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Revue d'histoire de la protection sociale

2014/1 (N° 7)


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« À légiférer sur les fous, pour les fous, très vite l’impression vous vient qu’on ne peut être pour eux sans, au fond, d’une certaine manière agir contre eux. Car toute protection des aliénés, en un sens, les aliène par cela seul qu’elle les suppose étrangers à l’univers raisonnable » [2][2] Carbonnier Jean, Droit civil, 1/ les personnes : personnalité,....

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Légiférer sur l’internement psychiatrique impose de mettre en balance deux intérêts antagonistes. La protection de l’ordre public d’une part, la liberté individuelle de l’autre. Encore faut-il pour cela adopter un regard rationnel sur la folie. Or, longtemps, on dénia reconnaître aux personnes atteintes de troubles mentaux la qualité d’êtres humains. À travers les siècles, il semble que la place des aliénés se soit toujours située en marge de la sphère sociale. Tantôt objets de fascination tantôt rebuts de la société, les fous en étaient exclus. Pour autant, selon Michel Foucault, le phénomène d’enfermement massif des aliénés ne remonterait qu’au XVIIe siècle [3][3] Foucault Michel, Histoire de la folie à l’âge classique,....

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À l’aube du XIXe siècle, le sort des aliénés internés en France était déplorable. Jean-Étienne Esquirol, célèbre médecin aliéniste écrivait en 1818 : « Je les ai vus nus couverts de haillons, n’ayant que la paille pour se garantir de la froide humidité du pavé sur lequel ils sont étendus. Je les ai vus grossièrement nourris, privés d’air pour respirer, d’eau pour étancher leur soif et des choses les plus nécessaires à la vie. Je les ai vus livrés à de véritables geôliers, abandonnés à leur brutale surveillance. Je les ai vus dans les réduits étroits, sales, infectes, sans air, sans lumière, enchaînés dans des antres où l’on craindrait de renfermer des bêtes féroces que le luxe des gouvernements entretient à grands frais dans les capitales » [4][4] Esquirol Jean-Étienne, Des maladies mentales considérées....

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Il en était de même dans le département du Bas-Rhin. À Strasbourg, depuis 1784 les aliénés étaient séquestrés « dans l’un des bâtiments aujourd’hui disparus de la cour de l’hôpital », « la salle des fous », « dans des conditions particulièrement déplorables » [5][5] Roegel Emile, « L’histoire des hospices civils de Strasbourg »,....

La situation des aliénés avant la loi de 1838

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L’on a coutume d’assimiler la naissance de la psychiatrie moderne à un acte fondateur réalisé par l’aliéniste Philippe Pinel (1745-1826) qui, entre les murs de Bicêtre, ôta les chaînes qui entravaient les mouvements des aliénés considérés comme dangereux. Foucault y voyait le symbole même de la rationalisation du traitement de la folie, par l’humanisation du sort des aliénés séquestrés [6][6] Foucault Michel, op. cit., p. 576.. Il semble pourtant qu’il ne s’agisse que d’un mythe monté de toute pièce par le fils de l’aliéniste, Scipion Pinel [7][7] Swain Gladys, Le sujet de la folie, Paris, Calmann-Levy,....

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En fait, l’amélioration du sort des personnes internées pour cause de troubles mentaux était plus générale. Mais Pinel en fut incontestablement l’un des instigateurs car le succès que rencontra son ouvrage auprès des médecins aliénistes permit le développement d’idées nouvelles [8][8] Pinel Philippe, Traité médico-philosophique de l’aliénation.... La folie fut peu à peu appréhendée comme une maladie mentale guérissable par l’inculcation de préceptes moraux. Ainsi l’internement pour cause de troubles mentaux n’eut plus pour unique objet d’exclure des fous de la sphère sociale mais se teinta d’une dimension éducative. Ce regard nouveau porté sur le traitement de l’aliénation mentale trouva par la suite particulièrement écho au sein de l’établissement public de Stephansfeld, qui ouvrit ses portes en août 1835 [9][9] Janet Pierre, « Des caractéristiques et du traitement....

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Ce changement d’attitude ne se cantonna pas à quelques praticiens. Si elle demeura une maladie honteuse, la folie fascina l’opinion publique pour plusieurs raisons.

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D’abord par l’émergence d’une effrayante idée, celle du développement du nombre des fous, fléau des nations civilisées [10][10] Pinel Philippe, op. cit., p. 25 ; Prevault Jacques,.... La folie constitua alors une menace que chacun se mit à redouter [11][11] Le docteur Thulié, célèbre aliéniste, militera en faveur.... On retrouve d’ailleurs cette idée dans les débats parlementaires qui précédèrent le vote de la loi du 30 juin 1838 [12][12] Duvergier Jean-Baptiste, Collection complète des lois,.... Cette opinion, Esquirol, disciple de Pinel, la rejetait vivement, s’efforçant d’adopter une démarche beaucoup plus pragmatique. Selon lui, l’augmentation du nombre de fous était « lente et progressive, elle serait restée inaperçue comme celle de quelques autres maladies, si plusieurs circonstances n’eussent concouru à rendre cette augmentation plus apparente que réelle » [13][13] Esquirol Jean-Étienne, op. cit., p. 723. : l’intérêt que le traitement de la folie suscita chez de nombreux médecins [14][14] En réalité, l’enseignement de la médecine aliéniste..., l’augmentation de la durée de vie des patients et l’accroissement du nombre de placements dans les hospices civils dû, pour partie, au fait que les familles étaient moins réticentes à placer leurs proches dans ces établissements.

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On retrouve ce phénomène de surpopulation des hospices civils et cette volonté d’humaniser l’internement des aliénés à Strasbourg : « Au milieu des améliorations essentielles qu’elle est parvenue à introduire dans toutes les branches du service hospitalier, le traitement du plus affligeant des maux attachés à l’existence humaine est la seule partie qui ne soit restée en arrière, et que par les vices du local, à la fois incomplet sous le rapport du régime sanitaire et insuffisant pour la population dans le cas d’y être reçue, les malades s’y trouvent placés de la manière la plus contraire à leur état et que l’on ne saurait réunir les précautions que leur état demande » [15][15] AD67 X 420, Extrait du registre des délibérations de.... En effet, le service hospitalier subit, durant cette période, de nombreuses modifications visant à améliorer la prise en charge et le traitement des patients. Seuls les quartiers réservés aux aliénés restèrent inchangés. L’état d’insalubrité des locaux et la cohabitation des différentes pathologies rendaient tout traitement impossible : « Partout il s’agit plutôt de les tenir enfermés que de les rendre propres à rentrer dans la société, nulle part pourtant que je sache, ils ne sont aussi mal qu’à Strasbourg » [16][16] AD67 X 420, Mémoire de Fodéré présenté au préfet du.... Quant au caractère inhumain de la séquestration, la description d’une loge parle d’elle-même : « Celle-ci est froide, humide, obscure et conséquemment mal saine, c’est véritablement un cachot étroit qui devient parfois un cloaque » ; « on ne peut voir ce local sans gémir et s’apitoyer sur le sort des malheureux qu’il renferme. La réputation de notre ville, celle de l’établissement et les droits de l’humanité en réclament impérieusement la suppression, car plus d’une fois il a excité l’indignation de l’étranger et toujours la compassion de ceux qui l’ont visité » [17][17] AD67 X 420, Rapport des médecins des hospices civils.... Cette situation paraissait intenable, aux médecins aliénistes exerçant à Strasbourg d’abord, aux autorités publiques interpellées sur le sujet ensuite. Une traduction concrète de l’humanisation du regard portée sur la folie s’imposait alors, par la création d’un nouvel établissement destiné à recevoir et à traiter les aliénés.

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Face à l’évolution des mentalités et de la pratique du traitement de l’aliénation mentale, une intervention du législateur semblait indispensable. Un corpus juridique existait mais il présentait l’inconvénient d’être très lacunaire et de ne plus correspondre aux conceptions modernes de la folie.

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Les législateurs révolutionnaires avaient assimilé l’aliéné à un détenu et son internement répondait presque uniquement à un objectif de protection de l’ordre public et de sécurité des personnes [18][18] Ministère de l’Intérieur et des Cultes, Législation....

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Quant aux rédacteurs du code civil de 1804 [19][19] Articles 489 à 512 du Code civil de 1804., ils mirent en place la procédure d’interdiction ayant pour fonction principale la protection du patrimoine des personnes séquestrées. En vertu de ces dispositions législatives, seul un jugement d’interdiction pouvait permettre l’internement d’un aliéné dans un asile. Or, la majorité des personnes internées ne pouvait pas même subvenir aux dépenses qu’engendrait leur internement, comme le montre la figure 1.

Figure 1 - Évolution des différents types d’internement d’aliénés à Stephansfeld : placements d’indigents et placements à la charge des familles (1843-1857)Figure 1

La création de l’établissement public de Stephansfeld et la loi de 1838

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Conscients de la nécessité d’intervenir, les pouvoirs publics se tournèrent vers les premiers intéressés, les aliénistes, et particulièrement Esquirol. Ce dernier avait rédigé en 1818 et en 1832 deux mémoires à l’attention du ministre de l’Intérieur dans lesquels il détaillait avec précision les fondements du traitement de la folie, l’organisation interne idéale des asiles, le régime juridique qu’il convenait d’adopter pour encadrer l’internement [20][20] Esquirol Jean-Etienne, op. cit., p. 399, « Mémoire.... Les parlementaires ne furent pas insensibles aux idées soutenues par l’aliéniste et le 6 mars 1837 (près de vingt ans après le premier mémoire), un projet de loi encadrant juridiquement la séquestration des aliénés fut présenté à la chambre des députés. Ce n’est qu’un an plus tard que la loi entra en vigueur, le 30 juin 1838.

La loi de 1838 et la création de Stephansfeld

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La loi dite « Esquirol », présentait l’avantage de favoriser la création d’établissements spécialement destinés à traiter les aliénés. Elle organisa les modalités d’internement selon deux catégories – l’internement volontaire et l’internement d’office – et tenta de permettre de subvenir aux dépenses d’entretien des aliénés les plus démunis, les indigents.

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Pour autant, ce texte, acte fondateur de la psychiatrie moderne, suscita de vives controverses pendant des décennies. Notre étude n’a pas vocation à les évoquer de façon exhaustive, mais à mettre en exergue les difficultés nées de la mise en pratique de la loi, illustrées par l’étude de l’organisation interne de l’établissement alsacien de Stephansfeld.

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L’analyse de l’expérience particulière de Stephansfeld repose sur l’étude de nombreux documents entreposés dans les archives départementales du Bas-Rhin. Une abondante correspondance entre les autorités internes de l’établissement, les autorités municipales, le préfet du Bas-Rhin et le ministre de l’Intérieur permettent en effet de retracer les différentes étapes précédant l’ouverture de Stephansfeld et les difficultés qui en résultèrent. La période choisie, 1835-1860, correspond à cette mutation liée à l’évolution de la conception de la folie, appuyée par l’entrée en vigueur d’une loi nouvelle et permet de constater le peu d’influence qu’elle eut effectivement. En retraçant les différentes étapes de sa création et l’influence limitée de la loi de 1838 sur l’organisation de l’établissement, il sera possible d’évoquer les lacunes de ce texte.

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De plus, si la loi Esquirol a trouvé à s’appliquer pendant près de 150 ans sans aucune modification substantielle alors que les pratiques médicales ne cessaient d’évoluer, c’est parce qu’elle n’avait pas vocation à organiser les modalités de traitement de la folie. L’on reprocha très vivement au législateur d’avoir délégué son pouvoir souverain de décision aux médecins aliénistes. À Stephansfeld comme dans de nombreux établissements du même type, les autorités internes et particulièrement les médecins aliénistes se sont référés aux théories soutenues par leurs pairs pour organiser la vie des aliénés et permettre leur guérison. Ainsi, un traitement dit « moral » de la folie, consistant à inculquer aux aliénés une morale vertueuse dans l’objectif de les ramener à la raison a vu le jour.

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Dès 1806, la commission administrative des hospices civils de Strasbourg avait sollicité une aide financière des autorités publiques locales. L’objectif était d’agrandir les hospices civils mais, par manque de moyens, le projet n’aboutit pasl[21][21] AD67 X 420, Extrait du registre des délibérations de.... Pour autant, les efforts déployés par les autorités locales ne s’essoufflèrent pas et, en août 1835, l’asile d’aliénés de Stephansfeld ouvrit ses portes à une dizaine de kilomètres de Strasbourg, dans le village de Brumath.

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L’évolution du sort des aliénés en Alsace s’est donc largement ébauchée en marge du droit. En conséquence, la création d’établissements spécifiquement destinés au traitement de la folie s’est heurtée à de nombreuses difficultés nées d’un vide juridique. La psychiatrie n’en étant qu’à ses balbutiements, il était délicat de déterminer les mesures les plus adaptées pour parvenir à un traitement rationnel de la folie.

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En 1814, les hospices civils de Strasbourg renfermaient 47 malades, dont certains depuis plus de vingt ans. L’insalubrité des locaux et la surpopulation [22][22] AD67 X 420, Extrait du registre des délibérations de... rendaient tout traitement à caractère thérapeutique impossible comme dans de nombreux autres établissements français.

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En 1819, le ministre de l’Intérieur Descazes s’empara du sujet et nomma une commission spéciale chargée d’examiner les moyens à employer pour améliorer le sort des aliénés. Il préconisa la création d’établissements spéciaux fondés sur les modèles de Bicêtre et de la Salpêtrière, seuls asiles d’aliénés existant alors [23][23] AD67 X 420, Circulaire du ministre de l’Intérieur,.... Malgré la volonté des autorités administratives locales, il faudra attendre l’été 1835 pour que les aliénés séquestrés dans les hospices civils de Strasbourg soient transférés dans un établissement spécial situé à une dizaine de kilomètres, Stephansfeld [24][24] AD67 X 420, Rapport du préfet du Bas-Rhin relatif à.... Les difficultés rencontrées étaient principalement financières [25][25] AD67 X 427, Règlement du service intérieur de Stephansfeld,.... Le choix du lieu suscita également de vives interrogations.

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Dans un premier temps, le préfet du Bas-Rhin avait opté pour un bâtiment édifié au cœur de la ville de Strasbourg [26][26] AD67 X 420, Extrait du registre des délibérations de.... Mais, sur les conseils de François-Emmanuel Fodéré [27][27] Fodéré François-Emmanuel (1764-1835) est un médecin..., le choix fut orienté vers Stephansfeld, établissement « situé dans une belle plaine, en vaste campagne, à deux cents pas de distance de Brumath » [28][28] AD67 X 420, Mémoire de Fodéré sur le projet d’établissement..., ce qui devait permettre un isolement presque absolu des personnes internées pour cause de troubles mentaux. Influencé par la théorie du traitement moral de l’aliénation mentale très en vogue à l’époque, Fodéré considérait en effet l’isolement comme principe fondamental de guérison des aliénés : « Quant à l’éloignement de la ville, je dis que c’est un bien plutôt qu’un mal […] l’isolement est la première condition pour obtenir leur guérison et celle-ci est retardée et empêchée par la vue des parents, des anciennes connaissances et par les visites indiscrètes des étrangers » [29][29] AD67 X 420, Mémoire de Fodéré, op. cit., 1823.. En outre, l’emplacement avait pour avantage de favoriser l’exercice de divers travaux agricoles et de promenades, facteurs de guérison : « De toutes les occupations manuelles, celles qui conviennent le mieux aux aliénés ce sont les occupations agricoles. Le grand air, le spectacle des phénomènes naturels, la constance des lois qui les régissent, le calme des champs, la nature des mouvements auxquels on se livre, […] tout est calculé pour raffermir la santé physique, rasséréner l’intelligence et les sentiments » [30][30] Richard David, Programme de quelques principes d’administration.... L’établissement de Stephansfeld éveilla l’intérêt des puissances publiques en raison de son organisation architecturale. Là encore, les autorités administratives en charge du projet ne furent pas indifférentes aux thèses soutenues par les figures emblématiques de l’aliénisme qui préconisaient la séparation des aliénés selon leurs chances de guérison et leur état d’agitation ainsi que le respect de diverses mesures d’hygiènes favorisées par la mise en place d’un écoulement permanent de l’eau : « Il faut qu’il règne dans ces lieux un air pur, et que l’eau y soit salubre, ces précautions sont d’autant plus essentielles, que la plupart des insensés prennent fort peu d’aliments solides et ne se nourrissent pour ainsi dire que d’air et d’eau […]. Il y aura un département ou corps de logis pour les imbéciles, un second pour les fous violents, un troisième pour les fous tranquilles et un quatrième pour ceux qui auront des intervalles lucides d’une certaine durée et qui paraissent dans le chemin de la guérison. On évitera par ce moyen les suites funestes de la contagion nerveuse qui se propage par l’imitation » [31][31] Colombier Jean, Instruction sur la manière de gouverner....

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Le rapport dressé par Fodéré suite à sa visite de l’établissement en 1823 en témoigne. Accompagné d’un architecte, le médecin veilla à respecter scrupuleusement les mesures d’hygiène préconisées. L’existence de plusieurs bâtiments, quoiqu’en mauvais état, devait permettre la séparation des aliénés : « nous pourrions y obtenir toutes les divisions suivantes, nécessaires à une maison de traitement bien dirigée, à savoir : 1° départements parfaitement séparés des classes, sexes, sans qu’ils puissent communiquer ensemble ; 2° dans chaque département, quatre sous-divisions, d’après la nature de la maladie à savoir : mélancoliques, maniaques, idiots et fous incurables ; 3° un quartier de convalescents pour chaque sexe, qui peut également servir de quartier pour les arrivants, lesquels doivent être mis en observation avant d’être placés » [32][32] AD67 X 420, Mémoire de Fodéré relatif à la création....

