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Revue d'histoire de la protection sociale

2012/1 (N° 5)


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La France des années 1920 est marquée par l’irruption des médecins hygiénistes dans le débat sur l’immigration où ils viennent coudoyer d’autres experts du champ économique [1][1] Noiriel G., Immigration, antisémitisme et racisme en.... Ils dénoncent un « problème sanitaire de l’immigration » que la presse contribue à publiciser [2][2] Cette recherche a été financée par le Comité d’histoire.... Il est vrai que le phénomène migratoire a pris de l’ampleur [3][3] Pour un panorama, Noiriel G., Le creuset français..... En 1921, la France compte 39,2 millions d’habitants. Au cours de la décennie, l’immigration est particulièrement élevée pour combler les vides laissés par la Grande Guerre et soutenir l’effort de reconstruction. En 1931, 2,7 millions d’étrangers sont recensés soit 6,6 % de la population totale contre 3,9 % en 1921. De tels chiffres placent la France au second rang des pays d’immigration après les Etats-Unis. Au cours de la décennie, la croissance migratoire explique trois quart de l’accroissement total [4][4] De Luca Barrusse V., Démographie sociale de la France,.... Il est vrai que l’accroissement naturel est faible lié à une natalité particulièrement basse et qui suscite les inquiétudes de milieux divers qui s’alarment de la « dénatalité » [5][5] De Luca Barrusse V., Les familles nombreuses. Une question....

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Comment et pourquoi la santé des étrangers a-t-elle été portée sur la place publique par des médecins spécialisés dans les questions d’hygiène ? Car le « problème sanitaire de l’immigration » n’existe qu’en vertu d’un processus de construction portés par les efforts collectifs des hygiénistes [6][6] Blumer H., « Social problems as Collective Behaviour »,.... Son émergence est le résultat d’une mobilisation qui le fait accéder avec succès à une certaine visibilité sociale. Pour que la santé des migrants devienne un problème il a fallu qu’elle ait été définie comme tel par ces observateurs et qu’ils soient suffisamment influents pour faire passer leur crainte dans le débat public [7][7]  Ibid, op. cit. . Leur réussite rend compte de leur capacité de mobilisation. Mais quel est le sens de cette mobilisation ? Nous avons à faire à des médecins spécialisés dans l’hygiène, une spécialisation en mal de reconnaissance et en quête de légitimité. Leur motivation conditionne le ton du débat et les arguments qui sous-tendent leurs interventions. En effet, les médecins hygiénistes sont des docteurs sans clientèle qui se sont tournés vers l’administration pour exercer leur activité au moment où la médecine libérale est encombrée [8][8] Léonard J., La médecine entre les savoirs et les pouvoirs,.... Située à la frontière du champ administratif et du champ médical, cette fonction salariée est dépréciée par la communauté des médecins libéraux. Les deux groupes s’opposent le plus souvent, le médecin hygiéniste étant la figure de proue de l’interventionnisme sanitaire et du règlementarisme. La création et l’animation de ce débat sur la santé des migrants, apparait comme un élément d’un processus de définition et valorisation du territoire de compétence de l’hygiéniste.

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Mais la question sanitaire de l’immigration rend aussi compte de la convergence d’enjeux historiquement situés autour d’intérêts économiques –le besoin de main d’œuvre- et démographiques, l’accroissement de la population perçu comme facteur de puissance. La population immigrée intéresse des groupes d’intérêts économiques parce qu’elle modifie le volume et la composition de la main d’œuvre [9][9] Rygiel P., « Indésirables et migrants désirés. Notes.... Mais c’est aussi l’ensemble de la population qu’elle modifie car si le migrant est une force de travail c’est aussi une force de reproduction, qui contribue au renouvellement démographique [10][10] Camiscioli E., « Producing Citizens. Reproducing the.... La présence de l’étranger est donc subordonnée à son utilité économique et démographique ; les hygiénistes n’auront de cesse de le rappeler. Cette utilité démographique implique le maintien puis l’assimilation des étrangers dans la population. Aussi, les hygiénistes comparent-ils les risques sanitaires de l’immigration et le profit économique que la nation en tire. Introduire le critère sanitaire comme priorité d’une véritable politique migratoire, s’efforcer de mobiliser l’opinion pour devenir acteur de cette politique : telle est l’action des médecins hygiénistes.

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Mon propos est d’examiner « le problème sanitaire de l’immigration » ici désigné comme le processus par lequel la santé des immigrés devient l’enjeu de réflexion et de protestation publique et une cible pour l’action publique [11][11] Cefaï D., Trom D., « Retour sur la sociologie des problèmes.... Je présenterai dans un premier temps, l’action des médecins hygiénistes en matière de contrôle sanitaire de l’immigration jusqu’au milieu des années 1920, un moment charnière. Dans un deuxième temps, j’examinerai la manière dont le débat a été progressivement publicisé à partir de 1925. Enfin, je présenterai les arguments que les médecins hygiénistes mobilisent pour montrer ce qu’est l’immigration pour ces professionnels.

Jusqu’en 1923 : un dispositif lâche, des hygiénistes sur le terrain

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A partir de la fin du XIXe siècle, le recrutement des travailleurs étrangers est organisé par des sociétés privées pour répondre au besoin de main-d’œuvre [12][12] Viet V., La France immigrée. Construction d’une politique.... Dans les zones de départs, des visites médicales sont prévues qui contrôlent l’aptitude au travail [13][13] Bruno A-S., « Les acteurs de la sélection de la main-d’œuvre.... Les règles sont peu fixes et varient selon la conjoncture ou même le pays d’origine du migrant [14][14] Bruno A-S., Omnès C., « Statut d’emploi, situation.... A côté de cette immigration organisée, celle, spontanée, de frontaliers le plus souvent, n’est contrôlée qu’aux frontières. Des structures d’accueil et/ou d’hébergement provisoire sont mises en place aux frontières pour accueillir les étrangers et les travailleurs coloniaux. Dans les « dépôts de travailleurs étrangers », les centres d’hébergement, les postes frontières, des agents administratifs et des médecins hygiénistes sont chargés de filtrer les étrangers. Cependant, le contrôle sanitaire semble superficiel : la visite médicale se résume à la vaccination antivariolique, l’épouillage de ceux qui viennent de régions où sévit le typhus exanthématique, la douche et la désinfection des vêtements et bagages. Au cours de la Grande Guerre, la pénurie de la main d’œuvre conduit à l’organisation « dans l’urgence » [15][15] Viet V., La France immigrée, op. cit., p. 28. du recrutement des coloniaux. Dans le port de Marseille où ils débarquent, le contrôle de leurs aptitudes physiques et professionnelles se met en place à la hâte [16][16] Payrault A., L’immigration organisée et l’emploi de....

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Sans grande visibilité jusque-là, ce dispositif sanitaire est présenté pendant la guerre par des médecins hygiénistes qui font le récit de leurs expériences dans des revues de médecine et d’hygiène. Ils décrivent leur activité quotidienne, les difficultés qu’ils rencontrent mais aussi les stratégies qu’ils mettent en œuvre pour les contourner et les innovations qu’ils proposent. Car, au cœur du conflit, la liberté la plus grande leur est laissée pour confiner des épidémies, mettre en quarantaine… L’hygiène est alors un champ d’expérience ouvert dans un contexte exceptionnel et qui exige une forte réactivité de ses acteurs. En publiant dans des revues spécialisées, les médecins hygiénistes échangent entre professionnels tout en valorisant leur activité et leurs investissements. S’ils rendent visibles leur expérience de terrain, ils donnent aussi à voir des compétences tant administratives que sanitaires.

