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Revue d'histoire de la protection sociale

2015/1 (N° 8)


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Ce recueil d’études a trouvé naturellement sa place dans la politique éditoriale des PUR, comme le prouvent d’ailleurs les nombreuses notes de bas de page qui renvoient à des publications antérieures de cette maison. Par ailleurs, il arrive à une période où il semble possible de faire le point sur les conquêtes et les évolutions de la recherche depuis un demi-siècle environ, alors que les remises en cause de l’État-Providence amenaient à réfléchir sur ce qu’avait apporté – ou non – le développement de ce type d’interventions publiques qui avaient commencé au siècle précédent à s’ajouter ou à se substituer aux œuvres charitables plus traditionnelles.

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Les huit articles rassemblés ici et précédés d’une introduction de Bruno Dumons s’organisent de façon logique et équilibrée autour de deux axes : d’une part, le dépassement des approches nationales par le biais du comparatisme (quatre auteurs sous le titre général : « approches transnationales ») et d’autre part l’apparition progressive de champs de réflexion auparavant considérés comme marginaux, voire totalement ignorés (quatre auteurs sous le titre global : « nouveaux objets, nouvelles approches »).

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À l’exception de la quatrième de ces études, dont l’auteur lui-même (Christoph Conrad) reconnaît le caractère abstrait, pour ne pas dire abscons, la lecture est généralement aisée, riche de rappels sur ce qui a été déjà acquis par la recherche (Fulvio Conti à propos de l’État social dans l’Europe méditerranéenne), et surtout sur ce qui reste à défricher dans le domaine de la connaissance.

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Une fois que l’on a pris le temps de la relecture, le travail de Conrad fournit ainsi une typologie des modes d’entrée dans l’approche transnationale et suggère donc nombre de thématiques pour de futurs sujets de thèse ou de colloques. L’auteur conclut très justement sa contribution : « l’approche présentée ici fait de la coproduction d’États-providence nationaux d’un côté, et de la connectivité transnationale voire globale des problèmes sociaux et de leur régulation de l’autre, un champ de recherche vibrant et conceptuellement fertile, qui attend d’être cultivé par de nouveaux projets historiques » (p. 98).

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L’article de Thomas Cayet sur l’Organisation internationale du travail pendant l’Entre-deux-guerres insiste à juste titre sur le rôle de cette instance qui rapproche droit du travail et droit de la sécurité sociale, alors que la tradition française est plutôt de les distinguer. L’auteur nous fournit une contribution particulièrement riche en suggestions de recherches.

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Quant au travail de Dorena Caroli sur le modèle soviétique, qui servit de référence pour toute l’Europe de l’Est pendant plusieurs décennies, il enrichit largement l’approche généralement adoptée en Europe occidentale : il insiste d’abord sur la volonté du nouvel État – en fonction de données idéologiques pas toujours conformes aux réalités sociologiques – de compenser les inégalités de l’Ancien régime en favorisant la classe ouvrière aux dépens de la bourgeoisie et de la paysannerie, puis après la Seconde Guerre mondiale de favoriser la résolution des questions sociales par le développement d’un objectif de plein emploi que l’on retrouvera dans tous les pays satellites. On peut cependant regretter que l’approche de ces derniers ne mette pas suffisamment en relief le bilan antérieur de cette zone d’Europe centrale. Cela permettrait, par exemple, de savoir si, ainsi que me le déclarait Pierre Laroque il y a quelques dizaines d’années, l’exemple de la Tchécoslovaquie des années 1930 avait plus inspiré le modèle français des années 1940 que le rapport Beveridge ne l’avait fait.

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Dans la seconde partie, l’étude de Brigitte Studer concernant le genre et la protection sociale, particulièrement claire et équilibrée sur un sujet qui se prête à toutes les simplifications outrancières et polémiques, est totalement convaincante. Plus classiques apparaissent les travaux de Catherine Omnès sur la santé au travail qui présente cependant un bilan sérieux de l’évolution passée et de Christophe Capuano sur les solidarités familiales, face aux diverses formes de dépendance. Ils peuvent prêter le flanc à une certaine critique de légèreté bibliographique et, dans le premier cas, d’occultation des réflexions récentes sur la notion de pénibilité du travail, pourtant si présentes dans le débat sur la réforme des retraites des dix dernières années ; il est vrai que nous sommes alors au XXIe siècle.

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Même si on lit avec beaucoup d’intérêt les pages d’Axelle Brodiez-Dolino, on ne peut que s’étonner qu’elle n’ait pas cru devoir rattacher plus nettement la notion d’humanitaire à celle de « transnationalisme » dans son étude finale consacrée à l’histoire occidentale de la lutte contre la pauvreté et la précarité.

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Au total, la publication de ces travaux, issus de la collaboration d’une équipe transnationale franco-italo-suisse semble fort utile. On ne peut qu’espérer que ce travail débouchera sur une relance des travaux pluridisciplinaires d’histoire de la protection sociale grâce à l’apport des historiens, mais aussi des économistes, des sociologues et des juristes, tous un peu absents ici, alors que je reste persuadé qu’il s’agit là d’un domaine spécialement riche pour les approches transdisciplinaires. Indispensable aux chercheurs et aux hommes d’action, utile aux étudiants qui découvrent la matière, cet ouvrage mériterait une seconde édition légèrement corrigée, mais surtout enrichie par de nouvelles études, en particulier – même si ce n’est pas la tradition française – par une approche des politiques sociales concernant le logement, l’éducation, voire l’accueil des étrangers, à moins qu’un tel programme ne relève en fait d’un autre volume auquel les deux directeurs pourraient dès maintenant s’atteler, dans la ligne du colloque organisé pour le 70e anniversaire de la Sécurité sociale française : « des défis d’hier aux chantiers de demain ».

Pour citer cet article

Hesse Philippe-Jean, « La protection sociale en Europe au XXe siècle. Axelle Brodiez-Dolino et Bruno Dumons, Presses Universitaires de Rennes, 2014 183 p., 16 € - ISBN : 978-2-7535-3332-5 », Revue d'histoire de la protection sociale, 1/2015 (N° 8), p. 193-195.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-protection-sociale-2015-1-page-193.htm


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