L’idée de théâtre (XVIe -XVIIIe siècle)
Louis Van delft
Au cours des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles paraissent, dans l’Europe entière, en latin, allemand, français, anglais, italien, espagnol... des centaines d’ouvrages intitulés Theatrum,
Theater, Théâtre, Theatre, Theatro, Teatro... Que dénote une production à ce point massive ?
Quelles furent au juste les connotations du terme théâtre ? L’enquête révèle que les modernes
que nous sommes n’ont plus qu’une connaissance appauvrie et du corpus et du mot, pourtant
lestés d’histoire culturelle. La notion de « comédie humaine », telle que la conçoit Balzac,
rétrécit notre champ de vision, occulte notre perception d’un plus lointain passé. Aux siècles
en question s’impose avec bien plus de vigueur encore, et sur une bien plus vaste échelle,
l’idée de conspectus, de vue en surplomb, de passage en revue, aussi étendue que possible, de
tout savoir. le rapport entre cet encyclopédisme et le sens de la vue, notamment avec l’oculus
imaginationis des arts de mémoire, demeure ombilical : c’est ce qu’attestent, en particulier,
les notions de « livre-théâtre » et de « lecteur-spectateur ». Plus généralement, mais toujours
dans l’esprit du petit traité de Giulio Camillo, c’est l’« Idée » même de théâtre, véritable
creuset, qui informe toute la culture du temps. En annexe à l’étude, qui ne peut guère que
défricher une terre devenue comme inconnue, est procurée une Bibliographie (inévitablement
incomplète) de 168 titres. Elle permet de prendre la mesure de la saisissante vitalité de
l’«Idée » autrefois, et du même coup de l’amnésie qui gagne et s’appesantit sur l’étude
du passé.