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Revue d'histoire de la protection sociale

2014/1 (N° 7)


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Introduction

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Dans la seconde moitié des années 1880 en France, à l’heure où le pacte social du régime tertio-républicain fondé sur le travail est mis à l’épreuve de la crise économique, la problématique de l’accès au marché du travail de ceux qui, en état de travailler, en sont exclus, imprègne en profondeur le débat public. Assister sans déresponsabiliser, placer, reclasser et donc permettre aux pauvres valides d’ « acquérir leur subsistance par le travail » [1][1] « Plan de travail du Comité pour l’extinction de la... selon l’antienne héritée de la Révolution française : tel est le défi à relever par la jeune République, auquel s’attèlent pouvoirs publics, réformateurs sociaux, philanthropes et notables [2][2] Jung Benjamin, La bataille du placement et les sans-travail..... La prise en charge des sans-travail est alors accaparée par deux dynamiques réformatrices en apparence hétérogènes, pour donner lieu à deux inventions institutionnelles originales : les sociétés privées d’assistance par le travail et les bureaux municipaux de placement gratuit. En premier lieu, dans le champ assistanciel, l’élaboration de la doctrine du « secours efficace », propre à mettre les pauvres valides « en mesure de se suffire à eux-mêmes par le travail », comme proclamé lors du Congrès d’assistance de 1889 [3][3] « Deuxième question. De l’organisation méthodique de..., consacre l’assistance par le travail comme la méthodologie charitable la plus rationnelle. D’une part, le « travail d’épreuve » [4][4] Pulligny Jean (de), « Note de l’Office du travail sur..., en subordonnant l’allocation du secours à l’acceptation d’une tâche, minimiserait les risques d’abus et de fraude à la charité et permettrait d’opérer une sélection entre les indigents aidés en éliminant, mécaniquement, les réfractaires au travail : l’obsession de l’époque est alors la lutte contre le vagabondage dit d’habitude et la mendicité fantasmée « professionnelle », selon un mouvement d’objection sociale à la question pénale et de gestion pénale de la question sociale analysé avec finesse par Christophe Guitton [5][5] Guitton Chistophe, « Le chômage entre question sociale.... D’autre part, les sociétés donnant corps, dans les années 1890, à l’assistance par le travail, sont dévolues à l’initiative privée. Une telle privatisation acte l’obsolescence et l’inadaptation des dispositifs publics traditionnels de mise au travail des plus pauvres, dépôts de mendicité [6][6] Veysset Nicolas, « La fin des dépôts de mendicité au... et ateliers de charité offrant des travaux de secours étudiés par Cyrille Marconi [7][7] Marconi Cyrille, Les ateliers de charité en Dauphiné :.... Elle permet en outre de conjurer le redoutable spectre d’un « droit au travail » garanti par l’État, qui, hantant le projet social républicain depuis la Révolution française, est responsable du « traumatisme initial » de 1848 [8][8] Donzelot Jacques, L’invention du social. Essai sur.... Consubstantiellement, la captation de l’assistance par le travail par la bienfaisance privée procède d’une délimitation des terrains d’action et d’une répartition des clientèles entre cette dernière et l’Assistance publique [9][9] Elle se dote à la fin des années 1880 de deux structures... : Henri Monod n’affirme-t-il pas en 1897 que « le domaine propre », « le client de la bienfaisance privée, c’est l’indigent valide » [10][10] Topalov Christian, « Langage de la réforme et déni... ?

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Les œuvres charitables libres qui réalisent le travail d’épreuve progressent considérablement dans les années 1890 [11][11] Sur les œuvres privées d’assistance par le travail.... À Paris, celles s’adressant aux valides des deux sexes auxquels est procuré, dans des ateliers dédiés, un travail temporaire facile d’exécution, sont vingt au tournant du XXe siècle [12][12] Office central des œuvres de bienfaisance, Paris charitable.... Afin de faciliter le relèvement des assistés, d’assurer leur réinjection dans le circuit productif et de pérenniser leur intégration, la plupart d’entre elles se dotent d’un service de placement.

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En second lieu, l’accès à l’emploi des sans-travail est constitué en enjeu de la mobilisation des forces sociales et en objet de l’action publique, consécutivement à la lutte frontale engagée en 1886 par les syndicats ouvriers du commerce et de l’industrie de l’alimentation contre les agences de placement payantes, acteurs contestés de la marchandisation du travail. Conjointement à la revendication d’une loi abolissant le commerce du placement, des alternatives gratuites sont installées localement, notamment à Paris, afin d’offrir l’opportunité aux sans-travail de se soustraire à l’emprise des placeurs : la bourse du travail, institution municipale appropriée par les syndicats ouvriers, est inaugurée en février 1887 [13][13] Jung Benjamin, « Le rêve d’un placement ouvrier au..., tandis que des offices de placement municipaux sont rattachés aux mairies d’arrondissements.

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La gestion des sans-travail et leur placement sont marqués en France entre 1880 et 1914 par le pluralisme des intermédiaires et la variété des expériences pratiques [14][14] Également Luciani Jean, « Logiques du placement ouvrier.... Malgré des conditions d’apparition, des identités réformatrices et des vocations qui leur sont propres, les deux acteurs dont il est question dans cette contribution, bureaux de placement municipaux et sociétés d’assistance par le travail, présentent, spécifiquement dans la capitale, des traits communs. Innovations micro-institutionnelles destinées à résoudre le problème du non-travail des classes populaires urbaines et de leurs marges, les deux dispositifs, d’imprégnation municipale, profondément ancrés dans l’arrondissement où ils complètent l’action des bureaux de bienfaisance, partagent une même hybridité statutaire et fonctionnelle, entre public et privé. Bureaux d’embauche et œuvres du travail accueillent de surcroît des populations structurellement proches, marquées par une grande précarité de condition.

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Aussi l’analyse transverse de ces deux structures permet-elle de comprendre en quoi la première forme de service municipal d’accès au marché du travail présente, à sa genèse, une identité plus assistancielle que réellement liée à l’industrie et aux environnements professionnels. En amont de l’« invention » du chômage [15][15] Notamment Salais Robert, Bavere Nicolas et Reynaud... à partir des années 1890 comme outil cognitif permettant de décrire la réalité industrielle et sociale et comme « instrument destiné à la changer » [16][16] Topalov Christian, Naissance du chômeur, 1880-1910,..., le traitement des sans-travail et leur placement répondent prioritairement à des impératifs moraux et policiers. L’enjeu des projets réformateurs définis au début du XXe siècle dans le cadre de la lutte contre le chômage sera précisément d’effacer cette dimension charitable originelle afin de transformer les bureaux de placement municipaux en intermédiaires efficaces entre emplois vacants et chômeurs.

L’arrondissement : entité charitable et territoire d’organisation du placement gratuit

Un ancrage commun

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Au XIXe siècle, à Paris, l’arrondissement s’impose comme la circonscription administrative charitable la plus fonctionnelle, la distribution du secours étant indissociable de la domiciliation du pauvre. Cet ancrage, lié à l’organisation administrative spécifique de la capitale [17][17] Thuillier Guy et Tulard Jean, « Pour une histoire de..., est pour partie hérité du choix d’implantation des bureaux de bienfaisance fondés par la loi du 7 frimaire an V (27 novembre 1796). Alors que Paris en compte à l’origine 48 pour autant de « sections » révolutionnaires, une ordonnance royale de juillet 1816 réduit leur nombre à douze, dotant ainsi chaque arrondissement d’un bureau, dont le siège est établi en la mairie du district. Les bureaux de bienfaisance seront portés à vingt à la suite de l’annexion, effective le 1er janvier 1860, des communes limitrophes du département de la Seine [18][18] Felkay Christian, Les bureaux de bienfaisance à Paris....

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Dans ce cadre, hérité, qui détermine l’initiative municipale en matière d’aide aux plus démunis, l’évidence de l’arrondissement s’impose aux dispositifs publics de placement. Le premier bureau de la capitale est ainsi ouvert le 15 juillet 1887 à la mairie du XVIIIe arrondissement. En relais des aspirations ouvrières à la gratuité et afin de développer des alternatives aux agences commerciales accusées de spolier les sans-travail, le Conseil municipal de Paris [19][19] Exclue de la loi des libertés communales de 1884, la... recommande dans une délibération du 11 juin 1888 que cette initiative inaugurale soit imitée. Les édiles d’arrondissement y sont invités par leur autorité de tutelle, le préfet de la Seine Eugène Poubelle, qui leur transmet en ce sens deux circulaires, les 7 juillet et 15 septembre 1888 [20][20] Le Bailly Auguste-Jean, Bureaux municipaux de placement.... Le mouvement de créations est dès lors lancé. Dix interviennent rapidement, dans les Ier et XVe arrondissements en octobre 1888 et le 15 novembre dans le IIIe, dans le VIe le 7 janvier 1889, le IVe le 11 mars, et les Ve et XIVe en mai. Suivent les offices du XVIIe en janvier 1890, puis l’année suivante, respectivement en avril et septembre, ceux des IIe et XIIIe arrondissements. Une demi-douzaine d’autres fondations s’échelonnent entre 1892 et 1896 dans les IXe, Xe, XIIe, XIXe et XXe arrondissements, pour atteindre à la toute fin du siècle un nombre stabilisé de seize bureaux municipaux situés dans Paris intra-muros, sur les 51 que compte la France [21][21] Becci Gabriel, Le placement des ouvriers et employés....

