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Revue d'histoire de la protection sociale

2009/1 (N° 2)


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Les familles nombreuses ont mauvaise réputation et ce, depuis le moment même où elles se sont raréfiées sous la Troisième République. La taille des familles s’est réduite sous l’effet de la réduction de la natalité : celles de quatre enfants et plus représentent 19.8 % des familles en 1901. Elles sont encore 18.6 % en 1911, seulement 11.5 % en 1926. Au moment où d’autres contrôlent leur fécondité, ces familles sont singularisées par leur taille, marginalisées par la modification du modèle familial qu’adopte une partie de plus en plus grande de la population. La littérature, la presse notamment véhiculent les représentations de l’opinion publique et renvoient une image de la famille nombreuse supposée interpeller les lecteurs [1][1] Le terme d’« opinion publique », bien qu’inconsistant.... Sans doute ses traits sont-ils exagérés, grossis mais, quoi qu’il en soit, ils révèlent les attributs de la famille nombreuse sur lesquels l’attention commune se porte. Or, ses membres présentent tous des tares et vices rédhibitoires. Les expressions de « père lapin » ou de « mère lapine » accablent ceux qui sont chargés d’enfants renvoyant l’image d’une sexualité débridée. Bien souvent l’excès de désir est lié à l’alcool : c’est l’ivresse qui expliquerait l’imprévoyance. Si les parents sont montrés du doigt, la fratrie n’est pas en reste. Car lorsqu’ils ne sont pas méchants et vicieux, les enfants de grandes familles sont misérables, des va-nu-pieds, de la graine de voyous.

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Montrées du doigt, ridiculisées, ces familles ne sont en aucun cas présentées en exemple. Or, la diminution de la natalité est à l’origine de la création de groupes de pression qui entendent s’appuyer sur les familles nombreuses pour lutter contre « la dépopulation » qui menacerait l’avenir de la France. L’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française, créée en 1896 est le plus influent d’entre eux. A ses côtés mais davantage motivés par la restauration des valeurs familiales ou par l’obtention de quelques avantages et ristournes, des pères de familles nombreuses se réunissent en association. Grâce à l’action conjuguée de ces groupes qui trouvent des relais dans les départements, la mobilisation en faveur des familles nombreuses est forte dans l’entre-deux-guerres. La réunion des deux tendances dites « nataliste et familialiste » est pour ainsi dire officialisée par leur participation à des projets communs et par leur présence dans les mêmes tribunes [2][2] Une histoire de ce mouvement nataliste et familial....

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Comment lutter contre la dépopulation, soutenir la natalité alors que les familles nombreuses ne constituent plus la norme familiale et sont même l’objet de railleries ? L’objet de cet article s’intéresse à ce défi que tente de relever le mouvement nataliste et familial et à ses effets, ce que j’ai appelé « la revanche » des familles nombreuses. Malgré l’opprobre public, elles obtiennent des droits propres et une reconnaissance de leurs spécificités reprenant l’avantage sur d’autres modèles familiaux grâce à l’action des natalistes et familiaux. L’argumentation qu’ils mobilisent vise à passer outre les critères de moqueries et à exemplariser les familles nombreuses. Pour cela, ils publicisent leur cause, au sens où ils la rendent publique par une action soutenue et permanente et obtiennent la création d’institutions qui deviennent des forces de propositions (Partie 1 et 2). Les acquis sont nombreux et les pères de famille eux-mêmes vont faire leur la rhétorique des cadres du mouvement nataliste et familial pour défendre leurs droits et réclamer leur dû (Partie 3). Si bien que les premiers jalons de la politique familiale qui s’élabore marquent bel et bien la revanche des familles nombreuses. Mais ce ne sera pas sans contrepartie.

1 - La publicisation de la cause des familles nombreuses

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Les associations qui se créent à partir de 1896 n’auront de cesse de publiciser la cause des familles nombreuses. Jouant sur plusieurs répertoires d’actions, elles les mettent sur le devant de la scène en déployant une batterie d’actions et un argumentaire destinés à rendre visible ces familles pour les consacrer comme catégorie d’action publique.

L’action décisive de l’Alliance

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A partir du début des années 1880, la prise de conscience des tendances de l’évolution de la population conduit à des initiatives d’abord ponctuelles et désordonnées menées par des parlementaires d’horizons politiques divers qui affichent le redressement de la balance démographique comme une priorité et qui proposent des mesures en faveur des familles nombreuses. Mais c’est avec la création de l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française que la défense des grandes familles s’organise. L’association est portée par le docteur Jacques Bertillon, un éminent statisticien qui donne le la de l’Alliance et de sa revue jusqu’en 1913 date à laquelle il passe le relais à Fernand Boverat, un jeune rentier qui va se consacrer à la propagation de l’idée familiale et à la défense des intérêts des familles nombreuses [3][3] De Luca Barrusse Virginie, Les familles nombreuses…,.... L’Alliance va devenir un groupe de pression dont l’influence tiendra à la surface sociale de ses membres [4][4] Lenoir Rémi, « Groupes de pression et groupes consensuels :.... Des docteurs, des avocats, des enseignants, des publicistes, des députés et même des ministres -bref l’élite républicaine méritocratique et patriotique- rejoignent l’association [5][5] Charle Christophe, Les élites de la République, 1880-1900,....

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Son but est « d’attirer l’attention de tous sur le danger que la dépopulation fait courir à la nation française et de provoquer des mesures fiscales ou autres propres à augmenter la natalité » [6][6] Alliance nationale…, Programmes, Statuts, 1897, p..... Le principe qu’elle défend et qui est au cœur de son action est l’égalité des charges. « Nous disons aux Français : vous avez trois devoirs principaux envers votre pays : contribuer à sa perpétuité, contribuer à sa défense, contribuer à ses charges pécuniaires. Nous admettons que vous manquiez au premier de ces devoirs mais il faut alors accepter les deux autres avec un supplément » [7][7] Ibid., p. 10-11.. Le fait d’élever un enfant est assimilé à une forme d’impôt. Une des premières démarches consiste alors à « attirer l’attention du gouvernement sur la nécessité de réserver aux familles nombreuses les faveurs dont l’Etat dispose » [8][8] PV des séances du conseil de direction de l’Alliance,... en allant à la rencontre, régulièrement, des ministres et parlementaires pour faire aboutir le principe de la péréquation des charges familiales par l’imposition. On peut illustrer l’action menée par l’association par le débat sur l’impôt sur le revenu. En 1909, une discussion à la Chambre des députés porte sur les charges de famille qui devraient être prises en compte dans le calcul de ce nouvel impôt : l’Alliance a envoyé aux députés un ensemble d’arguments qu’ils débattent. Comme le note un observateur en 1925, « chaque fois qu’il a été question d’instituer des dégrèvements en faveur des familles nombreuses on a toujours fait valoir devant le parlement que ces dégrèvements avaient pour objet de restituer aux contribuables chargés de famille une part des impôts indirects qui pèsent plus lourdement sur eux que sur les autres contribuables » [9][9] Breynat de Saint Veran G., Les familles nombreuses.... C’est un principe de justice sociale qui préside à ces faveurs et qui va être au cœur de l’argumentaire nataliste puis familialiste. L’idée de prendre en compte les charges de famille pour définir la contribution de son chef entre à l’assemblée. Les tergiversations montrent que si l’assemblée défendait ce principe, ce sont exclusivement des préoccupations financières qui ont conduit à sa réduction au moment où est voté le principe de l’impôt sur le revenu en 1914 [10][10] Antomarchi Véronique, Politique et famille sous la.... Par le truchement d’interventions auprès des ministres et parlementaires, l’Alliance est donc une association de défense des droits et des intérêts des familles nombreuses. La connaissance de l’univers de l’administration et de la bureaucratie à laquelle ils appartiennent ou qu’ils côtoient, a permis aux premiers sociétaires de l’Alliance d’argumenter selon les catégories de l’action publique qu’ils contribuent aussi à imposer [11][11] Lenoir Rémi, Généalogie de la morale familiale, Paris,.... Les politiques, de leur côté, ont utilisé l’argumentaire fourni par l’Alliance pour faire aboutir leurs propositions ; une instrumentalisation qui contribue à légitimer l’argumentaire démographique à l’assemblée ce dont témoigne la création en 1901 et 1911 de commissions extraparlementaires de la dépopulation et en 1911 du groupe parlementaire pour la protection de la natalité et des familles nombreuses [12][12] Becchia Alain, « Les milieux parlementaires et la dépopulation.... Ces groupes sont mobilisés pour faire bloc derrière chaque porte-parole d’une proposition. Les parlementaires inscrits reçoivent un courrier précisant ses termes, les raisons de la défendre, les oppositions qu’elle pourrait rencontrer et qui doivent être levées. Ils sont armés d’une batterie d’arguments pour répondre à ce que l’association attend d’eux. L’action de pression de l’Alliance passe par la mise à disposition des parlementaires des moyens de plaider et d’objecter.

