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Revue d'histoire de la protection sociale

2011/1 (N° 4)


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L’abandon des enfants par leurs parents biologiques a existé presque de tout temps et en tout lieu : cet acte extrême a d’ailleurs inspiré certains mythes fondateurs, tels Œdipe ou encore les jumeaux Romulus et Remus. Maints contes et histoires incluent dans leurs récits, pour mieux l’exorciser peut-être, cette situation malheureuse qui à la fois fascine et effraie, faisant résonner en chacun des peurs enfantines. Mais bien loin de ces destinées mythifiées ou romanesques, de nombreux petits poucets n’ont eu que peu de chances de retrouver leur chemin, et c’est précisément leur histoire qui nous intéresse ici.

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Amorcé dès la seconde moitié du XVIIIe siècle [1][1] Trois millions d’enfants environ auraient ainsi été..., le phénomène de l’abandon connait en France une ampleur exceptionnelle durant les premières décennies du XIXe siècle, à l’instar d’ailleurs d’autres pays, d’Europe du Sud principalement. Durant cette période, 25 000 à 30 000 enfants sont admis chaque année dans les hospices dépositaires français, avec un pic critique en 1831, année durant laquelle on y enregistre 33 374 dépôts d’enfants. En 1833, la statistique générale de la France retient le chiffre de 130 945 enfants à la charge des hospices, un maximum qui ne sera plus jamais atteint.

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Comment expliquer cette situation qu’on peut qualifier de crise ? Liée sans doute aux difficultés économiques des périodes révolutionnaire et napoléonienne, elle semble aussi, et peut-être devrait-on dire surtout, corrélée à l’augmentation significative des naissances illégitimes que connaît alors le pays [2][2] Autour de 20 % des naissances en milieu urbain seraient.... Ainsi, pour les démographes, l’enfant abandonné est avant tout un enfant naturel [3][3] On estime que dans la première moitié du XIXe siècle,.... Toutefois, le lien entre illégitimité et pauvreté ne peut être ignoré, les « filles-mères » étant plutôt d’origine sociale très modeste, de jeunes domestiques le plus souvent, assez peu instruites et de ce fait très vulnérables, d’autant que le code civil de 1804, en interdisant toute recherche en paternité [4][4] La possibilité admise sous l’Ancien Régime de contraindre..., fait peser le poids de la « faute » presque exclusivement sur la mère et sur son enfant, les deux victimes de l’abandon [5][5] Cf. Ivan Jablonka, Ni père ni mère, éditions du Seuil,.... Néanmoins, comme pour tout phénomène social, les explications mécanistes ne peuvent nous satisfaire, et il est utile de considérer, entre autres éléments d’analyse, les enjeux concernant l’autorité renforcée du père dans le modèle familial qui prend place au cours du XIXe siècle, auxquels se rapportent ceux du contrôle des naissances, de la filiation et de la transmission du patrimoine [6][6] Lire à ce propos « La famille, la loi, l’État, de la....

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L’assistance aux enfants, jusque là exercée par des institutions religieuses charitables, se trouve placée, par la Révolution, sous la responsabilité de la Nation. Il incombe alors aux toutes nouvelles commissions administratives des hospices municipaux créées en 1796, de faire face, en lien avec l’assemblée départementale, puis sous l’autorité du préfet après la constitution de l’an VIII (1799), à l’afflux d’enfants non voulus aux portes des établissements de tout le territoire national. A partir de 1811, un décret impérial impose à cette assistance un cadre qui perdure jusqu’au début du XXe siècle [7][7] Jusqu’à la loi du 27 juin 1904 qui marque des évolutions....

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Dans la pratique, ce sont les hospices qui apportent les premiers secours, trouvent des nourrices et assurent l’entretien et le suivi des enfants. Financièrement, la charge est très importante. Chez les acteurs de l’assistance, on relève constamment dans les textes d’archives la dualité entre la volonté philanthropique de secourir ces « êtres intéressants et infortunés » [8][8] AD des AHP, 3X7, expression couramment employée dans... et le souci impératif d’une nécessaire gestion comptable qui parfois peut nous paraître presque sordide, mais qui révèle plutôt le désarroi des responsables devant un problème qui les dépasse en tous points.

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L’histoire des enfants trouvés [9][9] Le terme générique d’enfants trouvés continue néanmoins... est bien documentée, et c’est certainement grâce à l’abondance des sources qui s’impose d’emblée au chercheur, que de nombreux historiens, souvent des démographes dans un premier temps, s’y sont intéressés. Champ foisonnant très travaillé depuis plus de trente ans et en constant renouvellement, cette histoire, qui aborde un phénomène social tout à fait important, peut être appréhendée sous des angles très divers. Histoire économique et publique par nécessité, mais histoire intime avant tout, elle enrichit l’histoire des mentalités et des sentiments, de la jeunesse, de la famille et de la vie privée, et bien sûr l’histoire des femmes, notamment au travers des mères et des nourrices. Par-dessus tout, elle apporte nombre d’éléments utiles sur l’histoire des enfants en général, leur condition matérielle et sociale, mais aussi l’histoire de leur corps. Ainsi, curieusement, il semble bien qu’on connaisse mieux, pour certaines périodes, les « Enfants du Secret » [10][10] Titre du catalogue de l’exposition consacrée à ce thème... que ceux élevés dans leur famille.