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Au cours de la guerre et dans l’immédiat après-guerre, le plus loquace des hygiénistes est le docteur René Martial qui multiplie les articles dans les revues spécialisées. Son parcours professionnel est assez caractéristique de ces fonctions de direction, de contrôle et d’inspection dans le champ de l’hygiène qui se sont multipliées sous la Troisième République. En 1909, il dirige un sanatorium ; l’année suivante, il est directeur du bureau d’hygiène de Douai. En avril 1916, il est nommé adjoint technique à la direction du service de santé de la 16e région militaire, puis délégué départemental de la même région. Comme lui, bon nombre d’hygiénistes, inspecteurs départementaux d’hygiène, directeurs de bureaux d’hygiène, vont être délégués de circonscription sanitaire ou délégués départementaux pendant la guerre [17][17] Larbiou B., « René Martial, 1872-1955. De l’hygiénisme.... Ainsi, Martial est-il chargé d’enrayer des épidémies dans un camp de travailleurs coloniaux à Castres [18][18] Dr. Martial, « Epidémiologie d’un contingent de travailleurs.... A la frontière espagnole, il organise dans les camps de travailleurs coloniaux la lutte antipaludéenne et contre le typhus exanthématique [19][19] Dr. Martial, « Typhus exanthématique, organisation.... A la sortie de la guerre, Martial est nommé directeur départemental d’hygiène dans l’Aisne, puis directeur du bureau municipal d’hygiène de Fez [20][20] Larbiou B., « René Martial », Genèses, 2005, 60, p..... Il fait valoir l’intensité de son activité dans plusieurs articles publiés dans des revues d’hygiène.

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Au même moment, l’hygiène s’institutionnalise. En 1921, un Institut d’hygiène est créé. De plus, avec la mise en place d’un enseignement de l’hygiène, la compétence des hygiénistes est précisée tandis que la création d’un diplôme supérieur d’hygiéniste au sein de la faculté de médecine de Paris confère un véritable droit d’entrée dans la carrière. L’hygiène acquiert aussi en autorité le 21 mai 1924 lorsque des postes de conseillers techniques sanitaires sont créés au ministère du Travail et de l’Hygiène.

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Les médecins qui vont créer et entretenir le débat sur la santé des immigrés se réclament de l’hygiène sociale. Adossée à plusieurs disciplines, la médecine, l’administration publique, les statistiques, elle a un statut hybride entre science, champ administratif et pratique sociale [21][21] C’est ce qu’observent aussi Gérard Jorland et Anne.... L’hygiène sociale est marquée par l’importance d’associations, de comités, de congrès, de lieux de débats où se côtoient des personnalités appartenant à l’un -ou à une combinaison- de ces champs scientifique, politique ou administratif. Pour l’hygiéniste social, l’homme est toujours considéré du double point de vue individuel et social [22][22] Jorland G., Une société à soigner, 2010, p. 43.. Aussi, l’hygiène sociale est-elle travaillée par une idée forte : celle de solidarité forcée entre les individus et les générations déterminée par les conditions de propagation des maladies et de transmission des hérédités [23][23]  Ibid, p. 304.. Qu’il s’agisse de lutter contre la tuberculose, la syphilis, l’alcoolisme, la mortalité infantile, les hygiénistes sociaux s’inscrivent résolument dans une optique solidariste. En définitive, ils s’intéressent à l’entrelacs de causes susceptibles d’avoir des conséquences sur la population dans son ensemble.

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Nous avons identifiés une quinzaine de noms qui publient sur le problème sanitaire de l’immigration mais si on ajoute à ces noms ceux qui sont cités dans leurs articles et qui abordent la question de manière moins frontale, c’est au final, un réseau bien plus large qui va faire entrer dans le champ de l’hygiène sociale les étrangers comme nouveaux agents de transmission de maladies mais aussi de diffusion de leurs caractéristiques héréditaires propres. René Martial par exemple y est fortement investi à l’instar de ses collègues. En 1923, il devient membre du comité de rédaction de la Revue d’hygiène et de police sanitaire, conseiller technique d’hygiène pour Le Concours médical. En 1924, il est membre du comité de rédaction du Mouvement sanitaire. L’année suivante, il est secrétaire du Syndicat des médecins hygiénistes.

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En décembre 1924, l’Office national d’hygiène sociale est créé. Désormais, l’hygiène sociale est structurée au plus haut niveau. Les hygiénistes se voient offrir au sein de ce nouvel espace social des positions de pouvoirs [24][24] Larbiou B., Connaitre et traiter l’étranger, op. cit.,.... Ils peuvent se sentir autorisés à dénoncer des problèmes sociaux qu’ils contribuent à construire. La santé des étrangers est l’un d’eux.

La définition du problème

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En 1924, la Société générale d’immigration qui regroupe diverses associations patronales est chargée de fournir aux industriels des travailleurs, après avoir négocié avec les administrations étrangères. Pour sélectionner les candidats à l’immigration, elle met en place des infrastructures locales chargées de statuer sur leur aptitude au travail, par exemple en 1924 en Pologne, en Tchécoslovaquie en 1925 [25][25] Bruno A-S., « Inaptitude et immigration en France au.... Selon ses statistiques, plus d’un tiers de Polonais et de Tchécoslovaques seraient empêchés d’entrer en France pour des raisons médicales [26][26] Pluyette J., La doctrine des races et la sélection.... Le contrôle sanitaire est ensuite renouvelé aux frontières françaises. Cependant, les conditions de recrutement varient selon le pays d’origine. Les Italiens par exemple ne sont contrôlés qu’une fois aux frontières [27][27] Bruno A-S., « Inaptitude et immigration en France »,.... Pour les coloniaux, le 8 août 1924, une circulaire prescrit que « tout indigène désireux de venir en France occuper un emploi salarié doit fournir un certificat médical attestant qu’il est physiquement apte à travailler en France et qu’il n’est atteint d’aucune maladie contagieuse » [28][28]  Ibid, p. 128..

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A ce stade, la santé des migrants n’est pas encore identifiée comme un problème. Pour qu’elle le devienne, il faut un espace social d’énonciation capable de faire chambre d’échos et des relais pour faire circuler l’argumentaire qui dénonce le problème et l’amplifier. Les revues qui offrent des espaces de discussions et de propositions jouent ce rôle de caisse de résonance. La revue d’hygiène et de police sanitaire, le Mouvement sanitaire, le Concours médical, la Presse médicale et d’autres encore publient des articles originaux ou font la recension de textes publiés par ailleurs, commentent les débats de sociétés savantes, reprennent les communications des congrès. Les textes circulent d’une revue à l’autre, assortis de moultes références bibliographiques. Cet espace social est construit par des acteurs qui écrivent dans ces revues ou les lisent mais il est aussi construit par les contenus de ces publications, les projets qui circulent et les outils d’analyse mobilisés et qui seront accaparés par l’arène publique. Le relai de la dénonciation sera quant à lui assuré par l’Académie de médecine : par sa haute autorité, elle fera passer le débat dans la sphère publique et politique.

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Pour donner l’alerte et dénoncer un problème, il faut aussi une opportunité. C’est l’expérience américaine qui donne aux hygiénistes l’occasion d’ouvrir le débat. Les lois américaines de 1921 et surtout de 1924 ont fortement limité l’immigration en imposant des quotas et en interdisant l’entrée à certaines catégories de population. Ces nouvelles dispositions conduisent à la multiplication d’articles dans différentes revues [29][29] Par exemple, Dr. Forestier, « Les tendances actuelles.... Les auteurs présentent la nouvelle législation américaine et déplorent l’absence de mesures comparables en France : « il y a là une organisation cohérente, légale et compétente qui n’a certainement pas son analogue en France et qui de toute nécessité doit être créée » [30][30] Dr. Martial, « De l’immigration », Le Concours médical,.... Dans sa séance du 9 mars 1926, au terme d’une présentation du dispositif américain, la Société de pathologie comparée émet le vœu que « les mesures adoptées aux Etats-Unis pour l’exclusion et l’élimination des indésirables soient adoptées dans notre pays » [31][31] Séance du 9 mars 1926, La Presse médicale, 1926, 7....