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Au tournant du siècle, dans le sillage de l’Alliance, en province, les familles nombreuses commencent à se regrouper. En mars 1907, l’Alliance départementale des pères de familles nombreuses du Gard, ouverte aux pères de trois enfants et plus, se donne pour but de « faire pénétrer dans l’esprit public que les familles chargées d’enfants sont particulièrement dignes d’intérêt, qu’elles concourent pour une large part à la prospérité et à la force de la Nation ; que par suite, elles ont droit à la reconnaissance et à la protection publiques » [13][13] Citée dans la Revue de l’Alliance, janvier 1908.. L’argumentaire de l’Alliance est repris qui témoigne de l’impact qu’elle trouve même si en 1908, au niveau national, elle est concurrencée par la ligue du remuant Capitaine Maire.

Les esclandres du capitaine Maire

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En 1908, Simon Maire, un capitaine d’artillerie à la retraite, père de huit enfants, crée la Ligue populaire des pères et mères de familles nombreuses regroupant ceux qui ont quatre enfants et plus ainsi que ceux qui en ont trois « et qui sont encore jeunes » [14][14] Bulletin de la ligue populaire des pères et mères de.... La ligue se propose d’agir auprès des pouvoirs publics pour faire aboutir des mesures qui ne sont pas sans rappeler le programme de l’Alliance et y ajoute un slogan retentissant : « les familles nombreuses sont les créancières de la Nation » au nom des enfants qu’elles lui donnent. Maire affirme : « nous demandons qu’il soit donné à toutes les familles nombreuses sans exception, quel que soit l’âge de leurs enfants, quelle que soit leur fortune, ce qui leur est dû, c’est-à-dire la légitime compensation du cadeau magnifique qu’elles ont fait à la Nation en lui fournissant les soldats, les travailleurs, les mères de familles dont elle a besoin pour durer » [15][15] Ibid, 1er juin 1911.. Grâce à l’énergie et au talent de conférencier de Maire, -il fait en moyenne une conférence par semaine-, plusieurs associations se créent ou rejoignent la ligue. 22 sections de province se sont déjà créées en mai 1909 ; 33 en janvier 1910 [16][16] Sur la section rouennaise de la ligue voir Stalin-Caron.... Maire prétend représenter 600 000 personnes adultes et enfants compris. En réalité, l’adhésion à la ligue étant gratuite, rien ne permet de connaître le nombre exact d’adhérents.

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C’est après l’annonce de la création de la commission extraparlementaire de 1911 et du groupe parlementaire que Maire signale la préparation d’une manifestation à Paris. Mais le préfet de Police, Lépine, l’interdit. Qu’à cela ne tienne. Le 9 avril 1911, quelques 2000 manifestants se rejoignent devant les Invalides. Selon Maire, « les fonctionnaires de préfecture se précipitèrent vers les porte-drapeaux et énergiquement leur intimèrent l’ordre d’avoir à rouler leurs emblèmes » [17][17] Ibid., 15 avril 1911.. Interpellé, le capitaine aurait sorti un drapeau tricolore et clamé : « Je représente ici l’avenir de la France. » Immédiatement, il est encadré par deux agents de police et conduit au poste de Police où il aurait recruté deux nouveaux sociétaires : les agents chargés de sa surveillance ! Pendant ce temps, la foule crie sa colère et quelques participants sont interpellés. Qu’importe ici la réalité des faits ; ce qui compte c’est la rumeur qui enfle autour de cette affaire, le mythe qu’elle construit et la publicisation de la cause des familles nombreuses à laquelle elle contribue.

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Car l’affaire ne s’arrête pas là. Trois jours plus tard, plusieurs députés évoquent devant la Chambre ce qu’ils estiment être une injustice. Au sein du conseil municipal de Paris, les protestations sont aussi unanimes. Le préfet de Police est contraint de s’expliquer. « J’ai dit à M. Maire que […] la manifestation projetée ne me paraissait pas le meilleur moyen d’arriver à ses fins ; il avait, et je le lui indiquais, la tribune du conseil municipal, celle de la chambre, les meetings, la presse […] ; je lui dis que je venais à son secours en interdisant cette manifestation, ce qui constituait pour lui la plus magnifique réclame. Et je ne l’ai pas trompé, c’est la première fois qu’on parle des familles nombreuses ici et c’est grâce à moi » [18][18] Ibid.. Le jour de la manifestation, Maire étant « excité, surexcité même », Lépine lui a « très doucement mis la main sur l’épaule » avant de le confier à des agents de police. Une photo publiée dans les journaux montre Lépine tenant Maire par l’épaule ce qui suggère qu’il l’empoigne. L’affaire est montée en épingle par la presse qui se range du côté des pères de famille. Plusieurs journaux relatent l’incident. Le 24 avril, Le Matin publie un article du capitaine. Les familles nombreuses sont désormais sous les feux de la rampe.

