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Revue d'histoire des sciences

2010/1 (Tome 63)

  • Pages : 318
  • ISBN : 9782200926595
  • DOI : 10.3917/rhs.631.0005
  • Éditeur : Armand Colin
  • Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr



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Pierre Bouguer est une figure assez remarquable du xviiie siècle, encore peu étudiée aujourd’hui. Il est né au Croisic, en Bretagne, le 10 février 1698, d’un père professeur d’hydrographie, auquel il succède en 1714. Il se révèle enfant précoce et esprit brillant ; très rapidement, il ambitionne d’entrer à l’Académie royale des sciences. Il y accède en 1731 après plusieurs travaux remarqués et heureusement salués. Il participe activement à l’expédition pour la figure de la Terre, au Pérou, de 1735 à 1744. Académicien honoré à son retour, il joue un rôle important au sein de l’Académie jusqu’à sa mort, en 1758. Il fut en particulier nommé de nombreuses fois commissaire pour l’examen d’ouvrages ou d’instruments.

Pierre Bouguer, figure emblématique ou savant singulier [1]  Cette première partie a fait l’objet d’une communication... [1]  ?

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La bibliographie imprimée, dressée par Gilles Maheu en 1966, permet de répartir l’activité de Bouguer entre plusieurs domaines : marine, géodésie, optique et astronomie [2]  Gilles Maheu, Bibliographie de Pierre Bouguer (1698-1758),... [2] . Gardons pour l’instant cette classification moderne. Sur quarante-huit titres recensés, 31 % relèvent de la marine, 25 % de la géodésie, autant pour l’astronomie, 6 % pour l’optique et 13 % d’articles divers qui pourraient, sans doute après une étude fine, entrer dans une des catégories précédentes. Au nombre de pages publiées, la classification est un peu différente. Pour environ 3 800 pages, 57 % concernent la marine, 19 % la géodésie, un peu moins de 15 % l’optique et à peine 6 % l’astronomie. Les articles divers entrent pour à peine plus de 3 %. Le savant est donc principalement un homme de la marine.

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La vie scientifique de Bouguer peut se partager en trois périodes dont les bornes intérieures sont les dates de départ et de retour du Pérou. Les années 1735 et 1744 marquent également une période de transition dans l’évolution des sciences physico-mathématiques à l’Académie. Bouguer part au moment où la controverse est au plus fort entre les partisans de l’attraction newtonienne et les cartésiens. Quand il revient, il assiste à la victoire des newtoniens et peut lire des ouvrages fondamentaux comme celui d’Alexis-Claude Clairaut sur la théorie de la Lune.

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Sa conversion au newtonianisme pose problème. Elle date probablement du début des années 1730. De quel newtonianisme d’ailleurs s’agit-il ici ? Encore doute-t-il, et a-t-il besoin des résultats de l’expérience pour trancher. À ce titre, l’expédition du Pérou aura raison de ses dernières réticences [3]  Danielle Fauque, Tourbillons ou attractions : Les physiciens... [3] . Mais il ne fait pas partie, dès 1731, du groupe des newtoniens militants que sont Pierre-Louis Moreau de Maupertuis et Clairaut. Il est à part.

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Il y a peu d’archives personnelles de Bouguer, celles-ci ayant disparu dès son décès, en 1758 [4]  Roland Lamontagne a effectué des recherches pendant... [4] . Comme sources principales, le dossier personnel du fonds Marine des Archives nationales, le dossier de l’Académie des sciences et le dossier conservé dans les archives de l’Observatoire sont les plus riches. Quant à la correspondance, elle est extrêmement dispersée.

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La figure du savant Bouguer dans l’Académie peut être perçue de façon indirecte, à travers le prisme des travaux prenant l’institution comme objet d’étude, comme ceux des historiens Roger Hahn ou Christian Licoppe [5]  Roger Hahn, L’Anatomie d’une institution scientifique :... [5] . L’analyse de l’Académie royale des sciences par Hahn permet de comprendre l’adaptabilité de Bouguer (comme des autres savants) aux exigences de son fonctionnement, tandis que Licoppe dissèque les critères de scientificité qu’elle se reconnaît implicitement ou explicitement. Si Bouguer est homme de la mesure, il est aussi homme de l’expérience. C’est Bouguer que Licoppe choisit pour étudier l’évolution de la narration d’expériences au cours du xviiie siècle. Les critères qu’il définit, en particulier ceux de répétabilité, comparabilité et réplicabilité, peuvent être transférés au cas Bouguer, dans l’étude des différents mémoires portant sur l’expérience de physique. À titre d’exemple, Licoppe s’appuie sur le mémoire sur la dilatation des métaux (1745). Dans le même esprit, qu’en serait-il des expériences relatées dans l’ Essai sur la gradation de la lumière [6]  Voir Marc J. Ratcliff, De la mémoire visuelle à la... [6] , de celles sur la réfraction atmosphérique et ses corollaires, sur la transparence et la dilatation de l’air, ou sur les instruments d’optique, de navigation ou d’astronomie ? On peut ainsi dégager chez Bouguer à la fois une constance de l’attitude intellectuelle et une évolution de cette attitude devant le fait observé ou le fait créé, qui permettra de situer ce savant parmi ses contemporains.

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En son temps, René Taton avait fait de l’Académie royale des sciences l’objet de ses derniers séminaires rue Colbert, à Paris, où le centre Alexandre Koyré avait alors son siège. La réédition d’un certain nombre de ses travaux en 2000 témoigne de nombreuses approches de l’histoire des hommes de cette institution [7]  René Taton, Études d’histoire des sciences, recueillies... [7] . L’ouvrage de Charles Paul sur la structure des éloges permet aussi de saisir l’image que l’Académie veut donner d’elle-même, et de ses membres [8]  Charles B. Paul, Science and immortality : The eloges... [8] . Depuis, de nombreuses publications portant sur l’Académie royale des sciences ont paru, complétant et renouvelant sa connaissance, en particulier dans les domaines de son organisation interne [9]  Christiane Demeulenaere-Douyère et Éric Brian (dir.),... [9] , sa bibliothèque [10]  Annie Chassagne, La Bibliothèque de l’Académie royale... [10] , et ses relations avec le pouvoir [11]  Christiane Demeulenaere-Douyère et David J. Sturdy,... [11] . Tous ces travaux permettent une approche indirecte du comportement de Bouguer dans le milieu académique. Les travaux du groupe D’Alembert ont déjà livré de nouvelles facettes de cette institution d’Ancien Régime, notamment lors des colloques et journées d’études thématiques qu’il a organisés [12]  Voir le site : http://dalembert.univ-lyon1.fr [12] .