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Stephansfeld étant situé à proximité d’une rivière, la Horn, son emplacement permettait de faire parvenir de l’eau en abondance : « Les conditions requises pour un bon emplacement d’hospice d’aliénés sont ici remplies ; un terrain sec et peu élevé ou néanmoins on peut se procurer de l’eau en abondance, abrité des vents d’Ouest par de vastes forêts de pins […] air pur » [33][33] AD67 X 420, Rapport du préfet au conseil général sur.... Enfin, des bâtiments situés au centre de l’établissement étaient propres à accueillir l’administration, le logement des employés et celui des médecins, facilitant ainsi l’exercice de la surveillance.

Le fonctionnement de Stephansfeld sous la loi de 1838 : de crise en crise

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L’entrée en vigueur de la loi du 30 juin 1838 n’eut pas de réelle influence sur le fonctionnement interne de l’établissement alsacien, tant la loi demeurait lacunaire en la matière. Le règlement intérieur de Stephansfeld adopté le 4 août 1835 ne subit que très peu de modifications. Toutefois, le silence législatif engendra de lourdes conséquences puisque de nombreux conflits internes à l’établissement en résultèrent, plongeant Stephansfeld dans une situation catastrophique.

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Il est vrai que plusieurs établissements psychiatriques préexistaient à l’entrée en vigueur de la loi et disposaient d’une organisation interne stable. Cet équilibre était principalement dû à l’expérience accumulée par les autorités administratives placées à leur tête. Or, Stephansfeld ne pouvait se prévaloir de tels acquis. Lorsqu’en 1838, un nouveau préfet, Sers, fut appelé à exercer ses fonctions dans le département du Bas-Rhin, il prit rapidement la décision d’effectuer un remaniement dans l’organisation interne de l’établissement et modifia en conséquence son règlement intérieur, seul texte à valeur juridique régissant l’organisation interne de Stephansfeld. C’est bien l’insuffisance des dispositions législatives et réglementaires qui lui permirent d’agir avec une telle latitude.

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En modifiant la dévolution des compétences déjà très incertaine des membres du personnel et en subdivisant le pouvoir de direction au sein même de l’établissement, le préfet suscita un conflit interne dont les personnes internées souffrirent particulièrement [34][34] AD67 X 74. Une abondante correspondance entre le préfet.... L’usage du pouvoir de coercition devint un symbole d’autorité.

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Une véritable anarchie régna alors à Stephansfeld. L’insubordination du personnel soignant et particulièrement des sœurs hospitalières ne fit qu’aggraver la situation. Bientôt, l’établissement fut plongé dans une impasse et tout traitement à caractère thérapeutique devint inconcevable.

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L’inspecteur général des asiles d’aliénés Ferrus alla jusqu’à envisager sa fermeture : « Les dissentiments passagers qui se sont élevés parmi les hommes qui composaient son administration intérieure, la publicité donnée par la presse à ces dissentiments en sont la cause [perte de la confiance publique], sans doute mais, nous ne pouvons-nous dissimuler que l’atteinte qu’ils ont portée à l’organisation et à la direction des divers services ne se fasse ressentir aujourd’hui même qu’ils ont cessé ». « La question n’est pas de savoir, je crois, si l’on perfectionnera l’établissement de Stephansfeld ou si en l’abandonnant à ses propres ressources, on le laissera dans l’état ou il se trouve. La chose à mon avis est plus grave, il s’agit de [se] prononcer sur l’existence de cette maison » [35][35] AD67 X 74, Rapport de Ferrus, inspecteur général des.... Il fallut attendre l’entrée en vigueur de l’ordonnance royale du 18 décembre 1839 dont l’objectif était d’encadrer juridiquement le fonctionnement interne des établissements destinés à recevoir et à traiter les aliénés pour que ces conflits cessent [36][36] Ministère de l’Intérieur et des Cultes, op. cit., p..... Mais l’image de l’établissement en souffrit longtemps encore. Par la suite, celui-ci connut un réel essor et le nombre de personnes internées à Stephansfeld ne cessa d’augmenter (figure 2). Mais le succès que rencontra l’asile devint vite une source de difficultés supplémentaires.

Figure 2 - Mouvements de population à Stephansfeld (1835-1856)Figure 2
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Les infrastructures ne permirent plus d’accueillir tous les individus placés dans les quartiers d’aliénés des hôpitaux civils [37][37] AD67 X 432, Lettre de la commission administrative... dans l’attente de leur placement dans des établissements spéciaux [38][38] En vertu de l’article 24 de la loi du 30 juin 1838,.... Face à l’augmentation constante des refus de placement d’aliénés indigents, une alternative s’offrait à la commission administrative : « les laisser abandonnés à eux-mêmes, sans soin et sans surveillance, au péril de leur vie et de celle de leurs proches », ou bien « encombrer le dépôt de l’hôpital civil, contrairement à la loi et à l’instruction, d’une foule d’aliénés qui attendaient souvent, en vain, des mois entiers, leur admission à l’asile » [39][39] AD67 X 432, Lettre de la commission administrative..., Stephansfeld étant le seul établissement public du département.

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À cela s’ajoutèrent les difficultés financières auxquelles l’établissement dut faire face, l’équilibre budgétaire étant rarement atteint [40][40] AD67 X 427, Lettre du ministre de l’Intérieur adressée.... Des mesures furent alors prises par les autorités administratives pour tenter d’endiguer le phénomène en restreignant au maximum les décisions d’internement. En raison du manque de fonds dont disposait le département pour venir en aide à tous les aliénés indigents y résidant, le préfet du Bas-Rhin préconisa dès 1844 la sortie de certains aliénés qui pouvaient être rendus à leur famille ou traités dans d’autres établissements que les asiles. Il demanda également au directeur de Stephansfeld de favoriser la séquestration des indigents présentant des chances de curabilité et des furieux pouvant compromettre l’ordre public, c’est-à-dire placés d’office dans les dépôts provisoires [41][41] AD67 X 427, Lettre du préfet du Bas-Rhin adressée au.... L’on voit ici toute la logique sécuritaire de la démarche adoptée par le préfet. L’objectif était d’abord et avant tout d’assurer le respect de l’ordre public et de la sécurité des personnes. Cela supposait la mise en œuvre d’une forme de priorisation des placements : d’abord les « furieux » et les aliénés présentant des chances de guérison, ensuite éventuellement les incurables.

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Bientôt, seuls les aliénés disposant de ressources suffisantes ou présentant un danger réel pour la société furent admis dans l’établissement, ce qui eut pour conséquence d’altérer le caractère philanthropique que le législateur souhaitait attribuer à cette loi dite « de bienfaisance » : « Les admissions trop faciles en faveur d’aliénés dont la maladie est invétérée et ne présente que très peu de chances de guérison empêcheraient le traitement des maladies récentes et augmenteraient ainsi le nombre d’aliénés incurables. Qu’ainsi exécutée, la loi du 30 juin 1838, loin d’être un bienfait, serait une cause d’aggravation des misères humaines et des charges de la charité publique » [42][42] AD67 X 427, Arrêté préfectoral du 28 avril 1849..

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Des mesures sporadiques furent toutefois prises pour venir en aide aux aliénés indigents présentant de réelles chances de guérison : « les bienfaits de la loi doivent s’étendre même aux aliénés dont l’état mental ne compromettrait pas l’ordre public ou la sûreté des personnes, notamment lorsque les insensés sont en proie aux premiers accès de la maladie ou présentent des chances de guérison » [43][43] AD67 X 427, Arrêté préfectoral du 16 octobre 1840..

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L’analyse de nombreux documents d’archive relatifs aux mouvements de population dans l’enceinte de Stephansfeld permet de dresser un profil type de l’individu interné en 1843 et en 1857. En 1843, 388 personnes ont transité à Stephansfeld. Les hommes y sont légèrement plus nombreux que les femmes (53,6 %) ; les originaires d’un département autre que le Bas-Rhin (50,52 %) également. Enfin, une proportion importante de cette population (plus du tiers) est constituée d’indigents en placement d’office, dont la cause de la maladie (35,82 %) et la profession sont inconnues.

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Quatorze ans plus tard, en 1857, alors que 849 personnes ont transité à Stephansfeld, le profil a un peu changé. Les femmes sont désormais un peu plus nombreuses (51,47 %), ainsi que les originaires du Bas-Rhin (51,24 %), et le groupe le plus nombreux est désormais composé de femmes indigentes en placement d’office, âgées d’une quarantaine d’années (21,04 %), célibataires (71 %), sachant lire et écrire (72,77 %), sans profession (29,46 %) et dont la cause de la maladie est inconnue (31,51 %).

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L’analyse de ces données permet de démontrer que l’établissement public de Stephansfeld a toujours reçu, en grande majorité, des indigents, ce qui explique pour partie les difficultés financières auxquelles il dut faire face.

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L’accroissement considérable du nombre d’aliénés justifie en outre que la préférence fut peu à peu accordée aux personnes originaires du département. Enfin, le nombre très élevé de personnes internées dont les causes de la maladie étaient inconnues tend à illustrer les connaissances très minimes que pouvaient alors avoir les médecins aliénistes. Cela justifie pour partie le recours à un traitement dit moral de l’aliénation mentale.

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Le silence du législateur de 1838 sur les modalités d’organisation interne des asiles d’aliénés fut une réelle source de difficultés. La dévolution floue des compétences des autorités internes incita chacun à se prévaloir du pouvoir de direction. Mais, suite à l’entrée en vigueur de l’ordonnance royale du 18 décembre 1839, un cadre juridique fut posé durablement et cette stabilité permit la mise en place d’un véritable traitement de l’aliénation mentale, qui prit, à Stephansfeld comme dans de nombreux autres établissements, la forme d’un traitement dit « moral » de la folie.

La mise en place d’un traitement moral de la folie

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L’organisation interne des asiles d’aliénés était, pour une large part, soumise à un mode spécifique de traitement de l’aliénation mentale, que l’on qualifiait de traitement moral : « On appelle ainsi des moyens divers qui agissent sur les habitudes et les sentiments du malade, qui s’attaquent à ses erreurs, à l’affaiblissement de sa volonté, etc. Ils ont pour but de faire diversion aux pensées qui ne cessent de préoccuper quelques aliénés, en même temps que la douceur et les procédés qu’on emploie à leur égard éveille un véritable sentiment de reconnaissance » [44][44] Dagonet Henri, Service médical de l’asile d’aliénés.... Ce procédé emblématique des soins médicaux dispensés durant la seconde moitié du XIXe siècle, n’était pas le seul moyen employé pour traiter ces pathologies. Mais, de par les conséquences qu’il engendra sur l’organisation interne des asiles et particulièrement à Stephansfeld, il mérite une attention particulière [45][45] Dagonet Henri, Service médical…, op. cit. : « C’est....

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L’objectif apparent était « de rechercher dans l’aliéné les vestiges de l’homme raisonnable et les indications que la nature offre au médecin pour combattre la maladie » [46][46] Janet Pierre, op. cit.. Pour cela, outre l’isolement, diverses activités étaient mises en place pour distraire les personnes internées.

Les activités manuelles

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Le travail manuel, dans sa dimension thérapeutique, était appréhendé comme une distraction visant à occuper les aliénés, afin de les écarter d’un sentiment de prostration et d’isolement. L’objectif était également de les confronter à l’obéissance, attitude révélatrice d’une posture raisonnable. Pinel souligne les avantages des tâches manuelles : dispositions naturelles qui les portent à bien les remplir [leurs tâches], longue habitude de se plier au joug de l’obéissance, penchant à l’indulgence par le souvenir de leurs propres écarts » [47][47] Pinel Philippe, op. cit., p. 87-88..

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Les prescriptions de cet ordre, émanant des figures emblématiques de l’aliénisme, Pinel et Esquirol, n’avaient pas échappé à Fodéré lorsque ce dernier avait visité le site de Stephansfeld en 1823 : « plusieurs arpents de terre qui appartiennent encore à l’établissement […] pourraient servir tant à l’entretien de la maison qu’à occuper les aliénés aux travaux de l’agriculture : car il me semble qu’il est bien reconnu aujourd’hui que les travaux manuels soutenus, et un peu fatigants, faits au grand air, sont un des principaux moyens de rétablir la santé du corps et de l’esprit » [48][48] AD67 X 420, Mémoire de Fodéré relatif à la création.... Il existait par ailleurs de nombreuses activités manuelles, telles l’entretien des locaux, le travail du bois ou encore la broderie, activité spécialement destinée aux femmes [49][49] AD67 X M 34, Statistique des aliénés pour l’année .... Pour exercer ces fonctions, l’autorisation du médecin chef était obligatoire [50][50] AD67 X 427, Règlement du service intérieur de Stephansfeld,.... L’aliéné devait également donner son accord, ce qui justifie le nombre non négligeable de personnes internées n’exerçant aucune activité de ce type [51][51] AD67 X M 34, Statistique des aliénés pour l’année 1857,....

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Le travail manuel était parfois source de véritable danger. En 1847, certains pensionnaires avaient été mis à contribution pour la construction d’une voie ferrée devant l’établissement. Or, une augmentation flagrante de la mortalité, ce que semble corroborer la figure 3, accompagna ces travaux, en raison des « mouvements de terre pour les travaux préparatoires du chemin de fer », c’est-à-dire de glissements de terrain [52][52] AD67 X 427, Rapport du ministre de l’Intérieur adressé.... Il est à noter que cette période de l’histoire fut marquée par une grave crise économique et politique. Le taux de mortalité global de la population française augmenta également de façon significative.

Figure 3 - Évolution du nombre de décès et de personnes sorties guéries ou non de Stephansfeld (1835-1857)Figure 3
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Le travail fourni par les aliénés donnait lieu à diverses rétributions, principalement alimentaires et pécuniaires en fonction de l’activité manuelle qu’ils exerçaient et du temps qu’ils y consacraient [53][53] Janet Pierre, op. cit., p. 794. Le tabac était également un mode de rémunération : « tous les aliénés professent une prédilection et même une avidité dont il faut avoir été témoin, pour saisir toute l’importance de cette consommation sur leur situation physique et morale » [54][54] AD67 X 543, Délibération du conseil général du Bas-Rhin,....

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L’objectif principal était d’inciter les personnes séquestrées à travailler. Toutefois, d’autres considérations étaient avancées, tel l’apprentissage « du respect de la propriété, fondement de toute organisation sociale » [55][55] Richard David, Programme…, op. cit., p. 6.. Cette rémunération permettait aux indigents de disposer de quelques économies afin de préparer au mieux leur sortie. Les aliénés soignés à titre gratuit recevaient une rétribution moindre, le montant des frais de traitement étant prélevé en tout ou partie sur leur salaire. Une part seulement de la rémunération était reversée à l’aliéné, l’autre étant « réservée à titre de pécule ». En cas de décès à Stephansfeld, l’argent économisé par l’aliéné était remis à sa famille, déduction faite des frais de traitement non payés [56][56] AD67 X 427, Règlement du service intérieur de Stephansfeld,....

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Un rapport du ministre de l’Intérieur adressé au préfet du Bas-Rhin le 30 novembre 1850 informe sur le montant de ces rémunérations. Elles étaient comprises entre 5 et 40 centimes par jour, « indépendamment des additions de vivres ». Le ministre demanda, à cet égard, que ces sommes soient revues à la baisse et mieux réparties entre les aliénés, certains percevant des sommes deux à trois fois moindres pour une activité identique [57][57] AD67 X 427, Rapport du ministre de l’Intérieur adressé.... La lecture de lettres écrites par des aliénés au préfet du département témoigne au contraire d’une absence totale de rémunération, pas même alimentaire. Malgré l’incohérence des propos, on peut y lire : « on les fait travailler pire que des animaux même sans qu’ils [ne] soient récompensés » ; « je peux vous assurer qu’il ne leur faut que du travail et même ceux qui travaillent on ne leur dirait pas voilà un morceau de pain ; on leur donne un petit cruchon de bière à peu près une chope tous les dimanche et même encore pas à tous ceux qui travaillent puis toute la semaine il faut marché [sic] pire que des chevaux et même maltraité ainsi Monsieur le Préfet ce n’est encore dans les pays les plus barbares que l’on voit si mal gouverné que dans le pays civilisé » [58][58] AD67 X 74, Courriers adressés au préfet du Bas-Rhin,....

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Le travail fourni par les aliénés de Stephansfeld, et particulièrement les travaux agricoles, permettaient à l’établissement d’en tirer profit. Les produits cultivés par les personnes séquestrées étaient consommés au sein de l’asile, ce qui engendrait une diminution du coût d’approvisionnement en denrées alimentaires. Ces économies étaient complétées par les profits résultant de la vente d’objets confectionnés par les aliénés [59][59] AD67 X 74, Rapport de Ferrus, inspecteur général des....

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Certaines critiques se firent entendre au sujet du travail fourni par les aliénés au sein des asiles. Le médecin Léopold Turck [60][60] Turck Léopold, Pétition au Sénat sur le régime des... et le juriste Emile Garsonnet [61][61] Garsonnet Emile, La loi sur les aliénés. Nécessité... dénoncèrent ce système. Ils y voyaient un moyen de spéculation, par l’utilisation d’une main d’œuvre à bas coût. Ces contestations sont probablement exagérées, mais il n’en demeure pas moins que cette source d’économie était non négligeable. Elle ne permit pas pour autant à l’établissement de Stephansfeld d’être bénéficiaire. Durant une longue période, l’asile ne put subvenir aux dépenses engendrées par l’entretien des aliénés et la remise en état de certains bâtiments [62][62] AD67 X 427, Lettre du ministre de l’Intérieur adressée.... Cette situation incita l’administration, sur les conseils du ministre de l’Intérieur et de l’inspecteur général Ferrus, à rechercher d’autres moyens de parvenir à un équilibre financier. Pour cela, l’établissement tenta d’attirer une clientèle fortunée, dans l’objectif de faire payer à ces familles aisées un prix de pension élevé [63][63] AD67 X 74, Rapport de Ferrus, inspecteur général des....

L’enseignement

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Le travail manuel ne détournant pas assez les aliénés de leur sentiment d’isolement, les autorités administratives décidèrent d’occuper les personnes séquestrées en instaurant un enseignement au sein de l’asile [64][64] Il existait en réalité deux salles d’étude à Stephansfeld,....

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Il semble que la salle d’étude pour les hommes ait été créée au début des années 1840 [65][65] AD67 X 74, Instructions sur les salles d’étude ouvertes..., sous l’impulsion du directeur de Stephansfeld, David Richard [66][66] Richard David, Programme…, op.cit., p. 6.. Le choix de ce directeur ne s’était pas fait par hasard [67][67] L’ordonnance royale de 1839 exigeait qu’un directeur.... Richard avait pris le temps de visiter de nombreux asiles d’aliénés avant son entrée en fonction : né à Genève, il avait poursuivi des études de médecine à Rome, Pise, puis Paris. Il n’était donc pas étranger au milieu médical. Il disposait également d’une expérience certaine de l’administration française, ayant exercé les fonctions de chef de cabinet du préfet de Gironde. Enfin, il détenait un certain prestige « que lui valait son intimité avec Lamennais, Sand, Liszt, etc… » [68][68] Dirheimer M.-A., Henri Dagonet (1823-1902) : son œuvre.... Il avait pu constater les bienfaits de l’enseignement sur l’état de santé des aliénés.

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Cette composante du traitement moral de l’aliénation mentale avait pour objectif de distraire les aliénés et d’éveiller leur intelligence [69][69] AD67 X 74, Règlements particuliers, instructions sur... : En 1844, on trouve dans le règlement cette longue description : « On le voit, les salles d’étude et les occupations intellectuelles ne sont à Stephansfeld qu’un élément, mais important, du traitement moral des aliénés. L’instruction proprement dite n’est pas, comme dans les écoles ordinaires, le but principal. Elle n’est qu’un levier pour secouer l’intelligence, un attrait pour captiver leur attention, un sédatif contre les sentiments désordonnés, les craintes chimériques et les instincts brutaux […]. Pour cela, les instructeurs devaient s’adapter à cet enseignement spécifique. Les personnes chargées de l’administrer apportent à la belle et importante mission beaucoup de tact, de délicatesse, d’habilité et de persévérance » [70][70] Règlements particuliers…, 1844, op. cit.. Le programme soumis à l’approbation du directeur de l’établissement démontre que de nombreuses matières étaient enseignées afin de varier autant que possible les leçons, dans le but de capter l’attention des auditeurs : lecture (ouvrages en français et en allemand), écriture, exercices littéraires, histoire, géographie, mathématiques, sciences physiques et naturelles, dessin et peinture, musique et chant [71][71] AD67 X 543, Rapport sur la salle d’étude des hommes,.... Il est assez frappant de constater que l’instruction avait également pour objectif de socialiser les aliénés, de lutter contre l’isolement dans lequel ils s’enfermaient [72][72] AD67 X 74, Règlements particuliers, instructions sur.... Une forme de convivialité semblait alors animer les cours [73][73] Janet Pierre, op. cit., p. 796..

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L’instruction avait également pour objectif de distraire les aliénés qui n’avaient pas accès à la salle d’étude. Des séances de lecture se tenaient dans le réfectoire, aux heures de repas. Le choix des livres ne s’effectuait pas au hasard. Une certaine latitude était accordée aux aliénés, encadrée de précautions visant à ne pas heurter la morale de quelques-uns, leur sensibilité. En outre l’instructeur, organiste lors des cérémonies religieuses, avait pour mission de faire chanter les aliénés autant que possible, lors de promenades, de sorties, de leur faire répéter les cantiques enseignés dans les salles d’étude [74][74] AD67 X 74, Règlements particuliers, instructions sur....

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Il est très difficile de dresser le portrait des patients ayant bénéficié de l’enseignement dispensé à Stephansfeld, tant les éléments d’archive manquent. Cependant, les statistiques apprennent que la grande majorité des pensionnaires, huit sur dix, savaient au moins lire et écrire [75][75] AD67 X M 34, Statistique des aliénés pour l’année 1857 :.... Ces leçons n’étaient dispensées qu’aux aliénés les moins agités. L’enseignement demeurait assez largement ouvert puisqu’au cours de l’année 1854, 138 hommes avaient pu en bénéficier [76][76] AD67 X 543, Rapport sur la salle d’étude des hommes,....

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Le travail, qu’il soit intellectuel ou manuel, présentait donc l’avantage d’occuper l’aliéné et de lui inculquer des valeurs de respect.

Les exercices religieux

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Les exercices religieux semblaient également être un moyen efficace de moraliser les comportements des pensionnaires.

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Dès la création de l’établissement, en 1835 [77][77] AD67 X 427, Art. 3 du Règlement du service intérieur..., il était prévu que l’exercice du culte soit assuré pour les pensionnaires de confession catholique et ceux de confession protestante : « deux ecclésiastiques de la ville de Brumath, l’un catholique, l’autre protestant, rempliront les fonctions d’aumônier de l’hospice de Stephansfeld ». Une autorisation du médecin chef était nécessaire pour qu’un aliéné puisse assister au service divin. Il se tenait deux fois par semaine pour les catholiques, une fois seulement pour les protestants [78][78] AD67 X 427, Article 124, règlement du service intérieur,.... Un seul document de 1855 mentionne l’existence d’un rabbin israélite à Stephansfeld [79][79] Richard David, Renseignements pour les familles, 1855,....

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Le souhait de l’administration interne de Stephansfeld était de faire séjourner un prêtre catholique dans les locaux de l’établissement, afin qu’il puisse prendre une part active au service intérieur de l’asile, en raison de la « grande efficacité morale d’un enseignement religieux donné avec tact et mesure » [80][80] AD67 X 427, Lettre du directeur de Stephansfeld adressée.... Mais, par manque de place au sein de l’établissement, l’évêque de Strasbourg déclina cette proposition [81][81] AD67 X 427, Lettre de l’évêque de Strasbourg, adressée.... Un second vicaire chargé d’assurer le service religieux à Stephansfeld fut établi à Brumath, décision confirmée par le ministre de la Justice et des Cultes [82][82] AD67 X 427, Décision du 13 mai 1836..

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Ce vicaire étant en partie subventionné par le département, rien ne s’opposa à ce que l’exercice du culte catholique ait dorénavant lieu quatre fois par semaine [83][83] AD67 X 427, Lettre du préfet du Bas-Rhin adressée à.... Pour cela, des ornements furent prêtés par la commune de Brumath [84][84] AD67 X 427, Lettre…, 16 novembre 1835, op. cit. dans l’attente de financements permettant leur acquisition. Le vicaire était également assisté d’enfants de chœur originaires de Brumath, rémunérés par l’établissement [85][85] AD67 X 427, Lettre de l’aumônier de Stephansfeld adressée....

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Il semble que l’aumônier catholique n’ait pas souhaité prendre une part active au service intérieur de l’établissement. La raison provient peut-être de la réticence affirmée du personnel de l’asile, pour lequel la religion « mal entendue » pouvait être la cause morale de certains types d’aliénation [86][86] AD67 X 427, Lettre du directeur de Stephansfeld adressée....

60

La nomination d’un aumônier protestant souleva également certaines difficultés. L’administration interne de Stephansfeld souhaitait que ce ministre du culte loge dans l’établissement. Un argument diffèrent de celui avancé par l’évêque de Strasbourg permit au président du consistoire général et du directoire de la confession d’Augsbourg de décliner cette proposition. Il estimait en effet la rémunération de l’aumônier trop faible pour justifier qu’il soit exclusivement attaché à l’asile [87][87] AD67 X 427, Lettre du président du consistoire général.... Le second vicaire de Brumath fut alors chargé de l’exercice du culte protestant à Stephansfeld [88][88] AD67 X 427, Lettre du préfet du Bas-Rhin adressée aux....

61

En apparence, la coexistence des différents cultes semblait concevable. Les ministres n’ayant pas à cohabiter, il était difficile de présager l’apparition d’éventuelles mésententes. Mais l’inégalité de traitement entre les deux aumôniers engendra des tensions.

62

Lors de la création de l’établissement spécial, les autorités administratives avaient suggéré que l’exercice des cultes catholique et protestant se déroule dans la même chapelle [89][89] AD67 X 427, Lettre du directeur de Stephansfeld adressée.... Des travaux furent alors réalisés et des démarches entreprises pour équiper la chapelle des ornements nécessaires aux deux cultes [90][90] AD67 X 427, Lettre du préfet du Bas-Rhin adressée à.... Mais l’évêque de Strasbourg, s’appuyant sur l’interdiction du simultaneum[91][91] L’article organique 46 de la loi du 15 juillet 1801..., s’opposa au partage de la chapelle [92][92] AD67 X 427, Lettre de l’évêque de Strasbourg adressée.... De concert, le préfet et l’économe de Stephansfeld cherchèrent à mettre une autre salle à disposition de l’aumônier protestant. Leur choix s’arrêta sur deux bâtiments : la salle d’autopsie et la salle des morts [93][93] AD67 X 427, Lettre du préfet du Bas-Rhin adressée à....

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Le président du consistoire général et du directoire de la confession d’Augsbourg fit part au préfet de son mécontentement. L’insalubrité de la salle attribuée à l’exercice du culte protestant [94][94] AD67 X 427, Lettre du président du directoire du consistoire..., la différence de rémunération perçue par les deux aumôniers (« le traitement de l’aumônier catholique se trouve être le double de celui du pasteur » [95][95] AD67 X 427, Lettre du président du directoire du consistoire...) et la surreprésentation de la religion catholique au sein du personnel de l’établissement étaient intolérables. Le président du consistoire général incita en conséquence le vicaire protestant de Brumath à donner sa démission. Le 26 décembre 1836, l’aumônier quitta Stephansfeld [96][96] AD67 X 427, Lettre de l’économe adressée au préfet.... Par la suite, il semble que les autorités internes soient parvenues à trouver un compromis puisqu’un aumônier protestant exerça à nouveau ses fonctions dans l’enceinte de l’établissement [97][97] AD67 X 74, Délibération du conseil général du Bas-Rhin,....

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Malgré une certaine réticence du personnel de Stephansfeld [98][98] La pratique d’une « religion mal entendue » était perçue..., le directeur de l’établissement n’eut de cesse de promouvoir l’exercice du culte religieux, « mode de diversion morale » [99][99] Janet Pierre, op. cit., p. 799., en tentant de pérenniser et d’accroître l’influence des ministres du culte dans le traitement de la maladie mentale. Cela est particulièrement explicite concernant l’aumônier catholique. Consacrer plus de temps aux malades, rendre les fonctions indépendantes de celles du vicariat de Brumath, loger à Stephansfeld, telle était la posture que devait adopter le vicaire catholique [100][100] AD67 X 427, Lettre du directeur de Stephansfeld adressée.... Lors de son entrée en fonction en 1850 comme médecin-chef, Henri Dagonet (1823-1902) s’opposa à la cohabitation des différents ministres du culte à Stephansfeld. Selon lui, cet état de fait aurait été une source supplémentaire de conflits. Aucun aumônier ne résida plus dans l’établissement [101][101] AD67 X 74, Délibération du conseil général du Bas-Rhin,....

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Pinel était hostile à l’emploi de la religion dans le traitement de la maladie mentale [102][102] Pinel Philippe, op. cit., p. 76 : « écarter de leur.... Cette opposition semble s’expliquer par le fait qu’il évoluait dans un contexte d’indépendance intellectuelle marquée, la place occupée par la religion dans le traitement de la maladie mentale étant pour une large part tributaire du rôle qu’elle occupait dans la société.

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Si l’exercice de différents cultes rencontra l’assentiment des autorités internes de Stephansfeld, il semble que cette coexistence ne fut pas une évidence dans d’autres établissements français. Le gouvernement tenta alors d’y remédier, en proposant une solution tout à fait différente de celle de Stephansfeld. En effet, l’objectif était de réunir les aliénés de confession identique dans les mêmes asiles, afin qu’ils puissent pratiquer leur religion [103][103] AD67 X 74, Circulaire du ministre de l’Intérieur du.... Cette préoccupation visait particulièrement les protestants, qui, semble-t-il, n’étaient pas à même d’exercer librement leur culte.

67

Dans un rapport adressé au conseil général du Bas-Rhin, le préfet fit remarquer que toutes les précautions nécessaires avaient été prises à Stephansfeld pour permettre aux aliénés protestants d’exercer leur culte en toute liberté : « Les protestants ont un oratoire spécial, le service divin s’y fait avec la même régularité que dans la vie extérieure, et les secours spirituels n’ont jamais fait défaut aux malades, mêmes dans les cas les plus urgents ». Il se permit également de déplorer une telle volonté de classement des aliénés selon leur religion, estimant qu’ « une semblable mesure ne tendrait qu’à substituer l’exclusivisme confessionnel au caractère purement charitable des établissements hospitaliers » [104][104] AD67 X 74, Délibération du conseil général du Bas-Rhin,....

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L’entrée en vigueur de la loi du 30 juin 1838 témoigne de l’évolution du regard porté sur la folie. Cette loi constitue l’encadrement juridique d’une situation préexistante et démontre par cela même que l’humanisation du traitement de l’aliénation mentale n’est pas à proprement parler due à l’intervention du législateur mais bien à l’évolution des mentalités. La difficulté de mettre en place un corpus juridique en raison du peu de connaissances dont disposaient les autorités publiques en la matière explique dans une certaine mesure l’influence considérable des aliénistes, que ce soit dans la rédaction de la loi du 30 juin 1838 ou dans l’application qui en fut faite. L’étude de l’organisation interne de Stephansfeld le révèle.

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En pratique, il semble que l’équilibre entre préservation de l’ordre public et protection des libertés individuelles ait été rompu. Cette loi revêt l’apparence d’une mesure de police favorisant l’objectif de sécurité des personnes au détriment d’un sentiment philanthropique cher au législateur. Mais la pérennité de la loi démontre que cette tendance était largement admise et satisfaisait, si ce n’est à la majorité de l’opinion publique, du moins, à la majorité de ses représentants. Ce vide juridique permit toutefois une certaine libéralisation du traitement de la folie et l’on vit se mettre en place des moyens de traitement hors des asiles d’aliénés. Il en fut ainsi à Stephansfeld. Si la population s’élevait à plus de 900 patients en 1870, elle fut progressivement réduite. De plus, le conseil général du Bas-Rhin prit la décision d’étendre l’établissement de Stephansfeld sur le dépôt de mendicité de Hoerdt pour pallier sa surpopulation. En 1912, le dépôt de mendicité devint un asile d’aliénés [105][105] www.ch-epsan.fr.

70

Durant la Seconde Guerre mondiale, ces deux établissements furent frappés par les turpitudes de la politique nazie. S’ils furent préservés de l’action T4, les « aliénés eurent à supporter leur lot de souffrances et de privations » [106][106] Gradt Alfred, « Devoir de mémoire, devoir de vigilance,.... Dès le 18 juin 1940, ils durent subir les transferts vers d’autres asiles, le travail forcé, la sous-alimentation, les déportations. Mais l’asile de Stephansfeld ne disparut pas pour autant et il rouvrit ses portes au sortir de la guerre. Aujourd’hui, les établissements de Hoerdt et de Stephansfeld ne forment plus qu’une seule et même institution, l’établissement public de santé Alsace Nord, plus connu sous l’acronyme EPSAN [107][107] www.ch-epsan.fr.

Notes

[1]

Cet article est issu d’un mémoire de master d’histoire du droit (2011-2012) portant sur « L’influence de la loi du 30 juin 1838 sur le traitement de l’aliénation mentale », étude réalisée à travers l’exemple de l’établissement public de Stephansfeld et dirigée par Raphaël Eckert, professeur à l’université de Strasbourg.

[2]

Carbonnier Jean, Droit civil, 1/ les personnes : personnalité, incapacités, personnes morales, Paris, PUF, 17e édition, 2000, p. 302.

[3]

Foucault Michel, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Plon, 1961.

[4]

Esquirol Jean-Étienne, Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal, Paris, Baillière, 1838, tome 2, p. 400 (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k85089d).

[5]

Roegel Emile, « L’histoire des hospices civils de Strasbourg », Histoire du patrimoine hospitalier, hors série n° 1, 2000, p. 29.

[6]

Foucault Michel, op. cit., p. 576.

[7]

Swain Gladys, Le sujet de la folie, Paris, Calmann-Levy, 1997, p. 88.

[8]

Pinel Philippe, Traité médico-philosophique de l’aliénation mentale ou la manie, Paris, L’Harmattan, 2006 [an IX (1801)], p. 25.

[9]

Janet Pierre, « Des caractéristiques et du traitement de la folie », Revue des deux Mondes, mars/avril 1857, p. 776 : Stephansfeld est « l’une des maisons où l’on a été le plus loin dans la pratique de ce traitement libéral et rationnel que Pinel et Esquirol ont introduit parmi nous ».

[10]

Pinel Philippe, op. cit., p. 25 ; Prevault Jacques, L’échec du système administratif d’internement des aliénés, Paris, LGDJ, 1955, p. 38. Il y rapporte les propos de l’aliéniste Fodéré.

[11]

Le docteur Thulié, célèbre aliéniste, militera en faveur d’une réforme de la loi de 1838. Il écrit : « Tout le monde y est intéressé, la folie frappe aveuglément » (Thulié Henri, La folie et la loi, Paris, Librairie centrale, 1866, p. 2)

[12]

Duvergier Jean-Baptiste, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements et avis du Conseil d’État, 1838, tome 38, p. 492.

[13]

Esquirol Jean-Étienne, op. cit., p. 723.

[14]

En réalité, l’enseignement de la médecine aliéniste était presque inexistant au début du XIXe siècle. Le premier enseignement universitaire français débute à Strasbourg le 1er avril 1855 sous l’impulsion de Dagonet, alors médecin chef de Stephansfeld. Cf. Héran Jacques, « Il y a 125 ans, Dagonet est nommé à l’asile Sainte-Anne », Journal de médecine de Strasbourg, n° 3, 1992, p. 179.

[15]

AD67 X 420, Extrait du registre des délibérations de la commission administrative des hospices civils de Strasbourg, 6 août 1814.

[16]

AD67 X 420, Mémoire de Fodéré présenté au préfet du Bas-Rhin sur le projet de créer un établissement à Stephansfeld, 1823.

[17]

AD67 X 420, Rapport des médecins des hospices civils de Strasbourg destiné aux membres de la commission administrative, 26 mars 1816.

[18]

Ministère de l’Intérieur et des Cultes, Législation sur les aliénés et les enfants assistés, Paris, Berger-Levrault, tome 1, 1880-1884, p. 1 et 2.

[19]

Articles 489 à 512 du Code civil de 1804.

[20]

Esquirol Jean-Etienne, op. cit., p. 399, « Mémoire présenté au ministre de l’Intérieur, septembre 1818 » ; p. 744, « Mémoire sur l’aliénation mentale considérée sous le rapport médico-légal », mémoire lu à l’Institut le 1er octobre 1832.

[21]

AD67 X 420, Extrait du registre des délibérations de la commission administrative des hospices civils de Strasbourg, 6 août 1814.

[22]

AD67 X 420, Extrait du registre des délibérations de la commission administrative des hospices civils de la ville de Strasbourg, 6 août 1814 : « À défaut d’emplacement pour leurs lits, les idiots et les fous les moins dangereux sont souvent placés à deux et jusqu’à trois dans la même loge ».

[23]

AD67 X 420, Circulaire du ministre de l’Intérieur, 16 juillet 1819.

[24]

AD67 X 420, Rapport du préfet du Bas-Rhin relatif à l’emplacement d’un hospice d’aliénés dans l’établissement de Stephansfeld, adressé au conseil général, août 1824 : l’établissement public de Stephansfeld avait été créé pour recueillir les enfants trouvés et affectés par la suite au casernement des troupes étrangères.

[25]

AD67 X 427, Règlement du service intérieur de Stephansfeld, 4 août 1835.

[26]

AD67 X 420, Extrait du registre des délibérations de la commission administrative des hospices civils de Strasbourg, 6 janvier 1827.

[27]

Fodéré François-Emmanuel (1764-1835) est un médecin et botaniste français. En 1814, il est nommé à la chaire de médecine légale de Strasbourg. Il obtiendra par la suite la chaire d’hygiène publique de la ville et s’emploiera à mettre en pratique ses théories novatrices en la matière.

[28]

AD67 X 420, Mémoire de Fodéré sur le projet d’établissement à Stephansfeld adressé au préfet du Bas- Rhin, 1823.

[29]

AD67 X 420, Mémoire de Fodéré, op. cit., 1823.

[30]

Richard David, Programme de quelques principes d’administration pratique des maisons d’aliénés, 1841, p. 6.

[31]

Colombier Jean, Instruction sur la manière de gouverner les insensés et de travailler à leur guérison dans les asiles qui leur sont destinés, Paris, Imprimerie royale, 1785, p. 11.

[32]

AD67 X 420, Mémoire de Fodéré relatif à la création de l’établissement public de Stephansfeld, 1823.

[33]

AD67 X 420, Rapport du préfet au conseil général sur l’emplacement d’un hospice d’aliénés dans les bâtiments de Stephansfeld, août 1824. Ceci dit, un rapport de 1850 est moins optimiste en signalant l’existence de « mares infectes » tout autour de l’établissement et le risque d’inondation de la cour (AD67 X427, Rapport du ministre de l’Intérieur adressé au préfet du Bas-Rhin, 30 novembre 1850,).

[34]

AD67 X 74. Une abondante correspondance entre le préfet du Bas-Rhin et la commission administrative des hospices civils en témoigne.

[35]

AD67 X 74, Rapport de Ferrus, inspecteur général des hospices d’aliénés, adressé au préfet du Bas-Rhin, 18 août 1840.

[36]

Ministère de l’Intérieur et des Cultes, op. cit., p. 83 et s.

[37]

AD67 X 432, Lettre de la commission administrative des hospices civils de Strasbourg adressée au préfet du Bas-Rhin, 12 juillet 1855.

[38]

En vertu de l’article 24 de la loi du 30 juin 1838, des dépôts provisoires ont été institués dans les hôpitaux et hospices civils.

[39]

AD67 X 432, Lettre de la commission administrative des hospices civils de Strasbourg adressée au préfet du Bas-Rhin, 12 juillet 1855.

[40]

AD67 X 427, Lettre du ministre de l’Intérieur adressée au préfet du Bas-Rhin, 17 octobre 1849.

[41]

AD67 X 427, Lettre du préfet du Bas-Rhin adressée au directeur de Stephansfeld, 5 novembre 1844.

[42]

AD67 X 427, Arrêté préfectoral du 28 avril 1849.

[43]

AD67 X 427, Arrêté préfectoral du 16 octobre 1840.

[44]

Dagonet Henri, Service médical de l’asile d’aliénés de Stephansfeld pendant l’année 1850, Rapport à la commission de surveillance de l’établissement, Imprimerie G. Silbermann, 1851, p. 36.

[45]

Dagonet Henri, Service médical…, op. cit. : « C’est à cette catégorie de moyens que se rattache précisément la bonne organisation de l’asile ».

[46]

Janet Pierre, op. cit.

[47]

Pinel Philippe, op. cit., p. 87-88.

[48]

AD67 X 420, Mémoire de Fodéré relatif à la création de Stephansfeld, 1823 ; voir aussi Richard David, Programme…, op. cit., p. 6.

[49]

AD67 X M 34, Statistique des aliénés pour l’année 1857

[50]

AD67 X 427, Règlement du service intérieur de Stephansfeld, 4 août 1835, article 118.

[51]

AD67 X M 34, Statistique des aliénés pour l’année 1857, sur 849 aliénés traités à Stephansfeld en 1857, 249 n’exerçaient aucune activité, qu’elle soit manuelle ou intellectuelle.

[52]

AD67 X 427, Rapport du ministre de l’Intérieur adressé au préfet du Bas-Rhin suite à la visite d’un inspecteur général du service des aliénés, 17 octobre 1849.

[53]

Janet Pierre, op. cit., p. 794

[54]

AD67 X 543, Délibération du conseil général du Bas-Rhin, séance du 8 septembre 1842.

[55]

Richard David, Programme…, op. cit., p. 6.

[56]

AD67 X 427, Règlement du service intérieur de Stephansfeld, 4 août 1835, article 120 et 121.

[57]

AD67 X 427, Rapport du ministre de l’Intérieur adressé au préfet du Bas-Rhin, 30 novembre 1850.

[58]

AD67 X 74, Courriers adressés au préfet du Bas-Rhin, 1868-1869.

[59]

AD67 X 74, Rapport de Ferrus, inspecteur général des hospices d’aliénés, adressé au préfet, 18 août 1840.

[60]

Turck Léopold, Pétition au Sénat sur le régime des aliénés en France, 1865, p. 83. Turck reprend les propos de Girard de Cailleux, directeur et médecin chef de l’asile de Sainte-Anne, évoquant le fonctionnement des établissements de la Seine.

[61]

Garsonnet Emile, La loi sur les aliénés. Nécessité d’une réforme, Paris, E. Thorin, 1869, p. 26.

[62]

AD67 X 427, Lettre du ministre de l’Intérieur adressée au préfet, 17 octobre 1849.

[63]

AD67 X 74, Rapport de Ferrus, inspecteur général des hospices d’aliénés, adressé au préfet, 18 août 1840.

[64]

Il existait en réalité deux salles d’étude à Stephansfeld, une pour les hommes et une autre pour les femmes, dont les cours étaient dispensés par la sœur instructrice. Par manque d’informations, l’étude ne portera que sur la salle d’étude des hommes.

[65]

AD67 X 74, Instructions sur les salles d’étude ouvertes à l’asile d’aliénés de Stephansfeld et règles à observer par l’instituteur organiste et la sœur instructrice, 28 octobre 1844, article 4 : « Une expérience de près de deux années a déjà démontré à Stephansfeld, l’efficacité de l’instruction et des occupations intellectuelles comme remède moral ».

[66]

Richard David, Programme…, op.cit., p. 6.

[67]

L’ordonnance royale de 1839 exigeait qu’un directeur d’établissement soit nommé par le ministre de l’Intérieur à la tête de chaque asile public.

[68]

Dirheimer M.-A., Henri Dagonet (1823-1902) : son œuvre psychiatrique, particulièrement en Alsace, Strasbourg, thèse de médecine, 1991, p. 11.

[69]

AD67 X 74, Règlements particuliers, instructions sur les salles d’étude ouvertes à l’asile d’aliénés de Stephansfeld et règles à observer par l’instituteur organiste et la sœur instructrice, 28 octobre 1844 : article 2.

[70]

Règlements particuliers…, 1844, op. cit.

[71]

AD67 X 543, Rapport sur la salle d’étude des hommes, présenté au conseil général du Bas-Rhin et transmis au ministre de l’Intérieur, 1854.

[72]

AD67 X 74, Règlements particuliers, instructions sur les salles d’étude ouvertes à l’asile d’aliénés de Stephansfeld et règles à observer par l’instituteur organiste et la sœur instructrice, 28 octobre 1844, article 7.

[73]

Janet Pierre, op. cit., p. 796.

[74]

AD67 X 74, Règlements particuliers, instructions sur les salles d’étude ouvertes à l’asile d’aliénés de Stephansfeld et règles à observer par l’instituteur organiste et la sœur instructrice, 28 octobre 1844 : article 14.

[75]

AD67 X M 34, Statistique des aliénés pour l’année 1857 : le 1er janvier 1857, 615 aliénés étaient internés à Stephansfeld ; 56 savaient seulement lire, 451 savaient lire et écrire, 56 avaient reçus une instruction plus élevée. Seulement 52 aliénés n’avaient aucune instruction.

[76]

AD67 X 543, Rapport sur la salle d’étude des hommes, présenté au conseil général du Bas-Rhin et transmis au ministre de l’Intérieur, 1854.

[77]

AD67 X 427, Art. 3 du Règlement du service intérieur de Stephansfeld, 4 août 1835.

[78]

AD67 X 427, Article 124, règlement du service intérieur, 4 août 1835.

[79]

Richard David, Renseignements pour les familles, 1855, p. 1. Par manque d’informations, cette présence n’a pu être approfondie.

[80]

AD67 X 427, Lettre du directeur de Stephansfeld adressée au préfet du Bas-Rhin, 13 décembre 1840.

[81]

AD67 X 427, Lettre de l’évêque de Strasbourg, adressée au préfet du Bas-Rhin, 13 novembre 1835.

[82]

AD67 X 427, Décision du 13 mai 1836.

[83]

AD67 X 427, Lettre du préfet du Bas-Rhin adressée à l’économe, 23 décembre 1835.

[84]

AD67 X 427, Lettre…, 16 novembre 1835, op. cit.

[85]

AD67 X 427, Lettre de l’aumônier de Stephansfeld adressée à l’économe, 1er mai 1840.

[86]

AD67 X 427, Lettre du directeur de Stephansfeld adressée au préfet du Bas-Rhin, 13 décembre 1840.

[87]

AD67 X 427, Lettre du président du consistoire général et du directoire de la confession d’Augsbourg adressée au préfet du Bas-Rhin, 26 novembre 1835.

[88]

AD67 X 427, Lettre du préfet du Bas-Rhin adressée aux membres de la commission de surveillance de Stephansfeld, 11 décembre 1835.

[89]

AD67 X 427, Lettre du directeur de Stephansfeld adressée au préfet du Bas-Rhin, 16 novembre 1835.

[90]

AD67 X 427, Lettre du préfet du Bas-Rhin adressée à M. de Schoenberg, député et ancien membre de la commission de surveillance de Stephansfeld, 24 mars 1836.

[91]

L’article organique 46 de la loi du 15 juillet 1801 (le Concordat) interdit le simultaneum, c’est-à-dire, l’exercice de plusieurs cultes religieux dans un même lieu.

[92]

AD67 X 427, Lettre de l’évêque de Strasbourg adressée au préfet du Bas-Rhin, 28 décembre 1835.

[93]

AD67 X 427, Lettre du préfet du Bas-Rhin adressée à l’économe, 11 janvier 1836.

[94]

AD67 X 427, Lettre du président du directoire du consistoire général de la confession d’Augsbourg adressée au préfet du Bas-Rhin, mai 1836.

[95]

AD67 X 427, Lettre du président du directoire du consistoire général de la confession d’Augsbourg adressée au préfet du Bas-Rhin, mai 1836.

[96]

AD67 X 427, Lettre de l’économe adressée au préfet du Bas-Rhin, 26 décembre 1836.

[97]

AD67 X 74, Délibération du conseil général du Bas-Rhin, session de 1867, rapport du préfet.

[98]

La pratique d’une « religion mal entendue » était perçue comme une cause d’aliénation mentale. Le personnel de l’asile redoutait, comme Dagonet, que l’exercice du culte n’empirât l’état de santé de quelques aliénés (Dagonet Henri, Service… 1850, op. cit., p. 29). Dans son Nouveau traité élémentaire et pratique des maladies mentales ; suivi de Considérations pratiques sur l’administration des asiles d’aliénés, J.-B. Baillière, 1876 (2e édit., la 1ère date de 1862), p. 697-698, Dagonet insistera sur l’importance de la parfaite entente entre le directeur et l’aumônier. Il soulignera la place de la musique lors des cérémonies.

[99]

Janet Pierre, op. cit., p. 799.

[100]

AD67 X 427, Lettre du directeur de Stephansfeld adressée au préfet du Bas-Rhin, 13 décembre 1840.

[101]

AD67 X 74, Délibération du conseil général du Bas-Rhin, session de 1867, rapport du préfet.

[102]

Pinel Philippe, op. cit., p. 76 : « écarter de leur vue tout objet relatif au culte religieux », pour soigner la manie par excès de dévotion.

[103]

AD67 X 74, Circulaire du ministre de l’Intérieur du 12 août 1867 sur le respect du culte protestant.

[104]

AD67 X 74, Délibération du conseil général du Bas-Rhin, session de 1867, rapport du préfet.

[106]

Gradt Alfred, « Devoir de mémoire, devoir de vigilance, les malades de Stephansfeld dans la tourmente des années de guerre (1939-1945) », Société d’histoire et d’archéologie de Brumath et des environs, n° 36, déc. 2008, p. 28-29.

Résumé

Français

Cet article porte sur l’internement pour cause de troubles mentaux tel qu’il était pratiqué au cours du XIXe siècle dans le département du Bas-Rhin. Il y est démontré que la loi Esquirol du 30 juin 1838 n’a eu que peu d’influences sur l’organisation interne de ce que l’on appelait alors les asiles d’aliénés. L’analyse de nombreux documents d’archives portant sur l’établissement public de Stephansfeld, ouvert en 1835, à quelques kilomètres de Strasbourg, a permis d’aboutir à une telle conclusion. L’article montre qu’entre 1835 et 1860, le traitement de l’aliénation mentale préconisé à Stephansfeld était fondé sur une théorie en vogue, celle du traitement moral de l’aliénation mentale.

Mots-clés

  • aliéné
  • Esquirol
  • hôpital psychiatrique
  • internement psychiatrique
  • traitement moral
  • Stephansfeld
  • XIXe siècle

English

This article deals with the psychiatric confinement as it was practiced during the 19th century in the department of Bas-Rhin. It is shown that the Esquirol Act of the 30th June 1838 has had little influence on the internal organization of what was then called insane asylums. The analysis of many archival documents relating to the public institution of Stephansfeld, which opened in 1835 a few kilometers away from Strasbourg, allows us to conclude in that way. The article shows that between 1835 and 1860 the treatment of insanity advocated in Stephansfeld was based on a famous theory, the moral treatment of insanity.

Keywords

  • Esquirol
  • insane
  • moral treatment
  • psychiatric hospital
  • psychiatric internment
  • Stephansfeld
  • 19th century

Plan de l'article

  1. La situation des aliénés avant la loi de 1838
  2. La création de l’établissement public de Stephansfeld et la loi de 1838
  3. La loi de 1838 et la création de Stephansfeld
  4. Le fonctionnement de Stephansfeld sous la loi de 1838 : de crise en crise
  5. La mise en place d’un traitement moral de la folie
    1. Les activités manuelles
    2. L’enseignement
    3. Les exercices religieux

Pour citer cet article

Couturier Lydie, « L’enfermement des aliénés : l’asile de Stephansfeld (Bas-Rhin, 1835-1860) et la loi de 1838 », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2014 (N° 7), p. 58-79.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2014-1-page-58.htm


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