Un faisceau d’associations pour défendre et secourir les familles nombreuses

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On ne saurait attribuer à la seule action des associations, la constitution des familles de quatre enfants et plus comme catégorie spécifique d’action publique. La politique assistancielle de la Troisième République y contribue de manière décisive. Or la nébuleuse assistancielle [19][19] Pour reprendre le terme de Topalov Christian, « Le... est pénétrée des inquiétudes sur la dépopulation [20][20] De Luca Barrusse Virginie, Aux origines de l’Etat-providence..... Elle se montre donc favorable à la prise en charge d’une nouvelle catégorie de population réputée enrayer le déclin démographique d’autant que, ce faisant, les familles nombreuses ne sont plus l’apanage des seuls catholiques qui réclament la restauration des valeurs familiales. Car à partir de 1905, la séparation de l’Eglise et de l’Etat implique la récupération des prérogatives anciennes de cette première en matière de bienfaisance. Les grandes familles vont bénéficier de ce contexte politique. Le 14 juillet 1913 est votée à l’unanimité la loi d’assistance aux familles nombreuses nécessiteuses qui pose le principe que celles de plus de trois enfants de moins de treize ans reçoivent une allocation pour faire face à leurs charges [21][21] Sur l’élaboration détaillée de cette loi voir Chauvière.... Comme le note Michel Chauvière, cette loi d’assistance, la dernière, est aussi la première loi familiale [22][22] Chauvière, op. cit., p. 12..

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Bien sûr, les associations applaudissent le vote de la loi mais maudissent sa réserve aux seules familles nécessiteuses. Le critère contribue à créer au sein des familles chargées d’enfants une ligne de démarcation entre les misérables et les autres. Car la mobilisation des familles se poursuit. En 1902, l’Abbé Viollet crée les œuvres du Moulin Vert dans une perspective d’entraide entre les familles [23][23] Gardet Mathias, Jean Viollet et l’apostolat laïc. Les.... Des catholiques se mobilisent aussi pour répondre à la sécularisation de la société, notamment autour de la défense des écoles confessionnelles telle l’Association catholique de chefs de famille de Jean Guiraud, rédacteur en chef du journal La Croix. Mais si le mouvement de défense des familles nombreuses et du relèvement de la natalité prend de l’ampleur sous l’effet de la multiplication des associations, il lui manque encore un rassembleur. Auguste Isaac sera celui-là [24][24] De Luca Barrusse Virginie (2004), « Auguste Isaac parmi....

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Dès 1908, ce catholique, patron de l’industrie textile, devenu président de la chambre de commerce de Lyon affirme : « Ce qui fait la population c’est la natalité ; ce qui entretient la natalité c’est avant tout la morale » [25][25] La Réforme sociale, juin 1908, cité par Talmy, op..... La création de La Plus Grande Famille répond donc au besoin d’introduire dans le débat des préoccupations d’ordre moral. En mars 1916, Auguste Isaac crée La Plus Grande Famille qui regroupe des pères de cinq enfants au moins : « les couples qui ont eu jusqu’à cinq enfants sont des gens qui ont voulu avoir des enfants. Les gens qui n’en ont que trois (limite du capitaine Maire) ont couru après le garçon ou la fille, en ayant d’abord eu deux, de l’un ou de l’autre sexe. En tout cas, leur volonté s’est arrêtée à trois. Ce sont pour la plupart des partisans de la limitation. La Plus Grande Famille n’admet pas la limitation » [26][26] Ibid., 30 janvier 1916.. En 1920, elle compte déjà 10000 adhérents recrutés à l’aide d’un réseau d’associations déjà existantes [27][27] Lenoir, op. cit, p. 243.. Comme le montre la cotisation assez élevée, la volonté était de recruter dans les milieux aisés afin de se démarquer de la Ligue populaire. Maire « a voulu émouvoir par la pitié ; il y a beaucoup de familles nécessiteuses qui ont besoin d’aumônes mais il y en a beaucoup qui sont dans une situation aisée et qui n’ont que faire de l’aumône. Pour ces familles nous réclamons une sorte de « statut familial » qui précise nos droits, qui donne au chef de famille sa place légitime dans l’Etat » [28][28] Cité par Talmy, op. cit., p. 185..

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Le capitaine Maire boude cette nouvelle association perçue comme concurrente [29][29] Isaac A., Journal, 12 février 1916, Lyon, BGA Perm.... En revanche, l’Alliance suivra ses travaux « avec sympathie et y collaborera au besoin » bien « qu’il y ait tout intérêt à réunir en un seul faisceau les efforts des patriotes assez éclairés pour voir le danger de la dépopulation » [30][30] Revue de l’Alliance, janvier 1916.. La position sociale d’Isaac présente bien plus de signes d’honorabilité que celle de Maire dont les esclandres ne sont guère dignes d’un mouvement bourgeois et conservateur dans son essence. Le 29 juillet 1917, Isaac propose à Jacques Bertillon une entente entre les groupes « qui s’occupent de la question de la population » : La Plus Grande Famille, l’Alliance, la Ligue des fonctionnaires pères et mères de familles nombreuses créée dans le sillage de l’Alliance[31][31] De Luca Barrusse Virginie, « Des liaisons avantageuses :... et Pour la Vie une association créée en 1916 par Paul Bureau qui soutient les familles nombreuses mais prône la continence dans le mariage [32][32] Isaac A., Journal, 29 juillet 1916.. Cette entente aboutit à la création d’un Comité central des Ligues de familles nombreuses et de Repopulation auquel le capitaine Maire refuse de participer sous prétexte que l’Alliance et Pour la Vie « comprennent des célibataires et des sans enfants qui n’aimeraient guère à dire qu’ils sont les débiteurs de la Nation » [33][33] Ligue populaire…, 1er septembre 1918.. Les organismes fédérateurs permanents qui vont se constituer à la suite de ce Comité central seront tous présidés par Auguste Isaac en raison de la volonté affichée de rassembler mais aussi parce que son influence politique s’accroît considérablement après la guerre lorsqu’il devient ministre du Commerce. Si un homme marque le rassemblement, il faut un espace de visibilité pour témoigner de la communauté d’intérêts des natalistes et familiaux. Le conseil supérieur de la natalité, les commissions départementales et les congrès de la natalité assureront cette fonction.

II - L’institutionnalisation de la cause des familles nombreuses

Le conseil supérieur de la natalité

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Avec l’élection de la chambre bleu horizon s’ouvre une période faste pour la cause des familles nombreuses. Le nouveau gouvernement réunit des pères de nombreux enfants et plusieurs d’entre eux sont membres de l’Alliance[34][34] De Luca Barrusse V., Les familles nombreuses…, p. .... Le 27 janvier 1920, le Conseil supérieur de la Natalité (CSN) est créé à l’initiative du ministre de l’Hygiène, de l’Assistance et de la Prévoyance sociale Jean-Louis Breton, un républicain socialiste qui a confié à Bertillon l’écriture de l’argumentaire du décret. Présidé par Auguste Isaac, il est composé de trente membres dont trois sénateurs (tous membres de l’Alliance), six députés, cinq membres de l’Institut ; des cadres du mouvement nataliste et familial : Jacques Bertillon, Fernand Boverat, Paul Bureau et Georges Rossignol (Pour la Vie), André Glorieux (Ligue des fonctionnaires pères de familles nombreuses), Gaston Lacoin (La Plus Grande Famille), le Général Curières de Castelnau (la Confédération générale des Familles). D’autres personnalités sont nommées tels André Cognacq directeur de la Samaritaine, André Michelin, industriel et, seule femme nommée à la création du conseil, Marguerite Witt Schlumberger [35][35] André Cognacq est à l’origine du prestigieux prix Cognacq.... Le 21 juin 1921, le CSN deviendra aussi celui de la protection de l’enfance et disposera d’une section permanente qui se réunit mensuellement. Il est chargé « de rechercher toutes les mesures susceptibles de combattre la dépopulation, d’accroître la natalité, de développer la puériculture et de protéger et honorer les familles nombreuses ; de procéder à l’examen des dispositions intéressant la natalité pouvant être introduites dans tous les projets ou propositions de lois » [36][36] Décret du 27 janvier 1920..