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Il faudra aussi entrer dans l’œuvre elle-même. Les historiens d’aujourd’hui commencent à sentir l’importance que la marine revêt dans sa bibliographie. En 1998 s’est tenu à Nantes un colloque pour saluer le tricentenaire de sa naissance [13]  Éprouver la science…, op. cit. in n. 6. [13] . Trois articles ont été consacrés à cet aspect de l’œuvre de Bouguer. Pierre Lamandé étudie une œuvre de jeunesse sur l’art de la mâture (1727) [14]  Pierre Lamandé, Théorie et pratique maritimes dans... [14] . Jean Dhombres propose une étude sur la découverte du métacentre dans le Traité du navire (1746) [15]  Jean Dhombres, « Mettre la géométrie en crédit » :... [15] . Ces deux auteurs soulignent l’originalité de l’approche de Bouguer qui, partant d’un objet physique, le navire, le met en équations selon un mode original. Il utilise le calcul différentiel et intégral appliqué à un problème réduit à l’hydrostatique, en faisant intervenir des approximations toujours justifiées théoriquement et tenant compte de la pratique des marins. Dans le troisième article, Guy Boistel replace le Nouveau traité de navigation de Bouguer (1753) dans la littérature destinée à la formation des marins au xviiie siècle [16]  Guy Boistel, Le problème des « longitudes à la mer »... [16] .

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Cette originalité se retrouve aussi dans les articles de géodésie proposés avant de partir pour le Pérou. Ainsi que le soulignent Irène Passeron dans sa thèse [17]  Irène Passeron, « Clairaut et la figure de la Terre... [17] ou John Greenberg dans son monumental ouvrage sur la figure de la Terre [18]  John L. Greenberg, The Problem of the Earth’s shape... [18] , Bouguer, par un usage de l’outil différentiel et intégral propose une approche nouvelle du problème cosmogonique alors même que la notion de pesanteur n’est pas encore clairement énoncée. Maupertuis d’ailleurs a compris très vite qu’il avait en Bouguer un collègue particulièrement doué et dont il fallait tenir compte dans le débat théorique qui s’installait.

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Le débat autour de la figure de la Terre a été étudié par Pierre Brunet en 1931 [19]  Pierre Brunet, L’Introduction des théories de Newton... [19] et Éric Aiton [20]  Eric J. Aiton, The Vortex theory of planetary motions... [20] en 1972 ; il a été peu repris depuis. Les ouvrages de ces vingt-cinq dernières années ont porté principalement sur l’étude des missions de Laponie et du Pérou, lors des commémorations du départ des deux expéditions, en 1986. Il existe une abondante littérature sur les deux expéditions. Rappelons seulement les actes du colloque qui s’est déroulé à l’Académie des sciences en 1986 et l’ouvrage de Jean-Jacques Levallois sur la mesure de la Terre [21]  Henri Lacombe et Pierre Costabel (dir.), La Figure... [21] .

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L’activité de Bouguer a cependant été peu étudiée dans ce contexte. Au cours de cet éloignement de l’Académie, catastrophique pour lui, il a notamment écrit son Traité du navire [22]  Larrie D. Ferreiro, Ships and science : The birth of... [22]  ; il a approfondi sa réflexion sur la réfraction atmosphérique, et défini l’anomalie gravimétrique que les géodésiens et géologues utilisent toujours. Pour les mesures concernant l’expédition elle-même, il a déterminé avec beaucoup de soin les erreurs de ses instruments [23]  Danielle Fauque, Un instrument essentiel de l’expédition... [23] . Une histoire de la théorie des erreurs pourrait tirer profit de ce dernier point.

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En 1749, il publie La Figure de la Terre, au cœur d’une querelle avec son ancien collègue Charles de La Condamine. Si la querelle a été souvent rapportée en elle-même et, plus récemment, telle qu’elle était présentée dans la presse de l’époque [24]  Yasmine Marcil, La presse et le compte rendu de récits... [24] , elle nécessiterait aujourd’hui un nouvel examen des points astronomiques ou géodésiques litigieux. La fin de la vie de Bouguer en a été bouleversée.

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Le travail en astronomie est de trois ordres : théorique, observationnel et instrumental. Sur le plan théorique, il publie, en 1734, une pièce sur la cause de l’inclinaison de l’orbite des planètes, qui sera rééditée avec des additions importantes en 1748. Ces deux éditions en partie étudiées par Aiton en 1972, et Fauque en 1992, mériteraient une étude approfondie. En effet, Bouguer propose des arguments d’ordre conceptuel sur la théorie de l’attraction et l’approche théorique du problème de la gravitation. Compte tenu de l’évolution des idées et des tendances à l’Académie entre ces deux dates, ces deux éditions peuvent servir de témoins.

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Sur le plan observationnel, Bouguer contribue à une meilleure connaissance de la parallaxe lunaire qui sert à l’établissement des éphémérides nautiques. Le travail de thèse de Guy Boistel est à ce titre un travail princeps [25]  Guy Boistel, L’Astronomie nautique au xviiie siècle... [25] . Sur le plan instrumental, Bouguer invente l’héliomètre (1748), ou lunette à double objectif, pour mesurer le diamètre du Soleil, afin de voir, et je cite, si la théorie de Newton est vérifiée pour cet astre, à savoir s’il est aplati aux pôles. Indépendant du temps, utilisant la coïncidence de deux images par leurs bords opposés, cet instrument permet de mesurer tous les diamètres [26]  Danielle Fauque, Les origines de l’héliomètre, Revue... [26] . Des imperfections techniques ne permettront pas de répondre immédiatement à la problématique posée, mais ce principe de duplication d’image va être très fécond. Repris en Angleterre par John Dollond sous le nom de micromètre objectif, il équipe les télescopes, notamment lors de l’observation du passage de Vénus devant le disque solaire (1762, 1769). Plusieurs des grands réfracteurs du xixe siècle, de construction allemande, reprennent le nom d’héliomètre. C’est avec un instrument de ce type que Friedrich Bessel obtient la première parallaxe d’étoile en 1838, donnant accès aux dimensions de l’univers [27]  Id., « Naissance et évolutions de l’héliomètre (1748-1824) »,... [27] . Le principe de duplication d’image est aussi présent dans la lunette prismatique d’Alexis-Marie Rochon qui se réclame de Bouguer, et était encore utilisé dans les télémètres ou pour l’observation des étoiles doubles à la fin du xxe siècle [28]  Id., Alexis-Marie Rochon (1741-1817), savant astronome... [28] . Toujours dans le cadre de l’héritage de Bouguer, Charles-François de Charnières invente et perfectionne son célèbre mégamètre dans les années 1760-1770 [29]  Id., Le mégamètre de Charles-François de Charnières... [29] .