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Pour donner l’alerte, il faut aussi une annonce forte capable de capter l’attention publique. En septembre 1925, c’est le professeur Léon Bernard qui donne de la visibilité à la question en publiant dans la Revue d’hygiène et de médecine préventive un article sur « le problème sanitaire de l’immigration » [32][32] Pr. Bernard, « Le problème sanitaire de l’immigration »,.... Si d’autres auteurs, comme Martial, ont déjà écrit sur le sujet, Léon Bernard peut faire état de positions institutionnelles plus élevées, en tant que professeur de la faculté de médecine de Paris, membre de l’Académie de médecine et directeur du nouvel Institut d’hygiène. Il est engagé dans la lutte contre les « fléaux sociaux », la tuberculose en particulier dont il est un des spécialistes reconnus. Il est secrétaire général du Comité national de défense contre la tuberculose qu’il représente dans toutes les instances d’hygiène sociale. C’est une voix autorisée du monde médical et de l’hygiène sociale. Dans son article, Léon Bernard propose un ensemble d’arguments convergents qui articulent une question singulière – celle de la santé des migrants- avec une question générale –l’avenir de la nation. Il avance un certain nombre de propos qui sont ceux que l’on trouve dans les articles qui l’ont précédé, à des degrés divers et qui seront ceux des articles qui seront publiés après lui, de manière systématique. Léon Bernard s’appuie en effet sur les articles publiés par des hygiénistes de terrain dans des revues spécialisées et ce, depuis la guerre. L’idée centrale est la suivante : « un grand nombre de malades sont introduits en France du fait de l’immigration ; ce sont des agents de transmission des maladies infectieuses, des sources de dépenses improductives et illégitimes encore qu’inéluctables et des facteurs de détérioration de la race » [33][33]  Op. cit., p. 772.. Trois arguments sont mobilisés pour dénoncer le problème sanitaire de l’immigration : l’importance des chiffres de l’hospitalisation des étrangers, la fréquence et la dangerosité des maladies qu’ils importent et diffusent, les risques encourus par la population et la race.

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L’objectif de Léon Bernard est de rendre compte d’une situation dominée par les questions économiques. « Les causes sanitaires d’exclusion stipulées par la Société générale d’immigration en accord avec le ministère du Travail répondent davantage aux préoccupations visant la capacité de travail qu’elles ne s’inspirent du souci de la valeur de la population. [En matière d’immigration], l’hygiène doit ici revendiquer la place qu’impose le double souci de la santé publique et de l’avenir de la race » [34][34]  Op. cit., p. 770.. Les hygiénistes, après Léon Bernard, dénonceront aussi la priorité donnée aux questions économiques et aux besoins de la main-d’œuvre plutôt qu’à la santé publique.

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Parce qu’il fait la synthèse de travaux précédents et parce qu’il est signé par une sommité médicale, cet article a pour conséquence d’engager l’Académie de médecine dans le débat. En novembre 1925, elle met en place une « Commission sur les malades étrangers dans les hôpitaux » dont la présidence est confiée à Léon Bernard. Le 19 janvier 1926, son rapport conduit à une prise de position de l’Académie qui « informée du nombre considérable d’étrangers soignés dans nos hôpitaux alors qu’ils étaient plus ou moins récemment entrés dans notre pays, sans avoir été préalablement soumis à un examen médical suffisant ; émue des conséquences fâcheuses de cet état de choses, tant au point de vue des charges d’assistance que des dangers pour la santé publique qu’il entraine, demande aux pouvoirs publics d’organiser sans retard, le contrôle sanitaire de l’immigration » [35][35]  Bull. de l’Acad. de médecine, 1926, 19 janvier,.... L’Académie relaie l’alerte sans proposer toutefois de mesures précises [36][36] Noiriel G., Immigration, antisémitisme et racisme,.... Son vœu est largement diffusé et commenté dans les revues médicales et d’hygiène [37][37] Par exemple, Dr. Bouquet, « Les malades étrangers en....

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L’intervention de l’Académie de médecine conduit à un surenchérissement des interventions des hygiénistes. Ils deviennent plus loquaces, s’autorisent davantage encore à critiquer le dispositif en place et à faire des propositions. Ils ne se contentent plus du récit de leurs expériences. L’année 1926 est riche en publications et en prises de positions. Les articles se multiplient dans les Annales d’hygiène publique, industrielle et sociale, la Revue d’Hygiène ou encore dans le Concours médical[38][38] Par exemple, Dr. Martial, « Prophylaxie de l’immigration.... Les sociétés médicales prennent position. Par exemple, le 26 mai 1926, la Société de médecine de Paris, « considérant le nombre croissant des étrangers malades physiquement et psychiquement, émigrant en France et tombant à la charge de la nation à l’arrivée émet le vœu qu’une sélection médicale rigoureuse à l’entrée de ces maladies soit établie par le ministre de l’Hygiène pour en diminuer la charge et le nombre » [39][39] Cité par Larbiou B., Connaitre et traiter l’étranger,.... L’intervention de l’Académie de médecine a aussi pour conséquence d’inciter à la production de thèses sur le sujet : les milieux médicaux sont désormais pénétrés de cette nouvelle question [40][40] Par exemple, Storoge V., L’hygiène sociale et les étrangers....

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En novembre 1926, la tenue du XIIIe congrès d’hygiène organisé par la Société de médecine publique et de génie sanitaire consacré au « problème de l’immigration » est le point d’orgue de cette année. Le thème de la manifestation a été annoncé à l’issue du XIIe congrès tenu du 19 au 23 octobre 1925, soit moins d’un mois après la publication de l’article de Léon Bernard [41][41] Larbiou B., Connaitre et traiter l’étranger, op. cit.,.... Cette précipitation tend à prouver que le terrain était préparé et que Léon Bernard n’a fait que synthétiser des préoccupations collectives. Le congrès réunit en effet des hygiénistes qui ont déjà publié sur la question et d’autres qui se sont plus plutôt penchés sur des fléaux sociaux tels que la tuberculose, la syphilis, l’alcoolisme, thèmes centraux de l’hygiénisme social. A ce titre, ils participent aux activités de l’Office national d’Hygiène sociale. Le congrès est très largement commenté dans les revues médicales [42][42] « Compte-rendu du XIIIe congrès d’hygiène », Revue.... A l’issue de la manifestation, les congressistes émettent plusieurs vœux visant le renforcement du contrôle sanitaire et l’établissement d’une taxe pesant sur les étrangers pour le financer [43][43]  Ibid. .

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L’intervention de l’Académie de médecine a aussi pour conséquence de décloisonner le débat qui n’est plus circonscrit au seul cercle des hygiénistes. Car la presse s’en mêle, toujours attentive à relayer les propos alarmistes des académiciens. L’attention publique est désormais captée. En janvier 1926, Le Matin, un journal conservateur, publie en première page une série de douze articles intitulés « Paris Hôpital du monde ». Reprenant les chiffres sur l’hospitalisation des étrangers au cœur de l’argumentaire des hygiénistes, les journalistes nourrissent leur exposé de déclarations de médecins, d’hommes politiques ou encore de hauts fonctionnaires. Ainsi le 7 janvier, le docteur Marie affirme que les aliénés étrangers coûtent 25 000 francs par jour au département de la Seine [44][44] Cité par Schor R., L’opinion française et les étrangers,.... Le lendemain, c’est le directeur de l’Assistance publique, Mourier qui affirme qu’en raison de l’hospitalisation des étrangers, « le parisien se trouve privé de son lit d’hôpital » [45][45]  Op. cit., p. 415.. Le 8 décembre 1927, Le Temps, lui aussi plutôt conservateur, affirme qu’en 1926, les immigrés ont représenté 7,2 % de la charge totale des hôpitaux de la Seine et que, pour la moitié d’entre eux, les frais ne sont pas remboursés par le pays d’origine [46][46]  Op. cit., p. 416.. Le mouvement est lancé, la presse contribuant, après les hygiénistes, à diffuser une certaine représentation du problème considéré [47][47] Champagne P., « La construction médiatique des « malaises....

