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Revue d'histoire de la protection sociale

2011/1 (N° 4)


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Au XIXe siècle, les Parisiens peuvent bénéficier, en cas de maladie de différentes formes d’assistance sanitaire, médicale et même sociale. Mais ces secours, qu’ils soient hospitaliers ou fournis par les Secours à domicile [1][1] Pour une présentation générale de la situation des... via les Bureaux de Bienfaisance et les dispensaires sont parcimonieusement dispensés. Comme le mentionne un rapport du Conseil Général des Hospices en 1843 : « Rappelons-nous messieurs que les hôpitaux ne sauraient être ni des maisons de luxe, ni des séjours d’agrément ; que nous devons étendre nos secours au plus grand nombre d’individus possible. La charité publique ne doit pas se départir des règles de la plus stricte économie, car il faut ménager les intérêts de ceux qui donnent et de ceux à qui l’on donne » [2][2] Rapport au Conseil général des hospices dans sa séance....

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La question des moyens est en effet centrale mais ne doit pas occulter celle des choix opérés dans la répartition et les moyens mis en œuvre par les autorités pour soulager les souffrances des plus pauvres. S’il y a effectivement une forme de concurrence entre les deux principales formes d’assistance médicale, hospitalière et à domicile, dans le second XIXe siècle, il est intéressant de dégager la prédominance lentement acquise par l’hôpital dans le cas parisien.

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S’interroger sur la place prise par l’hôpital à Paris, l’un des deux volets de l’assistance fournie aux plus démunis avec les Bureaux de Bienfaisance [3][3] Ces Bureaux de bienfaisance ou de charité sont créés..., est ainsi nécessaire afin d’évaluer les contenus et les aspects pratiques des politiques d’assistance. Surtout cette interrogation conduit à examiner les publics accueillis dans ces établissements. Qui sont-ils et comment évoluent-ils dans la seconde moitié du siècle ? Quelle est la part des Parisiens de souche parmi eux ? Et des populations migrantes parmi les usagers de l’hôpital ? La présence d’une famille permet-elle de se prémunir contre l’hôpital ? Les personnes non isolées sont-elles les populations visées en priorité par la politique d’encouragement de l’hospitalisation à domicile menée par l’Administration ?

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Pour répondre à ces interrogations on examinera tout d’abord le cadre réglementaire de l’hospitalisation dans la capitale en mettant en évidence les objectifs parfois contradictoires assignés à l’hôpital par l’Administration entre 1849 et 1914. Dans un second temps, on essaiera de mesurer les conséquences de cette politique en examinant les publics de l’hôpital à partir d’un échantillon représentatif de la population de trois des plus grands hôpitaux généraux de cette fin du siècle : l’hôtel-Dieu, Lariboisière et Tenon.

Restreindre le recours à l’hôpital : un vœu pieu

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L’hôpital était un dispositif assez mal perçu des administrateurs du XIXe siècle. Ses coûts, le danger perçu d’un rassemblement dans un même lieu d’infections et de germes dont on perçoit encore mal la transmission constituent autant de prévention vis-à-vis d’une institution qu’on considère comme un mal nécessaire, au mieux un lieu à surveiller. Aussi cherche-t-on dans la seconde moitié du siècle à limiter l’afflux de patients venant chercher des soins et des secours à l’hôpital en tentant vainement de développer les secours à domicile.

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La loi du 1er janvier 1849 qui réorganise l’Assistance publique à Paris est votée dans un contexte très particulier, celui de la Seconde République et réorganise l’ensemble des secours apportés aux Parisiens dans la capitale. L’ancien Conseil Général des Hospices est remplacé par une Administration dont l’exécutif est assuré par un Directeur, nommé par le Préfet de la Seine, assisté d’un Conseil de Surveillance investi d’un simple rôle consultatif. Cette innovation, en apparence de pure forme, est en réalité une transformation en profondeur. Désormais, on n’accusera plus les choses de se faire « par faveur et non conformément aux règlements » [4][4] Discussion de la loi du 10 janvier 1849, intervention.... Dit autrement, on accusait volontiers les membres de l’ancien CGH de se laisser facilement corrompre pour faciliter l’entrée de tel ou tel à l’hospice ; la création d’un poste de Directeur uniquement responsable devant le Ministre de l’Intérieur et le Préfet de la Seine devait permettre d’éviter ces passe-droits.

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On innove également en réunissant sous une seule administration, les secours à domicile et l’administration des hôpitaux [5][5] « Article premier : L’Administration générale de l’Assistance.... En réalité, les secours à domicile étaient déjà antérieurement du ressort du Conseil général des Hospices puisqu’un arrêté du 29 germinal an IX (19 avril 1801) stipulait que la gestion des secours à domicile, en plus de la direction des hôpitaux et des hospices lui était dévolue [6][6] « Art. 2. Les comités particuliers de bienfaisance.... Simplement, il semble que les Bureaux de Bienfaisance [7][7] Pour plus de détails, voir le travail de Felkay, C.,... chargés de l’administration et de la répartition de ces secours à domicile aient eu une assez grande latitude dans leur action, sans contrôle excessif des membres du Conseil général des Hospices ; et point essentiel, ils ne purent jamais bénéficier du même niveau de ressource que celui des hôpitaux. Désormais on souhaite impulser une véritable politique d’assistance aux plus démunis dans laquelle les deux volets soient effectivement complémentaires. Selon les mots du premier directeur de l’Assistance publique, Henri Davenne : « Les hôpitaux et les hospices ne doivent être en quelque sorte que le supplément [des secours à domicile]. Ils sont nécessaires pour ceux qui se trouvent dans un dénuement absolu, sans parents, sans amis, sans aucun moyen personnel d’existence ; mais à l’aide des secours, on peut diminuer considérablement le nombre de ceux qui demandent à y être admis, en les retenant au sein de leur famille… La morale publique ne peut que gagner à ce mode de secours… » [8][8] Davenne H., De l’organisation des secours publics en....

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Le reproche récurrent d’un hôpital qui tendrait à distendre les liens familiaux, et à corrompre les bonnes mœurs est en effet un topos de la littérature des administrateurs au XIXe siècle. Au contraire les secours à domicile, soit en nature sous forme de bons de nourriture, de chambres d’hôtel, soit en espèces sous la forme de secours temporaires ou annuels étaient particulièrement bien vus des autorités car ils coûtaient infiniment moins cher à l’Administration. En 1851, les dépenses totales des Secours à domicile [9][9] Sans compter les secours Montyon attribués aux indigents... s’élevaient à 1 794 929,24 francs [10][10] Pour un budget total de 13 273 073,44 francs, Ibid.,... contre 3 842 922,49 francs pour l’ensemble des hôpitaux parisiens – sans les hospices, réservés aux vieillards – regroupant 5 641 malades à la fin de 1851.

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En 1855, ces chiffres ont sensiblement augmenté : les dépenses totales des Secours à domicile s’élèvent à 2 439 121,70 francs, celles des hôpitaux à 5 289 985,09 francs regroupant quelques 6 344 malades à la fin de 1855 (pour un budget de 18 801 074,58 francs) [11][11] Compte Moral et administratif de 1855, tableaux A-II,.... Ces secours à domicile étaient d’ailleurs financés en partie par des dons et legs de riches philanthropes, ce qui contribuait à en alléger la charge pour l’Administration.

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Parmi ces secours dispensés par les Bureaux de Bienfaisance, les soins médicaux étaient destinés à occuper une place de plus en plus importante afin de diminuer le nombre toujours trop élevé des malades hospitalisés. Le fonctionnement de ces soins à domicile était le suivant : « d’un côté des visites régulières à domicile permettent d’éviter de donner des soins trop importants en prenant les devants […] d’un autre côté, les médecins dépendant des Bureaux de bienfaisance administrent des soins médicaux qui évitent aux indigents d’aller dans les hôpitaux » [12][12] Felkay, C., Les Bureaux de bienfaisance […], op. cit.,....

