Sainte-Beuve à la lumière de Baudelaire : « la pointe extrême du Kamtchatka romantique »
Marie-catherine Huet-brichard
Les relations entre Sainte-Beuve et Baudelaire posent question : pourquoi le second, paria
génial, s’est-il réclamé du premier, écrivain de deuxième plan ? L’étude prend le pari d’interroger une poésie mal-aimée, celle de Joseph Delorme, à la lumière de l’article de Sainte-Beuve, « Des prochaines élections à l’Académie » : « la pointe extrême du Kamtchatka
romantique », dans laquelle s’érige la « Folie Baudelaire », ne serait-elle pas aussi le lieu où
la Folie Sainte-Beuve s’est édifiée ? Ces deux Folies s’inscrivent, en effet, non seulement à la
marge mais aux confins, en poursuivant le même enjeu : mettre à mal la « Muse académique » à travers la confrontation du lyrisme et de l’ironie au risque de détruire la poésie
même. Si filiation il y a entre les deux poètes, elle est dans cette ambivalence : vouloir croire
et douter constamment que la poésie puisse être le lieu de reconstruction de soi et du sens.
Dans cette perspective, les deux œuvres sont bien fraternelles.