Accueil Revues Revue Numéro Article

Revue d'histoire de la protection sociale

2011/1 (N° 4)


ALERTES EMAIL - REVUE Revue d'histoire de la protection sociale

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 43 - 75 Article suivant
1

En réaction au poncif encore véhiculé voulant qu’en matière d’aide aux pauvres, il a fallu attendre loin dans le XXe siècle pour voir se développer l’intervention de l’État, l’historiographie des politiques d’assistance au XIXe siècle en Occident a insisté, à juste titre, sur le caractère fondamental de l’implication des instances publiques dans la mutation des pratiques assistancielles de cette période. L’importance notamment des instances locales a été mise en relief avec éloquence [1][1] Parmi une bibliographie devenue pléthorique, on mentionnera,.... On a cependant moins insisté, notamment au niveau local, sur la portée de la philanthropie privée. À ce titre, Montréal apparaît à la fois comme un cas exemplaire et un cas limite : exemplaire, car on peut voir s’y déployer dans toute sa complexité la réponse « privée » (ici religieuse) aux défis posés par la charité « moderne » ; limite aussi, car dans le cas de cette ville (comme pour le Québec en son entier), la présence des autorités publiques en la matière est quasi inexistante, cas rare en Occident. Jusqu’au début du XXe siècle, en effet, au Québec, à toutes fins pratiques, aucun hospice, orphelinat, hôpital ou asile n’est géré par l’instance publique, et ce, tant au niveau fédéral, provincial que municipal [2][2] À l’exception très partielle des hôpitaux municipaux.... Jusque dans les années 1910, sauf dans le cas de quelques aliénés et enfants abandonnés placés aux frais de la ville, l’autorité municipale à Montréal est pratiquement inexistante du champ de l’assistance. On le verra, le phénomène n’est nullement fortuit. Mais justement pour cette raison, une étude de cas détaillant le déploiement d’un réseau privé d’assistance, et des tensions qu’il cause, nous apparaît particulièrement appropriée à une réflexion d’ensemble sur les conditions de l’assistance au XIXe siècle en Occident. Nos recherches, notamment dans les archives des Sulpiciens de Montréal [3][3] Nous tenons à remercier notamment Marc Lacasse, archiviste..., nous permettent d’examiner de plus près ce processus.

La présence sulpicienne à Montréal et l’organisation charitable : 1657-1839

2

Curieux destin que celui des Sulpiciens au Canada [4][4] Sur l’aventure sulpicienne à Montréal, on consultera.... Association de prêtres vouée avant tout à la formation d’un clergé séculier d’élite, les Sulpiciens [5][5] Saint-Sulpice est une association de prêtres fondée..., peu après leur arrivée au Canada, se retrouvent en possession de l’importante seigneurie de Montréal, et seront bientôt chargés de la cure de la paroisse [6][6] Certes, le fondateur Olier sera aussi chargé de la... qui couvre l’île. Ainsi, c’est à trois titres que la Compagnie de Saint-Sulpice sera appelée à assumer un rôle important dans la prise en charge des pauvres et des malades de la ville et de la campagne environnante.

3

La Compagnie de Saint-Sulpice, comme telle, n’a pas vraiment de vocation caritative, mais elle est née dans le contexte particulier de la Contre-réforme catholique française, toute axée sur la pénitence, la rédemption de soi et des autres, la sollicitude envers les plus faibles. L’image emblématique de Saint-Vincent de Paul surplombe cette période toute particulière. Dans ce contexte, on ne s’étonnera pas de voir Olier fondateur des Sulpiciens participer avec La Dauversière à la fondation de la Société Notre-Dame de Montréal « pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France ». C’est dans cette atmosphère où, charité et mysticisme forment un alliage puissant qu’arrivent les Sulpiciens au Canada. Comme seigneurs, les Sulpiciens exercent aussi une fonction importante dans la logique féodale de prise en charge des misères. Le seigneur n’a pas, comme tel, de rôle charitable, sauf exception [7][7] Par exemple, c’est au seigneur disposant du droit de.... Cependant, de par leur position dominante dans la hiérarchie des pouvoirs et des responsabilités féodales, les seigneurs ont constamment appuyé, par des dons, legs ou cession de terres, le développement des établissements charitables ecclésiastiques (hôpitaux, hospices) [8][8] Sur le rôle des différentes élites sociales dans l’organisation.... Mais la concession de la seigneurie de Montréal à la Compagnie de Saint-Sulpice va placer ces prêtres dans une position de pouvoir (et de responsabilité) très particulière au Canada [9][9] Une autre association de ce type, le Séminaire des....

4

Cette position est encore renforcée par le monopole exercé par Saint-Sulpice sur la cure de la paroisse Notre-Dame, unique paroisse de la ville jusqu’en 1866. Alors que, dans la France du XVIIIe siècle, face à la montée de la philanthropie laïque et du pouvoir royal, les Sulpiciens présideront à la mise en place d’une organisation sophistiquée de l’assistance paroissiale [10][10] Ainsi, en 1777, le curé Terssac publie un ordre d’administration..., le supérieur des Sulpiciens au Canada sera d’office curé de Notre-Dame à partir de 1694. Pasteur des âmes, le curé occupe aussi, comme représentant de l’autorité ecclésiastique au plan local, une position stratégique dans l’organisation communautaire centrée sur la paroisse. Même si on a souvent exagéré le rôle du curé dans l’organisation de l’aide charitable aux temps classiques, il n’est pas rare de voir celui-ci administrer le « bien des pauvres » et gérer les différents legs qui lui ont été confiés au profit des pauvres de sa paroisse.

5

La position des Sulpiciens face à l’organisation charitable au Canada sera étroitement dépendante de ces conditions spécifiques d’implantation et, jusqu’à l’arrivée en 1840 de Bourget à l’épiscopat montréalais, les traits de l’assistance dans la ville de Montréal resteront, grosso modo, les mêmes ; il y aura un paysage charitable dominé par deux grandes institutions héritées de l’âge classique : l’hôtel-Dieu et l’Hôpital général.

6

Sous le Régime français, en ce qui concerne les secours directs dispensés par les Sulpiciens, soit à domicile ou aux portes du Séminaire, la documentation ne nous apprend, à toutes fins pratiques, rien [11][11] Lapointe-Roy Huguette affirme que les Sulpiciens de.... On semble s’être essentiellement reposé, en matière d’organisation charitable à Montréal, sur les services des Hospitalières de Saint-Joseph à l’hôtel-Dieu et des frères Charron de l’Hôpital général. À Montréal, les liens privilégiés qui unissent aux Sulpiciens tant les Hospitalières que les Sœurs Grises, qui succéderont en 1747 aux frères Charron, sont bien connus [12][12] De tels liens unissent aussi le Séminaire avec les.... Si on ne saurait nier l’importance jouée par la Compagnie dans le développement des deux institutions, il est aussi nécessaire de spécifier le type d’interaction qui est en jeu ici.

7

Le XVIIe siècle européen préside au développement accéléré des anciens hôtels-Dieu issus du Moyen Age, développement impulsé par la renaissance de la charité catholique en période de Contre-réforme. À ces institutions, de plus en plus axées sur le soin des malades, viendra s’ajouter, le réseau des hôpitaux généraux, consacrés surtout à l’enfermement des invalides, aliénés et vagabonds, et financés en bonne partie par le pouvoir royal et les municipalités. Ces institutions permettaient de systématiser la prise en charge de la frange à la fois la plus pauvre et la plus volatile des classes populaires à l’ère classique, l’aide traditionnelle à domicile ou les distributions d’aumônes venant compléter le canevas charitable pour les « bons » pauvres.

8

En Nouvelle-France, on ne tardera pas à se doter d’une telle structure institutionnelle, avec l’aide des autorités tant civiles que religieuses. C’est dans ce contexte qu’il est possible de comprendre le rôle des Sulpiciens dans le développement de l’hôtel-Dieu et de l’Hôpital général de Montréal. Ainsi, à la mort de Jeanne Mance, fondatrice de l’hôtel-Dieu, c’est le supérieur des Sulpiciens, Dollier de Casson, qui prendra en charge le bien des pauvres attaché à l’institution, fera les réparations nécessaires, et remettra, par contrat notarié, l’administration du bien des pauvres aux Hospitalières une fois la crise provoquée par la mort de la fondatrice résorbée [13][13] L’acte de remise précise que « le service qu’il (Le.... Le Séminaire augmentera encore la dotation des Hospitalières en terres [14][14] Concession de cent arpents en 1659 (fief Saint-Joseph),... avant la fin du siècle et permettra la constitution de diverses rentes au profit de l’hôpital [15][15] Notamment en 1672, 1682 et 1685. ASSSM, P1-13-13_1-19d,.... Mais les Hospitalières sont pleinement indépendantes financièrement du Séminaire, et n’hésitent pas, le cas échéant, à faire valoir leurs droits [16][16] Ainsi, en 1666, les sœurs demandent à Mgr de Laval.... En fait, hormis une aide ponctuelle, parfois essentielle, notamment en temps de catastrophe, l’appui financier du Séminaire se fera toujours assez discret face à ces deux institutions « mères » que sont l’hôtel-Dieu et l’Hôpital général [17][17] Un regard sur les revenus de l’hôtel-Dieu au XVIIIe.... Par contre, on ne saurait exagérer l’impact de l’autorité ecclésiastique et surtout spirituelle exercée par le Séminaire sur ces deux communautés. Par exemple, les Sulpiciens garderont le monopole de l’aumônerie de ces congrégations des origines jusqu’au milieu du XXe siècle. De même, ils occuperont par intermittence l’importante fonction de supérieur ecclésiastique [18][18] Pour la liste complète des aumôniers et supérieurs... auprès des sœurs de ces communautés. C’est dire que la vie spirituelle des sœurs autant que les règles qu’elles suivent ont constamment été sous la stricte supervision des prêtres du Séminaire.

9

L’histoire de l’Hôpital général de Montréal est un autre bel exemple des interactions complexes entre Saint-Sulpice et le réseau charitable en Nouvelle-France. C’est avec l’appui direct des Sulpiciens que les frères Charron obtiennent l’autorisation royale d’ouvrir un hôpital général à Montréal en 1694. Dès 1688, le Séminaire avait cédé un terrain à cet effet à la Pointe-à-Callière, aux marges de la ville, alors que François Charron investira près de 200 000 livres [19][19] Le supérieur général avait fermement averti ses prêtres... dans la construction de l’Hôpital général. De même, les prêtres du Séminaire pèseront de tout leur poids pour que les autorités civiles entérinent en 1747 le transfert de l’institution à Madame d’Youville et à ses Sœurs Grises [20][20] Normant du Faradon est conseiller spirituel de la fondatrice,....

10

Lorsque le Régime français se termine, les Sulpiciens sont solidement implantés sur le territoire montréalais. En ce qui concerne la prise en charge des pauvres, ils se reposent presqu’exclusivement sur les deux institutions qu’ils ont aidées à mettre en place ou à consolider. Ce sont, en fait, le développement de leur seigneurie et l’action missionnaire qui ont mobilisé l’essentiel des efforts des quelques prêtres de Saint-Sulpice envoyés de France au Canada. La Conquête oblige le Séminaire de Saint-Sulpice de Paris à céder aux Sulpiciens du Canada les titres de propriété de la Compagnie dans la colonie. La période qui s’ouvre en est une d’incertitude, tant pour le clergé canadien en général que pour les Sulpiciens en particulier, dont on mettra périodiquement le statut corporatif en question jusqu’en 1840. Mais au-delà de ces inquiétudes, les prêtres de Saint-Sulpice au Canada réussiront à développer leur seigneurie, au rythme notamment du peuplement de la ville de Montréal. Malgré les difficultés multiples attachées au recouvrement des redevances seigneuriales, le Séminaire réussira finalement à consolider tant bien que mal sa situation financière tandis qu’au plan charitable, le Séminaire continue de s’appuyer essentiellement sur les Hospitalières et les Sœurs Grises pour la gestion des pauvres de la ville [21][21] Comme en ce qui concerne le Régime français, nous ne... tout en s’efforçant de systématiser l’aide aux miséreux non institutionnalisés. Ainsi, en 1763, les Sulpiciens, usant de toute leur autorité morale, convainquent les Hospitalières de rester au Canada. De même, un prêt de 15 000 livres permet aux Sœurs Grises de reconstruire l’Hôpital général après l’incendie de 1765 [22][22] Lahaise Robert, Les édifices conventuels du Vieux Montréal..... De fait, jusqu’en 1840, les rapports du Séminaire avec les deux communautés charitables de la ville s’approfondiront tout en se complexifiant. En effet, une donnée majeure viendra modifier fondamentalement la situation de ces institutions. À partir de 1820, après une disette de fonds qui a duré plus d’une génération, le sulpicien Thavenet réussit à récupérer les sommes énormes représentées par les rentes accumulées par les communautés en France [23][23] Sur cette affaire, voir Paradis Wilfrid H., « Le nationalisme.... Ainsi, l’Hôpital général récupère 162 756 francs et l’hôtel-Dieu 776 899 francs [24][24] Abbé Thavenet, Tableau synoptique des partages. ASSSM,.... Cette importante et inespérée rentrée d’argent rendra les deux hôpitaux relativement à l’abri du besoin pour plusieurs années. Déjà, en 1801, l’état des revenus de l’hôtel-Dieu fait à la Chambre d’Assemblée montre que l’institution ne reçoit à toutes fins pratiques rien du Séminaire [25][25] ASSSM, P1-13-13_1-38-1. Les Hospitalières ne se privent.... En ce qui concerne l’Hôpital général, l’aide du Séminaire est plus palpable. Depuis 1834 au moins, il paie la pension et l’entretien de quarante orphelines irlandaises et de six invalides [26][26] Quiblier à Buller, 9 mai 1838, État de la situation....

11

Mais cette aide, somme toute modeste, ne résume nullement l’ampleur de l’autorité exercée par le Séminaire sur les communautés. On le verra notamment lorsque ces dernières se retrouveront en possession des sommes importantes récupérées par Thavenet. Ainsi, en 1826, les sœurs de l’hôtel-Dieu désirent utiliser cette somme pour reconstruire leur hôpital en périphérie, à la Pointe-Saint-Charles (Domaine Saint-Augustin). Malgré l’accord de Lartigue, futur évêque de Montréal, la ferme opposition des Sulpiciens sera déterminante dans cette affaire [27][27] L’argumentaire détaillé des sœurs ne convainc pas le.... Après l’échec du projet de déménagement, l’hôtel-Dieu devient en fait créancier du Séminaire, et placera une partie de ces fonds en rente due par ce dernier [28][28] Voir notamment ASSSM, P1-13-13_1-51, 54. L’hôtel-Dieu.... Plus encore, le Séminaire se reconnaît le droit d’administrer les biens des pauvres, charge dont il a hérité de la Compagnie des Cents-Associés. Ainsi, lorsque le nouveau supérieur, Quiblier, entre en fonction en 1833, la supérieure des Hospitalières lui rappelle cette obligation : « il est de mon devoir de maintenir, par tous les moyens légitimes, un droit qui est pour vous, le seul moyen de conserver aux pauvres leurs biens, et à notre établissement la tranquillité » [29][29] Supérieure de l’hôtel-Dieu à Quiblier, 9 juillet 1833..... Quelques années plus tôt, la supérieure des Sœurs Grises prie Thavenet d’intercéder auprès du pape pour renverser une décision de Panet, évêque de Québec, mettant la communauté sous la direction de Lartigue : « nous avons toujours été gouvernées tant au spirituel qu’au temporel par le supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal, et toutes nos affaires sont entre leurs mains » [30][30] Supérieure des Sœurs Grises à Thavenet, 23 juillet.... Il nous faut donc insister sur l’importance de ces liens de dépendance entre les communautés charitables héritées de la Nouvelle-France et les Sulpiciens. Ce sont ces liens qui peu à peu auront tendance, on le verra, à se distendre après 1840. Mais dans le Montréal du Régime anglais, les communautés assument une partie essentielle du devoir traditionnel de charité, sous la houlette du Séminaire.