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Il est certain que la mauvaise image des migrants a pesé dans les débats. La xénophobie, latente depuis les débuts de la Troisième République, reprend de sa vigueur à partir du milieu de la décennie 1920 [48][48] Dornel L., La France hostile. Socio-histoire de la.... Les médecins hygiénistes font courir la rumeur que certains pays se débarrasseraient de leurs malades « en les dirigeant systématiquement vers la France, assurés qu’aucun barrage ne les arrêtera aux frontières » [49][49] Bercovici J., Le contrôle sanitaire des immigrants,... car « il est naturel qu’une nation tende à se débarrasser de ses déchets et à conserver les bons éléments » [50][50] Dr. Forestier, « Les divergences de l’opinion sur la.... Or, les travaux de démographie historique ont bien montré le caractère sélectif de l’immigration, ceux qui migrent étant en moyenne en meilleure condition physique que ceux qui restent [51][51] Le même phénomène s’observe en ce qui concerne les.... Mais l’idée se répand que ceux qui migrent sont refoulés de leur propre pays. Elle donne du poids aux propos des hygiénistes en même temps qu’ils la suscitent. Elle alimente la xénophobie : bien qu’utiles, les étrangers n’en sont pas moins suspects [52][52] Guillaume P., « Du bon usage des immigrés en temps....

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Les hygiénistes sociaux font valoir une compétence spécifique sur les questions d’immigration en publiant des articles dans des revues d’hygiène sociale dénonçant les risques sanitaires de l’immigration. Et les échos qu’ils trouvent auprès de l’Académie de médecine grâce à l’intervention de Léon Bernard valorisent auprès de l’ensemble de la communauté médicale un territoire d’expertise qu’ils s’attribuent. Car les médecins hygiénistes réclament en effet la multiplication des examens de santé des candidats à l’immigration et un suivi régulier dont ils auraient la charge. Ils travaillent ainsi à la valorisation de leurs intérêts professionnels en proposant des mesures d’une portée qui dépasse –comme ils le rappellent- les seuls règlements administratifs de précaution sanitaire.

Un faisceau de dénonciation, un seul enjeu

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Trois arguments sont mobilisés pour dénoncer le problème sanitaire de l’immigration. Le premier est le coût de l’hospitalisation des étrangers. Léon Bernard s’est appuyé sur plusieurs articles de médecins hospitaliers parus depuis le début de 1924. Il affirme que les admissions dans les hôpitaux parisiens comptent 20 % d’étrangers [53][53] Par exemple, Dr. Berthoumeau, « Note sur la proportion.... « Les frais d’assistance considérables que représente ce contingent énorme de malades sont pour les contribuables français une charge aussi lourde qu’illégitime en même temps qu’inévitable » [54][54] Pr. Bernard, « Le problème sanitaire », 1925, p. 7.... L’émergence et la légitimation du problème sanitaire est passé par le recours à la mesure du coût de l’hospitalisation. Depuis la loi du 7 août 1851, les établissements hospitaliers sont en effet tenus d’accueillir tous les malades indigents, français ou étrangers. L’administration hospitalière pouvait demander le rapatriement de l’étranger malade ou le remboursement des frais liés à son hospitalisation si et seulement si le patient était hospitalisé plus de 45 jours consécutifs et si son pays d’origine avait signé avec la France un traité de réciprocité [55][55] Sur les accords internationaux, voir Viet V., « La....

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Ces statistiques sont produites par des médecins hospitaliers qui s’engagent dans le débat après les hygiénistes et repèrent les étrangers dans leurs services. Le docteur Marie, médecin chef de l’asile Sainte Anne à Paris affirme que sur quelques 4 000 aliénés, 15 % sont des étrangers [56][56] Dr. Marie, « A propos des indésirables », 1926, p..... L’usage de proportions conduit à une représentation de l’encombrement des lits par les étrangers. Les médecins répandent la rumeur que les français ne trouvent plus de lits dans leurs hôpitaux. Le 29 juillet 1926, devant l’Académie de médecine, le docteur Imbert assure qu’entre 1923 et 1925 la proportion des étrangers hospitalisés à Marseille a varié entre 25 et 30 %. « Il en résulte que les milliers d’étrangers reçus sont compensés par un nombre important de Français qui ne le sont pas » [57][57] Dr. Imbert, « Les malades étrangers dans les hôpitaux.... En province, certains auteurs ne manquent pas de faire remarquer que la proportion d’étrangers hospitalisés dépasse la proportion générale d’étrangers. Ainsi dans la Meurthe-et-Moselle, s’appuyant sur les statistiques hospitalières les docteurs Spilmann et Parisot montrent que les étrangers représentent 28 % des hospitalisés mais seulement 14,7 % de la population [58][58] Dr. Spilmann et Parisot, « La main d’œuvre étrangère »,.... Il y aurait donc selon eux surreprésentation des étrangers dans les hôpitaux. Selon la Statistique Générale de la France, en 1927, 7 à 8 % des admis dans les établissements de soins du département de la Seine sont des étrangers. Après 1927, la proportion a pu dépasser 10 % mais elle variait fortement d’un service à l’autre [59][59] Cité par Schor R, L’opinion française et les étrangers,.... Il est bien difficile de contrôler aujourd’hui ces statistiques produites. Elles dépendent non seulement de la région d’accueil des migrants et de ses caractéristiques sociosanitaires mais aussi de la structure hospitalière et de la taille des services. Quoi qu’il en soit, très fortement corrélés à la situation et aux infrastructures locales, ces chiffres ne sont pas généralisables. C’est pourtant ainsi, décontextualisés, qu’ils ont été traités et ont alerté les médecins hygiénistes s’appuyant sur les statistiques produites par les hospitaliers qu’ils reprennent à leur compte et font circuler.