Cette duplication d’images a sans doute été inspirée de ses expériences d’optique. Si le nombre de titres est réduit dans ce domaine, ce dernier n’en constitue pas moins une pièce maîtresse dans l’œuvre de Bouguer. En 1965, Jean-Louis Morère publiait un article sur les sources de l’Essai d’optique sur la gradation de la lumière, publié en 1729 [30]  Jean-Louis Morère, La photométrie : Les sources de... [30] . En 1961, William E. Knowles Middleton avait donné une version anglaise du Traité d’optique de 1760 [31]  William E. Knowles Middleton, Pierre Bouguer’s optical... [31] . Bouguer abordait une caractéristique de l’optique négligée jusque-là, à savoir la mesure de l’intensité lumineuse ou de la force de la lumière. Bouguer est depuis considéré comme le fondateur de la photométrie. En 1998, Marc Ratcliff a pris l’expérience de photométrie comme lieu de l’expression d’un type d’expérimentation [32]  Voir supra, n. 6. [32] . Dans les années 1990, Michel Saillard a dirigé une traduction de la Photometria de Jean-Henri Lambert [33]  Jean-Henri Lambert, Photométrie ou de la mesure et... [33] , ouvrage difficilement accessible auparavant. Cette publication relie ainsi Lambert à Bouguer pour une étude complète du développement de la photométrie au xviiie siècle.

L’outil mathématique est l’invariant de ces domaines particuliers de l’élaboration d’une œuvre. Il reste à faire une étude du développement mathématique dans les travaux de Bouguer. Son maniement du calcul différentiel et intégral à travers l’ensemble de son œuvre devrait permettre d’accéder à l’unité de l’homme, à son intelligence créatrice, à ses liens avec le monde contemporain. Ces mathématiques présentes en marine, en astronomie, en optique ou en géodésie seraient des mathématiques utiles, adaptées avec justification à l’objet d’étude, d’une relative originalité, selon certains auteurs, mais pourraient relever du jeu mathématique comme dans un article aussi original que celui sur les voûtes en dôme (1734) selon Patricia Radelet-de Grave, alors même que l’application physique n’en serait que le prétexte [34]  Patricia Radelet-de Grave, La théorie des voûtes de... [34] . On y retrouve cependant des préoccupations concernant la forme des vaisseaux. Ce jeu mathématique, une sorte de jubilation calculatoire, se retrouve aussi dans le mémoire sur les alignements d’arbres, en 1755, dont Fabrice Ferlin a récemment présenté l’étude dans sa thèse [35]  Fabrice Ferlin, « Mille pages étonnantes et méconnues... [35] .

De l’étude de son outil mathématique, la question se pose de la formation aux mathématiques les plus modernes pour l’époque de Bouguer. Comment a-t-il acquis cette connaissance ? Quel décalage pourrait-on observer entre les publications relatives à la diffusion de ces mathématiques et l’utilisation très professionnelle qu’en fait Bouguer ? S’il est indubitable que Bouguer doit beaucoup à l’Analyse démontrée du père Charles-René Reyneau, cela ne suffit pas. Comment avait-il accès, de sa province, aux mémoires les plus récents, aux travaux de Pierre Varignon par exemple ? Les premiers travaux de 1729 sur la réfraction atmosphérique et son essai d’optique semblent utiliser à la fois une technique leibnizienne et un algorithme de type varignonien. Les études de Michel Blay sur la naissance de la mécanique analytique, en particulier, peuvent servir de base à une réflexion de ce type [36]  Michel Blay, La Naissance de la mécanique analytique :... [36] .

Si Bouguer est une figure souvent rencontrée en histoire de la marine, de l’optique, de la géodésie ou de l’astronomie, chacune de ces études ne donne qu’une vision très fragmentaire de l’homme et de l’œuvre. D’une façon générale, il apparaît comme un savant singulier, un peu à part. Il est pourtant représentatif de ces générations de savants du xviiie siècle qui accordaient à l’expérience et aux mesures qu’elle fournissait un rôle primordial, les mathématiques permettant de mieux étudier le problème physique, ce dernier ne s’y réduisant cependant pas. Suivre son œuvre sur le plan mathématique et la confronter aux travaux de son époque compléteraient le portrait de ce savant.

Bouguer et la marine : Un numéro thématique de la Revue d’histoire des sciences

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Au cours du congrès de Paris (2008) organisé par la Société française d’histoire des sciences et des techniques (SFHST), une session a été consacrée à Bouguer, dans le cadre de la célébration du 250e anniversaire de sa mort (15 août 1758). Les communications présentées lors de cette session font l’objet de ce dossier thématique de la Revue d’histoire des sciences. Les aspects de l’œuvre ici abordés nous ont semblé représentatifs de l’activité du savant croisicais, dans le domaine de la marine, mais aussi de son évolution intellectuelle et sociale tout au long de sa vie.

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Alors jeune professeur royal d’hydrographie au Croisic, Bouguer a 23 ans en 1721, quand on lui demande de procéder à des essais de jaugeage des navires selon de nouvelles méthodes proposées par Varignon et Jean-Jacques Dortous de Mairan, de l’Académie royale des sciences, à la demande du Conseil de marine. Le résultat donne l’avantage à la méthode de Mairan, lequel rédige les instructions qui seront dorénavant appliquées. Le rapport de Bouguer est transcrit dans les procès-verbaux des séances de l’Académie royale des sciences (voir article de Danielle Fauque). Ce texte de Mairan, lu le 30 août 1724 à l’Académie, est envoyé dans les ports en 1726. La contribution de Bouguer y est notifiée. À côté du procédé de division géométrique du volume recherché en petits éléments prismatiques, le jeune hydrographe a employé une nouvelle méthode de calcul, encore peu répandue, celle des infiniment petits pour comparer les deux méthodes à expérimenter. Cette étude montre le rôle d’expert rempli par l’Académie des sciences pour l’État, sous la Régence et au début du règne de Louis XV, rôle qu’elle délègue, sous son contrôle, à des hommes du roi réputés compétents. L’étude présentée montre aussi que le Traité du navire (1746), œuvre majeure de Bouguer, était déjà en germe dans les années 1720.

