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Revue d'histoire de la protection sociale

2012/1 (N° 5)


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C’est durant l’Entre-deux-guerres que pour la première fois sont débattues sur la scène internationale des politiques visant la défense de la famille et de la natalité. Leurs promoteurs – des activistes natalistes et familialistes– se rassemblent dans une structure transnationale, le Comité international pour la vie et la famille (CIVF) de 1927 à 1939. Ils entendent agir tout à la fois auprès des États, des opinions publiques nationales et des organisations internationales (Société des nations et Bureau international du travail) pour mener à bien leurs projets natalistes/familialistes et faire barrage aux avancées du birth control. Or, ces acteurs privés doivent relever un double défi : à la fois convaincre des Etats européens peu sensibles à ce registre d’action sociale d’inscrire la question familiale sur l’agenda politique [1][1] La France paraît alors comme l’un des pays européens... et assurer la pérennité même de leur structure transnationale dont la cohésion est mise à mal par des forces centrifuges des composantes associatives natalistes et familialistes aux arguments patriotiques, voire nationalistes et impérialistes. Dans ce cadre, l’objet de cet article est moins d’analyser les objectifs et discours affichés dans les congrès internationaux, bien étudiés par Virginie de Luca Barrusse [2][2] De Luca Barrusse Virginie, « Crises démographiques..., que d’évaluer la réalité ou non de l’internationalisme de cette organisation et de ses projets durant un peu plus d’une décennie. Il s’agit en premier lieu d’interpréter l’extension de la mouvance de la fin des années 1920 à la fin des années 1930 comme l’indicateur ou non d’un renforcement d’un internationalisme pacifiste porté par des pères de familles nombreuses. Il s’agit en second lieu de mesurer les réussites et les limites respectives des deux registres défendus sur la scène internationale par ces militants, celui de la famille et celui de la natalité. Cela implique notamment d’évaluer la capacité de ces acteurs à s’entendre sur les modèles à promouvoir, tant en matière familiale que nataliste.

Contradictions et dynamiques d’un mouvement se revendiquant d’un internationalisme pacifiste

Les paradoxes d’une mobilisation internationale nataliste et familialiste

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Un regroupement de militants natalistes et familialistes européens [3][3] On trouve de telles associations durant les années... dans une même structure transnationale [4][4] Des représentants américains sont présents au moment... apparaît d’emblée comme paradoxal durant les années 1920. En effet, natalistes et familialistes ont des positions divergentes vis-à-vis de la nation et des frontières. Les organisations natalistes sont ainsi les chantres du patriotisme, voire du militarisme dans leurs pays respectifs. Ces groupements – tels que l’Alliance nationale contre la dépopulation en France [5][5] Thébaud Françoise, « Le mouvement nataliste dans la... – ont ainsi construit leur argumentaire sur le lien entre le poids démographique d’un pays et sa puissance militaire dans un esprit de rivalité entre Etats européens. Les mouvements familialistes sont quant à eux des groupements de pères de familles nombreuses qui se rassemblent pour défendre leurs intérêts. Ils montent en puissance durant les années 1920 notamment en France, autour de la Fédération des associations de familles nombreuses dirigées par Auguste Isaac et en Belgique, avec la Ligue belge des familles nombreuses. Pour eux, c’est la dimension internationaliste de la mobilisation qui doit l’emporter. Le fondateur et premier président du CIVF, l’ancien ministre français du commerce français Auguste Isaac, est ainsi favorable à la mise en place d’une véritable internationale des pères de familles ; il condamne le nationalisme des natalistes ainsi que ceux qui se réjouissent « de voir le désordre moral régner dans un pays voisin sous prétexte que notre intérêt national ne peut que profiter de la décadence d’un rival ». C’est à l’inverse un réel projet pacifiste et internationaliste qu’Isaac entend promouvoir à travers la création d’un Comité international pour la vie et la famille : « Les pères de famille sont, par destination, des pacifiques : les rapprocher par-dessus les frontières, n’est-ce pas augmenter les chances de la concorde internationale. S’il y a des nuances entre les façons de sentir et de s’exprimer d’un pays à l’autre, le fond de l’esprit familial est le même, les aspirations procèdent de sources identiques, les facultés de l’âme ne changent pas. Déjà des peuples sont habitués à s’observer et à s’imiter dans leur législation civile ou politique. Pourquoi les lois qui concernent la famille n’auraient point tendance à s’identifier » [6][6] Isaac Auguste, Rapport du premier congrès du Comité... ?