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Dès sa première réunion, le 2 février 1920, Isaac décide d’agir vite car un débat est à l’ordre du jour à la chambre sur le prix du pain qui devrait être augmenté. Isaac intervient auprès du Président de la République pour demander des réductions pour les familles nombreuses nécessiteuses. Le lendemain, par décret du 3 février 1920, les familles de trois enfants au moins en dessous de 16 ans et les veuves de deux enfants et plus se voient attribuer pour chacun de leurs enfants des bons de pain quotidiens à prix réduit [37][37] Au même moment, le prix du pain double.. Le minimum est placé à trois enfants n’ayant pas atteint un certain âge comme dans la loi sur les familles nombreuses nécessiteuses. Selon Fernand Boverat, « le décret du 3 février 1920 a sauvé de la faim des centaines de milliers d’enfants ; il constitue en outre le premier pas sérieux qui ait été fait en France pour relever la natalité » [38][38] Boverat F., « Le pain à bon marché pour les familles.... C’est la première mesure du CSN qui concrétise son existence.

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Le conseil se prononce pour le développement d’habitations à loyer modéré destinées aux familles nombreuses, les plus touchées par la crise du logement ; pour le développement de prêts à taux avantageux. En outre, la crise du logement obligeant les familles nombreuses à s’éloigner des centres villes, le conseil émet le vœu que sur présentation des cartes d’identité précisant le nombre d’enfants des tarifs préférentiels soient accordés dans tous les moyens de transports à l’image des réductions accordées sur la ligne Paris-Lyon-Marseille. Elle se prononce pour la mise en place d’un quotient familial « principe selon lequel on divise le revenu total des membres de la famille qui vivent ensemble au foyer par le nombre de personnes de cette famille, chacun de ses quotients étant considéré comme un revenu distinct et imposable [39][39] CSN, Collection des impressions, séance du 19 avril... ». Cette section est une force de proposition en faveur des familles nombreuses qui doivent être distinguées dans chaque projet de lois. Son activité est intense : des experts examinent et proposent des mesures qui forment un maillage de faveurs destinées aux familles nombreuses. La logique de ces mesures est incitative : il s’agit de favoriser la naissance d’un troisième enfant, celui qui ouvre droit à des avantages et non plus seulement du quatrième comme le revendiquait l’Alliance car la taille des familles continuant à diminuer, les prétentions natalistes se sont réduites. La logique de ces mesures est aussi de péréquation : les familles ne doivent pas être pénalisées par leur taille. Enfin, elle est aussi honorifique : le CSN soutient la fête des mères destinée à singulariser les plus fécondes d’entre elles et la création de la médaille de la Famille Française pour celles de cinq enfants et plus [40][40] De Luca Barrusse Virginie, « La fête des mères dans.... Inciter, favoriser, distinguer : telles sont les actions du CSN envers les familles.

Dans les départements : les commissions de la natalité

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Des commissions départementales de la natalité et de protection de l’enfance sont créées en même temps que le CSN en mai 1921 et vont également constituer une force de proposition. Elles sont composées de notabilités locales et de six pères ou mères de familles nombreuses nommés par le préfet. Dans les dossiers des commissions des archives départementales, les tracts, les brochures, les courriers de l’Alliance sont pléthores. C’est à elles que les commissions d’Indre-et-Loire, du Vaucluse, de l’Hérault s’adressent pour obtenir des informations plus qu’au CSN. L’Alliance apparaît comme l’organe exécutif de propagande du Conseil.

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En Indre-et-Loire, la commission départementale de la natalité se réunit pour la première fois le 6 juillet 1920. A cette occasion, lecture est donnée du décret du 30 avril 1920 sur l’organisation de primes aux familles nombreuses. Leur quotité est jugée insuffisante. De plus, la commission souhaite qu’une prime soit accordée aux parents, à partir de 50 ou 60 ans, qui serait proportionnelle au nombre d’enfants élevés. Un impôt spécial sur les célibataires et les ménages sans enfants ou avec un enfant unique permettrait d’alimenter cette prime. En outre, elle émet le vœu que les casernes désaffectées ou des locaux inutilisés soient consacrés au logement des familles nombreuses. Ces propositions faites au niveau local sont ensuite transmises au CSN. Il y a donc un transfert de proposition, une circulation et une perméabilité entre le milieu parisien et les départements qui ne sont pas à sens unique. Après la guerre, le mouvement nataliste et familial se fédère au niveau national mais se ramifie et tisse sa toile dans les départements où il trouve des relais locaux de plus en plus nombreux.

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Dans l’entre-deux-guerres, avec la création des commissions de la natalité, les ligues locales deviennent plus visibles et commencent à publier leur propre revue. Quatre-vingt quatorze revues, organes de ligues de familles nombreuses ont été repérées. Les titres de ces revues, en théorie mensuelles mais souvent irrégulières sont de plusieurs types. Les Bulletins de la Ligue des familles nombreuses locales sont pléthores tel celui des familles nombreuses du Tonkin, publié à Hanoï dans les années 1930. Ils évoquent explicitement une association qu’ils publicisent. Le Journal des familles nombreuses s’adresse quant à lui à la communauté des grandes familles comme celui de la ligue provençale des pères et mères de familles nombreuses publié à Toulon à partir de 1923. C’est aussi aux familles qui ne peuvent être que nombreuses que s’adressent La Famille Française, organe de la ligue d’Algérie ou La famille cantalienne publié à Aurillac à partir de 1924. Certains titres évoquent l’intimité familiale : Nos enfants, de la ligue de Béziers ou La Couvée de l’union des familles nombreuses de l’Ain. D’autres évoquent plus explicitement le mouvement de défense des intérêts de la famille : La voix des familles de la Fédération des familles nombreuses de l’Est paraît à partir de 1927, le réveil des familles nombreuses de l’Union finistérienne des familles nombreuses à partir de 1923.

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Mais quels que soient leurs noms, les revues locales ne sont pas autre chose que des listes de réclamations, des rappels d’avantages déjà obtenus et d’efforts à soutenir. Au niveau local, les pères de familles apparaissent surtout comme des consommateurs. Les revues mentionnent les adresses où leurs lecteurs, munis de leur carte d’adhérent, pourront bénéficier de ristournes. Certaines même se structurent en coopérative. C’est autour des dépenses de consommation que s’organisent ces associations même si elles réclament la péréquation des impôts. Les revues de fédération évoquent davantage les acquis au niveau national et apparaissent comme des relais entre le niveau parisien et local. C’est donc un maillage serré d’informations qui circulent.