12

Comme association de prêtres, comme seigneur et comme curé, le Séminaire est appelé à ce triple titre à assumer cette dimension de la charité traditionnelle exprimée par l’aumône. Au cœur des rapports de domination paternaliste de l’ordre féodal, l’aumône exprime à la fois la charité du donneur et la soumission du receveur. De fait, elle apparaît bien moins comme une forme systématique d’assistance que comme la confirmation sporadique d’un rapport de solidarité entre le riche et le pauvre, en pays chrétien. À ce titre, elle se présente toujours comme une aide d’appoint à la fois ponctuelle et sporadique, une obole concédée à une population constamment en situation de fragilité. Elle est évidemment l’apanage et le privilège des élites (sauf quand elle prend cette forme collective et indirecte qu’est la quête à l’Église), et apparaît en général comme une forme de gestion du surplus, quand les autres obligations du riche ont été accomplies. Ainsi, lorsque le Séminaire rend compte à Buller, secrétaire du gouverneur Durham, des œuvres accomplies, Quiblier précise que les « aumônes publiques et secrètes […] absorbent ce qui reste des réserves après les charges remplies » [31][31] Lettre déjà citée de Quiblier à Buller, 5 septembre.... Deux formes d’aumônes sont ici privilégiées, soit les aumônes distribuées à la porte du Séminaire, soit les dons consentis par le curé de la paroisse [32][32] Étant donné l’état souvent sommaire des registres,.... À ces pratiques s’ajoute, au moins à partir de la fin du XVIIIe siècle [33][33] Les auteurs ne s’entendent pas sur ceci. Ainsi, Gauthier..., la visite du curé et des vicaires à domicile.

13

On a pu retrouver dans les archives sulpiciennes un registre de l’aide aux pauvres à Montréal datant de la période 1811-1818, soit probablement le plus ancien témoignage de cette pratique très peu connue des historiens [34][34] ASSSM, P1-35-187-1.. Ce document, probablement l’œuvre du curé de Notre-Dame, Candide-Michel Le Saulnier [35][35] Bien que nous n’ayons pas eu le loisir de faire une..., tient surtout de la tenue de livres, touchant divers sujets outre les dons charitables [36][36] Il faut se rappeler que le curé avait été économe du.... On y retrouve des détails intéressants, tels qu’une écriture à la première personne du singulier, qui manifeste qu’il s’agit d’un relevé constitué plutôt pour des fins personnelles [37][37] Cela prend tout son sens dans la compilation des revenus....

14

Bien qu’une analyse détaillée du registre s’avère impossible ici, si nous nous en tenons à la période de 58 mois consécutifs, soit entre mars 1811 et janvier 1816, où nous avons les totaux mensuels des dépenses d’assistance, nous constatons que le curé a déboursé un peu plus de £45 569, soit une moyenne mensuelle de près de £790. Il faut également noter une croissance progressive des dépenses. Quant aux recettes, elles sont assez succinctes et les avances du clergé sont fréquentes. À titre indicatif, en août 1813, les recettes font à peine £15, tandis que le manque à gagner s’élève à plus de £1 286. Les recettes proviennent notamment des aumônes, des troncs et des quêtes, mais également de dons ou legs et de la vente de terrain. En 1814, l’avoir en caisse passe du négatif au positif, surtout après réception d’un legs et la vente d’un terrain. Dans toute cette activité charitable, le Séminaire semble se tenir en retrait, bien qu’il ne soit pas exclu qu’il garantisse ou autorise les avances.

15

La distribution de l’aumône est profondément personnalisée et particularisée : le registre note soigneusement le nom de famille de la personne assistée, en regard du montant précis attribué. Il s’agit ici d’une « aide de proximité », où les bénéficiaires sont intégrés dans un réseau plus ou moins étroit de sociabilité paroissiale, organisé autour du curé (exception faite de certains cas marginaux : Indien, mendiant de passage, etc.) [38][38] Certaines mentions renvoient simplement aux personnes.... La place des femmes est aussi tout à fait remarquable. Il est en effet possible de constater le grand nombre de femmes qui reçoivent de l’aide, veuves ou non [39][39] En corollaire, on peut alors se demander si ce sont.... Les paroissiennes obtiennent surtout une aide ponctuelle pour combler certains besoins de base, plus ou moins récurrents : alimentation et chauffage du logis, voire paiement d’une partie du loyer [40][40] Il est fait mention à plusieurs reprises de pommes.... À quelques reprises, il est question d’assistance à un malade de l’hôtel-Dieu, etc. Évidemment, à cela s’ajoute une aide d’ordre spirituel avec la distribution de chapelets, livres et ce qui semble être la liste de ceux et celles qui ont fait leur première communion aux frais de la cure [41][41] Dans ce cas, nous avons les noms complets, selon le....

16

Le curé est donc au centre d’une pratique quotidienne de distribution d’aumône à la fois personnalisée et récurrente, pratique manifestement insérée au sein des autres activités paroissiales relevant du curé, et exprimant la fonction traditionnelle d’une charité intégrée dans les rapports de déférence. Mais cette pratique charitable peut aussi prendre les couleurs de l’urgence, comme à Montréal, quand commencent à arriver massivement les émigrés irlandais. L’aide d’urgence aux émigrés irlandais s’organise rapidement à partir de 1831, comme nous le montre un autre registre, probablement tenu par le sulpicien Patrick Phelan [42][42] Phelan est un des premiers à soutenir les nouveaux..., détaillant l’aide donnée au cours de la période qui va de 1831 à 1842 [43][43] ASSSM, P1-19-42.. Il s’agit d’un document plutôt hétéroclite, à l’image d’une population en pleine mutation. Il témoigne des moments heurtés de la prise en charge de la minorité immigrante pauvre qui surgit brusquement au Bas-Canada, dans le contexte politique difficile qui mène aux Rébellions de 1837-1838. Remarquablement, les premières formes d’assistance documentées par le registre se démarquent de l’aumône traditionnelle. Ici, l’échange de biens de subsistances contre une prestation d’un travail donné s’inscrit dans la lignée des intentions réformatrices de la Confrérie du Bien public, que l’on analysera plus loin. Le document est peu loquace sur les modalités de cette assistance par le travail. On mentionne tout au plus quelques noms d’entreprises ou de « foremen » [44][44] Il s’agit de ces responsables d’unités de travail qui... ou on précise l’assignation à une tâche particulière, par exemple, le cassage de pierre. Nous ne sommes pas en mesure de savoir, à partir du registre, si ces personnes sont célibataires ou mariées, même s’il paraît y avoir un intérêt marqué pour la compilation du nombre d’enfants pour chaque personne assistée [45][45] Pour les femmes, on fait mention du statut des veuves.... De plus, lorsqu’il y a distribution de nourriture en plus de l’assistance par le travail, ce sont les femmes qui sont visées [46][46] Le plus souvent, ce sont des pommes de terre, qu’on.... Graduellement, les formes classiques de distribution remplacent l’assistance par le travail dans le registre. Par ailleurs, les années 1820 président à l’amorce d’un développement nouveau. Diverses associations se mettent en place pour cibler des clientèles particulières en besoin d’assistance, comme les femmes âgées ou les filles repenties. Le Séminaire appuiera ces initiatives soit par le prêt d’une maison ou par d’autres formes d’assistance ponctuelle. De fait, deux types de problèmes se posent dans la ville en pleine expansion, problème que la simple aumône ponctuelle ne peut régler : certains types de population demandent une prise en charge spécifique, une expertise qui dépasse le mandat d’assistance inscrit dans les chartes des communautés existantes. C’est pourquoi les dames de l’élite montréalaise se mobiliseront pour mettre en place, sur une base volontaire, de petites institutions visant ces populations [47][47] Sur ce point, voir Fecteau Jean-Marie, Un nouvel ordre....

17

Mais plus encore, il est un segment de la population de plus en plus présent, à mesure que la ville s’agrandit et que l’immigration vient grossir le rang des pauvres : il s’agit des mendiants et pauvres valides, errant dans les rues sans travail et sans pain. Naguère, les Sulpiciens parisiens avaient expérimenté une première forme de prise en charge de ces populations. L’« Ordre d’administration » de l’aide au pauvre, mise en place par le curé de Terssac en 1777 a justement pour but non seulement d’organiser l’aide à domicile, mais aussi de mettre au travail les pauvres, sous la surveillance charitable des visiteurs et des bonnes dames du quartier. Il s’agit du pendant catholique des multiples initiatives philanthropiques développées à partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle en France et bien documentées [48][48] Voir entre autres Duprat Catherine, Pour l’amour de.... Ici, l’objectif est moins de soulager les misères que de s’assurer de la répartition adéquate des fonds, et surtout de la valeur morale des assistés.

18

C’est dans cette longue lignée de projets utopiques, souvent fondés sur la contrainte au travail et sous couleur de philanthropie, qu’il faut replacer la (courte [49][49] Nous n’avons retrouvé que le « Code de la confrérie...) histoire de la Confrérie du Bien Public à Montréal. Cette association ciblait les faubourgs de la ville, et mobilisait un groupe de laïcs sous la direction des missionnaires des faubourgs : il s’agissait, « non seulement de soulager les misères corporelles des pauvres, mais encore de leur faire éviter l’oisiveté et tout le mal qui s’ensuit ». On s’efforçait ainsi d’empêcher le vagabondage des filles et des garçons, notamment en envoyant les enfants des pauvres à l’école et en intervenant auprès des familles dont le mari était ivrogne. Tout le document respire cette méfiance du pauvre valide, toujours susceptible de flouer la bonne volonté du riche, mais tout aussi aisément manipulable. Mettre au travail (en fournissant les produits de fabrication) au lieu de distribuer l’aide de façon indiscriminée, et décerner des « récompenses » savamment dosées fera que « par ce moyen on aura la confiance et l’affection des pauvres bons et industrieux dont on fera ce qu’on voudra » [50][50] Il en est de même des enfants qui, proprement encouragés,.... Quant aux pauvres infirmes et malades, « les associés […] leur parleront de Dieu, leur feront des remontrances douces et charitables sur leur conduite passée si elle a été mauvaise et les engageront à se réconcilier promptement par une bonne confession avec Dieu dont la main les frappe ».

19

Évidemment, ces pratiques se voulant nouvelles ne peuvent que faire long feu, devant la grande misère des faubourgs comme de la ville, surtout après l’arrivée massive des immigrants dans les années 1830, et face à la difficulté de mobiliser les bonnes âmes du quartier de façon durable. Il faut aussi prendre en compte la quasi impossibilité d’assurer un contrôle du travail du pauvre hors les murs d’une maison de travail, sans parler de la lourde gestion impliquée par la mise en place d’une filière de production, de la fourniture du matériel à sa mise en marché.

20

En 1837, le Séminaire est revenu plus ou moins à ses pratiques traditionnelles d’assistance. Ainsi, lorsqu’il est question de rouvrir, pour l’hiver, la maison d’industrie de Montréal, mise en place de façon éphémère en 1817, le comité nommé pour examiner cette éventualité fera directement allusion, en le déplorant, au mode d’assistance privilégié par le Séminaire : It is a recommendation to the Reverend Gentlemen of St-Sulpice to (dismantle ?) hereafter the system of alms-giving at the Seminary. With no desire to question the judgment with which these gentlemen have distributed their bounty, it cannot nevertheless be denied that a community having control of large funds a part of which is with commendable humanity set aside for the purposes of charity must of itself naturally create and continue a host of dependants. Indolence and want of forethought are too common to require the encouragement that is held out by the knowledge that a body of excellent men stand over ready to protect people from the consequences of their own follies [51][51] Montreal Transcript, 3 octobre 1837..

21

Ainsi, à l’aube des années 1840, au-delà des quelques velléités de « modernisation » des modes d’assistance, le Séminaire appliquait consciencieusement la charité des anciens, fondée essentiellement sur l’aumône et le support ponctuel à un réseau minimal d’institutions d’internement.

La charité en ville ou l’apogée et le début du déclin de l’aide sulpicienne : 1840-1910

22

1840 marque une année charnière à plusieurs titres. En effet, après des années de tractations avec les autorités coloniales, le Séminaire réussit enfin à obtenir, du Conseil spécial du Bas-Canada, une charte d’incorporation qui reconnaît ses titres seigneuriaux et lui permet de commuer les tenures. La charte confirme le Séminaire en tant que corporation ecclésiastique à but religieux. Pour la première fois, l’aide aux pauvres est ajoutée aux objets de l’association [52][52] 30 Victoria (1840), c. 30, art. 2 : « le soutien des.... Cette année 1840 correspond bien sûr aussi à l’Acte d’Union entre le Haut et le Bas-Canada (les provinces actuelles de l’Ontario et du Québec), qui fait suite à l’écrasement des Rébellions dans les deux colonies et à une reconfiguration majeure des rapports de force dans les possessions britanniques au Canada. Enfin et surtout, c’est à cette date que l’ultramontain Ignace Bourget [53][53] Pour une biographie récente de l’évêque montréalais,... arrive à la tête de l’évêché de Montréal.

23

L’historiographie s’accorde à dire que c’est à partir de ce moment que se développera vraiment la mission philanthropique du Séminaire [54][54] « It was […] after the rebellions of 1837-38 that their.... De fait, l’ordonnance d’incorporation met en place les conditions d’une croissance assez phénoménale des ressources financières de Saint-Sulpice au Canada [55][55] La loi permet en effet de vendre des terrains, auparavant.... Le Séminaire aura enfin les moyens de planifier et de concevoir un système d’assistance viable à Montréal, système apte à contrer les effets nocifs de l’industrialisation rapide dont on sent déjà, dès la décennie 1840, les premières manifestations. Tout est donc en place pour que le Séminaire devienne éventuellement un acteur majeur de l’assistance, grâce au support de l’évêque Bourget : Il y a ici de bons catholiques à conserver dans la ferveur, de mauvais chrétiens à convertir, des apostats à ramener dans le sein de la foi, des milliers de protestants à faire entrer dans le giron de l’Église et une multitude de peuplades infidèles à évangéliser. Il faut pour remplir dignement ces grandes œuvres beaucoup d’ouvriers zélés et infatigables. Il faut, je crois, pour se les procurer, que quelqu’un batte la marche ; et que quelque exemple frappant donne l’élan à toutes ces œuvres qui, sans cela, pourraient languir bien des années. Qui sait si Dieu ne voudrait pas se servir de moi, tout indigne que j’en suis, pour opérer ce mouvement [56][56] Lettre de Bourget à TRP Roothaan, Général de la Compagnie... ?

24

Bourget, en arrivant à la tête du diocèse de Montréal, hérite certes du lourd contentieux accumulé par son prédécesseur, Lartigue, avec les Sulpiciens [57][57] Il est cependant révélateur que la célèbre querelle.... Mais l’après-rébellion pose des problèmes d’une toute autre envergure. La vision qui hante Bourget est celle d’un pasteur assiégé de toutes parts, tant par les nouvelles valeurs politiques, tendanciellement religieuses, que par l’offensive prosélyte des protestants, dans une colonie où les forces vives de la collectivité francophone et catholique viennent d’être militairement écrasées et politiquement marginalisées.

25

L’évêque ultramontain voit dans le libéralisme, mais aussi dans la « licence » des mœurs qui s’ensuit, le danger principal : « C’est surtout la ville qui doit être remuée dans tous les sens, pour en déraciner l’immoralité, l’ivrognerie, le luxe, l’indifférence pour les devoirs religieux chez les gens de la haute classe surtout » [58][58] Bourget à Prince, 14 janvier 1847, Archives de la Chancellerie.... Mais ce que d’autres conservateurs constatent avec une résignation passéiste et vaguement nostalgique devient pour Bourget un aiguillon, un défi et lui inspire un programme de rénovation morale de grande ampleur. Rénovation qui d’ailleurs, malgré ce que laisse entendre la précédente citation, s’adresse en toute priorité aux classes populaires, premières victimes de cette époque délétère dans laquelle le monde vient d’entrer.