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Les conceptions différentes de promotion de la famille et de la natalité entre les natalistes et les familialistes constituent un autre écueil. S’ils s’accordent sur une nécessaire hausse de la natalité et un programme politique favorable aux familles, en revanche, leurs buts et leurs argumentaires divergent. Chez les natalistes, les considérations morales sont secondaires, les objectifs étant fixés prioritairement en fonction des calculs démographiques. Et l’accent est mis sur l’aspect financier de la défense des familles nombreuses. De leur côté, les familialistes entendent promouvoir une conception morale de la famille, de la maternité et de l’enfance en se mobilisant autour d’une catégorie-cible particulière : les familles nombreuses. En outre, la défense des intérêts religieux et plus particulièrement catholiques peut être un facteur supplémentaire de rassemblement. C’est le cas de la Ligue des familles nombreuses des Pays-Bas – ligue en réalité ouverte à toutes les familles, à condition que celles-ci soient catholiques – ou bien de la Confédération nationale catholique des pères de famille d’Espagne. En Angleterre, c’est une vision exclusivement moralisatrice qui est privilégiée durant les années 1920 alors que l’organisation nataliste de la League of national Life est minoritaire [7][7] Ces mouvements doivent convaincre une opinion publique....

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C’est l’opposition aux arguments néo-malthusiens de la National Birth Control League qui est à l’origine de la mobilisation commune de ces natalistes et de ces familialistes à l’échelon transnational [8][8] L’accent porte ici sur les relations transnationales.... Dès sa création aux Etats-Unis par Margaret Sanger en 1915, cette Ligue multiplie en effet les congrès internationaux, avec le soutien de puissantes organisations philanthropiques américaines [9][9] Les appuis du Bureau of Social Hygiene – lui-même financé.... Un retentissement tout particulier est ainsi donné à ses thèses lors du congrès international de la Population de Genève en 1927 [10][10] Pour la première fois un congrès est organisé autour.... Présents sur place, les natalistes et les familialistes réagissent immédiatement en fondant une structure concurrente [11][11] Une autre organisation internationale concurrente de..., le Comité international pour la vie et la famille (CIVF) [12][12] Des représentants d’Angleterre, d’Allemagne, de Belgique,.... Très rapidement, une lutte contre le féminisme et les organisations féministes – dont l’action s’est, elle aussi, internationalisée – s’ajoute au combat contre le néo-malthusianisme [13][13] Magaret Sanger, elle-même militante féministe, place.... Le secrétaire général du Comité, le familialiste français Félix Vieuille, explicite ainsi ce double front en 1930 : « À cet égoïsme destructeur si répandu [le néo-malthusianisme] se joint maintenant le féminisme qui entraîne dans son vertige un nombre croissant de jeunes femmes. Ce féminisme démoralisateur provoque parmi elles une rébellion contre la loi naturelle et contre les vénérables sujétions de la maternité et de la vie de famille » [14][14] Vieuille Félix, « Note sur l’activité du Comité international.... C’est une identité féminine naturalisée qui est à l’inverse promue par les familialistes : le rôle dit naturel de l’épouse et de la mère de famille [15][15] Cette conception genrée sera défendue au cours des....

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Parmi les objectifs du CIVF, le relèvement démographique occupe une place essentielle alors que l’Europe voit sa population décliner durant l’Entre-deux-guerres – déclin qui s’ajoute aux pertes humaines directes et indirectes de la Grande Guerre. Cela suppose des actions à tous les échelons, nationaux et internationaux, en faveur de la natalité et des politiques natalistes ainsi que des oppositions systématiques aux arguments néo-malthusiens dans les différents congrès. Cela s’accompagne d’exigences familialistes : la mise en place dans les pays d’Europe, de politiques familiales spécifiques, indépendantes des autres politiques sociales (santé, action sociale, assistance, travail), avec une priorité accordée aux intérêts des familles nombreuses [16][16] Rosental Paul-André, « Familles “nombreuses” et Familles.... Les arguments familialistes justifient les interventions de l’Etat au nom de la justice sociale : les familles nombreuses contribuant plus que les autres à la puissance de l’Etat (militaire, économique…), il serait donc légitime de soutenir particulièrement ces familles. Il doit aussi en découler certains avantages de nature économique (primes à la natalité, exemptions d’impôts, aide au logement). Pour les natalistes et les familialistes, la nécessité d’agir au niveau transnational fait donc consensus. En revanche elle est facteur de concurrence lorsqu’il s’agit de fixer ce qui doit être l’objet prioritaire d’une politique publique : la famille pour les uns, la natalité pour les autres.

Les rythmes d’évolution de la mouvance nataliste et familialiste en Europe occidentale

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L’action internationale des néo-malthusiens et des féministes pousse les natalistes et les familialistes à s’internationaliser ; cependant ceux-ci ne disposent pas, à l’inverse des premiers, d’une sociabilité internationale : leurs congrès internationaux ne rassembleront que de petits effectifs [17][17] Une petite centaine de personnes au maximum par co... et les adhérents au CIVF ne seront jamais très nombreux. Mais au-delà de ces derniers, le CIVF se construit une mouvance, une sphère d’influence qui s’étend à tous les « membres » qui gravitent autour de la vie du Comité (qu’ils prennent la parole ou se croisent dans les congrès, acceptent d’intégrer le comité d’honneur, ou simplement correspondent avec le secrétariat général du CIVF). Pour appréhender cette mouvance nous avons construit une base Excel à partir des données recueillies dans les archives [18][18] Nos sources sont surtout composées des comptes-rendus... concernant les personnes qui participent de près ou de loin aux activités, échanges et rencontres (officielles et officieuses) du CIVF. Les listes comprennent tout d’abord des informations sur les fonctions de ces personnes dans leur association d’origine (président, secrétaire, membre, etc.) et des indications liées à celle-ci (nom, nationalité, adresse) ainsi que la fonction qu’elles occupent au sein du CIVF (président, membre du bureau, etc.). Les différentes formes de rattachement à la vie du CIVF sont également indiquées (membre du comité d’honneur participant ou intervenant à un congrès, ou simple correspondant) ainsi que la fréquence et l’intensité des liens avec le CIVF (indication de la participation ou non aux différents congrès). Sont précisées enfin leur adresse (pays, ville, rue), leur nationalité et leurs « qualités » telles qu’elles sont présentées dans les sources (profession et fonction institutionnelle, politique ou honorifique).

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Une première exploitation de cette base a permis de mettre au jour les évolutions de la mouvance du CIVF analysée par nationalités, de la fin des années 1920 à la fin des années 1930. Quelles en sont les principales phases ? En 1928, cette mouvance regroupe des membres de huit nationalités différentes. Celle-ci se réduit à seulement quatre nationalités représentées en 1930. Puis, à partir des années 1930, la mouvance est à nouveau en phase d’extension, même si le nombre des nationalités représentées diminue de 1933 à 1937 [19][19] Elles passent de douze nationalités en 1933 à neuf... (cf. graphiques un à cinq). Cet élargissement tient au potentiel d’attraction du Comité, notamment à l’action de son secrétaire général Félix Vieuille, mais aussi à la mobilisation des associations nationales chargées d’organiser, chacune à leur tour, les congrès internationaux ; cependant cette extension connaît plusieurs limites. Dans certains pays tout d’abord, le terreau semble peu fertile pour le développement familialiste. C’est le cas du Luxembourg où aucune association familiale ne voit le jour durant la période malgré l’organisation d’un congrès international du CIVF en 1936 [20][20] L’organisation du congrès au Luxembourg en 1936 explique... pour favoriser une éventuelle impulsion associative. D’autres associations restent quant à elles très sensibles aux conjonctures nationales. Ainsi l’Association allemande des familles nombreuses (Reichsbund der Kinderreichen Deutschlands zum Schutze der Familie) participe moins aux activités du Comité en 1932-1933 en raison de la crise économique dans le pays. C’est aussi le cas de l’Association catholique espagnole ; très présente dans les congrès du CIVF dès son origine, elle disparaît de la scène internationale au moment de la guerre civile. Enfin des liens peinent à être maintenus avec les organisations américaines [21][21] La National catholic welfare conference est représentée... et les relations avec l’Europe centrale semblent fragiles. La mouvance du CIVF reste finalement surtout centrée sur l’Europe occidentale, les Français, initiateurs de la structure constituent les principaux animateurs natalistes et familialistes de l’association [22][22] Autour du fondateur Auguste Isaac, président de La... – même si leur part relative recule au cours des années 1930 au profit des représentants étrangers [23][23] Les Français représentent 74 % des membres du CIVF....

Graphique 1 - « Membres » organisés par nationalités de la mouvance du Comité international pour la vie et la famille en 1928 (congrès de Paris) - en pourcentage Graphique 1
Graphique 2 - « Membres » organisés par nationalités de la mouvance du Comité international pour la vie et la famille en 1930 (congrès d’Anvers) - en pourcentage Graphique 2
Graphique 3 - « Membres » organisés par nationalités de la mouvance du Comité international pour la vie et la famille en 1933 (congrès de Paris) - en pourcentage Graphique 3
Graphique 4 - « Membres » organisés par nationalités de la mouvance du Comité international pour la vie et la famille en 1936 (congrès de Luxembourg) - en pourcentage Graphique 4
Graphique 5 - « Membres » organisés par nationalités de la mouvance du Comité international pour la vie et la famille en 1937 (congrès de Paris) - en pourcentage Graphique 5

Les échecs du projet familialiste et internationaliste au cours des années 1930

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Les congrès internationaux organisés par le CIVF permettent pour la première fois la tenue de débats et la circulation de modèles transnationaux en matière de natalité et de famille durant une décennie ; cependant la concurrence entre les deux registres va progressivement nuire à la réussite du projet familialiste et internationaliste.

La natalité et la famille : deux objets de débats transnationaux, combien de modèles ?

