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Revue d'histoire de la protection sociale

2012/1 (N° 5)


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Michel Lagrave nous a quittés.

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C’était un homme de bien qui fut un fonctionnaire de grande qualité et un ami cher. Après son service militaire en Algérie et sa réussite au concours d’attaché de préfecture, Michel Lagrave dirigea, pendant quatre ans, l’hôpital de Saint-Girons dans l’Ariège, fonctions exercées ainsi dans un département proche de son cher Lot-et-Garonne et pour lesquelles il se passionna.

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A la sortie de l’Ecole nationale d’administration, où il était entré dans les premiers au concours interne (illustrant avec éclat la légitimité de ce mode d’accès à la haute fonction publique), il choisit l’inspection générale des affaires sociales.

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Mais, il n’inspecta guère. Car il fut immédiatement happé par le ministre des Affaires sociales, Jean-Marcel Jeanneney, pour mettre en place le régime d’assurance-maladie des travailleurs indépendants, tout nouvellement créé.

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Michel Lagrave fut appelé, en 1969, au cabinet du ministre comme conseiller en charge de la sécurité sociale, avec, entre autres missions, celle d’essayer d’apaiser la fronde des petits commerçants qui s’était manifestée à l’occasion de l’appel des cotisations à ce nouveau régime.

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Après quoi, il devint conseiller social à la représentation permanente auprès des Communautés européennes pendant trois ans, trois années fécondes où furent précisées les modalités de la libre circulation des travailleurs et où fut mis en place le fonds social européen. Il fut, ensuite, en 1976, nommé au cabinet du Premier ministre, Jacques Chirac d’abord, puis Raymond Barre, comme conseiller technique avec la lourde charge de tout ce qui touchait à l’emploi et à la sécurité sociale.

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En 1977, il rejoignit la Cour des comptes. Mais, il ne perdit pas pour autant son intérêt pour la sécurité sociale, cumulant, d’abord, ses fonctions à la Cour avec celles de secrétaire général de la commission des comptes de la sécurité sociale, puis, en étant nommé, en 1987, directeur de la sécurité sociale. Il assuma ces fonctions écrasantes pendant sept ans avant de regagner en 1994 la Cour des comptes en qualité de conseiller-maître et d’y être affecté à la cinquième chambre compétente en matière sociale.

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La retraite, en 2003, ne devait pas signifier pour lui inactivité. Appelé par le ministre de la Culture pour essayer de calmer la colère fortement médiatisée des intermittents du spectacle devant une tentative de réforme de leur indemnisation chômage, il cumula jusqu’à ces dernières années cette mission avec la présidence d’une section de la Cour nationale du droit d’asile et la présidence du comité d’histoire de la sécurité sociale.

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C’est tout naturellement, compte tenu de sa grande connaissance de la sécurité sociale et de son attachement particulier à l’histoire, que Michel Lagrave avait été nommé président du comité d’histoire de la sécurité sociale en 2003. Cette fonction lui fut particulièrement chère, compte tenu notamment de l’admiration et du profond respect qu’il vouait au président Pierre Laroque. En dépit de ses ennuis de santé, il s’y consacra activement jusqu’en septembre dernier. En outre, Michel Lagrave, fit, pendant sa carrière, bénéficier de son expertise en matière sociale l’Université, une section du Conseil économique et social, le conseil d’administration de la Caisse nationale des allocations familiales et les instances d’administration d’organismes sociaux.

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La vie professionnelle de Michel Lagrave pendant près d’un demi-siècle fut ainsi une succession de fonctions différentes, mais, toutes, difficiles et comportant de lourdes responsabilités.

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Dans ses fonctions, Michel Lagrave, c’était, sous une extrême discrétion et une parfaite courtoisie, l’écoute et l’attention aux autres, la probité face aux hommes et aux problèmes, la pondération et la sûreté de jugement.

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Ses qualités faisaient de lui un interlocuteur en qui tous ceux avec qui il travaillait avaient une totale confiance et, pour beaucoup d’entre eux, une réelle amitié. Le nombre et la diversité de ceux qui lui ont rendu un hommage recueilli à l’église Sainte-Clotilde le 17 mars, témoignent de l’estime et de l’amitié profondes que lui portaient ceux avec qui il fut en relation dans sa vie professionnelle, parfois, pour certains d’entre eux, il y a longtemps.

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Aussi remplie et heureuse fut la vie professionnelle de Michel Lagrave, aussi lourdes furent les épreuves personnelles qu’il subit, d’abord la mort prématurée et brutale de son épouse, qui le laissa anéanti, puis la disparition de son deuxième fils Bruno.

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Pourtant, ces épreuves n’altérèrent en rien la disponibilité de Michel Lagrave, l’attention qu’il prêtait aux autres, son infinie délicatesse, bref sa profonde bonté, qui n’excluait pas des traits d’ironie amusée.

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Pierre Moinot, qui fut à la fois procureur général près la Cour des comptes et membre de l’Académie française et pour qui Michel Lagrave avait respect et amitié, ne lui a-t-il pas dit en lui remettant les insignes de commandeur de l’Ordre national du Mérite : « Vous cherchez toujours ce qu’il y a de bon chez les autres ».


Annexe

Message de Michel Lagrave. Lu par Henri-Pierre Culaud

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Monsieur le Directeur, cher Dominique Libault,

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Madame la Présidente, chère Rolande Ruellan,

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Mes chers collègues et amis,

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Mon sentiment spontané : une joie rare de vous revoir et ce n’est pas une formule. Je vous remercie vivement d’avoir devancé notre rencontre par un magnifique présent. Je penserai à vous au quotidien en allumant mon poste de télévision. C’est un geste d’amitié qui me touche profondément.

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Vous formez une communauté de visages et une cohésion de talents variés dans un espace de liberté. Nous sommes libérés de toute contrainte, à l’abri de l’emprise bureaucratique, comme le souhaitait le président Laroque, et comme le précise le premier article de l’arrêté constitutif de mars 1973.

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Si je repense aux huit années passées ensemble, cette cohésion s’est démultipliée de deux manières : sur le plan organique et en matière de productions.

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Sur le plan organique, nous avons désormais un réseau d’étude et de concertation au plus près de chaque identité régionale. Nous avons accompagné la création progressive de comités régionaux, qui sont tous au travail, malgré les difficultés matérielles qui obligent à des prouesses d’imagination. Cette histoire multiple prend des formes diverses allant des monographies, des publications de périodiques jusqu’à de larges fresques. Tous les comités régionaux sont indépendants, mais ils le sont dans l’interdépendance avec le comité national, pour reprendre la formule d’Edgar Faure. Le comité national apporte son concours en valeur ajoutée financière pour donner corps aux projets. Il s’agit d’une aide souple et scrupuleuse de la personnalité de chaque comité. Au demeurant, le national compte bon nombre de représentants des régionaux. C’est une réussite qui reste en mouvement. Des comités régionaux se mettent ensemble pour entreprendre des tâches communes, voire pour organiser des colloques communs.

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La seconde démultiplication concerne les productions. Nous disposons désormais, outre d’une revue, de publications thématiques à côté de la série de base bleue la sécurité sociale, son histoire à travers les textes, ainsi que d’une collection de colloques régionaux. Des ouvrages isolés voient également le jour, et je citerai parmi eux les hommages consacrés à Jean Marmot et à Pierre Boisard. D’autres voies sont ouvertes grâce à la concertation des comités d’histoire frères, ceux des administrations du travail, de l’histoire économique et celui de l’ENA qui est très attentif à nos activités.

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Les archives orales dont on a déjà trois générations doivent connaitre un nouvel essor. Ce sera un patrimoine précieux pour les chercheurs professionnels et amateurs. Tous les témoignages sont recevables. Nous avons et nous aurons des interviews sur le terrain.

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Des innovations viendront grâce à l’informatique, et nous avons d’ores et déjà un site pour l’ensemble des comités. Je suis optimiste pour l’avenir dont on ne connait pas encore toutes les richesses.

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En ce qui me concerne, j’espère ne pas m’éloigner et rester avec vous. Merci pour votre douce présence.

Pour citer cet article

Culaud Henri-Pierre, « Hommage à Michel Lagrave. Président honoraire du Comité d’histoire de la sécurité sociale de 2003 à 2011 », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2012 (N° 5), p. 8-11.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2012-1-page-8.htm


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