Mallarmé, le sujet de la poésie
Yves Delègue
Le coup de force réussi par Mallarmé fut de déclarer sans valeur — c’est-à-dire prosaïques — tous les sujets dont la poésie jusque-là avait fait étalage dans sa vitrine du sens, y
compris le sujet même qui pourtant l’écrivait et qui souvent sans complaisance s’y montrait
en personne. Conséquences : la poésie devenait hermétique, les anciens genres étaient obsolètes, le poète s’abstentait de son œuvre, la mimèsis était un mensonge, l’harmonie était brisée qui reliait, croyait-on, l’appareil rhétorique à la « nature ». Mais pouvait-on imaginer une
poésie sans sujet ?Réduite à elle-même, que pouvait-elle encore dire sinon l’irréductible et
mystérieuse nécessité qui la fait être ? « L’âme est un nœud rythmique »; « l’instinct de
rythme » est cette force en latence (pulsion, pulsation) qui donne sens aux formes du monde.
Aux poètes il revenait désormais de disséminer dans la langue les « coupes vitales » de la
« logique éternelle », mais une « logique avec nos fibres », à laquelle il est « asservi » et dont
il est le sujet privilégié. Quitte à faire de la poésie ce « calme bloc chu du (Désir) obscur »
qui en est la seule vérité.
• LA POÉSIE ET SES FAUX SUJETS
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LES TROIS RUPTURES
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