avez prises pour vous assurer la qualité du crin et de la situation des ouvriers qui sont employés à le carder, sont une nouvelle preuve de votre zèle et de votre attention à tout ce qui intéresse la tranquillité publique [95][95] AN O1 *488, fol 118, lettre de Amelot à Lenoir, 1er... ». Le 13 mars, dans son édition suivante, la Gazette de santé confirme que « M. le lieutenant général de police, qui veille avec l’attention la plus scrupuleuse à tout ce qui concerne la santé publique, instruit à temps de cet événement, a donné ses ordres en conséquence, pour prévenir de nouveaux accidents [96][96] Gazette de santé, 13 mars 1777, n° 11. ».

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Mais ces efforts ne débouchent pas sur une politique sanitaire. Le Gouvernement semble avoir négligé toutes les innovations visant à améliorer le sort des ouvriers. Ainsi, en 1775, malgré un rapport très positif de l’Académie des sciences, le peintre Chevalier n’obtient de Lamoignon de Malesherbes, alors ministre de Paris, aucun encouragement pour l’invention de son moulin à moudre les couleurs [97][97] AN F12 992, dossier Chevalier, machine propre à pulvériser.... En 1778, malgré l’attention portée par Lenoir, le contrôleur général, après que le Bureau du commerce se soit déclaré incompétent, décide que Chevalier trouvera « récompense dans l’usage de ses machines [98][98] AN F12 992, lettre de Lenoir à Montaran fils, 26 juillet... ». En 1783, le peintre renouvelle sa demande [99][99] AN F12 992, mémoire de Chevallier, transmis à Lenoir,..., mais en marge de son dossier, on peut lire « Rien à faire, 28 octobre 1783 ». De même, les fabricants de papiers peints Arthur et Grenard établis depuis 1764 à Paris, qui fabriquent aussi des laques, trouvent en 1787 le moyen de fabriquer un jaune minéral sans danger, selon eux, pour les ouvriers. Les approbations des Académies des sciences, de peinture et de sculpture facilitent l’obtention d’un arrêt du Conseil le 21 août 1787 qui leur accorde un privilège, mais les lettres patentes ne semblent avoir jamais été enregistrées par le Parlement [100][100] BN, Joly de Fleury, 1729, fol 276-279, lettres patentes,....

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De même, il faut prendre en compte l’inertie sociale. Par exemple, les hôpitaux, auxiliaires de la police dans la gestion des corps malades, mendiants et déviants, ne dénoncent pas la situation des travailleurs, au grand regret de l’abbé Tenon, médecin, qui avoue en 1806, que dans son enquête réalisée en 1757 sur les maladies des chapeliers, il n’a pu recueillir aucune information dans les hôpitaux [101][101] Tenon abbé, art. cit., p. 108.. Quant aux ouvriers eux-mêmes, leur parole n’est pas prise en compte. Le monde ouvrier est un monde de silence. Parleraient-ils qu’ils ne seraient pas entendus ; le peuple, « souffre patiemment par habitude et plus encore par le peu d’espoir de parvenir à se faire entendre [102][102] Rapport de Fourcroy et Desperrières, cité par Coqueau... ». Au-delà du poids des mentalités, au-delà même d’une parole inaudible dans une société d’ordre et de privilèges, la condition ouvrière est tout simplement prisonnière de l’emploi qui procure un revenu. Il est difficile de se plaindre de ses conditions d’un travail qui, malgré tout, fait vivre. Ainsi, lors d’une enquête de commodo et incommodo, relative à une manufacture de colle forte, un voisin dit que sa femme ne s’en plaint pas, qu’elle « en souffre patiemment l’incommodité parce qu’elle gagne sa vie avec le dit faiseur de colle [103][103] AN Y 9533, procès-verbal d’information de commodité... ».