26

En effet, Bourget, très vite après son arrivée à l’épiscopat, va concevoir un projet et un programme : la seule façon de contrer les effets nocifs de la modernité est de lui opposer une sociabilité nouvelle, toute faite de solidarité et de charité, où le peuple serait étroitement encadré par une élite religieuse à la tête d’un puissant réseau d’institutions de prise en charge des malheurs modernes, dont au premier chef l’ignorance et la pauvreté. Cet idéal, loin d’être utopique, a pour l’évêque Bourget un modèle concret, la France du renouveau religieux. Il écrit de France : Je vois que la religion tend ici une main secourable à toutes les misères de la pauvre humanité ; et qu’elle enfante d’admirables Institutions pour fournir des ressources de tout genre à l’homme en quelque situation qu’il se trouve ; et cela pour le rendre vertueux en l’arrachant à la misère ; Maternités, Berceaux ou Crèches, Salles d’asiles, hospices généraux ou particuliers ; écoles externes, pensionnats, ateliers, prisons, pénitentiaires, communautés de toute couleur, voilà le grand spectacle qu’offre aujourd’hui la France qui, d’une main tient le glaive pour se défendre des […] iniquités qui l’inondent, et de l’autre la truelle avec laquelle elle élève tant de magnifiques monuments, tant de forteresses imprenables et qui vont sauver la génération qui se forme. Il y a partout un travail immense et il s’opère une régénération complète. Le Clergé est merveilleusement secondé par des laïcs à foi vive et à grand dévouement, qui se font les héros de la religion qu’ils professent hautement et dont ils sentent tout le bonheur. Nous aurons tout cela, s’il plaît à Dieu de me faire arriver à bon port [59][59] Bourget à Prince, 10 décembre 1846, ACAM, 901.055,....

27

Pour contrer les « temps mauvais » [60][60] De fait, la ville n’est que l’incarnation d’une époque..., il entend imposer son programme à un rythme accéléré, voire à marche forcée, à tout son clergé. Cette même année 1846, il formule à Billaudèle, le nouveau supérieur des Sulpiciens montréalais, les objectifs à suivre, dont : « 5° Changement d’administration dans la conduite et le soin des pauvres.

28

7° Nouveaux moyens à prendre pour donner plus de développement et d’extension à l’hôtel-Dieu, à la Congrégation et à l’Hôpital-Général […]

29

14° Des salles de refuges pour les filles qui cherchent du service. Attention aussi aux couturières.

30

15° Des salles pour les petits enfants dont les mères gagnent leur vie à la journée » [61][61] Bourget à Billaudèle, 14 mai 1846, ACAM, RLB vol. 4,....

31

La division de l’immense paroisse de Notre-Dame, qui déchirera le clergé montréalais pendant encore 30 ans, n’est en fait qu’un aspect du grand œuvre entrepris par Bourget pour régénérer Montréal, comme il le fait bien sentir au nouveau supérieur : Par cet arrangement (division de la paroisse), les mêmes établissements religieux pourraient servir à ces diverses paroisses, ce qui donnerait moyen d’en former de nouveaux pour leur confier les nouvelles œuvres qui deviennent indispensables dans une grande ville où les besoins se multiplient sans fin, où l’on ne saurait guère y remédier autrement que par des Institutions [62][62] Le même au même, 13 juillet 1846, ACAM, RLB vol. 4,....

32

Les historiens ont bien noté le contraste frappant entre l’enthousiasme de Bourget et la froideur de la réaction sulpicienne [63][63] Sylvain Philippe et Nive Voisine, Histoire du Catholicisme.... Certains Sulpiciens justifieront leur manque d’ardeur à appuyer Bourget par les contraintes stipulées par leur nouvel acte d’incorporation : Nous sommes très gênés par l’arrangement avec le gouvernement, qui nous fixe l’emploi de nos revenus [et] nous défend de les employer à d’autres œuvres […] Nous ne pouvons donc contribuer aux entreprises de Monseigneur qu’indirectement, par aumône, souscriptions ordinaires et non autant qu’il serait à désirer [64][64] Comte à Carrière, 27 janvier 1848, citée dans Lapointe-Roy,....

33

En clair, ce sont les traditions gallicanes des Sulpiciens qui les empêchaient de partager la passion diocésaine du prélat ultramontain [65][65] Toute l’histoire de cette résistance peut s’interpréter.... Plus encore, on l’a vu, leur implication dans la prise en charge des pauvres à Montréal, au-delà de velléités de réforme, relevait d’une vision fort traditionnelle de l’assistance, fondée tant sur la distribution des aumônes que sur l’appui ponctuel aux anciennes institutions d’internement, soit l’hôtel-Dieu et l’Hôpital général. Dans ce contexte, l’ardeur réformatrice d’un Bourget ne pouvait que les placer en porte-à-faux entre une pratique discrétionnaire de distribution d’assistance et l’intégration dans un réseau renouvelé d’institutions, sous la gouverne de l’évêque. Dit autrement, toute « innovation » ne pouvait que profiter au pouvoir diocésain, au détriment de l’autonomie paroissiale, dont les Sulpiciens avaient toujours joui au Canada.

34

Des témoignages, plus ou moins étouffés, de cette attitude se retrouvent dans les lettres du supérieur général des Sulpiciens, Courson, à Bourget au cours de ces années cruciales : Dieu nous a maintenus à Montréal, au milieu des orages qui ont fait disparaître les autres établissements ecclésiastiques, nous aimons cette Église que nos pères ont fondée, nous ne reculons pas devant les peines et les sacrifices, pour lui en être utiles. Mais il ne nous serait pas permis de compromettre notre plus précieux héritage, les habitudes et l’esprit de paix et de charité [66][66] Courson à Bourget, 3 mars 1847, ACAM 901.137, 847-1.....

35

Bourget n’avait évidemment que faire de cet héritage fondé sur les « habitudes » [67][67] C’est évidemment plutôt de changement dont il est question.... Pour le bouillant évêque montréalais, la retenue du Séminaire relève davantage de la pusillanimité que du respect des traditions : Je crois qu’il eut été facile au Séminaire de s’attacher par des liens indéfectibles qui sont engagés au service du diocèse pour aider les Pasteurs ordinaires. Je suis forcé d’avancer qu’il n’a pas su profiter des avantages que lui donnait sa position. Mais je comprends que ses préjugés contre l’Évêque ont pu et dû peut-être lui faire voir dans ces Auxiliaires des hommes capables de diminuer l’influence du ministère pastoral [68][68] Bourget à Billaudèle, 27 mai 1850, ACAM, RLB vol. 6,....

36

C’est dans ce contexte que l’évêque Bourget va peu à peu se résigner à agir seul [69][69] Ce qu’il avoue d’ailleurs sans fard au directeur général.... Dans cet esprit, il rédige un mémoire, en 1849, demandant au gouvernement d’incorporer les évêques, de façon à les mettre à même de développer un réseau d’assistance moderne sans grever inutilement l’État : Il est donc de la sagesse du gouvernement qui certainement ne voudrait ni se charger du soin des pauvres, ni les voir mourir dans les chemins, de prendre les moyens sûrs de parer à l’un et à l’autre de ces deux inconvénients. Or, un des moyens à prendre serait celui que suggèrent les évêques requérants, en demandant à être incorporés pour pouvoir acquérir tout ce qui leur sera donné pour les œuvres diocésaines [70][70] Mémoire de Bourget à l’appui de la pétition des évêques....

37

La mise en place du réseau « moderne » d’assistance à Montréal est indéniablement le fait du remarquable activisme de Bourget [71][71] Le processus en s’est évidemment pas produit sans heurts :.... Mille indices, on le verra plus loin, témoignent du caractère réel et concret de la réticence des Sulpiciens aux perturbantes initiatives de l’évêque pro-actif [72][72] Cette réticence a évidemment été notée pas les contemporains..... L’éloignement physique de l’évêque en titre avant la création du diocèse de Montréal avait laissé, de fait, tout le terrain de l’action sociale aux Sulpiciens et aux communautés, dont ils avaient la direction spirituelle et parfois temporelle. En ce sens, la présence de Bourget comme autorité ecclésiastique suprême sur le territoire ne fait que corriger une relative anomalie. Mais ce retour « à la normale », où l’action du curé et de tous les corps religieux se fait sous la houlette de l’évêque, se produit justement dans un contexte de réforme qui rend plus brutale encore la marginalisation du Séminaire dans la politique d’assistance conçue à l’évêché. Est-ce à dire que, si le Séminaire perd à partir de cette époque le contrôle du développement du réseau assistanciel, il est possible de parler dorénavant de déclin de son rôle en ce domaine ? L’histoire, comme toujours, est beaucoup plus complexe…

38

De fait, à partir des années 1840, le développement fulgurant du réseau d’assistance catholique montréalais, sous la houlette de Bourget, pose à l’action sulpicienne de nouveaux défis. En premier lieu, le paysage institutionnel se transforme profondément, avec l’apparition d’institutions de prise en charge à la fois diversifiées et réseautées. La croissance exponentielle des communautés administrant ces institutions est phénoménale : si les communautés anciennement implantées comme les Sœurs Grises et les Hospitalières connaissent un développement à la fois quantitatif et géographique remarquable, elles sont désormais accompagnées par de nombreuses autres, apparues au cours des dernières années. Plus encore, au sein de ce réseau fermement tenu en main par l’Église, d’autres intervenants se pointent : d’abord des philanthropes comme Berthelet, qui n’hésiteront pas à mettre une partie de leur fortune souvent nouvellement acquise au service des ambitions charitables de l’évêque de Montréal ; mais aussi les pouvoirs publics, qui en viennent à financer certaines parties du réseau (asiles, écoles de réforme et d’industrie, etc.). De chaque côté de la barrière confessionnelle qui structure de plus en plus clairement le système de soins montréalais, une véritable effervescence, émulée par la concurrence entre fois religieuses, se fait sentir au cours de cette seconde moitié du XIXe siècle. C’est dans ce contexte de mutation profonde qu’il faut replacer l’action sulpicienne, à commencer par sa forme la plus patente : l’aide financière.

39

Ainsi, tout au long de la période, le Séminaire allouera des sommes importantes à l’assistance, comme l’attestent toute une série de registres de comptabilité financière. Manifestement, les outils de la tenue de livres se sont développés rapidement, en fonction de besoins administratifs particuliers, mais sans véritables lignes directrices communes. Nous nous retrouvons avec une pléthore de registres traitant plus ou moins des mêmes périodes et éléments, provoquant certains recoupements qui rendent l’analyse assez difficile [73][73] Les renseignements statistiques pour une même source.... Dans les années 1980, des historiens comme Brian Young et Huguette Lapointe-Roy ont fourni un premier éclairage sur le financement de l’assistance aux pauvres par le Séminaire. Dans l’un et l’autre des cas cependant, les analyses s’arrêtent dans les années 1870, à l’aube d’une nouvelle ère, où le démembrement de la paroisse Notre-Dame témoignera à la fois du déplacement et de l’accroissement des populations dans le besoin. Par ailleurs, Brian Young a bien démontré les facteurs expliquant la hausse assez fulgurante des revenus du Séminaire après l’incorporation de 1840.

40

En fait, la seconde moitié du XIXe siècle est témoin d’une croissance importante de l’aide financière allouée par les Sulpiciens aux démunis. On constate aussi une relative systématisation de l’organisation de cette assistance, qui en vient à suivre quatre canaux principaux :

  1. Le supérieur, dispose d’un montant discrétionnaire de quelques centaines de dollars à chaque année [74][74] Pratique attestée dans les registres consultés à partir... ;

  2. Une partie des fonds de la procure va aux « souscriptions et bonnes œuvres » [75][75] Il s’agit du registre le mieux tenu et celui qui a... ;

  3. Un nouveau personnage, l’aumônier des pauvres (parfois aussi dénommé « distributeur des aumônes dans les registres), aura la charge, à partir de 1843, de la distribution d’une allocation annuelle consacrée aux pauvres par le Séminaire ;

  4. Enfin, le curé lui-même se voit attribuer un montant annuel discrétionnaire aux mêmes fins [76][76] Le registre intitulé « Argent donné au curé pour les....

41

Dans le développement de la pratique philanthropique des Sulpiciens à partir des années 1840, deux types principaux d’assistance peuvent être relevés. D’abord, les « souscriptions » constituent des fonds affectés surtout (mais pas exclusivement, il s’en faut) aux institutions charitables. Certaines institutions, comme l’Hospice Saint-Joseph, l’Hospice Saint-Charles, l’Asile Nazareth pour les aveugles et la Maternité des Sœurs de la Miséricorde, bénéficient d’allocations annuelles pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle. Les souscriptions aux institutions charitables se stabiliseront autour de 5 000$ par année [77][77] À partir de 1890, les souscriptions pour la Cathédrale.... Le Séminaire en viendra tout de même à subventionner directement une partie importante du réseau institutionnel caritatif à Montréal.

42

Mais le gros des fonds alloués va cependant à l’« aumône », terme générique qui couvre autant l’aide à domicile, la distribution de produits et de soins que l’aide ponctuelle à certaines institutions [78][78] La démarcation n’a pas toujours été claire. Ainsi,.... Ce terme ancien masque mal le processus en cours de rationalisation des méthodes d’assistance. L’aide directe aux individus (appelée « secours manuels » dans les registres) occupe dorénavant une place assez marginale. Est dorénavant privilégié le paiement direct aux fournisseurs (boulangers, bouchers, fournisseurs de bois, tailleurs, etc.) [79][79] Cette pratique est à mettre en parallèle avec le développement.... L’analyse de séries statistiques dispersées en de multiples registres nous apprend par exemple que, pour l’année 1890-1891 [80][80] L’année budgétaire se termine à la fin octobre., l’ensemble des souscriptions représentent un montant de 4 842$, dont 3 290$ vont aux institutions charitables et 450$ en montant discrétionnaire confié au supérieur. Au cours de la même période, l’aumônier des pauvres pour la paroisse Notre-Dame a dépensé 5 035$ en aumônes, dont 1 228$ en nourriture, 433$ en chaussures, 250$ en médicament et 657$ pour le paiement de loyers. Les « secours manuels » représentent la somme de 735$. Ce profil de financement demeurera relativement stable tout au long de la période. L’allocation de l’aumônier pour les pauvres de la paroisse sera annuellement de 4 000$ jusqu’en 1904. À partir de cette date, cette allocation diminuera rapidement à 2 000$ [81][81] Le dernier registre retrouvé, soit les « Comptes de....

43

En somme, les aumôniers des pauvres contrôlent le gros de l’assistance aux pauvres dispensée à Montréal par les Sulpiciens tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle. D’après les chiffres disponibles [82][82] Nous utilisons ici le « Compte-rendu de l’aumônier..., entre 1874 et 1880, les recettes de l’aumônier totalisent 82 590$, soit une moyenne de 11 799$ par année [83][83] Au cours de ces années, les montants confiés à l’aumônier.... L’apport du Séminaire dans ces recettes compte pour 81,5 %. Les revenus résiduels proviennent surtout des quêtes et des aumônes et objets vendus par les pauvres. Les dépenses, pour leur part, sont de plusieurs types soit, par ordre d’importance : nourriture (souvent de la farine, du pain, du sel, des pois et du lard), bois, loyer, argent, vêtements, souliers et autres produits et objets, notamment pour les malades.

44

Certes, les montants impliqués sont nettement supérieurs à ceux investis avant 1840. Mais les montants plafonneront globalement dans la décennie 1870, autour de 15 000$ par année, soit à peu près 8 % de la moyenne des revenus annuels de Saint-Sulpice pour la période 1840-1915 [84][84] Il s’agit ici d’un maximum qui comprend les souscriptions.... De plus, cette aide, dispensée surtout en produits de base, est répartie inégalement au sein du réseau institutionnel montréalais. Le livre de compte du procureur entre 1833 et 1900 révèle que, si l’éventail des institutions montréalaises financées ponctuellement s’élargit considérablement à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, le Séminaire cherche toutefois à maintenir un bassin assez restreint d’institutions soutenues régulièrement. Cette pratique se fera notamment au détriment d’acteurs importants du réseau, tels que les Sœurs de la Providence. À part une aide modeste accordée à l’institution à ses débuts, il faudra attendre les années 1860 pour que la situation évolue et que le Séminaire commence à donner périodiquement tout au plus quelques centaines de dollars [85][85] Parfois, il s’agit simplement de quelques dizaines.... C’est très peu comparativement à ce que reçoivent les Sœurs Grises [86][86] C’est donc à juste titre que Huguette Lapointe-Roy.... À titre indicatif, pour la seule année financière 1889-1890, un montant de 5 453$ a été remis à ces dernières, dont 1 526$ pour aide à la communauté et l’Hôpital général, 3 677$ pour certaines de leurs institutions (l’Hospice Saint-Charles, l’Hospice Saint-Joseph, l’Asile Nazareth et l’Hôpital Notre-Dame) et 250$ pour les soins des pauvres aux dispensaires de l’Hospice Saint-Joseph et de l’Hôpital Notre-Dame [87][87] ASSSM, P1-26-221-1, P1-26-260-2 et 264-2 et 3..