Un espace de visibilité itinérant : les congrès

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De 1919 à 1938, vingt congrès de la Natalité et des Familles nombreuses publicisent la cause des grandes familles sur tout le territoire. Instrument de légitimation des associations qui y participent, ils répondent à une volonté de médiatisation de la cause nataliste et familiale et concrétisent l’existence d’un dialogue entre ses militants. Leur objectif : donner à voir la force du mouvement, diffuser son credo, vulgariser la rhétorique en faveur des familles nombreuses et pour le redressement de la natalité. Leur récurrence même en fait un élément fort de la propagande même si le principe de ces congrès repose sur la participation active et volontaire de ceux qui y adhèrent déjà.

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A l’origine de l’idée d’un congrès de la natalité se trouvent les chambres de commerce qui, confrontées au manque de main d’œuvre au cœur de la guerre, ont débattu de la dépopulation et qui, organisent la tenue d’un congrès en 1919 [41][41] Voir par exemple, la position de celle de Paris : Lescure.... Par la suite leur itinérance dans des grandes villes (Lyon, Marseille…) ou des agglomérations de taille moyenne (Rouen, Clermont-Ferrand…) étend le territoire d’action des militants et contribue à diffuser et vulgariser la rhétorique pro familiale dans les départements. En outre, les congrès contribuent à « médiatiser » les acteurs de la défense des familles nombreuses des grandes associations nationales et des groupes locaux, plus modestes mais souvent actifs dès qu’il s’agit d’obtenir quelques ristournes et avantages auprès des commerçants. Au total, 110 associations sont représentées dans ces congrès au cours de ces vingt années : c’est véritablement un « monde associatif » qui participe à ces manifestations. Si les congrès sont dominés par le milieu parisien, ils mettent aussi en lumière la vitalité du mouvement départemental et l’imprégnation des personnalités locales de la rhétorique pro familiale diffusées par les grandes revues nationales de l’Alliance, Pour la Vie ou La Plus grande famille.

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Les congrès de la Natalité apparaissent comme la vitrine du mouvement nataliste et familial. Ce sont des lieux pour échanger certes mais surtout pour exister en tant que mouvement d’intérêt commun [42][42] Prochasson Christophe (1989), « Les congrès : lieux.... Lors du congrès de 1920, une Fédération nationale des associations de familles nombreuses est créée regroupant les associations de pères d’au moins trois enfants « Néanmoins, l’assemblée voulut témoigner sa reconnaissance aux Ligues qui sans être des Ligues de chefs de grandes familles ont rendu à leur cause d’éclatants services et attester son désir de demeurer en pleine unité de pensée et d’action avec les hommes éminents qui les dirigent. C’est dans ce but que le docteur Bertillon président honoraire et Lefebvre-Dibon président de l’Alliance nationale et Paul Bureau fondateur de Pour la Vie furent acclamés membres honoraires du conseil d’administration de la fédération [43][43] Isaac A., Congrès de la Natalité, 1921.. » On retrouve donc au sein de cette fédération les têtes d’affiche du mouvement. Mais les associations familiales de l’abbé Viollet, réunies sous le nom d’Œuvres du Moulin Vert depuis 1902 sont, quant à elles, exclues. Leur action a vocation d’assistance et tend vers l’entraide entre les familles plutôt que vers la revendication auprès des pouvoirs publics même si cet aspect n’est pas totalement absent tant il attire les adhésions [44][44] En 1919, l’abbé Viollet avait groupé l’ensemble de.... La Fédération des associations de familles nombreuses « aura une autorité particulière auprès des pouvoirs publics puisqu’elle pourra parler et agir au nom de centaines de milliers de grandes familles françaises [45][45] Congrès de la Natalité, 1921. ». Pour les pères de famille, c’est à partir de trois enfants que des intérêts spécifiques distinguent les ménages. Le passage du minimum de la catégorie à trois peut s’expliquer par la nécessité de fédérer des groupes régionaux dont certains pour grossir leurs rangs, ont admis des pères de trois enfants. Prenant acte de la multiplication des associations, la fédération rassemble des groupes d’intérêts communs et est donc fondée à s’exprimer, agir pour leur défense. Un an après sa création, elle regroupe 400 associations soit 350 000 familles ; 600 000 en 1939 [46][46] Glass David, Population. Policies and movements in....

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Les rapports qui sont présentés au cours de ces congrès n’apportent guère plus que ce qui est déjà publié dans les différentes revues du mouvement. Ces congrès ne sont pas des lieux où émergent des propositions nouvelles mais ils contribuent à publiciser la cause des familles nombreuses.

III - Les droits nouveaux : justice ou privilèges ?

Les premiers jalons de la politique familiale

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L’action menée par les natalistes et familiaux aboutit aux votes de plusieurs mesures qui posent les premiers jalons de la politique familiale. Elles émaillent l’entre-deux-guerres et sont finalement rassemblées dans le Code de la Famille et de la Natalité françaises voté le 29 juillet 1939 qui entérine bon nombre de propositions du lobby nataliste et familial [47][47] Voir Chauvière Michel, Bussat Virginie, Famille et....

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Certaines de ces mesures sont caractéristiques des domaines dans lesquels il a œuvré pour assurer la péréquation des charges familiales mais aussi des propositions en faveur du relèvement de la natalité. C’est le cas des primes à la natalité. En vertu du décret du 30 avril 1920 une subvention de l’Etat aux départements et aux communes les institue. Elles sont versées à la naissance de chaque enfant, à partir du troisième ou du quatrième plus souvent, quelles que soient les ressources de la famille. La loi d’Encouragement aux familles nombreuses du 22 juillet 1923 concerne les familles non imposables qui comptent trois enfants et plus âgés de moins de 13 ans. Elles reçoivent une allocation pour chacun de ces enfants à partir du troisième. La loi de 1913 en faveur des familles nécessiteuses concernaient celles de quatre enfants et plus. Désormais c’est à partir de trois enfants que la famille est nombreuse. C’est une logique d’incitation et d’assistance qui se cache derrière ce terme « d’Encouragement ». Autre acquis : les allocations familiales votées le 11 mars 1932 [48][48] Pedersen Susan, Family, dependence and the Origins.... La loi a rendu obligatoire pour tous les employeurs l’adhésion à une caisse de compensation d’allocations familiales. En comptant les mineurs, les cheminots et les fonctionnaires, les salariés pouvant bénéficier d’indemnités pour charges de familles sont 4 200 000 [49][49] Brochure éditée par l’Alliance nationale le 15 avril.... Le Code de la Famille reprend la mesure et prescrit le versement des allocations pour tous les pères de deux enfants au moins : elles s’élèvent à 10 % du salaire pour deux enfants mais à 30 % pour trois, à 50 % pour quatre, à 70 % pour cinq … Si bien qu’un père de six enfants voit son salaire pratiquement doubler avec les allocations familiales.