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La demande d’action publique n’a donc pas abouti en 1789. Le 3 mai 1789, dans les derniers jours de l’Ancien Régime, la Pétition des cent cinquante mille ouvriers et artisans de Paris, texte sans doute apocryphe et derrière laquelle on devine la verve de Montyon ou de Dufourny [104][104] Marec Yannick, Protection sociale aux XIXe et XXe siècles,..., est l’aboutissement d’une évolution par son cri d’indignation et la demande qui est faite d’une représentation des divers métiers de Paris parmi les députés du Tiers-Etat : « Paris, plus encore par son industrie que par son commerce, Paris donne des lois et des modèles à l’univers entier ; et, si ses murs ne renferment pas de nombreuses manufactures, ils contiennent des milliers d’hommes ignorés de la société qui, par cent talents divers, se dévouent à la mort, même par le genre de profession qu’ils embrassent. Tandis que les uns se dérobent à la lumière du soleil, pour aller dans les entrailles de la terre en tirer ces matériaux de cent espèces dont vous formez vos temples, vos asiles ; d’autres, élevés sans cesse sur des faîtes, affrontent mille fois la mort ; ceux-là, renfermés dans des canaux méphitiques, vont salubrifier l’air que vous respirez, aux dépens de leur courage et plus encore de leur ignorance ; ceux-ci préparent les métaux, les teintures, les sels, les acides minéraux, et se nourrissent des émanations arsenicales et pestilentielles qui changent, détruisent et anéantissent leur existence. Où sont donc, parmi vous, ces hommes accoutumés à guider nos pas, à diriger nos travaux ? [105][105] Pétition, op. cit., 1789, p. 5-6. ».

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Aboutissement et témoin d’une prise de conscience intervenue à la fin de l’Ancien Régime, ce texte est le dernier avant longtemps à reconnaître les effets néfastes sur la santé au travail. Car, poussée par d’autres nécessités, la Révolution française ignore ensuite la santé au travail et contribue à occulter la souffrance physique des ouvriers et des artisans. C’est à ce titre une rupture fondamentale [106][106] Le Roux Thomas, « L’effacement du corps de l’ouvrier.....

Notes

[1]

Numéros spéciaux de la RHMC, Les maladies professionnelles : genèse d’une question sociale (XIXe-XXe s.), 56-1, janvier-mars 2009, et la revue Mouvements, La santé à l’épreuve du travail, 58, avril-juin 2009.

[2]

Notamment le numéro spécial du Mouvement social, n° 124, juillet-septembre 1983 : introduction de Cottereau Alain et article de Lecuyer Bernard-Pierre, « Les maladies professionnelles dans les Annales d’hygiène publique et de médecine légale, ou une première approche de l’usure au travail », p. 46-69.

[3]

Numéros précités, et Viet Vincent, Les voltigeurs de la République : l’inspection du travail en France jusqu’en 1914, CNRS, 1994.

[4]

Le Roux Thomas, « Santés ouvrières et développement des arts et manufactures au XVIIIe siècle en France », à paraître dans les actes de la Settimana di Studi (Prato, 26 au 30 avril 2009) intitulée « Les interactions entre économie et environnement biologique en Europe. XIIIe-XVIIIe siècles », Prato, 2010.

[5]

Farge Arlette, « Les artisans malades de leur travail », Annales ESC, sept.-oct. 1977, p. 993-1006.

[6]

Mercier Louis-Sébastien, Tableau de Paris, livre 9, chapitre 750, p. 313. Sur la compassion de Mercier envers les travailleurs, également, livre 4, chapitre 302, p. 30, 33-34, et livre 9, chapitre 750, p. 312-314.

[7]

Foucault Michel, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Gallimard, 1975.

[8]

Lavoisier Antoine, « Mémoire [sur la fondation de prix Montyon] », 3 février 1793, Œuvres, 1854-1868, t. 6, p. 46.

[9]

AN O1 1294, fol 305, rapport de Montigny à l’Académie des sciences, 22 août 1775.

[10]

Pétition des cent cinquante mille ouvriers et artisans de Paris, 1789, p. 5-6.

[11]

Valentin Michel, Travail des hommes et savants oubliés, Docis, 1978. Vigarello Georges, « L’hygiène des Lumières », dans Bourdelais Patrice, dir., Les hygiénistes. Enjeux, modèles et pratiques, Belin, 2001, p. 26-40.