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Le bilan de cette politique visant à favoriser les soins à domicile pour désengorger des hôpitaux quelque peu surpeuplés est en demi-teinte. S’il est vrai qu’une médecine de quartier semble s’être mise peu à peu en place dans les dispensaires et Maisons de Secours, la déshospitalisation souhaitée n’a pas eu lieu.

Des conditions de logement précaires

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Les conditions assez précaires de logement rendent en effet difficiles l’application d’une médecine à domicile véritablement efficace. Ce mode de soins est pourtant réclamé par de nombreux membres du Conseil de Surveillance de l’Assistance publique, inquiet devant l’augmentation des frais de l’administration, dans lesquels le financement des hôpitaux pèse lourd.

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La création de la Commission sur le logement insalubre par la loi du 13 avril 1850 a marqué la première étape d’une action publique, encore bien timide [13][13] Yankel Fijalkow souligne fort justement les limites..., envers l’amélioration du logement. Ses premières inspections dénoncent les vices de construction comme par exemple des cheminées sauvages, bricolées,« adossées à des pans de bois » ou édifiées « après coup (absence de trémie) », ou bien encore des « charpentes traversant des cheminées » [14][14] Loua T., « Les logements insalubres à Paris », Journal..., facteurs souvent décisifs dans le déclenchement d’incendies. Enfin, le sous-équipement sanitaire concernant l’adduction en eau et l’évacuation des eaux usées est pointé comme un autre élément d’insalubrité des logements. Ces efforts sont soulignés mais encore considérés comme insuffisants par la Préfecture de police, qui se dote dès 1878 d’un service d’Inspection sanitaire pour les hôtels meublés et les logements loués en garnis, considérés comme les plus propices au développement des épidémies [15][15] « En fait, il était indispensable de confier à la préfecture.... Par ailleurs, la « mise en œuvre du casier sanitaire des maisons de Paris, inventaire complet des données morphologiques, sanitaires et médicales des 70 000 immeubles de la capitale » [16][16] Fijalkow Y., Surpopulation ou insalubrité […], art...., par la Préfecture de la Seine en 1894, complète cet urbanisme hygiéniste naissant, qui vise à stigmatiser les îlots insalubres, concentrés des bâtisses les plus suspectes de diffuser des épidémies. Quelle que soit l’autorité, le constat d’une dégradation des conditions de logement, pour les classes les plus pauvres de la population, est patent dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il explique en partie l’inefficacité relative d’une médecine à domicile vouée à l’échec dans des conditions de surpeuplement, d’hygiène et de confort qui font pâlir les contemporains.

Le recours difficile à la médecine à domicile

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A partir de 1853, l’administration de l’Assistance publique réorganise de manière plus fonctionnelle le service de la médecine à domicile [17][17] Instructions pour l’exécution de l’arrêté du 20 avril..., qui existait déjà sous le Conseil général des Hospices, mais qui ne relevait pas directement de ses attributions. La médecine à domicile était en effet un service distinct sous la tutelle des administrateurs des Bureaux de Bienfaisance. En raison d’un manque chronique de moyens [18][18] Cette allocation était comprise entre 1800 et 2500..., répartis par les maires d’arrondissements, les secours à domicile étaient très limités : « On serait tenté de croire qu’elle [l’ancienne administration] avait peu de sympathie pour l’extension des malades à domicile, dont elle n’avait que la surveillance, et qu’elle réservait toutes ses affections et tous ses soins pour les établissements hospitaliers placés sous sa direction immédiate.

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Heureusement, il n’en est plus ainsi aujourd’hui. Toutes les branches de l’Assistance publique sont réunies sous une même administration, et Monsieur le Directeur général s’occupe avec la même sollicitude de toutes les parties qui composent la grande administration qui lui est confiée. Il comprend que les divers degrés de secours doivent se lier et s’entraider ; que chacun doit avoir la puissance et le développement que comporte son importance, que l’un ne doit pas être favorisé aux dépens de l’autre, sans danger de rompre l’équilibre et de porter préjudice aux intérêts des malheureux souvent les plus dignes d’assistance » [19][19] Administration de l’Assistance publique, Rapport de.... Ces soupçons d’une plus grande attention portée aux secours hospitaliers ne sont pas neufs. Quoi qu’il en soit les autorités ont conscience que la prise en charge médicale doit aussi passer par la prévention. Ces soins à domicile s’adressent du reste à partir de 1853 non plus seulement aux indigents inscrits sur les registres des bureaux de bienfaisance – ces pauvres parmi les pauvres – mais également aux nécessiteux, ceux qui ont besoin d’une aide ponctuelle pour ne pas tomber dans l’indigence. Ainsi les Instructions pour l’exécution de l’arrêté du 20 avril 1853 portant sur l’organisation du service du traitement médical à domicile insistent sur la nouveauté que représente : « … le traitement à domicile non seulement aux indigents inscrits aux secours annuels et temporaires des bureaux de bienfaisance, mais encore à ces ménages si nombreux dans la Capitale, qui vivent au jour le jour du produit de leur travail et qui ne peuvent trouver dans leurs épargnes les ressources nécessaires pour faire face à la maladie et au chômage qu’elle entraîne après elle.

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Le traitement à domicile constitue ainsi un mode de secours spécial, essentiellement temporaire, et dont l’application sera soumise à des règles exceptionnelles » [20][20] Instructions pour l’exécution de l’arrêté du 20 avril....

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On constate du reste, à partir de 1853, que l’organisation rénovée de la médecine à domicile soigne des patients en nombre croissant.

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Les Rapports sur le traitement des malades à domicile publiés régulièrement par l’Assistance publique à partir de cette date permettent d’avoir une idée plus précise de l’alternative, valable ou non, qu’elle pouvait incarner face à l’hôpital. En fait les soins à domicile sont très souvent présentés par l’administration comme le moyen de désengorger l’hôpital [21][21] « Personne depuis 1854 ne pouvait douter sérieusement..., et in fine d’économiser sur les lourds coûts de la machine hospitalière. On peut légitimement questionner la validité d’un tel postulat, a fortiori lorsque celui-ci s’accompagne d’un discours moralisateur sur les vertus des soins prodigués dans un environnement familier au sein du foyer. De plus, ce sont les mêmes administrateurs qui vantent avec tant d’enthousiasme la qualité d’une médecine à domicile, et qui constatent les difficiles conditions du logement dans les quartiers populaires. L’apparente contradiction de la démarche porte l’empreinte de l’ambivalence de la politique sanitaire sous l’Empire et au début de la IIIe République : on veut soigner mais sans concentrer des populations considérées comme dangereuses, et dont le regroupement ne peut avoir qu’une mauvaise influence d’un point de vue médical comme d’un point de vue moral.

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Premier enseignement de ces Rapports : le nombre de malades soignés à domicile est en augmentation constante sur toute la fin du XIXe siècle. On passe de 30 715 inscriptions en 1854 à 78 591 en 1880 pour redescendre ensuite légèrement à 73 913 en 1904, comme l’indique le tableau ci-dessous :

Tableau 1 - Comparaison entre 1854 et 1904 du nombre de nécessiteux et d’indigents inscrits au traitement à domicileTableau 1
Source : Administration de l’Assistance publique, Rapport sur le traitement des malades à domicile pour les années 1868, 1869, 1870 et 1871, Paris, Dupont, 1872 et Rapport sur l’assistance médicale à domicile pendant les années 1899, 1900 et 1901, AAP D-788 et Compte moral et administratif 1904, AAP, 3M54.
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Le nombre de malades traités passe de 28 076 en 1854 à 75 273 en 1880. En proportion, le nombre de malades inscrits au traitement à domicile a pratiquement augmenté d’un point au regard de la population parisienne sur cette période. Bref, le succès de ce mode de soin est indéniable. Si on regarde le chiffre des accouchements à domicile qui fait l’objet d’un chapitre à part dans les Rapports, les résultats sont identiques.