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Certains avantages concernent la fiscalité. Des abattements d’impôts sont prévus pour les familles ayant des enfants à charge. Les impôts sur les bénéfices agricoles par exemple sont aussi réduits selon le nombre d’enfants à charge. Le Code de la Famille prévoit une taxe de compensation familiale variable selon les revenus des ménages sans enfant et des célibataires. Son taux varie de 3 à 18 % pour les célibataires et de 2 à 14 % pour les ménages sans enfant. Enfin, il prévoit des prêts à l’établissement de jeunes ménages paysans pour l’achat de matériel agricole ou de cheptel. Le prêt est remboursable sur dix ans. A chaque naissance, le montant du remboursement du prêt est réduit. Au cinquième enfant, les sommes dues sont annulées.

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De nombreux pans de la vie sociale sont concernés par ces avantages. L’enseignement par exemple. Les cantines scolaires sont réduites ou gratuites pour les familles nombreuses. Le nombre d’enfants dans la fratrie est aussi pris en compte dans l’attribution des bourses scolaires. Les frais de scolarité dans les établissements d’enseignement secondaire et technique ou à l’université sont réduits jusqu’à 75 % pour les familles ayant au moins trois enfants scolarisés et ce depuis 1926. Certaines mesures concernent l’aide au logement. Les lois relatives à la construction d’HBM prévoient que les logements construits ou aménagés à l’aide des contributions de l’Etat soient réservés en priorité aux familles comptant au moins trois enfants de moins de seize ans [50][50] Sur le logement des familles nombreuses à Rouen voir.... Enfin bon nombre d’exonérations sont consenties à ces familles, par exemple pour les voyages en chemin de fer, dans les établissements thermaux, les musées…

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Les fonctionnaires sont aussi concernés par ces avantages. Depuis le 14 avril 1924, la retraite des agents de l’Etat est majorée de 10 % pour ceux qui ont élevé trois enfants jusqu’à 16 ans et de 5 % pour les enfants supplémentaires. Le Code de 1939 prescrit que lorsqu’un décret déroge à la règle du recrutement par concours dans la fonction publique, une préférence est accordée aux pères de famille. Il prévoit aussi que l’ancienneté des pères de famille est bonifiée ou majorée à raison d’un an par enfant à partir du troisième. Les fonctionnaires chargés de famille sont prioritaires dans le choix de la période de leur congé annuel. Enfin la limite d’admission au concours de la fonction publique est reculée d’un an par enfant à charge.

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Ces nouveaux droits en matière familiale ne sont donc pas négligeables. Leurs effets ne se mesurent pas qu’aux avantages acquis.

La conscience de droits spécifiques

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Le mouvement nataliste et familial par ses efforts soutenus pour distinguer les familles nombreuses, imposer ce modèle et obtenir des droits a contribué à conscientiser leur spécificité chez les parents de nombreux enfants. Parce que leur rhétorique insiste sur le caractère singulier de la famille nombreuse du point de vue de ses conditions de vie et de son importance pour l’avenir démographique du pays, elle façonne un droit à la prise en compte de cette spécificité qui se manifeste par l’attribution de mesures financières. Les lettres écrites par des pères pour obtenir le prix Cognacq-Jay le montrent tout comme d’autres adressées au président du conseil en 1939 [51][51] De Luca Barrusse V., Les familles nombreuses…, p. .... Le 17 mai 1939, 32 pères de familles au chômage depuis plusieurs mois représentant 166 enfants, membres de l’association Famille et Corporations de Nîmes écrivent pour réclamer au président du conseil le minimum indispensable pour leurs enfants : « Tous les jours, les colonnes des journaux sont remplis d’appels en faveur de la natalité, nous n’avons pas attendu jusque-là pour faire notre devoir. Mais prenez garde monsieur le président, le spectacle de nos misères n’est pas un encouragement pour les jeunes ménages et si les pouvoirs publics ne se hâtent pas d’appliquer les mesures efficaces qui s’imposent, le bilan de l’année 1939 se soldera par un excès de 60 mille cercueils sur les berceaux » [52][52] Archives nationales (AN), Paris, Présidence du Conseil,.... Ils exhortent le président du conseil d’accorder la priorité des emplois aux chefs de familles nombreuses. Le 18 novembre 1939, une femme lui écrit aussi : « J’ai élevé 9 enfants dont 7 sont encore vivants dont 5 fils et un gendre sont mobilisés […]. Mon mari a 76 ans et presque impotent, nous faisons un peu de culture et il reste avec nous le plus jeune qui a 17 ans. Nous n’avons jamais rien pu recevoir, je crois quand même que nous pourrions avoir droit à quelque chose » [53][53] Ibid.. Le droit s’inscrit dans les faits. Ces lettres qui réclament sont pléthores adressées au président du conseil.

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Les mesures prises à l’initiative des natalistes et familiaux contribuent à catégoriser les familles nombreuses. Elles construisent des groupes familiaux fondés sur la taille. Il apparaît que les familles nombreuses se « reconnaissent » entre elles comme le suggère le regroupement en associations. Cette reconnaissance conduit à fonder une communauté de familles distinctes par leur taille mais aussi à opposer ce groupe spécifique aux autres catégories familiales. Le 16 novembre 1938, le trésorier de l’association des familles nombreuses de Nevers demande à Daladier « d’imposer fortement les célibataires aisés (sauf bien entendu ceux qui sont liés par des vœux religieux) » [54][54] Ibid.. Un fonctionnaire père de famille nombreuse se plaint que l’avancement dans la fonction publique soit plus rapide pour les célibataires que pour les pères de famille car ils n’ont pas de problème de mutation. Le 29 mai 1939, c’est une mère de trois enfants qui écrit au président du conseil : « Pourquoi un père de famille seul à travailler et ayant plusieurs enfants et forcément un appartement de plusieurs pièces paye-t-il plus d’impôt qu’un couple sans enfant travaillant tous les deux et ayant un appartement plus petit, faut-il faire comme les lapins tous dans la même pièce ? […]. On prêche la famille, la natalité, les paroles c’est très beau mais avoir les enfants à élever c’est autre chose » [55][55] Ibid..

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Un autre effet pervers de ces mesures est de créer à l’intérieur même des familles nombreuses des catégories liées non pas à leur taille mais à leur statut professionnel et ce en raison notamment des allocations familiales mais aussi des catégories contribuables/non contribuables, distinction sur laquelle reposent un certain nombre de mesures. Le 5 novembre 1938, un père de six enfants, secrétaire général d’une administration écrit au président du conseil :

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« Je ne vais ni au café ni au cinéma, je ne fume plus ; mon épouse est ordonnée et économe, elle sait tirer parti de tout ; nous vivons en sommes très modestement et cependant je vois venir avec angoisse le jour où le prix de la vie augmentant de nouveau il ne nous sera peut-être plus permis de donner à nos enfants tous les soins nécessaires. Il en faut de l’argent pour habiller, chausser, et nourrir huit personnes. Et je ne parle pas des honoraires de médecins, des frais d’achat de médicaments […]. Car les soins gratuits, les dispensaires, les séjours en montagne ou à la mer aux frais des collectivités, les subventions officielles aux familles nombreuses ne sont pas pour ceux qui occupent une certaine situation même médiocrement rémunérée, je dis cela sans amertume mais c’est un fait […]. Aussi faut-il s’étonner que les familles nombreuses soient de plus en plus rares » [56][56] Ibid..