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C’est surtout en matière de natalité que les travaux menés dans le cadre du CIVF seront couronnés par une série de succès. Cela tient d’abord aux divers terrains d’entente sur lesquels s’accordent, en ce domaine, les divers protagonistes. Les discussions au sein des congrès internationaux permettent tout d’abord de trouver des convergences sur l’évaluation démographique à promouvoir, rendant possible des revendications collectives auprès des États pour mesurer l’évolution de la population. Les délégués du Comité, lors du congrès de Paris de 1933, font ainsi le vœu que « les services de statistiques des différents pays adoptent une méthode commune pour le calcul du taux de natalité et de mortalité » tenant compte de la composition par âges des populations. Ils demandent la généralisation de méthodes scientifiques permettant de comparer effectivement la situation entre pays et d’apprécier la dynamique démographique réelle des nations. Des actions sont également menées pour contrer l’influence du birth control dans les congrès internationaux de la Population comme celui de Rome en 1931 [24][24]  Revue de l’Alliance nationale contre la dépopulation,... mais aussi auprès d’instances internationales comme la Commission consultative pour la protection de l’enfance et de la jeunesse – commission consultative auprès de la SDN créée en 1925 [25][25] « Note sur l’activité du Comité international pour.... En 1929, ils s’opposent ainsi à ce que l’enseignement de la biologie à l’école ne devienne outil de propagande néo-malthusien [26][26] « Le comité a écrit à tous les membres de la Commission..., enseignement soutenu par les organisations philanthropiques américaines. Cette mouvance acquière aussi une légitimité sur la scène internationale en matière de natalité par le biais de la lutte contre les pratiques abortives et contraceptives. Elle est ainsi reconnue par la Commission de l’enfance et de la jeunesse comme un centre de documentation concernant la législation répressive de ces pratiques en Europe : c’est désormais au CIVF que la Société des Nations s’adresse pour obtenir des informations centralisées en matière de répression de l’avortement, d’interdiction de la publicité ou de vente de produits contraceptifs [27][27]  Ibid, p. 6.. Les rencontres et les échanges entre activistes à l’occasion des divers congrès internationaux du CIVF permettent aussi la circulation d’idées concernant les techniques de lobbying. Celles-ci vont fortement influencer les modes d’action de certaines organisations natalistes comme la League of National Life. C’est, en effet, à la suite de la fréquentation de militants natalistes européens, que les animateurs de cette organisation anglaise – dirigée par le gynécologue John Mac Cann – adoptent les méthodes propagandistes du continent : édition de brochures Topics of the Day, conférences, pressions auprès du Parlement pour l’obtention d’un Bill contre la publicité en faveur des produits anticonceptionnels, pression sur la British Broadcasting Corporation pour censurer des arguments en faveur de la limitation des naissances [28][28] « Note sur la League of National Life », VIe congrès.... À partir du congrès international du CIVF organisé à Londres en 1932, les animateurs (médecins-experts) de la League of National Life s’engagent également plus activement dans la vie de la mouvance transnationale. Les débats parviennent ainsi à faire émerger un modèle nataliste transnational. Cette promotion de la natalité se dégage de considérations morales, là où elles étaient encore très prégnantes, pour revendiquer une hausse de la natalité fondée sur des arguments démographiques. Elle se rapproche en cela des arguments scientifiques mis en avant par un autre mouvement né après le congrès de Genève, le groupement pour l’« étude scientifique des problèmes de population ». Mais le modèle nataliste promu par le CIVF s’en distingue par sa dimension très militante anti birth-control et son propagandisme actif.

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Cette relative réussite dans le domaine de la natalité contraste avec les résultats très limités dans le registre de la famille. Ceux-ci sont surtout liés aux difficultés à s’entendre sur le modèle de politique familiale à encourager et le type de famille à promouvoir. Le premier point qui suscite des désaccords est la question des cibles : faut-il viser exclusivement les familles nombreuses ou plutôt l’ensemble des familles ? C’est la première option qui semble rallier le plus de suffrages durant l’Entre-deux-guerres, particulièrement en France et en Belgique. Mais d’autres associations, comme aux Pays-Bas, souhaitent davantage s’adresser à toutes les familles, quel que soit le nombre des membres qui la constituent. Un autre sujet de discorde est le rôle respectif qui doit être attribué, dans le cadre d’une politique familiale, à l’Etat, aux associations, aux syndicats et aux entreprises. Une fois encore, les délégués natalistes et familialistes ne trouvent pas de consensus. L’exemple le plus significatif est celui des prestations familiales. De 1925 à 1930, le Bureau international du travail (BIT) réalise une série d’études statistiques sur les allocations familiales en Europe. Ces enquêtes – dont les résultats sont publiés dans la Revue internationale du travail [29][29] Exemples : Picard Roger, « Etude sur les allocations... et dans la série D des Etudes et Documents – sont notamment réclamées par la Commission consultative pour la protection de l’enfance et de la jeunesse [30][30] Des rapports préparés par le BIT ont ainsi été soumis.... Cependant cette Commission, plus soucieuse d’une politique de défense de l’enfant que de la famille, se désintéresse des prestations familiales. Ce n’est pas le cas du CIVF qui utilise le résultat de ces enquêtes établies par le BIT [31][31] Le CIVF avait tenté de mener de son côté sa propre... pour promouvoir ses propres projets. Gustave Bonvoisin, le directeur général du Comité central des allocations familiales, tente ainsi de diffuser le modèle français de distribution de ces prestations [32][32] La distribution des allocations familiales devient... par le patronat, dans le cadre de caisses de compensation. Ce système, discuté aux congrès d’Anvers et de Paris en 1930 [33][33] « Rapport de Gustave Bonvoisin sur les allocations... et en 1933 ne fait cependant pas consensus au sein même du Comité. Certains représentants, notamment allemands et hollandais, mais aussi les organisations syndicales de travailleurs critiquent son coût et sa dimension paternaliste. On lui reproche de surcroît la complexité de sa mise en place. Toutes ces raisons incitent finalement le BIT à ne pas soutenir ce modèle. Quant au CIVF, il se révèle une fois encore incapable de trouver un terrain d’entente. Aucun modèle commun de politique familiale ne parvient ainsi à être défendu, ce qui empêche la revendication d’avantages familiaux transnationaux. Dans ce domaine, le cadre de pensée reste essentiellement la nation : lors des congrès, les délégués des différentes associations viennent présenter le bilan de leurs actions de lobbying auprès de leurs gouvernements respectifs et l’avancée de leur législation familiale nationale.