45

Quant à la pratique d’assistance sur le terrain, le Séminaire s’efforcera de réformer ses pratiques de distribution de l’aumône au début des années 1840. L’intention première semble bien être de mieux centraliser et coordonner la cueillette des dons et la dispensation de l’aide. C’est ainsi qu’est produit en 1840 un « Plan proposé par M. de Charbonnel pour un bureau pour les pauvres » [88][88] ASSSM, P1-35-18_6-1.. Il s’agit en fait d’une reprise légèrement modifiée, du modèle administratif des Sulpiciens mis en place à Paris en 1777 [89][89] On sent aussi une inspiration des bureaux des pauvres.... Ce bureau ciblait « les infirmes, les honteux, les pauvres honnêtes et surtout bons parents » [90][90] ASSSM, P1-35-18_6-1. « Pour les connaître, le bureau.... L’assistance envisagée, sur le plan matériel (une aide spirituelle était aussi prévue), devait se faire « en nature tant que possible ». Les revenus devant provenir des « souscriptions, troncs, donations, legs, quêtes, bazars et autres générosités des fidèles », aucun financement direct du Séminaire n’était donc prévu dans ce projet. Cependant, les Sulpiciens devaient nommer les premiers officiers du bureau, ceux-ci devant par la suite être élus par l’assemblée générale de l’organisme. De fait, une bonne partie de la pratique reposait sur les « dames » occupant les fonctions diverses de trésorières ou sous-trésorières, quêteuses, visiteuses, distributrices et inspectrices [91][91] En fait, le document est remarquablement discret sur..., ceci sous la direction du directeur, du secrétaire et du trésorier. Les récipiendaires et le type d’assistance à apporter relevaient de ces assemblées, après rapport des visiteurs ou enquêteurs.

46

Contrairement aux autres velléités de réforme organisationnelle déjà énoncées, le projet de bureau de charité fut de fait mis en opération, du moins pour une brève période [92][92] L’analyse qui suit est fondée sur le registre du « Bureau.... Ce bureau semble avoir profité des services d’une personne salariée. En fait, malgré les intentions initiales, près de 40% du revenu proviendra du Séminaire, 30% de quêtes et le reste de dons personnels. La distribution de l’aide suit le modèle de dispensation des aumônes décrit plus haut, l’essentiel étant consacré à la fourniture de produits de base.

47

On peut faire l’hypothèse que l’organisation d’un bureau chargé de recueillir les fonds de particuliers et de gérer l’assistance s’est avérée trop lourde, pour une tâche qui pouvait être assumée par un seul homme, l’aumônier des pauvres. En fait, l’appel à la bonne volonté et à la disponibilité des dames de la bonne société pour les œuvres charitables tenait très peu compte des capacités réelles de ces dernières à assurer un suivi réel auprès des pauvres. Les dames charitables trouveront plutôt leur vocation principale, si ce n’est dans l’administration de certaines institutions (comme l’Orphelinat catholique à ses débuts), surtout dans l’action bénévole, en vue de trouver des fonds pour les véritables ouvrières de la charité, soit les religieuses.

48

Un deuxième projet (lui aussi basé sur le « modèle » parisien de 1777) visait, tout à la fois, le placement du sans-travail, la distribution (à moitié prix, pour ne pas inciter aux abus) du pain, des pensions au vieillard et à l’infirme, incapable de payer le prix diminué, le soin des malades à domicile, la fourniture de lait et de farine aux enfants pauvres, le paiement d’une partie du loyer des veuves, la distribution de matériel pour la fabrication auprès des femmes (couture surtout), la distribution de cartes de pain, la visite des malades pauvres par les sœurs (la visite des médecins est aussi souhaitée) et enfin la mise en apprentissage. Le supérieur Quiblier, à qui ce document est attribué, souhaite toujours que la distribution des secours soit confiée aux « Dames » assistées des Sœurs de Charité [93][93] Document intitulé « Secours », daté de 1846, ASSSM,....

49

La production de ces vastes projets caritatifs au cours des années 1840, organisés autour de la même unité administrative, généralement appelée « Bureau de charité » ou « Bureau d’administration », relève toujours de l’utopie libérale de réforme des pauvres et vise le redressement moral des conduites. La réalisation de cette utopie philanthropique repose ici exclusivement sur une mobilisation des bonnes âmes, sous le contrôle étroit des hommes d’Église, qui s’efforcent de copier ce qui ailleurs a été fait la plupart du temps par les autorités publiques (en Europe notamment), absentes des projets ici analysés [94][94] On retrouve dans les archives sulpiciennes deux projets.... Ces projets feront long feu, et feront place, dès 1848, à l’encadrement local assuré par la Société de Saint-Vincent de Paul, fondée avec le ferme appui de Bourget [95][95] Pour le Québec, voir Vaillancourt Éric, La Société....

50

Ce qui semble tout de même être resté de toutes ces tentatives de réforme est une meilleure organisation de la distribution des fonds consacrés par les Sulpiciens aux œuvres charitables et aux pauvres. À la fin de la décennie 1840, il existait une aumônerie des pauvres dans la paroisse, avec un responsable pour chacun des groupes ethniques catholiques, soit les Canadiens et les Irlandais [96][96] La distinction entre Canadiens et Irlandais n’est pas.... Hormis les dons directs des aumôniers (la plupart du temps en nature, voir plus haut), on semble avoir utilisé les dépôts des pauvres ouverts par les Sœurs Grises pour l’Ouest de Montréal et par les Sœurs de la Providence pour l’Est [97][97] À cet effet, la paroisse était divisée en district..... C’est probablement le résultat le plus concret tiré du projet par ailleurs utopique de Quiblier [98][98] Une lettre de Bourget à Prince, son administrateur,.... À titre d’exemple, pour 1847 et 1848, un document atteste que l’aumônier a déboursé Ð576 pour la fourniture de pain, habillement, bois et argent, en tant que « secours accordés aux pauvres à domicile et répartis par l’aumônier dans les deux bureaux placés le 1er chez les Sœurs Grises et le 2e chez les Sœurs de la Providence » [99][99] ASSSM, P1-13-13_2-26-1. Document non signé, probablement....

51

On le voit par ce dernier exemple, un aspect important de cette prise en charge du pauvre est la visite à domicile. Dès 1843, l’évêque Bourget presse le supérieur du Séminaire de confier cette tâche aux Sœurs Grises [100][100] « Le Séminaire verrait-il quelques avantages à ce que.... Il revient à la charge en 1846 auprès de son successeur, Billaudèle [101][101] Bourget à Billaudèle, 19 septembre 1846, ACAM, RLB.... Peu à peu, les Sœurs Grises, avec les Sœurs de la Providence, développeront, parfois avec réticence, une pratique de plus en plus systématique de visite à domicile. La division géographique est-ouest proposée par Bourget sera respectée, quitte à subir ultérieurement des modifications mineures [102][102] Ainsi, en 1885, l’évêque Fabre redéfinit, avec l’accord.... On se retrouve donc, dans la seconde moitié du XIXe siècle avec une série de mesures parallèles d’intervention ou de secours auprès des familles ouvrières (Saint-Vincent de Paul, visites à domiciles des religieuses, aumônerie des Sulpiciens), mesures plus ou moins coordonnées par un évêché constamment en butte à l’indépendance des Sulpiciens ou des communautés.

52

Cependant, on l’aura deviné, la distribution des aumônes ne résume aucunement la complexité des rapports entre le Séminaire et les communautés de religieuses. En effet, on a vu l’importance que joue, dans la prise en charge des pauvres, les liens privilégiés entre le Séminaire et les deux plus anciennes communautés charitables de la ville. Ces rapports étroits seront durement mis à l’épreuve après 1840, et ceci de plusieurs façons.

53

L’époque préside d’abord à la dissolution des liens d’ordre seigneurial entre le Séminaire et ces communautés. En ce qui concerne les Sœurs Grises, Brian Young nous décrit les termes généreux consentis par Saint-Sulpice : réduction du taux de commutation sur la maison mère, usage de la rente constituée au profit des orphelins hébergés par la communauté, etc. [103][103] Young Brian, In its Corporate Capacity, op. cit., p..... Dans le cas de l’hôtel-Dieu, un incident fort révélateur contribuera à refroidir les relations entre les deux entités religieuses [104][104] Cet incident est aussi, selon nous, à mettre en relation.... Le 30 septembre 1862, les Sœurs Hospitalières s’entendent avec le Séminaire, par contrat notarié, afin de régler une partie du droit de quint revenant au Séminaire après la commutation des trois seigneuries de la communauté. Cette entente avait été faite sous la menace du Séminaire de faire casser le jugement antérieur du tribunal seigneurial sur la question, décision qui aurait entraîné pour les Sœurs de l’hôtel-Dieu des coûts beaucoup plus élevés. Or, la cour ayant décidé, quelques années plus tard, d’entériner la position du tribunal seigneurial en regard de la réclamation d’un autre détenteur de fief dans la même situation, les sœurs, sur le conseil de Bourget, décident de réclamer au Séminaire la somme de 1 613$ [105][105] La lettre de Bourget est datée du 4 décembre 1870,.... Le montant est relativement modeste, mais il illustre bien les relations d’affaires qu’entretiennent désormais des communautés devenues de véritables puissances financières. Cela étant dit, cette affaire révèle aussi le statut particulier qu’entend conserver la communauté en tant que protectrice des pauvres. Les reproches de sœur Allard au supérieur Baile sont ici révélateurs : Le Séminaire ne peut profiter du strict droit d’une transaction extorquée par la crainte et la surprise pour retenir la somme de 1 613$ et les intérêts que lui a payés notre communauté en sus de ce qui lui revenait légalement […] L’hôtel-Dieu étant une institution de charité a bien quelque droit d’être plus favorisé que de riches propriétaires d’arrières-fiefs qui jouissent paisiblement de leur indemnité et qui par conséquent sont mieux traités que de pauvres religieuses qui sacrifient toute leur existence pour le soulagement de toutes les misères de la vie [106][106] Sœur Allard à Baile, 19 janvier 1872, ASSSM, P1-13-13_1-89-1.....

54

Un autre facteur remettant en question les liens entre le Séminaire et les communautés réside dans le développement exponentiel de ces communautés à partir des années 1840. Déjà, au début de cette décennie, Bourget sent le besoin de systématiser le contrôle exercé par l’autorité ecclésiastique sur ces organismes. Il propose donc au Séminaire de nommer un supérieur pour chacune des communautés traditionnellement sous la gouverne des Sulpiciens [107][107] « En formant le projet de multiplier la vigilance sur.... Il est clair cependant que ceux-ci ne sont consultés que par convenance. Bourget affirme péremptoirement qu’il entend appliquer coûte que coûte cette réforme [108][108] « Si pourtant vos règles répugnent à ce nouveau mode... et, après avoir relancé le supérieur deux ans plus tard, ne reviendra plus sur cette question [109][109] Bourget à Quiblier, 6 mai 1842, ACAM, RLB vol. 2, p.....

55

Cependant, les besoins de gestion touchent aussi les conditions d’expansion géographique des communautés. Ici aussi, c’est Bourget qui prend l’initiative. La question se pose de façon particulièrement urgente pour les Sœurs Grises, à qui on demande d’ouvrir des fondations à divers endroits. Bourget a, en fait, comme projet de contrôler ce développement en donnant aux communautés les mêmes règles qui président aux rapports entre la maison générale de Saint-Sulpice à Paris et les maisons subsidiaires. C’est à ce titre qu’il écrit au supérieur en 1845 : Les raisons qui vous ont fait goûter le projet de mettre sous l’entière dépendance de la communauté de Montréal les maisons qui pourront s’établir par la suite sont les mêmes pour celles qui sont déjà établies. Je dois vous informer que ça [sic] toujours été mon plan comme celui des Sœurs, parce que je suis convaincu que de petites communautés isolées ne peuvent que végéter et périr. Que si on ne met sur ce pied que les maisons futures, il y aura entre elles et les maisons actuelles une bigarrure malsonnante et décourageante [110][110] Bourget à Quiblier, 18 mai 1845, ACAM, RLB, 2, p. .... En ce qui concerne les Sœurs Grises, il faudra attendre 1854 pour que des règles précises d’ouverture de succursales soient adoptées [111][111] Ces règles, très contraignantes pour les communautés.... On voit que les Sulpiciens ont toujours été associés aux problèmes posés par l’expansion des communautés, dont ils avaient été historiquement responsables, mais que désormais les décisions d’importance sont fermement entre les mains de l’évêque.

56

Il ne faudrait toutefois pas conclure au dépérissement des relations spirituelles, si importantes, entre le Séminaire et les communautés. Tout au contraire, l’époque abonde en témoignages, qu’on aurait bien tort de qualifier de circonstanciels, de fidélité et d’allégeance des sœurs envers les Sulpiciens. Ainsi, c’est sur les insistances des Sœurs Grises que Bourget proposera à Quiblier sa nouvelle formule de nomination de directeurs ecclésiastiques [112][112] Sœur Beaubien à Bourget, 20 novembre 1840, ACAM, 525-013,.... Deux ans plus tard, la supérieure est encore obligée de s’excuser du fait que certaines de ses religieuses ont osé demander à l’évêque de revenir sous le giron des Sulpiciens : « elles m’ont dit que la raison qui leur faisait demander d’être remises sous la conduite du Séminaire n’était autre que celle d’être conduites par un corps dont l’esprit étant toujours le même ne saurait être sujet au changement » [113][113] Sœur Beaubien à Bourget, 23 avril 1842, ACAM, 525.103.... La même préoccupation est notable chez les Hospitalières, préoccupation exacerbée peut-être par les relations souvent difficiles entre elles et le Séminaire au cours de ces années. L’« affaire » du déménagement de l’hôtel-Dieu est ici particulièrement parlante, et éclaire les complexes et souvent subtiles tractations entre les groupes religieux en cause. À la fin des années 1850, il est devenu de plus en plus clair que le vieil hôpital de la rue Saint-Paul, en plein centre-ville de Montréal, n’est plus adéquat.

57

Déjà, on l’a vu, les Sulpiciens avaient fait avorter un premier projet de déménagement, plus de 30 ans auparavant. Cette fois, on ne s’étonnera pas de voir Bourget prendre l’initiative et vanter au Supérieur les vertus du déménagement nécessaire des Hospitalières [114][114] Bourget à Granet, 30 avril 1859, ACAM, RLB vol. 10,.... À l’automne, les Sulpiciens opposent un refus officiel à la demande des Hospitalières de pouvoir rebâtir sur leur terrain de la Providence (leur emplacement actuel).

58

Le Séminaire a résolu, pour satisfaire à ce qui paraît être pour le Séminaire son devoir de conscience, de refuser son consentement à la translation de l’hôtel-Dieu à la Providence, translation qui devant être suivie bientôt de la suppression de l’Hôpital Saint-Patrice ne laisserait plus subsister pour tout Montréal qu’un seul hôpital catholique placé loin du centre de la population [115][115] Granet à sœur Pagé, 19 novembre 1859, ACAM, 525.102,....

59

Ce qui aurait été impensable une génération auparavant se produit alors : l’assemblée des sœurs se prononce majoritairement, malgré l’opposition des Sulpiciens, en faveur du déménagement. Comme l’explique sœur Pagé au sulpicien Granet, « s’il nous eut été libre de suivre les penchants de nos cœurs nous aurions préféré de beaucoup rester dans votre voisinage garder une terre où nous étions si heureuses à l’ombre de votre maison, mais nous avons cru que la volonté de Dieu nous demandait de si pénibles sacrifices. Ce qui les adoucit un peu c’est la pensée que vous voudrez bien nous garder toujours, nous et nos œuvres, sous votre direction et assistance » [116][116] Sœur Pagé à Granet, 2 décembre 1859, ACAM, 525.102,.... La lettre est accompagnée d’une supplique, signée par l’ensemble des religieuses, demandant de pouvoir rester sous la « direction » du Séminaire : C’est donc un dessein évident de la divine providence que nous dépendions à jamais du Séminaire, que nous en recevions le mouvement et la vie pour nous et nos œuvres, et qu’il nous soit comme essentiel d’être nourries, animées, vivifiées par l’Esprit de Saint-Sulpice dans les enfants de Mr Olier [117][117] Hospitalières de l’hôtel-Dieu à Granet, 2 décembre....