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Au-delà de la question de la prise en charge hospitalière, le problème sanitaire de l’immigration réside aussi dans les pathologies développées par les étrangers. La tuberculose et la syphilis sont les premières citées. « Parmi ces malades combien de contagieux, notamment combien de tuberculeux, de syphilitiques sèment leurs germes ! Autant de source de contamination qui grèvent nos organisations de prophylaxie ou leur échappent et, en tous cas menacent nos nationaux » écrit Léon Bernard [60][60] Pr. Bernard, « Le problème sanitaire », 1925, p. 7.... Les étrangers sont rendus responsables de leur recrudescence ou de l’effet limité des politiques antituberculeuse et antivénérienne mises en place. En effet, le débat s’enfle au moment où se multiplient les statistiques sur ces « fléaux sociaux » qui conduisent à s’interroger sur le maintien de hauts niveaux en dépit des efforts sanitaires [61][61] Voir par exemple, Virginie De Luca Barrusse, « Natalisme.... L’étranger ne serait-il pas responsable de ces piètres résultats ? En juin 1926, les docteurs Spillmann et Parisot affirment que parmi les étrangers malades « un grand nombre sont atteints d’affection contagieuses, tuberculose et syphilis notamment ; ils deviennent des agents, constituent même des foyers de contamination » [62][62] Dr. Spillmann et Parisot, « Du rôle joué par l’élément.... La syphilis est particulièrement redoutée. En 1926, les docteurs Cavaillon et Spilmann affirment que « si la syphilis augmente à nouveau, au lieu de diminuer, dans la région lorraine, il est indiscutable qu’un des facteurs de cette augmentation est constitué par la présence dans les usines et dans les campagnes de nombreux ouvriers appartenant des nationalités diverses (…). Il faut, si on veut remédier à ce grand danger qui risque de compromettre les brillants résultats obtenus en France par la lutte antisyphilitique effectuer le contrôle sanitaire de l’immigration » [63][63] Dr. Cavaillon et Spilmann, « La prophylaxie antivénérienne.... La tuberculose n’est pas en reste. Le docteur Storoge s’est livré à une enquête à l’Hôtel-Dieu de Paris où il repère 17 % d’étrangers tuberculeux et cite plusieurs autres travaux qui confirment ce « prodigieux encombrement » des hôpitaux par les étrangers tuberculeux [64][64] Dr. Storoge, L’hygiène sociale et les étrangers, 1926,.... D’autres maux sont encore attribués aux immigrés. En juillet 1926, le docteur Chappe dénonce « une véritable immigration trachomateuse en France » [65][65]  Op. cit., p. 38-39.. Des maladies oubliées qui réapparaissent sont aussi attribuées aux étrangers. Ainsi en est-il de la lèpre [66][66] Dr. Jeanselme, « Sur la prophylaxie de la lèpre en.... C’est bien la contagion et la solidarité forcée entre les individus qui est problématique au cours de ces années [67][67] Jusque dans les années 1950, les étrangers sont considérés.... Pourtant, il apparaît que dans les articles des hygiénistes qui décrivent leur activité aux frontières – et non pas dans les hôpitaux-, d’autres maladies sont évoquées. La diphtérie, le typhus exanthématique, la variole ou encore la fièvre typhoïde sont cités de manière systématique. Mais point de chiffres sur la tuberculose ou sur la syphilis ni même la lèpre qui captent pourtant l’attention publique mais ne rendent pas compte des conditions réelles de l’entrée sur le territoire. Les observations précises sur les maladies repérées par les hygiénistes sur leur terrain ne circulent pas : seules sont recherchées dans les hôpitaux les maladies à longue période de latence, la tuberculose, la syphilis qui compromettent la descendance. « Après les hygiénistes, les hospitaliers contribuent donc à donner de l’ampleur au débat sur les maux véhiculés par les migrants mais en le pervertissant. Les statistiques produites par les uns et les autres ne sont pas comparables. Celles qui circulent sont celles des hospitaliers : elles caractérisent un état de santé préalable à l’entrée sur le territoire mais aussi de mauvaises conditions de vie sur ce territoire même. Or, celles-ci sont tues, au mieux minorées. Lorsque Léon Bernard énumère les maux à repérer aux frontières, ce sont bien les maladies réputées héréditaires qu’il cite : « L’admission à l’immigration doit à mon sens être subordonnée aux conditions sanitaires suivantes : 1 – absence de maladies mentales et d’épilepsie, de cécité et de surdi-mutité (…) ; 2 – absence de toxicomanies notamment d’alcoolisme (…) ; 3 – absence de maladies infectieuses en activité (c’est-à-dire la tuberculose, la syphilis en activité, la blennorragie…) (…) ». En effet, ces états pathologiques ont des conséquences graves sur la descendance et la constitution de la race » [68][68] Bernard L., « Le problème sanitaire », 1925, p. 77.... Il s’agit de « permettre une sélection qui écartera le « tout venant » et qui évitera de transformer la France « en un dépotoir », suivant l’expression de M. Léon Bernard » [69][69] Dr. Even, « Protection de la santé publique et contrôle.... Il s’agit donc bien d’éviter les frais d’hospitalisation des étrangers malades mais aussi de lever la barrière devant des maladies héréditaires qui compromettent la qualité du renouvellement des générations. Sur ce point, les hospitaliers ont fourni des arguments aux hygiénistes.

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Pour faire valoir la primauté des questions sanitaires sur les questions économiques, les hygiénistes ont recours à l’argument démographique [70][70] Rosental P-A., « L’argument démographique. Population.... Léon Bernard affirme : « Deux facteurs puissants appellent l’immigration en France aujourd’hui : un facteur économique et un facteur démographique » [71][71] Pr. Bernard, « Le problème sanitaire », p. 770.. La même année, le docteur Forestier confirme : « Notre situation économique et démographique nous conduit à considérer l’immigration comme une nécessité vitale pour notre pays ». L’utilité économique de l’étranger est appréciée à la lumière de son activité, de sa force de travail mais c’est bien au titre de son utilité démographique que les hygiénistes créent le débat. Car les immigrés peuvent contribuer au redressement démographique de la France par l’apport numérique qu’ils représentent ainsi que leur descendance. D’autant plus que les démographes et statisticiens montrent que leur fécondité est plus élevée [72][72] De Luca Barrusse V., Les familles nombreuses, 2008,.... L’immigration a donc pu apparaître comme un palliatif à la dénatalité mais elle peut aussi miner la démographie française en accroissant le niveau de la mortalité [73][73] Camiscioli E., « Producing Citizens… », Gender and.... Enfin, les immigrés peuvent compromettre son renouvellement par des naissances d’enfants porteurs de tares héréditaires. Les hygiénistes, imprégnés d’eugénisme introduisent ce critère dans le débat [74][74] Anne Carol, Histoire de l’eugénisme. Les médecins français.... Plusieurs travaux ont montré la spécificité de l’eugénisme français préoccupé tant de la qualité de la population que de son volume [75][75] En particulier Schneider W., Quality and Quantity..... Les hygiénistes qui débattent du problème sanitaire de l’immigration y voient une opportunité de contrôler les flux de population tant en qualité qu’en quantité. Les contrôles qu’ils proposent, les maladies qu’ils veulent dépister doivent résoudre un problème d’accroissement et de renouvellement démographique.