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Si l’arrondissement constitue de fait le périmètre d’action des offices de placement, ces derniers adaptent néanmoins, empiriquement, leurs règles de fonctionnement. Ainsi, face au gonflement des offres et des demandes des ouvriers de tout le territoire parisien, le bureau du IIIe arrondissement est amené à réviser ses statuts qui limitaient son activité aux seuls habitants du district [22][22] Archives de Paris (désormais AP), D9 K3 49, Conseil.... À défaut de cette obligation de résidence, le prétendant doit « présenter les pièces nécessaires pour justifier son honorabilité » [23][23] Archives nationales (désormais AN), C//5501, Dossier.... En revanche, l’office du premier arrondissement, à l’origine ouvert à tous, est contraint à l’usage de n’accepter que les habitants locaux pour endiguer une « foule composée même de vagabonds profitant d’un local ouvert pour venir se chauffer et dormir » [24][24] Le Bailly Auguste-Jean, op. cit., p. 7.. Explicitement interdit aux étrangers [25][25] AN C//5501, loc. cit., « Renseignements sur le service..., il oblige en 1888 les travailleurs à fournir au moment de leur inscription leur acte de naissance, leur livret ouvrier et leur casier judiciaire [26][26] Ibid., Bulletin d’inscription comme demandeur de place....

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L’arrondissement constitue également le périmètre d’action privilégié des sociétés privées d’assistance par le travail parisiennes, dont l’essor dans les années 1890 est directement lié à la mise en place, en avril 1891, du Comité central des œuvres d’assistance par le travail (CCOAT). Celui-ci, à l’instar de l’Office central des œuvres de bienfaisance impulsé en 1890 par Léon Lefébure, se veut un puissant organisateur de la charité sur des bases scientifiques et un instrument du secours efficace. Il se donne notamment pour objectif d’inspirer la création d’œuvres d’assistance par le travail dans les arrondissements, de relier et de coordonner leur action. De ce point de vue, la nouvelle génération d’œuvres nées à Paris dans les années 1890 épouse les vues de la Société internationale pour l’étude des questions d’assistance (SIEQA) fondée dans la foulée du Congrès d’assistance de 1889 afin de rechercher « les moyens les plus efficaces et les plus immédiatement applicables de soulager la misère et de combattre le paupérisme » [27][27] « Statuts de la SIEQA tels qu’ils ont été adoptés en... : dans les travaux de ce laboratoire réformateur auquel concourent les membres du CCOAT, l’arrondissement est conçu comme le territoire rationnel de gestion de la pauvreté et est destiné à servir de réceptacle à la collaboration entre bienfaisance privée et assistance publique [28][28] Bec Colette, Assistance et République. La recherche....

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En premier lieu, le CCOAT soutient dès sa création en 1891 deux œuvres qui lui préexistent, la Maison hospitalière pour les ouvriers sans asile et sans travail installée en octobre 1880 par le pasteur Elie Robin dans le quartier ouvrier de Belleville – rue Clavel puis rue Fessart à partir d’octobre 1891 – et la Société d’assistance de Batignolles-Monceau. Fondée en novembre 1890 sous l’impulsion de la SIEQA avant de devenir quatre ans plus tard la Société d’assistance par le travail des VIIIe et XVIIe arrondissements, celle-ci « a pour but d’éloigner des deux quartiers le fléau de la mendicité professionnelle ; d’empêcher qu’on ne détourne, au profit de personnes indignes, les secours nécessaires aux vrais pauvres ; de donner à ceux-ci une aide efficace » [29][29] Société d’assistance de Batignolles-Monceau, autorisée....

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En second lieu, l’inauguration de l’Union d’assistance du VIe arrondissement, dite du Marché Saint-Germain, dont les ateliers de travail fonctionnent à partir de mai 1892, est liée à la mise en place du CCOAT. Les sièges sociaux initiaux des deux institutions se côtoient dans les locaux de la mairie de l’arrondissement. Quatre autres sociétés concluent par la suite une entente avec le Comité central. La Société d’assistance par le travail du IIe et celle de Courbevoie sont toutes deux fondées en 1893. L’Union d’assistance installée en mars 1891 dans le XVIe arrondissement incarne cette nouvelle génération d’œuvres d’arrondissement portées au secours efficace que tente d’inspirer la SIEQA. Son atelier de travail est inauguré en décembre 1896 rue des Pâtures, en bord de Seine à proximité du pont de Grenelle. Enfin, la Société des ouvroirs-ateliers pour les ouvrières sans travail regroupe, sous l’égide de l’épouse du philanthrope Ferdinand-Dreyfus, trois établissements ouverts rue Saint-Charles en février 1891, rue Cavé en novembre 1893 et rue Saint-Paul le 1er avril de l’année suivante.

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Des ateliers de travail sont en outre ouverts dans deux autres districts parisiens, sans savoir si les sociétés qui en sont à l’origine rejoignent le CCOAT : l’œuvre d’assistance du Ve arrondissement, née en 1897, n’existe plus en 1900 [30][30] Office central des œuvres de bienfaisance (OCOB), Paris..., et la Société d’assistance par le travail du XVIIIe arrondissement projetée en 1896, voit le jour en 1899 rue des Saules [31][31] OCOB, Paris charitable et prévoyant, op. cit., 1904,....

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Au milieu de la décennie, neuf structures d’arrondissement sont donc affiliées au CCOAT, pour huit d’entre elles nées après 1890, tissant ainsi un véritable maillage charitable du territoire parisien. Seul l’asile du pasteur Robin, par ailleurs plus ancien, reçoit des sans-travail sans obligation de résidence. Les œuvres ne sont néanmoins pas recluses dans leur circonscription d’accueil et développent des liens étroits de collaboration. L’une des plus importantes, celle du pont de Grenelle dans le XVIe arrondissement, continue, après qu’elle se soit dotée d’un atelier de travail propre, de distribuer une partie des indigents qui se présentent à elle vers les ouvroirs de Mme Ferdinand-Dreyfus ou les ateliers de la Société des Batignolles et de la Maison hospitalière de Belleville [32][32] AP DX6 6, Union d’assistance du XVIe arrondissement-Assistance....

Une identité hybride, entre public et privé

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Les deux types de services présentent des identités institutionnelles proches, du point de vue des subventions qu’elles reçoivent comme de leur statut.

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Les bureaux de placement municipaux parisiens sont de fait marqués à leur origine par une identité plus assistancielle qu’industrielle, hybride entre public et privé, ce qui les rapproche formellement des sociétés d’assistance par le travail. Ces dernières, œuvres charitables libres, juridiquement indépendantes des mairies, puisent en effet le substrat de leur dynamisme dans le terreau local [33][33] Jung Benjamin, « Traiter les vulnérabilités sanitaires.... Les maires d’arrondissements – nommés à Paris par le gouvernement – et les administrateurs des bureaux de bienfaisance ainsi que les élus du conseil municipal sont surreprésentés au sein de leurs instances de direction. Leurs budgets font par ailleurs coexister, en actif, des fonds d’origine privée – cotisations des membres et souscriptions – et des subventions publiques émanant de la Ville, du conseil général de la Seine ou du ministère de l’Intérieur. Les sociétés d’assistance bénéficient enfin de concessions foncières ou immobilières, les locaux de celle de Saint-Germain-des-Prés lui ayant par exemple été attribués par la mairie du VIe. [34][34] AP DX6 31, Union d’assistance par le travail du VIe... Les bureaux de placement municipaux présentent des traits similaires, la plupart d’entre eux étant créés avec le concours actif des bureaux de bienfaisance – dont la laïcisation et le renforcement en leur sein des positions des autorités municipales sont stimulés par le décret du 15 novembre 1895 [35][35] Gueslin André, « L’évolution du bureau de bienfaisance... – ou par des sociétés philanthropiques locales.

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Dans le premier cas de figure, comme dans les IIe, XIVe, XVe et XVIIIe arrondissements, le bureau est placé sous l’autorité d’une commission d’administration et de contrôle à laquelle participent de droit le maire, ses adjoints, des élus et des délégués du bureau de bienfaisance. Seconde configuration, les offices sont établis dans les maisons communes à l’initiative de sociétés philanthropiques indépendantes dont l’installation est autorisée et les statuts validés par le Préfet. Sont membres de droit de leurs conseils d’administration – aux côtés des souscripteurs de l’association – maires, élus et membres du bureau de bienfaisance, comme en 1888 dans les Ier[36][36] AN C//5501, « Renseignements sur le service de placement... et IIIe[37][37] Ibid., Mairie du IIIe arrondissement, Société philanthropique,... arrondissements.

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Si ces services locaux et mixtes sont soit de création municipale soit placés sous l’égide des municipalités, ils relèvent donc dans un cas comme dans l’autre du domaine privé, « en dehors du service administratif » [38][38] Le Bailly Auguste-Jean, op. cit., p. 50. d’après les termes de Poubelle au sujet de l’office du XVIIIe et ne sont donc pas entièrement municipalisés.

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À cette hybridité statutaire répond une mixité de financement. Décidé à soutenir et encourager l’œuvre « éminemment philanthropique » [39][39] AP D9 K3 29, Conseil municipal de Paris, Année 1891,... des bureaux de placement, le conseil municipal de Paris vote dès 1888 l’allocation de subventions annuelles, sur proposition du préfet de la Seine. Ces aides croissent dans les années 1890 à mesure que se créent de nouveaux comptoirs et en 1900, les seize offices de la capitale perçoivent une enveloppe globale de 35 000 francs. Le déblocage de crédits permet en retour au conseil municipal d’examiner attentivement leur activité, de contrôler leur fonctionnement et d’exercer un droit de regard sur leur gestion financière. Néanmoins, ces subventions sont prioritairement conçues comme une stimulation de l’initiative privée et, au milieu de la décennie 1890, les élus se félicitent de la progression des ressources propres des bureaux. La part des subventions municipales dans leurs recettes passe de 84 % à 54 % et leur bonne gestion attire des collaborations privées et des donations, ce qui empêche que la charge qui grève le budget municipal ne devienne trop lourde [40][40] AP D9 K3 42, Conseil municipal de Paris, Année 1896,.... L’harmonieux équilibre entre initiative privée et soutien public est donc privilégié, la municipalisation aboutie de ces offices de placement n’étant pas envisagée. Il n’est pas non plus prévu d’affecter à leur tenue un placeur municipal dédié, les employés de mairie pouvant se charger d’enregistrer les offres et demandes d’emplois en dehors de leur service administratif [41][41] AP D9 K3 36, Conseil municipal de Paris, Année 1894,....