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Le 22 juillet 1939, le président du conseil reçoit cette lettre : « je supplie vos services de bien vouloir ne pas jeter au panier cette lettre qui est un cri d’alarme très simple d’une classe sociale dont les manifestations sont rares : la bourgeoisie moyenne. Vous allez essayer de soulager les familles nombreuses et elles applaudissent aux allocations familiales, prêts au mariage. C’est très bien mais tout cela ne s’adresse strictement qu’aux ménages de la classe ouvrière ou à peu près. Aucune mesure envisagée dans la presse ne soulage les charges d’une famille nombreuse dans cette bourgeoisie moyenne » [57][57] Ibid.. Un autre pointe ce qu’il estime être une incohérence des mesures votées. Le président de la société des familles nombreuses du canton de Mortain explique « aux fonctionnaires vous donnez pour le premier enfant 660 francs par an, pour les ouvriers et employés il a été créé les assurances familiales. Ils touchent également l’encouragement national. Viennent ensuite les employeurs de l’industrie du commerce et l’agriculture à eux l’on donne 120 francs par an seulement à partir du troisième enfant. Pourquoi cette différence ? Est-ce que pour cette dernière catégorie les enfants coûtent moins à leurs parents à élever ? [58][58] Ibid. ». La propagande nataliste a contribué à l’intériorisation des intérêts et des droits de la famille nombreuse, au développement d’un sentiment de droit à l’attention et à la considération des pouvoirs publics. Si les parents de nombreux enfants n’ont pas pris conscience que la taille de leur famille est une charge grâce à l’argumentaire nataliste et familial, du moins maintenant, ils peuvent l’affirmer haut et fort et réclamer des mesures de justice. L’action menée par ce mouvement en définitive a permis l’expression d’un sentiment de justice.

Conclusion : La revanche des familles nombreuses ?

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Si l’article annonce la revanche des familles nombreuses, je voudrais réinterroger cette affirmation en conclusion. Car si elles obtiennent des avantages en dépit de leur mauvaise réputation que les natalistes et familiaux s’attachent à faire taire, les grandes familles suscitent à partir du milieu des années 1930, de nouvelles critiques. Les premiers jalons de la politique familiale qui auraient pu apparaître comme la revanche de familles malmenées ont pour effet pervers de jeter de nouveau l’opprobre sur elles.

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En effet, dès le milieu des années 1930, parmi les railleries repérées à l’encontre des familles nombreuses, émerge une critique qui devient dominante : des couples multiplieraient les enfants pour bénéficier des allocations familiales. Les ménages prolifiques seraient des parasites sociaux, des profiteurs. Un médecin d’Hautefort affirme après avoir étudié la natalité dans sa région que « certains foyers de surnatalité sont la conséquence de l’appât des subventions » [59][59] La médecine générale française, Tribune des cliniciens.... Sur ce dernier point, une femme, née en 1910, mère de six enfants se souvient de sa carte de famille nombreuse qu’elle devait présenter dans les trains pour justifier de son tarif réduit, un avantage obtenu par les associations de défense des grandes familles. Elle se souvient que les voyageurs la regardaient avec mépris. Les propos de quelques contrôleurs étaient mêmes acerbes, plusieurs lui auraient fait remarquer « qu’on ne fait pas d’enfants pour toucher les allocations » [60][60] Il s’agit d’un témoignage recueilli dans le cadre de.... Les archives nationales regorgent de lettres adressées au président du conseil qui s’indignent de voir des familles insouciantes bénéficier d’avantages substantiels : le chômage, la crise économique, la décence même exigent un nombre restreint d’enfants signe de raison et de responsabilité [61][61] AN, F 60607 notamment.. Des critiques que les grandes familles doivent à leurs plus ardents défenseurs. Car paradoxalement, en œuvrant pour la mise en place de mesures en faveur des familles nombreuses, les natalistes et familiaux ont contribué à cette stigmatisation.

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Pourtant à en croire les dirigeants natalistes et familiaux l’essentiel de la politique qu’ils visent ne réside pas seulement dans l’acquisition d’avantages financiers mais dans le développement d’une morale favorable à la famille. En 1934, Georges Pernot, à la tête de la fédération nationale des associations de familles nombreuses affirme : « On croit que [nos] groupements sont composés de gens qui tendent la main ; les pères de familles nombreuses ne tendent pas la main [62][62] Pernot G., Congrès de la Natalité et des familles nombreuses,... ». La famille nombreuse ne réclame pas d’aumône. Pourtant la fédération soutient et applaudit les mesures prises. C’est sans doute qu’il ne faut pas se couper de la base : en effet, les associations locales ne demandent pas autre chose que la péréquation des charges de famille, des avantages matériels, des garanties pour leur famille. Des bons de réductions pour le pain, le charbon, le lait, voilà au fond ce que réclament les pères de familles nombreuses car la morale, même familiale, ne nourrit pas leur nichée. Ces avantages obtenus sont repris dans la Code de la Famille et de la Natalité françaises auxquels s’ajoutent des mesures destinées à mettre en place un climat familial [63][63] De Luca Barrusse Virginie, « Comment reconquérir le.... Guidée par les natalistes et les familiaux, la Troisième République a inventé la politique familiale comme un ensemble de mesures cohérentes, affichées, et destinées à soutenir la fécondité et la famille. Mais elle n’a pas su redorer le blason des familles nombreuses. A la veille du baby boom, elles restent un modèle familial marginalisé dans l’opinion publique.

Notes

[1]

Le terme d’« opinion publique », bien qu’inconsistant présente l’avantage d’évoquer un groupe d’origine diverse, mal identifié mais don’t les résonances sont larges.

[2]

Une histoire de ce mouvement nataliste et familial a été faite par Robert Talmy en 1962 : Histoire du mouvement familial (1896-1939), Paris, 1962, CNAF. J’ai proposé récemment une autre lecture de ce mouvement : Les familles nombreuses. Une question démographique, un enjeu politique (1880-1940), Rennes, PUF, 2008. La publication de ce livre a été soutenue par le Comité d’histoire de la Sécurité sociale que je remercie vivement.

[3]

De Luca Barrusse Virginie, Les familles nombreuses…, p. 21-44.

[4]

Lenoir Rémi, « Groupes de pression et groupes consensuels : contribution à une analyse de la formation du droit », Actes de la recherche en sciences sociales, 64, septembre, 1988, p. 30-39.

[5]

Charle Christophe, Les élites de la République, 1880-1900, Paris, Fayard, 1987, p. 36-49.

[6]

Alliance nationale…, Programmes, Statuts, 1897, p. 3.

[7]

Ibid., p. 10-11.

[8]

PV des séances du conseil de direction de l’Alliance, 4 août 1896.

[9]

Breynat de Saint Veran G., Les familles nombreuses devant l’impôt, 1925, p. 128.

[10]

Antomarchi Véronique, Politique et famille sous la Troisième République, Paris, L’Harmattan, 2000, p.145-154.

[11]

Lenoir Rémi, Généalogie de la morale familiale, Paris, Seuil, 2003, p. 259.