[12]

Journal de Paris, lettre de Dufourny de Villiers, 11 juin 1785. Sur les recommandations de Cadet de Vaux, Des Essarts (Toussaint Le Moyne, dit), Dictionnaire universel de la police, 1786-1790, t. 3, p. 496-497. Sur Cadet de Vaux et Dufourny : Vaquier André, Un philanthrope méconnu : Cadet de Vaux (1743-1828), Paris-Franconville, 1972. Paturle-Grenot Michèle, Dufourny de Villiers et les plus pauvres (1738-1796). Vaincre l’exclusion au nom des droits de l’homme, thèse d’Histoire sous la direction d’André Gueslin, Université de Paris VII-Denis Diderot, 2001.

[13]

Note de Fourcroy, Ramazzini Bernardo, Essai sur les maladies des artisans, 1777, (1ère éd. 1700), p. 67.

[14]

Journal de Paris, lettre de P…. D.M. aux rédacteurs, 12 novembre 1787.

[15]

Idem.

[16]

Mercier Louis-Sébastien, Tableau de Paris, livre 9, chapitre 750, p. 314-317.

[17]

Ibidem, p. 313.

[18]

Gazette de santé, 21 mars 1776, n° 12.

[19]

Lanoe Catherine, La poudre et le fard : une histoire des cosmétiques de la Renaissance aux Lumières, Seyssel, Champ Vallon, 2008, p. 164-170.

[20]

Gazette de santé, préface au premier numéro, 1773.

[21]

Ibidem, 22 juin 1775, n° 25.

[22]

Ibidem, 13 janvier 1774, n° 2 ; 22 juin 1775, n° 25 ; 7 septembre 1775, n° 36 ; 1er février 1776, n° 5 ; 7 mars 1776, n° 10 ; 14 mars 1776, n° 11 ; 21 mars 1776, n° 12 ; 22 juillet 1776, n° 28.

[23]

Recueil périodique d’observations de médecine, de chirurgie et de pharmacie. Créé en 1756, il prend en 1758 son titre définitif (jusque 1788) : Journal de médecine, chirurgie et pharmacie. A part les travaux de l’Académie des sciences dans les années 1780, le journal n’évoque que rarement les maladies des artisans avant 1789.

[24]

Buchan William, Dr, Médecine domestique, 1775.

[25]

Gazette de santé, 5 septembre 1776, n° 36.

[26]

Valentin Michel, « Jacques Tenon (1724-1816), précurseur de la médecine sociale », Histoire des Sciences médicales, t. IX, n° 1, 1975-1976, p. 65-73.

[27]

Journal de Médecine, 1781, t. LVI, p. 183. Aucune mention n’est indiquée dans les Commentaires de la Faculté de Paris, 1777 à 1786, Documents pour l’histoire de l’université de Paris, 1903, sauf un renvoi au Journal de Médecine.

[28]

« Divers travaux commencés par les Membres de la Société, sur […], sur les vapeurs méphitiques, […], et sur les maladies des artisans », Histoire et Mémoires de la Société royale de médecine (dorénavant HMSRM), t. 1, 1779 (1776), p. 11.

[29]

Assemblée tenue le 17 décembre 1776, citée par le Journal de Paris, 22 octobre 1778, n° 295.

[30]

Farge Arlette, art. cit. Dans son étude, Arlette Farge cite sept documents de la bibliothèque de l’Académie de médecine, dont quatre provenant de Pajot-Descharmes. Il y en a en fait d’autres.

[31]

Voir en particulier Raymond, « Mémoire sur la topographie médicale de Marseille et de son territoire ; et sur celle des lieux voisins de cette ville », HMSRM, t. 2, 1780 (années 1777 et 1778) p. 66-140, dont les pages 126 et 127 sont consacrées aux maladies des artisans. Père Cotte, « Mémoire sur la Topographie médicale de Montmorenci et de ses environs », HMSRM, t. 3, 1782 (année 1779), p. 61-83, dont la page 87 décrit les maladies des dentellières. De Brieude, « Topographie médicale de la haute Auvergne », HMSRM, t. 5, 1787 (années 1782 et 1783), p. 257-340, dont les pages 327-332 décrivent les maladies des tanneurs, corroyeurs, pelletiers, chaudronniers, forgerons, maréchaux, tisserands, teinturiers, ciriers et chandeliers.