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Il s’agit donc de contrôler ceux qui vont être incorporés et assimilés dans le corps de la nation [76][76] Taguieff P-A., « Face à l’immigration : Mixophobie,.... L’enjeu du problème sanitaire de l’immigration que les hygiénistes créent et alimentent est là. Et l’assimilation suppose un diagnostic sur la santé qui s’étend aux caractéristiques héréditaires des immigrants. Si bien que, dès 1926, après la présentation de Dequidt et Forestier devant le XIIIe congrès d’hygiène, les médecins hygiénistes vont distinguer la santé superficielle et la santé profonde des migrants. La « santé superficielle » recouvre les caractéristiques qui affectent la force productive de l’immigrant et les maladies qu’il est susceptible de transmettre par voie de contagion immédiate. La « santé profonde » qui serait inscrite dans les gênes et le sang de l’étranger, affecte quant à elle les conditions de reproduction de cette population et les possibilités de transfert de ses caractéristiques à la population nationale, menaçant alors des générations successives [77][77] Schneider W., « Hérédité, sang et opposition à l’immigration.... Cette distinction sera reprise jusque dans les années 1930. « Une plaie cutanée : santé superficielle, une maladie des reins : santé profonde. Des malades immigrants dans les hôpitaux : santé superficielle, des naissances de dégénérés, de fous ou d’une mentalité simplement non assimilable : santé profonde de la nation et de la race. En immigration, la santé profonde est de beaucoup la plus importante puisqu’elle engage l’avenir du pays » [78][78] Dr. Martial, « L’immigration et la santé publique »,.... Le lien est clairement établi entre les enjeux sanitaires et les enjeux de la race. En 1926, les mêmes Dequidt et Forestier citent abondamment la préface de la traduction du livre de Madison Grand, Le destin de la grande race signée par Vacher de Lapouge [79][79] Murard L., Zylberman P., « De l’hygiène comme introduction.... Ils s’inquiètent de « l’indice avant-coureur du crépuscule de notre civilisation occidentale et du déclin de la race blanche ». Leur communication montre leur préoccupation quant à la proximité raciale des immigrés avec la population française [80][80] Taguieff P-A., « Face à l’immigration », 1995, p. .... Parmi les vœux formulés par le congrès, certains font échos à ces craintes. Le congrès, considérant que « l’introduction massive en certains points du territoire d’éléments inadaptables, inassimilables, appartenant à des groupes inférieurs ou trop différents de notre population nationale, menace par le jeu de l’hérédité en ligne pure ou des croisements, l’intégrité et la santé de la race, émet le vœu que les pouvoirs publics : a) facilitent l’admission d’éléments sélectionnés, que la culture, la civilisation, le type ethnique rapprochent du stock national et dont l’histoire a démontré les qualités d’assimilation ; b) contrôlent soigneusement l’entrée des inadmissibles dont le flot doit être réduit » [81][81] « Compte-rendu du XIIIe congrès d’hygiène », 1926,.... Au cours des années 1925-1930, les hygiénistes ont ouvert la voie à la sélection raciale et ethnique qui sera débattue, en dehors même de leurs cercles au cours de la décennie suivante [82][82] Larbiou B., « Le corps médical et la race en 1930.... : d’abord en revendiquant un territoire d’expertise, ensuite en étant rejoints par des hospitaliers qui enflent leurs propos, enfin en mobilisant des arguments eugénistes pour opérer une sélection aux frontières. Car c’est bel et bien une politique eugéniste de l’immigration que les hygiénistes revendiquent même si, à la fin des années 1920, ils ne proposent pas de manière générale et systématique d’outils de sélection. Ils sont alors dans une phase de diagnostic. Au cours des années 1930, ils recourront à la théorie de la greffe interraciale développée par René Martial [83][83] Voir Schneider W., « Hérédité, sang et opposition à... et à la sérologie permettant de hiérarchiser les groupes ethniques.

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Finalement, au cœur du problème sanitaire de l’immigration se trouve la question démographique et l’assimilation des étrangers dans la population. L’argument des charges induites par une immigration incontrôlée ne trompe pas. Si les hygiénistes ne contestent pas le potentiel correctif de l’immigration - bien au contraire- ils en soulignent les effets pervers. Il s’agit de montrer toutes les facettes d’un seul et même problème : l’entrée sur le territoire d’une population soupçonnée d’être porteuse de maladies contagieuses et de tares héréditaires, lesquelles vont se diffuser à la fois de manière horizontale sous l’effet de la contagiosité mais aussi de manière verticale par l’effet de la transmission dans les générations.

29

Le débat sur le problème de l’immigration et les arguments mobilisés conduisent à l’intervention politique. L’arène politique est saisie du problème. L’ensemble des matériaux réunis, les enquêtes, les vœux formulés par l’académie de médecine, le congrès d’Hygiène ou encore la Société de médecine de Paris ont circulé et ont été discutés à la Chambre des députés et au Sénat. Déposée le 17 avril 1926, la proposition portée par le docteur Chauveau, président du groupe médical parlementaire et président de la commission d’hygiène du Sénat conduit à la circulaire du 20 février 1927 adressée aux consuls et aux postes frontières : « tout titre d’embauchage ou contrat de travail devra être dorénavant accompagné obligatoirement d’un certificat médical revêtu du visa consulaire français » [84][84] Cité par Dr. Even, « Protection de la santé publique.... Il ne sera délivré que « s’il est résulté de leur examen : 1° L’absence de maladie mentale, d’épilepsie, de cécité et de surdi-mutité ; 2° L’absence de toxicomanies ; 3° L’absence de maladie infectieuse ou parasitaire en activité […] ; 4° La vaccination antivariolique et la désinsectisation seront pratiquées lorsqu’il y aura lieu » [85][85] Circulaire du ministère des Affaires étrangères du.... C’est, mot pour mot, la proposition de Léon Bernard. En outre, le certificat devra préciser si le migrant satisfait à « l’aptitude physique nécessaire pour le travail qui lui est demandé » [86][86] Circulaire du ministère des Affaires étrangères du.... Comme le note Philippe Rygiel, la sélection des migrants doit se faire « sur leur utilité économique et leur innocuité sanitaire » [87][87] Rygiel P., « Indésirables et migrants désirés », 2008,.... Et, dix ans plus tard, le maintien sur le devant de la scène des débats par les hygiénistes aboutira à un dispositif d’encartement sanitaire des étrangers. En juin 1938, les étrangers devront être munis d’un carnet sanitaire mentionnant les maladies dont ils sont atteints et qu’ils pourront contracter [88][88] Sur le carnet sanitaire de l’étranger voir Larbiou.... Ce dispositif est tout à fait spécifique aux étrangers puisqu’à cette date, le carnet de santé obligatoire de l’ensemble de la population n’existe pas encore en dépit des revendications du corps médical [89][89] Rollet C., Les carnets de santé des enfants, Paris,.... Il est le résultat de la mobilisation des médecins hygiénistes soucieux de valoriser leur champ d’activité et d’investir un champ d’expertise : l’immigration.

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Une analyse prosopographique des hygiénistes permettrait seule de vérifier la promotion du corps à partir des trajectoires individuelles dans le champ de l’hygiène. Si elle dépasse le cadre de cet article, il apparaît toutefois que dans son ensemble les hygiénistes ont gagné en visibilité à partir de la fin des années 1920 et au cours des années 1930. Mais cette montée en visibilité n’est pas liée au seul débat dont il s’est agi ici mais plus généralement à la montée en puissance des enjeux d’hygiène sociale et publique qui trouvent échos auprès des parlementaires mais aussi auprès des conseillers généraux dans les départements. La santé des migrants, contrôlée aux frontières, n’est qu’un des champs d’intervention de certains hygiénistes mais ce champ, ils l’ont conquis à force d’articles dans des revues spécialisés grâce à des relais puissants et des arguments mobilisateurs.

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Ces arguments mis en avant par les hygiénistes intéressent l’évolution démographique. Le discours que les hygiénistes élaborent, les représentations sur lesquelles ils s’appuient et dont ils sont eux-mêmes porteurs, s’établissent en référence à un modèle de reproduction de la population. Les débats en effet véhiculent des normes sociales portées par des représentations sur le désirable et l’indésirable en matière d’évolution et de caractéristiques de la population. Les hygiénistes tentent en effet de promouvoir un modèle de reproduction contrôlée de la population au moment où d’autres hygiénistes défendent d’autres mesures telles que le carnet de santé, le certificat prénuptial, l’obligation de déclaration de maladies contagieuses… [90][90] Voir Rollet C., op. cit. ; Carol A., Histoire de l’eugénisme,.... En définitive, pour les hygiénistes sociaux qui ont engagés et se sont engagés dans ce débat, l’immigration est un champ de compétence et d’expertise qui offre des débouchés professionnels à certains d’entre eux en multipliant les points et les postes de contrôle. L’immigration c’est aussi pour les hygiénistes un élément central de la constitution d’un vivier de population susceptible de concourir à l’accroissement démographique. C’est au contrôle de ce vivier que conduit le débat sur la santé des migrants et, ce contrôle, les hygiénistes entendent bien l’assurer.

Notes

[1]

Noiriel G., Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècles), Paris, Fayard, 2007, p. 319 et 326.

[2]

Cette recherche a été financée par le Comité d’histoire de la sécurité Sociale et son association : Colloque « La santé des migrants : enjeux sociaux et politiques fin XIXe et XXe siècles » du 30 mars 2012. Qu’ils soient ici remerciés.