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La proximité de statut entre les deux institutions se double d’une proximité de mission et de clientèle. En plus de leur œuvre de résorption de la pauvreté errante et mendiante et de moralisation par le travail, les sociétés d’assistance d’arrondissement se consacrent en effet au relèvement des valides jugés aptes au travail et s’adjoignent un service de placement. La question de la concurrence avec les bureaux d’embauche des mairies œuvrant dans le même périmètre est dès lors posée.

Assistance par le travail et placement gratuit, des services concurrents ?

Des compétences entre complémentarité et rivalité

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Sociétés d’assistance et bureaux de placement peuvent coexister dans un même arrondissement, ainsi dans le XVIIIe, où ils émanent directement du bureau de bienfaisance. Les deux dispositifs entretiennent d’ailleurs un rapport d’auxiliarité avec ce dernier et interviennent en appui de son action, en amont et en aval. D’après Auguste-Jean Le Bailly, vice-président de la commission du bureau du VIe arrondissement fondé en janvier 1889, les bureaux de placement sont en effet capables d’alléger les charges « chaque jour de plus en plus lourdes » des bureaux de bienfaisance, qui « doivent une grande partie de leur clientèle à des personnes qu’un long chômage rend apathiques et qui finissent par perdre la force et la volonté de travailler » [42][42] Le Bailly Auguste-Jean, op. cit., p. 53.. Le sauvetage et le reclassement des pauvres « quand il est encore temps » par les offices interviendraient en amont de leur déchéance.

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De leur côté, les sociétés d’assistance par le travail sont incitées à collaborer étroitement avec les bureaux de bienfaisance afin de leur permettre de réaliser des économies. Le décret de 1895 réorganisant dans la capitale le secours à domicile impose ainsi d’évaluer la sincérité de la misère des solliciteurs grâce à une enquête systématique. Dans cette optique, chaque valide nécessiteux qui s’adresse au bureau est appelé à être renvoyé vers la société locale d’assistance pour « substituer […] les secours en travail aux secours en argent » [43][43] Administration générale de l’assistance publique à.... Dans le XVIe arrondissement, en 1896 par exemple, sur 350 nécessiteux envoyés par le bureau à l’atelier de travail, les 160 qui ne s’y sont pas présentés ont immédiatement été rayés des listes d’indigents à prendre en charge.

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Œuvres du travail et bureaux de placement sont ponctuellement engagés dans une logique de complémentarité et de réciprocité. Henry Defert, maire du VIe arrondissement, président de la Société d’assistance par le travail du Marché Saint-Germain et membre fondateur du CCOAT dont il est le secrétaire général adjoint en 1892, est un promoteur acharné de l’office de placement de son district [44][44] Société d’économie sociale, « Compte-rendu général.... Afin d’amplifier l’action de reclassement des œuvres y adhérant, le CCOAT et Defert jugent donc souhaitable de donner corps à une entente avec les bureaux d’arrondissement [45][45] Defert Henry, « L’Union d’assistance par le travail..., mais également avec les œuvres philanthropiques de simple placement ne disposant pas d’atelier de travail.

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Le CCOAT promeut la réciprocité : si les sociétés d’assistance par le travail peuvent adresser des chômeurs aux services de placement, ces derniers, « ne pouvant trouver immédiatement des emplois pour leurs assistés, ont tout intérêt à ne pas les laisser, pendant le délai plus ou moins long nécessité par les recherches, […] exposés à toutes les sollicitations de l’oisiveté » [46][46] « Troisième question : de l’aide que peuvent fournir.... Une collaboration est ainsi proposée avec la Société protestante du travail créée en 1868 dans le Xe arrondissement [47][47] AP DX6 11, dossier n° 324, Société protestante du travail,...et la Société du travail du XIe arrondissement qui fonctionne depuis juin 1871 à la mairie [48][48] AP D2X2 1, Bienfaisance (1812-1956), Société du travail,.... Il s’agit de deux bureaux de placement philanthropiques qui, fusionnant en 1902 [49][49] Cormouls-Houlès Édouard, L’assistance par le travail,..., font coexister au sein de leurs comités directeurs de nombreux manufacturiers et quelques ouvriers. Cependant, ces deux bureaux n’ont de municipale que leur installation [50][50] Le Bailly Auguste-Jean, op. cit., p. 17. et ne sont pas éligibles au tournant du siècle au soutien financier du conseil de Paris.

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Plus fondamentalement, il est intéressant d’observer, a contrario, une exclusion réciproque des deux services, l’ancrage des sociétés d’assistance par le travail faisant obstacle, dans certains arrondissements, à l’implantation d’offices de placement. En effet, certaines mairies expriment dans les années 1890 des réticences à créer un bureau gratuit là où fonctionne d’ores et déjà une œuvre locale. Lors d’une délibération en novembre 1888, le conseil municipal du VIIIe arrondissement en arrive à la conclusion que la création d’un office de placement par les soins du bureau de bienfaisance risque de faire doublon avec L’Assistance par le travail, la fondation du pasteur Pierre-Joseph Mamoz associée au CCOAT, qui se charge depuis 1871 d’occuper les sans-travail locaux et agit en faveur de leur relèvement moral et professionnel [51][51] AN C//5501, loc. cit, Registre des délibérations du.... En 1899, le VIIIe arrondissement, qui bénéficie en outre des services de la Société de Batignolles-Monceau, fait partie des quatre circonscriptions parisiennes n’ayant pas constitué de bureau de placement municipal [52][52] AP D9 K3 49, Conseil municipal de Paris, Année 1899,..., avec le XVIe arrondissement, doté depuis 1891 de l’Union d’assistance du Pont de Grenelle et le XIe arrondissement, où fonctionne la Société du travail de Popincourt, précédemment évoquée.

Au service du travail non qualifié

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Les ouvriers de métier momentanément privés d’ouvrage fréquentent peu les œuvres d’assistance par le travail, au profit d’une clientèle composée de prolétaires précarisés, souvent entre deux âges, socialement et sanitairement fragilisés et très peu qualifiés. Les appartenances professionnelles déclarées par les assistés à leur admission dans les ateliers révèlent en effet la prédominance d’une population essentiellement masculine, flottante et déclassée que les philanthropes inscrivent dans le groupe indifférencié des « journaliers », « manœuvres » et autres « hommes de peine ». Le publiciste libéral Anatole Weber, qui ne manque pas dans ses écrits de stigmatiser « les apathiques, les indolents, les paresseux » [53][53] Gueslin André, Gens pauvres, pauvres gens dans la France..., évoque quant à lui des unskilled[54][54] Weber Anatole, Les miséreux, tome 2 : L’assistance.... 32 % des hommes admis dans l’atelier du IIe arrondissement en 1896-1897 sont des « journaliers sans métier », la proportion de « journalières et domestiques » atteignant même 40 % chez les femmes [55][55] Société d’assistance par le travail du IIe arrondissement,.... Sur les 430 nouveaux admis dans les locaux de l’Union d’assistance du pont de Grenelle en 1900, plus du quart sont des travailleurs de force n’appartenant à aucun métier, dont de nombreux célibataires sans domicile roulant d’asiles de nuit en garnis [56][56] AP DX6 6, Union d’assistance du XVIe arrondissement,....

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Les menus travaux proposés dans les ateliers, dont la réalisation facile est accessible à tous, viennent d’ailleurs s’adapter à ces populations spécifiques. Les tâches à réaliser pour mériter le secours n’exigent en effet pas la maîtrise de procédés techniques : hommes et femmes sont pour la plupart employés à la fabrication de fagots de bois de chauffage, au triage de graines de coton ou au défonçage de vieux corsets dont les baleines sont récupérées [57][57] Notamment Cormouls-Houlès Édouard, op. cit., p. 315....

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Mais ces besognes ne permettant nullement l’acquisition d’un savoir-faire et le travail étant réduit à une dimension occupationnelle jugée suffisante pour moraliser et redresser les assistés, les œuvres d’arrondissements peinent à réussir leur reclassement pérenne sur le marché du travail conventionnel. Elles s’y essaient pourtant afin de rendre « à la société des forces qui, sans elles, seraient à jamais perdues [58][58] AP DX6 6, Société d’assistance par le travail des VIIIe... », en joignant toutes à leurs ateliers des services de placement. Ces bureaux mettent les assistés en rapport avec les entreprises avoisinantes, le concours des industriels et commerçants sociétaires étant à cet égard très précieux – ainsi dans le XVIIIe arrondissement [59][59] AP DX6 14, Société d’assistance par le travail du XVIIIe.... Néanmoins, malgré les efforts entrepris, la réussite n’est manifestement pas au rendez-vous. On constate, d’après les chiffres fournis par la société du IIe arrondissement, que seuls 26 sans-travail sur 450 hommes et femmes admis entre avril 1894 et avril 1895 ont été placés [60][60] AP DX6 6, Société d’assistance par le travail du IIe.... En 1901, le président de l’Union d’assistance du XVIe arrondissement constate que seuls 10 % des quelques 5 000 pauvres assistés dans l’année ont été reclassés [61][61] Ibid., Union d’assistance du XVIe arrondissement, Assemblée....

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De surcroît, la ventilation professionnelle des placements réalisés par les sociétés d’assistance reflète fatalement leur fréquentation. Dans le VIe arrondissement par exemple, le quart des 596 et 711 « emplois divers » pourvus respectivement en 1894 et 1895 incombe aux journaliers et hommes de peine.

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Le volume de placements croît certes au début du XXe siècle, mais cette progression profite principalement au travail masculin non qualifié (les hommes de peine, hommes d’équipe, journaliers et garçons de magasin représentent 20 % du total) et à la domesticité (15 %).

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Qu’en est-il des bureaux d’embauche municipaux ? En 1897, les seize offices en activité placent – à demeure [62][62] Les placements dits « à demeure » correspondent à des... – 22 489 femmes et moitié moins d’hommes (10 350), ces chiffres gonflant en 1900 respectivement à 35 892 et 13 756 [63][63] Préfecture de la Seine, Service de statistique municipale,.... La distribution de la main-d’œuvre féminine s’effectue majoritairement vers la domesticité (bonnes et femmes de ménage à hauteur de 57 %). Du côté des hommes, leurs opérations bénéficient, de manière prépondérante, aux travailleurs non qualifiés (57 %), « hommes de peine », « garçons de courses », « garçons de magasin » [64][64] Les garçons de courses et de magasin constituent selon..., « livreurs » et autres « apprentis » [65][65] Avec la crise de l’apprentissage diagnostiquée dans.... Les demandes d’ « hommes de peine » sont nombreuses entre 1901 et 1903 au bureau municipal de placement du Louvre : ils sont embauchés pour exercer des besognes non-qualifiées dans des entreprises de confection ou de manutention, « livrer avec voiture à bras » ou « porter des pièces de draps et monter deux étages ». Par ailleurs, les chefs de gare d’Orsay attachés à la Compagnie d’Orléans, recrutent en 1902 et 1903 dans le même office des escouades d’« hommes d’équipe » « supplémentaires » et « provisoires » sitôt débauchés quand les besoins ne s’en font plus sentir [66][66] AP V. bis 1 F7 1, Registre d’offres d’emplois pour.... Quant au bureau de placement philanthropique fondé rue Cadet en 1894, il n’assure l’embauche qu’à des porteurs employés par les confiseurs ou les marchands de jouets du quartier ou à des chargeurs de wagons recrutés à la journée par les gares de marchandises du Nord [67][67]  Cormouls-Houlès Édouard, op. cit., p. 479-481..

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Les ouvriers ont donc peu recours aux bureaux d’arrondissement et leur préfèrent d’autres modes d’embauche inscrits dans les traditions de métier. En outre, est instaurée et défendue par les conseillers municipaux parisiens une logique de complémentarité entre les bureaux des mairies et la bourse du travail, celle-ci étant appelée à prendre en charge les ouvriers professionnels [68][68] AP D9 K3 53, Conseil municipal de Paris, Année 1900,.... Ainsi, la bourse ne place pas de domestiques féminines tandis que les bureaux publics n’ont presque aucune prise sur les industries urbaines. Symétriquement, la bourse s’occupe peu des salariés non qualifiés, dont la syndicalisation est encore dans l’enfance. L’Union syndicale des garçons de magasin et cochers-livreurs du département de la Seine ne réalise en 1899 que 391 placements [69][69] AP D9 K3 51, Conseil municipal de Paris, Année 1899,..., contre 1 685 effectués par les bureaux municipaux en 1900.

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Bureaux de placement des mairies et sociétés d’assistance par le travail s’apparentent donc à des services d’embauche dédiés au travail non qualifié. Or, si les deux types d’institutions sont appelés dans un premier temps à coexister, les secondes sont menacées de marginalisation à mesure que les premiers sont voués à se généraliser sur l’ensemble du territoire parisien et s’imposent, au début du XXe siècle, comme des outils mobilisés dans la lutte contre le chômage.

Placer sans assister, assister sans reclasser : vers la réforme des bureaux municipaux et l’effacement des œuvres du travail

De la distinction des paradigmes à la dissociation des dispositifs

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Le mouvement de croissance des sociétés d’assistance par le travail observé dans les années 1890 marque le pas au tournant du XXe siècle, la tendance étant par la suite à la résorption. Les œuvres se fondent dans le mouvement de constitution, à partir de 1905-1906 [70][70] Beaufreton Maurice, « Les unions d’œuvres d’assistance..., d’unions d’œuvres d’arrondissement qui prennent le pas sur l’éparpillement des énergies charitables [71][71] « Les unions des œuvres d’assistance privée par arrondissement.... En 1913, le député conservateur de la Seine et spécialiste de la lutte contre la mendicité, Georges Berry, déplore que les sociétés d’assistance par le travail, pour lesquelles « chaque arrondissement voulut rivaliser d’efforts » par le passé, soient réduites à la portion congrue : « hélas, […] il n’en reste plus que trois » [72][72] AP DX6 29, Dossier n° 1287, Assistance par le travail....

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Cet effacement progressif procède fondamentalement de l’échec des œuvres à résoudre la problématique de l’exclusion du marché du travail. Le centre de gravité du traitement du chômage s’est en réalité déplacé, dans les dix années qui précèdent la Première Guerre mondiale, du domaine de la lutte contre la mendicité et le vagabondage mêlant considérations philanthropiques, morales et pénales, vers l’impératif d’organisation en amont du marché du travail. Celle-ci doit être assurée par l’association naissante de l’assurance chômage comme dispositif de soutien et d’un système de placement garantissant le retour vers l’emploi.

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Contrairement à la Grande-Bretagne, l’Hexagone n’est pas le théâtre d’une convergence, même transitoire, entre les tenants de la politique nouvelle de résorption du chômage et la vieille école de la charité scientifique [73][73] Topalov Christian, Naissance du chômeur, op. cit.,.... En France, l’optimisation d’un système de placement public dédié à la lutte contre le chômage dépossède le domaine assistanciel de la question de l’accès au travail. Certes, une poignée de sociétés d’assistance participent à la Conférence internationale du chômage, grand-messe tenue à Paris en 1910, dont celle des VIIIe et XVIIe arrondissements, ainsi que la Maison hospitalière du Pasteur Robin [74][74] « Liste des membres », Compte-rendu de la Conférence.... Néanmoins, l’assistance par le travail ne figure pas au programme de la manifestation : les discussions sont axées prioritairement sur la statistique du chômage, l’assurance comme méthode privilégiée d’atténuation des conséquences de l’absence involontaire de travail, et enfin le placement. Ce dernier est conçu comme la thérapeutique la plus réaliste, consistant à distribuer intelligemment la force de travail dans le circuit économique.

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Secrétaire général de l’Association française pour la lutte contre le chômage (AFLC) qui, née en avril 1911, fait de la refonte du placement public parisien un élément clé de son programme réformateur, Max Lazard [75][75] Héritier en dissidence d’une famille de riches banquiers,... formalise cette dichotomie. L’assistance aux chômeurs s’impose certes par « élémentaire humanité » en cas de crise industrielle exceptionnelle, peut limiter les risques de décomposition sociale et contenir les troubles politiques liés à la misère. Cependant, ne créant « aucune solidarité entre l’état de travail et l’état de chômage », elle demeure « parmi toutes les formes » de la lutte contre ce dernier « la plus imparfaite et […] la plus contraire aux principes essentiels » du régime économique [76][76] Lazard Max, « Avantpropos », Bulletin trimestriel de..., contrairement à « d’autres méthodes apparemment plus hardies, telles que l’organisation publique du placement ». Le réformateur entérine donc la dissociation entre les deux types de dispositifs de gestion sociale des sans-travail : l’assistance par le travail ne pourrait que subsister comme modalité d’atténuation transitoire, ponctuelle, des conséquences du manque d’ouvrage – le travail d’assistance – sans que ne lui soit plus conférée une mission de reclassement. Issue des « œuvres créées par la charité privée pour secourir […] les chômeurs isolés », elle s’adresse de fait à « des demi-valides ou demi-professionnels », aux « inemployables [plutôt] qu’aux véritables chômeurs ». Le bureau de placement public en revanche aurait comme ambition d’assurer le retour vers l’activité des chômeurs employables.

Reconfigurer et re-territorialiser les bureaux publics

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Le prix de cette dissociation est la mise en œuvre d’une ambitieuse réforme des bureaux de placement municipaux qui les éloignerait du champ assistanciel dans lequel ils sont apparus trente ans plus tôt.

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Les premières réflexions réformatrices interviennent dans les années 1895-1904, lors du processus parlementaire heurté conduisant à l’adoption de la loi du 14 mars 1904, qui institue le principe d’une gratuité universelle du placement et promeut le développement dans les villes de plus de 10 000 habitants des services d’embauche municipaux et syndicaux. Les élus parisiens pensent, dès la fin du siècle, à l’optimisation du fonctionnement des offices afin de les rendre plus efficaces et donc capables de se substituer aux agences privées dont le législateur travaille à l’extinction. Le conseiller radical Léopold Achille, dans le rapport qu’il soumet en 1899 sur les subventions allouées aux offices [77][77] AP D9 K3 49, Conseil municipal de Paris, Année 1899,..., propose un certain nombre d’améliorations fonctionnelles afin de les mettre « en situation de répondre aux besoins du public spécial qui use de leur utile intermédiaire » et de consolider leur « œuvre démocratique ». Il évoque le renforcement de leur personnel dédié, l’élargissement de leur amplitude horaire – la plupart sont ouverts deux heures en matinée et deux à trois heures l’après-midi – et l’établissement d’un règlement uniforme permettant de mieux contrôler leur gestion financière et leurs méthodes de constatation des placements effectués, afin de répartir les subventions « sur des bases certaines ». En outre et surtout, leur municipalisation doit être renforcée pour achever leur transformation en de « véritables services publics ».

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Cependant, en 1910, les offices parisiens ne sont pas parvenus à opérer une mue statutaire totale. Douze d’entre eux continuent à fonctionner de façon mixte, sous le contrôle des associations privées qui les ont créés, conjointement à une supervision par les maires d’arrondissements. Les huit autres sont placés sous le contrôle exclusif d’une commission municipale [78][78] Office du travail, Les bureaux municipaux de placement.... Certaines évolutions sont néanmoins perceptibles depuis l’adoption de la loi de 1904 : dans les deux cas de figure, les municipalités jouent un rôle prépondérant dans l’administration des bureaux, d’autant que dans de nombreux arrondissements, les associations philanthropiques ne semblent plus exister que de nom. Le contrôle du conseil municipal s’est également renforcé, puisque les offices ne peuvent subsister que grâce aux subventions de la Ville, et ils répondent davantage aux prescriptions du Préfet de la Seine, à l’instar de tout service administratif [79][79] « L’application de la loi du 11 mars 1904 sur les bureaux....

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La réforme des bureaux publics prend une dimension nouvelle lorsque le placement est identifié à partir de 1910, par les pouvoirs publics et les réseaux réformateurs, comme un outil de lutte contre le chômage. Le chantier est ouvert le 14 mars 1910 par le ministre du Travail dans une circulaire remarquée. Six ans jour pour jour après l’adoption de la loi de 1904, René Viviani déplore la stagnation de l’activité des bureaux, spécifiquement à Paris où ils ne réalisent pas plus de 45 000 opérations par an, et juge impératif un changement de cap [80][80] AN du Monde du travail, Fonds Max Lazard, 6AS 85, ministère.... Or, les trois changements de structure qui s’imposent dans le discours réformateur visent précisément à débarrasser les offices de leur identité philanthropique originelle afin de les transformer en intermédiaires performants sur le marché du travail.

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En premier lieu, le paritarisme, faisant coexister représentants ouvriers et patronaux au sein des commissions gestionnaires, permettrait d’inscrire les bureaux dans le jeu complexe des relations industrielles. En second lieu et concomitamment, l’organisation en sections professionnelles a pour objet de toucher l’ensemble des branches d’industrie et ainsi extraire le placement public des segments dans lesquels il végète depuis les années 1880. Pour Viviani, la persistance du poids du travail non qualifié masculin (à hauteur de 73 % à Paris en 1910 [81][81] « Le placement gratuit en 1909 », Bulletin de l’Office...) est le signe de l’immobilisme et du caractère arriéré du placement municipal, à qui ne s’adressent que ceux que l’absence de savoir-faire ballotte de corvée en corvée et d’association charitable en dispositif de secours. Enfin, afin d’apparier de manière optimisée et réactive le chômeur et la place vacante, la technicisation des procédés – avec l’utilisation du téléphone – et la professionnalisation des préposés de placement romprait avec la routine du fonctionnement administratif des mairies. À Paris, le personnel attaché à la tenue des bureaux, employés municipaux ou relevant de l’administration préfectorale, est en effet recruté sans que ne soient requises des aptitudes ou des connaissances techniques spéciales [82][82] « Liste des bureaux municipaux existant pendant le.... Leur incompétence ne serait que le strict reflet d’institutions jusque-là condamnées à intervenir sur le terrain du travail interchangeable, sans évaluation de la compétence individuelle du chômeur.

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En dernière instance, il est significatif de constater que la réforme des bureaux de placement appelle, au début du XXe siècle, la contestation de leur ancrage dans l’arrondissement, ultime symptôme assistanciel qu’il convient désormais d’effacer. La logique spatiale qui gouverne l’installation des bureaux de placement attachés aux mairies depuis les années 1880 n’est en effet pas inspirée par la réalité des marchés du travail de la capitale mais par la tradition des bureaux de bienfaisance. Or, si à Paris l’arrondissement constitue une réalité administrative et une circonscription charitable commode, il n’est en aucun cas une unité industrielle ni une zone de compétence économique pertinente. Les activités productives sont marquées par une dynamique de spécialisation au sein de territoires qui transcendent les frontières administratives et ne sont nullement distribuées de manière équilibrée dans tous les arrondissements. On observe ainsi dès les années 1890 de très fortes disparités dans la répartition des placements, avec une nette domination des offices du centre, rive gauche.

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En 1897, 51 % des placements d’hommes et 37,5 % des placements de femmes sont assurés par les bureaux des Ier, IIe, IIIe et IVe arrondissements, malgré le développement d’offices périphériques. Cette proportion est respectivement de 44 % et 45 % en 1900. À cette date, le plus actif est le bureau du IIe arrondissement, qui représente 24 % du total des placements féminins. Le tiers de son activité intervient sans surprise auprès des couturières en quête de place dans les ateliers de confection de la Banque et de l’Opéra.

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Certes, pour le placement de domestiques et des ouvriers non qualifiés, les considérations de quartier demeurent pertinentes, l’embauche répondant à la proximité spatiale et non à la recherche d’une compétence spécifique. Mais dès lors qu’est escomptée l’extension de l’activité des bureaux à une gamme plus élargie de secteurs professionnels, leur reterritorialisation s’impose. Dans son programme réformateur, l’AFLC de Max Lazard juge les bureaux arriérés du fait de l’inadaptation de leur fonctionnement à la complexité du marché du travail, mais également car les subdivisions administratives auxquelles ils correspondent sont interprétées comme des non-sens économiques [83][83] Office du travail, Les bureaux municipaux de placement.... L’Office du travail propose également de procéder à un regroupement géographique par professions. Le bureau du IIe arrondissement qui assure à lui seul près de la moitié des opérations de l’industrie du vêtement, pourrait se voir entièrement consacré à celle-ci [84][84] Barrault Henri Emile, « La réforme des bureaux parisiens.... D’aucuns s’étaient déjà exprimés au début du siècle en faveur de l’application d’une telle logique d’agrégation. Ainsi L. Dard, maire du XVe arrondissement et président du bureau local : « Il serait intéressant de voir fonctionner, par exemple, un bureau municipal de placement spécial aux employés de l’alimentation, aux environs des Halles ; un autre pour les garçons-bouchers dans le XIXe ou le XVe arrondissement où sont les abattoirs ; deux bureaux spéciaux aux gens de maison, un sur chacune des rives de la Seine, dans les arrondissements où les emplois appropriés sont abondants, et ainsi de suite » [85][85] Dard L. et Tesson L., Étude sur les bureaux de placement.....

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L’extraction de l’arrondissement des bureaux de placement correspond donc, en toute logique, à l’adaptation de leur mission à la réalité spatiale des marchés de main-d’œuvre parisiens.

Conclusion : Mettre au travail sans assister

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L’histoire croisée des bureaux de placement municipaux et des sociétés d’assistance par le travail d’arrondissements, le décrochage des secondes au profit des premiers, apportent une illustration saisissante de la pluralité, souvent antagonique, des expériences concrètes de gestion sociale du non-travail existant en France à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Une pluralité dans laquelle l’ébauche d’une première politique de l’emploi implique de mettre de l’ordre et d’opérer des arbitrages. En effet, le centre de gravité du traitement du non-travail se déplace, dans les dix années qui précèdent la Première Guerre mondiale, de la moralisation par le travail vers l’organisation de son marché, de l’assistance vers la lutte contre le chômage, lorsque celui-ci est, enfin, constitué en catégorie de connaissance et d’action.

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L’incapacité des sociétés d’assistance par le travail à constituer des armes efficaces de lutte contre le chômage, leur inadaptation à la sphère économique, sont actées dès le Congrès d’assistance de 1900. Chacun admet alors que l’assistance par le travail est davantage dominée par le couple charité-secours que par le binôme travail-salaire. En premier lieu, le travail effectué « n’étant que la condition de l’assistance et pas son but » [86][86] « Première question. Organisation et gestion des œuvres..., la rémunération donnée à l’assisté constitue une simple « aumône moyennant travail » [87][87] Pulligny Jean (de), « Note de l’Office du travail sur... : palliatif à la mendicité, l’utilité morale du travail est donc supérieure à sa valeur économique et « il est illusoire de croire que les œuvres […] fournissent à l’ouvrier en chômage un travail rémunéré par un salaire permettant de nourrir une famille » [88][88] « Appendice. Quatrième question. Rapport de Jean de.... D’autant que les travaux offerts ne permettent nullement ni d’entretenir un quelconque savoir-faire ni d’acquérir des compétences professionnelles mobilisables. Pour ces raisons, les ateliers d’assistance se révèlent incapable d’accueillir les chômeurs, désormais définis comme des travailleurs réguliers momentanément privés d’ouvrage.