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Ce travail d’expertise n’a pas été le seul demandé. Bouguer a aussi contribué – comme l’hydrographe Guillaume Coubard, du port de Brest, et d’autres hydrographes du royaume – à l’étude des marées, en envoyant régulièrement des relevés d’observation à l’Académie, toujours à la demande de celle-ci et du Conseil de marine. Les qualités de Bouguer sont suffisamment reconnues pour que le sujet pour 1727 du prix Rouillé-de-Meslay porte sur la mâture des vaisseaux, assuré que l’on était d’avoir une bonne pièce.

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Deux ans plus tard, Bouguer obtient pour la deuxième fois le même prix, cette fois pour une pièce sur la meilleure méthode d’observer sur mer la hauteur des astres, dans laquelle il approche de façon originale la question de la réfraction astronomique. Arnaud Mayrargue étudie plus particulièrement ici l’utilisation de l’analyse mathématique par Bouguer – qui marque, selon lui, une inflexion dans les modes d’explication du phénomène de réfraction astronomique, replacé dans son contexte scientifique – et montre l’importance de ce traitement mathématique du point de vue des résultats obtenus, puisqu’il a permis de proposer des expressions théoriques de la réfraction astronomique, et de donner les tables de réfraction qui en découlent.

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Le troisième prix remporté par le jeune savant croisicais porte sur la méthode d’observer la déclinaison de la boussole en mer (1731). Il est donc déjà reconnu comme spécialiste d’une marine savante, et répond en fait aux attentes d’un ministre qui veut une marine française puissante et éclairée. Mais la mission pour la détermination du degré de l’équateur va modifier la trajectoire du destin de Bouguer. Le Traité du navire a probablement été écrit en grande partie dans les Andes, pendant les longues périodes d’inactivité forcée. Bouguer a longuement étudié, de façon critique, les Principia mathematica d’Isaac Newton. Pour Larrie Ferreiro, Bouguer est l’un des premiers à avoir réellement fait usage des principes de Newton sur un plan pratique. Bouguer considère notamment le « solide de moindre résistance » de Newton comme pouvant conduire à élaborer des moyens pratiques de construire des navires et d’évaluer leurs performances. Bien qu’elles se soient révélées incorrectes par la suite, continue Ferreiro, les études de Bouguer sont les premières investigations sérieuses et fondamentales dans le champ de l’hydrodynamique des navires, et ouvrent la voie à des recherches plus approfondies dans ce domaine. Bouguer s’occupe du choc de l’eau contre la proue (dû à la vitesse) en ignorant parfaitement le reste du navire et la résistance due aux frottements. L’idée de la « théorie du choc » devient utile quand Bouguer en donne une analyse systématique et pratique, en travaillant notamment avec son collègue Henri-Louis Duhamel du Monceau pour réduire cette analyse à du calcul mental et des abaques. Ces préceptes de calcul simplifié appliqués à la construction navale se répandent en France durant plusieurs décennies jusqu’à ce que théorie et essais expérimentaux les fassent disparaître. Cependant, l’héritage du solide de moindre résistance se fait sentir presque jusqu’à la fin du xixe siècle, jusqu’à ce que les expériences soient conduites désormais en bassin de carène.

En 1744, de retour du Pérou après neuf ans d’absence, Bouguer devient un académicien de grande notoriété. Son autorité dans le domaine de la marine n’est pas contestée. Dès 1745, il est sollicité par l’Académie des sciences et par les ministres de la Marine successifs, Jean-Frédéric Phélypeaux, comte de Maurepas, puis Antoine-Louis Rouillé, pour examiner un certain nombre de mémoires et projets sur la découverte du secret des longitudes, déposés devant les autorités. En 1749, Rouillé le nomme au poste de « préposé au perfectionnement de la Marine ». Bouguer s’acquittera scrupuleusement de sa tâche jusqu’à son décès, en 1758. Mais un leitmotiv apparaît dans ses rapports, écrit Guy Boistel : aucune horloge ne fonctionnant régulièrement en mer, toute proposition de solution au problème de la longitude en mer basée sur son utilisation est vouée à l’échec, et ne mérite donc pas d’être encouragée. Ainsi l’expertise pratiquée par Bouguer semble-t-elle agir comme un obstacle au développement de l’horlogerie de marine en France dans les années 1750.

En 1753, Le Nouveau traité de navigation contenant la théorie et la pratique du pilotage de Bouguer, puis en 1757, le dernier gros ouvrage de marine, De la manœuvre des vaisseaux, sont fort bien accueillis. Le traité de navigation est réédité, revu et abrégé, en 1760, par Nicolas-Louis de La Caille [37]  Pierre Bouguer, Nouveau traité de navigation contenant... [37] . Mais une polémique surgit sur la validité des additions qui furent critiquées par l’hydrographe Étienne-Nicolas Blondeau, et par extension sur le traité lui-même. Étienne Bézout est nommé commissaire dans cette affaire. En effet, en 1764, il a été chargé par Étienne-François de Choiseul, ministre de la Marine, de réorganiser la formation des officiers de ce corps. Il visite les ports, et fait passer les examens de la Marine. L’analyse de cet aspect de la carrière de Bézout par Liliane Alfonsi permet d’appréhender la postérité de l’œuvre maritime – du moins d’une partie de cette œuvre – de Bouguer, d’autant plus qu’en 1769, Bézout publie lui aussi un traité de navigation.