[3]

Pour un panorama, Noiriel G., Le creuset français. Histoire de l’immigration XIXe-XXe siècles, Paris, Seuil, 2006.

[4]

De Luca Barrusse V., Démographie sociale de la France, Paris, PUF., 2010

[5]

De Luca Barrusse V., Les familles nombreuses. Une question démographique, un enjeu politique, Rennes, PUR, 2008.

[6]

Blumer H., « Social problems as Collective Behaviour », Social Problems, 1971, 18, p. 298-306.

[7]

Ibid, op. cit.

[8]

Léonard J., La médecine entre les savoirs et les pouvoirs, Paris, Aubier, 1981.

[9]

Rygiel P., « Indésirables et migrants désirés. Notes sur les pratiques de sélection des migrants dans quelques grands pays d’immigration (1850-1939) », in Rygiel P., éd., Le bon grain et l’ivraie. La sélection des migrants en Occident 1880-1939, Paris, Publibook, 2008, p. 29.

[10]

Camiscioli E., « Producing Citizens. Reproducing the « French Race » : Immigration, Demography and Pronatalism », Gender and History, 2001, 3, p. 593.

[11]

Cefaï D., Trom D., « Retour sur la sociologie des problèmes publics. Un entretien avec J. Gusfield », Secret/Public, 2005.

[12]

Viet V., La France immigrée. Construction d’une politique 1914-1997, Paris, Fayard, 1998, p. 27.

[13]

Bruno A-S., « Les acteurs de la sélection de la main-d’œuvre immigrée en France au XXe siècle », in Le Crom J-P., éd., Les acteurs de l’histoire du droit du travail, Rennes, PUR, 2005, p. 399.

[14]

Bruno A-S., Omnès C., « Statut d’emploi, situation de travail et santé : histoires de femmes et d’étrangers », in Bruno A-S., Geerkens E., Hatzfeld N., Omnès C. éd., La santé au travail entre savoirs et pouvoirs, XIXe-XXe siècles, Rennes, PUR, 2011, p. 101.

[15]

Viet V., La France immigrée, op. cit., p. 28.

[16]

Payrault A., L’immigration organisée et l’emploi de la main d’œuvre étrangère en France, Paris, PUF, 1927, p. 34-42. Sur cette organisation voir Dornel L., « Les usages du racialisme. Le cas de la main d’œuvre coloniale en France pendant la première guerre mondiale », Genèses, 1995, 20, p. 60.

[17]

Larbiou B., « René Martial, 1872-1955. De l’hygiénisme à la raciologie, une trajectoire possible », Genèses, 2005, 60, p. 104.

[18]

Dr. Martial, « Epidémiologie d’un contingent de travailleurs algériens stationnés dans la XVIe région. Etiologie, Réceptivité », Montpellier médical, 37, 15 décembre 1917, 1165-1170, cité par Larbiou B., Connaitre et traiter l’étranger. Les constructions sociales d’un savoir politique sur l’immigration, 1914-1945, Thèse de Sciences politiques, Montpellier III, 2003, p. 369.

[19]

Dr. Martial, « Typhus exanthématique, organisation de l’épouillage, problème de la quarantaine », Revue d’hygiène et de police sanitaire, 1919, p. 559-560.

[20]

Larbiou B., « René Martial », Genèses, 2005, 60, p. 107.

[21]

C’est ce qu’observent aussi Gérard Jorland et Anne Rasmussen à propos plus généralement de l’hygiène. Rasmussen A., « L’hygiène en congrès », in Bourdelais P., Les hygiénistes. Enjeux, modèles, pratiques, Paris, Belin, 2001, p. 226 ; Jorland G., Une société à soigner. Hygiène et salubrité publiques au XIXe siècle, Paris, Gallimard, 2010, p. 19.

[22]

Jorland G., Une société à soigner, 2010, p. 43.

[23]

Ibid, p. 304.

[24]

Larbiou B., Connaitre et traiter l’étranger, op. cit., p. 106.

[25]

Bruno A-S., « Inaptitude et immigration en France au XXe siècle », in Omnès C., Bruno A-S., Les mains inutiles. La construction sociale de l’inaptitude au travail, Paris, Belin, 2004, p. 126. Plus largement sur les échanges entre Etats autour de l’organisation des migrations, voir Rosental P-A., « Migrations, souveraineté, droits sociaux. Protéger et expulser les étrangers en Europe du XIXe siècle à nos jours », Annales Histoire et Sciences Sociales, 2011, 2, 66, p. 335-373.

[26]

Pluyette J., La doctrine des races et la sélection de l’immigration en France, Paris, Bossuet, 1930, p.102.

[27]

Bruno A-S., « Inaptitude et immigration en France », op.cit., p. 135.

[28]

Ibid, p. 128.

[29]

Par exemple, Dr. Forestier, « Les tendances actuelles de la politique d’immigration aux Etats-Unis », Le Mouvement Sanitaire, 1924-1925, p. 552-562 ; Dr. Antheaume, Shiff., « Le problème de l’immigration aux Etats-Unis », L’Hygiène mentale, mai 1925, p. 121-122.

[30]

Dr. Martial, « De l’immigration », Le Concours médical, 1926, 18 avril, p. 1050.

[31]

Séance du 9 mars 1926, La Presse médicale, 1926, 7 avril, 437, cité par Larbiou B., Connaître et traiter l’étranger, p. 424.

[32]

Pr. Bernard, « Le problème sanitaire de l’immigration », Revue d’hygiène et de médecine préventive, 1925, 47, p. 769-787.

[33]

Op. cit., p. 772.

[34]

Op. cit., p. 770.

[35]

Bull. de l’Acad. de médecine, 1926, 19 janvier, p. 64-74.

[36]

Noiriel G., Immigration, antisémitisme et racisme, p. 328.

[37]

Par exemple, Dr. Bouquet, « Les malades étrangers en France », Le Monde médical, janvier 1926.

[38]

Par exemple, Dr. Martial, « Prophylaxie de l’immigration pendant et depuis la guerre », Annales d’hygiène publique, industrielle et sociale, 1926, p. 399-411 ; « De l’immigration », Le Concours médical, 1926, 11 avril, p. 980-984 ; 18 avril, p. 1048-1051 ; 25 avril, p. 1117-1120. Dr Marie, « A propos des indésirables », Bull. de la Société de médecine de Paris, 3, 1926, p. 105-110 ; Dr. Spilmann et Parisot, « La main d’œuvre étrangère et ses conséquences au triple point de vue médical, social et financier, Revue d’Hygiène, 1926, p. 1111-1118.

[39]

Cité par Larbiou B., Connaitre et traiter l’étranger, op. cit., p. 390.

[40]

Par exemple, Storoge V., L’hygiène sociale et les étrangers en France, Paris, Vigné, 1926 ; Bercovici J., Le contrôle sanitaire des immigrants en France, Paris, Sagot, 1926.

[41]

Larbiou B., Connaitre et traiter l’étranger, op. cit., p. 386.

[42]

« Compte-rendu du XIIIe congrès d’hygiène », Revue d’hygiène et de police sanitaire, 1926, p. 993-1143.

[43]

Ibid.

[44]

Cité par Schor R., L’opinion française et les étrangers, Paris, Publication de la Sorbonne, 1985, p. 420.

[45]

Op. cit., p. 415.

[46]

Op. cit., p. 416.

[47]

Champagne P., « La construction médiatique des « malaises sociaux », Actes de la recherche en sciences sociales, 1991, 90, p. 65.

[48]

Dornel L., La France hostile. Socio-histoire de la xénophobie (1870-1914), Paris, Hachette, 2004.