[32]

Ramazzini Bernardo, op. cit..

[33]

Journal de Paris, 9 septembre 1777.

[34]

Gazette de santé, 28 août 1777, n° 35.

[35]

Coleman William, « L’hygiène et l’Etat selon Montyon », Dix-huitièm siècle, Le sain et le malsain, 1977, p. 101-108., Thuillier Guy, « Comment le conseiller d’Etat Montyon voyait l’administration sous Louis XVI », Revue administrative, 249, 1989, p. 318. Morand Paul, Un légiseur bienfaisant (M. de Montyon), Gallimard, 1972. Guimbaud Louis, Un grand bourgeois du XVIIIe siècle. Auget de Monthyon (1733-1820), d’après des documents inédits, 1909.

[36]

Moheau Jean-Baptiste, Recherches et considération sur la population de la France, 1778.

[37]

Ibidem, p. 221.

[38]

Valentin Michel, « Le prix des arts insalubres à l’Académie Royale des Sciences en 1783 », Archives des maladies professionnelles, de médecine du travail et de sécurité sociale, 1973, 34/4-5, avril-mai, p. 273-280. Demeulenaere-Drouyere Christiane, Brian Eric, Histoire et mémoire de l’Académie des sciences. Guide de recherches, Tec & Doc Lavoisier, 1996.

[39]

Archives de l’Académie des sciences (dorénavant AAS), Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres », Nouveau prix extraordinaire proposé par l’Académie Royale des Sciences pour l’année 1783. Ce texte a été attribué malencontreusement par de nombreux historiens à Lavoisier. La notice du prix cite pourtant explicitement ce passage comme étant un extrait du mémoire envoyé par Montyon.

[40]

Maindron Ernest, Les fondations de prix à l’Académie des sciences. Les Lauréats de l’Académie, 1714-1880, 1881, vol. 1, p. 41-42.

[41]

Journal de Paris, 14 mai 1783, n° 134.

[42]

Idem. Il s’agit en fait d’une proposition extérieure de supplément de prix, qui ne semble pas avoir été retenu par l’Académie des sciences. Registre des procès-verbaux de l’Académie des sciences, 14 mai 1783, p. 117 « une compagnie [propose un supplément] pour ajouter au prix pour les maladies des ouvriers qui mettent au tain ».

[43]

AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres », Prix proposé par l’Académie Royale des Sciences, pour l’année 1789.

[44]

Defrance Léonard, Les broyeurs de couleurs, leur métier et leurs maladies [1788], Liège, éd. du Céfal, 2005, édition annotée par Philippe Tomsin.

[45]

AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres », Prix proposé par l’Académie Royale des Sciences, pour l’année 1791.

[46]

Mottu-Weber Liliane, « Inventeurs genevois aux prises avec la maladie des doreuses et doreurs en horlogerie (fin XVIIIe-début XIXe siècle), in Hilaire-Perez Liliane et al., dir., Artisans, industries. Nouvelles révolutions du Moyen-Age à nos jours, Lyon, ENS éd., SFHST Cahiers d’histoire et de philosophie des sciences, n°52, 2004, p. 283-296.

[47]

AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres », Nouveau prix extraordinaire proposé par l’Académie Royale des Sciences pour l’année 1783.

[48]

Note de Fourcroy, Ramazzini Bernardo, op. cit., p. 27. AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres », dorure, mémoire Gosse (lauréat).

[49]

Bibliothèque de l’Académie de médecine : SRM 140 d5, lettre sur la maladie des doreurs.

[50]

Note de Fourcroy, Ramazzini Bernardo, op. cit., p. 42-46.

[51]

Nollet Abbé, L’art de faire des chapeaux, 1765, p. 2. Sonenscher Michael, The hatters of eighteencentury France, Berkeley-Los Angeles-Londres, University of California press, 1987.

[52]

Des Essarts (Toussaint Le Moyne, dit), op. cit., t. 2, p. 420-423.

[53]

Bibliothèque de l’Académie de médecine : SRM 139 d6 n° 1, Achard, Essai sur les maladies des chapeliers, s.d. [septembre 1780] (manuscrit), p. 5.

[54]

Tenon abbé, « Mémoire sur les causes de quelques maladies qui affectent les chapeliers », lu le 2 fructidor an XII, HMRSM, 1806-1807, t. 7, p. 102.

[55]

Nollet Abbé, op. cit., p. 15.

[56]

Bibliothèque de l’Académie de médecine : SRM 139 d6 n° 1, Achard, op. cit.. Des Essarts (Toussaint Le Moyne, dit), op. cit., t. 2, p. 420-423. Tenon abbé, art. cit., p. 108.

[57]

Tenon abbé, art. cit., p. 105.

[58]

Bibliothèque de l’Académie de médecine : SRM 139 d6 n° 1, Achard, op. cit., p. 14-15.

[59]

Gazette de santé, 7 mars 1776, n° 10.

[60]

Nollet Abbé, op. cit., p. 14. Tenon abbé, art. cit., p. 101. Guichardiere, « Exposition de 1823, Notice sur les perfectionnements les plus importants que l’art du chapelier a obtenus depuis un siècle environ », Annales de l’industrie nationale et étrangère, 1824, t. 14, p. 225-238.

[61]

Gazette de santé, 7 mars 1776, n° 10 ; 14 mars 1776, n° 11. A Marseille, « on consomme pour la fabrique des chapeaux, près de trente quintaux de mercure cru, sans compter le mercure déguisé sous d’autres formes. Ainsi, dans le cours de l’année, six cents personnes environ, hommes ou femmes, renfermés dans des ateliers, rasent, baguettent, cardent, arçonnent et foulent une immense quantité de poil secrété ».

[62]

AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres », Chapellerie, mémoire Gosse (Lauréat).

[63]

Lavoisier Antoine, « Rapport sur le prix proposé par l’Académie relatif à l’art du chapelier », 1784, op. cit., t. 6, p. 12-15.

[64]

Bibliothèque de l’Académie de médecine : SRM 139 d6 n° 1, Achard, op. cit., p. 13.

[65]

Nollet Abbé, op. cit., p. 6.

[66]

Guichardière, art. cit. p. 18.

[67]

« Prix proposé par l’Académie des sciences de Paris, sur les maladies des ouvriers qui mettent les glaces au tain », Journal de médecine, 1783 t. LX n°2, p. 86.

[68]

Des Essarts (Toussaint Le Moyne, dit), op. cit., t. 6, p. 622.

[69]

Mercier Louis-Sébastien, op. cit., livre 9, chapitre 750, p. 315-316.

[70]

Journal de Paris, 29 juillet 1779 n° 210.

[71]

Mercier Louis-Sébastien, op. cit., livre 9, chapitre 750, p. 317.

[72]

Velut Christine, Décors de papier. Production, commerce et usages des papiers peints à Paris, 1750-1820, Editions du patrimoine, 2005.

[73]

BN, Joly de Fleury, 1729, fol 276-279, lettres patentes, fabrication de jaune minéral, 18 octobre 1787. AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres », broyage de couleurs, mémoires Pasquier et Defrance (lauréats).

[74]

AAS, Idem.

[75]

AN, O1 1294, fol 305, rapport de de Montigny à l’Académie des sciences, 22 août 1775.

[76]

AN, O1 1294, fol 304, attestation du frère Faron d’Arsy, religieux du couvent et hôpital de la Charité de Paris, 20 septembre 1775.

[77]

Valentin Michel, op. cit., p. 102.

[78]

Lavoisier Antoine, « Mémoire [sur la fondation de prix Montyon] », 3 février 1793, op. cit., t. 6, p. 46.

[79]

Pétition des cent cinquante mille…, op. cit., p. 8. Ce 3 mai 1789, Bailly s’apprête en outre à rapporter au nom de l’Académie sur la nécessité d’éloigner les tueries et fonderies de suif de Paris.

[80]

AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres », Broyage de couleurs, mémoire Defrance (Lauréat), p. 63.

[81]

AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres », Broyage de couleurs, mémoire Defrance (Lauréat).