60

Quelques années plus tard, la querelle autour de la séparation de la paroisse fait craindre aux Sœurs que le Séminaire n’en profite pour « laisser la portion de la paroisse où notre hôpital est situé, et d’abandonner par là-même la direction de notre établissement ». C’est pourquoi, dans une autre supplique, on prie les Sulpiciens d’avoir « la charité de nous garder toujours sous votre charge [afin qu’en] nous mettant à jamais sous la protection et direction de Saint-Sulpice, vous assuriez à notre communauté un moyen permanent et efficace de nous conserver dans la sainteté de notre vocation » [118][118] Sœur Mance à Bayle, 15 juin 1867, ASSSM, P1-13-13_1-70-2.....

61

Enfin, encore en 1886, après la pénible affaire de la réclamation à propos du droit de quint, la supérieure sentira le besoin de renouveler le témoignage d’allégeance de sa communauté envers le Séminaire : S’il y a eu de ces circonstances pénibles où nous avons paru méconnaître un instant la grandeur de nos obligations filiales envers le Séminaire, que vous dirai-je, mon Père ? Pardonnez-nous… Le cœur n’était pas coupable, et ce cœur de notre Communauté comprend mieux que jamais combien sont sacrés et inviolables les liens par lesquels il a plu au Seigneur d’unir l’hôtel-Dieu de Saint-Joseph au Séminaire de Saint-Sulpice [119][119] Sœur Saint-Louis à Colin, 18 juin 1886, ASSSM, P1-.... Pour leur part, les Sœurs Grises se verront aussi dans l’obligation de déménager plus en périphérie de la ville. Mais, cette fois, les Sulpiciens ne semblent pas avoir fait objection, et vendent même aux sœurs le terrain où sera construit le nouvel Hôpital général [120][120] Il faut dire que l’Hôpital général ne constituait pas.... Il recevra évidemment, en la circonstance, l’appui enthousiaste de Bourget : Si le Séminaire juge à propos de se charger de diriger les Sœurs Grises dans cette voie d’améliorations et de développement, comme j’ai dirigé les Sœurs de l’hôtel-Dieu, ma tâche sera finie, et je me ferai un bonheur de voir le Séminaire ajouter à des grandes œuvres celle de mettre le comble aux bienfaits qu’il n’a cessé d’accorder à cette excellente communauté, en lui donnant une nouvelle vie [121][121] Loc. cit. Le Séminaire rejettera tout de même l’idée....

62

Au début des années 1870, deux des trois principales communautés religieuses à vocation charitable de la ville ont quitté le centre-ville de Montréal. En parallèle, d’autres communautés sont apparues, avec lesquelles, cependant, le Séminaire n’entretiendra que des rapports sporadiques. Si la tiédeur du Séminaire face aux Sœurs de la Providence, fondées sous l’impulsion de Bourget, est bien connue, il faut noter que bien d’autres communautés nouvellement apparues à Montréal ne recevront de l’aide (sauf une contribution financière ponctuelle, tel qu’analysé plus haut) que par le biais de l’action individuelle d’un sulpicien. Ainsi, Arraud jouera un grand rôle dans l’accueil des Sœurs du Bon-Pasteur, qui le considéreront comme leur « premier fondateur » [122][122] Lettre circulaire des Sœurs du Bon-Pasteur, 1er décembre.... C’est aussi à partir d’une initiative personnelle, celle du sulpicien Picard, que seront fondées les Petites Servantes des Pauvres, responsables du Refuge de la Passion pour les jeunes filles à la recherche de travail [123][123] L’espace nous manque pour détailler l’histoire de cette.... Il est depuis longtemps manifeste que c’est l’évêché qui, dorénavant, contrôle le développement (effréné…) des fondations religieuses dans le diocèse.

63

Bien sûr, le financement des œuvres et les liens avec les communautés religieuses n’épuisent aucunement à la fois la richesse et la complexité des modes d’insertion de la dynamique sulpicienne dans l’implantation et le développement du réseau d’assistance montréalais de la deuxième moitié du XIXe siècle. Notamment, le fait que Saint-Sulpice est une association de prêtres et non une communauté signifie, entre autres choses, que chaque sulpicien jouit d’une relative autonomie dans les champs d’action investis ou les formes d’appui données aux œuvres. La chose s’avère d’autant plus vraie que la maîtrise du développement du réseau charitable repose de plus en plus fermement sur les épaules de l’évêque. De plus, l’accroissement du nombre de sulpiciens les met à même, à titre individuel, d’agir plus efficacement.

64

Évidemment, l’intervention à titre individuel des Sulpiciens n’a rien de vraiment nouveau [124][124] À titre indicatif, le sulpicien Bailly tracera les.... Mais cette action, loin de ralentir, va s’intensifier après 1840. Par leurs talents ou leurs intérêts particuliers, grâce parfois à leur fortune personnelle, certains Sulpiciens joueront un rôle important dans le développement institutionnel que connaît Montréal à cette époque. Rappelons aussi le rôle discret mais si important des aumôniers des pauvres qui dispensent les fonds mis à leur disposition par le Séminaire. L’histoire des Musart et des Villeneuve, par exemple, est trop peu connue [125][125] Lapointe-Roy Huguette consacre une page à la biographie.... En fait, l’action personnelle de certains Sulpiciens est étroitement liée aux postes stratégiques qu’ils vont occuper. Et c’est en s’appuyant sur leur statut de curé de la paroisse que deux parmi les principaux acteurs de la charité sulpicienne agiront.

65

Il est difficile de sous-estimer l’importance d’un Victor Rousselot dans le développement du réseau d’assistance. Curé de Notre-Dame pendant plus de 16 ans (1866-1882) et de Saint-Jacques jusqu’à sa mort (1882-1891), il est quasi omniprésent dans le champ de l’assistance pendant toute cette période. Il fonde notamment l’Asile Nazareth pour les aveugles en 1861 et met en place les premières garderies pour enfants dont les mères travaillent. En 1881, il trouve à ses frais un logement pour l’Orphelinat Saint-Jérôme-Émilien et garantit, sur sa fortune personnelle, le mobilier et l’équipement du premier Hôpital Notre-Dame en

66

1883. En 1888, Rousselot est aussi l’artisan de l’arrivée à Montréal des Frères de Saint-Gabriel, qui prendront en charge le Patronage Saint-Vincent de Paul [126][126] Divay Stéphane, Le Patronage Saint-Vincent de Paul.... Le curé de Saint-Patrice, Patrick Dowd, occupe une place centrale dans l’aide aux Irlandais catholiques. Curé de sa paroisse pendant 44 ans (1847-1891), son action est au cœur du développement des deux plus importantes institutions de prise en charge des pauvres irlandais, soit l’Asile des orphelins Saint-Patrice (1851) et le Refuge Sainte-Brigitte (vers 1866).

67

D’autres Sulpiciens, sans assumer la charge de curé, seront remarquablement actifs en matière sociale. On se contentera ici de mentionner le nom d’Eustache Picard, fondateur en 1851 de l’Union de Prières, association de secours mutuels permettant aux associés de financer les funérailles des membres décédés, et qui comprendra jusqu’à 25 000 membres. Rappelons que Picard sera également à l’origine de la fondation des Petites Servantes des Pauvres, qui tiendront le Refuge de la Passion [127][127] Mention doit aussi être faite à un personnage moins.... En somme, on notera que la plus grande partie des institutions qui doivent pratiquement leur création au Séminaire impliquent des Sulpiciens agissant à titre personnel [128][128] L’espace nous manque ici pour documenter les péripéties....

68

Mais l’implication de Saint-Sulpice dans le développement du réseau peut prendre aussi plusieurs autres formes, et la variété des modes d’intervention de Saint-Sulpice dans l’organisation de la charité « publique » ne s’arrête pas là. Ainsi, tout au long de la période, l’attribution par le Séminaire de fonds plus ou moins discrétionnaires est un élément important, voir vital, pour l’avenir de certaines institutions. Mentionnons, pour mémoire, les 800$ par année attribués à l’Hospice Saint-Charles ou les 40 000$ dévolus à la reconstruction du Refuge Sainte-Brigitte. Cette implication peut aussi prendre d’autres formes matérielles : concession de terrain, location de maison à taux préférentiels [129][129] Par exemple, notons le bail emphytéotique consenti..., etc. En d’autres occasions, les Sulpiciens devront prendre le contrôle des finances de certains établissements ou associations en crise, comme ce sera le cas pour l’Union de Prières à partir de 1876 [130][130] Plus précisément, dans ce cas, le conseil d’administration.... Il pourra arriver que le Séminaire doive prendre à sa charge l’entretien de la clientèle hébergée. On a vu que c’est le cas depuis longtemps pour l’hôtel-Dieu (orphelins) et l’Hôpital général (invalides), mais des institutions comme le Patronage Saint-Vincent de Paul profiteront aussi de ce type de mesure.

69

Beaucoup plus rarement, on verra le Séminaire, comme entité, à l’origine de certaines associations, comme l’Association de protection de l’enfance, fondée en 1843 pour favoriser l’instruction des enfants pauvres [131][131] Prospectus, ASSSM, P1-35-10_1-1. En matière charitable.... Young mentionne aussi la création d’une banque d’épargne, qui aurait opéré de 1856 à 1876 [132][132] Young Brian, In its Corporate Capacity, op. cit., p..... D’autres exemples illustrent le complexe réseau de mesures et d’initiatives à la source de la mise en place d’une institution charitable donnée. Prenons le cas du Patronage Saint-Vincent de Paul. Le Séminaire cède le terrain sur lequel il sera construit, mais ce sont les Frères de Saint-Gabriel qui assumeront la dette encourue pour la réparation des bâtiments qu’ils reçoivent et le paiement des taxes, des frais de mobilier, de l’entretien et des autres réparations. Cependant, le Séminaire leur cède les intérêts de la dette sous forme d’allocation. Dans le cas d’abandon par les Frères, le Séminaire pourra donner une compensation pour les améliorations éventuellement apportées aux bâtiments. Enfin, le Séminaire se garde la direction spirituelle de l’institution [133][133] Contrat du 22 octobre 1895, ACAM, 515.106, 895-2. On....

Le retrait…

70

En 1886, le rapport de la visite canonique déclare qu’« au premier coup d’œil jeté sur les œuvres de la Paroisse Notre-Dame, on y remarque sous plusieurs rapports une grande complication ». Plus spécifiquement, le rapport déplore que « la multiplication des œuvres nuit à la prospérité de chacune et impose au clergé paroissial une somme considérable de travail superflu » [134][134] Voisine Nive, « Éducateurs et pasteurs, 1836-1899..... À cette époque, le constat n’est certes pas applicable seulement au clergé sulpicien de la paroisse. On a vu que le Séminaire lui-même est impliqué à plusieurs titres dans l’organisation, le financement ou le soutien d’un réseau d’institutions charitables de plus en plus vaste et complexe. De fait, le supériorat général de Paris lui-même finit par s’inquiéter. Un extrait de l’assemblée générale des Sulpiciens montréalais stipule, en date du 14 novembre 1902, que « Monsieur le Supérieur général de Paris ayant exprimé le désir que les œuvres différentes de celles des séminaires soient partiellement abandonnées […] le Con seil se prononce pour l’abandon des différentes communautés » [135][135] ACAM, 465.101, 902-6. Un an plus tard, une décision.... Dans le même mouvement, le Séminaire se retire aussi de la cure de la paroisse Saint-Patrice. Mais les objurgations des communautés semblent avoir eu effet, puisque les Sulpiciens resteront leurs confesseurs pendant une longue période. Le supérieur Lecoq sera même supérieur ecclésiastique des Sœurs Grises de 1904 à 1926 [136][136] Le Séminaire répond pourtant en 1903 par une fin de....

71

Cependant, le retrait sulpicien du champ de l’assistance apparaît comme irréversible dès la fin de la première décennie du XXe siècle. Ainsi, les registres de l’aumônier des pauvres se terminent en 1911. Il semble bien que la réorientation vers l’œuvre des Séminaires soit bien réelle [137][137] De fait, nous n’avons pu documenter avec précision....

Au delà de la césure public/privé, les enjeux de l’assistance à l’ère libérale

72

On pourrait considérer l’analyse qui précède comme la description plus ou moins exotique du mode d’insertion d’une association religieuse (ici les Sulpiciens) dans l’organisation de la charité privée d’une ville coloniale au XIXe siècle. Ce constat est, de fait, partiellement vrai. En laissant aux Églises et aux philanthropes le contrôle à toutes fins pratiques exclusif de la distribution et de la gestion de l’assistance aux pauvres, les autorités publiques québécoises (tant étatiques que municipales) ont consacré une situation assez unique en Occident, où la plupart des nations « modernes » avaient mis en place (ou développé) une infrastructure publique minimale en la matière (des Poor Laws anglaises et américaines à l’assistance publique française).

73

Mais nous soutenons aussi que le cas montréalais exposé ici, si singulier soit-il par l’absence radicale de l’instance publique, constitue une fenêtre privilégiée sur les enjeux de l’assistance en phase d’industrialisation rapide. Montréal, au cours de la période sous étude, est devenue la métropole du Canada. Dans cette grande ville industrielle comme ailleurs en Occident, le peuple ouvrier est soumis à la fragilité de l’ordre salarial et à la dissolution au moins partielle des formes anciennes de solidarité. Du coup, c’est tout le réseau institutionnel et paroissial existant, voué à la prise en charge de la misère traditionnelle, qui est soumis à des pressions inédites, à des besoins d’une ampleur jamais vue, à cette incertitude fondamentale en une ère démocratique où les anciennes formes paternalistes et individuelles de solidarité, réunies sous la figure principale de l’aumône, apparaissent brutalement obsolètes, voire pernicieuses. Sans même l’intervention de l’État, le cas montréalais montre à la fois la radicalité et la complexité de la réponse des élites urbaines. Là prennent sens la fébrilité de l’évêque Bourget, son impatience devant les réticences des Sulpiciens à bousculer les pratiques établies, son sens aigu de l’urgence induite par ces « temps mauvais ». Même laissée aux initiatives du privé et des Églises, la réponse n’en sera pas moins fulgurante, et la mutation des pratiques et des institutions fondamentales. La « gouverne » des pauvres exigera désormais des pratiques de gestion aptes à affronter l’ampleur et la croissance constante des besoins. N’en déplaise à Foucault, la prise en charge de la pauvreté passe moins par le contrôle des corps et la manipulation des esprits (même si les velléités de mise au travail des années 1830-1840, ici comme ailleurs, révèlent à cet effet les pulsions réformistes des élites) que par la mise en place d’un réseau institutionnel d’hébergement à la fois stable et remarquablement diversifié, en fonction de la variété comme de la récurrence des besoins. Ce réseau institutionnel complexe, entouré d’un glacis d’associations pratiquant, au sein des familles, l’aide de proximité (dont la Société de Saint-Vincent de Paul est l’exemple cardinal du côté catholique), constitue un immense défi financier et organisationnel, impliquant les actions imbriquées d’une foule d’intervenants. Bouleversement des pratiques et des institutions qui implique une série de mesures radicales : la mobilisation d’un personnel, dans le cas montréalais les nombreux représentants des communautés religieuses, adéquatement formé à une prise en charge intégrée des clientèles ; la sollicitation ciblée des bonnes âmes philanthropiques capables de financer la construction comme la maintenance des différentes institutions et la mise en place de structures de financement capables d’assurer une continuité minimale aux opérations de prise en charge. L’ensemble de ces dispositifs forment comme la forme privée de manifestation une nouvelle rationalité gestionnaire que l’historiographie a trop souvent réservée à l’intervention étatique ou publique. Le fait est que l’action étatique n’est qu’une des formes que prendra la mutation de l’assistance au XIXe siècle, forme dont le cas de Montréal montre que certaines sociétés ont pu, au moins temporairement, se dispenser. L’organisation religieuse participe évidemment de plain pied à cette marche forcée vers la modernité charitable. Comme le signalait naguère Olivier Faure [138][138] Faure Olivier, « Les religieuses hospitalières entre..., reléguer l’action des religieux au cours de cette période à l’obscurantisme passéiste ne fait strictement aucun sens ; c’est au contraire comme partenaires stratégiques du nouvel ordre bourgeois qu’ils interviennent sur la scène charitable de la seconde moitié du XXe siècle. L’« exception » québécoise ne réside donc pas ici dans l’importance de l’action des Églises, mais dans le faible rôle parallèle (ou complémentaire) exercé par les instances publiques [139][139] Cette démonstration est faite plus au long dans Fecteau.... Dans l’ordre des choses charitables éminemment mouvant qui se met en place à l’époque, il est en effet possible de discerner une tendance centrale au partage des tâches entre une prise en charge des cas lourds d’assistance, nécessitant un personnel et un financement à la fois systématique et stable, par l’instance publique, et la profusion des pratiques qui, au niveau de la société civile, s’adressent aux milles manifestations de la pauvreté « ordinaire » au sein des familles, tant au plan des formes de distribution que des modes d’internement. C’est, pour une bonne part, l’histoire du développement plus ou moins intégré de ces pratiques au niveau municipal qui reste à faire. Le cas de Montréal n’en apparaît dans ce contexte que plus remarquable, car ici un réseau charitable sera monté de toute pièce sous l’égide de l’Église, et ce, en attendant que l’essoufflement de cette dynamique organisationnelle impose, au début du XXe siècle, l’adoption de solutions nouvelles impliquant l’instance publique [140][140] La mesure majeure demeure la loi d’assistance publique,....