Bouguer et ses contemporains

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Le cercle social de Bouguer est peu connu, faute de sources facilement accessibles [38]  Pour une approche généalogique de la famille, voir... [38] . En dehors du monde académique, il reste un homme des milieux maritimes. On peut cependant rassembler quelques éléments qui permettent de donner de ce savant une image moins austère que l’historiographie ne la peint. En effet, Bouguer est généralement considéré comme un homme sévère, peu relationnel, susceptible et prompt à la querelle de priorité. Il est souvent représenté comme un homme peu ouvert aux idées nouvelles. Il est vrai qu’il ne semble pas fréquenter les salons à la mode, les salons où l’on rencontre les encyclopédistes. Bouguer soutiendra en particulier Réaumur dans sa lutte pour défendre son propre travail contre l’utilisation que les encyclopédistes voulaient en faire. Mais ce milieu des Lumières n’est pas le seul à caractériser la société du xviiie siècle. Même à Paris, Bouguer n’est pas coupé du milieu maritime, ni de la société des armateurs, des négociants, ou des notables qui y sont liés.

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Son père, Jan [39]  Ancien hydrographe à Brest, Jean ou Jan Bouguer (c.... [39] , fut nommé premier maître d’hydrographie de la nouvelle école gratuite et publique du florissant port du Croisic, créée en 1691 ; il allait lui donner une réputation nationale. Son fils Pierre lui succéda en 1714, puis le fils cadet, Jean, en poste à l’école d’Auray, assura la succession en 1730, lorsque Pierre fut nommé au Havre [40]  Danielle Fauque, Les écoles d’hydrographie en Bretagne... [40] . Celui-ci garda toujours des liens avec le monde des professeurs ou maîtres d’hydrographie ; ainsi, il intervint pour la nomination, au Croisic, du parisien Jean Digard de Kerguette [41]  Ibid., 384. Archives nationales, fonds Marine, C7/87,... [41] , pour succéder à son frère, en 1755, ou pour recommander François Loiseau, originaire du Croisic, nommé à Auray, au président à mortier du parlement de Bretagne, Christophe-Paul de Robien, en 1753 [42]  Bibliothèque municipale de Rennes, lettre autographe... [42] . Il est vrai que les terres de Robien s’étendaient le long de la rivière d’Auray. Loiseau fut aussi le parrain de la fille de Digard au Croisic.

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À Nantes, où sa notoriété fut établie avec le rôle qu’il joua dans l’affaire du jaugeage, Bouguer se lia à Jean-Paul Vigneu, expert en droit commercial maritime, dès 1726. Il entretint des relations amicales avec la famille Montaudouin. Cette dernière resta une des plus grandes familles d’armateurs et de négociants nantais, pendant plus d’un siècle. Spécialiste de la droiture, elle pratiquait aussi le commerce triangulaire. Bouguer était plus particulièrement lié à la branche des frères Jean et Daniel. Daniel-René Montaudoin (1715-1754) avait appris les mathématiques avec un père de l’Oratoire et voyagé en Angleterre et en Hollande. De retour à Paris en 1748, il retrouva son ami Bouguer, dont il fut nommé correspondant en 1749. Revenu à Nantes, il fit construire un vaisseau selon les principes de Bouguer, contre l’avis des constructeurs locaux, avec l’appui financier de son frère Jean-Gabriel. Le bateau, baptisé Le Bouguer, donna toute satisfaction, et fut reconnu comme un excellent marcheur. On relève un voyage à Léoganne, à Saint-Domingue (aujourd’hui en Haïti), en 1753 [43]  Voir http://daniel_burgot.club.fr/html/associations/armateurs/armtmonto.htm.... [43] . Au moment de son décès, en 1754, Daniel-René, alors consul de Nantes, rédigeait un ouvrage sur les assurances maritimes en temps de paix. Son frère Jean-Gabriel (1722-1781) lui succéda comme correspondant de Bouguer. Jean-Gabriel Montaudoin de La Touche, lui-même personnage influent dans le commerce et l’économie nantaise, sensible à ce qui allait devenir le mouvement physiocratique, s’essaya aussi à la politique économique, en publiant un supplément à l’essai sur la police générale des grains de Claude-Jacques Herbert, en 1757 [44]  Claude-Jacques Herbert, Essai sur la police générale... [44] .

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Nommé professeur d’hydrographie dans la première école du royaume, au Havre, en décembre 1730, Bouguer fut enregistré à la municipalité le 15 juin [45]  Albert Anthiaume, Pierre Bouguer (1698-1758), in Association... [45] , puis accéda enfin à l’Académie des sciences, le 5 septembre 1731. Il fut souvent absent du Havre, se faisant remplacer pour venir à Paris et, par conséquent, ne s’intégra pas réellement dans la société havraise [46]  Il fut remplacé par des pilotes entretenus au port... [46] . Avant sa nomination au Havre, il avait expédié une pièce sur la déclinaison de l’aimant, pour concourir au prix de l’Académie pour 1731, prix qu’il obtint pour la troisième fois [47]  Pierre Bouguer, De la méthode d’observer en mer la... [47] . À la séance de Pâques, le 4 avril 1731, Meynier, ingénieur du roi pour la marine, « ci-devant professeur d’hydrographie au Havre », était présent. C’était un candidat malheureux qui s’aperçut que sa pièce envoyée en 1730 n’avait pas été reçue par Fontenelle, le secrétaire de l’Académie. Enquête faite, la pièce était toujours au bureau de poste. Fontenelle, pourtant averti le 4 août 1730, avait tout simplement oublié d’aller la retirer. Si un rapport favorable fut établi par la suite, Meynier dut cependant en garder de l’amertume [48]  AAS, carton des prix, 1, « Mémoire sur le sujet du... [48] . Bouguer répondit anonymement au mémoire de Meynier dans une pièce peu connue, publiée sans lieu ni date, dont un exemplaire « donné par l’auteur » est déposé à la médiathèque de Nantes, dans le fonds Desforges-Maillard [49]  Maheu, op. cit. in n. 2, voir 199. [49] .