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En second lieu, la volonté de seconder les assistés dans leur recherche d’emploi et l’adjonction au travail en atelier d’un service de placement dédié apparaissent pour les œuvres, à Paris mais également au Havre [89][89] Lausiès, Dr Étienne, Histoire de l’assistance par le..., à Bordeaux [90][90] Roussy Damien, La politique d’assistance publique de..., à Marseille [91][91] L’Assistance par le travail, fondée à Marseille le... ou encore dans le Dauphiné [92][92] Marconi Cyrille, Les ateliers de charité en Dauphiné,..., intrinsèquement liés à la nouvelle préoccupation au cœur du traitement du chômage en cette fin de siècle : le reclassement pérenne sur le marché du travail conventionnel. Néanmoins, l’échec des œuvres est patent en ce domaine, puisqu’elles ne parviennent qu’à orienter leur clientèle vers des emplois instables, très peu qualifiés et mal rémunérés. Selon l’enquête d’Anatole Weber, la part réelle des individus reclassés dans le circuit économique ne dépasse pas les 8 % [93][93] Weber Anatole, Les miséreux, tome 2, vol. 2, loc. ....

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Certes, sociétés d’assistance par le travail et bureaux municipaux d’embauche parviennent dans un premier temps à coexister, à Paris et en régions. La portée réformatrice des seconds a été en quelque sorte atténuée, dans les années 1880 et 1890, lorsque les premières connaissaient une croissance forte et focalisaient l’attention des organisateurs de la bienfaisance privée et des acteurs de l’assistance publique. Même, dans certains arrondissements de la capitale, l’implantation des bureaux des mairies a pu être empêchée et ajournée, du milieu des années 1880 au tournant du XXe siècle, par le succès local des œuvres charitables. Néanmoins, au moment même où le traitement du chômage commence à être envisagé autour du « triptyque indemnisation – contrôle – placement » [94][94] Daniel Christine et Tuchszirer Carole, L’État face..., la clé de voûte de ce dernier, choisie par les pouvoirs publics associés aux réseaux réformateurs, ne s’incarne pas dans un tissu, même rigoureusement maillé, de sociétés d’assistance. Est en effet privilégié un système correctement agencé de bureaux publics d’embauche reconfigurés, réformés et organisés par professions. L’obligation de travail comme principe directeur de la prise en charge des sans-travail valides est donc maintenue, en changeant de visage : il ne s’agit plus de faire du travail la contrepartie d’un secours attribué, mais de faire en sorte que les individus privés momentanément d’ouvrage se transforment pleinement en agents économiques.

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Inadaptée à la sphère économique, séparée de la réalité du marché du travail en voie d’organisation, l’assistance par le travail se trouve dépossédée de la mission de reclassement qu’elle s’était pourtant fait fort de développer. Elle est par conséquent réduite à un strict « mode de secours destiné à préserver de la misère immédiate les déshérités que la société refuse d’occuper », ces « perpétuels candidats à l’assistance » [95][95] Weber Anatole, Les miséreux, tome 2, vol. 2, loc. .... En regard, la réforme escomptée des bureaux de placement municipaux pour en faire des intermédiaires efficaces et opératoires entre places vacantes et chômeurs de toutes professions n’a cessé de viser l’abandon d’une dimension primitive frappée du sceau charitable. Cette mue est opérée dès avant la Première Guerre mondiale et s’accélèrera dans le cadre de l’économie de guerre avec la création, à Paris et en régions, d’offices départementaux de placement [96][96] Jung Benjamin, « Un ‘lucide réalisateur’. Henri Sellier....

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À mesure que leur action s’étend progressivement à l’ensemble des secteurs industriels, le travail peu qualifié n’est pas évacué du domaine de compétences des bureaux publics convertis au paritarisme. D’aucuns le sont pourtant, les plus fragiles, les plus vulnérabilisés, les plus précarisés, les plus diminués, in fine évincés d’une société fondée sur l’impératif de travail, au centre de laquelle ils ne sauraient trouver leur place.

Notes

[1]

« Plan de travail du Comité pour l’extinction de la mendicité, 6 juin 1790 », in Guillaume Michel (dir.), La Sécurité sociale. Son histoire à travers les textes, tome 1 : 1780-1870, Paris, Association pour l’étude de l’histoire de la Sécurité sociale, 1988, p. 401.

[2]

Jung Benjamin, La bataille du placement et les sans-travail. Concurrences entre intermédiaires et synthèse républicaine dans la genèse du marché du travail en France (1880-1914), thèse de doctorat sous la direction d’André Gueslin, université Paris 7, [s. l.], [s. n.], 2012.

[3]

« Deuxième question. De l’organisation méthodique de la bienfaisance. Rapport présenté par M. L. Tessier du Cros », Exposition universelle de 1889, Congrès international d’assistance tenu du 28 juillet au 4 août 1889, tome 1, Paris, G. Rongier & Cie, 1889, p. 50.

[4]

Pulligny Jean (de), « Note de l’Office du travail sur les sociétés privées d’assistance par le travail », in Office du travail, Documents sur la question du chômage, Paris, Imprimerie nationale, 1896, p. 207.

[5]

Guitton Chistophe, « Le chômage entre question sociale et question pénale en France au tournant du siècle », in Mansfield Malcolm, Salais Robert, et Whiteside Noel (dir.), Aux sources du chômage, 1880-1914. Une comparaison interdisciplinaire entre la France et la Grande-Bretagne, Paris, Belin, 1994, p. 63-89 et Droit, action publique et travail. Étude juridique des politiques d’insertion par le travail, thèse de doctorat sous la direction d’Antoine Lyon-Caen, université Paris X, [s. l.], [s. n.], 1996, p. 85 sq.

[6]

Veysset Nicolas, « La fin des dépôts de mendicité au début de la IIIe République », in Gueslin André et Kalifa Dominique (dir.), Les exclus en Europe, 1830-1930, Paris, Éditions de l’Atelier/Éditions ouvrières, 1999, p. 113 sq.

[7]

Marconi Cyrille, Les ateliers de charité en Dauphiné : l’assistance par le travail entre secours et enjeux économiques (1771-1917), thèse de doctorat, sous la direction de Jean-Christophe Gaven, université de Grenoble, [s. l.], [s. n.], 2012.

[8]

Donzelot Jacques, L’invention du social. Essai sur le déclin des passions politiques, Paris, Seuil, 1994, p. 20.

[9]

Elle se dote à la fin des années 1880 de deux structures centrales : installé en 1888, le Conseil supérieur de l’assistance publique (CSAP) est l’instance de légitimation en amont des projets législatifs dont la conception et la mise en œuvre incombent à la direction de l’assistance publique au ministère de l’Intérieur, créée par décret le 4 novembre 1886.

[10]

Topalov Christian, « Langage de la réforme et déni du politique. Le débat entre assistance publique et bienfaisance privée, 1889-1903 », Genèses, n° 23, juin 1996, p. 43.

[11]

Sur les œuvres privées d’assistance par le travail telles qu’elles se développent dans les années 1890, nous nous permettons de renvoyer à Jung Benjamin, La bataille du placement et les sans-travail, op. cit., chapitres 3 et 4. Deux autres travaux récents font également mention de cette expérience de prise en charge des sans-travail : Purière Aurélien, Assistance sociale et contrepartie. Actualité d’un débat ancien, Paris, L’Harmattan, 2008 et Marconi Cyrille, op. cit., p. 654-675.

[12]

Office central des œuvres de bienfaisance, Paris charitable et prévoyant : tableau des œuvres et institutions du département de la Seine, Paris, Plon, 1897, p. 394-407 et 1904, p. 442-458.

[13]

Jung Benjamin, « Le rêve d’un placement ouvrier au service de la lutte des classes : les bourses du travail, entre posture revendicative et œuvre de substitution (1886-1904) », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n° 116-117, juillet-décembre 2011, p. 57-68.

[14]

Également Luciani Jean, « Logiques du placement ouvrier au XIXe siècle et construction du marché du travail », Sociétés contemporaines, n° 3, septembre 1990, p. 5-18..

[15]

Notamment Salais Robert, Bavere Nicolas et Reynaud Bénédicte (dir.), L’invention du chômage. Histoire et transformation d’une catégorie sociale en France des années 1880 aux années 1980, Paris, PUF, 1986 et Reynaud-Créssent Bénédicte, « L’émergence de la catégorie de chômeur à la fin du XIXe siècle », Économie et statistique, n° 165, avril 1984, p. 53-63.

[16]

Topalov Christian, Naissance du chômeur, 1880-1910, Paris, Albin Michel, 1994, p. 16.

[17]

Thuillier Guy et Tulard Jean, « Pour une histoire de l’administration de Paris », Revue internationale des sciences administratives, tome 44, n° 3, 1978, p. 240-242.

[18]

Felkay Christian, Les bureaux de bienfaisance à Paris de 1796 à 1860, thèse de doctorat, sous la direction de Francis Démier, université Paris X, [s. l.], [s. n.], 2011.

[19]

Exclue de la loi des libertés communales de 1884, la ville est en effet placée sous le régime de celle du 14 avril 1871, dont les dispositions prévoient le maintien de deux préfets, la nomination sur décision gouvernementale dans chaque arrondissement d’un maire et de deux adjoints, et l’élection d’un conseil municipal de quatre-vingts membres. Ce dernier a droit d’initiative sur toutes les affaires intéressant la vie municipale, notamment en matière sociale : Tulard Jean, « Liberté ou tutelle de l’État ? Le débat autour du statut administratif de Paris : 1789-1889 », in L’administration de Paris (1789-1977), Hautes études médiévales et modernes, vol. 5, n° 37, Genève/ Paris, Librairie Droz/Librairie Champion, 1979, p. 40.

[20]

Le Bailly Auguste-Jean, Bureaux municipaux de placement gratuit. Leur situation actuelle, Paris, Le Bailly Éditeur, 1890, p. 49-50.

[21]

Becci Gabriel, Le placement des ouvriers et employés des deux sexes et de toutes professions et la loi du 14 mars 1904, Paris, Arthur Rousseau, 1906, p. 43.