[49]

Bercovici J., Le contrôle sanitaire des immigrants, op. cit., p. 83.

[50]

Dr. Forestier, « Les divergences de l’opinion sur la politique de l’immigration en France », Le mouvement sanitaire, 1925, p. 859-874.

[51]

Le même phénomène s’observe en ce qui concerne les migrations internes. Voir Kesztenbaum L., Rosenthal J-L., « The Health cost of living in a city : The case of France at the End of the 19th Century », Explorations in Economic History, 48, 2011, p. 207-225.

[52]

Guillaume P., « Du bon usage des immigrés en temps de crise et de guerre, 1932-1940 », Vingtième Siècle, 1985, 7, p. 123.

[53]

Par exemple, Dr. Berthoumeau, « Note sur la proportion des malades étrangers hospitalisés dans les services parisiens », Presse médicale, 1924, 16 janvier, 5, p. 90-91 ; « Hôtes indésirables », Presse médicale, 1924, 16 avril, 31, p. 644-646 ; Dr. Imbert, « Les malades étrangers hospitalisés dans les hôpitaux de Marseille », Presse médicale, 1924, 26 avril, 34, p. 709.

[54]

Pr. Bernard, « Le problème sanitaire », 1925, p. 771.

[55]

Sur les accords internationaux, voir Viet V., « La politique de main-d’œuvre et les travailleurs étrangers et coloniaux entre 1914 et 1950 », Histoire et Mesure, 2006, septembre-octobre, p. 17.

[56]

Dr. Marie, « A propos des indésirables », 1926, p. 107.

[57]

Dr. Imbert, « Les malades étrangers dans les hôpitaux de Marseille », Bull. de l’Acad. de médecine, 1926, 20 juillet, p. 72-76.

[58]

Dr. Spilmann et Parisot, « La main d’œuvre étrangère », Revue d’Hygiène, 1926, p. 1111-1118.

[59]

Cité par Schor R, L’opinion française et les étrangers, op. cit., p. 416.

[60]

Pr. Bernard, « Le problème sanitaire », 1925, p. 772.

[61]

Voir par exemple, Virginie De Luca Barrusse, « Natalisme et hygiénisme en France de 1900 à 1940. L’exemple de la lutte antivénérienne », Population, 64, 3, p. 331-360.

[62]

Dr. Spillmann et Parisot, « Du rôle joué par l’élément étranger au point de vue de l’assistance médicale en général, de la tuberculose et des maladies vénériennes », Revue d’hygiène, juin 1926, p. 162. Voir aussi Dr. Jeanselme et Burnier, « La syphilis est-elle en décroissance dans la population ouvrière ? », Bull. de l’Acad. de médecine, 1926, tome XCV, 10, p. 231.

[63]

Dr. Cavaillon et Spilmann, « La prophylaxie antivénérienne chez les ouvriers étrangers. Organisation du contrôle sanitaire », Revue d’hygiène, 1926, 46, p. 1120-1121.

[64]

Dr. Storoge, L’hygiène sociale et les étrangers, 1926, p. 38.

[65]

Op. cit., p. 38-39.

[66]

Dr. Jeanselme, « Sur la prophylaxie de la lèpre en France », Bull. de l’Acad. de médecine, 1925, tome XCIV, 36, p. 963-965.

[67]

Jusque dans les années 1950, les étrangers sont considérés comme vecteurs de ces maladies. Voir Bruno A-S., Omnès C. « Statut d’emploi, situation de travail et santé », 2001, p. 101.

[68]

Bernard L., « Le problème sanitaire », 1925, p. 773.

[69]

Dr. Even, « Protection de la santé publique et contrôle sanitaire des transmigrants », Le mouvement sanitaire, 1930, p. 208-233.

[70]

Rosental P-A., « L’argument démographique. Population et histoire politique au XXe siècle », Vingtième Siècle, 2007, 95, 3, p. 3-14.

[71]

Pr. Bernard, « Le problème sanitaire », p. 770.

[72]

De Luca Barrusse V., Les familles nombreuses, 2008, p. 199-205.

[73]

Camiscioli E., « Producing Citizens… », Gender and History, 2001, 3, p. 593-621 et Reproducing the French Race. Immigration, Intimacy and Embodiment in the Early Twentieth Century, Durham, Duke University Press, 2009.

[74]

Anne Carol, Histoire de l’eugénisme. Les médecins français et la procréation (XIXe-XXe siècles), Paris, Seuil, 1995.

[75]

En particulier Schneider W., Quality and Quantity. The Quest for Biological Regeneration in the Twentieth Century France, Cambridge, Cambridge University Press, 1990.

[76]

Taguieff P-A., « Face à l’immigration : Mixophobie, xénophobie ou sélection. Un débat français dans l’Entre-deux-guerres », Vingtième Siècle, 1995, 47, juillet-septembre, p. 103-131.

[77]

Schneider W., « Hérédité, sang et opposition à l’immigration dans la France des années trente », Ethnologie française, 1994, XXIV, 1, p. 104-117. Sur le concept de races voir Reynaud Paligot C. La république raciale (1860-1930), Paris, PUF, 2006 et Races, racisme et antiracisme dans les années 1930, Paris, PUF, 2007.

[78]

Dr. Martial, « L’immigration et la santé publique », La science médicale pratique, 1933, 1er octobre, p. 630.

[79]

Murard L., Zylberman P., « De l’hygiène comme introduction à la politique expérimentale (1875-1925) », Revue de synthèse, 1984, 115, p. 313-341. Sur Madison Grand et son préfacier voir Reynaud-Paligot C., De l’identité nationale. Science, race et politique en Europe et aux Etats-Unis XIXe-XXe siècle, Paris, PUF, 2011, p. 227.

[80]

Taguieff P-A., « Face à l’immigration », 1995, p. 114.

[81]

« Compte-rendu du XIIIe congrès d’hygiène », 1926, p. 993-1143.

[82]

Larbiou B., « Le corps médical et la race en 1930. Les usages médicaux du racialisme », in Reynaud-Paligot C., Tous les hommes sont-ils égaux ? Histoire comparée des pensées raciales (1860-1930), München, Oldenbourg, 2009 ; Reynaud Paligot C., La république raciale, 2006, p. 314.

[83]

Voir Schneider W., « Hérédité, sang et opposition à l’immigration », op. cit., p. 107-111.

[84]

Cité par Dr. Even, « Protection de la santé publique et contrôle sanitaire des transmigrants. Rapport à la société de médecine publique et de génie sanitaire, 28 mars 1930 », Le mouvement sanitaire, 1930, p. 208-233.

[85]

Circulaire du ministère des Affaires étrangères du 9 juin 1927.

[86]

Circulaire du ministère des Affaires étrangères du 20 février 1927.

[87]

Rygiel P., « Indésirables et migrants désirés », 2008, p. 23.

[88]

Sur le carnet sanitaire de l’étranger voir Larbiou B., « Médecins hygiénistes et encartement des étrangers (1925-1940) », in Crettiez X., Piazza P., éd., Du papier à la biométrie. Identifier les individus, Paris, FNSP, 2005, p. 73-96.

[89]

Rollet C., Les carnets de santé des enfants, Paris, La Dispute, 2008, p. 165-187.

[90]

Voir Rollet C., op. cit. ; Carol A., Histoire de l’eugénisme, 1995, p. 312-328.

Plan de l'article

  1. Jusqu’en 1923 : un dispositif lâche, des hygiénistes sur le terrain
  2. La définition du problème
  3. Un faisceau de dénonciation, un seul enjeu

Pour citer cet article

De Luca Barrusse Virginie, « L’invention du " problème sanitaire de l’immigration " au cours des années 1920 », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2012 (N° 5), p. 61-77.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2012-1-page-61.htm


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