Revue d’histoire du XIXe siècle
Société de 1848

Revue affiliée à Revues.org

I.S.B.N.
256 pages

p. 111 à 136
doi: DNS.032.0111

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n° 32 2006/1

Le chalet infidèle ou les dérives d’une architecture vertueuse et de son paysage de rêve

Michel Vernes
S’il est un édifice négligé par les historiens d’art, dédaigné par les architectes mais convoité par les vacanciers et tous les exilés de la ville, c’est bien le chalet, enfant chéri des alpages et bâtard des métropoles éclatées. Avant de se multiplier au XIXe siècle dans leurs banlieues diffuses, il a agrémenté leurs parcs paysagers à la fin du XVIIIe siècle. Depuis ce temps, c’est comme témoin de deux mondes antinomiques que le chalet captive les citadins. L’un de ces mondes est immaculé mais périlleux, l’autre est virtuel mais confortable. Au siècle de l’industrie, le chalet mobile ou préfabriqué se souvient de la montagne tout en servant la ville. Ce qu’il propose, c’est la Suisse à domicile et pour chacun. Délocalisé par les jardiniers dans un premier temps, il dépaysera en retour ses habitants. Son isolement culturel et physique lui donne le pouvoir de susciter la montagne où bon lui semble. Comme a pu le vérifier Gressent, un horticulteur de la fin du XIXe siècle : « il fait à soi seul paysage ». Autant dire qu’il s’en est fallu de peu que les Alpes soient partout et nulle part. Which buildings are neglected by art historians and scorned by architects yet coveted by vacationers and all urban exiles, more than chalets, the beloved offspring of alpine pastures and the illegitimate children of scattered metropolis? Before sprouting in the nineteenth century in their loose suburbs, they adorned their landscaped gardens at the end of the eighteenth century. From then on, urban dwellers have fallen under the spell of chalets, due to their being witness to two antinomic worlds. One of these worlds is immaculate yet perilous; the other, virtual but comfortable. In the century of manufacturing, mobile or prefabricated chalets bore the mark of their mountainous past while serving cities. What they offered was Switzerland at home and for everyone. Having been relocated by gardeners, they broought their inhabitants a sense of mountainness in return. Their cultural and physical isolation endowed them with the power to conjure up mountains anywhere. As horticulturist Gressent, who lived at the end of the nineteenth century, acknowledged: « they make a landscape by themselves ». Needless to say, it thus would not have taken much for the Alps to end up being everywhere and nowhere.
• Un grand désir de montagne et de solitude
• Une architecture née du voyage
• Du sublime au confortable
• Une maison vertueuse
• La Suisse à volonté
• Faire corps avec le paysage
• Le chalet cosmopolite
• Une architecture qui se laisse démonter
• Le bois, le fer et la vapeur
• Des maisons livrées à domicile
• Des chalets roulants mais confortables
• Le joujou de Janin
• Des refuges pour rêver
• La dérive d’une image
• De l’intimité à la dissémination


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