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Paul Desforges-Maillard, poète croisicais, publiait des vers dans le Mercure et le Journal de Verdun sous le nom de Mlle Malcrais de La Vigne. Il s’en vint à Paris en 1733, invité par Évrard Titon du Tillet, avec qui il resta lié toute la vie. Il dévoila sa véritable identité à Voltaire, puis à Fontenelle, lesquels par leurs écrits galants dans le Mercure rendaient la situation assez délicate. Lié depuis l’enfance à Bouguer – un an les séparait – Desforges-Maillard le retrouva donc nouvellement installé à Paris. Bouguer prit sur lui de dévoiler la véritable identité de Mlle Malcrais à l’auteur dramatique Philippe Nericault, dit Destouches, qu’il connaissait bien, et qui écrivait lui aussi trop de galanteries dans le Mercure à l’endroit de la « Muse du Croisic ». La gloire de Desforges-Maillard n’en fut pas affectée durant les vingt années suivantes. L’amitié du poète et du savant ne faiblit jamais. Leur abondante correspondance semble avoir été détruite à la fin du xxe siècle. En 1743, l’éloignement de Bouguer, en expédition au Pérou, inspira une épître au poète pour la saint Pierre, dans laquelle il rappelle la force de leur amitié, et qui se termine ainsi :

25
« Chaque jour, cher Bouguer, me paroît une année,Et, sans toi, ma patrie est un exil pour moi
                    [50]
                 Paul Desforges-Maillard, Épître à M. Bouguer, 1743,...
                    [50]
                 ! »
26

À la mort du savant, il salua ses talents mais surtout « la bonté de son cœur, prévenant et fidèle [51]  Id., poème : Sur la mort de M. Bouguer, in op. cit.... [51]  ». Bouguer n’était donc pas sans liens avec le monde littéraire et artistique. À Paris, les deux amis fréquentèrent certainement les mêmes salons, en particulier celui de Titon du Tillet, et probablement aussi le château de Fortoiseau, de Destouches, à Villiers-en-Bière.

La famille Desforges-Maillard était vouée à la navigation et au commerce, avec plusieurs membres navigants. Elle appartenait à cette petite bourgeoisie d’affaires et d’office du pays nantais, et par là au même milieu social que Bouguer. Elle donna plusieurs maires à la commune du Croisic. Desforges-Maillard était proche des frères Montaudouin également.

Dans le milieu académique, outre l’abbé Jérôme Bignon et Dortous de Mairan, Bouguer s’était lié à l’abbé La Caille, astronome, qui se chargea d’ailleurs d’éditer ses dernières œuvres posthumes, et à Henri Duhamel du Monceau, botaniste, agronome, et préposé à la marine. Bouguer séjourna au château de Denainvilliers, fief des Duhamel, près de Pithiviers, notamment en 1754 [52]  Roland Lamontagne, Lettres de Bouguer à Euler, Revue... [52] . Tous étaient des hommes avec qui il pouvait parler marine. Jérôme Lalande l’estimait ; il utilisa l’héliomètre de nombreuses fois, et donna une cinquième édition au traité de navigation, en 1792.

La publication des œuvres majeures que furent le Traité du navire, le Nouveau traité de navigation et De la manœuvre des vaisseaux, entre 1746 et 1757, n’effaça pas la querelle sur les observations astronomiques faites à l’équateur. Elle opposa Bouguer à La Condamine à partir de 1748 [53]  Voir à ce sujet Élisabeth Badinter, Les Passions intellectuelles... [53] , se poursuivit au delà même de la mort de Bouguer en 1758, et ne cessa vraiment qu’à la mort de La Condamine. Querelle qui scelle définitivement le portrait d’un Bouguer, homme difficile. Condorcet le réhabilitera dans son éloge de La Condamine, en 1774 [54]  Danielle Fauque, Du bon usage de l’éloge : Cas de celui... [54] .

Depuis une dizaine d’années, l’œuvre maritime de Bouguer fait l’objet d’études approfondies. Nous espérons donc que ce dossier thématique de la Revue d’histoire des sciences apportera des éléments constructifs pour la compréhension de cette œuvre.

Notes

[*]

Danielle Fauque, GHDSO (Groupe d’histoire et de diffusion des sciences d’Orsay), Bât. 407, Université Paris-Sud 11, 91405 Orsay Gedes.

E-mail : danielle.fauque@u-psud.fr

[1]

Cette première partie a fait l’objet d’une communication au congrès de Lille (2001), organisé par la Société française d’histoire des sciences et des techniques (SFHST). Le résumé de cette communication a été publié dans Bernard Joly, Vincent Jullien (dir.), Actes du congrès d’histoire des sciences et des techniques, Lille, 24-26 mai 2001 (Lille : SFHST, 2004), coll. « Cahiers d’histoire et de philosophie des sciences », n° hors série, 93-96. Je remercie ici la SFHST de m’avoir autorisée à en utiliser de larges extraits.

[2]

Gilles Maheu, Bibliographie de Pierre Bouguer (1698-1758), Revue d’histoire des sciences, XIX/3 (1966), 193-205. Voir aussi Bureau des longitudes, Tricentenaire de la naissance de Pierre Bouguer, 1698-1758, Actes de la « Journée Bouguer » tenue le 16 juin 1998 à l’Institut de France (Paris : Académie des sciences, 2001), coll. « Mémoire de la science », vol. I, 28 p.

[3]

Danielle Fauque, Tourbillons ou attractions : Les physiciens du xviiie siècle entre un monde plein et un monde vide, in Pierre Colin (dir.), De la nature : De la science classique au souci écologique (Paris : Institut catholique de Paris, faculté de philosophie, 1992), 205-235.

[4]

Roland Lamontagne a effectué des recherches pendant plusieurs années pour localiser les sources d’information concernant Bouguer, dont il a rassemblé les résultats dans un tapuscrit déposé à la Bibliothèque nationale de France (BNF) sous la cote 2006-103506 : « Pierre Bouguer, 1698-1758 : Un Blaise Pascal du xviiie siècle, suivi d’une correspondance » (Montréal, Canada, 1998).

[5]

Roger Hahn, L’Anatomie d’une institution scientifique : L’Académie des sciences de Paris, 1666-1803 (Paris : Éd. des archives contemporaines, 1993) ; Christian Licoppe, La Formation de la pratique scientifique : Le discours de l’expérience en France et en Angleterre, 1630-1820 (Paris : La Découverte, 1996).

[6]

Voir Marc J. Ratcliff, De la mémoire visuelle à la répétition expérimentale : Les conditions de l’étude de la lumière chez P. Bouguer, in Éprouver la science : Pierre Bouguer et le premier xviiie siècle, Actes du colloque Nantes-Le Croisic, 6-7 juin 1998, Sciences et techniques en perspective, 2e série, III/2 (1999), 424-445.

[7]

René Taton, Études d’histoire des sciences, recueillies pour son 85e anniversaire par Danielle Fauque, Myriana Ilic et Robert Halleux (Turnhout, Belgique : Brepols Publishers, 2000).