[82]

AN, O1 1294, fol 305, rapport de Montigny à l’Académie des sciences, 22 août 1775.

[83]

AAS, Prix, carton 2, pochette « Arts insalubres », Broyage de couleurs, mémoire Defrance (lauréat), p. 76.

[84]

AN, F12 1461, dossier IV (1), et Journal de Paris, 10 janvier 1784, n° 10.

[85]

Gazette de santé, 21 mars 1776, n° 12. Sonensher Mickaël, op. cit., p. 121-130.

[86]

Tenon abbé, art.cit. Demachy J.-F., L’art du distillateur d’eaux-fortes, 1773, p. 46.

[87]

Le Roux Thomas, Les nuisances artisanales et industrielles à Paris, 1770-1830, thèse de l’université Panthéon Sorbonne (Paris I), sous la direction de Denis Woronoff, 2007.

[88]

Des Essarts (Toussaint Le Moyne, dit), op. cit., t. 4, p. 97-99 ;.t. 2, p. 422.

[89]

Ibidem, t. 2, p. 422.

[90]

Milliot Vincent, « Gouverner les hommes et leur faire du bien ». La police de Paris au siècle des Lumières (conception, acteurs, pratiques), mémoire d’HDR sous la direction de Daniel Roche, Université de Paris I, 2002, p. 155-173. El Ghoul Fayçal, La police parisienne dans la seconde moitié du XVIIIe siècle (1760-1785), 2 vol., Publications de la Faculté des Sciences humaines et sociales, Université de Tunis, 1995. Montbas Hugues (de), La police parisienne sous Louis XVI, Hachette, 1949.

[91]

AN F12 992, lettre de Lenoir à Montaran, demande de récompense par Chevalier pour une machine propre à broyer et pulvériser les couleurs, 26 juillet 1778.

[92]

Note de Fourcroy, Ramazzini Bernardo, op. cit., p. 387.

[93]

Gazette de santé, 6 mars 1777, n° 10. Journal de Paris, 26 mars 1777, n° 85.

[94]

Gazette de santé, 6 mars 1777, n° 10.

[95]

AN O1 *488, fol 118, lettre de Amelot à Lenoir, 1er mars 1777.

[96]

Gazette de santé, 13 mars 1777, n° 11.

[97]

AN F12 992, dossier Chevalier, machine propre à pulvériser et broyer les couleurs (1775-1783).

[98]

AN F12 992, lettre de Lenoir à Montaran fils, 26 juillet 1778.

[99]

AN F12 992, mémoire de Chevallier, transmis à Lenoir, 5 septembre 1783.

[100]

BN, Joly de Fleury, 1729, fol 276-279, lettres patentes, fabrication de jaune minéral, 18 octobre 1787. La minute de projet d’enregistrement est inachevée (fol 280-281, mars 1788), et on n’en trouve pas de traces dans les dossiers d’enregistrement des lettres patentes aux AN, X1b 9078 à 9084.

[101]

Tenon abbé, art. cit., p. 108.

[102]

Rapport de Fourcroy et Desperrières, cité par Coqueau Claude-Philibert, Coqueau Claude-Philibert, Réflexions sur le projet d’éloigner du milieu de Paris les tueries de bestiaux et les fonderies des suifs, Londres, 1788, p. 17.

[103]

AN Y 9533, procès-verbal d’information de commodité du commissaire Desacq, 11 janvier 1751.

[104]

Marec Yannick, Protection sociale aux XIXe et XXe siècles, Presses universitaires de Rennes, 2006.

[105]

Pétition, op. cit., 1789, p. 5-6.

[106]

Le Roux Thomas, « L’effacement du corps de l’ouvrier. La santé au travail lors de la première industrialisation de Paris (1770-1840) », Le Mouvement Social, à paraître 2010.

Plan de l'article

  1. De la pitié à l’indignation, la reconnaissance d’une victime : le travailleur
  2. Montyon et la mobilisation des savants
  3. Science et politique

Pour citer cet article

Le Roux Thomas, « Santé et souffrance au travail : une nouvelle préoccupation à la fin du XVIIIe siècle ? », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2009 (N° 2), p. 13-29.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2009-1-page-13.htm


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