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Est-ce à dire que le succès du traitement à domicile serait la marque d’un déclin de l’hôpital ou du moins d’une désaffection de celui-ci ? En d’autres termes, les soins à domicile ont-ils réussi à supplanter l’hôpital ainsi que le voulaient les administrateurs de l’Assistance publique ? En réalité, la concurrence avancée entre la médecine à domicile et les soins délivrés à l’hôpital est purement théorique. Dans le même temps, le nombre de personnes entrées dans les hôpitaux parisiens est passé en effet de 55 029 individus en 1851, pour l’ensemble des établissements généraux de l’Assistance publique à 64 982 en 1879, et à 125 143 en 1903, pour atteindre 153 666 en 1913 [22][22] Voir AAP, Comptes moraux, 3M1, 3M30, 3M53 et 3M60., soit une croissance de plus de 200%. C’est dire que l’augmentation est autrement plus forte pour la population soignée à l’hôpital, que pour celle soignée à domicile. L’objectif de désengorgement de l’hôpital grâce au développement d’une médecine de quartier est donc loin d’être atteint.

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Selon toute vraisemblance, cette moindre progression des soins médicaux à domicile s’explique par l’inconfort et la précarité, voire l’insalubrité des logements : ils ne peuvent être des lieux thérapeutiques au même titre que les hôpitaux. De plus, la demande de soins et le service rendu ne sont sans doute pas les mêmes. Tout se passe comme si la médecine à domicile était moins une concurrente de l’hôpital qu’un supplétif qui permet de digérer la formidable hausse démographique [23][23] « Même si l’on ajoute aux 84 000 hospitalisés de 1863,..., et qui nourrit une population qui utilise tous les moyens mis à sa disposition. Surtout, il n’y a pas d’équivalence entre soin délivré à domicile avec une visite aléatoire rapide du médecin et la prise en charge pendant quelques jours à plein temps dans un établissement hospitalier. Comme le constate Gustave Mesureur, directeur de l’Assistance publique en 1903, « le traitement à domicile n’a pas donné tous les résultats qu’on était en droit d’espérer ». Un faisceau d’arguments explique selon lui cette situation. En premier lieu, il fustige l’incurie des médecins au domicile des patients : « Un trop grand nombre d’entre eux se contente d’une seule visite, à la suite de laquelle le malade est soit dirigé sur l’hôpital, s’il est gravement atteint, soit renvoyé au service des consultations si son affection ne le met pas dans l’impossibilité de se déplacer. [Tout cela rend illusoire tout service de traitement à domicile puisque] le malade, renvoyé aux consultations a bien la ressource de rappeler le médecin mais il craint le plus souvent qu’un nouvel appel ne mécontente celui-ci, et il continue à se rendre à la consultation alors que bien souvent il eût infiniment mieux valu pour lui d’être soigné à domicile » [24][24] Administration de l’Assistance publique, Rapport sur....

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La raison en est certainement à chercher dans le manque de moyens financiers, dont souffrent les Bureaux de bienfaisance, qui fait préférer l’hôpital.

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G. Mesureur souligne en effet « l’insuffisance des ressources dont bénéficient les bureaux de bienfaisance sur les crédits de l’assistance à domicile qui ne leur permet que de moins en moins d’assurer aux malades en même temps que la gratuité du traitement médical, l’allocation de secours suffisants pour représenter au moins une part appréciable des dépenses en nourriture et des pertes de temps résultant pour leur famille de ce mode d’assistance » [25][25] Ibid..

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Il achève son rapport par une démonstration portant sur le coût paradoxal d’un malade à domicile pour son foyer, plus lourd que s’il était hospitalisé. En effet, lorsqu’il est à l’hôpital, la famille n’est privée que de son salaire, alors que s’il est à la maison, la perte du gain des proches qui doivent rester à son chevet grève le budget familial, sans compter ajoute G. Mesureur, « les dépenses de nourriture, de blanchissage et de douceurs coûteuses qu’il réclame à sa famille et qu’on ose rarement lui refuser » [26][26] Ibid.. Il termine son réquisitoire par la réclamation de moyens suffisants pour les malades à domicile et leur famille afin d’éviter une hospitalisation, que semblent lui préférer les malades voulant éviter d’être une trop lourde charge pour les siens. Ainsi, faute de moyens matériels et financiers à la hauteur de l’enjeu, les soins à domicile ne sont pas parvenus à réduire les hospitalisations.

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En somme, les soins à domicile n’ont donc pas réussi à soulager l’hôpital, celui-ci reste le moyen le plus couramment utilisé par les malades souffrants d’une affection, car ils savent que la prise en charge y sera meilleure et le coût moins lourd pour leur famille. Les autorités inquiètes devant les coûts de la machine hospitalière ne parviennent cependant pas à proposer une alternative valable aux yeux des malades. L’examen des patients de l’hôpital nous renseigne sur les raisons de cette fréquentation qui ne faiblit pas.

La fréquentation hospitalière : une population d’isolés ?

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L’hôpital demeure donc un lieu de soin massivement fréquenté. Comment peut-on caractériser les patients qui viennent s’y faire soigner. Pour tenter de caractériser les publics fréquentant les hôpitaux on a dépouillé, selon un sondage au 1/10e, les registres d’entrées [27][27] Pour une explication détaillée sur l’utilisation de... de trois des plus importants hôpitaux généraux de la fin du XIXe siècle, Lariboisière inauguré en 1854, Tenon en 1879, et le nouvel Hôtel-Dieu en 1878. Les indicateurs de l’État-civil des malades entrés dans les hôpitaux parisiens considérés peuvent nous aider à élucider les motivations du recours à l’hôpital. L’âge, le sexe, l’isolement sont-ils des facteurs favorisant le séjour à l’hôpital ? Perçoit-on des évolutions au cours de la période qui va de 1850 à 1914 marquée par des avancées décisives en matière de recherche médicale ?

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Le choix de l’hôpital ou des soins à domicile dépend-il des caractéristiques sociodémographiques des individus ou de la nature des pathologies ?

A l’entrée à l’hôpital, une surreprésentation de jeunes adultes

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Dès 1855 à l’hôpital Lariboisière (tableau 2), on constate que seule la part des 20-39 ans est supérieure à celle du reste de la capitale si on en croit le dénombrement de 1856. Certes, toutes les classes d’âges sont représentées. Mais plus d’un patient sur deux à Lariboisière est un jeune adulte de moins de 40 ans. La proportion des adultes de plus de 40 ans, ainsi que celle des personnes plus âgées correspondent approximativement à celle de la capitale, tandis que la part des 5-19 ans est inférieure de 8 points environ à leur proportion dans la ville toute entière. En effet, dès son ouverture Lariboisière n’est pas un hôpital réservé aux enfants, mais il les accueille soit qu’ils soient effectivement malades, soit qu’il s’agisse de jeunes nourrissons dont la mère, malade, ne peut se séparer. Ils sont parfois indiqués comme étant « placés au dépôt », sorte de pouponnière réservée aux enfants abandonnés ou séparés de leur mère.

Tableau 2 - Répartition des âges à Lariboisière en 1855 (comparaison avec le dénombrement de 1856)Tableau 2
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Les comparaisons entre les trois hôpitaux n’étant possible qu’à partir de 1879, on a opté pour une étude des âges des malades hospitalisés cette année-là, puis en 1887, 1895 et 1903. Les dénombrements quinquennaux ne correspondant pas exactement avec les années de l’échantillon hospitalier, on a de préférence, établi les comparaisons avec les arrondissements qui fournissent la plus grande proportion de malades, en utilisant les données des recensements qui suivaient l’année envisagée. Ainsi, pour 1879 les chiffres sont issus du dénombrement de 1881, pour 1887, ils proviennent du dénombrement de 1891. En revanche, les données hospitalières de 1903 ont été comparées avec celle du dénombrement de 1901, car celui de 1906 [28][28] L’Annuaire statistique de la Ville de Paris pour 1905... ne comprenait pas les structures par âge des habitants au niveau de l’arrondissement.

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On constate à l’hôpital l’étonnante surreprésentation, chez les adultes, des catégories les plus jeunes : a priori la jeunesse est plutôt synonyme de santé et on peut être surpris de compter parmi les hospitalisés autant de jeunes : la classe des 20-39 ans surtout apparaît presque toujours systématiquement surreprésentée – de 10 à près de 17 points pour Lariboisière et l’hôtel-Dieu – par rapport à sa part dans les arrondissements environnants, au premier rang des quartiers qui fournissent le plus de malades. Ces premières observations demandent à être vérifiées sur le long terme.

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Sur l’ensemble des trois années 1879, 1887 et 1903 prises comme références, l’observation préliminaire faite à Lariboisière dès 1855 se confirme : constamment la part des 20-39 ans est surreprésentée aussi bien dans les arrondissements majoritaires parmi les domiciles des malades qu’à l’échelle de la ville. Cependant, une tendance au retournement semble à l’œuvre : massive au début de la période, la surreprésentation est beaucoup moins nette dans les toutes premières années du nouveau siècle (de deux à quatre points d’écart seulement entre les chiffres de 1903 et le dénombrement de 1901). Une autre constatation récurrente est apparue : la sous représentation régulière des 5-19 ans, à un âge où l’activité professionnelle est minoritaire, ce qui laisse présager que le recours à l’hôpital a manifestement partie prenante avec les risques au travail. Peut-être sont-ils aussi moins présents parce qu’on les garde davantage à la maison. Quant aux 40-59 ans, elle connaît un destin inverse à celui de 20-39 ans. Légèrement sous-représentés en 1879, ils semblent peu à peu convaincus de venir se soigner à l’hôpital et s’y rendent légèrement plus que leur proportion dans les arrondissements proches à la fin de la période. Les âges extrêmes enfin sont inégalement représentés selon les époques et les hôpitaux.

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Si on veut synthétiser et comparer les résultats d’un hôpital à l’autre sur la période on peut lire sur le graphique 1, l’évolution de la part des 20-39 ans, majoritaire pour les trois hôpitaux considérés au cours des années sur l’ensemble des hospitalisés, et qui serait encore augmentée si on enlevait les naissances de l’ensemble de la population hospitalisée, puisqu’ils sont considérées dans les registres comme des « entrants », bien qu’ils ne soient pas des malades à proprement parler.

Graphique 1 - Évolution des 20-39 ans à Tenon, Lariboisière et l’hôtel-DieuGraphique 1
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On constate que cette part va en diminuant assez légèrement pour l’hôtel-Dieu et Lariboisière et qu’elle se situe pour ces deux établissements à des proportions relativement voisines, proches de la moitié des entrées. À l’hôtel-Dieu la proportion des 20-39 ans diminue un peu plus vite qu’à Lariboisière : alors qu’elle lui était supérieure jusqu’en 1895, elle s’infléchit et lui devient inférieure pour remonter légèrement ensuite et se stabiliser à un niveau équivalent. Tenon se distingue en revanche, avec des taux légèrement inférieurs qui diminuent de 1879 à 1903 pour se stabiliser autour de 40% du total, sans toutefois retrouver son niveau initial proche de 50%. Sur toute la période, la classe des 20-39 ans représente le contingent le plus important des malades hospitalisés. La jeunesse de la population hospitalisée apparaît donc comme une caractéristique majeure. Le paradoxe n’est pourtant qu’apparent. Certes, il s’agit d’une population qu’on imagine plus robuste et moins fragile que les classes les plus extrêmes de la pyramide des âges, mais cette population connaît aussi les risques professionnels les plus grands, induits par des travaux plus physiques et plus dangereux. Plus exposée, elle serait aussi moins prudente dans l’exercice de ces activités.

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Un rapide examen de l’éventail des âges au sein de cette catégorie permet de vérifier que les plus jeunes sont aussi les plus nombreux : ainsi les moins de trente ans représentent 57,72 % des patients de la classe des 20-39 ans en 1887 à Tenon. Par ailleurs, dans la catégorie des 5-19 ans, les jeunes âgés de 15 à 19 ans totalisent une majorité écrasante (97,39 %) pour la même année. La jeunesse serait donc un facteur très contraignant d’entrée à l’hôpital : il est possible qu’en l’absence de famille à charge, l’entrée à l’hôpital pour se faire soigner soit perçue comme une solution pratique qui n’empiète pas sur un budget familial précaire. Elle résulterait dans ce cas d’un choix déterminé. La jeunesse des patients est peut-être aussi liée à une relative instabilité familiale et professionnelle, expliquant ainsi une entrée à l’hôpital d’individus démunis ne sachant trop où aller quand la maladie les frappe. Dans les deux cas, l’hospitalisation est envisagée comme un moyen banal de se faire soigner.

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La deuxième classe d’âge la plus représentée est celle des 40-59 ans. On constate que celle-ci connaît une assez nette augmentation tout au long de la période, mais sa part reste assez proche du quart des patients hospitalisés pour Tenon et Lariboisière, alors qu’elle atteint le tiers en fin de période pour l’hôtel-Dieu.

Graphique 2 - Évolution des 40-59 ans à Tenon, Lariboisière et l’hôtel-Dieu entre 1855 et 1911Graphique 2
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Au total, la part des 20-59 ans est largement majoritaire parmi les patients hospitalisés et cette évolution inverse incite à supposer un peu hâtivement que l’une commence à supplanter l’autre. Ainsi les patients les plus jeunes viendraient-ils de moins en moins à l’hôpital, alors que les adultes les plus âgés, plus installés dans la vie s’y rendraient davantage à la veille de la Grande Guerre. La réalité doit cependant prendre en compte l’évolution sur l’ensemble de la période. L’indice d’une médicalisation [29][29] Léonard J., La France médicale au XIXe siècle, Paris,... accrue de la société urbaine, passant par un recours plus fréquent à l’hôpital, est manifestement à l’œuvre dans cette mutation. L’allongement de la durée de la vie est également visible. Au début de la période, les plus jeunes sont plus nombreux à venir se faire soigner à l’hôpital car ils n’ont pas le choix et s’y rendent par nécessité, l’absence d’une famille à charge leur rendant la tâche plus aisée. À la veille de 1914, même s’ils demeurent encore majoritaires, leur nombre a diminué au profit de malades un peu plus âgés qui ont sans doute délibérément opté pour des soins médicaux que l’hôpital seul peut fournir. Surtout, une partie des individus qui a commencé à fréquenter l’hôpital dans les année 1880, à l’époque de sa jeunesse - moins de 30 ans - est vraisemblablement la même qui continue de s’y faire soigner dans les années 1910, à l’approche de la cinquantaine : on aurait en somme dans cette évolution le signe d’une génération ayant pris l’habitude de se rendre à l’hôpital.

Hommes et femmes : un rapport différent à l’hôpital

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Si dans l’ensemble de la population hospitalisée les hommes prédominent, l’analyse de la répartition des sexes par classe d’âge fait apparaître d’autres critères notamment l’activité.