La montée en puissance des organisations natalistes et des arguments patriotiques

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Les succès dans le champ nataliste durant les années 1930 correspondent à de nouveaux rapports de force entre organisations au sein du CIVF. Pour évaluer les évolutions des différents types d’argumentaires, nous avons classé les membres de la mouvance du CIVF à partir de notre base de données en deux grandes catégories, les « internationalistes » d’un côté et les « patriotes » de l’autre [34][34] Il existe aussi une catégorie très importante considérée.... Les « internationalistes » regroupent tous ceux qui promeuvent dans les congrès un rapprochement, tant entre les groupes de pression natalistes et familialistes par delà les frontières qu’entre les pères de familles nombreuses des différentes nationalités – l’idée de la défense de la paix étant très présente dans cet argumentaire. Si ce sont des activistes d’associations familialistes qui se rattachent principalement à cette catégorie, il existe aussi des exceptions comme les membres de la League of national Life dont les arguments restent très internationalistes. Les « patriotes » rassemblent de leur côté ceux qui placent la défense de la famille et de la natalité au service du renforcement de la puissance de la nation, voire d’une expansion territoriale. Il s’agit surtout d’associations natalistes mais aussi d’institutions à affichage familialiste, comme l’organisation allemande des familles nombreuses (Reichsbund der Kinderreichen Deutschlands zum Schutze der Familie) dont le discours se radicalise au cours des années 1930 ainsi que des associations familiales autrichiennes et italiennes dont la création est plus tardive.

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Deux phases se succèdent. De 1928 à 1933, la part des « patriotes » se réduit beaucoup –passant de 15,2 % des membres à 3,3 % [35][35] Le plus fort pourcentage correspond à la catégorie.... En fait, certains natalistes comme ceux de l’Alliance nationale contre la dépopulation se convertissent alors à un nationalisme européen. Il s’agit d’un internationalisme spécifique teinté de racisme et de xénophobie : la défense de nouvelles frontières – celles du monde occidental et de la race blanche – supposées être en danger face à la croissance démographique des autres « races » [36][36] Le nataliste Fernand Boverat, vice-président de l’Alliance.... À partir de 1933, la tendance s’inverse progressivement. Après une absence dans les congrès internationaux due à la crise économique, les délégués allemands font un retour remarqué en 1936 avec plusieurs discours musclés aux accents patriotiques, voire impérialistes et des positions explicitement eugénistes –la Ligue étant désormais proche du pouvoir nazi. Ce retour en force est perçu comme une véritable provocation, en particulier par certaines organisations « patriotes » comme l’Alliance nationale contre la dépopulation. Il est ainsi dénoncé dans la revue de l’organisation nataliste : « Ce congrès a été marqué par une sorte de rentrée en force de l’Allemagne représentée par 10 délégués et trois rapports. Les délégués ont demandé et obtenu que le congrès de 1938 soit tenu à Berlin. Au cours du congrès, notre président a eu l’occasion d’intervenir, d’abord pour répondre, avec un tact qui a recueilli l’assentiment général, aux délégués allemands qui avaient cru devoir protester contre toute accusation d’impérialisme [37][37]  Revue de l’Alliance nationale contre la dépopulation,... ».

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Le congrès de 1936 correspond aussi à l’entrée en lice des « patriotes » autrichiens (Oesterreichischer Verband Familienschutz). Ils sont rejoints en 1937 [38][38] Jusqu’alors les représentants italiens au sein des... par les familialistes « ultra-patriotes » italiens de l’Union fasciste des familles nombreuses (Unione fascista delle famiglie numerose) – organisation créée cette année là et placée sous le contrôle direct de l’Etat qui la subventionne [39][39] Ipsen Carl, Dictating demography. The problem of population.... Le rapport de force change donc au fur et à mesure de l’arrivée des représentants d’organisations familialistes et natalistes proches des régimes fasciste et nazi. En 1937, les partisans d’argumentaires « internationalistes » sont désormais minoritaires (22,2 % contre 33,3 % de patriotes identifiés).

