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Revue d'histoire de la protection sociale

2012/1 (N° 5)


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Il y a un peu plus de vingt ans, le Comité d’histoire de la sécurité sociale décidait de venir en aide aux chercheurs que ce domaine d’étude intéressait, et de publier à côté des principaux textes législatifs et réglementaires depuis 1789, une série de guides de recherche. Un premier groupe de publications était confié à ce que l’on pourrait appeler l’ancienne génération des spécialistes - Jean-Pierre Gutton et Jean Imbert – et permettait de couvrir d’une part la période allant des temps médiévaux à la Révolution et d’autre part un large XIXe siècle.

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Il fallut attendre la « relève » pour pouvoir profiter à la fin de l’an passé du troisième volume de la série et cela, grâce au courage et à la persévérance de Patricia Toucas-Truyen, spécialiste, depuis sa thèse de doctorat, en histoire de la mutualité.

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La présentation adoptée débute par un utile rappel de l’évolution de la protection sociale pendant les trois décennies couvertes, avant de se pencher sur les diverses archives disponibles (fonds publics, ressources des établissements publics, archives privées) et de présenter enfin une sélection de la littérature de référence. Un ensemble très riche en informations, mais aussi en possibilités de questionnements qui restent à la base de toute recherche.

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A la lecture de ces pages, on reste admiratif devant l’ampleur des informations fournies, même si – et l’auteure s’en justifie dans l’avant-propos comme dans les introductions de parties – il a fallu procéder à des choix et donc laisser certains points dans l’ombre. Ainsi, par exemple, quelques secteurs ont été peu développés, dont l’agriculture (cf. p. 7-9), les mines (p. 43-44 et 75 et suivantes) et le monde maritime (p. 165 et suivantes), qui fut cependant au centre de ses recherches de thèse. De même, on ne trouve que des allusions aux questions coloniales (p. 64-65 et 75-77), ou au fait que l’Alsace-Moselle a connu pendant chacune des deux guerres mondiales, des conditions très particulières de fonctionnement de la protection sociale, du fait de son rattachement au Reich allemand, une situation dont les effets ont continué à peser pendant tout le XXe siècle. Enfin, on peut toujours regretter que les travailleurs non salariés aient été laissés de côté (indication dans l’avant-propos) même si l’on ne peut, dans cette période, guère parler d’une véritable protection sociale, alors qu’ils représentent quantitativement une part fort importante de la société française. « L’évolution de la protection sociale salariée avant 1945 » qui forme la première partie (p. 11-55) constitue un bon rappel, assez complet dans l’ensemble et bien référencé et se terminant sur un utile tableau synchronique (p. 47-55). On regrettera cependant – vieille obsession personnelle ? – que les accidents du travail et maladies professionnelles aient été un peu sous-estimés, de même que la maternité ; ces deux « pistes » sont cependant relativement originales. Il est toujours possible également de chicaner l’auteure sur une présentation un peu floue des navettes parlementaires de la période 1918-1930 et des rôles respectifs de la Chambre des Députés et du Sénat, sur le poids des représentants du monde médical, ou sur les optiques particulières des diverses composantes religieuses ou laïques intervenant dans la question sociale.

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Les trois volets suivants permettent de présenter les divers centres d’archives qui permettent de mener des recherches et finalement de mieux comprendre la complexité du système français de protection sociale si souvent dénoncée par les spécialistes étrangers. On admire au passage la présentation de l’ensemble des dépôts départementaux, malgré la collaboration que l’on peut deviner très variable des divers archivistes et les renseignements plus ou moins numérisés et disponibles en ligne selon les cas. Bien entendu, on ne peut tenir rigueur à l’auteure de n’avoir retenu que quelques exemples parmi les 36 000 communes qui peuvent toutes avoir conservé des éléments utiles, particulièrement en matière d’assistance. Les grincheux et les hyper-spécialistes souligneront peut-être l’absence de renvois suffisants à telle ou telles sources qu’ils fréquentent avec assiduité, comme certaines archives mutualistes ou syndicales, quelques fonds d’entreprise confiés à des archives départementales ou encore certains fonds judiciaires ou les reliquats parfois des activités de conseils d’arrondissement. Il est vrai que toutes ces archives sont parfois assez mal conservées pour la période qui couvre les deux guerres et la période intermédiaire. Surtout, une quelconque exhaustivité des ressources documentaires référencées ne peut être atteinte par une étude sur papier et en conséquence l’échantillon choisi est obligatoirement discutable.

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Une même remarque est évidemment applicable lorsqu’on ajoute une cinquième partie (p. 281-316) consacrée aux « Ressources bibliographiques ». Il nous sera cependant accordé trois remarques d’inégale importance :

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- Le chercheur qui désire consulter les thèses de droit, dont l’importance est rappelée dans les pages 303 et suivantes, pourra se rendre à la bibliothèque Cujas, bizarrement oubliée dans la liste des bibliothèques parisiennes (p. 283-288).

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- Il me semble que les travaux concernant la protection contre le chômage ont été un peu trop occultés ou étrangement rassemblés avec ceux portant sur les retraites (p. 293-295).

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- Enfin, le chercheur débutant aura tout intérêt à ne pas oublier que les ouvrages concernant la protection sociale en France ne sont pas obligatoirement en langue française et que les regards étrangers sur toutes ces questions sont parfois très utiles, voire incontournables.

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Au total, chacun se réjouira d’avoir entre les mains ce troisième tome de la série du « Guide chercheur », en souhaitant que le Comité d’histoire de la sécurité sociale nous fournisse assez rapidement un autre volume sur la seconde partie du XXe siècle afin de compléter l’information des étudiants et amateurs qui voudraient s’aventurer dans ce continent encore largement inexploré de l’histoire contemporaine que constitue la Sécurité sociale et tous ses satellites les plus contemporains. Espérons que Madame Toucas-Truyen ou/et d’autres de qualité égale, voudront bien s’attaquer à la réalisation de ce projet.

Pour citer cet article

Hesse Philippe-Jean, « Guide du chercheur en histoire de la protection sociale, Volume III (1914-1945). Patricia Toucas-Truyen,, AEHSS/CHSS, 2011, 321p., 16 € - ISBN : 978-2-905882-84-4 », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2012 (N° 5), p. 122-124.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2012-1-page-122.htm


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