Graphique 3 - La répartition des sexes selon les classes d’âges en 1855 (Lariboisière)Graphique 3
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Selon leur âge, les hommes et les femmes n’ont pas le même rapport à l’hôpital. En 1855, les femmes sont plus représentées que les hommes dans les tranches des 20-39 ans et des 0-4 ans. Les hommes sont majoritaires dans toutes les autres classes d’âge. Est-ce que la réticence des individus à se rendre à l’hôpital serait plus féminine ? On peut en douter d’autant que la tranche (20-39 ans) où elles sont majoritaires est également celle qui est la plus massive à se rendre à l’hôpital. Cette tranche d’âge correspond aussi à celle de la maternité, qui est effectivement une cause importante de l’hospitalisation des femmes. Enfin, les hommes connaissent un taux d’activité supérieur [30][30] Le travail féminin concerne 30 % de la population active... à celui des femmes. Ceci pourrait expliquer qu’ils aient, plus que les femmes, recours à l’hôpital dans les autres classes d’âges, en raison de risques professionnels plus grands [31][31] En analysant les taux de mortalité des ouvriers par.... On peut s’interroger sur la constance de cette tendance sur la période en comparant le sexe et les classes d’âges représentées à l’hôpital Lariboisière pour les années 1879 et 1911 (graphiques 4 et 5).

Graphique 4 - La répartition des sexes selon les classes d’âges en 1879 (Lariboisière)Graphique 4
Graphique 5 - La répartition des sexes selon les classes d’âges en 1911 (Lariboisière)Graphique 5
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En effet, l’hospitalisation selon les classes d’âges, présente des constantes, qui sont repérables d’un hôpital à un autre. Les femmes seraient ainsi moins nombreuses que les hommes à se rendre à l’hôpital dans toutes les classes d’âges sauf pour les 20-39 ans où leur proportion l’emporte sur les hommes. Les statistiques pour Tenon et l’hôtel-Dieu sont très comparables à celles observées pour Lariboisière et plaident également pour un recours plus féminin à l’hôpital à une période qui correspond à celle de leur plus grande fécondité. La réticence féminine à l’hôpital qui se fait sinon entendre, est peut-être liée à une plus grande pudeur ressentie devant un corps de médecins uniquement masculin, ce à quoi s’ajoute peut-être la moins grande exposition des corps féminins à des travaux physiques, à l’alcool ou aux bagarres [32][32] La dernière colonne des registres d’entrées, consacrée..., plus masculines.

Le poids des célibataires

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Les informations fournies par la situation familiale de ces patients permettent de vérifier l’hypothèse selon laquelle l’ensemble serait dominé par de jeunes adultes encore instables, et auxquels l’isolement fournirait une raison supplémentaire de se rendre à l’hôpital. Évidemment le célibat ne suffit pas à prouver que le malade est seul, puisqu’il existe une forte proportion de concubins dans les grandes villes et en particulier à Paris. Il suggère néanmoins une situation plus vulnérable que celle du marié. Pour une année comme 1887, prise au milieu de notre période, on constate que pour les trois hôpitaux la proportion est comparable :

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La proportion des célibataires est d’après le tableau 3, toujours supérieure à la moitié des effectifs ; il convient cependant d’écarter les enfants qui contribuent à augmenter ce chiffre. C’est la raison pour laquelle on choisit d’étudier isolément la situation familiale des 20-59 ans, la plus représentée à l’hôpital, et celle qui correspond à l’âge d’une situation maritale officielle. On écarte ainsi les âges extrêmes, célibataires obligés pour les plus jeunes et davantage susceptibles de veuvage après 60 ans.

Tableau 3 - L’Etat civil des malades en 1887Tableau 3
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Le tableau 4 et le graphique 6 sur Lariboisière sont assez significatifs des résultats observés dans les deux autres hôpitaux de l’échantillon.

Tableau 4 - Situation familiale des 20-59 ans à LariboisièreTableau 4
Graphique 6 - État-civil des malades âgés de 20 à 59 ans à LariboisièreGraphique 6
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L’hôpital reste donc un refuge pour ceux qui sont les moins susceptibles de bénéficier d’un foyer stable, mais cette fonction tend à régresser puisque la part des individus mariés est en augmentation entre 1879 et 1911. L’hôtel-Dieu se distingue dans cette tendance générale par l’assez grande stabilité de la part des célibataires, comme de celle des mariés, qui constituent respectivement un peu plus de 50 %, et autour de 30 % du total. Si on ajoute les veufs, la proportion des malades fréquentant ces trois hôpitaux ne faisant pas partie d’un foyer légalement déclaré est constamment supérieure au reste des malades. Ainsi la solitude serait sans surprise un facteur favorisant l’entrée à l’hôpital, mais elle le serait de moins en moins, comme si la médicalisation de la société se traduisait aussi par un recours plus massif à l’hôpital de la part d’individus mariés. L’hôpital concerne donc de plus en plus d’individus.

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La comparaison de ces données hospitalières avec les résultats des dénombrements pour Paris révèle la structure suivante concernant les habitants de 20 à 59 ans (tableau 5).

Tableau 5 - Évolution de la situation familiale des 20-59 ans à Paris d’après les dénombrements de 1881 à 1901Tableau 5
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Rien d’étonnant au fait que les célibataires soient toujours surreprésentés par rapport à leur part dans la population parisienne. Cette observation vient corroborer l’hypothèse avancée lors de l’étude par âge. La maladie et l’arrêt momentané d’un travail sont sans doute plus catastrophiques pour ces individus isolés, qui ne peuvent profiter des soins dispensés par une famille. On peut en effet imaginer que les célibataires vivent dans des conditions plus précaires, plus instables que les couples mariés. Quant aux veufs, leur part est aussi très légèrement supérieure à celle qui est la leur d’après les dénombrements du XIXe siècle à Paris. Ceci fournit une nouvelle preuve que l’isolement accroît a priori les chances de fréquenter l’hôpital. On peut supposer que dans leur cas, l’existence d’une famille peut en général [33][33] Même si les quelques mentions des Correspondances laissent... les prémunir contre un séjour à l’hôpital qui n’intervient peut-être qu’en ultime nécessité.

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À l’inverse, les personnes mariées sont sous-représentées à l’hôpital, comme si l’existence d’un ménage officiel constituait une alternative à l’hospitalisation. La maladie est sans doute moins un bouleversement pour les couples qui bénéficient souvent d’un double salaire et peuvent se permettre de faire soigner le conjoint à domicile. Ces conclusions sur l’isolement relatif des malades venant à l’hôpital doivent être précisées par l’étude des origines, qui permet d’affiner l’analyse sur leur solitude supposée.

Les habitants de la Seine non-Parisiens : un recrutement de proximité ?

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Une surreprésentation des habitants de la Seine hors Paris doit tout d’abord être relevée, surtout pour Lariboisière et Tenon, situés à la lisière de Paris. Ces hôpitaux accueillent vraisemblablement nombre de patients qui résident dans des communes voisines de la capitale alors que l’hôtel-Dieu, par sa situation centrale et plus éloignée des gares du Nord et de l’Est que ne le sont Lariboisière et Tenon, reçoit davantage de patients de Paris intra-muros.

Un recrutement de proximité dans une ville d’accueil : les migrants surreprésentés

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On sait que la population hospitalisée était composée de plus 80 % de Parisiens [34][34] Voir le chapitre II de ma thèse « Des hôpitaux de proximité »..., et que la majorité résidait dans des quartiers proches de l’hôpital. Les hôpitaux ont donc un recrutement de proximité. Ce ne sont pas des établissements qui drainent sur tout le territoire national une population venue spécialement à Paris pour recevoir une assistance médicale. Les patients sont des résidents parisiens dont les origines diverses reflètent en l’accentuant le caractère de ville d’accueil de la capitale. Cependant on ignore depuis combien de temps ils y demeurent. L’examen du lieu de naissance combiné avec leur âge doit pouvoir fournir un indice de leur degré d’intégration et permettre de répondre à l’interrogation concernant leur ancienneté relative dans Paris.