[22]

Archives de Paris (désormais AP), D9 K3 49, Conseil municipal de Paris, Année 1899, Rapports et documents, imprimé n° 57, « Rapport au nom de la 2e commission, sur la répartition de la subvention de 35 000 F entre les bureaux municipaux de placement gratuit, présenté par Louis Achille, conseiller municipal », Paris, Imprimerie municipale, 1900, p. 7.

[23]

Archives nationales (désormais AN), C//5501, Dossier n° 2283, Bureaux municipaux de Paris, Mairie du IIIe arrondissement, Société philanthropique, Bureau municipal de placement gratuit pour les ouvriers et employés des deux sexes, [s. l.], [s. n.], 1889, p. 3 [brochure imprimée].

[24]

Le Bailly Auguste-Jean, op. cit., p. 7.

[25]

AN C//5501, loc. cit., « Renseignements sur le service de placement gratuit établi à la mairie du Ier arrondissement », 1888, p. 3 [document manuscrit].

[26]

Ibid., Bulletin d’inscription comme demandeur de place au bureau de la mairie du Louvre.

[27]

« Statuts de la SIEQA tels qu’ils ont été adoptés en séance générale le 2 mars 1890 », Bulletin de la SIEQA, tome 1, n° 1, mars 1890, p. 40.

[28]

Bec Colette, Assistance et République. La recherche d’un nouveau contrat social sous la Troisième République, Paris, Éditions de l’Atelier, Éditions ouvrières, 1994, p. 147 sq.

[29]

Société d’assistance de Batignolles-Monceau, autorisée par arrêté de M. le préfet de Police en date du 9 mars 1891, subventionnée par le ministère de l’Intérieur, Paris, Imprimerie nouvelle, 1891, p. 3 [brochure imprimée].

[30]

Office central des œuvres de bienfaisance (OCOB), Paris charitable et prévoyant. Tableau des œuvres et institutions du département de la Seine, Paris, Librairie Plon, 1900, p. 26.

[31]

OCOB, Paris charitable et prévoyant, op. cit., 1904, p. 453 et 457.

[32]

AP DX6 6, Union d’assistance du XVIe arrondissement-Assistance temporaire par le travail, Assemblée générale du 28 avril 1901, Paris-Auteuil, Imprimerie des Orphelins-Apprentis, 1901, p. 6 [brochure imprimée].

[33]

Jung Benjamin, « Traiter les vulnérabilités sanitaires et sociales par le travail ? Les sociétés d’assistance par le travail en France au tournant du XXe siècle, entre initiative privée et action publique », in Brodiez Axelle, von Bueltzingsloewen Isabelle, Eyraud Benoît, Laval Christian et Ravon Bertrand (dir.), Vulnérabilités sanitaires et sociales : de l’histoire à la sociologie, Rennes, PUR, 2014, p. 191-202.

[34]

AP DX6 31, Union d’assistance par le travail du VIe arrondissement, siège social à la mairie (place Saint-Sulpice), 10 avril 1893, p. 2 [brochure imprimée].

[35]

Gueslin André, « L’évolution du bureau de bienfaisance en France jusqu’en 1914 », in Petit Jacques-Guy, Marec Yannick (dir.), Le social dans la ville en France et en Europe (1750-1914), Paris, Éditions de l’Atelier, Éditions ouvrières, 1996, p. 244.

[36]

AN C//5501, « Renseignements sur le service de placement gratuit établi à la mairie du Ier arrondissement », op. cit.

[37]

Ibid., Mairie du IIIe arrondissement, Société philanthropique, op. cit.

[38]

Le Bailly Auguste-Jean, op. cit., p. 50.

[39]

AP D9 K3 29, Conseil municipal de Paris, Année 1891, Rapports et documents, Première partie, imprimé n° 51, « Rapport présenté par M. Darlot, au nom de la 2e commission, concernant les subventions à accorder aux bureaux de placement gratuit des XVIIIe, XVIIe, Ve et IIIe arrondissements », Paris, Imprimerie municipale, 1892, p. 3.

[40]

AP D9 K3 42, Conseil municipal de Paris, Année 1896, Rapports et documents, Deuxième partie, imprimé n° 129, « Rapport présenté par M. John Labusquière, au nom de la 2e commission, sur la répartition du crédit de 27 500 F inscrit au budget de 1896 pour subventions aux bureaux municipaux de placement gratuit », Paris, Imprimerie municipale, 1897, p. 3.

[41]

AP D9 K3 36, Conseil municipal de Paris, Année 1894, Rapports et documents, Première partie, imprimé n° 45, « Rapport présenté par M. André Berthelot, au nom de la 4e Commission, sur la répartition du crédit de 20 000 F inscrit au budget de 1894 pour subventions aux bureaux de placement gratuit fonctionnant dans certaines mairies », Paris, Imprimerie municipale, 1895, p. 6-7.

[42]

Le Bailly Auguste-Jean, op. cit., p. 53.

[43]

Administration générale de l’assistance publique à Paris, Décret portant règlement d’administration publique pour l’organisation de l’assistance à domicile à Paris. Décret du 15 novembre 1895, Paris, Hénon, 1895, p. 9.

[44]

Société d’économie sociale, « Compte-rendu général de la réunion annuelle », La Réforme sociale, 13e année, 3e série, tome 6, juillet-décembre 1893, p. 83.

[45]

Defert Henry, « L’Union d’assistance par le travail du VIe arrondissement et les bureaux municipaux de placement », ibid., p. 741 et Comité central des œuvres du travail, Les Œuvres du Travail : 1° Leur organisation ; leur fonctionnement. 2° Le Comité central : son action immédiate, Paris, Rueff et Cie, 1892 p. 21.

[46]

« Troisième question : de l’aide que peuvent fournir l’assistance par le travail et les œuvres qui la pratiquent, aux œuvres de bienfaisance et de patronage et aux institutions d’Assistance publique. I- Rapport du Dr P. Bouloumié, secrétaire général du CCOAT et de G. Frénoy, secrétaire général adjoint », Exposition universelle de 1900, Recueil des travaux du Congrès international d’assistance publique et de bienfaisance privée tenu du 30 juillet au 5 août 1900, tome 6 : Quatrième section. Congrès des Œuvres d’assistance par le travail, Paris, Au siège du secrétariat général du congrès, 1900, p. 200.

[47]

AP DX6 11, dossier n° 324, Société protestante du travail, Trentième assemblée générale tenue le 29 mai 1899, Paris, Agence de la Société, 1899, p. 1 [brochure imprimée].

[48]

AP D2X2 1, Bienfaisance (1812-1956), Société du travail, Assemblée générale tenue le 27 mars 1873 à la mairie du XIe arrondissement, Paris, Agence de la Société du travail à la mairie du XIe arrondissement, 1873, p. 10 [brochure imprimée].

[49]

Cormouls-Houlès Édouard, L’assistance par le travail, Paris, Arthur Rousseau, 1910, p. 482.

[50]

Le Bailly Auguste-Jean, op. cit., p. 17.

[51]

AN C//5501, loc. cit, Registre des délibérations du bureau de bienfaisance du VIIIe arrondissement, organisation d’un bureau de placement gratuit, séance du 17 novembre 1888.

[52]

AP D9 K3 49, Conseil municipal de Paris, Année 1899, Rapports et documents, imprimé n° 57, op. cit., p. 4.

[53]

Gueslin André, Gens pauvres, pauvres gens dans la France du XIXe siècle, Paris, Aubier, 1997, p. 113.

[54]

Weber Anatole, Les miséreux, tome 2 : L’assistance aux miséreux en France, vol. 2 : Les secours en nature (nourriture, vêtements, abri, facilités diverses). Assistance par le travail et placement. Œuvres de préservation et de relèvement. Œuvres de relation, Paris, Marcel Rivière, 1914, p. 197.

[55]

Société d’assistance par le travail du IIe arrondissement, Assemblée générale statutaire du 11 mai 1897, Troyes, Imprimerie Arbouin, 1897, p. 6.

[56]

AP DX6 6, Union d’assistance du XVIe arrondissement, Assemblée générale du 28 avril 1901, op. cit., p. 13.

[57]

Notamment Cormouls-Houlès Édouard, op. cit., p. 315 sq.

[58]

AP DX6 6, Société d’assistance par le travail des VIIIe et XVIIe arrondissements, Assemblée générale du 27 janvier 1901, Dixième exercice (1900), Paris, Au siège de la société, 1901, p. 9.

[59]

AP DX6 14, Société d’assistance par le travail du XVIIIe arrondissement, Rapport à l’Assemblée générale du 18 novembre 1899. Statuts, Paris, Imprimerie Chaix, 1899, p. 15-16.

[60]

AP DX6 6, Société d’assistance par le travail du IIe arrondissement, Assemblée générale statutaire du 25 mai 1899, op. cit., p. 8 sq.

[61]

Ibid., Union d’assistance du XVIe arrondissement, Assemblée générale du 28 avril 1901, op. cit., p. 15.

[62]

Les placements dits « à demeure » correspondent à des engagements pérennes à distinguer des « extras » ou des placements à la journée.

[63]

Préfecture de la Seine, Service de statistique municipale, Annuaire statistique de la Ville de Paris, 18e année, 1897 et 21e année, 1900, Paris, Masson, 1899 et 1902.

[64]

Les garçons de courses et de magasin constituent selon Pierre du Maroussem le « personnel manœuvre » des maisons de gros de l’habillement, attaché à des tâches de portage et de livraison : Office du travail, La petite industrie (salaires et durée du travail), tome 2 : Le vêtement à Paris, Paris, Imprimerie nationale, 1896, p. 27.

[65]

Avec la crise de l’apprentissage diagnostiquée dans le dernier tiers du XIXe siècle, de nombreux apprentis sont en réalité en milieu urbain de jeunes ouvriers spécialisés sans éducation professionnelle condamnés à devenir des hommes de peine : Charlot Bernard et Figeat Madeleine, Histoire de la formation des ouvriers (1789-1984), Paris, Éditions Minerve, 1985, p. 111.

[66]

AP V. bis 1 F7 1, Registre d’offres d’emplois pour hommes, Bureau municipal de placement gratuit, Mairie du 1er arrondissement, 1901-1903.

[67]

Cormouls-Houlès Édouard, op. cit., p. 479-481.

[68]

AP D9 K3 53, Conseil municipal de Paris, Année 1900, Rapports et documents, deuxième partie, imprimé n° 126, « Rapport au nom de la 2e sous-commission du comité du budget et du contrôle, relatif aux subventions accordées aux bureaux municipaux de placement gratuit et aux bureaux syndicaux ouvriers […] présenté par Louis Achille, conseiller municipal », Paris, Imprimerie municipale, 1901, p. 6.

[69]

AP D9 K3 51, Conseil municipal de Paris, Année 1899, Rapports et documents, Troisième partie, « Rapport de la Commission consultative de la bourse du travail sur le budget de 1900 », Annexe à l’imprimé n° 191, « Rapport au nom de la Commission du travail, art. 8, 9 et 10 du chapitre VII, et art. 22 du chapitre XIII (dépenses) du budget de 1900 (bourse du travail) présenté par M. Blondeau, conseiller municipal, 23 décembre 1899 », Paris, Imprimerie municipale, 1900, p. 18.

[70]

Beaufreton Maurice, « Les unions d’œuvres d’assistance privée par arrondissement à Paris », Musée social, Mémoires et documents, 1911, p. 35 sq.

[71]

« Les unions des œuvres d’assistance privée par arrondissement à Paris, par M. J. Mornet », Quatrième Congrès national d’assistance publique et privée. Reims : 21 au 26 avril 1908, tome 2 : Travaux des sections et œuvres rémoises, Reims, Imprimerie et Lithographie Matot-Braine, 1908, p. 181 sq.

[72]

AP DX6 29, Dossier n° 1287, Assistance par le travail du IXe arrondissement, Compte-rendu annuel. Exercice du 1er janvier au 31 décembre 1912, Paris, Imprimerie S. Mercadin, 1913, p. 9 [brochure imprimée].

[73]

Topalov Christian, Naissance du chômeur, op. cit., p. 409-410.

[74]

« Liste des membres », Compte-rendu de la Conférence internationale du chômage, Paris, 18-21 septembre 1910, tome 1, Paris, secrétariat général de la Conférence internationale du chômage, Marcel Rivière et Cie, 1911, p. 48.

[75]

Héritier en dissidence d’une famille de riches banquiers, Max Lazard renonce à sa carrière financière et entre en philanthropie après avoir fréquenté à Londres à la fin des années 1890 le pasteur Samuel Barnett et rencontré William Beveridge. Il se convainc alors que la résolution de la question sociale passe par l’intégration des classes laborieuses et le dialogue entre bourgeoisie éclairée et élites ouvrières. Adepte de l’école sociologique durkheimienne, il consacre sa thèse soutenue en 1909 à la question du chômage : Dab, Sandra, « Un jeune banquier découvre la ‘question sociale’ en 1896-1897 : Max Lazard à Londres et Ménilmontant », in « Le social aux prises avec l’histoire », tome 3 : « La question sociale », Vie Sociale/ Les Cahiers de la recherche sur le travail social, n° 20-21, novembre-décembre 1991, p. 181-193.

[76]

Lazard Max, « Avantpropos », Bulletin trimestriel de l’Association internationale pour la lutte contre le chômage, 3e année, n° 1, janvier-mars 1913, p. 5-7.

[77]

AP D9 K3 49, Conseil municipal de Paris, Année 1899, Rapports et documents, imprimé n° 57, op. cit., p. 3-4.

[78]

Office du travail, Les bureaux municipaux de placement à Paris en 1909, Paris, Imprimerie nationale, 1910, p. 5.

[79]

« L’application de la loi du 11 mars 1904 sur les bureaux de placement », Bulletin de l’Office du travail, 12e année, n° 11, novembre 1905, p. 976.

[80]

AN du Monde du travail, Fonds Max Lazard, 6AS 85, ministère du Travail, « Loi du 14 mars 1904, Bureaux municipaux de placement, Circulaire du 14 mars 1910 ».

[81]

« Le placement gratuit en 1909 », Bulletin de l’Office du travail, 17e année, n° 5, mai 1910, p. 483-484.

[82]

« Liste des bureaux municipaux existant pendant le 2e semestre 1912 », Bulletin de l’Office du travail, 20e année, n° 1, janvier 1913, p. 28-32.

[83]

Office du travail, Les bureaux municipaux de placement à Paris en 1909, op. cit., p. 30.

[84]

Barrault Henri Emile, « La réforme des bureaux parisiens de placement gratuit. B. Le programme de l’AFLC », Bulletin trimestriel de l’AILC, 1re année, n° 2, 4e trimestre 1911, p. 374.

[85]

Dard L. et Tesson L., Étude sur les bureaux de placement. Historique, fonctionnement actuel, projets de réforme, Paris, Imprimerie Oberthur, 1900, p. 59.

[86]

« Première question. Organisation et gestion des œuvres d’assistance par le travail », Exposition universelle de 1900, Recueil des travaux du Congrès international d’assistance publique et de bienfaisance privée, tome 6, op. cit., p. 11.

[87]

Pulligny Jean (de), « Note de l’Office du travail sur les sociétés privées d’assistance par le travail », op. cit., p. 187.

[88]

« Appendice. Quatrième question. Rapport de Jean de Pulligny », Exposition universelle de 1900, Recueil des travaux du Congrès international d’assistance publique et de bienfaisance privée, tome 6, op. cit., p. 378.

[89]

Lausiès, Dr Étienne, Histoire de l’assistance par le travail au Havre, Le Havre, F. Le Roy, 1897, p. 32 sq.

[90]

Roussy Damien, La politique d’assistance publique de la ville de Bordeaux sous la IIIe République, thèse de doctorat, sous la direction de Bernard Gallinato-Contino, université de Bordeaux IV, [s. l.], [s. n.], 2005, p. 137-138.

[91]

L’Assistance par le travail, fondée à Marseille le 23 février 1891, autorisée par arrêté préfectoral du 22 avril 1891, Statuts et documents, Marseille, À l’agence de la société, 1891, p. 30.

[92]

Marconi Cyrille, Les ateliers de charité en Dauphiné, op. cit., p. 663 sq.

[93]

Weber Anatole, Les miséreux, tome 2, vol. 2, loc. cit.

[94]

Daniel Christine et Tuchszirer Carole, L’État face aux chômeurs, l’indemnisation du chômage de 1884 à nos jours, Paris, Flammarion, 1999, p. 67.

[95]

Weber Anatole, Les miséreux, tome 2, vol. 2, loc. cit.

[96]

Jung Benjamin, « Un ‘lucide réalisateur’. Henri Sellier et la réforme du placement à Paris. Penser et organiser le marché du travail à l’échelle de l’agglomération », Histoire urbaine, n° 37, août 2013, p. 53-71. http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RHU_037_0053.

Résumé

Français

L’accès au marché du travail de ceux qui en sont exclus donne lieu, dans les années 1880, à deux innovations : des sociétés d’assistance par le travail vouées à la lutte contre le vagabondage et la mendicité, et des bureaux de placement municipaux gratuits. Ancrés dans les arrondissements parisiens, présentant une identité institutionnelle proche, entre public et privé, et accueillant des populations similaires marquées par une grande précarité, ces deux dispositifs agissent entre complémentarité et rivalité. Leur analyse transverse permet de comprendre en quoi la première forme de service municipal d’emploi présente, à sa genèse, une dimension plus charitable qu’industrielle, que les projets réformateurs définis au début du XXe siècle dans le cadre de la lutte contre le chômage visent précisément à effacer.

Mots-clés

  • assistance par le travail
  • bureaux de placement municipaux
  • chômage
  • marché du travail
  • Paris

English

The access to the labour market gives rise, in the 1880’s, to two innovations : charity societies providing assistance through work, dedicated to the fight against vagrancy and begging, and free municipal job offices. Settled in Paris’ arrondissements, with a close institutional identity and welcoming similar poor populations, both operate between complementarity and rivalry. Their transverse analysis allows to understand how the first form of municipal employment service has, at its genesis, a charitable dimension that reformers plans worked out in the early twentieth century designed specifically to erase in order to resorb unemployment.

Keywords

  • labour market
  • municipal job offices
  • Paris
  • unemployment
  • work test

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. L’arrondissement : entité charitable et territoire d’organisation du placement gratuit
    1. Un ancrage commun
    2. Une identité hybride, entre public et privé
  3. Assistance par le travail et placement gratuit, des services concurrents ?
    1. Des compétences entre complémentarité et rivalité
    2. Au service du travail non qualifié
  4. Placer sans assister, assister sans reclasser : vers la réforme des bureaux municipaux et l’effacement des œuvres du travail
    1. De la distinction des paradigmes à la dissociation des dispositifs
    2. Reconfigurer et re-territorialiser les bureaux publics
  5. Conclusion : Mettre au travail sans assister

Pour citer cet article

Jung Benjamin, « Le placement public à Paris : De la bienfaisance à la lutte contre le chômage. (1880-1910) », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2014 (N° 7), p. 81-101.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2014-1-page-81.htm


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