[8]

Charles B. Paul, Science and immortality : The eloges of the Paris Academy of sciences (1699-1791) (Berkeley - Los Angeles : University of California Press, 1980).

[9]

Christiane Demeulenaere-Douyère et Éric Brian (dir.), Règlement, usages et science dans la France de l’absolutisme : À l’occasion du troisième centenaire du règlement instituant l’Académie royale des sciences (26 janvier 1699), Actes du colloque international organisé par l’Académie des sciences de l’Institut de France, avec le concours du Centre international de synthèse, Paris, 8-10 juin 1999 (Paris : Éd. Tec & Doc, Lavoisier, 2002).

[10]

Annie Chassagne, La Bibliothèque de l’Académie royale des sciences au xviiie siècle (Paris : Éd. du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2007).

[11]

Christiane Demeulenaere-Douyère et David J. Sturdy, L’Enquête du régent, 1716-1718 : Sciences, techniques et politique dans la France pré-industrielle (Turnhout, Belgique : Brepols Publishers, 2008).

[13]

Éprouver la science…, op. cit. in n. 6.

[14]

Pierre Lamandé, Théorie et pratique maritimes dans les deux textes de Pierre Bouguer sur la mâture des vaisseaux, ibid., 365-396.

[15]

Jean Dhombres, « Mettre la géométrie en crédit » : Découverte, signification et utilisation du métacentre inventé par Pierre Bouguer, ibid., 305-363.

[16]

Guy Boistel, Le problème des « longitudes à la mer » dans les principaux manuels de navigation français autour du xviiie siècle, ibid., 253-284.

[17]

Irène Passeron, « Clairaut et la figure de la Terre au xviiie siècle : Cristallisation d’un nouveau style autour d’une pratique physico-mathématique », thèse de doctorat (université Denis-Diderot – Paris 7, 1994).

[18]

John L. Greenberg, The Problem of the Earth’s shape from Newton to Clairaut : The rise of mathematical science in eighteenth-century Paris and the fall of « normal » science (Cambridge : Cambridge University Press, 1995).

[19]

Pierre Brunet, L’Introduction des théories de Newton en France au xviiie siècle, t. I : Avant 1738 (Paris : A. Blanchard, 1931) ; réimpr. (Genève : Slatkine Reprints, 1970).

[20]

Eric J. Aiton, The Vortex theory of planetary motions (London : MacDonald – New York : American Elsevier, 1972).

[21]

Henri Lacombe et Pierre Costabel (dir.), La Figure de la Terre du xviiie siècle à l’ère spatiale (Paris : Gauthier-Villars, 1988), Actes du colloque tenu à l’Institut de France, Paris, 29-31 janvier 1986, sous le titre « L’Académie des sciences et la figure de la Terre, du xviiie siècle à l’ère spatiale ». Jean-Jacques Levallois, Mesurer la Terre : 300 ans de géodésie française, de la toise du Châtelet au satellite (Paris : Presses de l’École nationale des ponts et chaussées – Association française de topographie, 1988).

[22]

Larrie D. Ferreiro, Ships and science : The birth of naval architecture in the scientific revolution, 1600-1800 (Cambridge, MA : MIT Press, 2007). Id., Bouguer au Pérou : Comment l’architecture navale est descendue des montagnes, in Pierre Bouguer, un savant breton au xviiie siècle, Actes de la journée du 9 mai 1998 au Croisic (Vannes : Institut culturel de Bretagne, 2002), 101-148.

[23]

Danielle Fauque, Un instrument essentiel de l’expédition pour la mesure de la Terre : Le quart de cercle mobile, in Lacombe et Costabel, op. cit. in n. 21, 209-211.

[24]

Yasmine Marcil, La presse et le compte rendu de récits de voyage scientifique : Cas de la querelle entre Bouguer et La Condamine, in Éprouver la science…, op. cit. in n. 6, 285-304.

[25]

Guy Boistel, L’Astronomie nautique au xviiie siècle en France : Tables de la Lune et longitudes en mer, thèse de doctorat (centre François-Viète, univ. de Nantes, 2001), commercialisée par l’atelier national de reproduction des thèses (Lille : ANRT, univ. Lille-3), partie I.

[26]

Danielle Fauque, Les origines de l’héliomètre, Revue d’histoire des sciences, xxxvi/2 (1983), 153-171.

[27]

Id., « Naissance et évolutions de l’héliomètre (1748-1824) », thèse (Paris : École des hautes études en sciences sociales, 1983).

[28]

Id., Alexis-Marie Rochon (1741-1817), savant astronome et opticien, Revue d’histoire des sciences, XXXVIII/1 (1985), 3-36.

[29]

Id., Le mégamètre de Charles-François de Charnières (1766-1774), in Vincent Jullien (dir.), Le Calcul des longitudes : Un enjeu pour les mathématiques, l’astronomie, la mesure du temps et la navigation (Rennes : Presses univ. de Rennes, 2002) (Actes du colloque de Brest, mai 2000), 81-82.

[30]

Jean-Louis Morère, La photométrie : Les sources de l’Essai d’optique sur la gradation de la lumière de Pierre Bouguer, 1729, Revue d’histoire des sciences, XVIII/4 (1965), 337-384.

[31]

William E. Knowles Middleton, Pierre Bouguer’s optical treatise of the gradation of light, translated with notes (Toronto : University of Toronto Press, 1961).

[32]

Voir supra, n. 6.

[33]

Jean-Henri Lambert, Photométrie ou de la mesure et de la gradation de la lumière, des couleurs et de l’ombre, 1760. Trad. du latin par Jean Boye, Joseph Couty, Michel Saillard, introd. et notes par Michel Saillard (Paris – Montréal : L’Harmattan, 1997).

[34]

Patricia Radelet-de Grave, La théorie des voûtes de Pierre Bouguer : Jeu mathématique et enjeu pratique, in Éprouver la science…, op. cit. in n. 6, 397-421.

[35]

Fabrice Ferlin, « Mille pages étonnantes et méconnues de D’Alembert sur les lunettes achromatiques et la vision », thèse soutenue à l’université Claude-Bernard – Lyon 1, 19 septembre 2006. Voir aussi le site : http://dalembert.univ-lyon1.fr

[36]

Michel Blay, La Naissance de la mécanique analytique : La science du mouvement au tournant des xviie et xviiie siècles (Paris : PUF, 1992).