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À Lariboisière comme à Tenon ou à l’hôtel-Dieu, on constate que la proportion des malades hospitalisés nés en province est toujours majoritaire et surtout surreprésentée d’environ 10 points comparativement à leur part dans la population parisienne dans son ensemble. On note par exemple pour Lariboisière que plus d’un patient sur deux (de 65,2 % en 1879 à 56,1 % en 1903 année de la proportion la plus faible) est un provincial d’origine sur toute la période. Les dénombrements sur la même période placent la part des provinciaux de naissance de 56 % en 1881 à 52 % en 1901 dans la population parisienne. Les migrants sont donc plus nombreux à Lariboisière qu’ils ne le sont dans la population parisienne. La part des natifs parisiens à Lariboisière est toujours comprise entre 20 et 30 % des malades. Elle connaît néanmoins une légère inflexion entre 1879 et 1887 (de 29,03 % à 22,76 %) pour ensuite remonter jusqu’en 1903, puis se stabiliser par la suite à un taux légèrement inférieur à 30%. Une sous-représentassion sensible des parisiens parmi les entrants à Lariboisière est ainsi à prendre en compte au vu des dénombrements sur la même période qui placent les parisiens de naissance entre 32,21 % en 1881 et 36,8 % en 1896 de la population totale.

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Les autres natifs de la Seine sont assez peu nombreux et ne représentent que de 2 à 5 % des malades, ce qui est conforme à leur part dans la population vivant à Paris sur la période. En revanche, le caractère international de Paris, capitale, n’est pas sans lien avec la proportion sensible de patients nés à l’étranger qui oscille entre 5,67 % et 7,82 %. Tous ces chiffres sont assez conformes avec la structure de la démographie parisienne.

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À Tenon, les résultats sont globalement identiques. À l’hôtel-Dieu, l’observation des lieux de naissance des patients hospitalisés donne également des résultats similaires, à ceci près que la part des originaires de province est légèrement plus marquée. Les Parisiens de souche présentent une stabilité remarquable avec une part qui oscille entre un cinquième et un quart des patients hospitalisés. Quant aux malades nés dans la Seine ailleurs qu’à Paris, ils ne comptent que pour une faible part de l’ordre de 4 à 6 % des malades environ, à l’exception de 1911 où ils atteignent le chiffre de 10 %.

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Ainsi ces malades hospitalisés sont-ils dans l’ensemble de migrants récents, mais la proportion des Parisiens qui dépasse toujours les 20 % plaide pour une image plus complexe que l’idée habituellement reçue à propos d’une institution urbaine qui n’est pas uniquement le dernier recours d’immigrants peu ou mal intégrés à la ville. Le nombre des patients nés en province, dans les trois hôpitaux considérés, est effectivement surreprésenté d’environ dix points comparativement à leur part dans la population parisienne dans son ensemble. Les provinciaux d’origine sont donc plus nombreux à l’hôpital qu’ils ne le sont dans Paris. L’hôpital dont on sait qu’il accueille en grande majorité des individus plutôt jeunes donne une nouvelle preuve de sa fonction de refuge : la fragilité des patients qui viennent chercher des soins à l’hôpital est à lire dans le croisement de ces deux données. Fraîchement arrivés de leur province, les patients sont peu insérés dans la société urbaine et viennent chercher abri et guérison auprès d’une institution parisienne justement célèbre, qui leur fournit gratuitement des soins. Quant aux Parisiens de souche, ils sont moins présents à l’hôpital que leur part dans la population parisienne : bénéficiant vraisemblablement d’un environnement familial ou amical plus enraciné, ayant généralement des métiers moins risqués que les provinciaux d’origine, leur recours à l’hôpital est peut-être également plus sélectif et serait davantage du ressort d’un choix que de la nécessité.

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En détaillant les départements d’origine de ces provinciaux plus ou moins récemment arrivés dans la capitale, la grande variété est l’élément le plus frappant : départements proches ou plus lointains, ils ne se caractérisent pas par une importance proportionnelle à l’éloignement. La force de l’attraction parisienne se lit dans la grande variété des origines géographiques de ces malades. La plus grande fréquence des départements du nord de la France, de l’ouest ainsi que de l’est est cependant à mentionner sans qu’il soit apparu nécessaire de les faire figurer sur une carte des départements, les effectifs représentés chaque année étant trop minces. À titre d’exemple, en 1879 à l’hôtel-Dieu, les neuf patients (1,16 % des hospitalisés) originaires de province viennent respectivement de l’Aube, de la Côte d’Or, du Lot, d’Indre-et-Loire, de l’Yonne, et Seine-et-Oise et pour les trois derniers, de Seine-et-Marne.

Les migrants de l’extérieur trouvent également le chemin de l’hôpital

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Les étrangers dans les hôpitaux forment entre 6 et 7 % de la population hospitalisée, conformément à leur part dans la population parisienne. La grande majorité d’entre eux vient de pays européens voisins de la France au premier rang desquels figurent la Belgique, la Suisse, l’Allemagne, le Luxembourg et l’Italie. En fin de période, la Russie, la Pologne et la Roumanie font une entrée remarquable et témoignent de l’ampleur des vagues d’immigration en provenance d’Europe orientale. Les patients nés aux colonies et en Alsace représentent des effectifs trop faibles pour être réellement significatifs et ne sont d’ailleurs pas systématiquement renseignés dans les dénombrements consultés.

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Le croisement avec les raisons médicales de l’hospitalisation devrait permettre de voir si les surreprésentations des jeunes adultes, des migrants, des jeunes femmes aux âges de la fécondité, correspondent à des pathologies particulières, des pathologies du travail, de la pauvreté, des nuisances de l’environnement et les représentations qui en sont données en termes de prédisposition ou de condition d’emploi.

Un facteur favorisant l’entrée à l’hôpital : l’isolement

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L’étude de différentes caractéristiques des publics fréquentant les trois hôpitaux généraux de l’étude a souligné la part importante d’individus plutôt jeunes, qui semblent avoir pris l’habitude de fréquenter l’hôpital dans leur jeunesse et qui continuent de le faire, indice d’une forme de confiance dans l’institution. L’étude des âges montre une fréquentation plus masculine que féminine, soulignant à la fois la réticence des femmes vis-à-vis d’un monde dominé par les hommes. On peut aussi y lire la plus grande exposition des corps masculins à un certain nombre de traumatismes. Être célibataire est sans surprise une raison d’un recours plus massif à l’hôpital. L’immigration récente est également un facteur supplémentaire de séjour dans une institution, qui constitue un refuge pour des corps souffrants ne disposant pas des solidarités familiales profondes. Néanmoins ces grandes spécificités tendent à s’effacer au cours du temps comme si l’hôpital entrait encore davantage dans les mœurs y compris pour des catégories de population mieux insérées dans la vie professionnelle et familiale.