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L’histoire des enfants abandonnés dans les Basses-Alpes [11][11] Nous utilisons ici le nom ancien de ce département... au XIXe siècle n’a jamais été étudiée auparavant [12][12] Concernant le XVIIIe siècle, signalons le mémoire de..., malgré des sources abondantes, bien que très lacunaires. Cette étude porte sur un département très rural, montagneux et enclavé : c’est peut-être son originalité principale, dans un contexte historiographique plus souvent tourné vers la version urbaine de ce phénomène.

Hospices dépositaires en activité en 1831 lors de la création de l’inspection départementale
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Le vaste département des Basses-Alpes (6925 km2) est limité au nord par les Hautes-Alpes, à l’Est par l’Italie et les Alpes-Maritimes, à l’ouest par la Drôme et le Vaucluse, au sud par le Var. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un département à forte composante montagneuse ayant pour chef-lieu Digne, et subdivisé en cinq arrondissements : Barcelonnette, Castellane, Digne, Forcalquier et Sisteron [13][13] Ce morcellement a été effectué ainsi plus pour des.... En 1801, on y dénombre 134 000 habitants, dont la plus grande partie est occupée à une agriculture aux rendements très faibles, si bien que cette population rurale est souvent contrainte à chercher du travail ailleurs de façon saisonnière ou définitive.

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Un tel contexte géographique, économique et social a pu favoriser dans ce département le recours à l’abandon d’un certain nombre d’enfants non voulus, mais aussi l’accueil d’enfants provenant d’autres départements, qui procurait aux familles pauvres de ce lieu une ressource régulière. Les responsables ont bien conscience de l’enjeu économique que représente la prise en charge des enfants trouvés dans le département des Basses-Alpes, non seulement par les dépenses qu’ils occasionnent et jugées toujours excessives par les pouvoirs publics, mais aussi - plus étonnamment - par l’aide financière non négligeable que l’État octroie pour les secourir. Ainsi, lorsque la question se pose d’envoyer les petits bas-alpins abandonnés hors de leur département, l’inspecteur Manem [14][14] Chargé par la préfecture d’une inspection des enfants... remarque que ce territoire « … est très vaste et pourtant pauvre. C’est pourquoi tout ce qui tend à le préférer pour des dépenses à faire ne saurait que lui être avantageux … » [15][15] AD des AHP, 3X7, rapport d’inspection de 1825..

Le constat d’une situation alarmante

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Entre 1809 et 1834, on recueille, dans les Basses-Alpes, 6 947 enfants, soit en moyenne 267 nouveaux enfants admis par an. En 1819, on en compte 355, ce qui est un maximum [16][16] Au niveau national, ce maximum des admissions est atteint.... En 1837 par contre, après la suppression de tous les dépôts du département, sauf celui de Digne, on ne recueille que 62 enfants. L’année 1832 est celle du maximum des prises en charge : 1 517 au total, avec 1 247 recensés au 1er janvier et 270 admissions dans l’année. Le département est presqu’à l’unisson du reste de la nation : on décompte en France un maximum de 130 945 présents au 1er janvier 1833.

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Un grand nombre de ces enfants trouvés ne reste pas longtemps à la charge de la collectivité, tant la forte mortalité qui sévit parmi cette population en réduit rapidement les effectifs. Cette hécatombe saute en effet aux yeux du lecteur dès l’ouverture du premier cahier d’enregistrement de n’importe quel hospice. De cette litanie des mentions de la mort des nourrissons si souvent apposée après leur nom suivie d’un trop court curriculum vitae naît une évidence : les enfants trouvés meurent en grand nombre dès les premières semaines de leur accueil, et l’étude des statistiques ne dément pas cette première impression. A l’hospice Sainte-Barbe de Manosque par exemple, nous constatons une moyenne de 55 décès pour 100 admissions [17][17] A Manosque, au XVIIIe siècle, entre 1771 et 1786, Marc... durant les trois premières décennies du XIXe siècle. 67 % de ces décès se produisent la première année, les enfants non placés présentant le taux de mortalité le plus élevé, avec 80 % de décès dans le premier mois.

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A quel moment les autorités prennent-elles la mesure de ce qui se déroule là ? Difficile de l’estimer. Assez tôt au début du siècle, l’assemblée départementale presse à plusieurs reprises le préfet de prendre des mesures pour trouver des moyens de limiter les abandons, mais aussi pour aider financièrement les hospices à faire face à leur mission, pour lutter contre une mortalité infantile problématique qui heurte les consciences. Comment nourrir de façon satisfaisante tous ces enfants nouveau-nés, à qui le lait maternel fait cruellement défaut ? La nourriture est bien l’enjeu majeur de l’histoire de ces enfants que l’on dit souvent « sans famille », une notion parfois très relative, et les hospices souvent démunis en nourrices disponibles sont amenés à trouver des alternatives plus ou moins satisfaisantes à cette carence dramatique.