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Cette période correspond également à la disparition des fondateurs internationalistes : Auguste Isaac, qui avait dû renoncer à la présidence du Comité dès 1930, meurt en 1938 à l’âge de 81 ans sans qu’aucune personnalité ne soit en mesure de le remplacer à la tête de la structure [40][40] La présidence devient annuelle, attribuée à un délégué.... La cohérence de la mouvance transnationale en est encore plus affaiblie. Celle-ci ne résiste pas aux tensions internationales de la fin des années 1930, et le congrès qui doit se tenir à Berlin en 1938 est annulé. Le dernier congrès international a lieu durant l’été 1939 dans un pays neutre (à Olten, en Suisse), dans une atmosphère très particulière. Le Comité disparaît avec la fin des réunions internationales, au début de la Seconde guerre mondiale. Durant la période du conflit, c’est dans le cadre étroit de leurs frontières que les différentes associations natalistes et familialistes continuent leurs actions de propagande et de lobbying [41][41] Sur le cas français, nous nous permettons de renvoyer....

Conclusion

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Les congrès de 1928 à 1939, mais aussi d’autres échanges plus informels, donnent lieu à de riches débats qui permettent de confronter les points de vue des militants natalistes et familialistes européens. Ces débats rendent possible la circulation transnationale d’idées en Europe tant sur la natalité que sur la famille. Il s’agit d’une première étape importante pour des militants, notamment natalistes, peu enclins à discuter avec leurs voisins étrangers. En revanche, le second stade de la mobilisation transnationale qui correspondrait à la mise au point consensuelle d’un modèle à défendre et l’organisation d’actions communes peine à être atteint durant l’Entre-deux-guerres. Dans le domaine de la natalité, les objectifs de croissance démographique – fondés sur des études scientifiques – articulés à la lutte contre le birth-control rallient la grande majorité des suffrages au sein du CIVF et permettent effectivement des revendications collectives tant auprès des Etats que des organisations internationales. Mais en matière de politique familiale, les divergences de vue empêchent les différents acteurs de s’accorder tant sur le type de famille à aider que sur les moyens à employer et les formes d’action publique à mettre en œuvre. L’un des principaux talons d’Achille tient notamment à une conception étroite de la famille et à un familialisme très conservateur, encore majoritaire, ciblant quasi-exclusivement les familles nombreuses. Il faut attendre la fondation d’une organisation basée sur de nouveaux principes, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, pour que la conception de la famille soit élargie. L’Union internationale des organismes familiaux (UIOF) [42][42] Sa création est décidée lors du Congrès international..., qui revendique sa filiation avec le CIVF, décide de s’adresser désormais à l’ensemble des familles, quelle que soit leur taille ; et ses objectifs sont étendus au bien-être des familles et à l’amélioration des conditions de vie familiale, en s’intéressant à différents secteurs d’action comme les budgets familiaux, le logement, l’éducation ou le mariage. C’est le mode de vie familial dans ses différents aspects qui doit être favorisé. Ces bases élargies autorisent des revendications communes comme l’harmonisation des prestations familiales accordées par les Etats-Providence à l’échelon de l’Europe occidentale. Quant au registre de la natalité, il passe désormais au second plan dans un contexte européen de croissance démographique.

Notes

[1]

La France paraît alors comme l’un des pays européens les plus en pointes dans ce domaine : même si c’est davantage la natalité (avec l’institution d’un Conseil supérieur de la natalité en 1920) que la famille qui constitue le référentiel de l’action publique, diverses mesures natalistes et favorables aux familles nombreuses sont prises par l’État au cours des années 1920. Cf. De Luca Barrusse Virginie, « La revanche des familles nombreuses : les premiers jalons d’une politique familiale (1896-1939) », Revue d’histoire de la protection sociale, n° 2, décembre 2009, p. 48-63 et sur ce point, p. 54-60.

[2]

De Luca Barrusse Virginie, « Crises démographiques et politiques de la famille : vers une internationale des pères de familles nombreuses (1928-1937) », in Causarano P. et alii, Le siècle des guerres du premier XXe siècle, Paris, éditions de l’Atelier, 2004, p. 246-255 et De Luca Barrusse Virginie, Les familles nombreuses. Une question démographique, un enjeu politique. France (1880-1940), Rennes, PUR, 2008, p. 140-147.

[3]

On trouve de telles associations durant les années 1920 en Belgique, en France, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, aux Pays-Bas ; en revanche il n’en existe pas en tant que telle en Italie, dans le Luxembourg et dans les pays d’Europe centrale.

[4]

Des représentants américains sont présents au moment de la création du Comité international pour la vie et la famille mais ils entretiennent par la suite des liens extrêmement ténus avec l’association internationale.

[5]

Thébaud Françoise, « Le mouvement nataliste dans la France de l’Entre-deux-guerres : l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 32, 1985, p. 267-301. Très active auprès des pouvoirs publics, cette organisation nataliste mène des actions tous azimuts notamment en matière de lutte contre le contrôle des naissances. L’Alliance nationale obtient ainsi en 1920 une loi interdisant toute propagande anticonceptionnelle et en 1923 la prohibition d’importation d’articles anticonceptionnels.

[6]

Isaac Auguste, Rapport du premier congrès du Comité international pour la vie et la famille, Paris, 1928, p. 12.

[7]

Ces mouvements doivent convaincre une opinion publique britannique en partie acquise à l’idée du contrôle des naissances durant l’Entre-deux-guerres. Cf. Richard A. Soloway, Demography and Degeneration. Eugenics and the declining birth in twentiethcentury Britain, Chapel Hill, North Carolina UP, 1990, réedit. 1995, p. 163-225.

[8]

L’accent porte ici sur les relations transnationales entre les individus et entre les organisations, non sur les relations entre les Etats.

[9]

Les appuis du Bureau of Social Hygiene – lui-même financé par des fondations comme la Rockefeller – et du Milbank Memorial Fund constituent des soutiens financiers déterminants pour la portée du mouvement de M. Sanger.

[10]

Pour la première fois un congrès est organisé autour de l’objet « Population » alors que jusqu’alors la population était étudiée de manière segmentée par discipline dans les congrès scientifiques internationaux (la statistique, l’hygiène, la démographie, l’eugénisme). Cf. Paul-André Rosental, L’intelligence démographique. Sciences et politiques des populations en France (1930-1960), Paris, Odile Jacob, 2003, p. 177.

[11]

Une autre organisation internationale concurrente de la National Birth Control League est issue du congrès de 1927 ; il s’agit d’un mouvement qui se constitue pour se consacrer explicitement à l’ « étude scientifique des problèmes de population » et refuse toute récupération par les militants tant natalistes et familialistes que néomalthusiens. Comme le souligne Paul-André Rosental, « la création de l’Union internationale pour l’étude scientifique des problèmes de population marque l’institutionnalisation du milieu scientifique international constitué au cours des années 1920, et la consécration de l’objet population », Paul-André Rosental, Ibid, p.178.

[12]

Des représentants d’Angleterre, d’Allemagne, de Belgique, d’Espagne, des Etats-Unis, de Hollande, d’Italie, de Suisse présents au congrès de Genève participent à la création du CIVF ; cependant un certain nombre d’entre eux ne participeront pas de façon suivie aux congrès internationaux qu’il organisera.

[13]

Magaret Sanger, elle-même militante féministe, place le birth control comme une condition de l’émancipation des femmes.

[14]

Vieuille Félix, « Note sur l’activité du Comité international pour la vie et la famille au cours des années 1929-1930 », Troisième conférence pour la vie et la famille, août 1930, p.7.

[15]

Cette conception genrée sera défendue au cours des différents congrès internationaux du CIVF jusqu’à la fin des années 1930. Le retour de la mère au foyer sera notamment promu par Andrée Butillard, présidente de l’Union féminine civique et sociale (UFCS), dans une intervention intitulée : « Le travail industriel de la mère et le foyer ouvrier » (VIe congrès pour la vie et la famille tenu à Paris, éditions de la Société d’études morales sociales et juridiques, p. 96-98).

[16]

Rosental Paul-André, « Familles “nombreuses” et Familles “normales” : un regard historique (1900-1950) », Informations sociales, 115, 3, 2004, p. 45.

[17]

Une petite centaine de personnes au maximum par congrès.

[18]

Nos sources sont surtout composées des comptes-rendus d’activités et de congrès du CIVF. Nous avons pu établir une base de données des « membres » de la mouvance du Comité en fonction des données disponibles pour les années 1928 (congrès de Paris), 1930 (congrès d’Anvers), 1933 (congrès de Paris), 1936 (congrès du Luxembourg) et 1937 (congrès de Paris).

[19]

Elles passent de douze nationalités en 1933 à neuf en 1936 puis à sept en 1937.

[20]

L’organisation du congrès au Luxembourg en 1936 explique la forte présence des Luxembourgeois dans le comité d’honneur.

[21]

La National catholic welfare conference est représentée à la fin des années 1920, mais ne coopère pas régulièrement à l’activité du CIVF. C’est une de ses filiales qui reprend finalement le flambeau durant les années 1930 : le National Council of catholic Men.

[22]

Autour du fondateur Auguste Isaac, président de La Plus grande famille et de la Fédération des associations des familles nombreuses, participent activement, Gustave Bonvoisin, président du Comité central des allocations familiales, et de nombreux natalistes français tels que Fernand Boverat, Paul Haury ou Lefebvre-Dibon.

[23]

Les Français représentent 74 % des membres du CIVF en 1928 (congrès de Paris) pour seulement 6 % d’Allemands, 7 % d’Anglais et 8 % de Belges. Cette part tombe à 50 % en 1937 (congrès de Paris) au profit des Allemands (22 %), des Belges (10 %) et des Italiens (10 %).

[24]

Revue de l’Alliance nationale contre la dépopulation, n° 231, octobre 1931, p. 662-664.

[25]

« Note sur l’activité du Comité international pour la vie et la famille au cours des années 1929-1930 », Troisième conférence internationale pour la vie et la famille (Anvers 1930), Secrétariat du Comité international pour la vie et la famille.