[37]

Pierre Bouguer, Nouveau traité de navigation contenant la théorie et la pratique du pilotage, 2e éd. revue et abrégée par l’abbé de La Caille (Paris : Guérin et Delatour, 1760), 3e éd. en 1769, 4e éd. en 1781, 5e éd. revue par Jérôme de Lalande en 1792. Les deux dernières éditions sont imprimées chez la veuve Desaint.

[38]

Pour une approche généalogique de la famille, voir René Chesnais, Les trois Bouguer et Le Croisic, in Pierre Bouguer, un savant breton…, op. cit. in n. 22, 9-31.

[39]

Ancien hydrographe à Brest, Jean ou Jan Bouguer (c. 1652-1714) a participé aux campagnes des Baléares, en procédant aux relevés des côtes (1688), sous les ordres du marquis et lieutenant général des armées, Alain-Emmanuel de Cöetlogon (Bibliothèque nationale de France, cartes et plans, PF 69, div. 3, M8, carte de la côte d’Yvice). Il perdit une jambe à la bataille de Bantry, Irlande, sous le commandement du comte de Château-Renault, en mai 1689.

[40]

Danielle Fauque, Les écoles d’hydrographie en Bretagne au xviiie siècle, in Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, Actes du congrès d’Auray, t. 78 (Rennes : SHAB, 2000), 369-400, voir 395.

[41]

Ibid., 384. Archives nationales, fonds Marine, C7/87, f° 18.

[42]

Bibliothèque municipale de Rennes, lettre autographe de Bouguer au président de Robien, 1er février 1753, in Nouveau traité de navigation, 1753, cote 17319. Voir aussi Fauque, op. cit. in n. 40, 395 (note 97). Loiseau présenta d’ailleurs plusieurs mémoires à l’Académie royale des sciences, sur le problème des longitudes, et les marées (Archives de l’Académie des sciences – AAS dans la suite –, pochettes de séances des 9 et 13 janvier, 24 février, 2 juillet 1768, 4 et 10 avril, 23 novembre 1772).

[43]

Voir http://daniel_burgot.club.fr/html/associations/armateurs/armtmonto.htm. La famille Montaudouin arme également un vaisseau, Le Voltaire, en 1772, à destination du Cap français, attestant ainsi ses liens avec l’écrivain.

[44]

Claude-Jacques Herbert, Essai sur la police générale des grains, sur leurs prix et sur les effets de l’agriculture (Paris, 1755), suivi de Jean-Gabriel Montaudouin, Supplément à l’Essai sur la police générale des grains (La Haye, 1757) ; nouvelle édition avec commentaires dans la « Coll. des économistes et réformateurs sociaux de la France » (Paris : Paul Geuthner, 1910). Jean-Gabriel Montaudouin de La Touche est un des fondateurs de la Société d’agriculture de Bretagne avec Louis-Paul Abeille, alors avocat au parlement de Bretagne en 1757. Voir Prosper-Jean Levot, Biographie bretonne, recueil de notices sur tous les Bretons qui se sont fait un nom (Vannes – Paris), t. I (1852), t. II (1857).

[45]

Albert Anthiaume, Pierre Bouguer (1698-1758), in Association française pour l’avancement des sciences (AFAS), Notes et mémoires, compte rendu de la 43e session, Le Havre, 1914 (Paris, 1914), 138-142, voir 139, note 3.

[46]

Il fut remplacé par des pilotes entretenus au port du Havre puis démissionna en 1745.

[47]

Pierre Bouguer, De la méthode d’observer en mer la déclinaison de la boussole (Paris : Claude Jombert, 1731). Prix de l’Académie royale des sciences pour 1731.

[48]

AAS, carton des prix, 1, « Mémoire sur le sujet du prix proposé par l’Académie royale des sciences en l’année 1729 » [pour 1731], publié sous le titre : Mémoire sur le sujet proposé par l’Académie royale des sciences en l’année 1729 touchant la meilleure méthode d’observer sur mer la déclinaison de l’éguille (sic) aimantée, ou la variation de la boussole, par Monsieur Meynier, ingénieur du roi pour la marine, cidevant professeur royal d’hydrographie au Havre (Paris : Jacques Guérin, 1732), dédié à Maurepas, voir la préface. Meynier avait cessé ses fonctions de professeur d’hydrographie le 1er décembre 1730 pour entrer dans le corps des ingénieurs de la marine. Voir Albert Anthiaume, Évolution et enseignement de la science nautique en France, et principalement chez les Normands (Le Havre – Paris, 1920), 2 tomes, t. I, 261-262.

[49]

Maheu, op. cit. in n. 2, voir 199.

[50]

Paul Desforges-Maillard, Épître à M. Bouguer, 1743, in Œuvres nouvelles de Desforges-Maillard, publiées avec notes, étude biographique et bibliographie par Arthur de La Borderie et René Kerviler (Nantes : Société des bibliophiles bretons, 1888), 2 t., t. 1, 41-44, voir 43.

[51]

Id., poème : Sur la mort de M. Bouguer, in op. cit. in n. 50, 78-80, voir 78.

[52]

Roland Lamontagne, Lettres de Bouguer à Euler, Revue d’histoire des sciences, XIX/3 (1966), 225-246, voir 241, lettre de Bouguer à Euler, 19 novembre 1754.

[53]

Voir à ce sujet Élisabeth Badinter, Les Passions intellectuelles (Paris : Fayard, 1999), t. I, 352-416.

[54]

Danielle Fauque, Du bon usage de l’éloge : Cas de celui de Pierre Bouguer, Revue d’histoire des sciences, LIV/3 (2001), 351-382, voir 372-375.

Plan de l'article

  1. Pierre Bouguer, figure emblématique ou savant singulier1 ?
  2. Bouguer et la marine : Un numéro thématique de la Revue d’histoire des sciences
  3. Bouguer et ses contemporains

Pour citer cet article

Fauque Danielle, « Introduction. Pierre Bouguer, figure emblématique ou savant singulier ? », Revue d'histoire des sciences 1/ 2010 (Tome 63), p. 5-21
URL : www.cairn.info/revue-d-histoire-des-sciences-2010-1-page-5.htm.
DOI : 10.3917/rhs.631.0005


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