La nourriture : le premier soin

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Tandis que les établissements hospitaliers exercent un certain contrôle sur les « vêtures » des enfants assistés placés, ils interviennent fort peu au chapitre de leur nourriture, sauf dans le premier âge, où le choix de la nourrice, qui leur incombe, détermine le développement et la survie même du nourrisson. Pour cette raison, la préoccupation première du personnel de l’hospice dépositaire est de nourrir le vulnérable nouveau-né délaissé à sa porte ou dans le tour. Certes, les conditions du développement d’une grossesse non voulue, souvent honteuse et que la « fille-mère » tente de soustraire aux regards de l’entourage le plus longtemps possible, ainsi que l’épreuve de l’accouchement, puis celle de la séparation d’avec la mère, influent sans aucun doute sur la santé du nourrisson recueilli. Néanmoins, la mortalité infantile très élevée des enfants séjournant à l’hospice ou placés en nourrice apparaît directement liée à la malnutrition, ce que reconnaissent les responsables, dépassés par l’ampleur du phénomène : le nombre des enfants abandonnés augmentant alors sans cesse, trouver une nourrice convenable n’est pas une tâche facile. A partir de 1831, les inspecteurs [18][18] En 1831, une inspection permanente des enfants trouvés..., à la faveur de leurs tournées, repèrent des nourrices et des nourriciers qu’ils agréent, proposant ensuite aux hospices de les recruter, quand ils n’opèrent pas eux-mêmes directement les mutations urgentes au regard de la santé de l’enfant, en se contentant d’en informer l’établissement. Néanmoins, assez souvent et avec une grande variabilité selon les périodes, le recours à une nourrice s’avère impossible, faute d’en trouver de disponibles.

Quand la mort occupe toute la place : l’écriture traduit-elle ici un sentiment d’exaspération et d’impuissance face à l’hécatombe des nourrissons ? (hospice de Sisteron, année 1803)[19][19] AD des AHP, 32J182, hospice de Sisteron.

L’hospice de Sisteron et les « mères-nourrices »

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Dans le registre d’entrée des enfants trouvés de l’hospice de Sisteron débuté le 8 avril 1797, plusieurs notices peuvent intriguer. Il y apparaît en effet que cet établissement choisit de rémunérer la mère qui apporte, ou fait apporter, son enfant pour l’abandonner, au même titre qu’une nourrice, afin qu’elle conserve et élève elle-même son nourrisson. Par exemple, cette disposition permet cette année-là à Catherine Bouchet de la commune de la Motte de garder et nourrir la petite Marie Marguerite nouvellement née, qu’elle se proposait de laisser à l’hospice : « marie marguerite 20 août 1797, n° 1080, Nourrice Catherine Bouchet de la Motte.

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Ce Jourd’huy troisième fructidor an 5e de la République à une heure après midy il a été aporté en cet hospice une fille, qui a été baptisée led. jour et nommée marie marguerite son parrain est Joseph Richaud du lieu de Sisteron sa marraine est marguerite Latil dud. Cet enfant est né à la Motte de Catherine Bouchet fille de François Dud. lieu et d’Antoine Richaud fils [sic] fils de pierre et de [espace] Richaud de Vallavoire, suivant l’exposition faite par lad. Bouchet le 24 thermidor pard. le juge de paix du canton de la Motte lequel nous a adressé une expédition sur papier simple de la dite exposition. Confié aux soins de Catherine Bouchet sa mère Payé jusqu’au 3 brumaire an 6 payé jusqu’au 3 ventôse an 6 de la Rep. Française […]. Le 3 nivôse an 7 fait mandat de neuf livres à la nommée Catherine Bouchet de la Motte pour trois mois de nourriture de marie marguerite échus ce jourd’hui 3 nivôse an 7, rendu à ses parents le 17 mars 1807 attendu que la nourrice ne s’est plus présentée » [20][20] AD des AHP, 32J182, registre d’entrée des enfants trouvés....

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Le père de l’enfant, Antoine Richaud, du proche village de Vallavoire, est ici mentionné, et nous remarquons que les paiements ne durent guère plus d’une année, entre le 20 août 1797 (3 fructidor an V) et le 23 décembre 1798 (3 nivôse an VII), ce qui peut indiquer une stabilisation de la situation des parents, qui ne nécessiterait plus alors d’assistance. L’enfant sort des rôles de l’hospice en 1807, peu avant ses dix ans, pour être administrativement « rendu à ses parents », qu’il n’a de fait jamais quittés.

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Plusieurs mères, et leur enfant, bénéficient de cette aide, jusqu’aux dix ans révolus de ce dernier, date à laquelle les paiements cessent. Peut-être connaît-on alors dans cet arrondissement cette volonté de l’hospice de venir en aide aux « filles-mères » désireuses de conserver leur enfant, et l’on sait qu’il suffit de s’y présenter pour bénéficier d’une assistance. Bien que cette pratique concerne finalement bien peu d’enfants, puisque la plupart sont déposés anonymement à la porte de l’hospice, il faut noter qu’aucun de ceux conservés par leur mère ne décède en bas-âge, alors que la plupart des enfants exposés les mêmes années dans ce même hospice y meurent très rapidement sans avoir été placés, faute de nourrices.

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Une mère y est d’ailleurs accueillie en 1797, quelques jours après ses couches, en tant que nourrice pendant quelques mois : « Joseph Girard fils naturel d’Isabeau Macheris du lieu d’Orpierre né le 2 février, aporté dans cet hospice par sa mère sous ledit nom le 16 dudit mois laquelle y a resté comme nourrice jusques au trois floréal courant qu’elle en est sortie, a été confié aux soins de ladite mère aux gages ordinaires, elle a reçu les langes accoutumés » [21][21] Ibid..

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Dans quelques cas, c’est le père de la « fille-mère » qui porte le nourrisson à l’hospice, pour le ramener ensuite auprès de la mère, avec l’assurance que l’hospice aidera la famille à l’élever : « Benoît N° 1083 Félicité Bernard.

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Sur les huit heures du matin, joseph Bernard de St-Geniès accompagné de Jannetton Masse a présenté un garçon né le 28 fructidor à St-Geniès de félicité Bernard fille Dud joseph. L’enfant a été ondoyé, on se propose de le faire participer aux autres cérémonies de l’église à St-Geniès, où on le ramène pour que la mère le nourrisse dans l’impossibilité de le placer ailleurs, elle recevra les gages et indemnités ordinaires, il a été remis la layette d’usage… » [22][22] Ibid..

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Le dernier paiement intervient ici le 21 octobre 1807, l’enfant a alors dix ans, et la « mère-nourrice » a perçu des gages durant toute cette période.

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Cette aide est-elle octroyée seulement quand une pénurie de nourrices impose de trouver une solution acceptable pour la mère et l’enfant ? Ou bien peut-on supposer que, lorsque le contact est établi entre l’hospice et la mère dans le cas où l’enfant est apporté et non « exposé », cette proposition d’aide est faite de manière systématique, parce qu’apparaissant plus satisfaisante matériellement et moralement qu’un abandon ? Une étude approfondie apporterait des éléments intéressants sur la démarche des administrateurs de cet établissement, où semble souffler encore l’esprit de 1793 [23][23] Décret du 28 juin 1793, titre 1er « Des secours à accorder... et des principes révolutionnaires selon lesquels l’État doit assistance aux citoyens les plus démunis. Néanmoins, une annotation en marge de l’enregistrement de l’enfant Joseph, né à Vaumeilh en septembre 1797 de Magdelaine Paret, qui conserve son nourrisson aux « gages ordinaires en l’allaitant », annonce la remise en cause de ces dispositions pragmatiques, et salutaires du point de vue de la survie de l’enfant : « La commission [hospitalière] vu l’article du projet de M. le préfet portant que toute femme ou fille admise à la gésine dans les hospices sera tenue de se charger de son enfant et que dans le cas où elles éprouveraient des besoins de secours, il y serait pourvu à la diligence du maire ou de l’adjoint de la commune, par la famille ou à défaut de majeur par les receveurs communaux. La commission a arrêté que la nourrice ci-dessus [Magdelaine Paret] connue pour être la mère de l’enfant n’aura plus aucune rétribution » [24][24] AD des AHP, op. cit., annotation plus tardive, mais....

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Dans les années suivantes, certaines mères, en l’absence de secours, laissent leur enfant à la porte de l’hospice pour se présenter ensuite en qualité de nourrice, et ainsi nourrir leur enfant en contournant la rigueur préfectorale.

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D’autres encore continuent d’allaiter leur enfant, avec la complicité de la nourrice officielle, en échange de savon, de linge et même d’argent, une relation maintes fois dénoncée par les autorités.

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Lors de l’inspection ponctuelle ordonnée par la préfecture en 1825, on signale de nombreuses mères connues ou présumées : la pratique de la « mère-nourrice » aurait-elle perduré, malgré la volonté de l’État de la faire disparaître [25][25] A partir de 1838, des secours provisoires aux filles-mères... ? Ces « arrangements » entre mères et nourrices nuancent la notion d’enfant « sans famille », mais elles ne concernent toutefois pas la majorité des enfants abandonnés. Pour ceux-ci, quelles sont les alternatives en l’absence de nourrice disponible ?

Les alternatives à la mise en nourrice

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Pour alimenter le nourrisson, les alternatives au placement en nourrice paraissent de trois sortes : soit l’établissement dispose d’une nourrice à demeure, qui a accouché là et accepte de nourrir un autre enfant en même temps que le sien, ou à la place du sien en cas de décès de son enfant, soit on a recours au lait animal, plutôt de chèvre dans les Basses-Alpes, soit on donne à l’enfant une boisson à base de céréales cuites à l’eau.

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A Digne, seul établissement du département disposant de nourrices à demeure, « […] les nourrices attachées à l’hospice reçoivent outre le logement et la nourriture 4 francs 50 centimes par mois… » [26][26] AD des AHP, 3X7, 1825.. En ce qui concerne l’hospice de Manosque, nous connaissons certains détails par M. Monot, dans son rapport d’inspection de 1825 :

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« […] Nulle part il n’y a de nourrice attachée à l’établissement peut-être parce que nulle part les personnes du sexe ne sont admises à y faire leurs couches. A Barcelonnette, une seule chèvre ; à Manosque, trois servent à procurer aux enfants les premiers secours dont ils ont besoin ; tandis qu’à Castellane ces secours ne sont administrés qu’à l’aide du lait qu’on se procure dans le voisinage… » [27][27] Ibid..

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Des chèvres sont donc mises ici à contribution, avec les risques sanitaires que l’on sait alors liés à l’allaitement artificiel : biberons avec un tissu imbibé en guise de tétine insalubres faute de pouvoir les nettoyer bien, ce qui génère une prolifération de germes responsables de dysenteries souvent fatales aux tout-petits.

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A Sisteron, le problème de l’alimentation des nourrissons se pose aussi, soulevé par M. Manem, lors de son inspection :

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« […] il n’y a dans l’hospice de Sisteron ni nourrice ni chèvre pour donner le premier lait aux enfants, on fait usage de crème de riz et de sucre ; cette nourriture ne peut convenir aux enfants nouveaux nés et être la cause que sur quatre il en succombe trois ; il m’a été observé que le lait de chèvre se formait en petites boules fort dures dans l’estomac de l’enfant et l’étouffait ; dans ces circonstances il serait à propos que l’hospice entretint quelques nourrices pour donner le premier secours aux enfants en attendant qu’ils fussent placés en nourrice… » [28][28] Ibid..

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Ainsi, même le lait de chèvre est considéré comme un aliment indigeste pour le nouveau-né, et on lui préfère ici une alimentation à base de riz et de sucre. Pour ces inspecteurs chargés de visiter enfants, nourrices et hospices dépositaires, il s’avère donc nécessaire, pour éviter l’hécatombe des premières semaines, de disposer de nourrices le plus tôt possible. Le lien est évident pour eux entre mortalité élevée et alimentation inadaptée. La solution d’entretenir quelques nourrices à demeure est aussi suggérée par M. Monot pour son secteur d’inspection : « […] Je crois qu’il doit leur être enjoint de faciliter l’admission pour l’accouchement gratuit par tous les moyens en leur pouvoir, et de tenir continuellement attachées à l’établissement et y entretenir, savoir : à Barcelonnette au moins une, à Castellane deux, et à Manosque au moins trois nourrices… » [29][29] Ibid..

Des nourrices « sèches »

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Par manque de moyens semble-t-il, les nourrices ne sont pas recrutées avec suffisamment de soin, et le lait même, élément pourtant vital, fait parfois défaut. Lors de sa première tournée en 1831, l’inspecteur Nas relève le cas du petit Baptiste Rémy âgé de 6 mois et placé à Méolans : « […] cette nourrice qui n’a point de lait est venue par pure spéculation prendre l’enfant à l’hospice pour le placer chez sa voisine Agnès Reynier qui le nourrit moyennant une faible rétribution qu’elle donne à celle-ci… » [30][30] AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de la rive.... L’enfant est tout de même nourri, et confié d’ailleurs par la suite à cette seconde femme en mesure de l’allaiter. Nous observons ici que l’hospice confie un nouveau-né à une nourrice sans vérifier sa réelle capacité, mais en se référant probablement à un certificat délivré trop légèrement par le maire de la commune d’origine de la nourrice : « […] L’inconvénient qu’il y a à accorder trop facilement à certaines nourrices des certificats constatant qu’elles sont propres à nourrir des nouveau-nés tandis que ces femmes ont épuisé leur sein auprès de leurs propres enfants. Cette funeste complaisance trompe la bonne foi de MM. les administrateurs et procure à l’enfant ou la mort ou une débile existence… » [31][31] AD des AHP, op. cit., 2e trimestre 1832..

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L’inspecteur Albert, en charge de l’arrondissement de Barcelonnette, relate un épisode dramatique, cette fois encore causé par le déficit de contrôle de l’hospice, trop empressé à confier le petit exposé, sans avoir rencontré la nourrice, et probablement abusé par un certificat complaisant. Dans le cas de cet enfant, décédé faute de soins appropriés, la justice est saisie : « …Jean Bte Valadolid, en nourrice chez marie Magdelaine Ebrard Fe Baral aux Agneliers commune d’Uvernet. Cet enfant fut pris par Baral à l’hospice de Barcelonnette, sa femme disait-il venait d’accoucher et son enfant était mort depuis peu de jours, il en imposait car sa femme n’avait pas accouché, et son dernier enfant est âgé de 5 ans. L’intérêt seul guidait cet homme, en arrivant chez lui, il fit allaiter l’enfant par une chèvre qui avait très peu de lait et le malheureux enfant mourut au bout de huit jours. Baral est entre les mains de la justice. le tribunal n’a pas encore statué… » [32][32] AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de l’arrondissement....

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L’inspecteur Roche constate lui aussi, dans l’arrondissement de Sisteron, les conséquences dramatiques pour l’enfant d’être confié à une nourrice sèche : « … des femmes dont le lait avait 3 ou 4 ans ont obtenu des nourrissons […] qu’elles nourrissaient avec de la bouillie, ne pouvant les allaiter de leur sein, d’ou est résulté l’amaigrissement de l’enfant et sa mort au bout de quelque temps, ainsi que celle arrivée à Angèle Aglaé, confiée à Rose Richaud veuve pierre Rougier de Beaudument que j’ai signalé à l’hospice de Sisteron, comme nourrice sans lait et qu’on a pas eu le temps de retirer attendu qu’elle est morte quelques jours après mon inspection… » [33][33] AD des AHP, op. cit., 2e trimestre 1834..

Allos, vallée du Verdon, (alt. 1425 m), entrée du bourg, route de Barcelonnette (Carte postale, début XXe siècle)[34][34] Cliché V. Founier, éditeur à Gap.

« Le lait est trop vieux »

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Les inspecteurs des Basses-Alpes connaissent certains rudiments d’hygiène et d’alimentation infantiles, alors diffusés parmi la population. Ils notent par exemple qu’une nourrice doit avoir accouché récemment pour que la qualité du lait, dont la composition évolue au fur et à mesure que l’enfant grandit, corresponde aux besoins d’un nouveau-né, car « … il ne suffit pas qu’elles aient du lait, il faut qu’il ne soit ni vieux, ni vicié… » [35][35] AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de l’arrondissement.... M. Nivière note, à propos de l’enfant Marie Félicité Sophonie, que « … le lait de la nourrice est trop vieux et ne peut suffire à la nourriture de cette pauvre petite… » [36][36] AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de la rive....

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Son collègue de la rive gauche observe que Marie, six mois, placée à Thorame-Basse, n’est pas nourrie correctement : « … cet enfant qui suce un lait qui date de plus de trois ans et qui est un véritable poison pour lui a sa figure et son corps couverts d’ulcères envenimés, c’est par espèce de miracle que le pauvre enfant, qui est aux portes du tombeau, vit encore. L’inspecteur ne croit pas que dans l’état affreux où se trouve l’enfant, aucune autre nourrice voulut s’en charger. Aussi ne peut-il que recommander aux administrateurs des hospices de tenir fortement la main sur le choix des nourrices… » [37][37] AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de la rive....

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L’inspecteur Maynard rappelle qu’il importe, pour conserver la santé du nourrisson, de lui fournir, en quantité suffisante, un lait adapté à son âge : « … j’aurais à observer que quelques enfants ont été confiés à des nourrices auxquelles MM. les maires avaient refusé des certificats comme incapables d’allaiter un enfant, […] des mères qui n’avaient presque pas de lait ou qui souvent sont obligées de le partager avec l’un de leurs propres enfants et suppléer au manque de lait par des nourritures impropres aux besoins et à l’âge des nourrissons […] les maladies qui se rencontrent le plus souvent dans l’enfance sont […] des vomissements, dévoiements ou cours de ventre provenant des indigestions occasionnées par la brusque interruption de l’allaitement ou souvent d’un lait pernicieux que la nourrice peut donner par suite d’une grossesse connue ou inconnue, ou à cause d’une sécrétion laiteuse trop substantielle vis-à-vis d’un enfant nouveau-né, auquel un lait peu séreux et légèrement laxatif conviendrait mieux… » [38][38] AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de l’arrondissement....

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Ce problème semble persister, puisqu’en 1848, M. Roux, « inspecteur départemental des Enfants de la Patrie des Bouches-du Rhône », interpelle le citoyen-préfet des Basses-Alpes [39][39] Lire à ce propos Dupont Thierry, Le service des enfants..., le priant : « … de donner des instructions aux maires pour les inviter à faciliter par tous les moyens en leur pouvoir le placement en nourrice des enfants des hospices, mais en ayant soin de mentionner religieusement l’âge du lait de la nourrice. Les maires ne doivent pas oublier qu’en déguisant l’âge du lait lorsqu’il excède la limite de 20 mois indiquée dans les instructions, ils se rendent complices de la mort de l’enfant dont la nourrice est hors d’état de prendre soin, et commettent d’ailleurs un faux en écriture publique » [40][40] AD des AHP, op. cit., extrait d’un rapport en date....

Certificat de « bonne nourrice » établis par le maire et curé de Saint Vincent, 1832[41][41] AD des AHP, 32J151, hospice de Sisteron.

Enfants affamés, enfants mendiants

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Certains enfants plus âgés sont dits « mal nourris » ou envoyés par leur nourrice pour « mendier leur pain quotidiennement » ou durant la mauvaise saison, autant de cas qui motivent toujours une proposition de mutation de la part des inspecteurs. Ainsi, à propos de Jacques Alexandre Mercure, 10 ans, et François Toussaint, 3 ans, placés à Entrevaux : « L’inspecteur n’a pu voir ces deux enfants que la clameur publique désigne pour être mal soignés, la nourrice les ayant envoyés mendier leur pain » [42][42] AD des AHP, 3X7, rapport d’inspection de la rive gauche....

41

M. Nas évoque, en 1832, le cas d’Augustin Alizon, 6 ans, placé à la Palud, dans la vallée du Verdon : « … la nourrice la plus cruelle est Elisabeth Bondil qui fait souffrir la faim à son nourrisson, le maltraite et le laisse aller presque nu… » [43][43] Ibid.. Impressionné par ces situations difficiles, l’inspecteur en brosse, à l’intention du préfet, un tableau pathétique : « … Quelques nourrices cependant sourdes à tout avis et qu’aucun sentiment d’humanité ne saurait émouvoir exposent ces orphelins-nés aux horreurs de la faim, ou enfin les abandonnent souvent à eux-mêmes pendant toute la journée sans que les innocentes victimes puissent prendre aucun aliment ni le maltraite et le laisse aller presque nu… » [44][44] Ibid.. Impressionné par ces situations difficiles, l’inspecteur en brosse, à l’intention du préfet, un tableau pathétique : « … Quelques nourrices cependant sourdes à tout avis et qu’aucun sentiment d’humanité ne saurait émouvoir exposent ces orphelins-nés aux horreurs de la faim, ou enfin les abandonnent souvent à eux-mêmes pendant toute la journée sans que les innocentes victimes puissent prendre aucun aliment ni même faire entendre leurs sanglots et leurs gémissements. Heureusement ce nombre n’est pas grand… » [45][45] Ibid..

Vers un sort meilleur ?

42

Au-delà de ces remarques négatives, les inspecteurs semblent considérer que les enfants trouvés dans leurs arrondissements sont dans l’ensemble nourris de manière satisfaisante. Or, ces enfants sont en règle générale placés dans des milieux dont la pauvreté, et même l’indigence, sont assez souvent signalées. Ils ne bénéficient certainement pas, à l’instar des membres de leurs familles nourricières, d’une alimentation équilibrée en quantité suffisante.

43

Quels peuvent être d’ailleurs les critères d’évaluation d’une alimentation suffisante, en l’absence de contrôle de la taille et du poids des enfants [46][46] A propos du suivi médical des enfants, lire Catherine... ? A quelques rares reprises, les inspecteurs des années 1830 livrent plutôt leur impression personnelle suggérée par une mine blafarde, une apathie suspecte, une taille visiblement inférieure à la moyenne, des lésions cutanées repoussantes. Ils sollicitent parfois les médecins pour conseiller les nourrices, mais sans évoquer un véritable contrôle sanitaire des enfants placés. Vers la fin des années 1860, un changement est cependant perceptible, et c’est sur les conseils du médecin cantonal qu’en 1868 l’inspecteur Clément, globalement satisfait des nourrices relevant de son inspection, décide de certaines mutations : « … le choix des nourrices ne nous a jamais donné des regrets. L’air est pur dans les campagnes et les femmes y jouissent d’une bonne santé. Le crétinisme endémique n’est répandu que dans trois ou quatre communes, tandis qu’il est des départements plus affligés que le nôtre. Il résulte de cela que si les nourrissons n’apportent pas le germe d’une maladie en naissant, nous n’avons pas à redouter le lait des mères à qui ils sont confiés. Au surplus je consulte dans les tournées les médecins cantonaux et s’il le faut je provoque le changement… » [47][47] AD des AHP, 3X7, rapport d’inspection départementale,....

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Quelques années plus tard, en réaction à la très grande mortalité des enfants placés en nourrice, mais aussi au constat d’un recul d’accroissement de la population [48][48] Le recensement de 1866 trahit une diminution de l’accroissement..., la loi Roussel, votée en 1874, établit l’obligation de faire visiter annuellement par un médecin tout enfant de moins de deux ans placé hors du domicile de ses parents. Le lien entre inspection et suivi médical est définitivement établi, et l’intérêt grandissant pour l’enfant, sa protection et sa survie est affirmé.

« Joseph Marie, mort le 26 messidor an 6 »[49][49] AD des AHP, 32J182, billet et ruban.

Notes

[1]

Trois millions d’enfants environ auraient ainsi été abandonnés par leurs parents en France entre 1750 et 1900. Cf. Jean-Pierre Bardet, « L’enfance abandonnée au cœur des interrogations sociales », in Histoire, économie et société. 1987, 6e année, n°3, L’enfant abandonné, p. 291-299.

[2]

Autour de 20 % des naissances en milieu urbain seraient illégitimes dans les premières décennies du XIXe siècle. Cf. Guy Brunet, Aux marges de la famille et de la société. Filles-mères et enfants assistés à Lyon au XIXe siècle, L’Harmattan, Paris, 2008, p. 16.

[3]

On estime que dans la première moitié du XIXe siècle, un enfant illégitime sur deux est abandonné, contre 4 % de cette population vers 1950, Cf. G. Brunet, op. cit., p.17.

[4]

La possibilité admise sous l’Ancien Régime de contraindre le père désigné à reconnaître son enfant naturel est proscrite dès 1793, puis par le Code civil de 1804. Pour les législateurs, seule la reconnaissance paternelle volontaire peut instituer une filiation, là où la nature, référence prépondérante dans bien des débats révolutionnaires, impose ses limites, repoussées depuis la fin du XXe siècle par les analyses comparatives de l’ADN de l’enfant et du père présumé.

[5]

Cf. Ivan Jablonka, Ni père ni mère, éditions du Seuil, Paris, 2006, 367 p. : « Victimes d’un pouvoir avant tout masculin, les femmes seules sont obligées de résoudre au détriment de leur maternité le conflit entre vie productive et vie reproductive », p. 13.

[6]

Lire à ce propos « La famille, la loi, l’État, de la Révolution au Code civil », actes du séminaire, éd. du Centre Georges Pompidou, Vaucresson, 1989.

[7]

Jusqu’à la loi du 27 juin 1904 qui marque des évolutions importantes, rendant obsolète le fameux décret.

[8]

AD des AHP, 3X7, expression couramment employée dans les courriers entre hospices et préfecture.

[9]

Le terme générique d’enfants trouvés continue néanmoins à être employé pour désigner ces trois catégories d’enfants, certainement parce que la grande majorité des enfants secourus relèvent alors effectivement de cette catégorie, et que le terme est plus commode. On parle ensuite d’enfants assistés, puis de pupilles de l’Assistance publique.

[10]

Titre du catalogue de l’exposition consacrée à ce thème au Musée Flaubert de Rouen en 2008 : Les enfants du secret. Enfants trouvés du XVIIe siècle à nos jours, Musée Flaubert et d’Histoire de la Médecine CHU-Hôpitaux de Rouen/Magellan et Cie, 2008,175 p.

[11]

Nous utilisons ici le nom ancien de ce département rebaptisé Alpes-de-Haute-Provence en 1970.

[12]

Concernant le XVIIIe siècle, signalons le mémoire de licence de 1980 effectué par Marc Donato, qui a donné lieu à la publication d’un article intitulé « Bâtards et nourrices à Manosque à la veille de la Révolution, 1771-1786 » dans les Annales de Haute-Provence, n° 302, 4e trim. 1986, p. 86-116.

[13]

Ce morcellement a été effectué ainsi plus pour des raisons géographiques que démographiques : l’éloignement et l’enclavement de certaines zones ont déterminé ces choix.

[14]

Chargé par la préfecture d’une inspection des enfants trouvés en 1825.

[15]

AD des AHP, 3X7, rapport d’inspection de 1825.

[16]

Au niveau national, ce maximum des admissions est atteint en 1831 : 33 374 admis dans l’année. Cf. La Statistique générale de la France, vol.4, p. XXXIX.

[17]

A Manosque, au XVIIIe siècle, entre 1771 et 1786, Marc Donato trouve une moyenne de 47, 1 % de décès avant un an. Cf. op. cit., 1986.

[18]

En 1831, une inspection permanente des enfants trouvés est créée dans les Basses-Alpes, avec deux inspecteurs au statut identique. La vaste étendue de ce département montagneux rend leur tâche difficile, voire impossible. Pour cette raison, en 1834, trois autres personnes sont recrutées, ce qui porte l’effectif de l’inspection à un inspecteur par arrondissement. En 1836, à la fermeture de l’ensemble des dépôts d’enfants, sauf celui du chef-lieu de Digne, un seul inspecteur demeure en poste. C’est à partir de 1869 que le corps des inspecteurs devient un corps de fonctionnaires d’État, avec un seul inspecteur par département, éventuellement secondé par un ou plusieurs sous-inspecteurs. Avant cette date, les situations sont très variables et assez peu connues, chaque préfecture organisant son inspection à sa guise.

[19]

AD des AHP, 32J182, hospice de Sisteron.

[20]

AD des AHP, 32J182, registre d’entrée des enfants trouvés de l’hospice de Sisteron, 1797.

[21]

Ibid.

[22]

Ibid.

[23]

Décret du 28 juin 1793, titre 1er « Des secours à accorder aux enfants », § II « Secours à accorder aux enfants abandonnés », art.4 : « Toute fille qui déclarera vouloir allaiter elle-même l’enfant dont elle sera enceinte, et qui aura besoin des secours de la nation, aura droit de les réclamer », art.5 : « Pour les obtenir, elle ne sera tenue à d’autres formalités que celles prescrites pour les mères de famille, c’est-à-dire à faire connaître à la municipalité de son domicile ses intentions et ses besoins ».

[24]

AD des AHP, op. cit., annotation plus tardive, mais non datée. Notons que l’enfant reçoit les secours jusqu’en 1807.

[25]

A partir de 1838, des secours provisoires aux filles-mères sont institués dans les Basses-Alpes jusqu’aux trois ans de l’enfant, mais ils sont notoirement insuffisants, ce qui provoque alors parfois des abandons différés, avec disparition de la mère au bout de quelques mois.

[26]

AD des AHP, 3X7, 1825.

[27]

Ibid.

[28]

Ibid.

[29]

Ibid.

[30]

AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de la rive gauche de la Durance, 1831.

[31]

AD des AHP, op. cit., 2e trimestre 1832.

[32]

AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de l’arrondissement de Barcelonnette, 1er trimestre 1834.

[33]

AD des AHP, op. cit., 2e trimestre 1834.

[34]

Cliché V. Founier, éditeur à Gap.

[35]

AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de l’arrondissement de Sisteron, 1er trimestre 1834.

[36]

AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de la rive droite de la Durance, 1er trimestre 1832.

[37]

AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de la rive gauche de la Durance, 1er trimestre 1832.

[38]

AD des AHP, op. cit., rapport d’inspection de l’arrondissement de Castellane, 3e trimestre 1834.

[39]

Lire à ce propos Dupont Thierry, Le service des enfants assistés des Bouches-du-Rhône au XIXe siècle, 2004. Le département des Basses-Alpes est en 1851 le principal département nourricier des enfants assistés des B.-du-Rh., avec 1 109 enfants placés. L’arrêté préfectoral du 29 avril 1850 y organise une surveillance permanente de ces enfants grâce à un réseau de médecins-inspecteurs.

[40]

AD des AHP, op. cit., extrait d’un rapport en date du 26 juillet 1848 au préfet des Basses-Alpes.

[41]

AD des AHP, 32J151, hospice de Sisteron.

[42]

AD des AHP, 3X7, rapport d’inspection de la rive gauche de la Durance, 1er trimestre 1832.

[43]

Ibid.

[44]

Ibid.

[45]

Ibid.

[46]

A propos du suivi médical des enfants, lire Catherine Rollet, Les carnets de santé des enfants, Paris, La Dispute/SNEDIT, 2008, 298 p.

[47]

AD des AHP, 3X7, rapport d’inspection départementale, 1868.

[48]

Le recensement de 1866 trahit une diminution de l’accroissement annuel moyen, fait qui concourt à la montée d’un discours populationniste : la France, pour occuper une place prépondérante en Europe doit se montrer forte d’une population nombreuse et combative. Cf. V. de Luca, Aux origines de l’État-Providence. Les inspecteurs de l’Assistance Publique et l’aide sociale à l’enfance, Paris, INED, 2002, p. 46-49.

[49]

AD des AHP, 32J182, billet et ruban.

Plan de l'article

  1. Le constat d’une situation alarmante
  2. La nourriture : le premier soin
  3. L’hospice de Sisteron et les « mères-nourrices »
  4. Les alternatives à la mise en nourrice
  5. Des nourrices « sèches »
  6. « Le lait est trop vieux »
  7. Enfants affamés, enfants mendiants
  8. Vers un sort meilleur ?

Pour citer cet article

Grenut Isabelle, « Des corps à protéger : nourrir les enfants trouvés des Basses-Alpes au cours du XIXe siècle (avant la loi Roussel) », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2011 (N° 4), p. 101-115.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2011-1-page-101.htm


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