[26]

« Le comité a écrit à tous les membres de la Commission consultative de la population de l’enfance et de la jeunesse de la SDN pour demander que la somme de 5.000 dollars offerte par l’American social hygienic association à la SDN pour aider à l’instauration de la biologie dans l’instruction des adolescents, ne fut pas utilisée de manière à favoriser les tendances manifestées par les Américains de la conférence mondiale de la population tenue à Genève en 1927. Les renseignements officieux que nous avons obtenus permettent de croire que le don en question ne sera pas employé à favoriser une propagande de tendance malthusienne ». Secrétariat du Comité international pour la vie et la famille, « Note sur l’activité du Comité international pour la vie et la famille, au cours des années 1929-1930 », Troisième conférence internationale pour la vie et la famille (Anvers 1930), p. 5.

[27]

Ibid, p. 6.

[28]

« Note sur la League of National Life », VIe congrès international pour la vie et la famille, tenu à Paris les 21 et 22 avril 1933, Ligue internationale pour la vie et la famille, 1933, p. 122-124.

[29]

Exemples : Picard Roger, « Etude sur les allocations familiales dans l’industrie privée en France », Revue internationale du travail, février 1924 (synthèse de l’étude dans le volume 10, n° 3, septembre 1924, p. 500-515) ; Douglas Paul H., « Quelques applications du principe des allocations familiales », Revue internationale du travail, mars 1925.

[30]

Des rapports préparés par le BIT ont ainsi été soumis à la Commission à ses sessions de 1926, 1927 et 1928.

[31]

Le CIVF avait tenté de mener de son côté sa propre enquête sur les prestations familiales à l’aide d’un questionnaire envoyé aux grandes organisations natalistes et familialistes adhérentes ; mais ce questionnaire reste en grande partie sans réponse.

[32]

La distribution des allocations familiales devient obligatoire pour tous les salariés du commerce et de l’industrie en 1931 et 1932 en Belgique, en 1932 en France. Le système utilisé est celui des caisses patronales de compensation des allocations familiales.

[33]

« Rapport de Gustave Bonvoisin sur les allocations familiales dans les divers pays du monde », Troisième conférence internationale pour la vie et la famille (Anvers 1930), Secrétariat du Comité international pour la vie et la famille.

[34]

Il existe aussi une catégorie très importante considérée comme « autre » ou « inconnu ».

[35]

Le plus fort pourcentage correspond à la catégorie « autre » ou « inconnu ».

[36]

Le nataliste Fernand Boverat, vice-président de l’Alliance nationale, veut ainsi alerter les congressistes sur le « péril que la dénatalité fait courir à la race blanche ». Fernand Boverat, VIème congrès pour la vie et la famille tenu à Paris en 1933, Ligue internationale pour la vie et la famille, 1933. Voir aussi De Luca Barrusse Virginie, « Crises démographiques et politiques de la famille : vers une internationale des pères de familles nombreuses (1928-1937) », op. cit., p. 254.

[37]

Revue de l’Alliance nationale contre la dépopulation, n° 292, décembre 1936.

[38]

Jusqu’alors les représentants italiens au sein des congrès internationaux du CIVF étaient des statisticiens comme Corrado Gini qui, à la tête de l’Ufficio centrale demografico, défend des thèses natalistes.

[39]

Ipsen Carl, Dictating demography. The problem of population in Fascist Italy, Cambridge, Cambridge University Press, 1996, p. 150. Cette organisation, qui regroupe uniquement les familles de sept enfants et plus, a une action propagandiste en soutien à la politique nataliste fasciste et en faveur des familles nombreuses. Ibid, p. 180.

[40]

La présidence devient annuelle, attribuée à un délégué du pays organisateur du congrès.

[41]

Sur le cas français, nous nous permettons de renvoyer à Capuano Christophe, Vichy et la Famille. Réalités et faux-semblants d’une politique, Rennes, PUR, 2009. La publication de cet ouvrage a été soutenue par le Comité d’histoire de la sécurité sociale que nous remercions vivement.

[42]

Sa création est décidée lors du Congrès international de la famille et de la population de Bruxelles en 1946, « Le Congrès de Bruxelles », Pour la Vie, novembre 1946, n° 5, p. 50-51.

Plan de l'article

  1. Contradictions et dynamiques d’un mouvement se revendiquant d’un internationalisme pacifiste
    1. Les paradoxes d’une mobilisation internationale nataliste et familialiste
    2. Les rythmes d’évolution de la mouvance nataliste et familialiste en Europe occidentale
  2. Les échecs du projet familialiste et internationaliste au cours des années 1930
    1. La natalité et la famille : deux objets de débats transnationaux, combien de modèles ?
    2. La montée en puissance des organisations natalistes et des arguments patriotiques
  3. Conclusion

Pour citer cet article

Capuano Christophe, « La construction des politiques natalistes et familiales durant l’Entre-deux-guerres : modèles et débats transnationaux », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2012 (N° 5), p. 31-45.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2012-1-page-31.htm


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