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L’exploitation du fichier des entrées des hôpitaux a donc montré que les populations font un usage différent de l’hôpital selon leur âge, leur sexe, leurs origines. Derrière cette diversité, le trait majeur d’une grande partie des populations qui entrent à l’hôpital est la situation d’isolement dans laquelle elles se trouvent tant par l’âge, la situation matrimoniale, l’origine géographique. Pour elles, l’hôpital est non seulement un lieu de soin mais aussi un lieu d’accueil où elles trouvent un accompagnement qu’elles n’ont pas à domicile. Ces fonctions sont traditionnelles. Plus surprenant est le constat paradoxal selon lequel, loin de drainer les éléments les plus vulnérables, les hôpitaux recrutent de jeunes adultes dans la force de l’âge. Seul le croisement avec les données médicales est susceptible d’éclairer la particulière vulnérabilité de la population en âge de travailler. Sans doute, la France n’a pas échappé au caractère catastrophique de la révolution industrielle. Les travailleurs ont payé lourdement le coût des nuisances par leur corps et par une espérance de vie trop vite interrompue.

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L’hôpital dans la ville au XIXe siècle est donc investi de missions en apparence contradictoires. D’un côté il est vilipendé par les administrateurs qui soulignent son coût exorbitant et son caractère immoral. L’hôpital serait accusé de rompre les liens familiaux et de décourager une solidarité intergénérationnelle, caractéristiques d’une société soudée et cohérente. Ces administrateurs essaient alors tant bien que mal de promouvoir une prévention par l’intermédiaire de la médecine à domicile. Mais faute de moyens, cette initiative reste bien dérisoire face à l’immense machine hospitalière qui continue d’avoir un succès croissant. En effet d’un autre côté, l’hôpital ne voit pas son succès démenti, bien au contraire, et semble désormais incarner une forme de refuge, non plus seulement pour les jeunes célibataires, en âge de travailler, et qui ne disposent pas d’un foyer pour prendre soin d’eux en cas de maladie ou d’accident, mais aussi au fil de la période pour tous ceux qui se trouvent momentanément incapable de prendre soin d’eux en cas de maladie invalidante. Ainsi voit-on davantage d’individus qui semblaient réticents à un séjour hospitalier au milieu du siècle l’accepter à la veille de 1914, comme le montre la part sensible des individus mariés, des plus âgés ou des Parisiens de souche dans le public entrant à l’hôpital. En somme, on assiste à l’émergence d’une pratique sanitaire de plus en plus répandue au sein d’une population qui voit dans l’hôpital un instrument relativement efficace de santé publique.

Tableau 6 - Origine des habitants de Paris d’après les dénombrements effectués entre 1881 et 1901*Tableau 6

* Les habitants de Paris nés en Alsace ne sont pas systématiquement dénombrés, aussi pour les années 1881, 1886 et 1906, ils ont été comptés avec les habitants parisiens nés à l’étranger.

Notes

[1]

Pour une présentation générale de la situation des hôpitaux, des hospices, des dispensaires et de l’assistance à domicile qui ne fait l’objet que d’une réforme tardive (décret du 15 novembre 1895) dans la capitale, voir l’article de Marec Y. « L’organisation administrative de l’Assistance publique de Paris au XIXe siècle » in Démier F. & Barillé C., Les maux et les soins. Médecins et malades dans les hôpitaux parisiens au XIXe siècle, Paris, Action Artistique de la Ville de Paris, 2007, p. 303-314.

[2]

Rapport au Conseil général des hospices dans sa séance du 5 juillet 1843 sur les observations présentées par la commission médicale de 1841-1842, Paris, Bailly, 1843, Archives de l’Assistance publique (AAP), B-50945.

[3]

Ces Bureaux de bienfaisance ou de charité sont créés par la loi du 7 frimaire an V sous le Directoire (27 novembre 1796) et subsistent sous cette forme jusqu’à leur transformation en Bureau d’Aide sociale de la Ville de Paris en 1969. On les trouvait dans chacun des 12 arrondissements, puis dans les vingt à partir de 1860. Il s’agissait de bureaux de secours dirigés par le maire et des administrateurs bénévoles. Les secours étaient distribués soit en nature, soit en argent, dans des « maisons de secours ». Ils délivraient également des certificats d’indigence qui leur ouvraient des droits à des soins médicaux gratuits notamment. Voir Duprat C., Usages et pratiques de la philanthropie. Pauvreté, action sociale et lien social à Paris, au cours du premier XIXe siècle, Paris, Comité d’histoire de la Sécurité Sociale, 2 tomes, 1996 et 1997.

[4]

Discussion de la loi du 10 janvier 1849, intervention du citoyen Buchez, in Recueils, loi et ordonnances applicables à l’administration générale de l’Assistance publique, Paris, Dupont P., 1887, p. 505.

[5]

« Article premier : L’Administration générale de l’Assistance publique à Paris comprend le service des secours à domicile et le service des hôpitaux et hospices civils. Cette administration est placée sous l’autorité du Préfet de la Seine et du ministre de l’intérieur ; elle est confiée à un Directeur responsable, sous la surveillance d’un Conseil dont les attributions sont ci-après déterminées », Loi sur l’organisation de l’Assistance publique à Paris, 10 janvier 1849, in Recueil des lois ordonnances et décrets applicables à l’Administration générale de l’Assistance publique à Paris, Paris, Dupont P., 1887, p. 1.

[6]

« Art. 2. Les comités particuliers de bienfaisance et le directeur du bureau des nourrices sont immédiatement placés sous l’inspection de ce conseil (le Conseil général des Hospices) », cité par Tulard J., « Les prolongements historiques de l’assistance révolutionnaire » in Imbert J., La protection sociale sous la Révolution française, Association pour l’étude de l’histoire de la Sécurité sociale, Paris, 1990, p. 535-548. Sur ces questions voir aussi Imbert J., « L’Assistance publique à Paris de la Révolution française à 1977 », in EPHE, L’Administration de Paris (1789-1977), Actes du colloque du Conseil d’État du 6 mai 1978, Paris, Champion, 1979 et Leniaud-Dallard Flavie, « L’assistance sous le Consulat et l’Empire », 107e Congrès national des Sociétés Savantes, 1982, p. 105 et suiv.

[7]

Pour plus de détails, voir le travail de Felkay, C., Les Bureaux de bienfaisance à Paris de 1796 à 1860, mémoire de DEA, sous la direction de M. Démier F., Université de Paris-X Nanterre, 2004-2005.

[8]

Davenne H., De l’organisation des secours publics en France, Paris, Dupont, 1865, tome II, p. 304-305, cité par Felkay C., Les Bureaux de bienfaisance à Paris de 1796 à 1860, mémoire de DEA sous la direction de Démier F., Université de Paris X-Nanterre, 2004-2005, p. 8.

[9]

Sans compter les secours Montyon attribués aux indigents sortants de l’hôpital, ni les secours donnés par la Filature des Indigents, voir Compte Moral administratif de 1851, tableaux A-II, C-III,C-VIII,F, AAP, 3M1.

[10]

Pour un budget total de 13 273 073,44 francs, Ibid., p. 91.

[11]

Compte Moral et administratif de 1855, tableaux A-II, C- III, C-VIII, F, AAP, 3M5.

[12]

Felkay, C., Les Bureaux de bienfaisance […], op. cit., p. 8.

[13]

Yankel Fijalkow souligne fort justement les limites de la loi : « On doit émettre fort justement beaucoup de réserves sur le volontarisme de la loi de 1850 : le conseil municipal peut nommer une commission de logements insalubres, il n’y est pas tenu ; cette commission n’agit que sur la base d’une plainte du locataire concerné ; toutes les décisions du conseil municipal prises après avis de la commission sur les logements insalubres sont susceptibles de recours auprès du Conseil de Préfecture. Les propriétaires ne se privant guère de ces moyens, l’état d’esprit de la loi est plus important que ses effets sur le parc immobilier ». In Fijalkow Y., « Surpopulation ou insalubrité : deux statistiques pour décrire l’habitat populaire (1880-1914) », Le Mouvement Social, n° 182, janvier-mars 1998, p. 81, note 9.

[14]

Loua T., « Les logements insalubres à Paris », Journal de la Société de statistique de Paris, t. 3, 1879, p. 45.

[15]

« En fait, il était indispensable de confier à la préfecture de Police, plutôt qu’à la commission des logements insalubres le soin de surveiller et d’assurer l’exécution des prescriptions relatives à la salubrité des hôtels meublés et des logements loués en garni », ce qui explique l’ordonnance de police du 7 mai 1878, qui fait désormais de cette catégorie de logements, l’objet de contrôles de la part d’agents de la préfecture de police, et non plus d’agents de l’inspection de l’assainissement, des architectes voyers, des commissions d’hygiène et de salubrité d’arrondissement, ou jusqu’en 1879 des médecins du service de vérification des décès. Extrait de Préfecture de Police, Salubrité des hôtels meublés et des logements loués en garni, service de l’Inspection sanitaire et dans les communes du ressort de la Préfecture de Police, Paris, Chaix, 1895, p. 8.

[16]

Fijalkow Y., Surpopulation ou insalubrité […], art. cit., p. 87.

[17]

Instructions pour l’exécution de l’arrêté du 20 avril 1853 portant sur l’organisation du service du traitement médical à domicile, Paris, Dupont, 1853, AAP, B-1006-3.

[18]

Cette allocation était comprise entre 1800 et 2500 francs par arrondissement avant 1853. Voir Gaillard J., Paris, la Ville (1852-1870), op. cit., p. 244.

[19]

Administration de l’Assistance publique, Rapport de la commission chargée de l’examen du projet de règlement sur le traitement des malades à domicile, Paris, Dupont, 1853, p. 16.

[20]

Instructions pour l’exécution de l’arrêté du 20 avril 1853 portant sur l’organisation du service du traitement médical à domicile, Paris, Dupont, 1853, AAP, B-1006-3, p. 1.

[21]

« Personne depuis 1854 ne pouvait douter sérieusement du succès de la nouvelle institution ce succès était dans la nature des choses et tenait à des causes qui méritent d’être mentionnées : la principale apparaît dans la sympathie de la population pour un mode d’assistance qui concilie l’intérêt des familles avec le bon ordre et la morale publique. Une autre cause qui a également contribué pour une large part au développement de l’institution, c’est sa puissante organisation et la régularité avec laquelle le service fonctionne. En dépit de la misère qui les entoure et malgré l’exiguïté incommode de leurs logements, les malades guérissent plus vite dans leurs demeures qu’à l’hôpital ! » In Gille Charles-Fénelon, Le traitement des malades à domicile. Son histoire et ses rapports avec les bureaux de bienfaisance de la Ville de Paris, Paris, Germer Baillière & Cie, 1879, p. 485.

[22]

Voir AAP, Comptes moraux, 3M1, 3M30, 3M53 et 3M60.

[23]

« Même si l’on ajoute aux 84 000 hospitalisés de 1863, les 49 000 individus justiciables des soins gratuits à domicile, on ne retrouve pas la proportion des malades qui étaient à la charge des hospices au début du siècle, seulement grosso modo la proportion de 1850, soit environ 12 %. », in Gaillard J., Paris, la Ville (…), op. cit., p. 251.

[24]

Administration de l’Assistance publique, Rapport sur le traitement des malades à domicile pendant les années 1899, 1900 et 1901, Paris, Dupont, 1903.

[25]

Ibid.

[26]

Ibid.

[27]

Pour une explication détaillée sur l’utilisation de cette source extrêmement riche voir Désert G., Les archives hospitalières, source d’histoire économique et sociale, Caen, Cahiers des Annales de Normandie, 1977. Concernant la méthode utilisée pour ma thèse voir le chapitre V « L’hôpital d’une grande ville industrielle », in Barillé C., Soigner et guérir (…), op. cit., p. 229-244.

[28]

L’Annuaire statistique de la Ville de Paris pour 1905 (sic), Paris, Préfecture de la Seine, 1907, contient l’analyse du dénombrement de 1906. De même L’Annuaire statistique de la Ville de Paris pour 1911, Paris, Préfecture de la Seine, 1912, contient les résultats succincts du dénombrement de 1911.

[29]

Léonard J., La France médicale au XIXe siècle, Paris, Gallimard, 1978, en particulier l’introduction dans laquelle il rappelle que « la durée de vie moyenne des Français augmente de 20 ans entre la génération antérieure à la Révolution française et la Grande Guerre » ; ainsi que Faure Olivier, Les Français et leur médecine au XIXe siècle, Paris, Belin, 1993.

[30]

Le travail féminin concerne 30 % de la population active en 1866, 37,7 % en 1906 d’après A. Dewerpe, Le monde du travail en France 1800-1950, Paris, A. Colin, 1989, p. 96.

[31]

En analysant les taux de mortalité des ouvriers par professions, à la fin du XIXe siècle A. Cottereau remarque la « coïncidence parfaite entre hiérarchie des conditions de travail et hiérarchie des mortalités. Cette coïncidence ne correspond ni à une hiérarchie de rang social, ni à une « hiérarchie de salubrité de professions » au sens ramazziniste. La hiérarchie des mortalités des professions masculines et féminines, correspond avant tout à la conjonction de l’intensité physique du travail et de l’asservissement » in Cottereau A., « Usures au travail, destins masculins et destins féminins dans les cultures ouvrières en France au XIXe siècle », Le Mouvement social, n° 124, juillet-septembre 1983, p. 89. Il met bien en évidence notamment les stratégies d’évitement des femmes pour échapper à cet asservissement professionnel, en particulier dans la vie conjugale.

[32]

La dernière colonne des registres d’entrées, consacrée aux mentions les plus diverses, est quelquefois bavarde sur les circonstances d’arrivée d’un blessé : en particulier « blessé dans une rixe » est très récurrent et systématiquement masculin. On les trouve à 24 reprises pour la seule année 1895 à l’hôtel-Dieu. Voir à ce sujet l’étude que Francis Démier et Jean-Claude Farcy ont consacré aux conséquences de la loi Bérenger du 26 mars 1891, visant à séparer les délinquants occasionnels des récidivistes en introduisant la notion de sursis dans le droit pénal français, qui met bien en évidence l’existence d’une délinquance plus proprement masculine. Démier F., Farcy J-C, Regards sur la délinquance parisienne à la fin du XIXe siècle (années 1888-1894), Paris, Université de Nanterre, octobre 1997.

[33]

Même si les quelques mentions des Correspondances laissent entendre que la famille supporte parfois mal la contrainte d’une personne âgée malade à domicile.

[34]

Voir le chapitre II de ma thèse « Des hôpitaux de proximité » in Soigner et guérir. Des hôpitaux pour les travailleurs parisiens, Paris, Université de Paris-X Nanterre, 2007, p. 99-120 notamment.

Plan de l'article

  1. Restreindre le recours à l’hôpital : un vœu pieu
    1. Des conditions de logement précaires
    2. Le recours difficile à la médecine à domicile
  2. La fréquentation hospitalière : une population d’isolés ?
    1. A l’entrée à l’hôpital, une surreprésentation de jeunes adultes
    2. Hommes et femmes : un rapport différent à l’hôpital
    3. Le poids des célibataires
    4. Les habitants de la Seine non-Parisiens : un recrutement de proximité ?
    5. Un recrutement de proximité dans une ville d’accueil : les migrants surreprésentés
    6. Les migrants de l’extérieur trouvent également le chemin de l’hôpital
    7. Un facteur favorisant l’entrée à l’hôpital : l’isolement

Pour citer cet article

Barillé Claire, « Hôpital ou soins à domicile ? L’hospitalisaton à Paris à la fin du XIXe siècle », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2011 (N° 4), p. 77-99.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2011-1-page-77.htm


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