[12]

Becchia Alain, « Les milieux parlementaires et la dépopulation de 1900 à 1914 », Communication, 44, 201-246.

[13]

Citée dans la Revue de l’Alliance, janvier 1908.

[14]

Bulletin de la ligue populaire des pères et mères de familles nombreuses, 1er mai 1909.

[15]

Ibid, 1er juin 1911.

[16]

Sur la section rouennaise de la ligue voir Stalin-Caron Ingrid, De l’assistance à l’aide aux familles nombreuses à Rouen pendant l’entre-deux-guerres, Rouen, 2008, Association pour l’étude de l’histoire de la Sécurité sociale et de la protection sociale en Normandie, p.91-95.

[17]

Ibid., 15 avril 1911.

[18]

Ibid.

[19]

Pour reprendre le terme de Topalov Christian, « Le champ réformateur 1880-1914 : un modèle », Laboratoires du nouveau siècle, Paris, EHESS, 1999, p. 461-474.

[20]

De Luca Barrusse Virginie, Aux origines de l’Etat-providence. Les inspecteurs de l’Assistance publique et l’aide sociale à l’enfance (1820-1930), Paris, PUF/INED, 2002, p. 46-49.

[21]

Sur l’élaboration détaillée de cette loi voir Chauvière Michel (1993), « L’assistance républicaine et la famille. Les enjeux de la loi de 1913 en faveur des familles nombreuses », CERAT, « Un siècle d’assistance républicaine », Grenoble, décembre, 1993, 12 p. et Antomarchi, op. cit., p. 162-170.

[22]

Chauvière, op. cit., p. 12.

[23]

Gardet Mathias, Jean Viollet et l’apostolat laïc. Les œuvres du Moulin Vert (1902-1956), Paris, Beauchesne, 2005.

[24]

De Luca Barrusse Virginie (2004), « Auguste Isaac parmi les familiaux et les natalistes dans l’entre-deux guerres », Patronat, bourgeoisie, catholicisme et libéralisme. Autour du journal d’Auguste Isaac, textes édités par Hervé Joly, LARHA, Cahiers du Centre Pierre Léon n° 5, p. 215-230.

[25]

La Réforme sociale, juin 1908, cité par Talmy, op. cit., p. 60.

[26]

Ibid., 30 janvier 1916.

[27]

Lenoir, op. cit, p. 243.

[28]

Cité par Talmy, op. cit., p. 185.

[29]

Isaac A., Journal, 12 février 1916, Lyon, BGA Permezel.

[30]

Revue de l’Alliance, janvier 1916.

[31]

De Luca Barrusse Virginie, « Des liaisons avantageuses : l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française et les fonctionnaires (1890-1914) », Annales de démographie historique, 2008, 2, à paraître.

[32]

Isaac A., Journal, 29 juillet 1916.

[33]

Ligue populaire…, 1er septembre 1918.

[34]

De Luca Barrusse V., Les familles nombreuses…, p. 123-124.

[35]

André Cognacq est à l’origine du prestigieux prix Cognacq Jay destiné aux familles nombreuses. André Michelin a créé avec son frère, le prix de la Natalité que récompense le meilleur travail sur les causes de la dépopulation. Marguerite Witt Schlumberger est à la tête de plusieurs associations réformatrices.

[36]

Décret du 27 janvier 1920.

[37]

Au même moment, le prix du pain double.

[38]

Boverat F., « Le pain à bon marché pour les familles nombreuses », Revue de l’Alliance, mars 1920.

[39]

CSN, Collection des impressions, séance du 19 avril 1920.

[40]

De Luca Barrusse Virginie, « La fête des mères dans la première moitié du XXe siècle : la fabrique des mères méritantes », Histoire & Sociétés, 15, juin, 2005, p. 30-42.

[41]

Voir par exemple, la position de celle de Paris : Lescure Michel, Omnès Catherine, « De la grande guerre à la Crise : une adaptation difficile (1914-1939) », La Chambre de commerce et d’industrie de Paris. 1803-2003, histoire d’une institution, Paris, Droz, 2004, p. 177-213.

[42]

Prochasson Christophe (1989), « Les congrès : lieux d’échange intellectuel », Mil Neuf cent, 7, p. 5-9.

[43]

Isaac A., Congrès de la Natalité, 1921.

[44]

En 1919, l’abbé Viollet avait groupé l’ensemble de ces associations au sein de la Confédération générale des familles. Voir Gardet, op. cit.

[45]

Congrès de la Natalité, 1921.

[46]

Glass David, Population. Policies and movements in Europe, Londres, Frank Cass and Co, (1940 1ère éd.), 1967, p. 150.

[47]

Voir Chauvière Michel, Bussat Virginie, Famille et codification. Le périmètre du familial dans la production des normes, Paris, La documentation française, 2000.

[48]

Pedersen Susan, Family, dependence and the Origins of the Welfare State. Britain and France, 1914-1945, Cambridge, Cambridge University Press, 1993.

Dutton Paul V., Origins of the French Welfare State. The Struggle for Social Reform in France, Cambridge, Cambridge University Press, 2002.

[49]

Brochure éditée par l’Alliance nationale le 15 avril 1932, Avantages réservés aux familles nombreuses.

[50]

Sur le logement des familles nombreuses à Rouen voir Stalin-Caron, op. cit., p. 101-120.

[51]

De Luca Barrusse V., Les familles nombreuses…, p. 81-109.

[52]

Archives nationales (AN), Paris, Présidence du Conseil, F 60 607.

[53]

Ibid.

[54]

Ibid.

[55]

Ibid.

[56]

Ibid.

[57]

Ibid.

[58]

Ibid.

[59]

La médecine générale française, Tribune des cliniciens français, « Les assises de la natalité », 1937, p. 126.

[60]

Il s’agit d’un témoignage recueilli dans le cadre de ma recherche.

[61]

AN, F 60607 notamment.

[62]

Pernot G., Congrès de la Natalité et des familles nombreuses, 1934. Sur sa biographie voir : Chauvière, Les mouvements familiaux…, op. cit., p. 620-621.

[63]

De Luca Barrusse Virginie, « Comment reconquérir le Français à l’idée familiale », La propagande nataliste et familiale à l’école et dans les casernes (1920-1940) », Population, 1-2, 2005, p. 13-38.

Plan de l'article

  1. 1 - La publicisation de la cause des familles nombreuses
    1. L’action décisive de l’Alliance
    2. Les esclandres du capitaine Maire
    3. Un faisceau d’associations pour défendre et secourir les familles nombreuses
  2. II - L’institutionnalisation de la cause des familles nombreuses
    1. Le conseil supérieur de la natalité
    2. Dans les départements : les commissions de la natalité
    3. Un espace de visibilité itinérant : les congrès
  3. III - Les droits nouveaux : justice ou privilèges ?
    1. Les premiers jalons de la politique familiale
    2. La conscience de droits spécifiques
  4. Conclusion : La revanche des familles nombreuses ?

Pour citer cet article

De Luca Barrusse Virginie, « La revanche des familles nombreuses : les premiers jalons d’une politique familiale (1896-1939) », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2009 (N° 2), p. 47-63.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2009-1-page-47.htm


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