Notes

[1]

Parmi une bibliographie devenue pléthorique, on mentionnera, pour l’Angleterre, Humphreys Robert, Sin, Organized Charity and the Poor Law in Victorian England, London, Macmillan, 1995 et, pour la France, Marec Yannick, Bienfaisance communale et protection sociale à Rouen (1796-1927) : tomes I et II, Paris, La Documentation française, 2002.

[2]

À l’exception très partielle des hôpitaux municipaux mis en place en temps d’épidémie.

[3]

Nous tenons à remercier notamment Marc Lacasse, archiviste du Séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, pour sa collaboration et son aide.

[4]

Sur l’aventure sulpicienne à Montréal, on consultera avec profit Deslandres D., Dickinson J. et Hubert O. (dir.), Les Sulpiciens de Montréal. Une histoire de pouvoir et de discrétion 1657-2007, Montréal, Fidès, 2007.

[5]

Saint-Sulpice est une association de prêtres fondée par Jean-Jacques Olier en 1645, au cœur de la Réforme catholique, avec pour but tant l’évangélisation des campagnes et autres contrées que la formation de prêtres. Il s’agit d’une association libre, les membres de celle-ci n’ayant pas le statut de religieux, ne faisant pas de vœu et gardant la propriété de leurs biens. Pour un historique récent, voir Molac Philippe, Histoire d’un dynamisme apostolique : la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, Paris, Cerf, 2008.

[6]

Certes, le fondateur Olier sera aussi chargé de la cure de la paroisse Saint-Sulpice, qui donnera son nom à l’association de prêtres, mais cette tâche sera toujours incidente à l’histoire de la Compagnie. Il en est tout autrement au Canada.

[7]

Par exemple, c’est au seigneur disposant du droit de haute-justice à s’occuper, traditionnellement, des enfants trouvés. Ainsi, les Sulpiciens exercent cette charge au Canada, du moins théoriquement, jusqu’en 1694, date à laquelle le roi rattache ce type de justice à son pouvoir. D’Allaire Micheline, Les communautés religieuses de Montréal. Vol. 1 : Les communautés religieuses et l’assistance sociale à Montréal 1659-1900, Montréal, Méridien, 1997, p. 89.

[8]

Sur le rôle des différentes élites sociales dans l’organisation de la charité au Moyen Age, on pourra consulter Mollat Michel, Les pauvres au Moyen Age, Paris, Complexe, 2006.

[9]

Une autre association de ce type, le Séminaire des Missions étrangères, installé à Québec, aura une histoire contrastée : contrairement aux Sulpiciens de Montréal, il perdra rapidement la cure de la ville. De plus, la seigneurie dont il est doté se trouve en dehors de Québec.

[10]

Ainsi, en 1777, le curé Terssac publie un ordre d’administration pour le soulagement des pauvres de la paroisse de Saint-Sulpice qui détaille l’organisation de l’assistance. Cette initiative, on le verra plus loin, aura un écho au Canada, voir Michel Portal, « Monsieur de Terssac et l’assistance aux pauvres », De pierre et de cœur, l’église Saint-Sulpice : 350 ans d’histoire, Paris, Cerf, 1996, p. 77-92. Nous remercions notre collègue Sherry Olson pour cette référence.

[11]

Lapointe-Roy Huguette affirme que les Sulpiciens de Montréal aidaient les pauvres depuis les origines en s’inspirant de l’organisation de l’ordre d’administration de 1777, attribué erronément par l’auteure à Olier. Elle ne cite cependant aucun document en appui à cette assertion. Voir Lapointe-Roy Huguette, Charité bien ordonnée : le premier réseau de lutte contre la pauvreté à Montréal au XIXe siècle, Montréal, Boréal, 1987, p. 30.

[12]

De tels liens unissent aussi le Séminaire avec les Sœurs de la Congrégation, dans le domaine éducatif.

[13]

L’acte de remise précise que « le service qu’il (Le Rogois, supérieur canadien) avait bien voulu rendre aux Pauvres du dit hôpital depuis trois ans ne devait tirer à aucune conséquence puisque ce qu’il y avait fait n’avait été que par le pur motif de la charité et que sans ses grands soins et les grands profits qu’il a fait au dit hôpital non seulement il serait entièrement ruiné mais que les dites hospitalières qui ne peuvent subsister que par le soutien de cet hôpital en souffriraient beaucoup et seraient absolument inutiles au [sic] Montréal ». Archives du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal (dorénavant ASSSM), P1-13-13_1-20.

[14]

Concession de cent arpents en 1659 (fief Saint-Joseph), deux cents en 1666 (fief Saint-Augustin) et quatre cents en 1668 (fief Saint-Joachim). ASSSM, P1-13-13_1-10, 16 et 18.

[15]

Notamment en 1672, 1682 et 1685. ASSSM, P1-13-13_1-19d, 24c et 26b.

[16]

Ainsi, en 1666, les sœurs demandent à Mgr de Laval d’intercéder pour que les Sulpiciens rendent à Jeanne Mance le surplus des rentes perçues en son nom par ceux-ci. ASSSM, P1-13-13_1-17-2. Quelques années plus tard, l’Assemblée des consulteurs du Séminaire à Paris fait face à une réclamation sur un prêt consenti par Jeanne Mance en 1652 (pour la rondelette somme de 22000 livres). L’assemblée propose de rembourser en terres [ASSSM, P1-13-13_1-23c]. Rappelons enfin que l’autonomie des communautés fait, que les Sulpiciens ne contrôlent aucunement l’affectation du personnel des institutions charitables. C’est ainsi que le supérieur de Queylus échouera dans sa tentative d’installation des Augustines de l’hôtel-Dieu de Québec à Montréal, en lieu et place des Hospitalières. Sur cette affaire, voir Campeau Lucien, « Mgr de Laval et les Hospitalières de Montréal (1659-1684) », L’hôtel-Dieu de Montréal (1642-1973), Montréal, HMH, 1973, p. 103-124.

[17]

Un regard sur les revenus de l’hôtel-Dieu au XVIIIe siècle démontre bien ce fait. Voir Du-charme Jacques, « Les revenus des Hospitalières de Montréal au XVIIIe siècle », L’hôtel-Dieu de Montréal (1642-1973), op.cit., p. 209-245.

[18]

Pour la liste complète des aumôniers et supérieurs généraux sulpiciens de ces deux communautés, voir Gauthier Henri, Sulpitiana. Montréal, Bureau des Œuvres paroissiales de Saint-Jacques, 1926.

[19]

Le supérieur général avait fermement averti ses prêtres de Montréal de s’en tenir à une aide purement spirituelle : « Qu’on fasse une union spirituelle avec les Frères Charon ou Hermites [sic], qu’on se charge de leur conduite, de leur règlement de vie, qu’on leur donne des avis : très bien, mais c’est assez ». Cité dans Caulier Brigitte, « Les “Messieurs” de Saint-Sulpice en Nouvelle-France, 1657-1759. Introduction ». Les Prêtres de Saint-Sulpice au Canada. Grandes figures de leur histoire, Sainte-Foy, Presses de l’Université Laval, 1992, p. 14.

[20]

Normant du Faradon est conseiller spirituel de la fondatrice, et rédigera les premières règles de la Communauté. Le supérieur général de Paris fera jouer son influence auprès du roi pour faire avorter le projet de Bigot de fusionner les deux hôpitaux généraux de Nouvelle France, en 1750, la fondatrice des Sœurs Grises étant perçue par l’évêque et l’intendant tel un instrument des Sulpiciens. Voir Lacelle Claudette, « Dufrost de Lajemmerais, Marie-Marguerite », Dictionnaire biographique du Canada : vol IV, 1771-1800, Toronto et Ste-Foy, Presses de l’Université de Toronto et de l’Université Laval, 2000.

[21]

Comme en ce qui concerne le Régime français, nous ne disons rien ici de l’activité traditionnelle du Curé envers les pauvres de sa paroisse. En effet, rien ne nous prouve que le Séminaire procède à l’assistance à domicile, du moins avant 1810. On en est réduit à conjecturer que cette aide, si elle existait, n’était que ponctuelle.

[22]

Lahaise Robert, Les édifices conventuels du Vieux Montréal. Aspects ethno-historiques, Montréal, HMH, 1980. p. 70 et 435.

[23]

Sur cette affaire, voir Paradis Wilfrid H., « Le nationalisme canadien dans le domaine religieux. L’affaire de l’abbé Thavenet », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 7, n° 4, mars 1954, p. 465-482 et vol. 8, n° 1, été 1954, p. 3-24.

[24]

Abbé Thavenet, Tableau synoptique des partages. ASSSM, P1-21-21_13-15-H.

[25]

ASSSM, P1-13-13_1-38-1. Les Hospitalières ne se privent d’ailleurs pas de le signaler aux Sulpiciens, exprimant dans une supplique de mars 1826 « le désir et ferme confiance que vous leur accorderez seulement l’espérance de vos charitables services à leurs égards, et celui de leurs pauvres, comme vous avez fait jusqu’à présent sans aucune gêne ni engagement de votre part que votre bonne volonté ». ASSSM, P1-13-13_1-50-1.

[26]

Quiblier à Buller, 9 mai 1838, État de la situation concernant le Séminaire. ASSSM, P1-21-21_19-1-04-04-1. Le tout revient à environ £300 par an. L’aide aux invalides semble dater de 1826 et celle aux orphelines des 1832. Voir notamment Lahaise Robert, op. cit., 1980, p. 453.

[27]

L’argumentaire détaillé des sœurs ne convainc pas le supérieur Roux, qui estime que le Séminaire « ne doit pas favoriser l’éloignement des établissements catholiques de cette ville : les communautés bien réglées répandent dans les villes la bonne odeur de Jésus-Christ ». ASSSM, P1-13-13_1-50 et voir Lahaise Robert, « L’hôtel-Dieu du Vieux-Montréal (1642-1861) », L’hôtel-Dieu de Montréal, op. cit., p. 46.

[28]

Voir notamment ASSSM, P1-13-13_1-51, 54. L’hôtel-Dieu placera aussi ses fonds auprès des particuliers, voir par exemple ASSSM, P1-13-13_1-55.

[29]

Supérieure de l’hôtel-Dieu à Quiblier, 9 juillet 1833. ASSSM, P1-13-13_1-52-1. Quiblier, dans une lettre précédente non retrouvée, semble avoir voulu se dégager de cette obligation. Une lettre du 11 août de Quiblier demande à la supérieure de considérer cette première lettre comme « non avenue ». ASSSM, P1-13-13_1-52-2.

[30]

Supérieure des Sœurs Grises à Thavenet, 23 juillet 1832. ASSSM, P1-13-13_2-23-1. Et la sœur d’ajouter : « Vous connaissez Mgr de Telmesse (Lartigue) ; Vous savez que c’est un homme qui n’a jamais su proférer une parole de douceur, de consolation ni d’encouragements. Je suis extrêmement gênée avec lui ».

[31]

Lettre déjà citée de Quiblier à Buller, 5 septembre 1838.

[32]

Étant donné l’état souvent sommaire des registres, il est difficile parfois de distinguer la personne responsable des dons.

[33]

Les auteurs ne s’entendent pas sur ceci. Ainsi, Gauthier Henri, Sulpitiana, op.cit., p. 87, signale que la paroisse est divisée en quatre quartiers à la fin du XVIIIe siècle, confirmé pour 1841 par Chaussé Gilles, Jean-Jacques Lartigue, premier évêque de Montréal, Montréal, Fidès, 1980, p. 57. Mais Lemieux Lucien, « Survivance française et seigneuriale, 1760-1835. Introduction », Les Prêtres de Saint-Sulpice au Canada. op. cit., p. 120, indique qu’en 1827 la paroisse a été divisée en 11 sections pour fin de visites aux pauvres.

[34]

ASSSM, P1-35-187-1.

[35]

Bien que nous n’ayons pas eu le loisir de faire une analyse calligraphique du document, il est indéniable que ce document a été produit par une seule personne dans le cadre de l’exercice d’une cure. Plusieurs éléments nous font croire qu’il s’agit du curé Le Saulnier, en poste de 1793 à 1830. Louis Rousseau parle de Le Saulnier comme d’un sulpicien ayant, sur le plan pastoral, partagé son temps entre « des travaux administratifs et la prédication, ainsi que la direction d’une équipe de vicaires qui se répartissaient la visite des quartiers de la ville et le soin de 2 000 à 3 000 pauvres qui faisaient la file pour recevoir du pain, le gîte, de l’argent et du combustible ». Voir Rousseau Louis, « Le Saulnier Candide-Michel », Dictionnaire biographique du Canada : vol VI, 1821-1835, Toronto et Ste-Foy, Presses de l’Université de Toronto et de l’Université Laval, 2000.

[36]

Il faut se rappeler que le curé avait été économe du séminaire de Reims. Nous trouvons aussi des listes de volumes dans le registre : nous savons que Le Saulnier organisa une filière pour faire expédier des livres à Montréal. De même, il favorisa l’établissement d’écoles primaires, notamment aux Tanneries. Or, le registre fait état de dons assez importants à l’école des Tanneries. Par exemple, en décembre 1811, on accorde £300 à l’école, tandis que l’ensemble des autres dépenses courantes pour les pauvres est d’un peu plus de £340.

[37]

Cela prend tout son sens dans la compilation des revenus provenant de mariages.

[38]

Certaines mentions renvoient simplement aux personnes en fonction de la pauvreté et du vagabondage, de l’état physique (aveugle, malade, etc.), du métier ou de l’ethnicité (il est notamment question d’aide à des « nègres »).

[39]

En corollaire, on peut alors se demander si ce sont davantage les femmes qui demandent assistance ou si le lien entre la famille et la cure passe d’abord par la femme.

[40]

Il est fait mention à plusieurs reprises de pommes de terre, de fèves et de bois.

[41]

Dans ce cas, nous avons les noms complets, selon le sexe.

[42]

Phelan est un des premiers à soutenir les nouveaux arrivants catholiques. Même si, dans les années 1820, on parle d’à peine quelques milliers de personnes, le Séminaire saisit l’importance de recruter en fonction des particularités du flot d’immigration catholique. Phelan, qui dessert les Irlandais catholiques de la paroisse Notre-Dame de 1825 à 1842, va veiller autant aux soins des âmes qu’à l’aide aux pauvres, veuves et orphelins. Il serait l’instigateur de l’Orphelinat catholique en 1832 et nous savons qu’il a fondé la Saint-Patrick’s Total Abstinence en 1841, afin de lutter contre l’alcoolisme. L’attribution à ce prêtre de la paternité du registre des pauvres irlandais est confortée par le fait que le registre semble comporter plusieurs lacunes, notamment lors des périodes 1838 et 1841, alors que Phelan effectue des visites missionnaires en Outaouais. Le document s’interrompt d’ailleurs en 1842, quand Phelan devient curé de Bytown. Voir Choquette, Robert, Dictionnaire biographique du Canada, « Phelan, Patrick », Dictionnaire biographique du Canada : vol VIII, 1851-1860, Toronto et Ste-Foy, Presses de l’Université de Toronto et de l’Université Laval, 2000.

[43]

ASSSM, P1-19-42.

[44]

Il s’agit de ces responsables d’unités de travail qui caractérisent, selon Sherry Olson, la communauté irlandaise catholique. Il serait intéressant de pousser l’analyse et de comprendre les tenants et aboutissants d’une possible collaboration entre les Sulpiciens et ces « brokers for labour teams » : Voir Olson Sherry, « Ethnic Partition of the Work Force in 1840s Montréal », Labour, Le Travail, n° 52, automne 2003, p. 159-201.

[45]

Pour les femmes, on fait mention du statut des veuves et parfois si l’époux est malade ou absent.

[46]

Le plus souvent, ce sont des pommes de terre, qu’on donne parfois sur une base hebdomadaire, à jour fixe.

[47]

Sur ce point, voir Fecteau Jean-Marie, Un nouvel ordre des choses. La pauvreté, le crime, l’État au Québec, de la fin du XVIIIe siècle à 1840, Montréal, VLB, 1989.

[48]

Voir entre autres Duprat Catherine, Pour l’amour de l’humanité : le temps des philanthropes. La philanthropie parisienne des Lumières à la Monarchie de Juillet. Vol. 1, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1993. Toutefois, on n’y traite malheureusement pas de l’initiative des Sulpiciens parisiens.

[49]

Nous n’avons retrouvé que le « Code de la confrérie du bien public », daté du 31 octobre 1827. ASSSM, P1-35-13_1-1. Lapointe-Roy Huguette, Charité bien ordonnée, op. cit., p. 217, lie selon nous à tort le « Poor Register » de 1831-1842 à cette association. Tout indique au contraire que ce projet associatif novateur soit mort-né. Les citations qui suivent sont tirées de ce document.

[50]

Il en est de même des enfants qui, proprement encouragés, pourront « croire qu’ils sont quelque chose d’important, puisqu’on prend tant d’intérêt à eux », loc. cit.

[51]

Montreal Transcript, 3 octobre 1837.

[52]

30 Victoria (1840), c. 30, art. 2 : « le soutien des pauvres invalides et des orphelins ». Cette partie de l’ordonnance est clairement inspirée du rapport, déjà cité, fait par Quiblier à Buller à propos des œuvres poursuivies par le Séminaire.

[53]

Pour une biographie récente de l’évêque montréalais, on pourra consulter Perin Roberto, Ignace de Montréal, Artisan d’une identité nationale, Montréal, Boréal, 2008.

[54]

« It was […] after the rebellions of 1837-38 that their influence on schools, orphanages, hospices, and hospitals increased dramatically ». Young, Brian, In its Corporate Capacity, The Seminary of Montreal as a Business Institution 1816-1876, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1986, p. 19.

[55]

La loi permet en effet de vendre des terrains, auparavant grevés de droits féodaux, contre compensation financière.

[56]

Lettre de Bourget à TRP Roothaan, Général de la Compagnie de Jésus, 8 janvier 1842, citée dans Pouliot Léon, Monseigneur Bourget et son temps. Tome II : L’évêque de Montréal, Montréal, Bellarmin, 1977, p. 114.

[57]

Il est cependant révélateur que la célèbre querelle entre le premier évêque de Montréal et le Séminaire, qui durera 20 ans, n’a jamais vraiment porté sur le développement des œuvres sulpiciennes dans les domaines éducatifs et charitables. C’est pourquoi nous n’en avons pas traité jusqu’ici. Le compte rendu le plus complet de cette querelle est à retrouver dans Chaussé Gilles, op. cit. Notons que ce que Gradwell a appelé en 1827 « l’épiscophobie des Montréalistes », ibid., p. 92) a quand même des racines profondes dans cette époque. Querelle teintée aussi de xénophobie qui fera dire à Lartigue en 1832 : « Depuis dix ans, ce Séminaire est devenu plus nuisible qu’utile à la religion en ce pays et il en sera ainsi tant que les étrangers y domineront », ibid, p. 119. Lartigue fait allusion à la prévalence durable au pouvoir des Sulpiciens nés en France face à ceux d’origine canadienne.

[58]

Bourget à Prince, 14 janvier 1847, Archives de la Chancellerie de l’Archidiocèse de Montréal (dorénavant ACAM), RCD 106, p. 37.

[59]

Bourget à Prince, 10 décembre 1846, ACAM, 901.055, 846-13 (souligné par Bourget). « Que l’on fait de grandes choses dans votre France ; et avec rien ! Comment se fait-il que nous, avec tant de ressources, nous fassions si peu ? » Bourget à Charbonnel, 13 janvier 1847, ACAM, RCD, 106, p. 32-35.

[60]

De fait, la ville n’est que l’incarnation d’une époque bien sombre : « Enfin, il me semble que le temps mauvais dans lequel nous vivons est une puissante et pressante raison de nous unir intimement » Bourget à Billaudèle, 2 juin 1850, ACAM, RLB, vol. 6, p. 98 (souligné par Bourget).

[61]

Bourget à Billaudèle, 14 mai 1846, ACAM, RLB vol. 4, p. 127-128. Bourget d’ajouter : « Je ne fais que vous signaler (ces points) sans suggestion aucune, parce que je crois que vous trouverez dans les Règlements de M. Ollier [sic] et dans la sagesse de votre conseil des moyens assurés de mettre ordre aux maux qui se font vivement sentir ».

[62]

Le même au même, 13 juillet 1846, ACAM, RLB vol. 4, p. 134.

[63]

Sylvain Philippe et Nive Voisine, Histoire du Catholicisme québécois, vol. 2, Réveil et consolidation (1840-1898), Montréal, Fidès, 1991. p. 144. Ils avancent l’« immobilisme des Sulpiciens ». Lapointe-Roy cite cette remarque désabusée de Bourget à Charbonnel en 1846 : « J’ai cru m’apercevoir que l’on croyait que je m’embarquerais dans des entreprises extravagantes, et que je ne réussirais à rien, parce que j’étais pauvre, qu’on leur rendrait gloire du succès de ces œuvres », Charité bien ordonnée, op. cit., p. 49.

[64]

Comte à Carrière, 27 janvier 1848, citée dans Lapointe-Roy, Huguette, Charité bien ordonnée, op. cit., p. 50. L’interprétation du procureur des Sulpiciens est pour le moins curieuse : l’article 13 de l’acte d’incorporation du Séminaire stipule clairement que « les rentes, revenus, dividendes et profits des deniers ainsi placés seront pris et reçus par les dits Ecclésiastiques du Séminaire de St.-Sulpice de Montréal et leur successeurs, pour être employés au soutien et à la régie de la dite Institution, et à en promouvoir les fins suivant la loi ». L’interprétation est confirmée par Papineau, A. C., De la nature et de l’emploi des biens dont jouit le Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal. Opinion légale, Lyon, Vingtrinier, 1867. Clairement, ce ne sont que les investissements immobiliers et constitutions de rentes devant produire des revenus pour le Séminaire qui sont limités à £30 000. Par ailleurs Lapointe-Roy plaide plutôt en faveur des « difficultés financières » du Séminaire, op. cit., p. 38. Pourtant, Young a montré que, en moyenne, les revenus annuels des Sulpiciens passent d’environ 25 000$ dans la décennie 1830 à 100 000$ dans la décennie suivante, In Its Corporate Capacity, op. cit., append. 10 et 11.

[65]

Toute l’histoire de cette résistance peut s’interpréter comme étant le fait d’une communauté de prêtres qui défend ses droits historiques de gestion paroissiale contre les empiètements de l’évêque, attitude évidemment tout à fait irrecevable dans la logique ultramontaine. Par exemple, dans la liste des « droits » du Séminaire faite dans le Mémoire des sulpiciens Faillon et Baile soumis au pape en 1865, il est stipulé qu’aucune communauté religieuse ne peut être introduite dans les limites de la Paroisse sans le consentement du curé (sulpicien). On comparera cette position à la lettre de Bourget à Quiblier du 24 mars 1843, où il lui fait part, sans lui demander aucunement son avis, de la fondation des Sœurs de la Providence, ACAM, RLB vol. 3, p. 11-12.

[66]

Courson à Bourget, 3 mars 1847, ACAM 901.137, 847-1. Dans une lettre ultérieure, Courson demande à Bourget de « ne pas regarder comme un signe de défiance les hésitations et les lenteurs qui sont inséparables de l’administration d’une communauté, où rien n’est laissé à la volonté d’un seul homme ». Aussi, du même au même, 31 mai 1847, ACAM, 901.137, 847-3, Bourget mentionne dans sa correspondance que le supérieur général lui aurait dit en privé que Bourget ne comprenait rien aux communautés religieuses.

[67]

C’est évidemment plutôt de changement dont il est question chez Bourget. En 1843, déjà, il écrivait à Quiblier : « Pourvu que la religion soit honorée par des œuvres saintes, et que les pauvres en particulier soient soulagés, peu m’importe par qui. Je suis, je vous l’avoue, très affligé de leurs souffrances qui viennent en partie de ce que nous ne nous sommes pas entendus, et il en sera toujours ainsi tant que les choses et les dispositions ne changeront pas », 24 mai 1843, ACAM, RLB vol. 3, p. 90.

[68]

Bourget à Billaudèle, 27 mai 1850, ACAM, RLB vol. 6, p. 83. Bourget fait ici allusion aux Jésuites et aux Oblats.

[69]

Ce qu’il avoue d’ailleurs sans fard au directeur général de Saint-Sulpice à Paris : « Je ne vous cacherai pas que je suis décidé à faire par moi-même, ou par quelqu’autre, les œuvres que vos Messieurs ne jugeront pas à propos de se charger ; quand j’y verrai la plus grande gloire de Dieu et sa sainte volonté », Bourget à Courson, 23 avril 1847, ACAM, RCD, 106, p. 110.

[70]

Mémoire de Bourget à l’appui de la pétition des évêques catholiques, 2 août 1849, ACAM, RC, VI, p. 269.

[71]

Le processus en s’est évidemment pas produit sans heurts : « Projets assez souvent réalisés hâtivement, conditions précaires de financement voire pauvreté absolue, obstacles suscités par un milieu hostile, suspicion de la part des congrégations déjà en place, telles sont les principales caractéristiques qui ont marqué les commencements des communautés religieuses instituées par Mgr Bourget », Sylvain Philippe et Nive Voisine, Réveil et Consolidation, op. cit., p. 51).

[72]

Cette réticence a évidemment été notée pas les contemporains. Au sein du clergé même, le père Marcoux, missionnaire, enverra à l’abbé Faillon en avril 1850 une « Opinion du clergé du Diocèse de Montréal » particulièrement cinglante : « Les laïcs sont surpris que le Séminaire ayant entre les mains tant de biens, tous affectés à la religion, ne fasse pas une part annuelle à l’Évêque, qui fait tant pour la religion, et qui nourrit un grande nombre de pauvres, qui sans cela seraient à la charge du Séminaire […] Tout le monde sait que Mgr marche seul, qu’il n’est point appuyé par le Séminaire, où il ne rencontre même que des obstacles, qu’il est obligé de renverser. Est-ce là l’esprit de Mr Olier ? […] L’opposition du Séminaire à ses désirs et à ses projets régénérateurs de la religion dans la ville, d’où peut-elle donc venir, si ce n’est d’un esprit de corps mal entendu ? […] En même temps que Mgr a l’esprit de Dieu, il a aussi l’esprit de son siècle, il connoît [sic] les nouveaux et urgents besoins que les circonstances nouvelles ont fait naître. Le Séminaire, au contraire, ne veut pas sortir de l’ornière, ni faire un pas en avant », ACAM, 465-101, 850-1. Au début du XXe siècle encore, Henri Bourassa écrira ceci à propos des Sulpiciens : « Tout les portait à se consacrer exclusivement à la pieuse et rigide formation d’une docile jeunesse bourgeoise plutôt qu’à répondre à l’ardeur apostolique d’un évêque jeune et zélé, dont les aspirations cadraient aussi peu avec leurs habitudes séculaires », Le Devoir, 25 janvier 1916.

[73]

Les renseignements statistiques pour une même source ou un même objet d’assistance sont parfois éparpillés au sein d’un ou plusieurs registres.

[74]

Pratique attestée dans les registres consultés à partir de 1839.

[75]

Il s’agit du registre le mieux tenu et celui qui a la plus grande longévité, allant de 1833 à 1900, ASSSM, P1-26-264-2.

[76]

Le registre intitulé « Argent donné au curé pour les pauvres » qui va de 1834 à 1879, éclaire cette évolution, ASSSM P1-26-264-1. Les fonds attribués aux curés depuis 1834 sont ensuite confiés à l’aumônier des pauvres de 1843 jusqu’en 1862. À partir de cette date, à mesure que la paroisse est divisée, en plus de l’aumônier, chaque curé aura droit à une allocation pour les pauvres de sa paroisse (Notre-Dame étant nettement favorisée). Après 1879, nous ne trouvons plus trace de cette division.

[77]

À partir de 1890, les souscriptions pour la Cathédrale (5 000$ par année) et pour l’Université Laval à Montréal (plus de 10 000$ par année) viendront temporairement gonfler le montant des souscriptions.

[78]

La démarcation n’a pas toujours été claire. Ainsi, c’est l’aumônier des pauvres qui distribue, jusqu’en 1880, les fonds alloués à certaines institutions (hospices Saint-Charles et Saint-Joseph et Asile Nazareth, notamment). À partir de cette date, ces allocations apparaissent plutôt au registre des souscriptions. Par ailleurs, d’autres fonds sous la juridiction de l’aumônier aboutissent aussi en partie dans les institutions, par le biais de l’aide aux dispensaires, des pensions payées pour certains internés ou du financement ponctuel de certaines réparations ou améliorations.

[79]

Cette pratique est à mettre en parallèle avec le développement des dépôts des pauvres, mis en place par les communautés, probablement en remplacement du Bureau de charité. Ces dépôts permettent une relative rationalisation des distributions de vivres et autres biens.

[80]

L’année budgétaire se termine à la fin octobre.

[81]

Le dernier registre retrouvé, soit les « Comptes de l’aumônier des pauvres de la paroisse Notre-Dame, 1910-1911 », détaille, pour la première fois depuis le registre des Irlandais des années 1830, les bénéficiaires des « secours manuels ». Ici encore, signe des temps, ces secours, y compris les montants payés aux fournisseurs, ne représentent que 30 % des montants alloués : le reste va au paiement des factures de certaines institutions, dont l’hospice Saint-Charles de sœur Bonneau (50% du total).

[82]

Nous utilisons ici le « Compte-rendu de l’aumônier des pauvres du 1er octobre 1873 au 1er octobre 1880 », ASSSM, P1-26-216-1.

[83]

Au cours de ces années, les montants confiés à l’aumônier des pauvres, probablement pour l’ensemble des paroisses, sont exceptionnellement élevés. Ils diminueront de façon importante par la suite, si on en croit le registre de l’aumônier pour la paroisse Notre-Dame, ASSSM, P1-26-260-4.

[84]

Il s’agit ici d’un maximum qui comprend les souscriptions charitables et l’aumône totale. Le montant total de ces dépenses diminuera de façon importante après 1880.

[85]

Parfois, il s’agit simplement de quelques dizaines de dollars, en tenant compte des souscriptions accordées à l’Institution des sourdes et muettes, dirigée par les Sœurs de la Providence : une aide sans commune mesure avec l’importance des institutions mises sur pied par cette communauté à partir des années 1860 surtout.

[86]

C’est donc à juste titre que Huguette Lapointe-Roy établit un ratio d’environ 20 pour un, entre l’aide aux Sœurs Grises et celle consacrée à la Providence. Voir Charité bien ordonnée, op.cit., p. 36. Mais il arrive parfois que, grâce à des actions individuelles, les deux communautés soient traitées plus équitablement. C’est ce qui arrive en 1878, alors que, par legs testamentaire, le sulpicien Léon Villeneuve demande à ce que la moitié des fruits de l’acquisition d’une propriété se répartissent à parts égales pour le dispensaire des Sœurs de la Providence et celui des Sœurs Grises à l’Hospice Saint-Joseph, ASSSM, P1-26-203-3.

[87]

ASSSM, P1-26-221-1, P1-26-260-2 et 264-2 et 3.

[88]

ASSSM, P1-35-18_6-1.

[89]

On sent aussi une inspiration des bureaux des pauvres qui s’ouvrent dans les municipalités françaises. Voir de Gérando, Joseph-Marie, Le visiteur du pauvre, Paris, L. Colas, 1820.

[90]

ASSSM, P1-35-18_6-1. « Pour les connaître, le bureau règlera des boîtes à pétition, des heures d’audience et des visites à domicile ».

[91]

En fait, le document est remarquablement discret sur les tâches (comme sur la provenance) de ces dames charitables, et se concentre surtout sur le rôle des trésoriers, du secrétaire et des diverses assemblées.

[92]

L’analyse qui suit est fondée sur le registre du « Bureau de charité » qui va de novembre 1844 à janvier 1847, ASSM P1-26-221-1. Rien n’indique que le bureau ait eu une existence postérieure.

[93]

Document intitulé « Secours », daté de 1846, ASSSM, P1-35-18_8-1.

[94]

On retrouve dans les archives sulpiciennes deux projets non datés, mais produits après 1848 : l’un a pour but de centraliser les aumônes au sein de la Société de Saint-Vincent de Paul de Montréal, sous la direction, indique-t-on, du supérieur sulpicien, et transférer les fonds aux communautés religieuses charitables pour qu’elles les redistribuent aux pauvres, ASSSM, P1-35-18_6-1 ; l’autre veut planifier la construction d’une maison d’industrie catholique, et organiser une collecte de fonds systématique en quadrillant la ville, le document mentionnant, avec l’optimisme caractéristique des réformateurs philanthropes de l’époque qu’« il serait facile de prélever des sommes énormes » par un tel procédé, « Projet d’une maison d’industrie », ASSSM, P1-35-27_1-1.

[95]

Pour le Québec, voir Vaillancourt Éric, La Société de Saint-Vincent de Paul de Montréal : reflet du dynamisme du laïcat catholique en matière d’assistance aux pauvres (1848-1933), thèse de doctorat, Université du Québec à Montréal, 2005. L’inspiration vient ici aussi de France. Voir Brejon de Lavergnée Matthieu, La Société de Saint Vincent de Paul au XIXe siècle. Un fleuron du catholicisme social. Paris, Le Cerf, 2008.

[96]

La distinction entre Canadiens et Irlandais n’est pas systématique au cours de la période. Dans le court registre du Bureau des pauvres des années 1840, la distinction touche tant les revenus que les dépenses. Dans celui de l’aide au curé, elle passe par le financement spécifique du curé de Saint-Patrice.

[97]

À cet effet, la paroisse était divisée en district. L’information sur cette division est cependant particulièrement contradictoire. Maurault Olivier, Nos Messieurs, Montréal, Zodiaque, 1936, p. 37-39, mentionne neuf quartiers dans les faubourgs et de cinq à la campagne. En novembre 1843, Bourget accuse réception d’une lettre de Quiblier l’avisant qu’il a demandé à dix de ses prêtres de distribuer, chacun dans son quartier, les aumônes que le Séminaire a coutume de faire tous les ans, Bourget à Quiblier, 12 novembre 1843, ACAM, RLB, 3, p. 240-241.

[98]

Une lettre de Bourget à Prince, son administrateur, attribue à ce dernier le mérite de cette mesure : « Vous avez gagné un point très important en obtenant que l’administration des pauvres soit confiée aux sœurs grises et aux sœurs de charité sous la direction de Mr Muzart, Vous conviendrez du moins maintenant [que j’avais raison] lorsque je vous disais avant de partir que ce serait mieux lorsque je n’y serais plus. Vous avez aussi gagné les Sœurs Grises ce que je n’avais pu obtenir. Croyez que je n’en suis pas jaloux » 11 décembre 1846, ACAM, 901.155, 846-13.

[99]

ASSSM, P1-13-13_2-26-1. Document non signé, probablement de l’aumônier des pauvres. Pour cette période, plus de 60 % des fonds de l’aumônier proviennent du Séminaire, le reste des quêtes.

[100]

« Le Séminaire verrait-il quelques avantages à ce que les Sœurs Grises se chargeassent de la distribution des aumônes aux pauvres de leur quartier et allassent les visiter à domicile ? », Bourget à Quiblier, 1er mai 1843, ACAM, RLB vol. 3, p. 58. Quelques mois plus tard, la supérieure de la communauté demande à Bourget de s’entendre au préalable avec le Séminaire sur cette question. Sœur McMullen à Bourget, 22 janvier 1844, ACAM, 525.103 844-8 et réponse de Bourget du 23 janvier, ACAM, RLB vol. 3, p. 311-312.

[101]

Bourget à Billaudèle, 19 septembre 1846, ACAM, RLB vol. 4, p. 147.

[102]

Ainsi, en 1885, l’évêque Fabre redéfinit, avec l’accord des deux communautés, la division en décrivant en détail, rue par rue, la « frontière » du territoire de chaque communauté, ASSSM, P1-13-13_2-93c-1.

[103]

Young Brian, In its Corporate Capacity, op. cit., p. 93. Les Sœurs du Bon-Pasteur bénéficient aussi de la réduction de commutation. Young ne dit rien des Sœurs de la Providence et des Hospitalières.

[104]

Cet incident est aussi, selon nous, à mettre en relation avec l’affaire du déménagement de l’institution, relatée plus loin.

[105]

La lettre de Bourget est datée du 4 décembre 1870, tandis que celle de sœur Pagé, supérieure des Hospitalières, au supérieur Baile est datée du lendemain et reprend presque mot pour mot les arguments de Bourget, ACAM, RLB, vol. 9, p. 147-7 et ASSSM, P1-13-13_1-86-1.

[106]

Sœur Allard à Baile, 19 janvier 1872, ASSSM, P1-13-13_1-89-1. Trois avis légaux ont été requis sur cette question, deux (Judah, ASSSM, P1-13-13_1-88-1 et Cassidy, ASSSM, P1-13-13_1-86-2) estimant que les sœurs, en équité, avaient droit à la réclamation. Le dernier (Dorion, ASSSM, P1-13-13_1-73-1) tranchant pour le Séminaire, qui ne semble pas avoir remboursé les Hospitalières.

[107]

« En formant le projet de multiplier la vigilance sur les maisons religieuses, j’ai compris qu’il fallait unité de gouvernement : aussi ai-je jeté les yeux sur vous et vos Messieurs pour atteindre un but si désirable et si nécessaire. Cet arrangement, loin de diminuer l’influence du Supérieur du Séminaire sur les communautés de cette ville, ne fera que l’augmenter, car il est évident que les supérieurs particuliers des communautés auront avec lui des rapports intimes et nécessaires et agiront sous sa dépendance », Bourget à Quiblier, 25 novembre 1840, ACAM, RLB vol. 2, p. 253. Rappelons que la tâche de supérieur ecclésiastique avait été enlevée aux Sulpiciens depuis 1763 pour les Hospitalières et 1827 pour les Sœurs Grises.

[108]

« Si pourtant vos règles répugnent à ce nouveau mode d’administration, je serais fâché de leur faire violence, mais je me verrais forcé de gouverner seul par moi-même toutes les communautés de cette ville. Néanmoins il me paraîtrait possible de concilier vos usages et règles avec cet arrangement. Les lois de l’Église elles-mêmes changent, selon les besoins des temps. Les lois des communautés doivent aussi subir ce sort inévitable pour toute institution humaine », loc.cit.

[109]

Bourget à Quiblier, 6 mai 1842, ACAM, RLB vol. 2, p. 543-5. En fait, le supérieur du Séminaire, ou un de ses prêtres, occuperont par intermittence le poste de supérieur ecclésiastique des Hospitalières (Billaudèle de 1846 à 1869 et Arraud de 1870 à 1873) et des Sœurs Grises (Granet, Bonnissant et Bayle de 1851 à 1874, Colin de 1898 à 1902 et Lecoq de 1904 à 1926. Gauthier, Henri, Sulpitiana, 1926, op. cit., p. 217, 264-5.

[110]

Bourget à Quiblier, 18 mai 1845, ACAM, RLB, 2, p. 600-6.

[111]

Ces règles, très contraignantes pour les communautés subordonnées, seront adoptées lors d’une réunion de l’Assemblée des sœurs en présence de Granet, Bonnissant et Bourget, tenue en avril 1854 (ASSSM, P1-13-13_2-30-1). Elles n’auront que peu d’effet historique, comme en témoigne un mémoire du sulpicien Larue sur la relative autonomie des fondations des Sœurs Grises en 1865, ASSSM, P1-13-13_2-95b.

[112]

Sœur Beaubien à Bourget, 20 novembre 1840, ACAM, 525-013, 840.

[113]

Sœur Beaubien à Bourget, 23 avril 1842, ACAM, 525.103 842-1. On devine comment un tel argument a pu être reçu par le bouillant prélat. Mais ici encore, ce geste le poussera à relancer, sans succès, le supérieur.

[114]

Bourget à Granet, 30 avril 1859, ACAM, RLB vol. 10, p. 516-9. Bourget invoque le manque d’espace, autant que les revenus à escompter de l’exploitation commerciale du terrain des Hospitalières en plein centre-ville : « on ôtera aux Protestants tout prétexte de se soulever contre les communautés qu’ils ne cessent d’accuser d’être nuisibles au commerce ». Notons que, dans cette missive, Bourget prévoit un déménagement à la Côte à Baron, où se trouve déjà l’Hôpital Saint-Patrice.

[115]

Granet à sœur Pagé, 19 novembre 1859, ACAM, 525.102, 859-24. L’Hôpital Saint-Patrice était aussi sous la direction des Hospitalières. Le projet de déménagement prévoyait la fusion des deux hôpitaux.

[116]

Sœur Pagé à Granet, 2 décembre 1859, ACAM, 525.102, 859-25.

[117]

Hospitalières de l’hôtel-Dieu à Granet, 2 décembre 1859 (ASSSM, P1-13-13_1-70-1). L’annaliste de l’hôtel-Dieu pour cette époque parle d’un « refroidissement visible » entre les deux communautés. Lahaise Robert, Édifices conventuels, op. cit., p. 100.

[118]

Sœur Mance à Bayle, 15 juin 1867, ASSSM, P1-13-13_1-70-2. Cette direction cessera en 1873.

[119]

Sœur Saint-Louis à Colin, 18 juin 1886, ASSSM, P1-13-13_1-107-1.

[120]

Il faut dire que l’Hôpital général ne constituait pas en tant que tel, une institution de soins hospitaliers de type médical comme l’hôtel-Dieu, et que les institutions d’hébergement « lourd » de ce type étaient souvent reléguées aux confins des villes. Plus encore, les Sœurs Grises, dont la politique d’expansion avait été particulièrement ambitieuse et qui étaient nettement moins dotées que les Hospitalières, traversaient une crise financière grave au cours de ces années, ce dont témoigne la lettre de Bourget à Granet, en appui au déménagement. Bourget à Granet, 19 octobre 1860, ACAM, RLB, 11, p. 279-280.

[121]

Loc. cit. Le Séminaire rejettera tout de même l’idée d’une implantation au pied de la montagne et retirera de la vente du terrain la jolie somme de £11 166. Lahaise Robert, Édifices conventuels, op. cit., p. 517. En fait, il acceptera le paiement d’une rente constituée sur cette somme, ASSSM, P1-13-13_2-42-1.

[122]

Lettre circulaire des Sœurs du Bon-Pasteur, 1er décembre 1844, ASSSM, P1-35-8_1-1. Aussi tard qu’en 1875, Arraud paie de ses fonds propres la somme de 12 000$ pour la construction de ce qui deviendra l’école d’industrie des filles du Bon-Pasteur à Saint-Hubert, en banlieue de Montréal, ASSSM, P1-35-8_4-1.

[123]

L’espace nous manque pour détailler l’histoire de cette institution qui connut plusieurs difficultés et qui fut finalement fermée, malgré la supplique des sœurs au supérieur du Séminaire, 30 octobre 1885, ASSSM, P1-35-32_1-1.

[124]

À titre indicatif, le sulpicien Bailly tracera les plans du second l’hôtel-Dieu en 1680. En 1742, Pierre Le Sueur de Vanvilles fait don de 200 livres pour la reconstruction du même hôpital. Lahaise Robert, Édifices conventuels, op. cit., p. 70.

[125]

Lapointe-Roy Huguette consacre une page à la biographie de Léon Villeneuve, aumônier des pauvres de 1850 à 1873, Charité bien ordonnée, op. cit., p. 258.

[126]

Divay Stéphane, Le Patronage Saint-Vincent de Paul de Montréal (1892-1913), mémoire de maîtrise, Université d’Angers, 1999.

[127]

Mention doit aussi être faite à un personnage moins connu, Henri Gauthier, auteur des Sulpitiana, qui sera à l’origine, dans les deux premières décennies du XXe siècle, d’une série d’œuvres sociales (œuvre de protection de la jeune fille 1903, divers patronages tels Sainte-Agnès (1912), Olier (1913) et Notre-Dame de Lourdes (1926)).

[128]

L’espace nous manque ici pour documenter les péripéties parfois éclairantes qui ont présidé à la création ou au développement de ces institutions. La fermeture du Refuge de la Passion, le passage de l’Union de Prières sous la direction d’un conseil d’administration élu et les démêlés de Dowd avec le curé de la paroisse Sainte-Anne, constituent certains des incidents les plus marquants.

[129]

Par exemple, notons le bail emphytéotique consenti à l’Hospice d’Youville en 1861, ASSSM, P1-13-13_2-39-1.

[130]

Plus précisément, dans ce cas, le conseil d’administration de l’association est sous le contrôle étroit des Sulpiciens, ASSSM, P1-35-17_3-1, et P1-35-17_5-1. Par ce biais, l’argent accumulé par les souscripteurs à l’Union de Prières sera réutilisé au profit d’autres institutions charitables.

[131]

Prospectus, ASSSM, P1-35-10_1-1. En matière charitable et pour toute la période, il s’agit à notre connaissance de la seule association créée spécifiquement par le Séminaire, et il n’est peut-être pas vain de mentionner qu’elle est étroitement liée à la fonction éducative du Séminaire.

[132]

Young Brian, In its Corporate Capacity, op. cit., p. 129. Nous savons très peu de choses sur cette institution, qui aurait fonctionné en parallèle avec la célèbre Banque d’Épargne de la Cité et du District de Montréal, création de Bourget.

[133]

Contrat du 22 octobre 1895, ACAM, 515.106, 895-2. On ne mentionne pas ici le rôle important de la Société de Saint-Vincent de Paul dans ces tractations et initiatives.

[134]

Voisine Nive, « Éducateurs et pasteurs, 1836-1899. Introduction », Les Prêtres de Saint-Sulpice au Canada, op. cit., p. 200.

[135]

ACAM, 465.101, 902-6. Un an plus tard, une décision des consulteurs du Séminaire sépare les fonds des bonnes œuvres de la procure. Nous remercions John Dickinson pour cette information.

[136]

Le Séminaire répond pourtant en 1903 par une fin de non-recevoir aux instances des Hospitalières de l’hôtel-Dieu, ACAM, 525.102, 903-4.

[137]

De fait, nous n’avons pu documenter avec précision les étapes précises de ce retrait. Il faut probablement le mettre en relation avec une hausse notable de l’aide municipale à l’assistance à partir du début du XXe siècle. Voir Fecteau Jean-Marie, « Un cas de force majeure : le développement des mesures d’assistance publique à Montréal au tournant du siècle », Lien social et Politiques, n° 33, printemps 1995, p. 105-112.

[138]

Faure Olivier, « Les religieuses hospitalières entre médecine et religion en France au XIXe siècle », La charité en pratique : chrétiens français et allemands sur le terrain social : XIXe-XXe siècle, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 1999, p. 53-64.

[139]

Cette démonstration est faite plus au long dans Fecteau Jean-Marie, La liberté du pauvre : Crime et pauvreté au XIXe siècle québécois. Montréal, VLB Éditeur, 2004.

[140]

La mesure majeure demeure la loi d’assistance publique, adoptée par la législature québécoise en 1921, qui consacre pour la première fois un financement systématique du réseau charitable par les autorités publiques (le per diem des pauvres hébergés est dorénavant défrayé pour un tiers par la province et un autre par la municipalité d’origine du pauvre, le dernier tiers étant à charge de l’institution d’hébergement.

Plan de l'article

  1. La présence sulpicienne à Montréal et l’organisation charitable : 1657-1839
  2. La charité en ville ou l’apogée et le début du déclin de l’aide sulpicienne : 1840-1910
  3. Le retrait…
  4. Au delà de la césure public/privé, les enjeux de l’assistance à l’ère libérale

Pour citer cet article

Fecteau Jean-Marie, Vaillancourt Éric, « La charité en ces " temps mauvais ". La mise en place d’un réseau privé d’asssitance à Montréal au XIXe siècle et le rôle des sulpiciens », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2011 (N° 4), p. 43-75.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2011-1-page-43.htm


Article précédent Pages 43 - 75 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback