Accueil Revues Revue Numéro Article

Revue d'histoire de la protection sociale

2011/1 (N° 4)


ALERTES EMAIL - REVUE Revue d'histoire de la protection sociale

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 135 - 137 Article suivant
1

Madame Claire Bonici, chef de projet ingénierie au Pôle Rhône-Alpes de l’orientation, a soutenu sous la direction de Madame le professeur Nicole Dockès une très originale thèse d’histoire du droit social devant un jury réunissant les professeurs Louis-Augustin Barrière, Lyon III, André Castaldo, Paris II, Norbert Olszack, Paris I et Monsieur Jean-Louis Triboulet, directeur honoraire de l’Assedic des Alpes. La démarche scientifique de cet ouvrage repose d’abord sur un corpus important de sources publiques et privées très bien présentées : les Archives nationales (les rapports du procureur général de Lyon ; le fond du Conseil supérieur du travail et de l’Office du travail), les archives départementales du Rhône : séries M (Travail) et X (Assistance et Prévoyance) ; les fonds communaux lyonnais et ceux de l’Institut régional d’histoire sociale CGT de Lyon. Les sources imprimées font la part belle aux débats parlementaires dans les archives et la bibliothèque de l’Assemblée nationale, aux sources de la Chambre de commerce et d’industrie de Lyon et aux périodiques locaux lyonnais minutieusement dépouillés. La bibliographie qui relève tant de l’histoire nationale que de l’histoire lyonnaise, sollicite tant les historiens du social que les juristes ou les sociologues du travail.

2

L’ouvrage est articulé dans un plan chronologique sur le long XIXe siècle - de la Révolution à 1905 - avec dans chaque partie après l’aspect politique et théorique au plan national, l’étude concrète au plan lyonnais : celui de la plus grande cité ouvrière de province. Les linéaments de l’indemnisation du chômage des Français valides envers laquelle les gouvernements furent longtemps hostiles en raison des principes libéraux énoncés par les Constituants et de la sacralisation de la valeur « travail » mais qu’ils méditent à partir de la Restauration - encore imprégnée de bienfaisance - sont étudiés en deux parties équilibrées après un chapitre préliminaire sur « Le choc du bouleversement révolutionnaire ». L’auteure y analyse notamment un « droit au secours paradoxal » puisque les sans-emploi deviennent titulaires d’un droit au secours, constitutionnel mais théorique, question jadis étudiée par le premier président du conseil scientifique du Comité d’Histoire de la Sécurité Sociale, le recteur Jean Imbert.

3

La première partie, « Le chômage abandonné à la solidarité ouvrière » montre bien comment à partir de 1850, la protection du chômage est un objet d’inquiétude. Une solidarité mutualiste à l’égard des chômeurs tolérée par le pouvoir est alors mise en place. Madame Bonici a su exhumer les originales initiatives entre Rhône et Saône, tels les secours extraordinaires de la société de secours mutuels des chapeliers-approprieurs ou la caisse des typographes ; ces initiatives méconnues des historiens de la mutualité eurent à leur époque un écho national. La seconde partie « L’assurance-chômage soutenue par les pouvoirs publics », initiée avec le nouveau contrat social est articulée autour des débats au sein du Conseil Supérieur du Travail et devant le Parlement. Aussi la loi de finances de 1905 constitue la charte de l’assurance-chômage avec l’octroi de subventions publiques prévues par le décret du 9 septembre. Les expériences rhodaniennes précurseures d’un conseil général et surtout les expériences municipales pragmatiques lyonnaises de Victor Augagneur dès 1903 sont mises en lumière. Le régime juridique original (la prise en charge par des organismes de droit privé (Association pour l’emploi…) genèse de la situation actuelle, trouve dans l’ouvrage son justificatif originel. De solides développements permettent de faire la synthèse sur des questions techniques d’une actualité brûlante : le chômage involontaire, l’ouverture des droits ou la périodicité des secours. D’utiles index ponctuent le travail tout comme les tableaux et les annexes de même que les notices sur les acteurs sociaux insérées dans l’apparat critique sont éclairantes.

4

À travers la recherche, le lecteur peut mesurer combien cette indemnisation a structuré la solidarité ouvrière et a mobilisé le monde politique et le monde social. Cette recherche qui comble une lacune bibliographique a la double qualité d’associer l’étude régionale aux réflexions nationales sur un sujet important pour l’histoire de la protection sociale française. L’auteure a eu un double mérite : d’abord de mener de pair ses recherches et sa rédaction avec une vie professionnelle prenante, ensuite de renforcer dans l’Alma Mater la discipline de l’histoire du droit de la protection sociale.

Pour citer cet article

Vernier Olivier, « L’indemnisation du chômage au XIXe siècle à travers l’exemple lyonnais. Claire Bonici, thèse de doctorat en histoire du droit, des institutions et des faits sociaux, Université Jean-Moulin, Lyon III, 2010, 522 p, internet », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2011 (N° 4), p. 135-137.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2011-1-page-135.htm


Article précédent Pages 135 - 137 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback